L'Appel des Étoiles

Les Echos de l'Ame

© 2001 by Saori

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Mémoires d'Eaque du Garuda de l'étoile célèste de la Supériorité.


Le vent sifflait à mes oreilles lorsque je descendais les immenses montagnes qui devaient m'amener jusqu'au village ou j'allais vendre les abricots que nous cueillions dans ces vergers reculés du Népal.

J'avais été désigné pour cette tâche, assez ingrate je m'en rendais parfaitement compte, car j'étais le plus jeune et donc, le plus facile à faire obéir. De toute manière, cela ne me gênait guère car je finissais par prendre l'habitude de ces difficiles et angoissants trajets.

Je ne crois pas que le plus dur était de porter les immenses paniers qui regorgeaient de fruits sur mon dos, car j'étais pourvu d'une force physique assez hors du commun. Ce que je n'aimais pas dans ces longues descentes vers une civilisation un peu plus évoluée que la nôtre, quoique..., c'était le bruit qui m'accompagnait sans cesse. Je n'avais encore jamais compris d'ou il venait. Sans doute des montagnes elles-mêmes mais je n'en étais pas certain.

C'était comme un roulement, un écho de chaque bruit de la nature qui m'aurait été renvoyé en démesuré et qui avait le don de terrifier le petit garçon de cinq années que j'étais alors.

Je n'aimais pas le chemin de l'allée lorsque j'assumais le travail que l'on m'avait confié. La nature semblait alors me dominer et j'avais l'impression d'être à sa merci. Je me sentais seul, alors que je descendais d'un pas peu confiant et vacillant le long de cette route étroite.

Bien souvent, pour me rassurer, j'étais obligé de chantonner des airs et faire du bruit pour deux personnes, pour me donner l'illusion que je ne craignais rien. Mais ma voix ne brisait pas le silence, au contraire, elle se répercutait avec force, puis de plus en plus lentement contre les parois, ce qui me faisait frissonner plus qu'autre chose.

J'aurais aimé céder ma place à quelque d'autre, mais je savais que personne n'aurait désiré la prendre. J'étais le plus jeune et donc, celui qui n'avait pas le droit de se plaindre. Je n'étais pas sensé être aussi occupé que les autres, même si je gagnais tout comme eux et malgré mon jeune âge, mon pain quotidien.

J'étais né au Népal, dans une contrée rude et assez hostile, non pas de part son climat qui était somme toute assez supportable pour qui le connaissait depuis toujours, mais parce que le travail y est obligatoire dès la naissance et l'exploitation fait partie de la vie quotidienne.

J'étais incapable de dire qui était mon père, et ma mère aussi d'ailleurs car elle disait ne plus vraiment s'en souvenir. C'était une situation assez étrange pour les gens dits de la normale, mais cela nous paraissait assez quelconque dans la communauté dans laquelle nous vivions, ma mère par choix, moi par obligation.

Toutes les personnes qui y évoluaient avaient une mentalité très libre et j'avais fini par m'accoutumer à cette façon de penser, qui ne m'avait finalement jamais choqué puisque je baignais dedans depuis que je m'étais éveillé à la vie.

De toute manière, quelque soit la personne à qui j'allais demander conseil, qu'il s'agisse de mon père ou non, on me tendait toujours l'oreille et on me prodiguait quand même des avis et opinions sur tout ce que je demandais, même si cela ne m'aidait généralement guère. En effet, tous les membres de cette étrange famille ne prêtaient guère attention aux propos d'un enfant et ils se dépêchaient généralement de régler mon problème en me fournissant une réponse bâclée afin de se débarrasser de moi.

Ce n'était malgré tout pas de mauvaises personnes qui gravitaient autour de moi, simplement des gens aux murs différentes et issus d'un autre temps.

