Le nouveau Shinma

by Hiyami


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English Version

Japon, XIVe siècle. Les habituelles querelles domaniales ont cessé pour un temps, balayées par un conflit de plus grande importance. Des démons ont surgi du néant, et ont fédéré autour de leur reine une armée de rônin. Ils se sont alliées à Beryl, une jeune mikô dévorée par la jalousie et l'ambition, ayant renié le culte d'Amaterasu pour servir la reine- démon, Metalia. Aidée par la sorcellerie de Metalia, Beryl a habilement manipulé la population de sa contrée natale pour la dresser contre tous ses ennemis. Méthodiquement, démons et humains ont entrepris avec succès la conquête de Yamato. Devant leur force, les guerriers sans attaches sont de plus en plus nombreux à rejoindre leurs rangs. Shirô est l'un de ceux-là.

Malgré son jeune âge, c'est un combattant émérite et sans pitié. Depuis son enfance, il sait qu'il ne pourra jamais devenir un paysan ou rester un simple soldat. Bien que sa famille ne soit pas vouée à la guerre, il a saisi toutes les occasions d'apprendre à se battre, demandant conseil à tous les guerriers de passage. Il était à peine adolescent quand il a tué son premier homme, un de ces rônins sans talent et sans honneur qui s'était arrêté dans son village. Il l'avait décapité avec adresse, avec la propre épée du soldat, la seule chose de valeur qu'il ait sur lui -et l'objet de la convoitise de Shirô. Horrifiés par son acte, car l'homme dormait paisiblement quand Shirô l'avait attaqué, les villageois l'avaient chassé. Ils avaient renoncé à le punir en le voyant tenir le sabre avec aisance, souriant comme ils ne l'avaient plus vu faire depuis des années, d'un sourire menaçant. Ses yeux brillaient d'une joie malsaine en passant de leurs visages écoeurés à la lame dont gouttait encore le sang de sa victime.

Shirô était parti sans regrets, n'emportant que ce qui était désormais son arme. Le reste, il se le procura sur la route menant aux escarmouches opposant les différents petits seigneurs de la région. Avant d'avoir rejoint son premier corps d'armée, il avait déjà expérimenté de nombreuses fois sa lame et son habileté. L'une comme l'autre lui avaient donné satisfaction, et permis de se procurer d'autres armes. Les shuriken lui plaisaient bien, mais les lames gardaient sa préférence. Avec l'âge, il avait appris à tirer parti de la lance pour compenser sa taille sans en être gêné -les guerriers confirmés s'amusaient toujours de voir un jeune garçon essayer de manier à la fois la lance et le sabre, tant qu'ils ne l'avaient pas vu en oeuvre. Il gardait plusieurs tantô en permanence dans les plis de ses vêtements, ainsi que des dagues de jet. Au fil des années, il avait changé à plusieurs reprises de sabre et de camp, voyageant du nord au sud de Yamato, gardant le meilleur de ses combats.

C'est en découvrant les généraux de l'armée des démons qu'il avait enfin su où était sa place. Leur chef, et celui dont il dépendait, avait une apparence humaine, mais on devinait tout de suite que ce n'était qu'illusion. Il émanait de lui une noirceur et une puissance presque palpable, ainsi qu'une autorité indéniable. Les camarades de Shirô murmuraient nerveusement à chaque apparition de ce seigneur taciturne, mais lui se contentait de l'observer avec admiration. Chaque combat près de lui était une leçon de tactique et de technique, l'épée de Kunzite se frayant un chemin au milieu des corps avec une facilité déconcertante. Qu'il se serve ou non de ses pouvoirs pour se battre ainsi ne changeait rien à son habileté. Shiro avait enfin trouvé un chef à sa mesure, une cause pour laquelle se battre. En fait, la cause en elle- même lui était étrangère, mais du moment que Kunzite était fidèle à Beryl et Metalia...

Rapidement pourtant, ses ennuis recommençèrent. Comme dans la plupart des armées d'une certaine importance, celle-ci connaissait la pratique des wakashû . Et Shirô, doté d'un visage parfait et d'une grâce naturelle mise en valeur par ses talents de combattant, éveilla vite l'attention de ses compagnons d'armes. Cela finissait toujours par se produire, et c'est une des raisons qui le poussaient à changer sans cesse de camp. Mais cette fois, il ne voulait pas partir. Il lui fallait donc repousser, d'une manière ou d'une autre, les propositions insistantes des guerriers chevronnés.

