L'Appel des Étoiles

Poussière d'Etoiles

© 2000 by Saori

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Mémoires de Mu, chevalier d'Or du signe du Bélier.


La région dans laquelle je suis né à toujours été considéré comme très rude. Très peu de personne osent d'ailleurs si aventurées et nous ne voyions jamais de touristes assez courageux pour escalader les immenses montagnes qui entourent nos habitations. Pourtant étrangement, cette région du Tibet m'a toujours semblé familière et attirante, voire même réconfortante.

Je me souviens que lorsque j'étais enfant et que quelque chose me tracassait, je venais me refugier dans ce paysage rocailleux et qu'il me transmettait sa force. J'avais déjà un caractère assez solitaire, malgré mon très jeune âge, et c'est sans doute pour cela que la région de Jamir me correspondait, et me correspond encore, toujours si bien.

Mes parents étaient morts à peine deux semaines après ma naissance, d'une épidémie dont nous n'avons jamais connu ni le nom ni la provenance et dont, par miracle ou plutôt, grâce au destin, j'ai réussi à réchapper.

Ce ne fut malheureusement pas le cas de tous dans le petit village au pied des montagnes ou j'avais vu le jour. Les habitants furent complètement decimés en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire et la médecine primitive ne put en sauver qu'un seul, le meilleur ami de mon père. Il se nommait Mahaltar et n'avait absolument pas connaissance de ce que j'étais en réalité, au début tout du moins, mais il ne me le révela jamais vraiment quand il s'en rendit compte. C'est mon maître Sion qui me l'apprit deux ans plus tard.

Mes deux parents, chose extrêment rare chez les Alchimistes, étaient originaires du continent de Mu, et j'étais donc un enfant issu de la lignée la plus pure, sans doute le nourrisson le plus proche des magiciens travaillant pour la déesse Athéna aux époques mythologiques. C'est un fait qui ne s'était jusqu'alors jamais produit et qui ne se reverra probablement jamais.

Pour ma part, je n'en avais pas encore conscience, pas plus que des conséquences que ce sang qui coulait dans mes veines impliquait, alors que je n'étais qu'un bébé et que Mahaltar franchissait le seuil de la maison de mes parents, pour venir m'emporter avec lui, dans des terres plus reculées ou nous ne risquerions pas de succomber à une quelconque et dévastatrice maladie.

C'est au coeur de l'hiver, alors que la neige tombait sur le haut des immenses montagnes que je ferai plus tard miennes, qu'il m'a dérobé de mon berceau, après avoir donné un dernier adieu aux corps de mes parents qui reposaient non loin de là, dans leur chambre conjugal. Il me raconta plus tard, qu'il prit même le temps, pour les honorer une dernière fois et parce qu'ils étaient très liés par un profond sentiment d'amitié, de donner un bref rite funérrère, comme il est de coutume pour tous ceux qui pratiquent la magie et tous les arts qui s'y raccrochent, telle que la fameuse alchimie.

Mahaltar m'a souvent détaillé les périples de notre voyage pour arriver dans un endroit plus reculé, et j'ai toujours admiré son courage et sa tenacité. Il me tenait dans ses bras sans vouloir me lâcher, et portait sur son dos plus de deux fois son poids en bagages, ce qui, pour un homme normal, n'est décidemment pas rien. De plus, il devait faire face aux déchaînements des éléments, particulièrement capricieux cette année-là. Le vent lui cinglant le visage, les pluies diluviennes l'empêchant d'avancer, ou encore les inquiètants bruits de la nuit retenant son attention, tout ceci, alors que je n'étais qu'un petit garçon d'un peu plus d'un an, je n'avais aucun mal à me l'imaginer rien qu'en fermant les yeux.

