Saga d'Arès

Episode 5: Azura! Le Monde des Combats

© 2001 by Saori

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Nikè

J'étais apeurée parce que nous allions devoir affronter, même si je savais tout ce que nous endurerions nécessaire. Le combat entre Saga et Nérée avait rapidement fait le tour des chevaliers et tout le monde venait lui parler, lui demander quel était la force des guerriers d'Arès. Il avait l'air confiant, et nous répétait que nous n'avions rien à craindre. J'avais envie de le croire, et il en avait sans doute aussi envie que moi, mais nous n'étions, ni l'un ni l'autre, dupe. Évidemment, nous devions jouer la carte de la tranquillité et du calme mais ce n'était pas toujours très facile. Pour aucun d'entre nous.

La nuit jetait ses dernières ombres sur le Sanctuaire, devenant un peu plus claire de minutes en minutes et commençait à laisser entrevoir des couleurs pastels. Nous allions partir. Athéna nous avait ordonné d'attendre au pied du Sanctuaire, d'attendre le moment fatidique ou nous nous rendrions là-bas. Chez lui. Chez eux.

Ces derniers instants de paix ne m'aidaient guère alors que toutes les personnes autour de moi tentaient de se concentrer, de trouver un semblant de sérénité que seul Shaka possédait réellement. Je l'enviais terriblement à cet instant car, j'avais beau être une déesse, et ma présence avait beau être jugée comme rassurante par tous, je savais que si un Berserker venait à m'attaquer, je serai dans l'incapacité de me défendre. J'étais pourtant une divinité habituée à attaquer, oui, mais je devais prier en même temps, prier pour la Victoire, pour les chevaliers et pour la déesse... et surtout je devais réserver toutes mes forces pour quelqu'un...

De toute manière, j'avais confiance en tous ces hommes qui m'entouraient et ne proféraient plus le moindre son. Je savais que je pouvais compter sur eux, qu'ils me défendraient, moi, le genre humain, la justice et bien-sûr, Athéna. Je les effleurai tous du regard.

Kanon était le plus proche de moi, et de l'autre côté se trouvait Shaka. Ils avaient, et leurs compagnons aussi, des figures impassibles, indifférentes, tranquilles. Tous leurs corps étaient tendus vers l'horizon comme des oiseaux prêts à prendre leur envol pour fondre sur leur proie. Ils possédaient tous un air de majesté, de force qui était rassurant. Aucun ne tremblait et cela ne risquait pas d'arriver. Ils comprenaient qu'ils s'apprêtaient à accomplir leur destin, et à risquer celui du monde. Mais ils n'avaient pas le choix depuis leur naissance et jusqu'à leur mort, ils n'auraient pas la possibilité de choisir. Et cela ne les gênaient pas.

Moi, non plus je ne pouvais pas reculer, mais c'était différent. J'étais une déesse et j'étais née ainsi il y avait de cela des millénaires. Cela ne s'expliquait pas. Mais eux, ils auraient pu vivre normalement, paisiblement, mais non. Ils avaient choisi des existences hors du commun, très difficiles et qui nécessitaient un courage et un don de soi sans limite. Mais ils ne se soustrayaient jamais à leur devoir, restant debout en permanence ne pliant genoux ou échine devant personnes. Leurs âmes comme leurs corps ressemblaient actuellement et depuis toujours à des statues de marbres. Solides et belles.

Il n'y avait pas de vent ce matin là et quelle heure pouvait-il être? Cinq ou six heures du matin... pas très tard en tout cas. Je voyais les chevaliers de la déesse Athéna regarder le levé de soleil qui projetait dans le ciel des teintes s'étendant du mauve pâle au rose en s'étendant parfois à l'orangé pastel. Que pensaient-ils tous à ce moment? Je le devinais aisément.

Ils devaient profiter de chaque seconde, pensant que se serait sans doute la dernière, appréciant peut-être le spectacle que leur offrait la nature de façon décuplée, de la même manière qu'ils vivaient leurs vies. Ils devaient compresser en quelques années d'existence, toutes les émotions qu'ils auraient du ressentir en quatre-vingt années de vie et c'est pourquoi ils vivaient si pleinement, si intensément le moindre évènement qui les touchaient. Car ils n'étaient pas sûr qu'ils y auraient un lendemain. Ils n'étaient pas sûr de l'avenir. Mais n'était-ce pas la meilleure manière de profiter de tout, de saisir toutes les occasions?

Je hochais gravement la tête alors que je me laissais aller à mes divagations. Depuis tout à l'heure, les regards des chevaliers d'or n'avaient pas quitté l'horizon et il semblait que leurs corps se fondaient avec ce dernier. Moi, je ne pouvais pas m'empêcher de bouger la tête pour les observer. Et si certains ne revenaient pas? Combien serions-nous, ce soir, à regarder le soleil se coucher? Combien de braves guerriers s'apprêtaient à offrir leurs jeunes vies au nom de la justice et du bonheur du genre humain? Je ne le savais pas et j'avais peur. Peut-être qu'Aphrodite ne reviendrait pas et qu'il resterait sur cette île maudite, ou peut-être serait-ce le cas d'Aiolia ou encore de Camus.

Toutes ses pensées me faisaient peur et je réprimais vite un tremblement. Je ne voulais pas qu'ils meurent. Je ne les connaissais pourtant pas depuis très longtemps mais je m'étais attaché à eux, à leur personnalité si différente, à leur manière d'être, de rire, de parler, de vivre. Ils s'étaient eux aussi habitués à ma présence et ils m'aimaient bien, je crois. Je ne les verrais peut-être plus jamais de toute manière, car peut-être mourraient-ils, ou alors ce serait moi. Nous étions peut-être tous pour la dernière fois réunis ensemble.

Je réalisais à cet instant que nous avions des existences faites de "peut-être". Cette idée me donna le vertige mais j'essayais de penser à autre chose, mais à quoi? Arès et ses combattants m'obnubilaient et je jalousais le calme des chevaliers et même de l'ambiance. Ils n'y avaient pas de cris, même les cinq chevaliers de bronze -Par Zeus, comme ils étaient jeunes!- d'ordinaire si bruyants respectaient et imitaient le silence de leurs aînés. Je compris alors ce que nous étions entrain de faire. Nous nous recueillions tous, sur ces vies qui allaient être perdues, sur ces jeunesses que nous ne connaissions pas, ou tout simplement sur ce moment, cette ultime attente qui ne s'arrêterait que ce soir ou demain, lorsque l'écheveau des combats se serait dénoué.

Que pouvions nous faire d'autre qu'attendre de toute manière? Attendre la sentence de cette bataille ou attendre Athéna qui tardait à venir. Que faisait-elle? Elle avait disparu depuis plus d'une heure et parlait sous doute avec Poséidon. Elle m'avait proposé de l'accompagner et d'écouter ce qu'elle avait dire mais je n'avais aucune envie de l'entendre. Elle devait prévoir sa propre mort. Car peut-être qu'elle mourrait et qu'elle devrait confier son domaine à l'empereur des mers. Je ne voulais pas qu'il lui arrive quelque chose, car sans elle, la Terre serait laissée sans protecteur et alors, n'importe quelle puissance maléfique pourrait s'en emparer.