Sortant d'une réunion stratégique avec ses lieutenants humains, Kunzite entendit des cris et une agitation étouffée non loin de lui, dans le camp que venaient d'installer ses soldats pour la nuit. Pensant à une attaque surprise, il se téléporta sur les lieux et découvrit un étrange spectacle. Deux de ses soldats, et pas des débutants à en juger par leur équipement, gisaient à terre dans une mare de sang. L'un avait une dague plantée dans la gorge et une autre dans l'oeil, alors que le second, outre une profonde blessure au tantô sur le torse, avait été presque tranché en deux, la tête, le bras et l'épaule gauche n'étant plus rattachés au tronc que par un lambeau de chair. Tout autour, d'autres guerriers se rassemblaient en marquant leur désapprobation, certains avaient déjà dégainé pour venger leurs compagnons. Au centre du cercle qu'ils formaient, debout à côté des cadavres, le tantô sanglant glissé dans sa ceinture, le sabre rougi à la main, Shirô se tenait sur ses gardes, tout en sachant que seul contre eux il n'avait aucune chance. Tout ce qu'il pouvait espérer, c'était en entraîner le plus possible dans la mort -et surtout ne pas se laisser prendre vivant.

L'apparition silencieuse de Kunzite élargit le cercle des soldats.

"Depuis quand mes soldats se battent-ils entre eux?"

Shirô mit un genou en terre, s'inclinant devant le seul seigneur dont il reconnaissait l'autorité, pris du maigre espoir que celui-ci l'épargne ou du moins l'autorise à se faire seppuku.

"Pardon, seigneur Kunzite, je ne voulais pas me battre contre eux, mais il m'y ont forcé. J'ai dû me défendre."

Dans les murmures réprobateurs que cette déclaration engendra parmi les présents, Kunzite discerna quelques mots, assez pour se faire une idée de ce qui s'était passé. Visiblement, la plupart étaient d'avis que Shirô aurait dû obéir à ses aînés au lieu de les tuer. En observant Shirô, Kunzite réalisa à quel point il semblait jeune. Il se rappelait maintenant l'avoir vu se battre à ses côtés. Il avait remarqué son efficacité et sa férocité, qui égalaient presque la sienne. Qualités que venait confirmer ce double meurtre, étant donné l'expérience de ses adversaires défunts. Le plus étrange, c'était ce qu'il lisait en ce moment dans ses yeux, un mélange de dévotion et de contrition (non pour la mort de ses camarades mais pour avoir encouru sa colère), qui contrastait avec le mépris et la rage adressés à ses semblables et avec la méfiance de ceux-ci à l'égard de Kunzite lui-même.

Kunzite prit sa décision et fit taire les commentaires.

"Ma foi, si ces deux-là ont été assez idiots pour ne pas tenir compte d'un avertissement, ils n'ont eu que ce qu'ils méritaient. L'affaire est close."

Une vague de protestations, à moitié étouffée par crainte des réactions du général, parcourut les soldats. L'un d'eux exprima l'opinion générale.

"Seigneur, ce traître est dans son tort. Tous les novices doivent avoir un instructeur, c'est l'usage. Shirô n'a pas à s'y soustraire, et encore moins à attaquer ceux qui lui font l'honneur de lui apprendre ce qu'il doit savoir."

Kunzite jeta un bref regard au visage fermé de Shirô et sourit froidement à celui qui avait parlé.

"Il semblerait qu'il en sache déjà plus que la plupart d'entre vous sur l'art du combat. Je ne tiens pas à perdre d'autres soldats, mais s'il est à nouveau obligé de vous prouver sa valeur par l'exemple, ce n'est pas à lui que je m'en prendrai."

Les soldats se dispersèrent en maugréant, lançant des regards meurtriers à Shirô.

Le lendemain, Kunzite prêta un peu plus d'attention à Shirô durant le combat. Celui-ci s'était arrangé comme à son habitude pour se placer près de son seigneur, mais il faisait preuve de moins d'énergie que les jours précédents. Pris dans le feu de l'action, Kunzite le perdit de vue. La bataille s'acheminait vers son terme, une victoire de plus pour les armées démoniaques, et le fracas des armes et les cris des blessés diminuaient déjà quand il réalisa que Shirô était toujours hors de vue. Même s'il avait eu l'air très las, Kunzite doutait qu'un seul des minables adversaires de la journée ait pu venir à bout de lui. D'autres étaient absents aussi, à commencer par deux de ses subordonnés humains, qui auraient déjà dû être à ses côtés pour leur rapport.

Intrigué, il passa mentalement en revue le champ de bataille et ses environs. Un peu à l'écart, il retrouva la trace de plusieurs de ses hommes. La colère de voir ses ordres bafoués le fit surgir sans plus réfléchir au-dessus d'eux, les balayant dans un tourbillon noir. Secoué, Shirô essaya de se redresser, s'appuyant par mégarde sur son bras ensanglanté. Il se replia sous le coup de la douleur, resserrant contre lui son uniforme à moitié déchiré. Ses agresseurs n'étaient pas tous indemnes non plus, et bien qu'agacé par ce gâchis, Kunzite fut satisfait de constater que le garçon était aussi obstiné que féroce, il s'était défendu sans compter. S'ils ne l'avaient pas attaqué en masse, il aurait sûrement réussi à en tuer quelques uns. Heureusement pour lui, ils avaient attendu la fin de la bataille, sans quoi Kunzite serait arrivé trop tard. En guise de châtiment, il réduisit en bouillie d'une pensée ceux qui avaient enfreint ses ordres.

