Saga d'Arès

Episode 2: Une réincarnation divine

© 2001 by Saori

This page was last modified: 2001/04/22


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La pluie tombait en une fine bruine sur le Sanctuaire, apaisant les chaleurs trop étouffantes des derniers jours. Des nuages gris s'amoncelaient dans le ciel, cachant la lumière du soleil et plongeant le domaine sacré dans une semi-obscurité. Ce temps était reposant, apportant le calme et la sérénité à tous ceux qui savaient en profiter. Les arènes n'étaient pas pour autant désertes, et la plupart des maîtres et des novices s'entraînaient malgré les fines averses qui n'avaient pas lieu de les déranger. Les gardes les moins courageux avaient été cherchés des abris précaires pour rester en dessous, pendant que les autres continuaient inlassablement leur ronde journalière.

Cependant, l'ambiance était radicalement différente par rapport à celle de la semaine précédente. On sentait qu'Athéna était revenue et que sa cosmo-énergie se dissipait, se fondait dans l'air, prouvant que le Sanctuaire avait retrouvé sa gardienne et qu'il ne craignait plus rien. Les premières effusions passées, le territoire de la déesse avait retrouvé sa routine ordinaire, même si sur chaque visage flottait à présent un sourire confiant.

Un vent frais soufflait en petites bourrasques, rafraîchissant considérablement l'atmosphère, au grand plaisir de tous. Le mois d'octobre s'annonçait sous les meilleurs auspices, c'est ce que tout le monde pensait, y compris Athéna, qui regardait d'un air distrait les marches menant au temple du chevalier des Poissons. Elle avait regagné sa chambre sacrée depuis un peu moins d'une semaine, et, dans ce laps de temps, n'avait fait que dormir et manger, seules choses qu'elle semblait encore capable d'accomplir. Mais de part sa nature divine, elle réussissait à se remettre plus rapidement qu'elle ne l'aurait cru des périples qu'elle avait vécu.

Dohko lui avait appris qu'elle avait disparu depuis sept mois, et elle n'en avait pas été choqué le moins du monde avouant même à celui-ci qu'elle s'était attendue à bien pire. Il avait souri et l'avait laissé reprendre des forces. Elle n'avait pas vu beaucoup de personnes durant ces six derniers jours, seulement Seiya et ses quatre compagnons, venus lui rendre une visite qui, tout en la rendant très heureuse, l'avait complètement épuisée. Elle s'était gardée de le leur dire car leur contentement et leur joie faisait plaisir à voir et elle les aimait trop pour vouloir les peiner. Aucun de ses chevaliers d'or n'avaient osé franchir le pas de la chambre sacrée, hormis le chevalier de la Balance, qui, en tant que Grand Pope, devait s'enquérir chaque jour de son état et veiller à ce que tout se passe comme elle le désirait. Mais elle ne désirait rien, du moins pour l'instant. Pour avoir envie de quelque chose, encore fallait-il avoir des besoins, et elle n'en avait plus aucun à part les plus primordiaux, comme celui de plonger dans un profond sommeil et d'avaler des quantités astronomiques de nourriture.

Elle s'appuya contre une colonne, sans penser que sa toge blanche pourrait être salie par l'eau qui y ruisselait lentement et elle se laissa bercer par le bruit de la pluie martelant doucement les dalles de marbres. Elle ferma les yeux. Tous ces bruits, toutes ces odeurs et ces personnes qui étaient autour d'elle prouvait qu'elle était en vie, et c'était merveilleux.

Elle se réveillait parfois la nuit en sursaut et la mine affolée, se retrouvant dans une chambre plongée dans le noir et qui la terrorisait. Elle se levait alors généralement avec précipitation de son lit et tentait de distinguer si elle était retournée au néant ou si elle était toujours dans le Sanctuaire. Il fallait qu'elle se rende dans le couloir, éclairer par des torches, pour que sa respiration et son cœur retrouvent un rythme régulier et pour qu'elle retourne se coucher. Elle n'évoquait à personne ses terreurs nocturnes, ni les cauchemars terrifiants qui envahissaient ses nuits. Elle y retrouvait l'empereur Hadès se tenant fièrement devant elle, revoyait Hypnos s’approcher d’elle pour l’endormir, entendait les Spectres, et sentait la mort et la désolation. Mais c'était normale. Comment aurait-elle pu ressortir indemne d'une telle épreuve? Et, à défaut d'autres choses, toutes ces angoisses prouvaient qu'elle était animée, vivante et bien présente dans le monde des vivants.

-Princesse, fit une voix derrière elle.

Elle sursauta et découvrit le visage illuminé d'un sourire de Milo que l'on avait envoyé pour venir la chercher.

-Je suis désolé de vous avoir fait peur mais la réunion peut commencer, annonça-t-il en lui montrant d'une main qu'elle pouvait passer devant.

Elle hocha la tête, devant quitter son poste d'observation, sans grand regret car elle avait tout son temps pour découvrir à loisir la nature, et qu'elle s'apprêtait à rejoindre ses douze... non, treize chevaliers d'or. Elle avait expressément demandé à Dohko qu'il convoque aussi Kanon, car elle avait quelques problèmes à débattre avec lui.

Milo lui ouvrit les lourdes portes de bronze qui donnait sur la salle ou se déroulait toutes les réunions et les chevaliers d'or se relevèrent immédiatement à son apparition. Elle leur fit un discret signe pour leur indiquer qu'ils pouvaient se rassoire et se tourna vers Dohko qui était installé à la droite de son siège, lui-même placé en bout de table.

-Et bien, chevaliers, je crois qu'il est temps de commencer...

Elle s'avança de quelques pas, peu désireuse de prendre place sur son trône car elle avait envie de rester debout. Tous ses fidèles combattants suivaient ses mouvements du regard et attendaient avec impatience les premiers mots qu'elle allait prononcer.

-Je crois, avant toute chose, que vous devriez me préciser combien de chevaliers êtes-vous exactement actuellement. Je n'en ai pas la moindre idée et n'ai malheureusement pas eu l'occasion de m'en informer ces derniers jours...

-Il y a... vingt chevaliers de Bronze, en comptant Seiya et ses compagnons dans ce groupe même s'ils ne lui appartiennent absolument plus, commença Dohko, cinq chevaliers d'Argent, oui, ceux-ci ont été très décimés et nous avons, heureusement, plusieurs novices qui seront peut-être un jour capable de revêtir l'une de ces armures et enfin, il y a douze... euh..

Il hésita sur ses mots, cherchant ou classer exactement le frère de Saga. Mais puisque Athéna avait décidé qu'il devait faire parti de la réunion, il ne voyait pas de raisons pour que celui-ci ne fusse pas considérer comme l'un d'entre eux.

-Treize chevaliers d'or.

Saori hocha imperceptiblement la tête alors qu'à l'autre bout de la table, en face d'Aphrodite, Kanon eut un léger clignement d'œil qui montrait qu'il se sentait quelque peu mis à l'écart des autres. Il ne savait pas comment réagir face à cette situation nouvelle.

-Trente-huit combattants... mais c'est plus que je n'espérais! Bien plus!

Elle se décida enfin à s'asseoir sur son trône et croisa ses mains sur la table, rencontrant un à un les regards de tous ses guerriers. Ils avaient l'air sûr d'eux, sereins, puissants, exactement comme elle se les était toujours rappelée alors qu'elle déambulait dans l'infini. Un frisson la parcourut et elle le réprima vite, espérant qu'aucun des hommes ne l'aurait remarqué.

-Très bien, continua-t-elle sans se laisser distraire par ses angoisses qu'elle réservait à la nuit, est-ce que certains d'entre vous ont des disciples? Ou peut-être n'avez pas encore eu le temps ou l'envie de prendre en charge des novices...

-Je n'en ai qu'un, Olivier, intervint Milo, et je crois sincèrement qu'il pourra concourir pour une armure d'argent.

-Pour ma part, je m'occupe de deux enfants, renchérit Aiolia, il y a Euryloque et Aétès, mais je n'ai pas vraiment eu le temps de m'en occuper car, sans mes pouvoirs, je n'aurais pas eu fier allure devant eux... mais maintenant...

Athéna acquiesça alors que son regard se faisait sérieux.

-Très bien, dit-elle... Dohko, pensez-vous que nous pourrons retourner à un nombre plus élevé dans quelques temps?