Et il y avait une autre raison pour que je ne sois pas venue auprès d'elle. Je souhaitais être parmi tous ces hommes vaillants et courageux avant de m'en aller.

Je secouais la tête et croisais alors le regard de Dohko. Lui, avait l'habitude de tout ceci, tout comme moi. Et nous étions peut-être les deux seules personnes présentes à ressentir la même chose. Nous ne nous sourîmes pas, nous contentant simplement de nous observer quelques secondes. Il était pareil à moi et n'avait pas besoin d'émettre la moindre parole pour que je le comprenne. J'eus pourtant du mal à détacher mes yeux des siens car son regard était fascinant, flamboyant et pourtant triste, terriblement triste. Comme le mien.

Je sentis alors une pression de main sur mon épaule. C'était Kanon, cet homme habituellement si peu démonstratif, qui avait remarqué mon manège et mes réflexions. Ce geste qu'il exécutait avait beaucoup de poids. Il essayait sans doute de m'apporter le réconfort qu'il me manquait et ce, sans dire un mot, sans décrocher son regard de l'horizon.

C'est alors qu'Athéna descendit les escaliers, seule, comme je l'avais prévu et silencieusement, comme à son habitude. D'un même mouvement nous nous sommes tous les dix-neuf retournés vers elle.

Elle portait une toge d'un blanc immaculé, sans manches mais deux grandes étoles qui pendaient devaient en faire office. Elle tenait la statuette de son armure à la main et nous regardait. Nous étions étalés sur deux lignes, les armures d'Or et de Bronze étincelaient dans la lumière encore récente du soleil. Nous dégagions sans doute une aura de force, de puissance, extrêmement impressionnante et cela ne lui échappa pas.

Mais je vis dans son regard bruns autre chose. Je vis qu'elle avait envie de pleurer, et je pense que tous ses chevaliers le remarquèrent aussi. Mais que pouvions-nous faire? Nous ne pouvions pas l'aider, aucun de nous. Peut-on consoler un soeur qui vient de perdre ses frères? Peut-on consoler une mère qui vient de perdre ses enfants? Et, pire encore, peut-on consoler une déesse qui va perdre ses chevaliers? Je connaissais toutes les réponses mais ne voulaient pas les dires, pas à voix haute, ni même les penser. Mais je ne pouvais empêcher mon esprit de fonctionner, d'être férocement lucide.

Athéna descendit lentement les quelques marches qui la séparait encore de nous et je me demandais si elle allait parler. Mais non, elle se contenta de prendre dans ses mains celles de ses chevaliers, un à un, leur prodiguant cette marque d'affection comme pour leur souhaiter bonne chance, ou leur dire au revoir. Cela avait quelque chose de triste, de mélancolique, et j'avais le coeur serré dans ma poitrine. Quand elle eut fini de tous nous saluer, elle se dirigea quelques pas devant nous et se décida à nous parler:

-Chevaliers, il est temps pour nous de mener à bien une nouvelle Guerre Sainte. Des millions de personnes comptent sur nous et nous n'avons pas le droit de les décevoir, alors courage! Je propose que nous nous rendions tout de suite sur l'île d'Azura.

-Azura? intervint Shaka, qui ne connaissait probablement pas encore le nom de l'îlot.

-Oui... oui, c'est bien cela, lui répondit Saori.

-Tiens donc, continua le chevalier de la Vierge. Chacun sait que le monde d'Azura, est, dont ceux de la Métempsycose, celui des carnages. Ceci explique cela et je me demande comment je n'ai pas trouvé tout de suite ou se trouvait le fief d'Arès... avec un nom pareil!

-Eh bien, cela n'a pas l'air très rassurant, murmurai-je à Kanon qui esquissa un sourire.

-En route pour la téléportation! s'exclama Athéna alors qu'elle disparaissait déjà dans des gerbes de lumière.

Ainsi, les dés venaient d'être lancés et il était trop tard pour reculer, si tant est que nous en ayons eu envie.

* * *

Camus

Un vent violent fut la première chose qui nous parvint, nous giflant, ou plutôt nous fouettant le visage pour nous agresser dès notre arrivée. Il était froid mais cela ne m'impressionnait guère car nous étions loin de nous trouver en Sibérie! Pourtant, l'endroit n'avait rien d'accueillant, ni de repoussant, lorsqu'on ni jetait qu'un regard.

Nous nous étions téléportés sur une petite île qui était reliée à une autre, si vaste que l'on n'arrivait pas à en délimiter les contours, ce qui ne m'étonnait guère. Arès et ses troupes devaient avoir besoin de beaucoup d'espaces et je me demandais subitement, qu'est-ce que ferait un marin qui accosterait là par inadvertance.

Je jugeais ma propre réflexion stupide et secouais la tête. J'avais d'autre chose à penser que cette situation qui n'avait du jamais se produire, tout d'abord parce que le naufragé n'aurait rien eu à craindre tant qu'Arès était absent et ensuite, si jamais ce dieu maléfique se trouvait sur son domaine, et bien, son cosmos éloignait tous les bateaux. Mais enfin, n'avais-je pas d'autres choses à penser?! Mais j'étais ainsi. Il fallait que je pense à un autre sujet que les combats que j'allais mener pour pouvoir être en de bonnes conditions quand un ennemi surgirait sous mes yeux.

Le vent qui soufflait formait de petites vaguelettes sur la mer et qui venaient parfois lécher le ponton, qui était posé sur l'eau. C'était étrange, car il n'avait pas l'air bien solide tant il remuait. Mais c'était le seul moyen de rejoindre le Monde d'Arès et des guerres, alors autant ne pas traîner.

Je crois que Shaka avait tenu les mêmes réflexions que moi, car il marchait déjà d'un pas décidé vers les instables planches de bois, Athéna et Shura venant juste derrière. Je voulais m'engager en dernier, pour fermer la marche et être sûr que quelqu'un d'observateur montrait bien la garde et je m'étais senti tout désigné pour se rôle. Hyoga passa en avant dernier, sans doute parce qu'il ne voulait pas être séparé de moi.

Depuis mon retour, je sentais qu'il s'attachait de plus en plus à ma personne et je craignais que cela ne lui cause plus de tort que de bien. Si je venais à mourir, s'en remettrait-il? Oui, parce qu'il y serait obligé mais une nouvelle blessure achèverait de le mettre à terre. De toute manière, je ne comptais absolument pas perdre la vie aujourd'hui et alors que j'avais observé le levé de soleil à peine quelques minutes, je m'étais promis, tout comme mes frères d'or, d'assister aussi au couché. Je n'avais pas le droit de faillir à la parole que je leur avais donné car même si elle n'avait pas été exprimée à haute voix, elle était pourtant bien présente, gravée en chacun de nous.

