Saga d'Arès

Episode 8: La Chute d'Athéna

© 2001 by Saori

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Aiolia

Ce cimetière commençait réellement à me mettre mal à l'aise car la brume qui y régnait était loin d'y être naturelle. Et, évidemment, je soupçonnais quelque d'y être pour quelque chose. Les arbres qui formaient d'immenses voûtes au-dessus de nous ne nous laissaient pas même entrevoir un rayon du soleil et j'aurais pratiquement juré que nous étions en pleine nuit si je m'étais promené sur cette île sans savoir ou je me trouvais. Et il n'y avait pas que le chemin que nous empruntions et les rangées de tombes qui l'encadraient qui semblaient envahis d'un épais brouillard. Mon esprit aussi paraissait en proie à une certaine somnolence qui n'avait rien de normale. Nous n'allions sans doute pas tarder à faire une bien mauvaise rencontre. Mais mieux valait que cela se déroulât rapidement, si possible tout de suite, car je n'allais pas tarder à me laisser sombrer dans l'hébétude qui m'envahissait.

-Eh! Aiolia! Reste avec nous! s'écria Milo en m'attrapant par les épaules et en plantant ses ongles dans la chair de mes épaules.

Je le regardais derrière des yeux à présent mi-clos et les rouvris brusquement. J'avais été sur le point de m'endormir! Ce n'était pas possible, je devais rêver! Comment pouvais-je penser au sommeil alors que je me trouvais sur le terrain d'Arès, à découvert et que n'importe qui pouvait surgir et m'attaquer!

-Milo mais... qu'est-ce qui m'arrive?

-La même chose qu'à nous, répliqua Masque de Mort d'une voix rendue pâteuse par son envie de se reposer.

Je jetai un coup d'oeil au chevalier du Cancer et remarquais que ses bras avaient été comme lacérés et étaient à présent rayés de rouge. Il n'avait pas été attaqué mais je devinais à quoi ces blessures étaient dues. Il se les était lui-même infligé pour rester parmi nous, se griffant vigoureusement les bras pour ne pas tomber dans ceux de Morphée.

Je hochai la tête. J'avais du mal à reprendre le fil de mes pensées et l'atmosphère qui nous entourait devenait de plus en plus sombre, comme si le ciel et la terre elle-même devaient obscures, se liguant ainsi contre nous et nous empêchant de voir à plus de quelques mètres devant nous. Tout était devenu indiscernable en à peine une dizaine de secondes et ce mélange de brume et de noirceur ne nous permettait à présent même plus de nous éloigner de plus d'un pas des un des autres.

Et ce sommeil qui m'envahissait, c'était incroyable, irrésistible mais je ne devais pas succomber à cette faiblesse. J'étais un chevalier d'Or et j'allais me ressaisir. Milo s'asséna lui même plusieurs gifles pour garder les yeux ouverts alors que Hyoga remuait la tête, balançant ses cheveux blonds dans tous les sens pour garder les pieds sur terre.

-Le Berserker qui nous fait subir ce traitement est des plus habiles, déclara le chevalier du Cygne en réprimant un bâillement.

-A mon avis, ajouta Milo, il n'est pas seul..., non. Je suppose qu'il doit y en avoir un pour ce subit changement d'ambiance et un autre pour cette crise aiguë de fatigue.

J'acquiesçais de nouveau alors que j'entendais Masque de Mort s'infliger de nouvelles griffures encore plus violentes que les dernières.

-On devrait faire quelque chose pour y voir plus clair, avançais-je alors que je me cognais par mégarde à une tombe. Nous sommes entrain de nous éloigner du chemin.

-Si seulement... je pouvais réfléchir un peu mieux, répliqua le chevalier du Scorpion en se tordant les mains avec force. Tout ce que nous sommes entrain de faire, c'est de nous faire mal tous seuls.

-C'est étrange, dis-je, parce que la sensation n'est pas désagréable. J'aurais personnellement imaginé une attaque violente et douloureuse mais...

Masque de Mort se figea soudainement. Il avait l'air de résister assez bien, comme nous tous car nous faisions des efforts louables, à l'incontrôlable envie de dormir qui nous assaillait.

-Écoutez, ils arrivent...

* * *

Le soleil était à présent voilé par d'épais nuages gris et un orage n'allait pas tarder à éclater. La noirceur dut à la profondeur des ravins, ajoutée à celle du ciel, rendait le paysage obscur et beaucoup moins accueillant qu'ils ne l'avaient cru. Sous la lumière du soleil, leur domaine leur était apparu comme magnifique et la nature sauvage les avait impressionnés, mais maintenant que la lumière du soleil ne caressait plus les pentes rocheuses, les montagnes et les gouffres prenaient des formes étranges et effrayantes, voire même lugubres.

Ils gravissaient maintenant un nouveau ravin. Shun et Aioros en premier, Shaka et Athéna après et, en dernier et juste un peu plus en recul, Saga. Ils gravissaient un mont vertical et qui les forçaient à utiliser toute la force de leur bras. Leurs muscles étaient tendus à l'extrême pour ne pas risquer de tomber et d'emporter les autres dans leur chute. Il fallait de plus accorder une attention supplémentaire à ce qu'ils exécutaient car les risques d'éboulement n'étaient pas à exclure. La tension montait peu à peu, comme si quelqu'un s'amusait à exciter leur inquiétude, à les laisser se torturer, imaginer que le pire allait survenir d'un instant à l'autre.

Saori était gênée par sa toge, qui l'empêchait de réaliser les larges mouvements qu'elle avait envie de faire mais elle n'avait pas vraiment le choix. Elle avait à présent glissé la statuette de son armure dans la fine ceinture de sa toge blanche, vérifiant au préalable qu'elle ne risquait pas de perdre son précieux trésor par cette manoeuvre. Elle se devait de prendre toutes les précautions avec son vêtement de protection, qu'elle ne revêtirait qu'au dernier instant, car il l'aurait encore plus encombré qu'autre chose si elle l'avait eu à cet instant. L'escalade n'était déjà pas très facile alors que le tissu de sa toge était léger, alors avec un vêtement de protection!

Elle songea qu'elle commençait à avoir particulièrement mal au bras. Mais elle n'avait pas le droit de se plaindre. Chacun accomplissait son devoir sans souffler mot des souffrances qu'il endurait et il n'était pas question de s'attarder à gémir pour un quelconque mal de bras. C'était véritablement le moindre des maux qu'elle ressentirait durant tout le trajet qui la séparait encore de son ennemi. Pourtant, elle devait reconnaître que ses quatre guerriers allaient trop vite pour elle et que le rythme à suivre s'accélérait sans cesse.

Et puis, il y avait bien autre chose. Comme une puissance mystique qui la forçait à se retourner de temps à autre, vers le fond du précipice. Elle avait la sensation qu'en bas, là ou l'immense montagne qu'ils gravissaient prenait pied, se tenait quelqu'un. Elle l'imaginait à demi caché dans la pénombre que la disparition progressive du soleil provoquait, un demi-sourire aux lèvres, prêt à s'élever dans les airs, à les poursuivre en gravissant avec agilité la rocheuse.

Cette seule pensée la faisait frissonner, mais les images qu'elle se faisait de ce mystérieux Berserker devenaient de plus en plus précises, au point qu'elle se demandait s'il n'existait pas réellement. Son infaillible sixième lui confirmait chaque seconde un peu plus et les attitudes de ses compagnons ne faisaient que renforcer son inquiétude.

Elle se retourna une nouvelle fois vers Saga. Elle avait peur de voir une main surgir du noir pour attraper la cheville du chevalier des Gémeaux et l'entraîner dans une chute et une bataille qui s'avérerait peut-être mortelle. Celui-ci lui sourit en voyant son visage empreint d'anxiété. Il n'aimait vraiment pas la voir ainsi.

Elle se détourna ensuite de son regard pour se fixer de nouveau sur la lente montée que représentait cette rocheuse. Sans comprendre pourquoi, l'ascension lui apparaissait comme de plus en plus pénible. Elle voyait bien le haut de la montagne arriver, mais ses propres muscles commençaient à lui faire défaut. Ou bien était-ce autre chose?

Il lui paraissait qu'un poids l'écrasait de plus en plus fortement, comme une pesanteur venue pour la ralentir et... elle sentit ses mains se mettre à trembler. Non, il ne fallait vraiment pas que ces dernières lui fassent faux bond. Pas maintenant et surtout pas ici! Et pourtant, la pression qui s'exerçait sur tout son corps devenait puissante, comme si l'on appuyait quelque chose sur elle. Est-ce que tout le monde avait remarqué ce changement subit d'atmosphère ou était-elle la seule à qui se phénomène arrivait?