C'est peut-être ainsi et surtout, à cause de lui, que j'ai attrappé le goût du voyage et de l'aventure. Mahaltar n'avait jamais été un homme qui savait rester en place, et il aimait à circuler, à se déplacer sans cesse pour rencontrer de nouvelles personnes, de nouveaux amis, de nouvelles cultures, tout cela dans le but de parfaire encore et toujours la maîtrise qu'il avait des arts magiques. Il était sans doute le sorcier le plus instruit qui, parmi les hommes normaux, il m'ait été donné de voir. Il excellait dans l'art de la divination, et plus encore dans ces rituels et célébration.

Je me rappelle comme j'attendais avec impatience la fête de Samhain et ces moments de méditation et d'introspection qu'elle engendrait. Je me revois, alors que j'allais fêter mes deux ans, impatient déjà une semaine à l'avance, de pratiquer la magie ce fameux jour ou le voile entre les deux mondes, celui des vivants et des morts est le plus ténu. Mahaltar me disait alors toujours qu'il ne fallait pas de précipitation et que l'on devait savoir attendre toutes les choses, car elles ne venaient que lorsque c'était nécessaire, pour que l'équilibre universel ne soit pas troublé.

S'il me parlait de cette façon qui aurait pu sembler confuse à un enfant aussi jeune que je l'étais alors, il m'avoua que c'est parce qu'il avait remarqué que j'étais un garçon particulièrement intelligent et doué. A l'âge d'un an, je savais déjà parler couramment avec les hommes et communiquer avec la nature, ce qui était sans doute encore plus étonnant.

Je me suis souvent demandé si Mahaltar ne m'enseignait pas tout ce qu'il avait lui-même appris parce qu'il avait déjà une préconscience de se trouver en compagnie d'une personne particulièrement importante pour le monde magique dans lequel il évoluait. Si le sixième sens est parfaitement maîtrisé chez les chevaliers, il ne doit pas non plus être négligé chez certains êtres humains qui semblent parfois le développer de façon plus que troublante, du moins chez les magiciens et magiciennes. Je crois qu'au fond de lui, il a toujours deviné que j'étais originaire du Continent de Mu, peut-être à cause du prénom que mes parents m'avaient choisi et qui ne laissait que peu d'équivoque, sans doute parce que je dégageais une énergie et une force hors du commun.

Je ne m'étais jamais posé toutes ces interrogations petit garçon, je me contentais de suivre ses enseignements qui me semblaient passionants et de tenter de les mettre en application. Je crois que ce sont tous ces exercices de méditation qu'il me faisait exécuter qui renforcèrent en moi mes aptitudes naturelles pour la télékinésie, la téléportation, la télépathie et entre dons de ce genre.

Je me rappelle encore parfaitement, alors que j'avais environ un an et cinq mois, de ma première lévitation. Mahaltar était rentré dans la pièce ou je me trouvais, "l'Atelier" comme nous l'appelions car elle était entièrement consacrée à nos travaux magiques, et m'avait découvert assis en tailleur, les yeux fermés, ma concentration à son summum et flottant dans les airs, comme une feuille légère portée par le vent. Il n'a fait aucun bruit pour me sortir de ma transe et a attendu, respectant ce que j'accomplissais, que je redescende sur le sol quelques minutes plus tard pour me parler. Il m'a alors raconté qu'il avait lui-même mis plus de quarante ans, il devait être âgé d'une soixantaine d'années alors, pour maîtriser cet art qui semblait me venir naturellement.

Je me souviens comme ses félicitations m'ont touché car, sans être avard de compliments, il était rare qu'il s'extasie sur quelqu'un qui pratiquait la magie et je connaissais donc la valeur des mots d'encouragement qu'il me prodiguait.

A partir de cette journée, tout s'enchaîna très vite, et Mahaltar n'allait plus devoir s'arrêter de m'accorder son attention. Il m'avait appris à lire extrêmement tôt, car il disait que c'était la première nécessité car les magiciens que nous étions avaient sans cesse le nez fourré dans les livres et autres grimoires qu'il écrivait lui-même et que j'imitais bien volontiers dès qu'un nouveau rituel me passait par la tête. Il n'avait jamais accepté qu'un autre que lui griffonne et noircisse les pages de ses manuscrits, mais je fus rapidement autorisé à y laisser ma marque.