Kunzite se posa près de Shirô et après un examen rapide de ses blessures décida de l'emmener avec lui. Il mettrait des semaines à guérir avec les seuls soins dispensés au camp, à condition qu'il ne contracte pas d'infection d'ici là, et Kunzite ne voulait pas se priver de ses talents aussi longtemps. De plus, il commençait à nourrir d'autres projets pour ce garçon. Il était judicieux de s'attirer sa gratitude, et à voir la façon dont il s'agrippait à lui, ce ne serait pas difficile. Comme il devait retourner rapidement sur le champ de bataille, il se contenta de lui indiquer brièvement où trouver de quoi panser ses plaies. Shirô resta seul, totalement désorienté par l'évolution de la situation, un peu anxieux au milieu du décor souterrain, sombre et humide, du Dark Kingdom, mais s'y sentant plus en sécurité que parmi les siens.

Quand Kunzite revint enfin après avoir fait son rapport, il le trouva plongé dans la source chaude qui traversait ses appartements, inerte. Il crut un instant que ses blessures étaient plus sérieuses que prévues et l'avaient plongé dans l'inconscience, mais il n'était qu'endormi. Observant silencieusement le petit visage pâle, marqué de coups, il comprit que la faiblesse constatée en début de journée provenait d'un manque de sommeil. Shirô avait dû deviner que la décision de Kunzite ne suffirait pas à le mettre à l'abri. Il n'avait sans doute pas dormi de la nuit, pour éviter tout incident, alors que Kunzite croyait le conflit réglé. Il n'avait pas pensé que ses soldats puissent accorder tant d'importance à venger leurs morts, ou à tirer parti de la situation délicate de Shirô.

Il pouvait réparer un peu cette erreur en laissant Shirô récupérer. Il concentra sa force mentale pour soulever délicatement Shirô et le transporter en un lieu où il pourrait dormir tout son soûl sans risquer de se noyer. Il constata distraitement que la peau de Shirô ne comptait quasiment pas de cicatrices, ce qui était étonnant chez un guerrier. Son jeune âge et son talent expliquaient sans doute cette particularité. Il semblait même qu'il ait reçu aujourd'hui plus de blessures que durant tout le reste de sa courte vie, et peu provenaient de la bataille proprement dite. Shirô avait nettoyé les plaies, mais il n'avait pas pris le temps d'y appliquer de pansements. Kunzite alla donc chercher le baume cicatrisant dont se servait Jadeite, le seul membre du Shitennô d'origine humaine, espérant que ce serait efficace sur un mortel. Celui qu'utilisaient les Yômas aurait sûrement été plus nocif qu'autre chose.

Il aurait pu guérir Shirô avec son pouvoir, mais il ne voyait pas l'utilité de gâcher ses dons alors qu'il disposait de ressources matérielles presque aussi efficaces. De plus, il n'avait jamais essayé son pouvoir sur des humains à des fins autres qu'offensives, et n'était pas sûr du résultat. Il commençait à acquérir une certaine habileté dans l'application du baume quand Shirô se réveilla et se redressa en sursaut. Il regarda Kunzite avec étonnement, ayant visiblement oublié où il était, puis il vit le remède que tenait celui-ci et la détresse qui emplissait ses yeux s'atténua quelque peu.

Kunzite s'appliqua à lui parler aussi doucement que possible, ce qui n'était pas une mince affaire pour lui qui n'avait jamais donné et reçu que des ordres dans sa vie de Shinma, voué dès la naissance à combattre.

"Tu ferais bien de terminer de te soigner avant de te rendormir."

Il lui confia le baume et regagna le corps principal de ses appartements. Ayant relégué ses Yômas aux confins de son immense domaine, il n'avait jamais eu l'occasion d'occuper la moitié des pièces dont il disposait, mais il leur avait enfin découvert une mince utilité.

Shirô regardait sans le voir le pot de baume qu'il tenait à la main. Il se souvenait enfin de ce qui s'était passé avant son réveil, et ses craintes s'apaisaient en même temps que le faisait la douleur sous l'effet du médicament. En découvrant Kunzite si près de lui, il avait eu un mouvement de panique, mais le contact de sa main n'avait rien de la familiarité répugnante des soldats. Il ne faisait que le soigner, pas le moins du monde troublé ni même intéressé par le corps dénudé de Shirô. Son indifférence était plutôt rassurante et Shirô était trop épuisé pour se demander pourquoi il se sentait confusément déçu.