Elle avait fixé ses yeux sur lui et il fronça les sourcils.

-Bien-sûr et cela ne devrait pas tarder, car certaines armures seront bientôt remises en jeu. Et j'ai bien vu quelques jeunes qui m'avaient tout à fait l'air apte à entrer au sein de la chevalerie. Je crois pouvoir évaluer le nombre de chevaliers d'ici trois ou quatre ans à une cinquantaine, ce qui tient presque du miracle étant donné que nous avons déjà traversé les Guerres Saintes!

Athéna passa une main devant ses yeux alors qu'Aioros prenait la parole:

-De toute façon, comme nous sommes en période de paix, le nombre importe peu puisque le principal est de continuer à faire tourner le Sanctuaire pour se préparer à dans deux cents ans...

Le chevalier du Sagittaire croisa à ce moment le regard d'Athéna et il eut un mouvement instinctif de recul. Que lisait-il au fond de ses yeux?

-Oui, évidemment, Aioros, je te donne raison...

Elle avait parlé sans grande conviction et un murmure discret et presque imperceptible parcouru les treize guerriers. Ils se demandaient tous pourquoi celle-ci avait l'air de si peu croire à ses propres paroles. Elle avait une expression légèrement contrariée mais dissipa rapidement le mal entendu, ne souhaitant pas évoquer ses pensées les plus profondes, en leur adressant un sourire radieux.

-Une cinquantaine, cela me semble idéal! Je ne peux que vous féliciter de la façon dont vous avez tenu le domaine sacré en mon absence, déclara-t-elle d'une voix douce et enjouée. Quelqu'un aurait-il à me toucher d'un problème en particulier concernant ce sujet?

Les chevaliers échangèrent des regards entendus et Mu hocha la tête avant de se tourner, l'air grave, vers Saori.

-Je crois que sur cette question, nous n'avons rien à redire, mais il y a un problème urgent...

Il attendit pour voir s'il avait toute l'attention de la déesse, et en voyant qu'elle fronçait les sourcils, il enchaîna :

-Nous n'avons tout simplement plus d'armures...

Dehors, un coup de tonnerre fit entendre sa voix, alors qu'on pouvait deviner que la pluie se faisait plus violente. Des torches éclairaient la salle de réunions ou ils se trouvaient tous mais la lumière extérieure diminuant de plus en plus, ils allaient bientôt se retrouver progressivement dans une semi-obscurité. C'est à cet instant que deux gardes entrèrent dans la vaste pièce pour ajouter quelques torches, avant de s'éclipser tout aussi discrètement qu'ils étaient entrés. Plus personne n'avait prononcé un mot alors qu'ils étaient présents et c'est Athéna qui brisa le silence après que les deux hommes se furent retirés.

-Plus aucun d'entre vous n'a donc d'armure... et j'imagine que c'est aussi le cas de mes cinq chevaliers de Bronze, n'est-ce pas?

Dohko approuva d'un signe de la main. En effet, l'ennui était de taille et il fallait véritablement le régler de toute urgence, même si les treize hommes présents ne le savaient pas encore. Qu'allaient-ils faire pour trouver une solution?

-Mu, Sion t'a-t-il enseigné comment fabriquer une armure? interrogea Saori en tapotant nerveusement du bout des doigts la surface lisse de la table de marbre.

-Les réparer est une chose, les fabriquer une autre! dit Mu en levant les paumes vers la déesse en signe d'impuissance. De plus, j'ai beaucoup de poudres et autres substances pour venir à bout des éventuels brèches se trouvant sur les armures, mais je n'ai que très peu d'orichalque... encore moins de gammanium! Par contre, à défaut d'autre chose, je ne manque pas de poussière d'étoiles. Et puis, ce n'est pas le seul problème, j'aurais besoin du plan des armures, d'autres outils célestes que les miens, d'assistants et d'alchimistes digne de son nom. Et je crois que mes connaissances ne suffiront peut-être pas.

Athéna soupira, avant de se lever de son siège, car rester debout lui permettait parfois de mieux réfléchir. Un autre problème s'imposa soudainement dans son esprit.

-De plus, il faudrait aussi trouver comment réaliser une nouvelle statuette de Nikè, mon bouclier et mon casque car j'ai malheureusement perdu les trois durant la bataille dans l'Hadès. Quand je suis ressortie du gouffre de l'enfer, je n'avais plus que le haut et la toge de mon armure comme vous aurez pu le remarquer... ce qui ne va pas faciliter les choses car ma propre tenue de protection n'a pas été créée par les alchimistes du continent de Mu mais par le dieu Héphaïstos lui-même. Il existe bien une autre technique pour faire renaître à la vie mon armure sans avoir besoin du Dieu des armes mais... je ne me sens pas encore la force de l'utiliser.

Elle réfléchissait à voix haute, plus pour elle que pour ses chevaliers mais aucun d'entre eux ne perdaient pour autant un mot qu'elle prononçait.

-Et de quoi est-il question? demanda Shaka avec intérêt.

-Il s'agit de verser, tout comme vous, les deux tiers de son sang, et comme le mien est divin, cela comblerait les éventuels manques qui auraient pu se trouver dans la technique de fabrication et elle serait peut-être même encore plus puissante qu'auparavant...

-Mais vous ne pouvez pas faire cela! Vous venez à peine de revenir dans le monde des vivants et l'entreprise serait fatale, la coupa Saga alors qu'il posait sur elle un regard troublé et empreint d'inquiétude.

Elle secoua la tête en signe de négation.

-Si il n'existe pas d'autre choix, je devrais m'y résoudre. Tout comme vous, si Mu parvient à faire l'impossible. Notre sang sera nécessaire et les armures n'en seront que plus puissantes.

-Nous venons à peine de vous retrouver, déclara Shura d'un ton volontaire et décidé, nous ne pouvons pas courir le risque de vous perdre à nouveau!

-Bien-sûr, et je ne le ferai pas dans l'immédiat, mais nous serons confrontés à ce problème à un moment ou à un autre, alors autant ne pas se fermer les yeux et tenter de voir les choses clairement pour l'avenir.

Dohko eut un geste de lassitude que Kanon imita sans même s'en rendre compte. Il n'avait lui, pas de problème à avoir puisqu'il n'avait jamais possédé ni ne possèderait jamais d'armure d'or. Il ferma les yeux pour se donner le change et se recomposer une attitude digne et en accord avec la situation. Il était pourtant déçu de ne plus être chevalier des Gémeaux, tout en n'en voulant pas à son frère ni en l'enviant, il aurait souhaité, lui aussi, mettre sa vie au service des hommes et d'Athéna.

Lorsqu'il rouvrit ses paupières, il croisa le regard profond et pur de la déesse et sursauta. C'était lui qu'elle fixait avec intensité, paraissant deviner ses moindres pensées, et les analyser. Comprenait-elle ce qu'il éprouvait? Savait-elle qu'il se sentait exclu du groupe des chevaliers d'or tout en en faisant parti? Peut-être ou peut-être pas... il n'en avait pas la moindre idée. Pourtant, les grands yeux bruns qui s'étaient focalisés sur lui avaient quelque chose de doux et un sentiment de malaise l'envahit. Il ne méritait pas l'attention de Saori...

-Il se pose encore un problème...

Un nouveau murmure parcourut tous les hommes et Dohko leur imposa le silence en les foudroyant du regard alors qu'Athéna ne quittait pas des yeux le frère de Saga tout en parlant.

-Encore un, marmonna Masque de Mort.

-Oui, croyez que j'en suis désolée, mais la guerre contre l'empereur maléfique Hadès les impose et nous devons les régler avant qu'il ne soit trop tard...

Saori marqua une brève pose, comme pour chercher ses mots.

-Je crois que Kanon mérite autant que vous tous de porter une armure sacrée après tout ce qu'il a accompli pour me rendre service. Je n'ai pas oublié ses actes de bravoure et je pense qu'il doit en être justement récompensé.

L'homme concerné s'agita sur sa chaise alors que douze pairs d'yeux, sans compter Athéna, se tournaient vers lui. Il n'aimait pas être le centre d'intérêt et souhaitait que cela se termine au plus tôt.

-Saga, jusqu'à présent tu as toujours été le seul et unique chevalier Gemini, commença Saori en s'approchant de lui, mais je trouve que Kanon mérite aussi ce titre, non?