En y réflichissant plus, je crois que nous n'avons jamais eu de relations père et fils. Il me déclarait qu'il était trop vieux pour cela et que je méritais de toute façon bien mieux. Nous nous sommes donc toujours considérés, et malgré notre invraisemblable différence d'âge, d'égale à égale. Cela me faisait plaisir qu'il me considère comme son ami, son assistant, son compagnon et si je n'ai jamais connu de relations parentales, je crois que je ne m'en porte pas plus mal. Maître Sion se comporterait de la même façon quelques mois plus tard et je n'allais ainsi pas être trop dépaysé.

Je considère toujours Mahaltar comme ayant été mon premier maître, mon premier professeur car c'est lui qui a renforcé et developpé certaines de mes aptitudes, comme celle de lire dans la voûte céleste le destin, ou encore, de maîtriser parfaitement l'astrologie en faisant des thèmes pour chaque signe du Zodiaque, dont je ne mesurais pas encore l'importance dans ma propre existence.

C'est aussi lui qui a forgé mon caractère calme, distant, toujours capable de garder son sang-froid dans toutes les situations, mêmes les plus dramatiques. Tous ces traits de ma personnalité, mon aptitude à me fondre dans la nature, la distance que je semble parfois avoir avec certaines personnes, je les ai hérités de lui.

Je dois reconnaître que ce n'était pas un homme à avoir beaucoup de gestes de tendresse et d'affection à mon égard, comme à celui des autres, seulement, nous communiquions nos sentiments à un autre degré. Par un simple regard, télépathie obligeant, nous étions capables d'échanger bien plus que durant une conversation.

Pendant deux années, lui et moi avons parcouru le Tibet de long en large durant l'été, à la recherche d'ingrédients aussi magiques que rares. Nous cartographions les régions que nous traversions, notant quelles plantes pouvaient être coupées dans tel lieu et revenions les chercher durant la fête du Solstice d'Eté, alors qu'elles sont à leur potentiel maximal. Je m'instruisais chaque jour plus, et j'apprenais, en plus des arts occultes, le respect de la nature et des autres.

Mahaltar était très philosophique et je me souviens que le premier livre qu'il m'a conseillé de lire fut "L'alchimiste" de Paolo Cohelo, alors que je n'étais âgé que d'un peu plus d'un an. Je n'ai jamais osé lui dire, mais pour ma part, j'ai toujours eu une préférence pour le monde magique du "Seigneur des Anneaux" mais je n'ai jamais possédé le courage nécessaire pour le lui avouer.

Si le printemps et l'été nous parcourions notre pays, qui ne cessait jamais de nous fasciner, nous nous retrouvions assez lassés de nos incessantes marches durant les deux dernières saisons, et passions notre temps dans notre maison, aux alentours de Jamir, ou nous cultivions, ou nous fabriquions et ou nous composions tout ce qui nous semblait possible.

Je lui ai un jour demandé pourquoi il ne pratiquait jamais l'Alchimie, alors que nous étions à la veille du jour fatidique ou nos existences allaient devoir se séparer. Il a regardé le feu qui brûlait dans l'âtre et qu'il venait d'allumer et il a mis longtemps à me répondre. Mais le silence ne nous gênait ni l'un ni l'autre, et j'ai respectueusement attendu qu'il veuille bien me parler.

Je crois qu'il ne savait pas comment me dire que ce domaine m'était comme réservé. Etrangement, chaque mot qu'il a prononcé ce soir-là, alors que les étoiles luisaient fortement à l'extérieur et qu'elles se reflètaient contre la fenêtre près de laquelle il était assis, sont restés gravés dans ma mémoire.