Je me souviens qu'ils croyaient tous en les vertus de la paix et de l'amour... mais moi, je n'adhérais pas vraiment à ces sentiments qui me semblaient trop complexes et difficiles à vivre du moins de la manière dont ils l'entendaient. Évidemment, ils s'attachaient tous les uns aux autres facilement, mais je ne pensais pas qu'aimer quelqu'un signifiait le voir quelques jours et le quitter ensuite, même si c'était en bons termes.

Je défendais ardemment la notion de fidélité, on respectait mon choix, et je faisais ainsi figure d'original dans ce monde sans queue ni tête dans lequel j'avais vu le jour. Mais personne n'appliquait ma manière de voir et cela, je ne pouvais que le déplorer. Même ma mère était incapable de rester près de moi plus de quelques jours si bien que j'étais la plupart du temps gardé, non pas par des inconnus puisque je connaissais tout le monde, mais par des personnes sans importance dans mon existence et dont je n'aurais pas à me souvenir plus tard.

Combien pouvaient-ils être dans notre communauté? Une quarantaine dirais-je qui vivait selon ces coutumes depuis bientôt une cinquantaine d'années.

Mais pourquoi pas après tout? me disais-je souvent en haussant les épaules, non sans résignation et amertume au fond de la gorge.

Pour ma part, j'étais d'une nature extrêmement tolérante, il fallait dire que j'avais été élevé comme cela, et je ne voyais guère d'inconvénient à évoluer de cette façon dans la vie, surtout parce que je ne connaissais rien d'autre, et donc, me retrouvais dans l'incapacité de juger quoi que se soit.

Nous étions exploités, il n'y avait malheureusement pas d'autre mot, par des personnes qui nous payaient une misère pour ramasser les abricots qui poussaient dans les vastes, pour ne pas dire gigantesques, vergers du Népal, réputés pour avoir les plus beaux fruits du monde.

Je n'étais pas au courant de ce qu'ils en faisaient une fois que je les avais descendus du haut des montagnes et convoyés jusqu'à la ville la plus proche, mais je ne pensais pas qu'ils nourrissaient quelqu'un avec... en réalité, je me demandais à quoi servaient les heures et les heures que je passais, l'échine courbée et le dos plié en deux sur ses arbres que je connaissais si bien. Et puis, cela n'avait guère d'importance comme le répétait ma mère.

Tout le monde préférait vivre dans l'ignorance, et se contenter du peu d'argent qu'on leur donnait pour leur emploi et qui les contentait largement.

Je n'avais aucune notion de loi ou de pays puisqu'on me faisait travailler de façon illégale et que le peu qui aurait du me revenir allait directement dans la main de cette mère qui ne me voyait guère plus d'une dizaine de fois par an.

Que le monde me semblait étrange à cette époque...

Je crois qu'autour de moi, les gens étaient heureux. Mais pas moi.

Pourtant, on ne me frappait pas, on ne m'ennuyait jamais... j'avais certes la tâche la plus ennuyeuse de toutes avec la descente de la montagne, mais hormis cela, je n'avais décidément pas de quoi me plaindre. Et je le savais.

Depuis mon enfance, j'avais connu beaucoup de personnes pauvres et bien plus malheureuses que moi. Dès mon plus jeune âge, j'avais été confronté à la mort, dans ce village que je fréquentais en livrant mes marchandises et ou j'aidais dès que j'avais du temps libre.

On ne pouvait pas me reprocher de ne pas avoir bon cur ni d'être généreux, car j'aurais donné jusqu'à ma chemise pour aider l'une de ces familles que je tentais d'aider à sortir de la misère. Je ne possédais que bien peu de moyens, mais pourtant, mon efficacité autant que mon ingéniosité avait déjà fait ses preuves.

J'avais trouvé des travaux, certes peu rémunérés mais payés tout de même, à des adultes, j'apprenais les rudiments de lecture et d'écriture à des enfants en bas âge, pour qu'ils aient un jour une chance de sortir de l'enfer dans lequel le hasard de la naissance les avaient plongés et j'espérais sincèrement que toutes ces actions leur permettrait de vivre mieux.