Elle n'avait de toute manière plus le loisir d'ouvrir la bouche tant elle sentait que cela lui aurait volé de l'énergie nécessaire à la résistance contre cette subite emprise. Ces chevaliers aussi avaient l'air plus essoufflés et plus chancelants que d'ordinaire. Quelques minutes auparavant, ils étaient encore tous entrain d'évoluer sur cette paroi avec toute la rapidité dont ils étaient capable et maintenant, ils escaladaient à pas lents et incertains.

-Qu'est-ce qui est entrain de se produire? interrogea avec une certaine rage Aioros.

-On dirait bien qu'un Berserker vient de nous trouver et désirer nous rencontrer. Seulement apparemment, il est en bas et nous en haut, répliqua Shaka et se cramponnant à la pierre et en levant son visage vers le chevalier du Sagittaire, qui se trouvait juste devant lui.

Des gouttes de sueurs perlaient sur le front de chacun mais ils ne pouvaient pas les essuyer. Bouger un seul doigt aurait signifié tomber en arrière sur des dizaines et des dizaines de mètres et aucun d'eux ne souhaitait prendre ce risque. Ils étaient immobiles alors que la pression les écrasait, les broyait presque et Shun poussa un gémissement de douleur. L'opération faisait terriblement souffrir au bout d'un moment et il fallait une grande capacité de résistance pour maintenir sa position.

Athéna ne savait pas combien de temps elle pourrait encore tenir et elle ferma les yeux. Ils devaient recommencer à avancer car plus ils stagnaient, plus ils avaient de chance de s'effondrer et de se laisser emporter par cette attaque inopportune. Elle respira profondément. Ainsi, leur premier adversaire était là et quand bien même ils ne tomberaient pas dans son piège, ce dernier les suivrait sans doute ou qu'ils aillent. Une bataille allait s'engager et il fallait qu'elle se résolve à perdre, non, pas à perdre mais à laisser derrière elle l'un de ses combattant.

Elle se concentra sur les cosmo-énergies de Kanon et de Mu, qu'elle avait de plus en plus de mal à soutenir. Si elle avait pu, elle aurait continuer de prier comme elle le faisait jusqu'à présent, pour leur protection, mais ce n'était plus possible. Elle tentait déjà de ne pas vaciller sous le poids et l'attirance irrésistible qu'elle ressentait pour les profondeurs du précipice.

Soudainement, la force qui les compressait devint encore plus puissante, les réduisant, leur parut-il, presque en poussière. C'était comme si une pression de plusieurs tonnes avaient été placé sur eux avec une rapidité et une force hors du commun.

Saori sentit son pied déraper et sa cheville se tordre. C'en était trop. Ou elle tombait ou elle mourrait ici même. Elle lâcha d'une main la paroi reportant tout le poids de son corps sur son seul bras gauche. Elle ne tiendrait plus très longtemps et les cris de ses compagnons lui parvenaient comme étouffés. Ils criaient de douleur évidemment, mais aussi de frayeur de la voir tomber. Et ils ne pouvaient pas esquisser un mouvement pour venir en aide à leur déesse. Saga, qui était le seul à se trouver derrière elle, réussit par quelque miracle à détacher l'un de ses bras du pan ou il était accroché et le tendit vers Saori.

-Prenez ma main, princesse, vite...

Il ne pourrait pas rester indéfiniment dans cette position, pas plus qu'elle n'avait la force de se décaler vers lui. L'inéluctable allait se produire et il sentait son souffle devenir plus court qu'il ne l'était déjà. Il fallait agir, faire quelque chose mais... La montagne commençait à trembler, un bruit sourd s'éleva dans l'obscurité qui était à présent complètement tombée et cet ébranlement lui fit abandonner sa prise.

Elle lâcha un cri de panique alors que Saga se tordait en arrière pour attraper sa main qu'il effleura sans pour autant la saisir. Elle était entraînée vers le fond et personne n'avait pu venir à son secours. Ses longs cheveux et sa toge voletaient autour d'elle en un ensemble gracieux alors qu'elle tendait désespérément une main vers Saga.

Sans réfléchir une seconde de plus et envahit par la frayeur de voir la princesse mourir, le chevalier des Gémeaux lâcha à son tour la Rocheuse, mais de son plein gré, cherchant ainsi à suivre celle qu'il avait la tâche de protéger à tout prix.

La chute lui sembla infinie, mais le poids de son corps et de son armure l'entraînait en avant plus vite encore que la princesse. Il arriverait en bas avant elle mais dans quel état... Et lui serait-il alors d'un quelconque secours?

C'était comme si la nuit s'était refermée sur eux, ou plutôt les avait engloutis, et leurs trois compagnons ne les apercevaient même plus. L'orage qui se préparait avait fait naître une brume légère, du moins, ils supposaient que cela provenait du temps qui se rafraîchissait, et le paysage était devenu sombre et lugubre.

-Saga va se tuer en tentant cela! s'écria Shun. Et la princesse va mourir!

Shaka secoua la tête.

-Allons-y nous aussi. Nous n'avons plus tellement le choix. Ou nous perdons la vie dans l'éboulement et sous la pression qui nous assaille ou nous avons peut-être une chance de nous en sortir en tombant en bas...

C'est sur ce dernier mot que Shaka se projeta en arrière, ses immenses mèches blondes se répandant autour de lui. Aioros le suivit à une fraction de seconde d'écart et Shun en fit de même en fermant les yeux, préférant ne pas voir ce qui se passait autour de lui et seulement se fixer sur le bruit de l'éboulement qui naissait en haut de la montagne et qui grondait, se mélangeant ainsi au coup de tonnerre qui lui parvenait de l'horizon.

* * *

Dohko

Athéna! Il venait d'arriver quelque chose à Athéna et je le sentais avec tant d'intensité que l'on aurait cru que je le vivais en même temps qu'elle. Je me figeais sur place, alors que Shiryu, Seiya et Nikè réagirent un peu après moi.

Nous nous trouvions au beau milieu des bois, de plus en plus obscur, en raison du temps qu'il faisait, et nous avions l'impression de tourner en rond depuis un bon moment quand un éclair nous avait à tous traversé l'esprit. La vie de la princesse était en danger. Je serrais les dents en balayant du regard tout ce qui nous entourait, comme si j'avais pu l'apercevoir d'ou je me trouvais.

Seiya frappa du poing un arbre :

-Mais qu'est-ce que font les autres?! s'écria-t-il avec rage. Je sens qu'elle est en danger! J'aurais du aller avec elle!

-Pense bien que si Shaka ou Saga ne peuvent pour l'instant rien faire, c'est qu'il y a une raison, Pégase, rétorquai-je d'une voix sans réplique destinée à calmer Seiya. Ils ne la laisseront pas mourir, tu devrais avoir confiance en eux et en ton propre frère, Shun.

Je me détournais ensuite des deux chevaliers de Bronze pour regarder la déesse de la Victoire. Elle était à des kilomètres de nous par la pensée et accompagnait sans doute Athéna dans l'épreuve qu'elle subissait. Mais que lui arrivait-il exactement? Aucun de nous n'était en mesure de le dire et nous devions, comme je l'avais dis précédemment au jeune chevalier de Bronze, avoir foi en nos compagnons.

Je ne doutais pour ma part pas un seul instant de leur capacité à la protéger et à l'amener saine et sauve jusqu'au temple d'Arès mais je comprenais dans un sens ce que ressentait Pégase. Il aurait souhaité accompagner Saori pour voir de ses propres yeux ce qui lui arrivait, pour pouvoir agir en cas de danger et non pas s'interroger sur son sort à l'autre bout de l'île.

C'était une position cruelle dans laquelle, nous qui ne faisions pas partis de son groupe, nous nous trouvions. Mais je songeais que je pouvais aveuglément laisser la vie de Saori entre les mains d'hommes tels que le chevalier du Gémeaux ou de celui de la Vierge. Nous n'avions de toute manière plus tellement le choix. Nous étions en plein milieu des bois dont nous n'arrivions pas à trouver la sortie, si toutefois elle existait, l'un d'entre nous, Kanon en l'occurrence, avait disparu, et je ne ressentais plus qu'à peine une étincelle de vie qui émanait faiblement de son aura.