"Tu sais, Mu, je crois qu'il y a des sujets dans lesquels les hommes n'ont pas le droit de s'avancer. Comme tu le sais déjà sans doute, les principaux travaux des alchimistes se tournaient vers la recherche de la transformation de métal vil en or ou de la jeunesse éternelle... et je crois que l'homme n'a pas le droit d'essayer cela. Les dieux eux-mêmes, quand ils se réincarnent, n'ont pas de prises sur les effets du temps, vois-tu. L'ordre des choses n'a pas le droit d'être bouleversé, c'est ainsi. La vie doit s'écouler, on ne peut rien y faire, le tout est de savoir s'en servir à bonne escient. Seuesl les personnes qui éprouvent des regrets vis à vis de leur passé n'on pas envie de vieillir.

"Et je vais te dire deux choses: premièrement, si l'on vit dans le présent correctement, comme il se doit, l'on n'a pas besoin de se retourner avec amertume vers le passé et deuxièmement, seul l'enveloppe charnelle vieillit, l'âme, elle, peut devenir immortelle... à condition que l'homme s'éveille aux neuf sens, comme les dieux l'ont fait avant nous, comprends-tu? Un jour, je suis persuadé que tu seras capable d'accomplir ce miracle et je dois t'avouer que l'élève à dépassé il y a de cela fort longtemps le maître... ne crois-tu pas?

"Sache une dernière chose, avant que nous n'ayons dans l'Atelier pour travailler encore un peu, l'alchimie, certaines personnes la pratiquaient sans chercher à briser le cycle de la Lumière, de l'Univers autrement dit. Elles étaient originaires du Continent de Mu, comme ton prénom, je vois que tu le sais. Ces magiciens là étaient les plus puissants ayant jamais existé, et jamais ils ne servirent que la justice. Et je suis certain, que bientôt, mon ami, tu t'éveilleras à toutes ces connaissances."

Je me revois hochant pensivement la tête. Peut-être comprenais-je déjà qu'il s'agissait d'un discours d'adieu? En fait je ne sais plus exactement...

Cette nuit-là, Mahaltar et moi avons travaillé jusqu'au petit matin, comme s'il savait que c'était la dernière fois qu'il pouvait faire cela avec moi.

Et puis, lorsque le soleil s'est levé, chassant les ombres de la nuit, mon compagnon m'a demandé de m'habiller chaudement car, en octobre, les matinées sont extrêmement fraîches à Jamir, surtout vers les quatre heures du matin.

Je revois la brume se dissipant peu à peu sous l'effet des rayons de l'astre du jour, je revois celui que je considèrais comme mon maître humer l'air du petit matin et me dire que cela était pour lui, un miracle de la nature, et qu'il était dommage que bien peu d'hommes arrivent à le comprendre.

Pour la première fois de son existence, il a posé sa main sur mon épaule et a embrassé le paysage d'un large geste, l'englobant dans sa sagesse que j'admirais et que je désirais tant acquérir un jour. Là, j'ai fixé mon regard sur le paysage et j'ai vu le soleil monter peu à peu entre deux pans de montagnes, lentement, majestueusement. J'en ai eu le souffle coupé et Mahaltar m'expliqua que seules les personnes capables d'aimer la nature et l'humanité étaient aptes à avoir une telle réaction face au spectacle auquel je venais d'assister. Il m'a ensuite fait jurer de toujours chérir le monde comme lui l'avait fait jusqu'à présent et j'y ai vu, malgré mon jeune âge, j'avais à peine deux ans, les prémices d'un adieu.

J'entrevoyais sans doute déjà ce qui allait se passé. Mahaltar disait toujours que dans un coin de notre cerveau que nous ne savions pas faire fonctionner, était déjà emmagasiné toutes les images de notre existence et que le fameux sixième sens, était lorsque certaines de ces images réussissaient à nous parvenir. Je crois maintenant que son analyse est des plus judicieuses et des plus convaincantes, mais après tout, s'était-il déjà trompé sur quelque chose?

Nous devions aller chercher une plante dans une cavité de la montagne qui se trouvait très en hauteur et sur une route particulièrement dangeureuse. Mais nous n'étions, tous les deux, pas près de reculer devant la difficulté et nous nous disions de toute manière toujours prêts à braver mille dangers lorsqu'il était question de magie.