Peut-être que de cette façon, je cherchais une justification à mon existence dont je n'avais toujours pas compris le but. Je voulais faire le bien autour de moi, tendre la main à ceux qui me la demanderaient, même si j'étais parfois épuisé. Si l'on pensait d'abord aux autres, on arrivait à oublier ses propres souffrances et alors, tout devenait plus facile, pour un temps du moins.

Mais tout n'était pas toujours aussi simple car qui disait pauvreté signifiait aussi forcément le plus grand des chagrins, celui qu'apportait cette sombre silhouette, armée d'une faux à la main.

J'avais vu des enfants à la vie à peine commencée mourir dans les bras affolés de leur mère qui ne saisissait pas ce qu'il fallait faire et qui me jetait des regard paniqués alors que j'étais le seul à saisir ce qui se produisait. J'avais vu des hommes d'une trentaine d'années mourir de fatigue et de vieillesse à cause des travaux qu'on les forçait à assumer. J'avais vu des femmes mourir en couche pour donner naissance à leur sept ou huitième enfant... j'avais vu la mort, en face, et étrangement, je n'avais jamais détourné les yeux.

Évidemment, ce spectacle me glaçait la peau et plus encore me fendait l'âme, j'en ressentais le mal car j'étais très sensible et émotif lorsqu'il était question de la douleur des autres, mais en même temps, cela me semblait être le cycle habituel, celui contre lequel on ne pouvait pas se rebeller. Et cela prouvait bien combien l'être humain est faible et impuissant face aux caprices de ceux qui le dirige.

Je me répétais souvent qu'il fallait bien affronter la mort un jour ou l'autre et même si celle-ci paraissait cruelle et injustifiée, j'avais la nette impression qu'il existait toujours une relation cause/conséquence, que l'on nommait plus couramment le destin.

Tout devait disparaître un jour, pour que le cercle ne soit jamais brisé.

Les arbres, les personnes de ma communauté, moi-même... le fil qui nous reliait à l'existence se couperait un jour et alors...

Alors, mes pensées s'arrêtaient généralement à ce stade car je connaissais comme un blocage avec cela. C'était comme si le noir envahissait mon esprit pour le faire sien, m'empêchant ainsi de retrouver des souvenirs que je n'étais pas encore prêt à entrevoir.

Mes pensées, assez philosophiques pour un enfant de cinq ans, je ne les révélais à personne, car s'il y avait beaucoup de monde, c'était le cas de le dire, autour de moi pour m'écouter, je n'avais pourtant pas l'impression d'être quelqu'un d'important à leurs yeux. Ils ne prenaient jamais rien à sérieux, s'amusaient de tout, faisaient fi de leur problèmes et réagissaient finalement plus comme des enfants que moi-même. J'aurais voulu avoir, de temps à autre, une personne mature pour entendre ce que j'avais à déclarer et non des adolescents réfugiés dans des corps d'adultes.

On me taxait souvent de dureté, ou d'étrangeté, mais j'avais sincèrement l'impression d'être la personne la plus sage de ce groupe qui vivait dans la légèreté et le soucis de la seconde présente et non du lendemain.

En y repensant, je ne peux m'empêcher de soupirer encore et encore, comme si mon incessant mal de tête que je connaissais chaque soir à cause du vacarme qu'ils faisaient revenait me hanter.

Mais il ne s'agissait pas là du seule problème qui existait dans cette microsociété que je connaissais depuis les premiers instants de ma vie.

Non, je n'avais pas le droit au moindre instant de répit, il y avait toujours quelqu'un pour venir me parler, me tenir compagnie, me questionner, tourner autour de moi, m'observer. J'avais l'impression d'être un curieux animal que l'on mettait en cage et que l'on conservait non pas par affection, mais parce qu'il était en voie de disparition. Et puis, j'aurais voulu être aimé.