Mu semblait devoir être dans pareil état, et les contacts télépathiques que je tentais d'établir avec eux ne donnaient aucune réponse. Ils étaient sans doute au bord du gouffre de la mort et l'on ne pouvait rien faire pour les aider. Ils ne revenaient qu'à eux-mêmes de s'en sortir et je ne devais pas interférer dans cette lutte contre leur propre corps. Car leur âme était loin de s'éteindre aussi rapidement que leur enveloppe charnelle, même s'ils se laissaient tous deux envahir par la fatigue et la lassitude.

Je ne discernais pas encore pour qui le combat tournait à l'avantage. Arès avait perdu un certain nombre de ses guerriers, mais l'un d'entre nous était mort et deux autres vacillaient comme des flammes sous le joug de la tempête.

-Je crois que nous devrions repartir, fis-je à mon disciple en le fixant du regard avec une inquiétude que je ne cherchais pas à lui dissimuler.

Il comprenait ce que je lui signifiais et se tourna vers Seiya, car il devait ressentir le devoir de le convaincre que nous agissions pour le mieux. Pour ma part, j'allais essayer de faire revenir l'esprit de Nikè parmi nous, car ses yeux étaient posés sur l'horizon et je trouvais son silence étrange. Je ne la connaissais que depuis quelques jours et j'étais sans doute l'un des chevaliers qui l'avait le moins fréquenté, de part mon rôle de Grand Pope je n'en avais pas eu le loisir, mais je savais qu'elle était d'un naturel plutôt bavard.

La situation devait être aussi grave que je le pressentais puisque son attitude s'accordait avec mes pensées. Virginie réfléchissait à n'en pas douter à ce qui était entrain d'arriver à Athéna mais aussi à cette force inconnue et de nature divine qui flottait dans l'air. Je n'avais tout d'abord pas voulu y croire mais il avait bien fallu que je me rende à l'évidence. D’autres divinités se trouvaient sur cette île.

-Seiya, entendis-je Shiryu dire à son ami, nous ne lui serons d'aucune utilité si nous restons ici à nous tourner les pouces. Aioros, Shun et les autres feront tout ce qui est en leur pourvoir pour l'amener jusqu'à Arès, et tu le sais aussi bien que moi.

Pégase acquiesça avant de retrouver son sourire énergique, que flottait d'habitude en permanence sur ses lèvres.

-Oui, courage, il nous faut être au palais avant elle.

Mon regard allait de l'un à l'autre et je songeais à tout ce qu'ils avaient du accomplir durant leurs existences. Shiryu me regarda à son tour et me sourit avec confiance. Il comptait sur moi et je devais bien avouer que j'étais fier de lui.

* * *

Saga

Je la tenais dans mes bras avec l'attention que j'aurais eu pour le plus fragile des objets. Elle me semblait légère et je regardais son visage avec une intensité mal voilée. La plupart de ses cheveux étaient rejetés en arrière, mais quelques mèches encadraient son visage. Un fin filet de sang coulait le long de son front et je ressentais plus sa douleur que la mienne.

J'avais sauté à sa suite, sans plus réfléchir à rien car seul son sort m'intéressait, et, comme je l'avais instinctivement prévu, j'étais tombé avant elle. Mais comment! J'avais pu réatterrir sur mes deux jambes et j'avais d'abord cru qu'elles s'étaient brisées ce qui m'avait empêché de sauver entièrement Athéna. Pourtant, je m'étais forcé à me servir de mon corps, qui jusqu'alors refusait de me répondre, et je m'étais précipité en avant, mais trop tard pour qu'elle ne se cogne pas le front à une paroi. Ce n'était rien de bien grave et j'avais conscience que si je n'avais pas été présent, elle serait sans doute morte, ou dans l'incapacité de bouger et de survivre bien longtemps. Cette seule pensée m'était insupportable et je fermais les yeux quelques secondes, pour m'en libérer.

Je posais ensuite de nouveau mais yeux sur elle. A sa ceinture brillait toujours la statuette de son armure, solidement arrimée, plus que je ne le croyais en tout cas, à sa propriétaire. Sa toge blanche formait des plis car je la serrais dans mes bras avec force, comme par peur de la voir s'envoler ou disparaître. J'avais réussi à la sauver et je ne comptais pas la quitter.

Je tournais alors mon visage vers la gigantesque montagne dont nous étions tombés. Qu'était-il advenu de mes compagnons? Alors que je venais en aide à la princesse, j'avais entendu l'éboulement, à plusieurs dizaines de mètres de moi et je n'avais pas alors eu le temps de penser aux autres chevaliers, tant j'étais absorbé dans ma tâche de récupérer Athéna. Tous mes sens avaient été fixés sur elle et je ne me rendais compte que maintenant de ce qui m'entourait car sa présence m'avait tout fait oublié.

Je soupirais devant l'étendu des dégâts. Cela n'était pas naturel et avait du être provoqué par celui-là même qui nous avait attiré jusqu'en bas. Mais il suffisait de me concentrer un peu pour ressentir l'énergie que dégageait encore Shaka, Aioros et Shun. Ils étaient sain et sauf mais malheureusement, notre groupe s'était morcelé durant la chute et nous étions assez éloignés les uns des autres. Cela ne promettait pas d'être facile pour nous retrouver mais j'avais pour l'instant un soucis plus important en tête.

Je devais mettre Athéna complètement en sûreté, pour être certain qu'il ne lui arrive rien car j'éprouvais le malaise, ce malaise qui ne nous assaille que lorsqu'un ennemi s'approche et je ne pourrais pas me battre alors que je n'avais pas l'esprit tranquille.

Je rejetais d'un mouvement de tête, mes deux bras étant occupé par Saori, des mèches éparses de ma chevelure bleu alors que j'esquissais un sourire en sentant le corps que je portais depuis maintenant plusieurs minutes s'animer de nouveau. J'avais tant craint pour son existence alors que je l'avais vu tomber du pan de la rocheuse ou nous étions accrochés, mais la bouffée de panique qui m'avait consumé ne m'avait pas fait perdre mes moyens puisque j'avais réagi à temps.

Les autres devaient être rassurés eux-aussi, car les ondes que dégageaient la déesse n'avaient plus rien à voir avec la peur que j'y avais décelé précédemment, mais étaient sereines et reposées, encourageantes sans doute.

Je restais immobile, incapable de bouger, alors qu'elle revenait à la vie, telle une miraculée car elle aurait très bien pu garder éternellement ses yeux bruns clos. Son regard se posa sur moi, mais je remarquais qu'il était troublé. Elle ne s'agita pas dans mes bras, la pression que je devais exercer inconsciemment l'en empêchait, et battit à plusieurs reprises des paupières, pour reprendre contact avec la réalité.

-Saga...

Je souris simplement alors qu'elle prononçait mon prénom d'une voix aussi embrumée que le paysage qui nous entourait. Le silence revint ensuite, alors que je devinais, grâce à mon sixième sens, que des pas s'approchaient de nous.

-Saga... que s'est-il passé?

-Nous nous sommes fait attaquer psychiquement en haut de la montagne et l'éboulement nous a tous fait tomber.

Ma réponse était simple car je ne voulais pas lui embrouiller l'esprit avec d'encombrants détails.

-Tu m'as sauvé la vie?

Je ne répondis rien et me contentais de sourire de nouveau.

-Merci, Saga.

-Je n'ai rien fait que mon devoir, princesse.

Je ne l'avais toujours pas posé à terre et elle avait ses yeux levés vers moi alors que je répondais docilement à toutes ses interrogations. Un frisson la parcourut pendant un instant et je fronçais les sourcils avec inquiétude.

-Vous ne vous sentez pas bien?

-Ne t'inquiète pas ce n'est rien, seulement...

Oui, je savais ce qu'elle essayait de me dire. On était entrain de venir à nous et la confrontation devenait imminente. Un coup de tonnerre éclata dans le lointain mais aucun de nous deux ne sursauta. Ce bruit, loin d'être effrayant, avait au contraire pour nous une connotation rassurante. C'était quelque chose de naturelle dans ce monde fou ou le dieu de la guerre nous avait plongé et pas seulement nous, mais les millions de personnes dont j'entendais presque les cris résonner à mes oreilles.

Mon visage devait avoir une curieuse couleur blanche car Athéna porta sa main à mon visage et la posa sur ma joue. Ce contact avait quelque chose de doux et de rassurant, comme toute sa personne d'ailleurs et depuis que je la portais et qu'elle avait repris ses esprits, j'avais l'impression qu'elle me communiquait sa force.

-Saga, tu n'as pas l'air très bien. As-tu été blessé dans ta chute?

-Non... ou si peu, répondis-je pour ne pas l'affoler alors que mes rotules s'apprêtaient à me faire faux bond d'une minute à l'autre.