J'évoluais lentement sur le ponton qui bougeait à cause de dix-neuf personnes passées avant moi et je tentais tant bien que mal de garder mon équilibre. Je n'avais strictement aucune envie de faire un plongeon avant d'arriver à Azura... je n'aurais en effet pas eu très bonne allure. Hyoga se retournait de temps à autre pour voir si je suivais bien mais je lui répondais invariablement d'un signe de la main pour lui montrer qu'il devait continuer à évoluer sur ce bois mouillé et peu solide.

Puis, j'ai enfin touché terre et j'ai immédiatement senti la différence. L'ambiance n'avait plus rien à voir avec celle que j'avais cru ressentir sur l'îlot d'en face. L'air semblait empoisonné par des ondes étranges et maléfiques et il régnait presque comme une odeur de souffre des collines terreuses qui s'élevaient devant nous, nous empêchant de discerner l'horizon. Je n'avais donc pas encore une idée précise du lieu mais je devinais sans peine ce qui se cachait derrière ces remparts naturels... enfin, j'attendais avant de pouvoir me prononcer.

Les pentes étaient abruptes et je vis Aioros proposer son aide à Athéna pour monter alors qu'Aiolia, qui se trouvait depuis le début de la matinée non loin d'elle, faisait de même pour Nikè. L'éminence des affrontements prochains ne nous faisait malgré tout pas perdre notre galanterie.

Il me parut que l'escalade ne dura pas très longtemps en comparaison de la hauteur des collines et lorsque j'arrivais au sommet, déjà prêt à retenir mon souffle d'horreur et à dévaler la pente qui me mènerait plus profondément dans l'île, mais je restais sans voix.

Des landes, des landes à perte de vues. Uniquement une étendue des hautes herbes, qui devaient bien m'arriver jusqu'à la taille. Il n'y avait que cela et pas une forme de vie, pas un bruit hormis celui du vent qui faisait plier doucement cette végétation, pour prouver que quelqu'un habitait ce lieu. A gauche, à droite, devant... oui, on n'apercevait que des landes. Mais alors... ou se trouvait Arès? Je m'étais imaginé arrivant dans un désert ou la terre aurait été sèche, rocailleuse, ou l'on aurait entendu des cris barbares surgissant de nulle part, mais non. Seul le silence se faisait notre compagnon alors que nous descendions tous dans cette vaste mer verte.

Les deux déesses qui nous accompagnaient étaient loin de trouver cela pratique, car, étant plus petite que nous, l'herbe leur arrivait presque aux épaules, tout comme aux Bronze Saints.

-Qu'est-ce que c'est que cet endroit! s'écria Aphrodite alors qu'il avait cru marcher sur quelque chose et avait fait un bond en avant, prêt à combattre.

Masque de Mort s'était mis à rire et le chevalier des Poissons l'avait mal pris. Ils commençaient à se chamailler quand Dohko leur imposa le silence d'un regard foudroyant. Pour ma part, je me fixais sur mon sens de l'ouïe, qui, à mon avis, se révèlerait le plus pratique dans cet endroit.

-Vers ou nous dirigeons-nous? interrogea Milo qui ne voyait pas l'intérêt d'avancer si l'on allait finalement nulle part.

-Vers Arès, répliqua Saga en le regardant.

Le chevalier du Scorpion acquiesça et s'enferma de nouveau dans son silence.

Je sentais que la tension monter au sein de notre groupe et je m'attendais à tout moment à découvrir une vague de Berserkers se précipiter vers nous. Mais il n'en fut rien et on aurait dis que cette attente n'était faite que pour nous donner des palpitations et fatiguer nos nerfs. Si c'était ce qu'ils avaient en tête, c'était très réussi.

J'effleurai du bout des doigts mon armure d'Or, neuve, plus magnifique que je ne l'avais encore j'avais vu et mon regard se dirigea ensuite vers Mu. Il avait fait un travail formidable mais devait à présent être épuisé. Il n'avait pas eu le temps de se reposer depuis des jours et je vis, dans la récente lumière du jour, des cernes noirs se dessiner sous ses yeux. Je savais qu'il comptait parmi les chevaliers les plus puissants mais je craignais que tout ce travail ne l'ait affaibli. Mais c'était un homme plein de ressources, il l'avait prouvé à de multiples reprises, et je n'avais pas à m'en faire pour lui. Je n'avais qu'une seule personne à protéger, Athéna.

Je hochai la tête alors que j'entendis devant moi un cri.

Je relevai précipitamment la tête alors qu'Aiolia pointait son index vers l'horizon. Que se passait-il? Quelqu'un déferlait-il sur nous? Je m'avançais en courant pour rejoindre la première ligne et je découvris tout autre chose que ce à quoi je m'attendais. Loin, perdu entre le ciel et l'horizon, s'élevait un monument, quelque chose qui avait l'air gigantesque et...

-L'entrée d'Azura, déclara Shaka en élevant à peine la voix pour que nous puissions l'entendre.

Athéna arriva à notre niveau après avoir réussi à se frayer un chemin parmi les hautes herbes. Elle hocha la tête, l'air de dire qu'il n'y avait plus de temps à perdre. Je me doutais que l'île était encore plus grande que je me l'étais imaginé et qu'elle devait receler de coins ou l'on pourrait nous tendre des pièges et autres embuscades.

Plus nous avancions, plus le monument que nous avions entre aperçu se faisait grand, voire gigantesque. Il s'agissait d'un temple, extrêmement vaste ou s'élevait juste devant plusieurs dizaines de marches. Il était blanc et le marbre avait sans doute été récemment poli. J'avais l'impression qu'il était très bien entretenu alors que je commençais à monter sur l'immense perron, avec, à mes côtés, Hyoga et Aldébaran.

Des torches avaient du être éteintes à peine quelques minutes avant notre arrivée, ce qui prouvait bien que l'on nous attendait et que l'on avait remarqué notre présence. Mais comment ne pas s'apercevoir de notre intrusion avec les cosmos que nous dégagions.

A présent, Saori ouvrait la marche, encadrée par Shaka et Dohko et suivi de près par Saga et Shura.

C'est ici que tout commençait, me dis-je, alors que j'étais arrivé en haut de marches et que je m'apprêtais à passer entre les très hautes colonnes.

Je levai la tête et vis les armes qui se trouvaient sur la façade. Celles d'Arès évidemment. Sur les côtés, s'élevaient deux gigantesques statues le montrant, tout d'abord, sa fidèle épée à la main et monté sur l'un des chevaux que Zeus, son père, lui avait offert en des temps reculés, et ensuite, avec une tête qu'il tenait par les cheveux. Cette représentation avait un côté si réaliste que je vis Aphrodite réprimer un frisson et, si je n'avais pas été si impassible, je crois que j' en aurais fait de même.