Tous m'appréciaient évidemment, j'étais le drôle, l'optimiste, le rieur, le plaisant Eaque, celui que tout le monde saluait en le félicitant de son dernier trait d'humour... mais personne ne m'aimait réellement.

D'aussi loin que je me rappelais, je n'avais jamais senti les bras de ma mère se refermer sur moi, pas plus qu'elle n'avait un jour passé sa main dans mes cheveux ou qu'elle aurait déposé un baiser fugace et éphémère sur ma joue...

Tous ces gestes, ils me manquaient et je désirais ardemment les connaître. Mais personne n'était assez perspicace pour comprendre que malgré le monde qui m'entourait, j'étais seul, désespérément seul.

J'étais une personnalité déjà complexe car autant par moment je recherchais le calme et le silence, autant à d'autre je souhaitais que quelqu'un vienne s'occuper de moi.

En fait, j'avais peut-être tout simplement envie d'une famille normale et sans histoire. D'une vie paisible et ou j'aurais pu être l'enfant aimé que je sentais vivre en moi...

Je ferme les yeux alors que j'évoque cela et c'est étrange de constater comme la mémoire peut rester vivace même après des années et des années.

Ma vie, je ne la détestais pas, non, c'était un sentiment bien trop puissant et bien trop éloigné de ceux que j'éprouvais d'ordinaire et qui étaient placés sous le signe de la superficialité.

Tous ces évènements, cette manière de vivre, de cohabiter avec tant de personnes avait pour répercussion sur moi de me faire croire que je n'étais pas vraiment vivant. Évidemment, je sentais mon cur battre sous ma peau, je respirais à plein poumons l'air des montagnes, je pouvais courir, sauter, crier si cela me chantait... mais malgré tout cela, la sensation de mort ne me quittait jamais.

C'était sans doute parce que je la côtoyais depuis toujours mais moi-même, je ne me sentais pas vivant. Je me sentais inintéressant, délaissé, comme un pantin, un robot habitué à faire sans cesse les mêmes gestes, à obéir aux mêmes ordres... et les jours se fondaient inlassablement en semaines, en mois, puis en années...

Et puis, qui étais-je réellement? Je me sentais différent, parce que les autres n'étaient pas dans la normalité, c'était ce que je m'étais dit au départ, préférant rejeter la faute sur les autres. En un sens, je n'avais pas tort, car leur manière de vivre n'était pas très saine... mais c'était moi, le plus en marge d'eux tous. Je sentais que quelque chose de terriblement froid et obscur grandissait au fond de ma personne, lentement, et attendant d'être à maturité pour refaire surface.

Par moment, j'avais de brefs éclairs qui me ramenaient dans un temps que je ne connaissais pas. C'était souvent la nuit que cela se produisait, alors que je remontais, épuisé, du village ou j'avais déposé les récoltes.

Je me souviens comme il faisait sombre et comme je prenais garde à ne pas tomber dans les gouffres -tiens, cela me disait quelque chose...- qui bordaient la montagne. Alors que le paysage du Népal était plongé dans le lugubre, j'avais la sensation d'être de nouveau dans un lieu que je connaissais depuis la nuit des temps.

Les immenses pointes rocheuses se découpant dans l'obscurité du manteau nocturne, le vide que je sentais sur mon côté alors que je marchais sur un chemin serpenteux, tout ceci provoquait en moi de curieuses sensations que je n'arrivais pas à analyser.

Je voyais des choses, des personnes, des lieux, des souvenirs, que je n'avais jamais vécu, jamais connu et qui étaient parfois si sanglants que je devais fermer les yeux, me boucher les oreilles et partir en courant pour m'en débarrasser.

Malgré les fuites, ils me suivaient, me traquer, comme pour me prévenir qu'un jour ils me rattraperaient. J'aurais pourtant du savoir que l'on échappe pas à la fatalité, encore moins à la destinée.

Mais comme l'enfant que j'étais après tout, je préférais fermer les yeux, songeant qu'il me suffisait de ne pas voir, pour ne pas être vu.