Un éclair vint illuminer la salle et le bruit de la foudre s'abattant non loin de la chambre sacrée le suivit de prêt, ne provoquant pourtant pas le moindre sursaut dans l'assemblée. L'air devenait plus frais et la pluie tombait en lourde gouttes d'eau dehors. Les orages n'étaient pourtant plus vraiment de saison, mais il arrivait encore que certains tardifs se déclenchent durant l'automne. La soudaine luminosité avait provoqué des ombres gracieuses sur les cheveux d'Athéna et le visage de Saga qui étaient tournés l'un vers l'autre.

-Je ne peux que vous approuver, répliqua celui-ci en observant sa déesse. Mais... serait-il possible qu'il y ait deux chevaliers des Gémeaux?

-Puisque toutes les armures ont été détruites et que nous devons les reconstruire, pourquoi ne pas en fabriquer d'eux de ce signe, car, après tout, votre étoile est double. Je sais que cela ne sait jamais vu, mais la situation dans laquelle nous nous trouvons non plus alors, de ce moment, pourquoi ne pas donner sa chance à Kanon et le nommer au même titre que toi, Saga.

Ce dernier hocha la tête, heureux que Saori ait eu cette idée, heureux pour son frère qui allait récupérer son honneur perdu. Saga se sentait toujours étrange lorsque Athéna ne s'adressait qu'à lui et il avait peur qu'elle repense au passé, à ce qu'il avait commis, à la guerre qu'il avait engendré. Il détourna subitement les yeux, incapable de la regarder plus longtemps et il sentit quelques secondes plus tard une main fine et blanche se poser sur son épaule, comme pour lui redonner courage. Il releva la tête et vit la déesse esquissant un sourire avant de se tourner vers son frère.

-Et bien Kanon, qu'en dis-tu?

-Je... je.. en fait... oui, j'en serai très, non, plus qu'honorer, bafouilla-t-il alors qu'Aphrodite l'observait avec une moue amusée.

-Dohko, comment trouvez-vous mon idée?

Le grand Pope haussa les épaules.

-Personnellement, je ne trouve rien à y redire, bien au contraire. Et si tout le monde pense comme moi et vous princesse, je pense que se sera une affaire de réglée.

-Ce sera toujours ça de pris, murmura Masque de Mort dans sa barbe.

Saori donna une dernière pression sur l'épaule de Saga avant de le lâcher et d'avancer de nouveau vers son trône pour s'y asseoir. Elle jeta un coup d'œil circulaire à ses chevaliers, les interrogeant du regard alors qu'ils hochaient tous la tête.

-Et bien, nous voilà dorénavant en présence de deux chevaliers Gemini.

Saga sourit à son frère qui ne le regardait pourtant pas. Il devait être perdu dans ses réflexions et dans sa joie et cela se lisait sur son visage. Dohko se pencha vers la déesse et échangea quelques murmures avec celle-ci, qui paraissait se concentrer sur ce qu'il lui disait.

-Nous en reparlerons tout à l'heure, voulez-vous, car cela pourrait s'avérer plus inquiétant que nous ne le pensons, lui chuchota-t-elle, avant de se redresser.

Mu toussota discrètement pour essayer d'attirer de nouveau l'attention de tous. Il se gratta légèrement le front, mal à l'aise car son problème était toujours en quête d’une réponse.

-Il me semble que... nous n'avons toujours pas de solution pour la fabrication de nouvelles armures...

Aphrodite eut comme un éclair de génie et frappa la table du plat de ses mains, ce qui fit sursauter toutes les personnes présentes. Il eut un sourire d'excuses:

-Que tout le monde veuille bien me pardonner, fit-il avec une expression mi-amusée mi-ironique qui correspondait parfaitement à sa nature, mais je suis un fervent lecteur des archives du Sanctaire et lorsque j'ai été nommé chevalier d'or, je passais beaucoup de temps dans les combles de la chambre sacrée...

-Ou tu n'avais rien à faire, intervint Dohko de la voix autoritaire qu'il aurait eu pour réprimander un jeune novice.

-Certes, je le concède, mais vous allez voir que cela va aujourd'hui nous servir. Il me semble bien que j'y avais vu une sorte de boîte en bois, aussi grande que l'un de mes bras, et ma curiosité m'avait poussé à l'ouvrir. Il s'agissait en fait des premiers plans dessinés par Athéna à l'époque de la mythologie et qu'elle avait confié aux alchimistes. Peut-être...

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que Mu poussait déjà un cri de victoire avant de mettre une main devant sa bouche, comme pour retenir l'explosion de joie trop vite échappée. Milo et Aiolia échangèrent un regard avant de se mettre à rire. Athéna elle-même sourit avant d'accorder à Aphrodite toute l'attention que sa déclaration méritait.

-Es-tu sûr de ce que tu m'avances?

-Oui, princesse.

-Très bien, Mu, cela va-t-il t'aider?

Celui hocha la tête, les joues encore légèrement rosies à cause de l'action qu'il venait de commettre.

-Mais comment trouver les matériaux nécessaires à la construction? intervint Camus qui suivait depuis le début l'échange en déployant toute la concentration dont il était capable. Et aussi, comment trouver des alchimistes digne de ce nom?

Un silence tomba dans la vaste salle, parfois coupé par le bruit du tonnerre et de la foudre qui devenait de plus en plus violent. Dehors, chacun avait du se mettre à l'abri pour se protéger de la colère des éléments. Dans la salle, personne ne faisait attention au déchaînement extérieur, ni même ne semblait le remarquer, même si les éclairs qui fendaient le ciel donnaient parfois une étrange luminosité aux visages de tous.

-Je crois que nous aurons du mal à trouver toutes les substances, mais pour ce qui est des alchimistes... déclara Athéna avec un air songeur en passant un doigt sur son menton. Dans le temps, j'avais moi-même quelques notions de cette science, assez pour avoir décider de la composition des armures en tout cas. Peut-être qu'avec quelques explications de ta part, Mu, il serait possible que je retrouve la mémoire. Et si ce miracle devait se produire, je serai toute prête à t'apporter mon soutien inconditionnelle dans cette entreprise.

Le chevalier du Bélier la regarda avec des yeux étonnés avant de hocher la tête.

-Je serai même ravi d'avoir une aide aussi précieuse que la vôtre, princesse.

-J'ai moi aussi quelques connaissances en alchimie, cela ne représente sans doute pas grand chose, mais c'est mieux que rien et je pourrai au moins jouer le rôle d'assistant, décida tout à coup Shaka en rejetant d'une main une mèche de ses longs cheveux blonds qui venait de tomber en avant.

-Kiki pourra lui aussi être de la partie, décréta Mu en pensant à la mine déconfite qu'il apercevrait sur le visage de son disciple lorsqu'il lui apprendrait tout le travail qu'ils avaient devant eux. Mais cela ne règle toujours pas le problème de savoir ou trouver des matériaux.

Dohko croisa ses bras sur sa poitrine et ferma les yeux quelques instants, pour réfléchir calmement et loin du tumulte de voix qui murmuraient pour essayer de trouver une solution. Au bout d'un bref moment, il reprit la parole:

-La composition du Gammanium doit se trouver dans les archives, quant à l'orichalque... je ne sais pas, mais il faut réfléchir sur ce sujet. Je vous demande à tous de bien vouloir essayer de me donner une idée, et de réfléchir dès que vous aurez du temps libre aujourd'hui, demain et chaque jour ou vous le pourrez. C'est le problème le plus urgent auquel nous ayons à faire face.

Il lança une oeillade entendue à Athéna qui acquiesça silencieusement.

-Quant à la technique de construction elle-même, je crois que nous pourrions sans doute étudier les armures des autres chevaliers, proposa Shaka. Nous trouverons sûrement comment elles ont été faites dans les temps mythologiques. Le savoir ne se perd jamais, ce sont simplement les mémoires des hommes qui deviennent vacillantes… et par l’étude, il est possible de combler ses lacunes, car comme pour chaque chose, il suffit d’écouter et d’observer pour comprendre.

Le tonnerre fit une nouvelle fois entendre sa voix puissante et inquiétante et la foudre s'abattit sur un pin se trouvant non loin de la chambre sacrée, provoquant des cris à l'extérieur, mais aucun des treize hommes, ni même Athéna, ne cilla, tant ils étaient tous absorbés dans leur conversation et leurs préoccupations. Il n'y avait alors dans leur esprit plus de place pour les personnes absentes de l'immense salle de marbre. Un silence tomba car chacun avait ample matière à réfléchir et à se laisser aller à ses pensées. Seul Kanon paraissait nager dans un autre monde tant sa joie de devenir un chevalier d'Athéna l'aveuglait encore.