Nous étions plusieurs à notre être arrêtés pour observer ce qui nous entouraient tant tout paraissait démesuré, non pas dans la taille, non, la Chambre Sacrée était, elle aussi, immensément vaste, mais dans la folie. Il régnait une odeur de barbarie de violence qui me montait aux narines. C'était un phénomène inexplicable, mais des ondes de peur me parvenaient, m'envahissaient. J'entendais presque des murmures, des supplications venir à mes oreilles et me glacer le sang, me coupant le souffle et rendant ma langue incapable de fonctionner. Mais je n'étais pas facilement impressionnable et je décidais d'avancer, comprenant ce qui venait de se produire. Depuis tout à l'heure, ce n'était pas le bruit du vent pliant les hautes herbes sur son passage que l'on distinguait, non, on aurait dis comme des chuchotements de personnes à l'agonie... c'était épouvantable. Le mot me parut parfaitement convenir à la situation alors que j'avançais au centre du temple, sans pour autant perdre mon apparente indifférence.

Un immense escalier recouvert d'un tapis de velours rouge s'élevait vers un autre étage, et des immenses portes de Bronze, qui n'avaient pourtant rien à voir avec celles d'Athéna, s'élevaient devant nous. Elles étaient gravés de scènes de combats sanglants et je vis que les chevaliers de Bronze détournèrent les yeux. Non, décidément, tout ceci recelait d'une extrême violence et j'étais loin d'apprécier. Je m'étais attendu à beaucoup de chose, mais pas à cela, du moins, pas à ce point.

Tout autour de moi n'était que poison et je fermais brièvement les yeux pour me rappeler notre Sanctuaire. C'est alors que dans les ondes de douleurs et de lamentations que je percevais, je sentis autre chose, comme une aura, douce, calme, paisible... à l'image de notre déesse. Malgré l'endroit ou nous nous trouvions, elle trouvait le moyen de nous prodiguer sa lumière bénéfique et de nous redonner courage.

C'est alors que partout dans la salle s'éleva un rire, un rire ironique, froid, sarcastique et profond.

Je cherchais des yeux qui était le responsable de cette soudaine intrusion dans notre silence et me préparait déjà à combattre. J'entendis de lourds bruits de pas, métalliques, sans doute à cause de l'amure que la personne portait.

Les immenses portes de Bronze s'ouvrirent alors brutalement, allant même jusqu'à claquer contre les murs, livrant passage à un homme à la stature plus qu'imposante et qui n'était pas s'en rappeler Aldébaran. Tout notre groupe retint son souffle alors qu'il se dirigeait vers nous, seul. Il se remit à rire en nous voyant et nous toisa un à un, arrêtant finalement ses yeux sur Saori.

-Athéna, je suppose, dit-il. Arès a hâte de vous recevoir.

Nouveau rire.

-Très bien, je vous que vous êtes en nombre réduit... et cela ne suffira certainement pas à nous amuser.

-Ne t'as-t-on jamais appris que les apparences sont trompeuses. La qualité vaut mieux que la quantité, ignare! fit Seiya, juste à côté de moi alors que je sentais son corps nerveux vibrer sous son armure.

-Sale gosse! répliqua le géant, sans pour autant bouger d'un pouce. Je te ferai ravaler tes paroles dès que j'aurais rempli ma mission. Je suis Procuste, de l'hospitalité... enfin, façon de voir!

Il éclata d'un rire de gorge vulgaire et mal venu, simple reflet de sa propre personne à mon sens. Je ne l'observais que du coin de l'oeil, car je me demandais si nos ennemis, espérant que nous fixerions notre attention sur lui, ne nous auraient pas tendu un piège. Étais-je trop soupçonneux? Non, je ne pensais pas, mais tout bonnement prudent.

Seiya grimaça mais je lui pris le bras pour lui indiquer que ce n'était pas le bon moment pour se laisser aller à son caractère emporté. Lorsqu'il croisa mes yeux et leur expression glacée, il resta interdit et se détourna de moi, ayant parfaitement reçu le message.

-Procuste... commença Athéna en s'avançant d'un pas devant nous tous.

Ce geste ne fut pas approuvé par Saga dont le corps se raidit soudainement. Dohko aussi aurait préféré qu'elle reste près de lui car la montagne humaine qui se trouvait sous nos yeux avait sur le visage un air particulièrement cruel et presque... oui, il me semblait bien que ce mot convenait parfaitement, affamé. Seule Nikè semblait approuver cette initiative.

-Dis-moi comment rejoindre ton maître? Quel est le chemin pour atteindre son temple? continua Saori, pas le moins du monde troublée, du moins en apparence, par le physique repoussant du géant.

Celui se mit à rire de nouveau et il essuya le léger filet de bave qui coulait de sa bouche du revers de son bras. Il était écoeurant et Shun dut détourner les yeux quelques secondes pendant qu'il faisait cela.

-Si vous croyez que vous pouvez demander à le voir et que vous y serez directement conduis, je ne sais pas de quel monde vous sortez!

-Pas du votre en tout cas, déclara Aioros avec un sourire mi-agacé, mi-ironique.

Procuste fronça ses énormes sourcils roux et fixa de ses yeux le chevalier du Sagittaire. Il ne releva pourtant pas la pertinente remarque, car il devait se dire, on le voyait à son expression, qu'il s'occuperait du cas de cet homme en même temps que de celui du "sale gosse" de tout à l'heure.

-Bref, je n'ai pas tout mon temps aussi, réfléchit à voix haute Procuste avant de s'adresser de nouveau à nous. Ici, vous vous trouvez dans ce qu'on appelle "L'Atrium" et il s'agit de l'entrée du Monde d'Azura, du Monde des Combats en réalité. Le territoire est si grand qu'on le compare souvent, entre nous, à la Crète, mais il doit en fait en représenté seulement un quart, voire la moitié... c'est déjà bien assez grand pour vous, remarquez! Bon, toujours est-il que le palais dans lequel vous vous trouvez est une sorte de mise en garde, car qui rentre ici doit se préparer à des luttes et des tourments éternels. Le repos n'existe pas chez nous. Le seul moyen de s'échapper d'ici est de vaincre tout le monde, ce qui est impossible maintenant que l'empereur Arès s'est réincarné en encore plus puissant que la dernière fois.

Il se remit à rire. J'étais presque gêné pour lui mais je ne savais pas vraiment pourquoi.

-L'Azura est séparé en quatre domaines: celui de la Violence, celui des Guerres, celui des Carnages et celui de la Barbarie. Dans chacun de ces domaines, se trouvent une armée de sa majesté Arès, composés à chaque fois de vingt hommes, deux commandants et un empereur qui a reçu, généralement, de la main même de notre Seigneur, la Couronne d'Herbes, de Lauriers autrement dit, celle des guerriers les plus valeureux. Ils vous sont, tous quatre, environ mille fois supérieur.

-Qui était Nérée? interrompit soudainement Saga, qui s'interrogeait sur la valeur de la personne.

-Ce n'était qu'un simple soldat, l'équivalent de vos chevaliers de Bronze, je crois... Notre dieu n'aurait jamais du lui faire confiance, mais qui êtes-vous donc pour le connaître? Seriez-vous celui qu'il l'a mis dans son état actuel?