Je n'aimais pas quand cela m'arrivait parce que j'avais alors la sensation que je retrouvais ma vraie nature qui ne me charmait absolument pas. Celle-ci était bien plus froide, plus dangereuse que ce que j'étais réellement, ou plutôt que ce que je croyais être.

Je n'osais parler à personne de ces étranges visions.

Et je me rappellerai toujours le bruit de mes pas remontant à toute allure le chemin sinueux de la montagne. Ce son se répercutait contre les pans des rocheuses qui m'entouraient et cela me faisait inlassablement penser à quelque chose. Ce bruit était les échos de mon âme qui se propageait autour de ma personne et qui me devançait toujours, me rattrapant dans ma course alors que j'essayais de semer ce passé qui me revenait chaque semaine de plus en plus clairement.

Je n'avais pourtant jamais été d'un naturel peureux, aussi bien devant l'effort, car je ne refusais jamais aucune tâche, même des plus difficiles, que devant ce que j'étais incapable de m'expliquer, mais ce que je vivais au cur des montagnes que j'habitais depuis ma naissance, me semblait bien différent.

En réalité, et il fallait que je me l'avoue, j'avais peur de moi-même. Je commençais à m'effrayer. J'avais d'étranges visions ou je me découvrais avec quelques années en plus et un caractère diamétralement opposé à celui que j'avais actuellement.

Pourtant, l'homme que je découvrais dans ces songes, ce n'était pas moi puisque je n'étais encore qu'un enfant et malgré tout, ces souvenirs semblaient former comme un héritage que je n'aurais pas choisi d'avoir.

Longtemps, j'ai cherché à comprendre, à me persuader que je me terrorisais tout seul. Mais c'était bien cela le pire, je n'avais pas peur des autres, ni des effets de mon imagination, j'étais épouvanté parce que je refusais d'être moi-même tout simplement.

Je luttais contre ma véritable nature, contre cet appel auquel je n'avais pas envie de répondre et qui pourtant devenait chaque jour plus insistant. Mon âme était sans cesse prise dans un tumulte que je ne savais calmer et personne n'était là pour m'aider et me guider dans mon prochain pas. Alors, je continuais d'avancer, à tâtons, du mieux que je le pouvais, alors que la montagne m'entourait de toute part et que de sombres étoiles brillaient dans les cieux.

C'était à ces instants que je l'entendais, celle qui frémissait d'impatience mais qui d'un autre côté me retenait de retourner dans cette boucle éternelle qui formait toutes mes vies passés et futures. Mon âme.

Je n'étais pas normal. Pour plusieurs raisons bien-sûr... d'abord parce que mon existence au Népal était assez hors norme au sein de cette communauté qui me voyait grandir jour après jour. Et ensuite, parce que j'étais quelqu'un en marge des autres. J'étais un être différent, incompris car déchiré entre ce qu'il était destiné à faire et ce qu'il désirait devenir.

Pour ma part, je ne désirais rien de plus que d'assister et épauler ceux qui avaient besoin de moi. Évidemment, je savais fort bien que jamais je ne finirai mes jours à cueillir ses abricots pour des sociétés étrangères... je désirais voyager, aller à pieds de pays en pays, de contrées en contrées, voir de nouveaux visages, répandre baumes et sourires autour de moi pour faire en sorte que par ce peu d'actions, le monde s'améliore tout de même un peu grâce à mon intermédiaire.

Peut-être étais-je dans simplement un invétéré idéaliste, peut-être étais-je simplement un rêveur épris de grands sentiments... je ne savais pas. Je pouvais seulement préciser que j'avais le goût du voyage et des contacts humains.

Tout ceci, tous ces projets, je les imaginais des centaines de fois, fermant les yeux, envisageant, planifiant le jour ou je partirai mais au fond de moi, j'entendais cet écho qui ne se retirait jamais et qui répétait à tue-tête.

"Tu feras comme les autres, Eaque, tu viendras à moi, tu viendras à moi..."