Saori se releva de son trône et jeta un coup d'œil à Dohko.

-Je pense que l'on peut dire que nous avons beaucoup avancé aujourd'hui et qu'un certain nombre de décisions et de projets a été pris. C'est pourquoi, je propose que nous nous arrêtions là, afin de pouvoir reprendre le cours de nos pensées quand nous aurons tous l'esprit reposé. Vous pouvez donc disposer...

Elle se ravisa soudainement et fronça les sourcils.

-J'aimerais néanmoins avoir un entretien avec Masque de Mort, Milo, Mu, Saga et Aiolia. Les autres peuvent se retirer.

Les cinq hommes se regardèrent, les yeux légèrement voilés par l'inquiétude. Dohko resta assis sur son siège, sachant que sa présence était requise auprès de la déesse car ils devaient avoir ensemble une discussion d'une importance capitale, et pas uniquement pour eux, mais aussi pour le Sancutaire tout entier, si ce n'était pas plus. Kanon partit à contre cœur, songeant qu'il devrait lui-même s'adresser à la déesse un peu plus tard puisqu'elle ne paraissait pas disponible.

Les lourdes portes se refermèrent alors, après que chaque chevalier soit venu adresser un salut plein de dignité à Athéna, coupant les sept personnes restantes de l'orage et des bourrasques de vent qui agitaient les pins et les oliviers dont le Sanctuaire étaient parsemés. Tout le monde était debout et les cinq hommes qu'Athéna avait spécialement demandé auprès d'elle l'entouraient, attendant avec impatience ce qu'elle s'apprêtait à dire. Elle prit une profonde inspiration, comme pour se donner de la force et commença:

-Tout d'abord, Mu, je te donne l'autorisation pour te rendre dans les archives du Sanctuaire pour ramener les plans. Étudie-les du mieux que tu le peux et viens m'instruire de tes découvertes, de tes lacunes et de tes connaissances dès que tu en seras capable.

Elle lui indiqua de la main le couloir qui se trouvait derrière les immenses rideaux de velours rouge qui formaient comme un mur dans le fond de la salle.

-Ouvre la porte de droite, suit le corridor et monte les escaliers de marbre tout au fond, ensuite tu découvriras un certain nombres de portes et il te suffira d'ouvrir la plus basse, la plus éloignée aussi, je crois, pour te retrouver sous un monceau de papiers, de cartons et d'objets étranges. Tâche de trouver la fameuse boîte dont Aphrodite à parler et ramène la ensuite chez toi. Tu peux y aller maintenant.

Le chevalier du Bélier sourit et s'exécuta sur l’instant, disparaissant de la salle avec la discrétion dont il était coutumier. Saori reprit son souffle et adressa un sourire à Milo et Aiolia qui s'étonnaient de leur présence dans cette pièce.

-Ne vous inquiétez pas, les rassura-t-elle, il s'agit juste de vos disciples. J'aimerais que vous me les présentiez et aussi, vous donnez un travail. Pourriez-vous veiller à superviser l'ensemble des maîtres et affecter des novices à certains d'entre eux, quitte à donner à des chevaliers d'or des élèves? Il faudrait pouvoir trouver un grand nombre de nouveaux combattants, comprenez-vous...

-Parfaitement, et nous sommes honorés que vous nous ayez confiés cette tâche, déclara Aiolia fièrement alors que Milo prenait une attitude digne et sérieuse.

-Vous me sembliez les plus apte pour cela. Et n'oubliez pas de me tenir informé de vos projets dans ce domaine. Vous pouvez maintenant rejoindre vos amis et la liberté...

Ils esquissèrent un sourire avant de se tourner, offrant à présent uniquement leur dos et leurs murmures indistincts aux trois personnes restantes avant de s'effacer de leur vue en quittant la salle. Maintenant, il ne se trouvait plus dans l'immense et vaste pièce plus uniquement qu'un petit groupe, toujours réuni autour du trône d'Athéna qui se rassit pour pouvoir parler à loisir à ses deux chevaliers, car elle ne voulait pas souffler mot à Dohko avant qu'ils ne soient complètement seuls.

Elle ferma les yeux, pour chercher ses mots, car la fatigue commençait à prendre possession d'elle, comme c'était souvent le cas depuis qu'elle était remontée du gouffre. Elle avait du mal à réfléchir durant de long laps de temps mais avait conscience qu'elle devait reprendre le dessus car Saga et Masque de Mort étaient suspendus à ses lèvres. Elle étala de façon plus gracieuse sa toge autour d'elle, affectant de s'absorber dans son installation, alors qu'elle ne parvenait en réalité pas à trouver comment aborder le sujet. Lorsqu'elle releva la tête, son visage s'était fait plus grave et l'expression de pureté dans ses yeux avait été remplacée par un regard sérieux et légèrement contrarié.

-Masque de Mort... annonça-t-elle en laissant ses mains papillonner comme si elles cherchaient un appuie ou quelque chose à tenir.

Elle n'avait pourtant pas besoin de se donner une contenance car l'aura qu'elle dégageait était bienveillante et douce, mais il s'échappait aussi d'elle une certaine autorité.

-C'est la première fois que je te revois depuis l'Hadès.

Celui-ci ne répliqua rien, car il paraissait murer dans un curieux silence qui ne lui ressemblait guère.

-Ou étais-tu donc passé lorsque je suis revenue du gouffre de l'enfer?

Elle n'obtenait toujours aucune réponse et eut une moue désapprobatrice et même temps que Dohko. Masque de Mort releva soudainement la tête, les yeux brillants, mais Saori n'arrivait pas à analyser ce qu'il éprouvait. Était-ce de la colère? De la gêne? Ou de l'ennui? Elle n'en savait rien et avait beau scruter son regard, elle n'y découvrait rien de facilement compréhensible.

-Il se trouve que je me tenais à l'écart du flot de personnes qui vous entourait. Je n'ai jamais aimé les bains de foule.

Il aurait voulu être agréable mais ne trouvait que le moyen d'être renfrogné et de laisser transparaître de la mauvaise humeur. Athéna ne parut pas le relever mais Saga et Dohko secouèrent la tête, peu satisfaits de la manière dont le chevalier du Cancer se comportait. Celui-ci était en colère contre lui-même de se montrer si distant et froid avec la personne qu'il respectait à présent le plus au monde, mais, ne sachant pas comment se rattraper, il retourna sa méchanceté sur sa déesse.

-Pourquoi, est-ce que cela vous aurait vexé que je ne vous suive pas comme tous les autres?!

-Tu deviens insolent! répliqua Saga énervé par le comportement de Masque de Mort.

-Tu ferai mieux de faire attention car tu ne parles pas à n'importe qui, renchérit Dohko alors qu'il lançait une oeillade furieuse à celui qui était la cause de cette intervention de sa part.

Saori eut un geste las pour indiquer aux deux hommes qui avaient pris sa défense que ce n'était pas utile et qu'ils se donnaient tout ce mal pour rien. Elle n'avait pas besoin que l'on vienne à son secours et connaissait déjà la méthode pour réussir à faire sortir le gardien de la quatrième Maison de sa réserve.

-Vexée? Non, cela ne me ressemble guère. Peinée. Voilà ce que j'ai ressenti. J'ai été peinée par ton absence après de moi. J'aurais souhaité revoir tous mes chevaliers ce jour-là, et tu en fais parti, Masque de Mort. Je n'ai d'ailleurs toujours pas compris pourquoi n'es-tu pas venu me voir. Je ne crois pas qu'un bain de foule n'ait jamais tué personne, bien loin de là, et j'ai la présomption de penser que tu étais toi aussi heureux, même ne serait-ce que juste un peu, de me revoir. Alors, pourquoi? Pourquoi avoir attendu jusqu'à ce matin pour que venir me saluer? Est-ce par pudeur?

Un nouveau silence tomba alors que Dohko guettait la prochaine réaction de Masque de Mort, prêt à intervenir à tout moment. Saga observait lui aussi la scène, mais un peu plus en recul, attendant avec une certaine appréhension ce que la déesse allait lui dire par la suite.