J'aimerais dire que nous aurions mieux fait de nous abstenir ce jour-là, mais ce serait trahir Mahaltar. Evidemment, le perdre fut l'une des tragédies de mon existence, seulement, on ne peut pas se rebeller face au destin et l'accepter ne doit pas être considéré comme une fatalité, mais comme une élévation à l'une des vérités universelles. Cela, très peu de personnes l'ont saisi, et Mahaltar en faisait incontestablement parti.

Nous avons lui et moi, longuement suivi une route minuscule, bordée d'un côté par un immense précipice dont j'appercevais à peine le fond, et de l'autre, par une gigantesque paroi rocheuse, dont je ne distinguais pas la cime.

Et je crois que c'est ce que j'aime à Jamir, la nature y est sauvage et démésurée, et elle ne domine pourtant pas l'homme, pas plus que l'homme ne la domine et je pense que c'est le seul lieu du monde qui produit cet effet... Le toit du monde, c'est ainsi qu'est surnommé cet endroit et je trouve que cela lui va merveilleusement bien.

J'étais devant lui et nous avancions d'un pas décidé et mésuré, n'ayant, ni l'un ni l'autre, le vertige. Nous approchions à vive allure de la cavité quand j'ai soudainement trébuché, et que je me suis coincé le pied sous un lourd rocher que je n'avais remarqué qu'à la dernière seconde.

"Il faut toujours regarder devant toi, Mu, plutôt qu'à tes pieds".

C'est ce que me dit Mahaltar, dans l'une de ses éternelles phrases à double sens que j'affectionnais particulièrement.

Il s'agenouilla alors près de moi, alors que je ne bougeais plus, sachant parfaitement que se débattre ne servirait à rien, et qu'il valait mieux être calme et s'en sortir ainsi avec moins de dommage. Pourtant, la pression que la pierre provoquait sur ma cheville était très douloureuse et menaçait de me briser le pied d'une seconde à l'autre. J'étais assis par terre, alors qu'il poussait doucement la pierre, la roulant de l'endroit ou je l'avais délogée en passant avec trop de précipitation à côté.

Je n'ai jamais songé que cette histoire se finirait comme cela. Il m'était déjà arrivé plusieurs fois des accidents de ce genre, dont un dont je me souviens extrêmement bien, car je m'y étais cassé le bras. Mahaltar aussi avait parfois pareils problèmes, et je me revois, alors que j'avais un an révolu, entrain de le sortir d'une cavité souterraine ou il s'était coincé. Il avait bien failli y laisser la vie, mais mon intervention était arrivée à point. Quand l'accident était terminé, nous en riions toujours pour ne pas trop dramatiser quand cela recommencerait, ce qui arrivait toujours inévitablement tant nous nous fourvoyions souvent dans des coins impossibles. Parfois, la nature était peut-être en colère après nous, c'était ce que nous nous répétions, un demi-sourire aux lèvres, alors que nous savions parfaitement que ces incidents étaient toujours dus à notre manque d'attention.

Mahaltar avait beau rouler la pierre, celle-ci ne voulait pas se plier à sa volonté et il y appliqua ses deux mains avec calme, s'aidant de son mental pour la faire bouger. Il m'avait avoué qu'il n'avait jamais été particulièrement doué en télékinésie mais qu'il se débrouillait parfois, quand le besoin s'en faisait sentir.

La douleur, pour ma part, s'élançait jusque très haut dans ma jambe, atteignant bientôt mon genoux et ma cuisse. Je voyais qu'un peu de sang commençait à teinter la pierre et je fermais les yeux quelques secondes, pour me retenir de bouger et de m'agiter en tout sens, comme n'importe quel enfant de deux ans l'aurait fait. Mais j'avais déjà une très grande maîtrise de moi-même et je ne vacillais pas.

Ensuite, la scène est encore parfaitement claire dans mon esprit, et je pourrais en revivre éternellement chaque seconde tant je l'ai passé et repassé dans ma tête. Longtemps, à chaque fois que je fermais les paupières, je l'ai revécu, indéfiniment, interminablement et je me torturais en me demandant comme cela se serrait passé si j'avais agi différement. Mais le jeu du "Si Seulement" était néfaste, je le savais, même si je ne pouvais pas m'en empêcher.