-Mais ou sont passés les autres?

Elle les chercha du regard sans parvenir à les trouver et je compris qu'elle voulait que je la pose à terre. Mais je craignais que ses jambes ne soient pas encore assez solides pour la porter et je m'exécutais pas. J'avais peur qu'en touchant le sol, elle ne vienne à se briser et à disparaître. Comme si la volonté d'Arès suffisait à l'amener auprès de lui, dans ce temple maudit ou nous essayions de nous rendre pour tous les moyens.

-L'éboulement les a séparé mais je ressens encore très distinctement leur différente puissance. Il n'y a donc pas à s'inquiéter, princesse, et je suis certain qu'ils cherchent tous à nous rejoindre.

Je la posais alors délicatement à terre en la protégeant du regard, prêt à tendre un bras pour la soutenir au cas ou ses jambes n'auraient pas été assez solides. J'oubliais trop facilement qu'elle était la déesse de la guerre, et que sa faculté d'endurance était supérieure à tout ce que je pouvais m'imaginer, ce qui ne m'empêchait pas de fonder un certain nombre d'angoisses sur son sort. Elle regarda tout autour d'elle et agrippa soudainement mon bras de sa main en pointant son index vers l'ombre.

-Saga...

Elle n'avait pas besoin d'en dire plus et je remarquais immédiatement deux pairs d'yeux, l'une rose et l'autre sombre comme la nuit qui nous entourait, alors que nous étions en plein jour. On aurait dis deux félins entrain d'observer leur proie, leur prochaine victime. Depuis combien de temps se trouvaient-ils là? Plusieurs minutes, peut-être même depuis le début à en croire par l'expression de leur regard, la seule chose qui était pour le moment distinguable d'eux.

Je devinais malgré tout leur sourire et cela avait quelque chose de malsain, ce qui était peu étonnant de la part de Berserkers. Ils nous avaient malgré tout laissé le temps de nous apercevoir de leur présence, et je me demandais pourquoi. Je n'allais de toute façon pas tarder à avoir l'honneur de leur poser la question car ils se dégageaient l'obscurité.

-Nous finissions par prendre goût à cette scène des plus touchantes...

-Le chevalier servant et la déesse Athéna. Quelle prise de choix, tu me l'accorderas Épiméthée!

Je ne répondis rien alors que je sentais près de moi Saori se redresser, au physique comme au morale. Celui que l'on avait appelé Épiméthée, mon dieu comme ce nom me paraissait familier, était grand, avec des yeux sombres et profonds, un visage aux traits durs et carrés, un front haut et une bouche pleine qui formaient une visage désagréable mais d'ou se dégageait comme un certaine joie de vivre. Pour le décrire, il n'était pas franchement hideux, j'aurais tout simplement précisé qu'il manquait d'unité. A sa tête et à l'expression quelque peu bourrue, venait s'ajouter des cheveux courts, bouclés et bruns et une haute stature même s'il était plus petit que la mienne.

Son acolyte, dont je ne connaissais pas encore le nom, bénéficiait d'un physique plus remarquable mais j'aurais de loin préféré m'adresser à l'autre, qui avait l'air - comment dire?- plus abordable...

Ce mystérieux et anonyme personnage avait de grands yeux roses, un nez grec parfait, un sourire ironique et de longs cheveux raides et argentés qui encadraient un visage à la finesse pratiquement féminine. Celui-ci était par contre aussi grand que moi et avait un regard féroce plus que déplaisant.

Je détestais la manière dont il guettait les moindres mouvements de Saori et je me tournais vers elle, une fraction de secondes, pour vérifier que tout allait bien. Je ne pouvais pourtant pas garder plus longtemps mes yeux détournés de mes deux adversaires, ils étaient trop dangereux et rapides pour cela. C'est seulement alors que je remarquais à quel point leurs cuirasses étaient d'un rouge mille fois plus vif que celle de Procuste, le guerrier qui nous avait accueilli dans l'Atrium. Je comprenais ce que cela signifiait et je n'en étais que plus dégoûté par leur personne.

-Et bien, la chute ne fut pas trop catastrophique d'après ce que je vois, commença l'homme, s'il pouvait être considéré comme tel, dont j'ignorais le nom.

Il fit claquer sa langue et échangea un rapide coup d'oeil à son ami. Je comprenais qu'il était, des deux personnages, le leader, et donc celui dont je devais le plus me méfier. Le combat n'allait pas être facile à deux contre un, d'autant plus que j'avais la jeune Saori avec moi et qu'ils ne devaient pas même ne serait-ce que l'effleurer.

-Excusez-nous de notre impertinence, déesse Athéna, je me présente, Phaéton, de l'attirance et voici mon ami, Épiméthée, du contrôle. Nous nous complétons si bien, que nous travaillons toujours en duo, avouez que ce n'est tout de même pas de chance pour vous.

-C'est surtout déloyal, répliqua Saori, qui n'avait pas l'air d'être impressionné, ou plutôt, qui cachait avec brio sa fébrile anxiété.

-Peut-être, rétorqua Phaéton, mais qui a dis que nous l'étions? Nous sommes des chevaliers d'Arès, tous les coups sont permis à condition que la victoire nous revienne.

Il haussa négligemment les épaules avant d'adresser le plus éclatant de ses sourires à la princesse.

-Athéna... j'ai beaucoup entendu parler de vous, de part la bouche de mon maître et souverain, évidemment. Je ne vous imaginais pas différente, à vrai dire. Ce n'est ni un compliment, ni une insulte, simplement une constatation. Même perdu dans une foule ou vous n'auriez plus eu votre cosmos qui vous trahi allègrement, je me permets de vous en avertir, j'aurais pu vous identifier. Il se dégage de vous, tout ce que je méprise, et je me ferai un plaisir de vous éliminer. Je crois qu'Arès sera content que je lui rapporte votre tête. Il attend ce moment depuis des siècles, et son impatience n'a pour le moment d'égal que sa puissance. Je suis sincèrement ravi d'être tombé sur vous, aussi ravi que vous devriez en être navré.

-Je te trouve un peu trop présomptueux à mon goût, Phaéton, répliquai-je, excédé au plus haut point par ses manières, ses propos et son accent un peu traînant qui prouvait sans aucun doute qu'il était d'origine patricienne, ou qu'il voulait nous en donner l'illusion.

-Et toi, qui es-tu ? interrogea Épiméthée en me fixant avec mépris.

Je l'avais d'abord cru plus inoffensif que l'autre car il était resté silencieux, peut-être sa nature était-elle plus introvertie, mais par cette seule phrase, il venait de réduire à néant les idées, ou plutôt les espoirs, que j'avais fondés sur lui. J'avais souhaité qu'il puisse m'écouter et comprendre la souffrance des millions de personnes qui se trouvaient sur cette terre dorénavant ravagée, mais sans vraiment y croire. Je savais de toute manière, depuis la première seconde ou je les avais aperçus, que je ne leur laisserai pas le choix, tout comme ils ne comptaient pas me laisser d'alternative, ni à moi, ni à Athéna.

-Je suis Saga, chevalier d'Or du signe des Gémeaux.

Épiméthée eut un haut le corps et saisit le bras de son compatriote avec excitation en me montrant du doigt. J'inclinais la tête, ne saisissant pas ce que j'avais de soudainement si intéressant à ses yeux. Je cherchais alors de la main Saori, qui était tout prêt de moi, et m'emparait de son poignet. Je craignais qu'il ne lui arrive quelque chose et je me préparais déjà au combat.

-C'est cet homme, Phaéton, tu sais, celui-là même qui a rendu Nérée si stupide...!

-Du calme, mon ami, et un peu de tenu, je t'en prie!

Épiméthée ressemblait à un enfant à l'approche de Noël et je le trouvais presque ridicule. Je savais pourtant qu'il ne valait mieux pas se moquer d'un Berserker, car on pouvait le payer très chèrement plus tard, mais je ne pus retenir ma brusque envie de sourire. Ils ne surent pas pourquoi j'avais soudainement cette expression sur le visage et cela ne fit, comme je l'avais prévu, que développer leur agressivité et attiser leur envie de se précipiter sur nous pour nous ôter la vie. Et ils n'avaient pas besoin de cela car ils étaient déjà assez échauffés contre nous.

Je sentis de plus en plus fortement la présence de la princesse à mes côtés. Sa cosmo-énergie se déployait, sans que je comprenne véritablement pourquoi. Elle n'allait pas se battre, du moins comme nous autres, chevaliers, l'entendions, mais son énergie encourageante, son âme protectrice m'aiderait à n'en pas douter, comme elle avait aidé mon jumeau et mon ami Mu.