Le chevalier du Cancer secoua la tête. Il voulait être agréable mais ne réussissait qu'à être détestable, à employer un ton méprisant. Il s'en tenait rigueur à lui-même, et au bout de quelques instants, il se décida à s'exprimer à voix haute:

-Je ne sais pas... mais je n'aurais de toute façon rien eu à vous dire.

-Oui, mais le simple fait de te voir te mêler à la liesse générale m'aurait suffi. Aphrodite non plus ne m'a pas spécialement adressé la parole, mais il y avait cette étincelle au fond de lui qui me prouvait qu'il était joyeux. Mais, puisque tu ne parais pas enclin à me dire ce qui t'a traversé l'esprit à ce moment, je voulais seulement te dire, que, si tu t'étais rendu auprès de moi, j’aurais prononcé exactement les mêmes mots que ceux que je vais déclarer maintenant. Après tout, mieux vaut tard que jamais.

« Je sais que dans le passé, nous avons été totalement opposé: de part notre manière d'agir, nos idéaux, nos actions... mais je crois savoir que tu t'es repenti et j'en suis contente. Tu t'es racheté en détruisant le Mur des Lamentations et tu ne me dois donc plus rien et c'est avec plaisir que je t'accorde mon pardon. A présent, tu es un chevalier comme les autres, qui se trouve avec une seconde chance. Alors tâche de la saisir et de ne pas la gâcher.

Il hocha la tête. Elle avait pertinemment raison, mais il ne savait pas comment le lui dire. Et mieux valait ne pas parler plutôt que de se montrer détestable. Athéna hocha la tête et lui fit signe de s'en aller mais elle l'interpella en l'appelant par son surnom alors qu'il était au milieu de la pièce.

-Je ne veux pas de dissension entre nous, et si jamais tu te décides à venir me toucher mot d'un sujet qui te préoccupe, j'en serai flattée.

Masque de Mort comprit qu'elle attendait qu'il vienne lui fournir des explications et qu'elle lui laissait la chance de pouvoir préparer ce qu'il allait lui dire. Il marmonna un salut indistinct avant de s'effacer dans l'encadrure des lourdes portes, laissant les trois occupants de la pièce plongés dans l'expectative.

-Quel drôle de numéro! s'exclama Dohko au bout d'un long moment. J'ai bien l'impression qu'il regrettait sincèrement de ne pas oser parler comme il l'aurait souhaité, mais il n'est pas dans sa nature de montrer ses sentiments, ne lui en tenons donc pas trop rigueur.

-Je pense qu'il fera un excellent combattant. Et le fait qu'il est choisi le chemin de la justice me rempli d'aise, croyez m'en, répliqua Saori en se tournant vers le Grand Pope.

Les coups de tonnerre n'allaient pas en diminuant, bien au contraire, et l'intensité de la tempête croissait au dehors. Des éclairs bleutés zébraient de façon régulière le ciel, amenant à peu d'écart la foudre qui s'abattait partout ou elle le pouvait avec violence. Les arbres pliaient sous la force de ses déchaînement et parvenaient à résister tant bien que mal à cette attaque des éléments. La pluie faisait rage dans les arènes, et on n'apercevait plus personne à l'intérieur, chacun étant parti en courrant chercher refuge dans un abri proche et si possible solide. Il était étonnant de voir cela au mois d'octobre, mais aussi agréable une fois que tout était terminé, l'atmosphère devenant plus fraîche et plus vivable.

Dans la salle de réunions, Athéna prenait peu à peu conscience du temps qu'il faisait alors qu'elle se tournait vers un Saga impatient de connaître la raison de sa convocation. Saori sourit lorsqu'elle croisa les yeux mélancoliques de son interlocuteur. Elle jugeait nécessaire la conversation qu'ils allaient tenir et préféra démarrer immédiatement plutôt que de s'éterniser.

-Saga, j'ai l'impression que quelque chose ne tourne pas comme cela devrait pour toi. Et je devine sans peine de quoi il s'agit. Te sentirais-tu encore en faute à mon égard?

Il avala difficilement sa salive et hocha la tête.

-Vous pouvez résumer cela de cette façon, princesse.

-Je m'en doutais. Mais sais-tu au moins que je t'ai accordé mon pardon? Et c'est en toute sincérité que je l'ai fait et je ne reprendrai pas ma parole. Après tout ce que tu as fais pour moi, comment pourrait-il en être autrement?

Le chevalier des Gémeaux haussa les épaules et une expression contrariée apparut sur son visage. Dohko regardait l'échange avec intérêt mais ne désirait pas s'immiscer dans la discussion.

-Je sais bien que vous avez eu la bonté de m'accueillir de nouveau en temps que l'un de vos combattants mais... ce que j'ai fait ne me semble pas suffisant. Toutes les infamies que j'ai commis ne pourront jamais être pardonnées et si je vous suis venu en aide durant la bataille d'Hadès s'était pour me donner la chance de mériter au moins votre pardon. Je sais que vous êtes une déesse de compassion et que vous me l'avez accordé et je vous en suis plus que reconnaissant, seulement... seulement je ne m'excuse pas moi-même. J'ai commis tant de crimes dans le passé, et vous ai fait tant de mal... J'ai peut-être retrouver un peu dignité mais pas mon honneur perdu. Je ne sais pas comment le retrouver, et je ne sais pas si je le mérite même...

-Mais que pourrais-je faire pour t'aider, Saga?

-Rien, rien, vous en avez déjà fait plus qu'il n'en faut.

Athéna le regarda avec indulgence et la pénombre provoquée par les nuages noires qui s'amoncelaient au-dessus du Sanctuaire l'empêchait de discerner exactement l'expression de ses yeux. C'est alors qu'un éclair lui permit de voir son visage dans une lumière opalescente et bleutée. Des larmes qui ressemblaient à de l'argent coulaient le long de son visage et il avait l'air si désillusionné à cet instant qu'elle ressentit toute sa détresse comme si elle avait été la sienne. Le chevalier Gemini saisit ses mains pour se rassurer par ce contact et elle sourit.

-Saga, je suis fière d'avoir un combattant tel que toi parmi mes chevaliers, je veux que tu le comprennes. Ma confiance t'es acquise et je te prie de ne plus t'en vouloir. Il faut aller de l'avant, et t'offrir la seconde chance dont j'ai tout à l'heure parlé à Masque de Mort, je t'en prie...

Il avait la tête courbée alors qu'elle lui parlait et lorsqu'il la releva, il vit ses yeux. Si profonds, si purs. Et il pensa. Il pensa que ce seul regard guérissait tous ses maux.

* * *

Dohko

Lorsque je me suis retrouvé seul dans la salle de réunion avec Athéna, la tempête qui faisait jusqu'alors rage dehors s'était un peu calmée et le silence qui régnait me semblait reposant. Elle avait un air las sur le visage et je ne pouvais m'empêcher d'admirer sa patience à parler et à prendre des décisions alors qu'elle devait être au bord de l'épuisement. Elle n'était après tout revenue que depuis six jours de son long et sans doute terrifiant voyage dans l'obscur et le néant et je craignais parfois pour sa santé. Mais j'oubliais que sa nature divine lui permettait de reprendre plus rapidement que nous autres des forces. Elle essayait de me cacher ses gestes empreint de lassitude mais sans vraiment y parvenir. Un autre que moi y aurait peut-être cru, mais j'avais 250 de vie et d'expériences derrière moi et je comprenais la fatigue qu'elle devait ressentir. Je l'avais moins même éprouvée trois mois auparavant et ce seul souvenir me força à lui dire:

-Vous devriez peut-être vous retirer dans vos appartements pour vous reposer...

-Non, non, ce dont nous allons débattre est trop important et je crois que cela ne peut pas attendre comme vous me l'avez murmuré durant la réunion.

J'aquieçais silencieusement, comprenant parfaitement de quoi il était question. J'avais moi aussi eu un étrange pressentiment depuis que la jeune déesse Athéna était revenue auprès de nous et cela m'inquiétait. Je n'avais tout d'abord pas osé prendre cela au sérieux, mais, alors que je venais pour m'enquérir de son état, j'avais à plusieurs reprises surpris chez elle des regards ou des phrases suspendues qui ne laissaient pas véritablement d'équivoque. Je m'étais donc décidée à lui en toucher mot durant notre réunion et elle m'avait tout de suite accorder la possibilité d'en converser un peu plus tard, une fois que nous serions seuls.