Je revois Mahaltar donner soudainement une pression trop puissante sur le rocher, car, comme il me l'avait dis, il ne contrôlait pas particulièrement bien sa télékinésie. Nous avons entendu à la même seconde le rocher entrer en collision avec le pan de la montagne, dégageant du même coup ma cheville mais provoquant un bruit sourd qui venait des cimes qui ne nous était malheureusement pas inconnu. Nous avons échangé un regard étincellant et brillant, réalisant l'un et l'autre que l'heure n'était pas à la plaisanterie et que nous venions de déranger cette nature que nous aimions tant.

Alors, je saisi que l'éboulement était inévitable.

Des rochers, autant de gigantesques et lourds que de petits et dont la chute était sans conséquence, déferlèrent sur nous, du haut de la montagne, nous submergeant comme une vague, nous engloutissant. Sans même m'en rendre compte, je réussis à me téléporter sans que personne ne m'est appris comment faire, pour la première fois, évitant ainsi de justesse la mort.

Malheureusement, il n'en fut pas de même pour Mahaltar et je ne m'en rendis compte que trop tard. Les pierres l'avaient projeté dans le ravin et je me penchais vers celui-ci. J'entends encore le son de ma voix hurlant son nom alors qu'il ne répondait pas. L'éboulement n'avait pas duré très longtemps, à peine quelques secondes, mais cela avait suffi pour créer l'irréparable.

Des larmes ont roulé le long de mes joues, sans que je puisse les retenir. Je criais son nom, sans savoir que faire alors que je ne distinguais pas le fond du ravin. C'est alors, j'avais été habitué à réfléchir vite et agir avec rapidité, qu'une idée me traversa l'esprit. Je savais que Mahaltar était un magicien très puissant et peut-être la chute ne l'avait pas tué, qu'il avait réussi quelque prodigieux miracle. Seulement, je comprenais bien que les lourdes roches devaient le compresser, l'écraser et qu'il fallait à tout prix les enlever. Je n'avais donc pas le choix et devais me rappeler de ce que disait les livres sur la télékinesie. Je la pratiquais déjà, mais je n'avais jamais été capable de soulever par la pensée plus qu'une chaise ou à la limite un fauteuil, rien en comparaison des tonnes que je me devais d'élever dans les cieux pour sauver mon compagnon.

Mon coeur battait à tout rompre, j'avais du mal à respirer la peur, en plus du fait que l'air est rare dans les hauteurs de Jamir, m'en empêchant mais je ne pleurais plus. Cela ne servait à rien et m'empêcherait encore plus dans ma concentration.

Je fermais mes paupières en songeant que bientôt, cette épreuve serait terminée et qu'il fallait que je me montre digne de mon professeur. Je tendis mes mains devant moi, écartant mes doigts et offrant mes paumes au ravin, dans une position qu'un petit garçon hindous et que je ne connaissais pas encore, du nom de Shaka, adoptait à la même seconde que moi-même, songeant, lui aussi, que la matière ne peut pas contrôler l'homme et que le contraire est bien plus logique.

Mon corps s'affolait, de la sueur perlait sur mon front, je sentais la moiteur m'envahir et des tremblements me parcourir mais je contrôlais encore mon esprit. Rester calme, rester calme, faire abstraction de la crainte de la peur. Sans que je comprenne ce qui se passait, une lumière dorée m'entoura, m'enveloppant et, Sion me le raconta plus tard, deux points de couleur argentée apparurent sur mon front, comme s'ils avaient depuis toujours été incrustés dans ma peau et qu'ils choisissaient de refaire surface à cet instant. Je sentais d'ailleurs bien que j'avais quelque chose sur le front et que cela m'illuminait, voilant pendant quelques secondes mon regard. Mes cheveux mauves pâles se soulevèrent, comme sous l'effet de vent alors que j'avais l'impression que des bourrasques venaient me fouetter le visage. Ce qui se passait était incroyable et c'est moi qui provoquait ce phénomène. Je n'avais pas entendu qu'à quelques mètres de là, un homme passait et qu'il me regardait faire, bouche-bée.