-Nérée... que lui as-tu fait, exactement? interrogea Phaéton en affectant une expression désintéressée alors qu'il mourrait d'envie de connaître au moins l'une de mes attaques secrètes.

-Tu n'imagines tout de même pas que je vais te révéler ce que je sais faire, j'espère? répondis-je sans cacher mon ironie et le peu de valeur que je lui accordais, à lui et à son acolyte.

-Alors, laisse-moi juste te dire que l'état du Berserker de la Mutation a grandement impressionné nos gardes et nos soldats, mais certainement pas nous autres, les commandants. Encore moins les empereurs.

J'avais donc à faire à deux commandants en même temps. Il n'allait pas être aisé de maîtriser la situation, mais j'allais tout faire pour y parvenir. Je devais à tout prix protéger Athéna et je ne savais pas comment y parvenir, alors que nous étions au bas d'un précipice et entourés d'immenses montagnes, pour lui permettre de partir, de rejoindre l'un de mes autres compagnons et lui assurer ainsi la vie sauve alors que je m'occuperai de ces deux ennemis.

Évidemment, une autre pensée m'avait traversé. Si Kanon et Mu avaient été terriblement blessé face à un seul commandant, qu'adviendrait-il de moi face à deux Berserkers? La réponse n'avait que peu d'importance, et le principale était de toute façon que je les fasse disparaître en même temps que moi. Je m'accrocherais de toute manière à la vie avec la force du désespoir, tout comme mon frère et le chevalier du Bélier le faisaient. Nos vies étaient précieuses car Athéna avait besoin de notre force et des millions de personnes, même si nous n'avions de cesse d'agir dans l'ombre, se tenaient derrière nous. Ils dépendaient tous de notre ténacité, de notre volonté et nous n'avions pas le droit de les décevoir. Notre cause devait gagner, remporter la victoire et annihiler le mal qui avait, pour cette guerre sainte, prit les traits du dieu Arès.

Mais qui serait-ce ensuite?

Je secouais la tête, pour libérer mon esprit de toutes ces envahissantes pensées et serrais avec encore un peu plus de force le poignet de Saori. Je jetai un rapide coup d'oeil circulaire autour de moi, sans trouver trace d'un abri ou elle aurait pu se réfugier pendant que je devrais combattre. Comment faire? Si elle restait là, derrière moi, elle risquait d'être blessée, ou pire encore de mourir.

Un frémissement me parcourut, le même que celui que ressentait actuellement mes ennemis. Seulement, à leur différence, ce n'était pas d'excitation devant un nouvel affrontement, non, mais de crainte pour ma princesse. Je lançais un regard à celle-ci, qui essayait tant bien que mal de cacher son inquiétude. Je respirais profondément et tentais de lui sourire, sans grand succès. Elle se rendait parfaitement compte de la situation dans laquelle nous nous trouvions et ne discernait, pas plus que moi, un moyen de s'en sortir. Mais tant que j'étais là, je m'étais juré qu'il ne lui arriverait rien. J'étais prêt à lui offrir ma vie, à mourir pour elle, sans la moindre hésitation et sans le moindre regret, à condition que cela aille servi à sa cause et sa protection.

-Eh bien, vous n'avez pas l'air très pressé tous les deux... ricana Phaéton alors qu'il se déplaçait vers notre gauche, Épiméthée reproduisant le même mouvement mais dans la direction inverse.

Ils nous encerclaient. Et nous n'arrivions pas à entrevoir la lumière dans les ténèbres de ce piège ou ils nous avaient fait tomber. Nous ne pouvions pas leur échapper et je préparais à enflammer mon cosmos d'une seconde à l'autre. Et pendant ce temps-là, que faisait donc mes compagnons dont j'aurais eu tant besoin, non pas pour m'épauler durant mon combat, mais pour emmener Athéna loin et hors de tout danger?

-Ne t'inquiète donc pas comme cela, Saga, continua Phaéton.

Le sourire qui se dessina sur son visage dévoila des dents d'une blancheur immaculée mais aussi de carnassier prêt à se jeter sur le moindre petit bout de viande.

-Nous ne toucherons pas un cheveux de la déesse. Non pas que nous n'en ayons pas envie car je la tuerai de mes propres mains avec un plaisir évident, mais... je crois deviner que cela déplairait fortement à notre maître. Il souhaite l'abattre de ses propres mains, s'amuser un peu avant de la faire disparaître dans les limbes de l'éternité. Il n'a pas exprimé ce désir à haute voix, car cela allait sans doute de soi pour lui. Ce n'est après tout, que vengeance après les siècles qu'il a passé enfermé dans l'urne ou elle l'avait emprisonné.

-Tu oses parler de vengeance, répliquai-je pour essayer de gagner du temps, alors qu'Athéna n'a en réalité que rendu justice. Pourquoi défends-tu donc Arès? Sa cause te tiendrait-elle à coeur?

Phaéton éclata d'un rire mauvais et Épiméthée se joignit bientôt à son ami.

-Oh! Détrompes-toi! Je n'ai que faire des beaux projets de mon maître. Je ne suis ici et ne me réincarne que dans un seul but : me battre. C'est la seule chose qui m'intéresse car j'ai moi aussi une vengeance à prendre, mais sur le destin...

-C'est pathétique, rétorquai-je en lui jetant un regard qui signifiait clairement qu'il ne méritait pas même de me côtoyer.

Il serra les dents et les poings d'un même mouvement. Cet homme était fou, mais j'en avais déjà pris conscience en sachant simplement qu'il était un Berserker. Arès s'entourait de guerriers sans ambition, d'une violence et d'une agressivité sans borne car cela servait sa cause. Il était habile et avait ainsi une parfaite maîtrise de ses troupes. Personne ne chercherait jamais à le troubler ou à le détrôner et ses combattants, de par leur absence de conscience, étaient surpuissants. Épiméthée prit tout à coup une position de combat, et je l'imitais rapidement. La bataille allait commencer et je n'avais plus le choix. Je devrais me battre, tout en protégeant Athéna.

* * *

Milo

Le brouillard qui nous entourait, la nuit qui avait envahi toute l'île, tout cela était le fait des deux hommes qui s'approchaient de nous, leur silhouette se découpant sur le fond blanc provoqué par les volutes de brume qui formaient à présent le paysage. Leurs ombres étaient, à notre plus grande surprise, d'un rouge phosphorescent et c'est pour cela que nous avions la possibilité de les voir.

Je me tenais dos à dos avec Aiolia, alors que Masque de Mort et Hyoga avaient adopté la même position. Il fallait être prêt à toutes les éventualités et la défense était, alors que nous ne connaissions pas encore nos adversaires ni leurs capacités, notre meilleur alliée.

Un coup de tonnerre éclata au-dessus de nous et un éclair le suivit, aussi rouge que les deux cosmos qui venaient à nous. Je m'étais attendu, avec un temps pareil, quoi de plus normal, à ce qu'une pluie diluvienne s'abatte sur nos têtes mais ce ne fut rien de cela qui tomba du ciel. Je battais des paupières, ne comprenant tout d'abord pas de quoi il s'agissait et ne sachant pas comment réagir. Oui, c'était incroyable, des étincelles ou plutôt des gerbes de foudres rougeoyantes s'écrasaient sur le sol, enflammant la terre tout autour de nous, nous rendant ainsi la fuite impossible. Mais malgré la grandeur du spectacle, du feu tombait du ciel tout de même, je n'étais guère impressionné. Ce n'était sans doute qu'un vulgaire tour de passe-passe, indigne de nous autres, chevaliers d'Or.

-Ah! Mais, c'est brûlant, s'exclama Hyoga alors qu'il venait de recevoir de plein fouet sur sa jambe l'un des étincelles rouge vif. Faites attention...

Il porta une main à sa cuisse avant d'enflammer son cosmos pour nous protéger. La pluie de feu tombait de plus en plus drument sur nous et seul le chevalier du Cygne, grâce à son cosmos glacé, était capable d'arrêter cette attaque. Bientôt, nous fûmes tous entourés de la lumière blanche qu'il dégageait. Mais si cela avait le mérite de stopper ces gerbes d'éclairs, notre vision était encore plus embrouillée et altérée qu'avant. L'énergie de Hyoga se fondait dans la brume et nous empêchait de distinguer les hommes que nous avions cru apercevoir précédemment. Et pourtant, leur force était bel et bien prêt de nous, presque palpable tant elle était électrisante. Je me demandais à qui nous avions affaire et j'allais finir pas perdre patience en participant à leur petit jeu de cache-cache. Ils se ménageaient sans doute un effet de surprise mais cela m'énervait au plus haut point.