Après une nuit réparatrice, Kunzite le réveilla pour constater l'effet du baume, et décida d'essayer son pouvoir pour parachever la guérison. Sans comprendre, Shirô le laissa se concentrer. Les yeux bleu acier du Shinma émettaient de plus en plus de lumière, et ses cheveux couleur de lune flottaient autour de lui sous l'emprise d'un vent venu de nulle part qui fit frissonner Shirô. Puis celui-ci fut pris dans une aura bleue qui le souleva du renfoncement semi-végétal où il avait dormi, le nimbant d'une lumière douce et pulsante. Stupéfait, il vit les minces marques laissées par ses blessures disparaître de sa peau sans même laisser de cicatrices. Le vent se calma, il redescendit doucement sur un sol ferme, et la lumière se dissipa. Il examina sans y croire les endroits qui la veille encore étaient des plaies ouvertes et contusionnées.

Avant que Shirô, radieux, puisse le remercier, celui-ci lui tendit sans attendre un uniforme du Dark Kingdom pour remplacer sa tenue hétéroclite en piteux état. Il y avait ajouté une armure empruntée à l'armée régulière de Beryl, assez légère pour ne pas entraver les mouvements de Shirô mais constituant néanmoins une bonne protection. Entre cette marque d'intérêt et son intervention musclée de la veille, les soldats comprendraient sans doute qu'ils devraient abandonner leurs projets de vengeance et de débauche. Shirô se confondit en serments de loyauté et de reconnaissance, répondant ainsi aux souhaits secrets de Kunzite.

Cette fois, Shirô ne le lâcha pas d'une semelle durant toute la bataille, traçant une voie sanglante au sein de l'armée ennemie, avec plus d'ardeur encore qu'auparavant. Les soldats adverses, ne connaissant que par ouï-dire l'existence de démons chez leurs ennemis, croyaient que Shirô était l'un de ces familiers aux pouvoirs maléfiques tant il se démenait pour prouver à Kunzite que sa confiance était bien placée. Son enthousiasme quasi enfantin amena à plusiers reprises un sourire amusé aux lèvres de son seigneur, qui trouvait là une recrue fort distrayante en plus d'être précieuse.

Toutefois, il fut un peu contrarié quand, après la bataille, Shirô lui demanda de l'emmener à nouveau dans le Dark Kingdom. Etant donné que le Shinma ne réapparaissait pas dans le camp avant l'aube, les soldats auraient largement le temps de lui faire un sort, estimant qu'une fois Shirô mort, Kunzite oublierait l'incident. Il avait la réputation -justifiée - de ne guère accorder de valeur à la vie de ses hommes, et son attitude récente envers Shirô ne s'expliquait à leurs yeux que par son talent inhabituel. Shirô lui-même doutait qu'il y ait une autre raison. S'étant déjà compromis en le sauvant deux fois, Kunzite se laissa fléchir et les transporta donc tous deux dans son domaine. Il peaufinait de noirs complots dans lesquels Shirô aurait un rôle important, et mieux valait que celui-ci se familiarise au plus tôt avec le Dark Kingdom.

Quelques temps plus tard, l'inférieur immédiat de Kunzite dans la hiérarchie des Shinma succomba à une attaque suicide perpétrée par un commando soigneusement préparé, et fort bien informé. Kunzite n'avait eu aucun mal à leur fournir tous les renseignements voulus en leur faisant croire que son rival était l'homme à abattre pour porter un coup décisif à l'armée de Metalia. Lors du conseil de guerre qui suivit, Kunzite rappela adroitement à Metalia qu'elle pouvait utiliser un humain pour créer un Shinma, ce qui s'était révélé plus que rentable avec Jadeite. C'est tout naturellement que Metalia le chargea de trouver un remplaçant possible.

Kunzite n'alla pas chercher très loin. Il savait depuis longtemps que Shirô avait tous les talents requis pour devenir un des leurs. Metalia l'investit d'une partie de son pouvoir, et Shirô disparut à jamais avec son passé humain, laissant la place à Zoisite, le dernier Shinma. Arguant de l'urgence de le former avant que la guerre entre dans sa dernière phase, Kunzite obtint qu'il soit placé directement sous ses ordres contrairement aux deux autres Shinmas. C'est à lui qu'incomberait la responsabilité de lui enseigner l'usage de ses nouveaux pouvoirs.

Comme il l'avait prévu, Shirô/Zoisite mit tout son coeur à mettre en pratique ses leçons, s'avérant rapidement plus adroit que Jadeite. De son côté, Kunzite constata assez vite que ses relations avec Zoisite prenaient un tour inattendu. Bien que celui-ci ne s'en rende pas compte lui-même, sa dévotion toute martiale se nuançait à présent de sentiments bien plus troubles. Kunzite apprit vite à calquer son comportement sur celui des humains pour mieux le manipuler. Zoisite ne semblait pas y porter attention, et Kunzite fut donc le premier surpris de sa réaction le jour où il se laissa aller à le féliciter de manière plus personnelle.