Dans un dernier effort de volonté et alors que mon corps était aussi incadescant qu'une étoile, je poussais un ultime cri de rage alors que les tonnes de rochers tombées de la montagne s'élevaient en l'air, jusqu'à venir à ma hauteur tant la puissance que je dégageais était hors du commun et époustouflante. Je les jetai alors le plus loin que je le pus et elles retombèrent à plusieurs kilomètres de là, dans un terrible bruit de fracas qui n'a jamais vraiment cessé de gronder à mes oreilles depuis.

Je me suis agenouillé et penché vers le ravin, mes cheveux cachant mon profil à l'inconnu qui s'approchait de moi. J'ai hurlé le nom de Mahaltar à m'en donner mal à la gorge alors qu'il ne répondait pas. Les deux points argentés que j'avais sur le front n'avaient pas disparu et je sentais qu'ils me chauffaient mais je n'avais pas le temps, ni l'envie d'ailleurs, d'y faire attention. Plus tard, on allait m'apprendre à les recouvrir d'une sorte de peinture rouge, pour que cela fasse un peu mon étrange et que mes adversaire ne devinent pas qui je suis immédiatement.

Il ne répondait pas... il ne répondait pas. Je ne pouvais pas croire que la chute l'avait tué, c'était impossible, lui qui était si fort, si résistant!

Des larmes perlèrent de nouveau mais mes longs cils bruns les retenaient et les empêchaient de couler. Comme à chaque fois que j'étais particulièrement anxieux, le violet de mes yeux se muait en bleu spahir. Je tapais du poing contre le petit chemin dans lequel j'étais agenouillé, tout le corps tendu vers le vide.

Que pouvais-je faire? Mais oui...tout à l'heure, j'avais évité les rochers de façon spéciale... si seulement j'avais pu me rappeler comment l'on faisait pour se déplacer en se téléportant, j'aurais pu aller en bas.

C'est à cet instant que je sentis une présence à mes côtés.

"Dis moi, petit, que se passe-t-il?"

Ce fut la première phrase que Sion échangea avec moi. A son plus grand étonnement, les pensées que je dégageais étaient si fortes, que je les lui transmettais par télépathie. Je me souviens comme il hocha la tête avec compréhension avant de disparaitre dans des jerbes de lumière. Il faisait exactement ce que j'avais réalisé durant l'éboulement et c'est pourquoi je ne m'en étonnais pas le moins du monde. Je ne savais pas qui il était ni le rôle qu'il jouerait dans mon existence, mais déjà, je lui faisais pleinement confiance. Je savais instinctivement que si Mahaltar pouvait être sauvé, ce ne pouvait être que pour cet homme, à l'aura si puissante.

A aucun moment je n'ai cessé de me pencher, de tendre l'oreille, d'espérer... mais je connaissais déjà, au fond de mon coeur et de mon âme la réponse à l'interrogation que je posais. Je ne ressentais plus le rayonnement qu'il dégageait à son habitude mais je n'avais nullement envie de croire à l'évidence ce jour-là. La vie sans mes parents, je n'avais pas eu de mal à m'y faire puisque je ne les avais jamais connus, mais la vie sans Mahaltar... c'était pour moins inconcevable. Que serais-je devenu sans ses sages paroles qu'il me dispensait sans cesse? A quoi allais-je être réduis? Evidemment, j'avais un toit, je savais comme me nourrir ou me chauffer tout seul, mais c'était de nourriture spirituelle dont j'avais le plus besoin, de sa présence bénéfique aussi, de nos discutions passionantes et de nos débats animés sur des sujets aussi variés que distrayants.