-Cela ne risque pas d'être très difficile... si cette petite pluie vous a obligé à vous resserrer ainsi tels des animaux peureux prêts à tout pour trouver un abri, je n'ose pas imaginer l'effet de mes attaque sur vous!

-Ni des miennes!

Mon sang ne fit qu'un tour alors que les deux silhouettes prenaient formes humaines devant nous.

* * *

Aphrodite

Je m'étais arrêté pour observer quelques instant la pluie de feu qui s'abattait plus loin sur l'île. Le brusque changement de temps auquel nous participions était donc le fait d'un Berserker... Je m'en étais douté à vrai dire, surtout lorsque des éclairs rouges avaient commencé à fendre le ciel.

Je soupirais en secouant la tête, du mieux que je le pouvais car l'horrible boue dans laquelle je pataugeais depuis ce qui me semblait une éternité rendait mes cheveux lourds et entraînait donc ma tête en arrière.

-Je m'inquiète pour Athéna, déclara Shura.

-Et moi aussi, répliqua Ikki. Depuis que les ondes que dégageaient son aura se sont brusquement interrompues, je sens qu'elle court un grave danger.

-Elle n'est pas seule, leur répondis-je en priant pour que mon prochain pas de me fasse pas atterrir dans des sables mouvants. Ne sentez-vous donc pas le cosmos de Saga?

Camus acquiesça en se retournant vers... Mu, d'après l'inquiétude que je lisais dans son regard. Depuis son combat, le chevalier du Bélier n'avait pas réapparu et sa force diminuait de seconde en seconde. Qu'advenait-il de lui? Dans quel piteux état se trouvait-il alors que nous continuions notre route vers Arès dans un noir rendu presque absolu par la couleur foncée du marais ajouté à celui du ciel.

Je me sentais dégoulinant d'immondices, sale, écoeurant et répugnant... mais je n'avais pas le choix et il fallait que je continue à évoluer dans l'enfer d'Azura à tâtons et que je cherche perpétuellement la trace de mes compagnons que j'arrivais de moins en moins à distinguer en raison du temps.

-La situation dégénère, dit soudainement Shura tout en avançant dans les eaux glauques de notre domaine. Nous sommes entrain de perdre le contrôle des combats. Ils nous attaquent maintenant à plusieurs à présent qu'ils ont compris qu'un seul commandant ne suffisait pas pour nous ôter la vie, ils nous en envoient par groupe.

Il parlait d'un ton calme et ses propos, aussi effrayants étaient-ils, n'étaient que vérité.

-Si des hommes tels que Mu et Kanon se trouvent à présent entre la vie et la mort alors qu'ils étaient face à un seul Berserker... je n'ose pas penser au résultat d'un combat déloyal qui nous opposerait à deux combattants du dieu de la guerre, renchérit Camus, toujours aussi peu enclin à l'optimisme.

Je soupirais et essuyais tant bien que mal un éclat de boue qui avait jailli, à cause d'un de mes propres mouvements, sur ma joue.

-Les affrontements sont à peine engagés alors un peu de ténacité, rétorquai-je. Le paysage est déjà assez déprimant comme cela sans que vous ayez besoin de faire miroiter sous mes yeux le dramatique de ce que nous vivons!

Ikki esquissa un sourire mais Camus et Shura ne relevèrent pas ma phrase. Ils se contentèrent simplement de garder un silence entendu.

J'avais évoqué un paysage déprimant, mais il était en réalité véritablement terrifiant. Nous nous trouvions dans des marécages sans fin dont la boue qui les composait avait une couleur de charbon. Le ciel était devenu aussi sombre que du jais et seuls quelques éclairs d'un rouge flamboyant nous éclairaient durant de brefs secondes. Je n'avais encore jamais, dans toute mon existence, vu de lieu aussi lugubre que le nôtre!

A quoi pouvait bien ressembler les trois autres domaines? La question me parut stupide. Je n'en avais strictement que faire, l'important était que je m'échappe de celui-ci. Oui, et il fallait pour cela que je continua à lutter contre ce courant qui menaçait de m'emporter en arrière à tout moment. Il me broyait presque les poumons tant il était violent et...

Un courant? Un courant dans un marais? C'était possible. Du jamais vu. Et pourtant, sous mes yeux, ce phénomène inexplicable était entrain de se produire! Je battis des paupières, halluciné par ce qui se déroulait devant moi.

C'est alors qu'on m'agrippa la cheville, m'entraînant sous l'eau opaque et épaisse. On... Je... je ne voyais plus rien... J'essayais d'ouvrir les yeux, et... mon ouie? J'étais coupé du monde. Je... C'était... j'allais, non, je devais comprendre. Des cris, oui des cris au-dessus, et du sang... ce ne pouvait pas être le mien? Et cette douleur... Je... quoi? Qui? Surface... la surface... la surface à tout prix. Se débattre... Survivre... De l'air, vite de l'air. Se débattre et...

J'atteignis soudainement, au prix d'un effort surhumain contre ce qui m'entraînait vers le fond, la surface des marais et en sortais avec violence, projetant de la boue autour de moi et cherchant ma respiration à tout bout de champs. J'avais jailli à la surface sous les yeux affolés de mes compagnons.

-Aphrodite! cria Ikki. Mais qu'est-ce qui s'est passé!?

De l'air dans mes poumons, voilà le plus important. Je crachais de l'eau des marais alors que Shura scrutait les marécages. Je n'avais pas encore le temps ni la force de m'interroger sur ce qui m'était arrivé mais tout de même... quelle force avait eu cette chose!

-Ca va? demanda Camus et me rejoignant.

-Connu mieux, répondis-je simplement car j'étais incapable de faire une phrase complète sans perdre mon souffle.

Je jetai alors un regard sur mes doigts, ils étaient couverts de sangs, comme s'ils avaient été mordus par quelque chose, un animal sauvage et j'arrivais à peine à les plier. Camus se pencha avec intérêt sur ma blessure

-Rien de très profond, précisais-je en essayant de les bouger pour vérifier qu'ils n'étaient pas brisés et que je les commandais toujours.

-Un Berserker est donc ici, mais je ne ressens pas son cosmos, déclara le chevalier du Capricorne.

Nous étions tous immobiles, aux aguets et... je poussais un cri.

Ma cheville, cela recommençait et... de la boue, partout de la boue autour de moi... je battais des bras, des jambes comme un animal affolé et prit au piège. Cette sensation d'étouffer, de mort qui m'embrumait l'esprit, mes sens qui ne répondaient plus... Réagir. Se battre et... Cosmos, je fis exploser mon énergie alors que la surface des marais devait se rayer de doré et s'illuminer. Cela leur permettrait peut-être aux autres chevaliers d'entrevoir à quoi j'essayais d'échapper avec tant de ferveur.

Je remontais de nouveau à la surface, moins à bout de souffle que la première fois car je n'avais pas été surpris. J'étais capable de rester plusieurs heures sous l'eau mais la composition des marécages étaient radicalement différente de l'eau. Il devait y avoir quelque chose de spécial qui m'empêchait de respirer et se collait, s'infiltrait dans mes narines et jusque dans mes poumons.

-Il m'en veut particulièrement en quoi? criais-je à mes compagnons en cherchant de nouveau ma respiration. Cette fois-ci, c'est moi qui vais à lui!

Et je plongeais dans les profondeurs des marais.

* * *

Saga

Je me mis devant elle à la dernière seconde alors que l'attaque de Phaéton fonçait droit sur nous, lumineuse, surpuissante, imparable et destructrice. Mon armure me protégerait alors que Saori ne portait qu'une toge et je devais tout faire pour qu'elle s'en sorte sans même une égratignure. J'offris mon dos à la boule d'énergie qui venait de nous être envoyée et poussais un grognement rauque de douleur alors que je me retrouvais propulsé en avant en même temps que ma déesse.

Nous nous écrasâmes quelques mètres plus loin, dans un bruit de métal et d'explosion qui était effrayant. J'entendis des os craqués, mais était-ce les miens ou les siens? Je souhaitais de toutes les forces de mon âme qu'il s'agisse de moi mais je devinais sans peine que je m'étais trompé. Athéna se mordit la lèvre inférieure alors que nous étions tombés l'un et l'autre contre la paroi de la montagne. Je la tenais par les épaules alors qu'elle serrait l'un de ses bras avec force. Celui-ci saignait et je remarquais la couleur violacé qu'il était entrain de prendre. Elle avait été blessé par notre chute et je ne pris que quelques secondes pour vérifier que ce n'était pas trop grave.