En effet, j'avais l'intuition qu'aucun des autres chevaliers ne sentaient ce qui était entrain de se tramer, et, si jamais la princesse et moi nous trouvions dans l'erreur, ce qui me semblait malgré tout fort peu probable, il était inutile d'affoler tout le monde. Criez au loup n'avait jamais aidé personne.

Saori m'observait derrière des yeux mi-clos par la fatigue mais reprit rapidement ses esprits, recouvrant un regard vif et brillant pour me déclarer:

-La bataille dans l'Hadès est terminée depuis tout de même longtemps... sept mois, d'après ce que j'ai compris et il ne s'est encore rien produit, c'est pourquoi je garde malgré tout bon espoir que notre intuition ne se réalise pas.

Je secouais la tête sans conviction et me levais, me mettant à marcher, à tourner en rond dans la salle car je n'aurais pas supporté de rester oisif durant notre discussion.

-Je crains, je crains de devoir réduire votre optimisme à néant... répliquai-je alors que mon expression devait lui apparaître comme triste et désenchantée car je remarquais que ses yeux se troublèrent.

-Je... je ne crois pas saisir...

-Je pense au contraire que vous avez tiré les mêmes conclusions que moi.

Un silence tomba entre nous, un silence ou nous pouvions l'un et l'autre sentir et presque palper les ondes d'incertitude et d'angoisse que nous dégagions, faisant vibrer l'air autour de nous et le rendant plus tendu que jamais. J'avais du mal à respirer car les mots que j'avais prononcés et leurs conséquences s'ils devaient s'avérer vrai étaient sans doute terrifiantes.

Athéna se releva précipitamment, se cognant à la table alors qu'elle me rejoignit en ce qui me sembla une enjambée. Elle était beaucoup plus petite que moi et pourtant, elle me parut à cet instant, infiniment plus grande, mais dans le sens de la valeur. Elle se tenait devant moi, les yeux levés vers mon visage et son expression avait quelque chose de touchant sans que je parvienne pour autant à la déchiffrer. Elle saisit mes mains et les serra dans les siennes, sans doute pour me forcer à ne pas me détourner en lui parlant, comme je le faisais parfois pour certaines personnes, lorsque j'étais désireux de leur cacher mes tracas.

-Dohko... pensez-vous que cela va recommencer? Que vous allez encore une fois de plus risquer vos vies, affronter mille morts? Que nous perdrons encore plusieurs chevaliers alors que nous venons juste d'être rassemblés?

Elle lâcha mes mains, réalisant que pendant quelques instants, elle n'avait plus été la déesse mais simplement une jeune fille comme les autres.

-Personnellement, continua-t-elle sans attendre ma réponse qui se faisait tarder, je crois déjà connaître le dénouement de cette histoire. Mon sixième ne m'a jamais trompé, et le fait que vous ayez eu exactement les mêmes pensées, les mêmes certitudes que moi, veut bien dire qu'il se passe quelque chose. J'ai...dites-moi, surtout, s'il en va de même pour vous... j'ai eu l'impression, pas plus tard qu'hier, qu'un nouveau cosmos d'une puissance incalculable était apparu sur terre, irradiant tout sur son passage. C'était une énergie que je n'avais jusqu'alors jamais eu l'occasion de ressentir et c'est la première fois que je la rencontre. Mais depuis cette brève explosion, je n'entrevois plus que faiblement cette puissance, comme si cette dernière était en veilleuse.

Je me figeai, halluciné par le fait que j'avais vécu la même expérience qu'elle et que j'avais secrètement souhaité ne m'être que tromper.

Cela s'était produit durant la nuit, alors que tout le Sanctuaire était endormi et que plus personne ne se trouvait sur ses gardes. Pour une raison que je ne saurais pas expliquer, j'étais resté éveillé et debout, à scruter le ciel et à attendre... quoi au juste? Un signe du ciel? Je n'en savais encore rien, mais j'avais patienté, patienté jusqu'à ce que mon intuition prenne la forme d'une vague de force et de puissance telle que je me suis presque littéralement trouvé projeté en arrière.

Les autres chevaliers d'Or n'avaient pas pu ne pas s'apercevoir de ce qui se passait et pourtant, ce matin, je n'avais ouie personne parler de ce qui s'était produit. Cela avait-il été imperceptible pour les personnes se trouvant dans les bras de Morphée? Je le supposais, mais c'était assez étrange. Ils avaient peut-être été inquiétés et n'avaient pas souhaité évoquer cette soudaine montée de cosmos, préférant l'identifier comme celui d'Athéna, même si il n'était pas semblable, loin de là, au sien. Je comprenais parfaitement leur désir de se cacher la vérité et n'avais pas envie de leur briser leur rêve de pouvoir enfin mener une existence normale, comme Athéna en avait formulé le vœu tout à l'heure.

Je devinais qu'elle ne désirait que nous voir enfin heureux et épanouis, et je remarquais qu'à aucun moment, elle n'avait pensé à elle. Nous avions tous eu, autant que nous étions, des existences très difficiles, ou ne n'avions jamais connu que de brefs temps de repos ou d'arrêt, toujours à guetter le prochain ennemi, à attendre avec anxiété le prochain combat, la prochaine fois ou nous serions peut-être tués, à rester sur ses gardes, à fureter le moindre bruit suspect... et depuis maintenant trois mois, nous avions retrouvé un rythme de vie normale, et nos jours se coulaient les uns dans les autres, et nous profitions de chaque seconde, de chaque minute avec un plaisir d'autant plus décuplé que nous avions tous conscience que cela aurait pu être la dernière.

Hadès était mort, du moins, enfermé dans son urne pour deux cents ans, jusqu'à la prochaine Guerre Sainte en somme, et nous n'avions donc plus de risque de voir jaillir de nulle part un Dieu frémissant d'impatience à l'idée de prendre le contrôle de la Terre et d'avilir le genre humain sous le joug de sa dictature. C'est pourquoi, la plupart d'entre nous, j'avais bien surpris leurs regards étonnés durant la réunion de tout à l'heure, ne comprenaient pas l'empressement d'Athéna à vouloir reconstruire les armures d'Or au plus vite.

J'aurais aimé, moi-même profité de l'indolence et de l'insouciance dans laquelle ils nageaient tous, mais j'avais conscience qu'il ne devait pas en être ainsi. Notre destin était mouvementé et nous n'avions pas la chance, comme chacun, d'être sûr de notre avenir.

Athéna était revenue, et de part la même occasion, cela avait engendré en moi une foule de questions et surtout d'affirmations qui me glaçaient le sang. Si Athéna se trouvait maintenant parmi nous, cela n'attirerait-il pas la convoitise des autres Dieux sur notre planète? Sans la gardienne du Sanctuaire, les autres divinités ne voyaient pas grand intérêt à prendre d'assaut son domaine, surtout qu'il n'y avait, du moins le croyais-je, plus personne pour cela... mais maintenant que sa présence bienveillante se faisait sentir, il ne faisait aucun doute que la Terre avait repris de la valeur aux yeux de tous et que nous risquions de nous voir une fois de plus attaquer. Mais par qui? Poséidon était de notre côté et Hadès était mort. Il existait une multitude d'autres Dieux mais nous n'avions jamais à les combattre... excepté, oui excepté...

Saori me tira de mes pensées en brisant le silence qui régnait dans la pièce:

-Je crains que nous ne soyons encore en danger. Et pas seulement nous évidemment. Il s'agit du destin du monde qui va se jouer si jamais notre intuition s'avérait exacte. J'ai peur que nous ne soyons pas prêts si jamais nous venions à être attaqués et il faut que nous travaillions jours et nuits sur le projet de construction des nouvelles armures.

« Dohko, reprenez en main les entraînements de tous les chevaliers d'Or. Faites en sorte qu'ils s'exercent encore plus que d'habitude, car, si c'est bien une guerre qui se prépare, et s’il s'agit bien de la personne à qui je pense qui va la déclencher, alors... alors nous allons subir l'affrontement le plus difficile de tous.

Je ne voyais plus que son dos car elle s'appuyait contre le dossier de son trône mais je n'avais aucune peine à imaginer l'expression de son visage.

-A peine une bataille s'achève-t-elle que nous devons plonger immédiatement dans une autre, reprit-elle en me faisant de nouveau face.