Saga hocha lentement la tête, un sourire narquois aux lèvres. Procuste grimaça légèrement et un rictus lui déforma les traits. Durant un bref instant, il n'avait plus rien eu d'un être humain.

-Je n'ai pas fini mes explications et j'aimerais ne plus être interrompu. Au bout de chaque domaine se trouve un temple dans lequel évolue l'empereur et ses deux commandants, si vous réussissez à les abattre, chose impossible, vous accèderez au temple principale et à la salle du trône, ou, évidemment, se trouve notre dieu et maître à tous, Arès.

Mais la simple hypothèse qu'il voit l'une de vos affreuses faces ne l'effleure même pas car, non seulement nos capacités sont supérieures aux vôtres mais nous sommes revêtues des armures les plus puissantes de monde: Les Cuirasses. Et comparez à vos vêtements de protection qui ont subi mille périples dans l'Hadès c'est comme si vous vous jetiez dans notre piège!

Mu ne put s'empêcher de rire, mais cela n'avait aucune comparaison possible avec celui de Procuste. Non, le chevalier du Bélier paraissait réellement amusé et aussi très ironique. Je souris moi aussi, en songeant que les Berserkers allaient avoir une excellente surprise!

Je m'attardais ensuite quelques instants à la découverte de son armure. J'aurais juré qu'elle était en or mais que du sang, oui, des litres de sang liquéfiés y étaient emprisonnés. Visiblement, tous les autres aussi avaient remarqué les matériaux dont étaient fait la Cuirasse de Procuste.

-Oui, dit-il enfin, en s'amusant sans doute de notre ignorance. Il s'agit du sang de nos victimes que nous utilisons pour réparer nos armures.

Une vague de froid, qui, pour une fois, ne provenait pas que de moi, envahit la pièce. Nous ne devions cependant pas lui montrer que nous étions impressionnés -plutôt horrifiés même!- par cette révélation.

-Et toi, Procuste, de quelle grade fais-tu parti? demanda Kanon qui le jaugeait sans doute.

-Serais-tu obsédé par les grades? demanda Procuste en confondant Kanon avec son jumeau.

Il remarqua alors soudainement qu'il y avait deux hommes aux visages identiques et sursauta. Deux chevaliers des Gémeaux... il n'avait jamais entendu parlé de cela, et pourtant, il se tenait informer de tout! Comment Athéna avait-elle fait pour créer une seconde armure Gemini? Il secoua la tête, croyant être en proie à une hallucination et Saga paraissait s'amuser de la scène. Il échangea un regard avec Kanon qui ne se dépareillait pas de son un air ironique. Je devinais sans peine le plaisir qu'il devait avoir à être considéré comme un véritable défenseur d'Athéna. C'était un véritable honneur que d'être reconnu parmi les chevaliers de l'Espoir.

Procuste eut une toux caverneuse qui me fit sursauter et je détournais de nouveau mon regard sur lui.

-Je ne suis malheureusement qu'un soldat, mais c'est bien suffisant pour terrasser au moins dix d'entre vous!

Il fonça alors sur nous, comme un boeuf enragé aurait chargé des agneaux avant que nous n'esquivions tous. Shura avait juste eu le temps d'attirer Saori à lui pour la sauver et Milo avait fait de même pour Nikè. Elles auraient sans doute pu être plus rapides si elles n'avaient pas été perdues, l'une comme l'autre, dans leurs réflexions.

Procuste s'était élancé entre nous, nous scindant en deux, mais cela n'avait guère d'importance. Sa cosmo-énergie était très loin de la nôtre mais je le jugeais malgré tout capable de tenir tête à l'un d'entre nous pendant quelques minutes. A condition que nous ayons eu du temps à perdre...

La montagne humaine revint à la charge, tel un animal en colère, et son regard ne ressemblait plus à celui d'un homme. Un léger filet de bave coulait du coin de sa bouche alors qu'il s'apprêtait à écraser celui qui aurait le malheur de se trouver sur sa route. Mais il fut arrêté dans sa course, ou plutôt freiner. A notre plus grande stupéfaction, il n'était pas très bavard et particulièrement discret ces temps-ci, Aldébaran avait saisi notre ennemi aux épaules, glissant avec lui sur plusieurs mètres.

Procuste avait visiblement trouvé un adversaire et son sourire s'agrandit encore sur son visage gras. Il me dégoûtait mais mon impassibilité me permettait de ne pas le faire voir. Me cacher derrière un masque de glace était devenu pour moi comme une protection dont je ne savais plus me passer. On jugeait souvent mes émotions comme glacées mais rare étaient ceux qui pouvaient se vanter de savoir si ma nature n'était finalement pas plutôt passionnée.

-Allez en avant! tonna une voix près de moi.

C'était Aldébaran qui nous intimait l'ordre de gagner du terrain.

-Partez tous pendant que je tiens celui-là, je vais le retenir et j'en fais mon affaire!

Le chevalier du Taureau avait crié sans même se détourner de notre agresseur. Il fixait tous ses sens sur lui, l'immobilisant pour quelques instants. Je compris qu'il n'était pas temps de discuter pendant des heures et qu'il nous fallait avancer. Pendant que nous restions interdits à observer Aldébaran, des personnes mourraient, et c'était intolérable.

Je donnais alors une tape sur les épaules de Seiya, de Hyoga et de Shun, qui restaient à regarder le spectacle qu'offrait ces deux géants et ils parurent se réveiller, s'animer de nouveau.

-Pas de temps à perdre, mes enfants, leur dis-je en partant en courant devant eux.

Tout le monde traversaient à une vitesse hallucinante les portes de Bronze, trop impatients et anxieux de ce que nous allions découvrir au sortir du vaste Atrium. Seule Athéna s'attarda un instant de plus et ce fut Dohko qui l'empoigna par la main pour la faire avancer.

-Fais attention! l'entendis-je crier au chevalier du Taureau.

Elle venait de perdre son premier combattant, ou tout du moins, de le laisser derrière elle car Aldébaran était loin d'être mort. C'était une séparation douloureuse car elle ne savait pas si elle le reverrait ou nous... Procuste avait beau être plus faible, nul ne prétendait connaître ses attaques, ni peut-être, les surprises qu'il réservait. Mais nous n'avions pas le loisir d'y penser. Nous étions des chevaliers et nos coeurs avaient perdu la capacité de s'émouvoir, du moins, durant les batailles.

Mais j'étais heureux de constater que ce n'était pas le cas d'Athéna qui ne s'endurcissait pas au fil des combats. C'était une bonne chose, car cela nous prouvait qu'elle tenait à nous, ce dont je n'avais encore jamais douté. De notre côté, nous savions tous que les sacrifices étaient parfois nécessaires et qu'il y en aurait sans doute aujourd'hui même.