Quand l'inconnu remonta, il n'eut pas bsoin de me dire ce qu'il avait vu, je l'avais deviné et il le vit dans mes yeux. Je reculais alors contre la paroi de la montagne qui avait supris mon compagnon que j'avais innocemment cru éternel, et je m'accroupis contre, cherchant à me fondre dedans, à ne plus faire qu'un avec elle. Je n'avais nullement besoin de mots pour me consoler et l'inconnu sembla le comprendre. Il s'assit alors à côté de moi, prenant lui aussi ses genoux contre sa poitrine et appuyant son menton contre, exactement comme je le faisais.

Nous n'avons pas échangé une phrase et pourtant, je crois que nous nous sommes parlés car, lorsqu'il s'est relevé au bout de plusieurs heures d'immobilité, j'en ai fait de même. Et lorsqu'il est redescendu de la montagne ou j'avais grimpé avec Mahaltar, j'en ai fait de même. D'un commun accord silencieux, j'avais décidé de le suivre, comme si celui qui m'avait élevé jusqu'à présent m'avait demandé, par delà la mort, d'accorder ma confiance et de placer ma vie entre les mains de cet inconnu, qui m'était pourtant déjà si familier. Je n'avais nulle idée d'ou il se rendait, mais cela n'avait pas d'importance, je sentais qu'il emmenait avec lui mon destin.

Sion m'avoua plus tard qu'il avait été littéralement ébloui par mon talent, et qu'il avait immédiatement compris que j'étais le but de son voyage dans son pays natal. Il n'avait tout d'abord pas compris pourquoi une force mystérieuse le poussait à quitter le Sanctuaire dont il était le gardien et le garant en temps que Grand Pope, mais en me voyant, il m'expliqua que ce fut pour lui comme une évidence.

Durant les années que durèrent mon entraînement, il s'installa entre Sion et moi la même complicité que j'avais déjà connu avec Mahaltar, bien-sûr, il était encore plus doué que ce dernier en magie, mais à chaque homme ses capacités, c'est du moins ce que je disais toujours.

Au début, j'ai songé que je ne voulais pas que Sion remplace mon premier maître, mais ce n'était pas dans les intentions de ce dernier et bientôt, il me fit comprendre que chaque personne pouvait avoir sa place dans le coeur d'un être humain.

Mahaltar et Sion...Sion et Mahaltar...ce sont ces deux hommes qui m'ont formé, qui m'ont donné la chance de devenir ce que je suis maintenant. Grâce à eux, je n'ai jamais été seul et j'ai toujours eu quelqu'un à qui parler, ce dont tout homme a le plus besoin. Tous deux, ils m'ont inculqué les arts occultes et je suis devenu le chevalier dont ils avaient l'un et l'autre, Mahaltar sans vraiment le savoir et Sion, très consciemment, toujours rêvé. Cependant, et malgré mes incessantes activités au Sanctuaire, je n'ai jamais pu me détacher totalement de Jamir ou je retourne et vis de longs mois durant l'année avec mon disciple Kiki. Je ne sais pas si je suis un aussi bon maître que ceux que j'ai eu, j'aimerais le croire mais j'émets malgré tout quelques réserves sur ce point. Je tente de donner à mon élève les valeurs qui m'ont été inculquées et qui font maintenant parties intérgrantes de ma personnalité.

L'humanité est pour moi une race pleine d'espoir et de laquelle on peut tout attendre. Je conçois parfaitement que très peu de personnes, et Shaka partage d'ailleurs mes opinions sur ce point, saisissent la véritable essence de l'être ou comprenne l'équilibre de notre univers, mais pour ces hommes, je suis prêt à tout faire, à tout donner.

Ces hommes ils seront bientôt de plus en plus nombreux, et aussi difficiles à dénombrés que les grains d'une poignée de Poussière d'Etoiles.

Car c'est ainsi que sont les hommes, sembables à ces poudres magique que j'utilise, car ils sont nés cendres et ils le redeviendront au terme de leur vie mais entre temps, ils auront eu le temps de briller.

Car nous sommes tous Poussière d'Etoiles.


Aries Mu
"L'Appel des Etoiles"


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