Je passais une main dans mes cheveux bruns, essayant de trouver les mots qui pourraient nous redonner un peu de courage à l'un comme à l'autre. Mais l'avions-nous perdu? Non, non, jamais, car il était notre rôle, et c'était aussi inscrit dans notre nature, d'être plein d'espoir et d'optimisme. Nous savions déjà qu'avant même d'aller combattre, nous sortirions vainqueur. Mais à quel prix, telle était la véritable question qu'elle devait lire dans mon regard et que je discernais sans peine dans le sien.

Nous étions tous très jeunes, j'avais certes 250 ans, même si j'avais retrouvé l'apparence de mes dix-neuf printemps mais les autres, oui... Athéna était âgée de maintenant quatorze ans, les chevaliers d'or d'une vingtaine d'années, alors que Seiya et ses compagnons avaient bien souvent à peine quinze ans... et, dans ces conditions, comment ne pas se sentir mélancolique, et triste face à ces jeunes destins sans cesse brisés et interrompus.

Saori et moi avions pris notre parti de nos existences, elle, car elle avait compris qu'elle n'était sur terre que pour servir la cause du genre humain et pour protéger cette terre qu'elle chérissait, moi, parce que durant tout le temps ou je m’étais trouvé près de la cascade de Rozan, j'avais pu méditer. Et je m'étais vite aperçu que, même si l'on m'avait proposé de changer de vie, de pouvoir exister normalement, en connaissant des jours s'écoulant paisiblement, j'aurais refusé. J'aimais servir les autres, sentir mon cœur battre, mon âme s'agiter alors que je luttais pour des idéaux que je savais justes, dédier ma vie à la cause d'Athéna était pour moi un accomplissement, mais en allait-il de même pour tous? Peut-être et même sans doute pour les chevaliers d'Or. Ils n'avaient pas eu le choix eux non plus de prendre leur vie en main ou non, mais je devinais qu'ils étaient heureux de ce qu'ils étaient et qu'ils n'auraient pas voulu changer pour tous les trésors du monde. Mais les chevaliers de Bronze... ce n'était pas comme nous, qui avions reçu comme un appel mystérieux et mystique dans notre âme nous intimant l'ordre impérieux de nous rendre dans le Sanctuaire, ils n'étaient pas nés pour cela. Et je souhaitais, aussi ardemment que Saori, qu'ils retrouvent leur jeunesse perdue, qu'ils redeviennent les enfants qu'ils n'avaient finalement jamais vraiment été et qu'ils profitent de ce qui leur avait été ravi, volé.

-Princesse, cette personne dont vous parlez serait donc venue pour venger son meilleur ami...

Je marquais une brève pose et réfléchis. Ce n'était pas la seule cause de cette subite réincarnation, non...

-S'il ne s'agissait que de cela... il profite tout simplement de l'occasion pour s'emparer de la Terre, bien évidemment. Cela fait des siècles que nous ne l'avons pas combattu et ses guerriers sont aussi puissants, si ce n'est plus que ceux d'Hadès.

« Je me rappelle avoir lu que le chevalier de la Balance alors en activité à cette époque avait du, sur votre ordre, distribuer les armes d’Orichalque pour en venir à bout. Je ne sais malheureusement pas beaucoup d'autres choses, sinon que nos ennemis avaient du se retrancher dans l'Hadès à cause de nos assauts et que ce fut votre première affrontement indirect avec le dieu des Enfers. Il s'agirait donc bien...

On entendit des coups contre les lourdes portes de Bronze et je fus coupé en plein milieu de ma phrase.

Athéna me lança un regard et s'avança vers l'entrée de la salle. J'écoutais les bruits des semelles de ses sandales lassées sur le marbre tout en m'enfonçant dans mes pensées, dans les souvenirs de tout ce que j'avais appris et étudié sur cette terrible divinité qui était vraisemblablement de retour parmi nous. Je n'osais pas vraiment y croire, et pourtant il fallait se rendre à l'évidence.

Une nouvelle Guerre Sainte se préparait.

* * *

Kanon

J'avais attendu un long moment après la réunion, avant de me décider à frapper aux portes de Bronze qui me séparaient de la déesse Athéna. J'avais tout d'abord attendu, assis devant l'entrée de la salle de réunion, que tout se termine.

J'avais d'abord vu Mu sortir par une porte dérobée, suivi par Aiolia et Milo s'en allant par les portes principales en riant et en s'amusant de leur propre ingéniosité à monter de grands projets pour le Sanctuaire, d'après ce que j'avais vaguement entendu. Puis était passé sous mes yeux un Masque de Mort mal à l'aise et de fort mauvaise humeur d'après le regard qu'il m'avait lancé et auquel j'avais répliqué de la même façon, ne faisant ainsi qu'attiser sa colère. Et enfin, Saga avait refermé les portes de la pièce et avait sursauté en me voyant alors que je découvrais l'expression de son visage bouleversée, mais aussi soulagée. Nous n'avions pas échangé un mot mais seulement un sourire de complicité fraternel qui m'avait fait plaisir.

Après toutes ces sorties, je me suis retrouvé seul, dans l'immense entrée de marbre ou de gigantesques colonnes s'élevaient vers un plafond aussi poli que la sol, qui donnait à la pièce une impression de grandeur, voire même d'immensité. La chambre sacrée était un monument impressionnant, et, même lorsque je m'en étais éloigné à cause de mon emprisonnement et de ma trahison, la demeure d'Athéna était restée comme telle dans mon souvenir.

Je n'aimais pas réfléchir à mon passé et je changeais généralement rapidement de sujet lorsqu'il en était question. Je ne me sentais pourtant pas aussi mal avec que mon frère, ou aussi à l'aise qu'Aphrodite et je n'affectais pas non plus la nonchalante indifférence de Masque de Mort... je m'en voulais pour les crimes que j'avais commis, mais je jugeais que je m'étais racheté durant l'Hadès et que je continuerais à servir la justice et Athéna aussi longtemps que je vivrai. Que pouvais-je de toute façon faire d'autre? Rien, alors le sujet me semblait clos.

Ce n'est qu'au bout d'un long moment d'attente que je me suis décidé à oser déranger Dohko et Athéna. Je craignais d'arriver à un instant inopportun de leur petit conciliabule mais je ne me jugeais plus capable de patienter encore bien longtemps, alors que j'écoutais le pas d'Athéna se dirigeant vers moi, ce bruit léger et glissant ne pouvant de toute manière pas être la marche de Dohko.

Elle ouvrit seulement un battant et sortit à moitié dehors pour voir qui la demandait.

-Princesse...

-Kanon? Je te croyais parti depuis longtemps.

-Non, comme vous voyiez, mais je voulais...

Je remarquais à cette seconde l'expression contrariée de son visage et faillis me raviser lorsqu'elle me sourit, dissipant mon inquiétude et me redonnant courage pour ce que j'avais à dire.

-Vous parlez à propos de ce que vous avez décrété tout à l'heure. Si bien-sûr, vous pouvez m'accorder quelques minutes...

-Mais je le peux, désires-tu entré?

Je cherchais alors Dohko des yeux, devinant qu'il était à l'autre bout de la pièce et qu'il ne devait pas entendre ce que nous disions et je déclinais l'offre de Saori. Non pas que je n'appréciais pas le chevalier de la Balance, au contraire, car il était le plus expérimenté d'entre nous, mais j'avais envie de partager un instant d'intimité avec ma déesse pour pouvoir lui parler sans risque d'être interrompu.

-Nous sommes très bien ici, avançai-je en balayant la totalité de la pièce du regard pour vérifier que celle-ci était sans occupants.

Je fus rassuré en découvrant qu'il n'y avait pas même un seul garde, tous à l'extérieur et à alimenter leur conversation du retour d'Athéna probablement.

-Alors je t'écoute, Kanon, me dit-elle en s'extirpant complètement de l'encadrure de la porte et en laissant cette dernière seulement à moitié entre-ouverte.

-Je voulais vous remercier, princesse, pour avoir accepté de me considérer comme l'un de vos chevaliers sacrés. Et aussi, pour avoir changé pour moi quelque chose d'aussi établi dans votre Sanctuaire, car je crois que l'on a encore jamais vu treize chevaliers d'Or.

-Non, en effet, dit-elle avec un sourire amusé devant ma balourdise alors que j'essayais de lui parler.