Qui parlait? Qui m'appelait?

Je le savais sans le savoir, je me l'avouais sans vraiment le vouloir. Mais je comprenais clairement que jamais je n'aurais la possibilité de devenir ce que je souhaitais être. Est-il pire punition pour un homme que de voir ses rêves lui échapper et lui filer entre les mains? Personnellement, je ne le crois pas.

Mais j'étais né sous une mauvaise étoile, et pas n'importe laquelle, l'étoile de la supériorité.

Mon existence s'est poursuivie ainsi, dans un tourbillon de questions et d'interrogations toujours restées sans réponse, pendant de longues années, et ce n'est que le jour de mes quinze ans que j'ai compris. Que tout s'est de nouveau ouvert à moi et que je n'ai plus été capable de me maîtriser. Toutes ces angoisses m'avaient préparés au fur et à mesure que le temps passait, à affronter la nouvelle que je supposais déjà.

Je n'étais pas n'importe qui, j'étais un Spectre d'Hadès.

Ceci était inconcevable, inimaginable. Dans mon esprit, j'avais toujours associé ce dieu au mal et à tout ce qui s'en rapprochait et pourtant, j'étais condamné à le servir fidèlement. La meilleure partie de mon âme pensait de cette façon, mais l'autre, l'autre ne pouvait, ne savait, ni ne cherchait à résister à ce chant mélodieux et inquiétant qui s'élevait pour m'appeler et m'attirer dans ce lieu maudis que j'avais quitté il y avait de cela des années.

J'étais trop faible pour résister à une telle puissance, à un tel instinct... je sentais que quelque chose de noir grandissait en moi et que je ne pouvais nullement l'arrêter de gagner sans cesse un peu plus de terrain. J'avais beau essayé de lutter, de me dire que ma place était au Népal ou partout ailleurs tant que l'on aurait besoin de moi, mais je sentais que je ne pourrais pas tenir bien longtemps. Simplement parce que ce n'était pas ma destinée.

Mais je me rebellais du mieux que je le pouvais, tentant de m'ensevelir dans cette existence que je n'avais jamais vraiment apprécié. Et c'était avec une habileté machiavélique que je constatais chaque jour que j'ouvrais un peu plus les yeux sur la vérité.

Je n'étais rien dans cette sorte de groupement. Je ne gagnais rien, on ne me parlait que de temps à autre comme si j'étais toujours cet enfant qui n'appartenait à personne en particulier. On me laissait les besognes les moins agréables, on me donnait le travaux dont on ne voulait plus et en plus de tout cela, je devais me charger de négocier avec les personnes qui nous employaient car on avait découvert que j'étais incontestablement celui qui s'exprimait le mieux.

Dans de pareilles conditions, qu'est-ce qui pouvait bien me retenir?

J'avais beau balayer du regard chaque visage, m'imprégner des souvenirs relativement heureux que j'avais enfouis en ma mémoire, rien n'y faisait, je ne me sentais plus bien. Mon mal être était à fleur de peau, je devenais mélancolique car je comprenais qu'il n'existait que deux sombres choix : soit j'avais la force de m'opposer à cet appel divin et je me noyais dans ce quotidien qui me dégoûtait, soit je répondais présent à la convocation des étoiles maléfiques et j'assumais le poste de juge qui me revenait de droit.

Je serais important là-bas, en enfer, je m'en rendais parfaitement et c'est ce qui faisait lentement pencher la balance de l'autre côté, si bien que le jour ou je fis mes bagages et décidais de partir, je me rendis compte que je n'avais pas remarqué de changement s'opérer en moi.

C'était un matin de mai, gaie et ensoleillé même si le froid régnait encore un peu car nous ne nous trouvions que dans les premières heures de la journée.

J'ai attrapé mon balluchon et je l'ai mis sur mon dos, sans rien penser d'autre qu'à ce qui m'attendait là-bas et au respect que l'on me porterait. J'allais enfin être apprécié à ma juste valeur, pas comme dans cet univers ou je n'étais rien d'autre que le plus sérieux, celui qui ne comptait guère.