Jadeite avait commis une erreur en déployant ses troupes ce jour-là, et après l'avoir laissé se débattre laborieusement quelques temps, Kunzite avait envoyé Zoisite et ses hommes le tirer d'affaire. Son jeune apprenti s'était acquitté de sa tâche avec brio, ce qui lui avait valu les félicitations de la reine-démon, alors que Jadeite affrontait le courroux de Beryl pour les pertes subies en vain. Le maître et l'élève s'étaient ensuite téléportés ensemble dans le domaine de Kunzite, où se déroulait d'habitude l'entraînement. Jugeant très satisfaisants les progrès de Zoisite, Kunzite avait décidé de l'encourager dans cette voie, et il le rapprocha de lui pour lui donner un rapide et léger baiser.

Le contact de ses lèvres ne le dégoûta pas autant qu'il s'y était attendu, mais il n'eut pas le loisir de s'attarder sur ses impressions, car dès qu'il l'eut lâché Zoisite recula, frappé de stupeur. En silence, il disparut dans un tourbillon de pétales de cerisier, la marque distinctive qu'il avait adoptée. Kunzite se demandait pourquoi il avait l'air si désemparé, presque blessé. Il était pourtant persuadé d'avoir compris les sentiments de son jeune lieutenant, aussi confus et complexes qu'ils soient comme chez tous les humains.

Réfugié dans son propre domaine, où il ne faisait guère que dormir puisqu'en dehors des batailles, il passait tout son temps avec Kunzite à s'entraîner, Zoisite peinait à ordonner ses pensées. Il ne comprenait pas comment son seigneur, si peu sensible aux émotions humaines à l'accoutumée, avait pu céder au même genre de pulsions que ses anciens camarades de combat. Se calmant peu à peu, il se corrigea. Ce n'était pas la même chose qu'il recherchait. Les yeux des autres n'exprimaient que convoitise quand ils le regardaient, et ils désiraient autant le détruire que le posséder, jaloux de sa beauté, de son adresse, et furieux de la distance qu'il maintenait inconsciemment entre lui et le reste du monde, comme s'il était issu d'une sphère supérieure et destiné à y retourner.

Kunzite était différent. Zoisite était incapable de donner un nom à ce qu'il avait lu dans son regard froid, mais cela n'avait rien à voir. Tout ce qu'il était capable d'y reconnaître, c'était une considération grandissante pour son pouvoir, et une certaine complicité née de leur férocité commune. Bien que l'un ait grandi dans les ténèbres, issu d'une race de plantes modelées par le pouvoir maléfique de Metalia, et l'autre sur la terre, né de l'humanité contre laquelle luttaient les Yômas depuis des temps immémoriaux, ils s'étaient découverts plus de fraternité qu'avec leurs races respectives. Et plus encore. Zoisite rougit dans l'obscurité de sa chambre en prenant conscience que ses sentiments pour son seigneur excédaient largement la simple loyauté.

Quelques instants après son départ précipité, Zoisite réapparut devant Kunzite, son visage encore coloré de confusion. Timidement, il s'approcha et lui rendit son baiser, le plongeant dans un abîme de perplexité. Kunzite se dit qu'au moins, il ne s'était pas complètement trompé, mais il lui faudrait un peu de temps pour comprendre la réaction initiale de Zoisite. Et en y réfléchissant, le contact de sa peau douce et chaude n'avait vraiment rien de désagréable.

Après cela, l'attitude de Zoisite se modifia sensiblement. Il était toujours aussi ardent au combat, défiant envers ses troupes, et toujours aussi dévoué à Kunzite, au grand désespoir des Shinmas qui ne pensaient qu'à les discréditer. Mais dès qu'il était seul avec Kunzite, il se faisait plus doux, saisissant le moindre prétexte pour se rapprocher de lui jusqu'à le toucher. Celui-ci le laissait faire de bonne grâce tant que Zoisite se montrait efficace au combat. C'était un bon moyen de comprendre enfin les comportements humains, et il l'observait attentivement. Il nota donc que tant qu'ils étaient parmi les troupes, Zoisite gardait l'expression fermée qu'il arborait depuis que Kunzite le connaissait, ce mélange de sérieux, de cruauté et d'enthousiasme qu'il avait trouvé si insolite sur un visage si jeune.

Mais en privé, depuis leur baiser, ce n'était pas seulement des sourires qui perçaient sous son masque. Ses gestes d'une précision toute martiale prenaient de l'ampleur, une langueur qu'il ne se permettait pas en dehors. Si Kunzite avait su ce que signifiait le terme, il aurait décrit les attitudes de Zoisite comme plus sensuelles. Comme il l'ignorait, il se contentait de le regarder, se demandant pourquoi la vision de son visage éclairé d'un sourire encore hésitant lui était plus agréable que celle de son masque guerrier. Il savait reconnaître la beauté quand il la voyait, même si en la matière ses goûts différaient parfois de ceux des humains, incapables de percevoir la splendeur des ténèbres. Mais certaines nuances lui échappaient encore.