C'était ainsi et, pour ma part, je n'acceptais pas cela comme une fatalité, non. Beaucoup pensait de moi que j'étais une personne fataliste, mais la réalité était tout autre. J'étais fier d'offrir mon existence pour la justice et pour les hommes et si ma mort pouvait servir à aider des millions d'être humains, alors, tout ce que j'avais fait n'aurait pas été inutile et ma vie prendrait sa justification. Mourir pour les autres... tel était le destin réservé à Athéna et à ses chevaliers.

* * *

Shun

Nous courions tous avec rapidité sur les vastes dalles de marbre de l'Atrium, comme l'avait appelé Procuste et nous n'avions pas le droit de nous arrêter. Ce n'était pourtant pas l'envie qui m'en manquait alors que j'entendais les bruits de la bataille qui faisait rage derrière moi. Parfois même, alors que nous évoluions tous entre les gigantesques colonnes qui soutenaient le temple, des éclats de lumière nous éblouissaient pendant quelques secondes.

Je craignais qu'il n'arrive quelque chose à Aldébaran. Je ne le connaissais pas très bien, mais je savais qu'il était un homme brave et qu'il ne méritait pas le châtiment suprême. Mais j'avais aussi assez confiance en lui pour ne pas me retourner. Il réussirait.

Je serrais dans ma main la pointe triangulaire de ma chaîne nébulaire alors que devant moi se dessinait peu à peu une immense porte ouverte. Comme tout le monde, j'accélérais sur les derniers mètres, trop heureux de me mettre hors d'atteinte des cris qui s'élevaient dans l'entrée. Je n'avais pas songé que ce temple pouvait être aussi grand et je n'avais malheureusement pas pu voir à quoi ressemblait l'intérieur.

-La sortie! cria Aiolia en s'engouffrant dans le cadre de clarté que provoquait le contre jour dans l'ouverture de la porte.

Je le talonnais et le suivis de prêt dans sa course vers l'extérieur. Je fermais les yeux quelques secondes et je me demandais si j'oserai les rouvrir un jour.

-Ca ne change pas tellement du reste! fit la voix de Saga, devant moi.

Je battis des paupières pour découvrir... des landes! Encore des landes mais... si l'on se concentrait bien oui, les terribles chuchotements d'agonisants que j'avais perçu tout à l'heure n'étaient plus. Je respirais avec plus de facilité et observais mes compagnons.

-Ou sont les entrées des quatre domaines? interrogea Nikè et en s'approchant d'Athéna.

-Je n'en ai pas la moindre idée mais nous ne pouvons pas reculer... nous les trouverons sûrement en marchant, répliqua notre déesse avant de se tourner vers le reste du groupe, sans doute pour vérifier, comme je l'avais fait avant elle, que tout le monde était bien là.

-Attendez! s'écria soudainement Dohko, nous faisant tous sursauter tant nos nerfs et nos sens étaient en alertes. Tendez bien l'oreille et dites-moi...

Il coupa sa phrase alors que le silence tombait sur nous. Seuls des cris du combat qui se déroulait dans l'Atrium nous parvenaient étouffés de temps à autre. Je fermais les yeux, cherchant à ne plus faire qu'écouter. Je respirais à peine, pour ne pas me gêner moi-même et je crois que je fus le second à entendre ce que le Vieux Maître... non, je ne devais plus l'appeler comme cela, le Grand Pope voulait nous faire découvrir.

De l'eau. De l'horizon venait un bruit d'eau, assez puissant puisque nous le percevions de là ou nous étions.

-Oui, fis-je, il n'y aurait donc pas que des landes.

-Des étendues d'eau! s'exclama Milo.

-Il n'y a pas une seconde à perdre, décréta Shura.

-Je savais qu'après 250 ans passés près d'une cascade, je ne pouvais pas me tromper sur ce bruit! fit triomphalement la voix de Dohko devant moi.

Je les suivais tous, alors que je me préparais mentalement à mes futurs combats. Je me sentais un peu perdu ces derniers temps, perdu mais heureux. J'étais bien vivant, Athéna était revenue à la vie et nous coulions des jours tranquilles jusqu'à... Arès! Cette annonce m'avait fait l'effet d'un coup de massue.

Évidemment, je n'avais pas refusé de faire mon devoir, au contraire, j'avais insisté pour que Saori accepte de nous emmener avec elle, car une bataille ne pouvait pas se faire sans nous, les chevaliers de Bronze! Mais malgré tout, je ne m'y étais pas attendu. J'avais innocemment, non, naïvement cru que tout était terminé, que la mort du terrible Hadès avait clôturé les Guerres Saintes et voilà que nous nous engagions dans une autre aventure ou nous allions risquer nos vies.

J'aspirais tant à la paix, du corps comme de l'âme... mais je savais aussi, comme mon frère Ikki me le répétait souvent, que celle-ci s'achetait malheureusement au prix du sang et de nos efforts. Et la race humaine comptait sur nous, sur notre courage et sur notre vaillance. Je devais me montrer digne de la confiance qu'ils avaient mis en moi, mes frères, mes aînés les chevaliers d'Or et, évidemment la déesse Athéna.

Et Nikè? Elle ne me connaissait pas très bien, et, depuis son arrivée, avait surtout fréquenté les Gold Saints, c'était normal. Et puis, je n'étais pas souvent au Sanctuaire, pas plus que Shiryu ou Seiya. Nous voulions redécouvrir le monde, le regarder avec des yeux d'homme, je n'osais pas dire d'enfant car nous ne le pouvions malheureusement plus, plutôt qu'avec ceux d'un chevalier. Nous avions eu quelques semaines pour cela, mais pas assez à mon goût.

Et puis, les premières semaines après notre retour avaient été mal aisées car Saori n'était plus là et nous la croyions morte. Au fond de moi, je me souvenais bien que j'avais toujours eu espoir de la voir resurgir des ténèbres et ma foi en elle avait été exaucée, récompensée. J'avais toujours su qu'elle n'était pas de ceux qui abandonne. Elle était Athéna, tout simplement. J'avais versé des larmes de joie sur son retour, et à ce moment seulement, j'avais commencé à profiter de l'existence, et je m'étais surpris à envisager un avenir.

Peut-être que je rentrerais quelques temps sur l'île d'Andromède pour la reconstruire avec June, que je partagerais ma vie entre le Japon et la Grèce... mais toutes ces belles idées avaient été avortées, par un nouveau combat. Et je ne savais pas si je serai mort ou non ce soir. Ou pire encore, si l'un de mes frères perdraient la vie! Ou si Saori elle-même disparaîtrait? Non, je secouais la tête, cela ne devait pas arrivé. Je n'avais pas le droit de me laisser aller à toute ces pensées car elles ne feraient que me déconcentrer et risqueraient même de me gêner durant mes combats.

Je soupirais et Mu se retourna, l'air encourageant.

Nous courions à présent tous de nouveau, trop pressés pour échanger la moindre parole, trop anxieux pour en avoir envie aussi. J'avais l'esprit si bien occupé avec mes habituelles réflexions qui précédaient une guerre, que je ne vis pas immédiatement les étendues d'eau qui se trouvaient devant moi.