Je suis sorti de la sorte de maison, si l'on pouvait appeler cette construction de cette façon évidemment, et j'ai lancé un regard incrédule vers les hauteurs des montagnes qui j'avais tant aimées. Je me demandais ou était passé l'enfant qui autrefois riait en descendant la route en n'entendant pas encore les pas de son passé qui le rattrapait.

Je soupirais et m'avançais vers l'étroit chemin qui m'emmènerait pour une ultime fois vers le village dans lequel j'avais fait tant de bien.

Je ne reviendrai plus jamais. J'avais fait mon choix et qu'importe qu'il s'agisse du bon ou du mauvais, j'avais guidé ma destinée, j'avais fait preuve de force de caractère, ce dont je ne m'étais jamais cru capable.

Depuis ma naissance je m'étais résigné à mon sort puisque je l'acceptais sans rien dire, en songeant que c'était le mieux pour moi, car je ne connaissais rien d'autre. Mais maintenant que j'avais eu une possibilité de conduire mon existence de façon différente, j'avais décidé de saisir l'occasion. Mais ce n'était peut-être pas pour le mieux...

Je suis allé dire adieu à tous ceux qui m'avaient élevé en me laissant à moitié à l'abandon, à moitié de côté. Je ne leur en voulais pas puisque c'était leur façon de vivre et leur manière de voir. Et je comprenais mieux que quiconque que l'on ne pouvait pas changer sa nature.

Je leur ai souris, avec une certaine affection et sans la moindre rancune parce qu'ils n'avaient pas la chance, enfin façon de voir, de connaître l'endroit ou j'allais aller. Au début j'avais trouvé mon destin terrifiant et je refusais de l'assumer, mais maintenant que j'avais compris ce que souhaitait l'empereur des Morts, j'étais prêt à mourir pour lui s'il me le demandait.

J'ai annoncé à tout le monde que je partais, que je devais m'en aller car je sentais que le moment était venu pour moi. Personne n'a cessé son activité pour me saluer et j'ai juste vu des mains se lever et d'autres prononcer des "Aux revoirs Eaque, bonne chance dans la vie..."

Et ce fut tout ce à quoi j'eus le droit de leur part. Mais cela ne comptait plus depuis bien longtemps car j'avais dépassé le stade de la tristesse et de la douleur il y avait de cela des années et des années. Je n'ai pas même revu ma mère, et peut-être que mon père m'a dit au revoir, mais étant donné que je ne connaissais pas les traits de son visage...

J'ai lentement descendu ce chemin sinueux qui m'avait peu à peu amené à découvrir ma vraie nature et m'avait offert la chance de mettre mon existence au service d'Hadès.

J'avais d'abord accusé ce dieu de mille maléfices mais rapidement, je m'étais rendu compte que je me trouvais dans l'erreur car il me permettrait de faire ce dont j'avais toujours rêvé, aider les autres.

Ma vie allait servir à quelque chose et je pouvais être fier d'être l'un des trois juges de sa majesté que je m'impatientais à présent de retrouver en Grèce.

C'était dans ce pays que je me rendais, à pieds. En chemin, je pourrais ainsi m'entraîner, voir tous les lieux dont j'avais toujours rêvé.

Je respirais à plein poumons, comprenant que ma véritable vie allait débuter maintenant, qu'enfin j'allais avoir droit à ce que je méritais.

J'avais cru l'étoile de ma naissance maléfique, mais je m'étais leurré.

Bientôt, Hadès ferait en sorte qu'Élision devienne la terre et que les hommes accèdent tous à l'immortalité.

Et c'est pour cette cause que je me battrai.

C'est pour cette cause que je partais.

C'est pour cette cause que j'étais né.

Et c'était peut-être pour cette cause que j'allais mourir.


Garuda Eaque
"L'Appel des Etoiles"


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