Enfin, la veille du grand jour arriva. Ils allaient pouvoir lancer leurs troupes à l'assaut du Royaume de la Lune, leur ennemi ancestral. Enfin, leurs immenses pouvoirs allaient être mis à contribution pour affronter les guerrières chargées de défendre la famille royale, elles aussi dotées de dons remarquables. Kunzite avait dispensé Zoisite d'entraînement, préférant préserver leurs forces pour la bataille du lendemain. Pourtant, au milieu de l'habituel flot de pétales de fleurs, son jeune disciple se matérialisa près de lui dans son domaine.

"...? Je t'avais dit d'aller te reposer, la bataille de demain sera plus dangereuse que toutes les précédentes."

Perplexe, Kunzite le regarda baisser les yeux.

"Je sais, c'est pour ça que je pensais que... vous accepteriez peut-être..."

Il inspira profondément, regarda Kunzite dans les yeux et acheva brusquement:

"... que je reste ici ce soir?"

Il fit demi-tour aussitôt, trop gêné de sa propre audace pour le regarder davantage.

Kunzite contempla son dos crispé quelques instants, se demandant ce que signifiait réellement la phrase de Zoisite. Il savait très bien ce qu'il pouvait vouloir dire, il était spectateur depuis longtemps des coutumes bizarres de ses hommes, même s'il n'y accordait qu'une attention distante et plutôt réprobatrice devant cette perte d'énergie. Mais compte tenu des circonstances qui les avaient réunis, cela le laissait perplexe.

Néanmoins, il le prit doucement par les épaules et l'allongea près de lui. Il n'avait pas l'intention de saper ses forces ni de risquer de le contrarier par son ignorance avant la bataille finale, et il se contenta d'espérer que cela lui suffirait. Le coeur de Zoisite battait si fort qu'il l'entendait distinctement, et tous ses muscles étaient tendus, mais il finit par s'apaiser en comprenant que Kunzite comptait le laisser dormir. Il remua un peu, se blottissant légèrement contre lui, hésitant à le déranger. Mais Kunzite le laissa faire, passant un bras autour de sa taille pour le rapprocher, et lui murmura:

"Oyasuminasai", la formule de politesse pour souhaiter une bonne nuit, qui sonna de façon incongrue aux oreilles de Zoisite. Il avait bien compris le message, et il se détendit complètement pour se reposer comme le souhaitait son seigneur bien-aimé.

Celui-ci songeait à ses réticences initiales aux attentions de Zoisite, et réalisait combien sa présence qu'il avait crainte pesante lui était devenue agréable. Il commençait même à apprécier les moments comme celui-ci, où Zoisite serrait contre lui son corps fin et souple.

La bataille du lendemain se déroula conformément à leurs plans jusqu'à l'accident. La reine Beryl leur avait ordonné de lui ramener Endymion, le prince de sa contrée d'origine dont elle était amoureuse mais qui s'était rangé du côté des Sélénites par amour pour leur princesse. Partisan de ne laisser aucun survivant, et surtout pas cet homme qui l'avait souvent défié au cours des combats, Zoisite "oublia" les ordres et profita d'une occasion pour l'abattre par traîtrise. Sa mort provoqua un regain de combattivité chez les Sélénites qui tinrent en échec les forces démoniaques.

Furieuse de la désobéissance de Zoisite, Beryl le foudroya et ordonna à Kunzite de se débarasser de lui. N'étant pas d'origine Yôma, son corps ne se détruirait pas instantanément à sa mort. Ainsi Kunzite ramena son jeune lieutenant inerte dans ses quartiers, où répondant à son souhait il lui offrit une mort magnifique. Zoisite, serré dans ses bras, rendit son dernier soupir au milieu d'un tourbillon de pétales de fleurs, et il détruisit son corps sans vie.

Pendant ce temps, les Sélénites avaient découvert l'accès à la base terrestre du Dark Kingdom et s'y étaient engouffrées pour prendre l'offensive. Elles réussirent à retourner ses propres armes contre Kunzite. La dernière pensée du leader des Shinma fut pour son tendre lieutenant, à qui il demanda de l'aider à rejoindre la dimension où reposait son âme, sans savoir qu'il allait être exaucé.