Je clignais des yeux. Cela ressemblait beaucoup plus à des rivières, que disais-je, des sortes de fleuves, qu'à de simples plans d'eau. Ces fleuves prenaient pied devant nous et devaient conduire jusqu'au palais d'Arès, j'en avais la conviction. Mais... cette eau, oui, n'était pas uniquement bleu. Quelle horreur! Il était aussi teinté de rouge et, plus légèrement de noir, et ces deux couleurs se mêlaient ou bleu si pur, le souillant, l'endommageant.

C'était écoeurant et je ne voulais même pas envisagé ce que c'était.

-Ah! Mais c'est répugnant! C'est... pouah! Du sang! s'écria Aphrodite, car il ne s'était jusqu'alors pas encore approché des fleuves et n'avait donc pas pu les voir. Mais ils ne nettoient jamais ici?!

Il porta alors une main à sa bouche. Malgré le terrifiant de la situation, je ne pus m'empêcher de sourire à ce que disait le chevalier des Poissons. Et dire que nous combattions maintenant côte à côté, nous qui avions été ennemis, qui nous étions mutuellement ôtés la vie... nous étions à présent réunis devant ce courant de sang et d'autres choses putrides qui y flottaient. Ce qui avait coloré cette eau me fit frémir et je détournais le regard, comme Aphrodite qui recula de quelques pas, cherchant à se tenir à distances de ces immondices.

Au bout d'un bref instant, nous ne pouvions pas nous laisser aller à notre contemplation plus longtemps, Shaka nous tira de notre semi-conscience. Il avait eu moins de mal que nous à décrocher son regard des fleuves et pointa son index vers les trois courants de sang.

-Il y en a trois, ce qui veut dire qu'ils doivent séparés l'île en quatre... les quatre domaines. Je crois que c'est ici que nous devons nous séparer.

-Nous séparer? répéta Hyoga qui ne s'attendait pas à une scission au sein de notre groupe.

Le chevalier de la Vierge acquiesça d'un hochement de tête.

-Nous devons faire des groupes et nous en aller chacun de notre côté, ainsi, nous aurons plus de chance de voir l'un d'entre nous arriver dans la salle du trône.

L'un d'entre nous?! Ces mots me terrifiaient car, si l'incroyablement puissant Shaka ne comptait que sur un survivant, nous pouvions redouter le pire! Les Berserkers étaient-ils si puissants? Je me souvenais bien avoir lu, il y avait de cela bien longtemps sur l'île d'Andromède, alors que je subissais encore mon entraînement, qu'ils avaient mis en difficulté les 58 derniers Saints qui les avaient affrontés, à un tel point que la distribution des armes de la Balance avait été nécessaire. Mon regard glissa imperceptiblement vers Dohko. Peut-être aurait-il à les donner; lui aussi.

Je me tordis les mains pour essayer de cacher ma nervosité et me tournais une nouvelle fois vers la réincarnation de Bouddha.

-Des groupes de cinq serait l'idéal. Même s'il manque Aldébaran, continua-t-il, prenant visiblement les opérations en main.

-Tout à fait, lui répliqua Dohko et un groupe aura malheureusement un handicap puisqu'il y aura un homme manquant.

Le grand Pope vint se placer près de Shaka et ils nous observèrent tous les deux.

-Êtes-vous certain qu'il s'agisse bien des quatre domaines? demanda Saori, un air inquiet sur le visage.

Shaka hocha la tête avant de s'éloigner en courant, ses longs cheveux blonds flottant au vent derrière lui. Que faisait-il? Il était parti à gauche du premier fleuve et tapa dans ses mains pour attirer notre attention à tous, maintenant qu'il était assez loin de nous.

-Domaine de la Violence, dit-il en pointant sa main vers le sol. C'est écrit sur une plaque de marbre et en lettres d'Or.

Comme sur une tombe, pensais-je immédiatement.

-Eh bien, cria Dohko en se servant de ses mains comme de portes-voix. Puisque tu y es, restes-y! Ce sera ton lieu de combats... tu l'as toi-même choisi!

Shaka esquissa un sourire et se tint bien droit, debout, attendant de voir quels compagnons on allait lui donner.

-Princesse Athéna, allez rejoindre le chevalier de la Vierge.

-Bien-sûr, mais je voudrais rester pour connaître chaque groupe.

Dohko accepta sa requête sans émettre la moindre difficulté avant de se tourner vers Shaka pour lui faire comprendre par des signes que la déesse serait avec lui. Celui-ci répondit par un signe de tête et des mains qu'il trouvait cela parfait et qu'il comptait bien sur cela depuis le début. Il fallait dire que c'était lui qui l'avait déjà accompagné partout dans l'Hadès.

Je ne savais pas pourquoi mais j'avais peur. Dans quel domaine serai-je? Je me sentais particulièrement anxieux, comme un enfant qui vit une angoisse irraisonnée et qui n'a pas lieu d'être. Mais je ne pouvais pas m'empêcher de craindre quelque chose. Je sentais probablement que le moment des affrontements se rapprochaient de nous, et que l'organisation des départs était le premier pas vers...

Je secouais la tête, tentant de penser à autre chose. Je balayais du regard tout le monde, pour me raccrocher à quelque chose et je croisais les yeux d'Athéna. Savait-elle lire dans mon âme? Cela en avait tout l'air. Ou plus simplement, elle endurait les mêmes tourments, les mêmes tracas que moi.

-Shun, dit-elle, viens avec moi. Je veux que tu sois dans mon groupe.

Je m'approchais doucement, n'osant pas y croire. Est-ce que Dohko était d'accord? Apparemment... j'eus un accès de joie intense à l'idée d'être proche de celle que je voulais tant protéger et cela me rassura un peu. Elle avait cherché ma compagnie sans doute parce que j'étais son miroir. Nous nous comprenions si bien et nous étions aussi inquiets l'un que l'autre, alors, pourquoi pas se regrouper ensemble?

Je courus vers elle pour la remercier de façon muette avant de rejoindre Shaka au pas. Comme il était impressionnant dans son armure! Était-il content que je sois avec lui? Non, cela lui était sans doute indifférent tant qu'Athéna nous rejoignait et qu'il pouvait veiller sur elle. C'était son unique préoccupation. Protéger Athéna et protéger la Terre.

C'était donc si simple pour lui, ne pensait-il pas à sa propre existence ou à celle de ses frères? Non, il était de son devoir d'oblitérer tout ce qui aurait pu le ralentir dans sa course vers Arès et je l'admirais. Et je me doutais que les autres chevaliers d'Or lui étaient semblables. Ils avaient de la chance, ou plutôt une maturité et une endurance que je n'aurais sans doute jamais.

Alors que j'observais la plaque de Marbre dont avait parlé mon compagnon de route je ne prenais plus garde à ce qui se passait autour de moi. On devait organiser les groupes... ou seraient mes frères? Je relevais la tête et vis Aioros et Saga à mes côtés. Ils étaient avec moi! Je tendis ensuite l'oreille pour me rendre compte de la situation. Dans le domaine voisin du notre, celui des Guerres, avait été affecté Milo, Aiolia, Masque de Mort et Hyoga. Ces quatre hommes avaient accepté d'avoir un handicap en se passant d'un membre.