Je me sentais légèrement intimidé par sa présence et par sa gentillesse avec chacun d'entre nous. Je n'avais jamais eu le temps de la connaître, et c'était le cas de tous les chevaliers d'or, mais depuis qu'elle était revenue, elle me paraissait plus accessible, et surtout, nous avions la chance d'avoir de longs mois devant nous pour tous apprendre qui était réellement notre déesse. Nous n'avions, après tout, jamais vu la jeune fille que quelques minutes pour certains d'entre nous, quelques heures pour d'autres comme c'était mon cas. Mais maintenant que nous étions en temps de paix, je sentais que tout allait changer.

J'avais découvert dans la salle de réunion tout à l'heure, une déesse de compassion et d'indulgence, toujours prête à prendre des initiatives et à rendre justice au sein même de sa chevalerie.

-M'avoir donner la chance d'être chevalier des Gémeaux est un grand honneur pour moi, surtout après tout ce que j'ai fait et je voulais vraiment vous remercier encore une fois d'avoir permis ce qui m'apparaît presque comme un miracle.

-Ce n'est rien Kanon, c'est moi qui te remercie de te mettre à mon service et surtout à celui de l'humanité. Je ne pouvais pas laisser un combattant de ta valeur perdre tous ses dons et ses pouvoirs sans agir. Et tu mérites bien le titre de chevalier d'Or.

-Merci, princesse, dis-je alors que j'avais presque envie de verser des larmes de gratitude sur ce qu'elle avait fait pour moi. Je tâcherais de me montrer digne de votre confiance.

-La seule chose que je te demande en échange Kanon, est d'aimer les hommes que nous défendons. Car c'est le plus important, c'est même, je crois, le but de nos existences.

Je hochai la tête, d'accord avec ce qu'elle disait et avec ce qu'elle représentait.

C'est à ce moment que je vis Dohko marcher d'un pas assuré du fond de la salle vers Athéna et que je lui souris. Il devait probablement se demander ou avait disparu la déesse et était venu voir si tout allait bien. Je saluais Athéna, et fis un signe de la main à Dohko avant de disparaître de leur vue, heureux de ce que j'avais dis, vécu et tout simplement de ce que j'étais devenu et comptais bien rester.

* * *

Le vent soufflait avec force, pliant à sa volonté les hautes herbes qui entouraient l'immense temple. Celui-ci était loin d'être d'un blanc immaculé et sa couleur virait plus au beige. Le long des gigantesques colonnes qui s'élevaient gracieusement, semblait-il, jusqu'au cieux, grimpaient des plantes sauvages recouvrant parfois la totalité d'un pilier, le rendant indistinct aux yeux de tous.

Entre les vastes dalles qui formaient le sol et qui étaient loin d'être polies et brillantes comme autrefois, s'étaient glissées des herbes et parfois, quelques petits caillaux de terre.

Les pièces se trouvant à l'intérieur étaient vastes et généralement vétustes, même si quelques meubles, tels des tables de marbre ou des statuettes de nymphes, recouverts d'une fine pellicule de poussières les parsemaient. Il semblait que le temps s'était arrêté, suspendu dans cet endroit qui apparaissait comme mi-abandonné, mi-habité. Au centre de la vaste entrée, prenait pied un escalier aux proportions remarquables, tout comme à l'extérieur.

En effet, pour parvenir à l'imposant monument, il fallait monter plusieurs dizaines de marches, larges et hautes, toutes envahies par la nature sauvage de l'endroit. Des torches avaient été autrefois placées à l'entrée pour pouvoir apercevoir le temple de loin et se fier à la lumière pour être guidé jusque là. Mais elles étaient maintenant à demi calcinées, et l'une d'elle était tombée à terre. Pourtant, le gigantesque temple ne perdait pas de son éclat malgré les dommages, qui étaient loin d'être irréparables, du temps. Il était resté majestueux, immense, impénétrable et les armes qui s'élevaient sur la face avant du temple, si en hauteur que l'on avait du mal à les distinguer, prouvaient que quelqu'un de la plus haute importance avait autrefois habité l'endroit.

La nuit était tombée depuis quelques minutes, et à l'horizon, le soleil jetait ses derniers feux, donnant un dernier adieu avant le lendemain matin ou il apparaîtrait. Les étoiles avaient peu à peu parsemé le ciel, le rendant pailleté de lumière et éclairant faiblement les collines rocheuses et les plaines qui entouraient l'endroit. Le vent avait à présent presque totalement disparu alors qu'une lumière filtrait sous le jours des larges et lourdes portes du fond de l'entrée.

Elles s'ouvrirent alors soudainement, lui laissant passage. Il aimait le bruit de ses pas sur le sol qu'il foulait et se sourit à lui-même. Il était de retour, et comptait bien le faire savoir. Sa toge rouge recouverte de broderies noires le rendait encore plus impressionnant, comme si son imposante carrure et sa grande taille ne suffisait déjà pas. Il s'avança d'un pas certain et assuré vers l'extérieur. Il était large d'épaules, ses grands yeux bleus semblaient tout voir, tout remarquer, tout scruter, il passait souvent une main dans ses épais cheveux bruns et un pli ironique et parfois agressif ne quittait jamais la commissure de ses lèvres. Il dégageait une aura terriblement puissante qui aurait pu faire plier n'importe quelle personne à sa volonté et à son désir. N'importe quel personne sauf...

Il franchit le seuil de son temple et regarda ce qui s'étendait devant lui. Il avait son épée, à la lame épaisse et tranchante, qu'il maniait depuis des siècles et des siècles à la main et éclata de rire, alors qu'il se tenait en haut des marches menant chez lui. Il leva alors son arme ciel en tonnant:

-Debout, debout, Berserkers!

La foule de gardes et de simples soldats qui étaient à ses pieds, tous agenouillés et représentant une masse grouillante et qui semblait ne jamais devoir prendre fin tant elle s'étendait dans le lointain reprit sa phrase avec vigueur, hurlant les mots qu'il avait prononcé comme un cri victorieux qu'aurait eu le meilleur des combattants ayant encore gagné une bataille.

Un bruit d'abord faible se fit entendre à l'horizon. C'était comme un cliquetis métallique, un bruit de pas comme si plus d'une centaine d'hommes s'avançaient au même rythme… celui d'une course effrénée. Et…

L'homme à la toge rouge sourit, découvrant des dents régulières et d'un blanc immaculé alors que surgissaient de nul part des hommes qui couraient vers lui, provoquant la terreur dans les yeux des gardes qui ne s'attendaient pas à un tel spectacle.

Il y avait quelque chose de terrifiant à les voir tous s'élancer vers le Temple, alors que l'expression de leurs visages était presque grimaçante. Les rayons de la Lune jouaient avec la brillance des armures qu'ils avaient revêtues, provoquant d’étranges reflets. On aurait dit de l'or… mais de l'or du rouge le plus vif, le plus profond, comme si du sang avait été emprisonné dans le métal dorée.

Ils étaient une nuée, celui qui les avait appelé sentait leurs cosmos s'élever à l'unisson dans les airs et venir s'harmoniser avec le sien, formant comme un nuage agressif et violent qui rendait l'air électrisé.

La foule qui se trouvait au pied du temple frémit alors que les Berserkers se glissaient devant eux… mais combien étaient-ils? Était-ce la peur qu'ils inspiraient qui faisait croire leur nombre si grand? Peut-être… mais tous les gardes furent parcourus d'un même frisson alors que les chevaliers en armure de sang s'agenouillaient d'un même mouvement devant leur maître de toujours, devant l'empereur maléfique qu'ils servaient depuis l'éternité.

Alors ce dernier éclata d'un rire, d'un rire qu'il destinait à une jeune fille qui l'avait autrefois enfermé dans son temple, dans une urne rouge évidemment. Mais sa colère associée au temps lui avait permis de revenir, de ressortir de l'enfer ou elle l'avait plongé. Et il allait lui faire payer l'affront qu'il avait subi des centaines d'années auparavant. Il brandit une nouvelle fois son épée, l'offrant presque au regard des Dieux et hurla comme la première fois :

-Debout, debout Berserkers!

Alors, ils lui obéirent tous avant d'élever leurs poings et de rugir comme des fous furieux, leurs pupilles se dilatant, et leurs voix se mêlant comme autant d'éclats hystériques :

-Oui, Oui, Empereur Arès!

3ième partie


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