Après un instant d'une durée impossible à évaluer, perdant toute perception comme son corps de Shinma se dissolvait dans l'éther, il recouvra brusquement ses sens. Ses yeux se fermèrent sous la lumière vive d'un ciel dégagé, remplaçant l'obscurité du Dark Kingdom. Oubliant à peine la souffrance de blessures qui n'existaient plus, son corps plia sous le poids inattendu d'une forme souple et chaude se jetant sur lui avec fougue et criant un "Kunzite- sama!" brisé par l'émotion. La voix était familière, ainsi que les boucles d'un blond doré passant dans son champ de vision, et c'est incrédule qu'il vit Zoisite s'écarter de lui en recouvrant un peu de calme et une attitude plus convenable pour un soldat.

"Zoisite... Alors le royaume des morts existe réellement?"

Zoisite essayait de retenir des larmes de soulagement et le détrompa sans perdre son sourire radieux.

"Je n'en sais rien. Ce n'est pas vraiment la même chose ici. Je t'expliquerai."

A ce moment, Kunzite vit quelqu'un derrière lui, souriant devant un paysage paradisiaque selon les critères humains -trop clair et trop coloré aux yeux de Kunzite. Zoisite vit que Kunzite l'avait remarquée et son visage s'assombrit un peu, mais avant qu'aucun d'eux n'ait prononcé un mot, la créature disparut après avoir adressé à Zoisite un joyeux:

"Occupe-toi de lui..."

Perplexe, Kunzite interrogea du regard Zoisite qui semblait ravi qu'elle soit partie. Le jeune Shinma fournit quelques explications sans grande conviction, espérant que son chef allait cesser de penser à la créature féminine et s'intéresser à lui. Elle ressemblait un peu trop à la reine Beryl, et Zoisite craignait que Kunzite ne soit sensible à sa beauté et son pouvoir comme cela avait été le cas avec la reine. Kunzite se rendit compte de son désarroi, et plongeant son regard dans ses yeux verts partagés entre le bonheur de le revoir et l'inquiétude, repoussa les questions que suscitait la situation.

Passant le bras autour de sa taille, il l'attira tout contre lui, écartant avidement ses lèvres pour un baiser bien éloigné de ses distantes étreintes habituelles. Il savourait intensément la douce chaleur du corps de Zoisite, le serrant toujours plus près jusqu'à le sentir s'enflammer et réagir. Il relâcha un peu son emprise et Zoisite essaya de s'écarter, son visage coloré par le trouble et la surprise. Kunzite lui sourit avec tant de tendresse qu'il en resta interdit, et attira à nouveau son visage en lui murmurant:

"Tu m'as tellement manqué..."

Zoisite cessa de résister, comprenant que Kunzite ne s'offenserait plus de son manque de retenue, et s'abandonna entre ses bras en pleurant de soulagement. Kunzite répondit à sa question informulée de Zoisite en restant près de lui alors qu'au dehors Shizala, la lune dorée d'Aracan, répandait son cône d'obscurité sur la ville.

Zoisite était trop enchanté de ses attentions pour résister mais il s'écarta un peu gêné en sentant le désir monter en lui. Il savait que, n'étant pas humain, Kunzite ne connaissait pas le même genre de pulsions. Pour cette raison, il ne lui avait jamais demandé autre chose que ce qu'il lui offrait spontanément. Cette fois pourtant, Kunzite le regarda longuement, scrutant attentivement son visage, et finit par lui sourire. Sa main glissa dans le cou de Zoisite pour le ramener contre lui et ouvrit la veste de l'uniforme que continuait à porter le jeune Shinma par allégeance envers lui. La ceinture n'était pas faite pour être enlevée, les Shinma créant leurs uniformes sur eux-même dès qu'ils maîtrisaient suffisamment leur pouvoir, et il la trancha net par le même moyen.

Zoisite le laissait faire sans trop savoir s'il devait ou non l'arrêter, déconcerté par son attitude mais confiant. Kunzite ne pouvait rien lui faire qu'il ne souhaite, et il se montrait étonnamment doux soudain. Il eut tout de même un mouvement de surprise quand Kunzite, cédant à l'impatience, désagréga d'un seul coup le reste de l'uniforme de son compagnon.

"Kunzite-sama?...

- Ce n'est pas ce que tu veux?

- ... Je veux ce que vous voulez...

- Cesse de me parler comme un subordonné. Il n'y a plus de Shinma.

- Mais je suis...?"

Kunzite ne répondit pas, il ne maîtrisait pas encore les mots pour décrire ce qu'il voulait dire. Il ne pouvait qu'imiter le comportement de ses anciens soldats humains en s'en remettant aux réactions de Zoisite pour ne pas commettre d'erreurs. Son instinct en la matière était encore trop neuf pour qu'il s'y fie, même si depuis leur séparation il le poussait irrésistiblement vers son compagnon. Mais sa nature de Shinma n'était pas complètement imprégnée par les comportements humains et finit par remonter à la surface.