Je tremblais déjà pour le chevalier du Cygne qui me fit un petit salut de la main. Il connaissait bien Milo, il n'était donc pas tout seul.

Dans le Domaine suivant, celui des Carnages, se trouvaient, Shiryu, Seiya, Kanon, Nikè et Dohko lui-même. Et enfin dans le dernier, celui des Barbaries avait été rassemblés Camus, Aphrodite, Mu, Shura et... mon frère Ikki! Comme nous étions loin l'un de l'autre. Pourvu qu'il ne lui arrive rien. Je savais qu'il comptait parmi les chevaliers les plus puissants ayant jamais existé mais cela ne m'empêchais pas de trembler à l'idée de ce qui pourrait advenir de sa personne.

Il eut, chose assez rare de sa part, un sourire qu'il m'adressa pour me rassurer. Il avait l'air de me dire "Accepte ton destin comme j'accepte le mien et ne me considère plus comme ton frère mais simplement comme un chevalier d'Athéna." Je hochais la tête alors qu'une brise paresseuse rida la surface des fleuves. Comment savoir si tout se passerait bien pour Ikki? J'avais pleinement confiance en lui et en sa force mais cela n'empêchait pas mes tourments de venir m'embrouiller l'esprit de questions: Le reverrais- je un jour? Tomberait-il sur des ennemis trop puissants? Ou est-ce moi qui perdrais la vie, nous séparant ainsi à jamais? Et mes autres frères? Qu'adviendraient-ils d'eux?

Comme pour couper court à toutes mes interrogations, je vis Saori. Elle avait l'air inquiet et parlait avec Dohko alors que chaque groupe se tenait devant la pierre tombale indiquant le nom du domaine. Ils n'y avaient plus qu'eux, au milieu de la plaine et il semblait lui préciser quelque chose que je ne pouvais pas entendre. Ils réglaient sans doute un dernier désagrément... je ne possédais pas la concentration nécessaire pour lire sur leurs lèvres, j'avais trop peur.

Je me tournais vers mes compagnons de voyage. Plus que quelques minutes, ou peut-être quelques secondes, et nous courrions tous vers l'étendue qui nous avait été assignée, vers le Destin. Je rencontrais leur regard un à un. J'étais le plus jeune et ils devaient sans doute essayer de me donner confiance en moi et en notre incertain avenir.

Saga observait Athéna et ne me prêta pas un regard, Shaka, que pensait-il?, se tenait toujours bien droit et ses yeux fermés semblaient fixer l'horizon ou était-ce moi qu'il regardait? Aioros lui, me sourit, il devait comprendre ce que je vivais, après tout, il n'avait qu'une année de plus que moi... comme tout ceci était étrange! Il posa une main assurée sur mon épaule et la serra entre ses doigts, pour me transmettre sa force. Il n'avait pas l'air apeuré, ni distrait, ce qui était loin d'être mon cas.

-...Shun?

-Oui?

-Tu ne devrais pas te tracasser ainsi avant un combat. Tu ne dois penser qu'à notre victoire prochaine et aux combattants qui vont perdre la vie en te rencontrant.

-Justement... je vais encore devoir tuer, murmurai-je alors que les derniers mots moururent sur mes lèvres.

-Ce sont des Berserkers, Shun, ils n'ont strictement rien à voir avec les hommes que tu as combattus jusqu'à présent. Ce sont des spectres, en tout bonnement plus sanglants et plus barbares. S'il arrive à déceler une faille dans ta carapace de chevalier, ils s'en serviront, et l'utiliseront comme arme contre toi. Ils ont beau être rude, ils ne sont pas stupides. C'est ce que m'avait expliqué mon maître... il y a bien longtemps de cela. Ait confiance en nous et en Athéna, c'est la seule chose qui te permettra de vaincre. Regarde tes frères...

Je m'exécutais sur son ordre, me laissant convaincre par cette voix douce qui me redonnait espoir.

Hyoga riait avec Milo -mais comment faisait-il?- Seiya et Shiryu paraissaient attendre impatiemment le retour dans leur groupe du Vieux Maître, non, de Dohko, et ils échangeaient quelques paroles alors qu'Ikki observait Shura qui lui expliquait quelque chose, une tactique sans doute, à en juger par leurs airs sérieux et graves. Ils étaient tous prêts, prêts à combattre, à vivre et pas à mourir.

Je compris enfin ce qu'Aioros essayait de me dire et je reportais mon regard sur lui. Je n'avais sous mes yeux qu'un garçon de mon âge environ, mais sa volonté, et sa foi en lui-même étaient redoutables. Je l'admirais déjà avant de le connaître, mais maintenant qu'il m'avait adressé la parole, je me sentais proche de lui. Il me donna une tape amicale sur l'épaule et se retourna vers Saga.

C'est alors que je remarquais que Saori étreignait une dernière fois les mains de Dohko, comme pour lui souhaiter bonne chance. Elle avait du lui fixer rendez-vous an temple d'Arès et j'étais, à cet instant, persuadé qu'il honorerait sa parole. Elle s'avança ensuite vers nous et Shaka, jusqu'alors perdu dans les limbes de son imaginaire, se retourna vers elle. Elle avait toujours sa statuette à la main, prête à la mettre quand le besoin s'en ferait sentir... mais ne serait-ce pas plus prudent que de la revêtir maintenant? Non, cela la gênerait plus qu'autre chose. Elle nous effleura du regard et sourit.

-Je crois qu'il est temps de partir, messieurs, nous avons déjà perdu assez de temps et...

Elle pensait à Aldébaran, je le savais. C'était sans doute cela le sujet de la conversation qu'elle avait tenue avec le Grand Pope. J'entendis alors comme des bruits de talons provenant d'à côté. Le groupe de Hyoga partait déjà en courant en nous faisant de derniers signes et nous fîmes de même car le temps était peut-être notre pire ennemi aujourd'hui. Je n'apercevais plus mon frère, son domaine étant beaucoup trop éloigné, ni Seiya et Shiryu.

-Bonne chance! hurla quelqu'un que j'identifiais comme Aiolia.

-A toi aussi, mon frère! rétorqua Aioros.

Leur fraternité était sans doute aussi solide que la mienne avec Ikki mais ils avaient l'air d'accepter leur devoir avec plus de sérénité que moi.

-A tout à l'heure!

-Courage!

-A tout de suite!

Des cris fusaient de partout et je crus distinguer la voix d'Ikki dans se brouhaha. Je détournais le visage qu'un vent léger me caressa et je sentis la main d'Athéna se poser sur moi, sur mon bras.

-Regarde droit devant Shun.

Était-ce un double sens? Évidemment. Je devais fixer mes yeux sur l'horizon, pour aussi longtemps que le combat et ma vie entière durerait. Droit devant.

Toujours droit devant.

6ième partie


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