Je bondis ensuite sur mes jambes, ma fureur décuplée par le fait de ce qu'elle venait de subir. Je ne fis alors même pas attention à l'impact qu'avait eu sur ma propre personne le coup de Phaéton. J'étais tremblant de la tête au pied, mais ma colère me suffisait pour garder l'esprit clair et le contrôle de mes mouvements. Je pris la princesse par la main et l'aidait à se relever en lui souriant. J'avais foi en ma propre victoire et je devais lui donner confiance en moi.

-Courage, princesse... vous ne souffrez pas trop au moins?

-Non, Saga. Et toi?

Je ne vis qu'à cet instant que j'avais su assez bien résisté à l'attaque que j'avais encaissé. Ce ne devait pas être l'une des bottes secrètes de mon adversaire puisque j'étais parvenu à me relever sans broncher et sans ressentir quelques conséquences ou séquelles de ce que je venais de subir. Je ne sous-estimais pas les Berserkers, ce qui ferait sans doute mon avantage puisque ces derniers se croyaient toujours supérieurs aux combattants d'Athéna.

-Restez ici, vous n'avez rien à craindre tant que je serai debout. Et je ne risque pas de tomber, je vous le garantis...

Elle me sourit à son tour ce qui fut, à mon sens, le plus grand de tous les encouragements que j'aurais pu recevoir. Elle prit ma main et exerça une pression sur celle-ci, comme pour me souhaiter bonne chance. Pour elle, je les vaincrais tous les deux et en même temps s'il le fallait.

Je me retournais vers les deux envoyés d'Arès et leur souris avec ironie, tout en prenant bien garde à m'éloigner de Saori et à les attirer ainsi de mon côté. J'espérais que l'un de mes compagnon viendrait bientôt et l'emmènerait pour qu'elle poursuive sa route et rejoigne son ennemi. J'aurais évidemment préféré l'accompagner jusque dans le fief du dieu de la guerre moi-même, mais je n'avais plus le choix. Tuer ou être tuer. C'était tout ce qui me restait.

-Et bien, c'est tout ce dont vous êtes capable? lançais-je, pour attiser leur colère et leur faire oublier la présence de ma déesse près de nous.

-Ne t'inquiète donc pas de l'état de nos pouvoirs et prépare-toi plutôt à expirer dans quelques instants, me répliqua d'un air suffisant Épiméthée.

-Ne sois pas si sûr de ta force, rétorquais-je du tac au tac car je n'étais guère impressionné par les grandes manières ou les vantardises dont ils semblaient être, l'un et l'autre, coutumiers. Et pourquoi m'avoir attaqué alors que le coup aurait très bien pu blesser Athéna?!

Phaéton haussa les épaules avec fatalisme et eut une moue indifférente, presque d'excuse.

-Ah... on a oublié de te prévenir! On ne doit pas tuer Athéna, la blesser par contre, n'est pas interdit... Et puis de toute manière, nous savions fort bien que tu te mettrais devant elle en voyant ce qui arrivait sur vous. Comme tu pourras le constater, Saga, mes calculs n'étaient pas faux et il n'y avait donc pas grands risques pour elle. Et puis, cesse donc de t'inquiéter pour son existence, car tu ferais mieux de t'affoler pour la tienne, qui est plus en danger.

Il éclata ensuite d'un rire de gorge profond et vulgaire, qui ne ressemblait pas du tout à l'image de distinction qu'il essayait de projeter sur moi depuis le début de notre rencontre. Il s'arrêta aussi soudainement qu'il avait commencé, ses grands yeux roses se fixant sur moi puis sur Saori.

Il réfléchissait visiblement au meilleur moyen de nous avoir tous les deux, moi, en me tuant, elle, en l'enlevant et en l'amenant aux pieds de son maître. Mais pour obtenir Athéna, il comprenait qu'il faudrait d'abord m'affronter, ce qu'il considérait sans doute comme la meilleure partie de sa mission.

Et Épiméthée, quel rôle jouait-il exactement dans les plans de Phaéton, qui était visiblement le meneur du groupe? Je n'en avais pas la moindre idée et cela faisait naître en moi une certaine appréhension. Peut-être, et même sûrement, allaient-ils se séparer la tâche? En ce cas, je ne pourrais pas être à deux endroits à la fois, ni porter deux coups en même temps. Cela promettait d'être très difficile et je priais intérieurement pour que l'un de mes compagnons arrivent.

Je n'y comptais malgré tout pas trop, car, en temps que chevalier et dès mon enfance, on m'avait appris à ne dépendre que de moi-même et de ma propre puissance, à ne pas attendre une aide de quelqu'un d'autre. On m'avait appris tout cela pour le cas ou je me trouvais dans des situation similaires à celle que j'étais entrain de vivre.

Je jetai un dernier regard vers Athéna dans l'espoir qu'elle disparaisse, qu'elle se volatilise loin du danger mais cela lui était impossible. Le cosmos d'Arès était répandu dans toute l'île et elle ne pouvait pas se téléporter, ni même traverser les domaines à la vitesse lumière à laquelle nous étions tous accoutumés.

-Et bien, Saga, encore à penser à la vie de ta chère déesse?! Mais laisse-la donc et profite plutôt de l'affrontement sans pareil que je vais t'offrir! Donne-la à Épiméthée et qu'enfin, le jeu commence car je n'y tiens plus.

-Comment oses-tu me proposer quelque chose de semblable? Comment peux-tu penser que je laisserai celle à qui je dois entière fidélité aux mains d'un barbare? Je préfère vous affronter tous deux en même temps plutôt que d'imaginer que l'un de vous puisse ne serait-ce que l'effleurer.

Je m'emportais et je sentais ma force monter peu à peu en moi, en une lente mais terriblement dévastatrice explosion de cosmos. Mes adversaires étaient prêts à fondre sur moi et... ça y était.

Phaéton se précipita sur moi, ses immenses cheveux flottants derrière lui, la mine hagarde et un sourire cruel aux lèvres. Il me porta un coup de poing au visage que j'esquivais aussitôt avec de lui rendre la pareil.

Je sentais la force qui émanait du corps de mon opposant, tout comme il devait éprouver la chaleur de mon énergie. Il m'assena une série de coups au visage, et je devais aller à une allure incroyable pour tous les éviter.

Il... Athéna! Je ne pouvais plus la surveiller alors que je me mettais en position de parade tout en portant un coup de pied dans le menton de mon adversaire. Il sauta sur le côté et m'empoigna par les épaules. Je fis immédiatement de même car je n'avais pas le temps de réfléchir à une quelconque attaque et je m'interrogeais malgré tout. Pourquoi un corps à corps alors que nous possédions l'un et l'autre, du moins je le supposais dans son cas, des attaques d'une puissance incalculable? Pour m'empêcher de garder un oeil sur Athéna évidemment et le pire, c'était que son plan fonctionnait bel et bien. Il m'avait déporté sur le côté et me faisant reculer alors qu'il m'agressait, et Saori... je ne distinguais plus sa silhouette, pas plus que celle d'Épiméthée qui devait être entrain de l'empoigner pour l'amener avec lui.

Une rage sans précédent m'envahit et je fis éclater ma cosmo-énergie en lâchant un cri de fureur, ce qui projeta Phaéton à plusieurs mètres en arrière. J'étais entouré de ma lumière dorée alors qu'il se relevait et se jetait sur moi, me précipitant dans la terre et m'assenant quelques coups de poings sur les oreilles. Je l'attrapais par les bras, le soulevant et l'envoyais s'écraser contre une paroi de la montagne. Il était terriblement hargneux et j'eus à peine le temps de me détourner de lui qu'il était déjà entrain de me donner une volée de coups.

-Arrêta ça tout de suite! hurlais-je alors que je n'avais plus aucune idée de ce que devenait la princesse.

Je mis alors toute la force dont j'étais capable dans ma main, faisant exploser mon cosmos à son paroxysme dans mon coup de poing que je lui assenais dans l'abdomen.

Il cracha du sang alors que je prenais sa tête et, tout en le faisant tourner à une vitesse hallucinante autour de moi, je le renvoyais en arrière avant de me précipiter vers l'endroit ou se tenait Athéna auparavant. Je ne la voyais plus et... si!

-Princesse, je viens à vous! criai-je en sautant en l'air et, arrivant du ciel, je frappais de mon talon la tête d'Épiméthée qui la maintenait de force par le bras.