Ses bras étreignant Zoisite se crispèrent soudain quand leur peau se déchira, cédant le passage aux fibres végétales qui constituaient l'essentiel de sa morphologie. Les lianes commençaient à ramper sur la peau de Zoisite quand Kunzite en reprit le contrôle et les rétracta, recouvrant une apparence humaine. Il regarda avec appréhension son jeune compagnon, dont le visage n'exprimait pourtant pas autant de malaise que le sien. Zoisite n'était qu'à moitié surpris par ce qu'il venait de voir. Il savait depuis longtemps que l'aspect humain de Kunzite, s'il était bien le sien au même titre que l'était pour Zoisite le corps qu'il avait conservé en devenant Shinma, ne reflétait pas son ascendance démoniaque. Il s'en moquait totalement, se demandant uniquement ce qu'il serait advenu si Kunzite n'avait pas mis fin au processus, et pourquoi il l'avait fait.

"Kunzite...

- Ne crains rien, je veillerai à ne plus perdre le contrôle.

- Pourquoi pas?"

Surpris, Kunzite plongea son regard dans le sien. Zoisite, enhardi par leur nouveau contact, lui souriait.

"Je savais que tu finirais par m'aimer à ta manière. Peu importe... comment ça se passe. Je suis un Shinma, non? Alors tu peux continuer.

- Tu ne sais pas ce que tu dis... J'ignore moi-même à quoi cela pourrait nous mener. Ce n'est pas ce que tu espères, je crois... que c'est juste un réflexe, pour te voler ta force vitale. C'est dangereux...

- Je ne crois pas que tu pourrais me faire du mal. Et même si tu m'en fais... Ce ne sera pas grave. Je ne risque même plus de mourir ici. Kunzite..."

Il avait dit son nom d'une voix brûlante en attirant son visage. Il était déterminé et Kunzite prolongea son baiser par l'accomplissement de son souhait, libérant quelques fibres qui jaillirent de sa tête. Zoisite tressaillit lorsqu'elles commencèrent à ramper sur sa peau et s'enroulèrent autour de son cou, mais rapidement il ferma les yeux pour savourer cette étrange caresse. Les lianes en s'allongeant enlacèrent sa tête, sa gorge et ses épaules, maintenant leurs deux visages collés l'un à l'autre. Il semblait se délecter de cette étreinte, aussi lorsqu'il noua ses doigts à ceux de Kunzite, celui-ci hésita à peine avant de joindre leurs bras dans un réseau semblable de fibres bruissantes. Par vagues, les lianes remontaient le long du bras, rejoignant celles qui descendaient du cou, et Zoisite commença à se cambrer, soulevant une épaule après l'autre pour permettre à l'arborescence de se développer sous son corps.

Il rouvrit brusquement les yeux quand Kunzite laissa filtrer d'autres lianes pour envahir ses jambes et remonter à la rencontre de l'entrelacs qui descendait à présent sur son torse. Kunzite ralentit leur progression, mais Zoisite l'encouragea du regard à continuer puis referma les yeux, cédant au contact du réseau pulsant qui se répandait sur sa peau. Chaque fibre ajoutait sa caresse persistante aux autres, autour de lui et en lui, submergeant ses sens. Il avait perdu le contrôle de son pouvoir et ils lévitaient au sein d'un tourbillon de ténèbres mêlées de pétales de cerisier, leur énergie attisée jusqu'au maximum. Alors, comme l'avait pressenti Kunzite, les lianes s'hérissèrent d'une multitude de radicelles microscopiques, transperçant la peau de Zoisite pour aspirer son énergie, la communiquant à son bien-aimé en une onde de volupté. Pris d'une convulsion, il s'arracha aux lèvres de Kunzite pour crier et s'effondra contre lui, inconscient.

Aussi secoué que lui par ce dénouement, le seigneur-démon recouvra le contrôle de lui-même sans lâcher son jeune amant, qu'il serrait anxieusement contre lui, flottant au-dessus du sol. Il était toujours prisonnier du réseau arborescent maintenant détendu, que Kunzite rétracta doucement.

Après quelques minutes d'attente inquiète, Zoisite reprit conscience. Sa peau était constellée de minuscules points rouges, traces des fibres végétales, et son premier mouvement lui arracha un gémissement. Kunzite redéploya les lianes, pour mieux répartir son pouvoir guérisseur cette fois, en se reprochant de s'être laissé convaincre. Mais si l'expression de Zoisite était songeuse, il était plus inquiet de sa réaction que de ce qui s'était passé.

"Pardon Kunzite... La prochaine fois je ne m'évanouirais peut-être pas."

Kunzite le regardait sans y croire effacer d'un battement de cils son sentiment de faute.

"Tu es sérieux? Tu voudras vraiment recommencer?

- Bien sûr..."

Il se blottit contre lui, l'enlaçant plus étroitement que des lianes, alors que Kunzite goûtait la pensée étrange qu'il disait vrai.

- Fin -


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