Il s'écroula, plié en deux comme l'était son ami un peu plus loin. Je saisis Saori par les mains et l'attirais vers moi. Je ne savais décidément pas comment j'allais m'en sortir pour livrer ce combat car déjà, les deux Berserkers étaient de nouveau sur pieds, un sourire ravi aux lèvres. Visiblement, j'étais à la mesure de ce qu'ils espéraient et je ne les décevais pas.

-Ligthning Destruction! hurla avec une voix empreinte de folie Phaéton, alors que sa bouche écumait de voir comment j'allais faire pour sauver ma déesse et pour me sauver moi-même.

Je projetais au maximum de ma vitesse Saori sur le côté, et bandais tous mes muscles, comme pour créer un bouclier de cosmos autour de moi, pour encaisser cette vague lumineuse. L'effet était encore pire que ce que j'avais songé. Mon corps était littéralement lacéré de traits de lumière, prêt à imploser à toute seconde et l'impression que le ciel de charbon et la terre d'ébène que je foulais se précipitait l'un dans l'entre m'envahit.

Je vacillais en arrière, m'écroulant, alors qu'Athéna se précipitait vers moi, visiblement sans se soucier qu'il récidive et qu'elle se trouve dans le champs de l'attaque.

-Saga, Saga... tu..

Elle s'agenouilla prêt de moi alors que je tentais de me remettre tant bien que mal debout. Maintenant, c'était Épiméthée qui voulait tester sur moi sa force et je me rendis cruellement compte que je n'étais pas de taille pour deux ennemis à la fois. Avec un seul j'aurais, à la rigueur, pu m'en sortir, mais deux, non, ce n'était humainement, même pour un chevalier de ma trempe, pas faisable.

Je m'étais relevé du coup que l'on m'avait assené par un miracle de volonté, alors que je tremblais de la tête au pied, en un mouvement convulsif et incontrôlable. Les séquelles de son coup se faisaient sentir et j'aurais pu jurer que se trouvait encore dans mon corps les froids rayons lumineux de Phaéton.

-Vous êtes fous, articulai-je en réalisant que mes jambes ne me portaient plus qu'à moitié, vous avez vous même dis que vous ne deviez pas la tuer et...

-Cesse donc avec la vie de cette fille, nous n'avons pas besoin de faire attention à elle, tu le fais assez bien pour trois! répliqua Épiméthée.

Prêt de moi, je sentis le corps d'Athéna se raidir et je ne compris qu'à retardement pourquoi. Quelqu'un approchait et...

Mon regard s'embruma d'une joie sauvage alors que je saisissais qu'Aioros et Shaka venaient à notre rencontre, accompagné, mais venant d'une direction opposée, du jeune chevalier d'Andromède. Mais ils ne seraient là que dans quelques minutes et cela était amplement suffisant, pour deux guerriers d'Arès, pour venir à bout de moi et emporter la déesse. Je n'avais donc pas le choix et la solution m'apparut alors comme évidente. Il fallait tenter le tout pour le tout, quitte à risquer nos deux vies en exécutant mon plan. De toute manière, si nous restions là, nous allions périr sous les coups cumulés des Berserkers, alors autant s'offrir une chance de survivre, même si elle était infime.

Je me tournais vers Saori alors que je tentais, en vain, de faire cesser mon tremblement.

-Princesse, il va falloir que vous me suiviez et que vous m'accordiez toute votre confiance.

Je vis alors dans son regard qu'elle avait une foi absolue en moi et cela me remplit d'un tel bonheur, me mit dans un tel état de grâce que j'en aurais pleuré. Moi, le chevalier des Gémeaux, celui qui avait trahi Sion, Athéna, le Sanctuaire et ses propres valeurs il y avait de cela à peine quelques années, avait le droit à la confiance la plus totale d'Athéna.

Elle n'avait nullement l'air effrayé par ce que je préparais et je compris qu'elle m'aurait suivi n'importe ou si je le lui avais demandé. Elle était prête à remettre sa précieuse vie entre mes mains, sans discuter, sans poser la moindre question. A cet instant, je me sentis véritablement comme un chevalier, plus encore que je ne l'avais jamais été et que je ne le saurais jamais. Mais il fallait faire vite et je n'avais pas le temps de m'épancher plus longtemps sur l'intense joie qui me remplissait l'âme et le coeur.

Je passais un bras derrière ses épaules et sous ses genoux, pour la soulever de terre. Elle me semblait aussi légère qu'une plume et je lui souris, sous les yeux ébahis de nos deux opposants.

-Mais qu'est-ce qu'ils font? interrogea Phaéton.

Son comparse haussa les épaules, ses sombres yeux écarquillés par l'étonnement et la surprise.

Je scrutais une demi-seconde les cieux, qui étaient lugubres à souhait et seulement zébrés de temps à autre par un éclair à la scintillante et la luminosité rougeâtre. Je tenais Saori fermement dans mes bras alors qu'elle passait ses mains derrière ma nuque, pour mieux s'accrocher à moi. Elle avait sans doute deviné ce que j'allais faire.

Je vérifiais que la statuette de son armure était toujours à sa ceinture et je lui souris de nouveau, moins pour lui donner confiance que pour me rassurer. J'avais la plus précieuse des choses entre les mains, l'existence d'Athéna, de la gardienne de la paix, de la justice et de l'amour sur terre et je devais tout faire pour la sauver, même si ma vie était le prix à payer. Je la serrais avec plus de force contre ma poitrine, pour être certain de ne pas la perdre en route et j'enflammais mon cosmos. J'avais repéré ce qui nous servirait de tremplin et me permettrait de prendre ensuite appuie sur les parois des montagnes.

Nous fûmes bientôt entourés de la lumière dorée de mon cosmos... et du sien. Ils se mélangeaient et nous protégeaient l'un et l'autre en se fondant en une seule et même énergie.

Je m'avançais alors vers un rocher, avec lenteur, comme pour maintenir la tension pour mes ennemis et les laisser tellement pantois qu'ils n'auraient aucune envie de nous suivre. Quand nous fûmes acculés au pied de la montagne, j'ai échangé un dernier regard avec la princesse. Je lui demandais muettement si elle se sentait prête, si elle n'avait pas changé d'avis sur mon compte. Et elle me répondit, tout aussi silencieusement, qu'elle me remettait sa vie sans une once de peur.

Était-ce vrai ou le faisait-elle simplement pour me donner foi en moi-même? La première réponse me parut la plus juste, peut-être et même sûrement parce que j'en avais très envie, mais aussi, parce que mon sixième sens me le soufflait.

Elle battit lentement des paupières avant de fixer son regard sur moi. Je n'arrivais pas vraiment à définir ce qu'elle ressentait à cet instant. Mais j'étais persuadé qu'elle n'avait pas peur et c'était la seule chose qui comptait. Je l'observais pour ma part avec gravité. Ce que j'allais faire était loin d'être sans le moindre danger mais il fallait tenter le tout pour le tout et ne plus réfléchir.

Je hochai la tête, lui signifiant que nous allions à présent devoir y aller. Elle ferma alors les yeux définitivement et je lui souris avant de respirer profondément. Épiméthée eut un mouvement d'impatience et je crus pendant quelques secondes qu'il allait fondre sur nous. Je lui lançais un regard foudroyant qui le figea sur place. Il ne s'était jamais sans doute attendu à être immobilisé par un simple coup d'oeil et en restait pantois lui-même.

Alors, je me décidais et je fis tout basculer, je me courbais sur mes jambes alors qu'elle resserrait l'étreinte de ses bras sur ma nuque, je me concentrais et...

Des ailes m'avaient poussé, il n'y avait pas d'autre expression.

Je me projetais en avant, me récupérant sur les pieds sur la paroi d'en face et me donnant la vitesse nécessaire à notre envol. Je bondis dans les cieux, mon cosmos laissant des traînées dorées derrière nous alors que je tenais toujours aussi solidement Athéna. Sa toge voletait dans les airs et elle était si solidement accrochée à moi que je pouvais presque sentir son coeur battre contre le métal de mon armure.

Je sus soudainement que derrière nous les Berserkers n'en croyaient pas leurs yeux, qu'ils réalisaient que dans la nuit, ils avaient peu de chance de nous retrouver mais qu'ils tenteraient quand même de nous suivre. Mais je sus, alors que je fendais le ciel dans le but d'atterrir en haut des gigantesques précipices que nous nous en étions sortis car j'entendis cette voix derrière moi, alors que Phaéton s'élançait déjà notre suite.

-Chaînes nébulaires!

9ième partie


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