Saga d'Arès

Episode 9: Les armes de la Balance

© 2001 by Saori

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Kanon

Je saignais toujours abondamment mais j'avais l'impression que le feu qui brûlait en moi s'était un peu éteint et qu'il ne restait plus que des braises. Non, je n'allais pas bien, j'étais même très loin de cet état, mais j'allais mieux. C'était déjà ça.

J'avais perdu la trace de mes quatre compagnons et je n'arrivais pas à retrouver les ondes que dégageaient leur cosmos. Le mien était beaucoup trop faible pour cela, et je ne savais pas comment me guider, alors que j'étais seulement à moitié en vie, que je perdais ce qui me semblait être des litres de sang, que j'avais l'œil hagard, la mine défaite, le teint cireux et en même temps rouge vif à cause des écorchures qui me rayaient la peau. Mon état était alarment, mais je sentais bien que je n'allais pas mourir. Je luttais contre moi-même et je savais que je sortirais vainqueur de cet affrontement, peut-être le plus terrible que je n'avais jamais eu à mener.

Et où en était Mu pendant ce temps là? Comme moi, il essayait de s'accrocher de toutes les forces qui lui restaient à son existence compromise. Parfois, alors que je croyais que j'allais m'éteindre et disparaître à jamais dans le gouffre de la mort, le cosmos protecteur, doux et chaud d'Athéna venait m'entourer, et me redonner espoir et courage pour continuer à me débattre des liens, terriblement solides, dans lesquelles la mort voulait me maintenir.

Je marchais en vacillant, tremblant comme une feuille morte, comme un enfant apeuré de voir son âme s'échapper de lui-même, de voir son corps se vider de la substance principale qui le composait, son esprit en l'occurrence. Je ne craignais pas de perdre la vie, non, car le destin était ainsi fait que nulle n'échappait à la punition divine, mais je craignais pour la cause de la déesse. Il fallait à tout prix que je fasse le prochain pas, que je prenne la prochaine respiration dans le but ultime d'arriver à la rejoindre et de l'aider, une toute dernière fois peut-être avant de pousser mon dernier soupir, à vaincre le mal et à sauver le genre humain. L'enjeu de cette guerre sainte était immense et nous ne pouvions pas perdre et pourtant... malgré le peu de force qu'Esculape avait bien voulu me laisser, je saisissais que nous étions, nous, les chevaliers d'Athéna, ces glorieux messagers d'espoir, entrain de voir la situation nous échapper.

Arès combattait déloyalement, mais il fallait bien s'y attendre de la part d'un être aussi impitoyable et cruel que lui. Il envoyait plusieurs de ses meilleurs guerriers en même temps, pour nous désorienter, nous mettre en une telle position de faiblesse que nous étions certains d'y laisser notre vie et en même temps la seule chance de l'humanité. Car nous étions l'ultime recours des peuples de la terre, même si ces derniers ne le savaient pas.

Je me cognais contre un tronc d'arbre que je n'avais pas vu, mes yeux étant toujours à demi clos car mes paupières étaient presque soudées l'une à l'autre. Quelle proie facile n’étais-je pas! Je me trouverais dans l'incapacité la plus totale de me défendre si jamais un ennemi venait à moi. De plus, j'étais presque aveugle, à moitié sourd et mes mouvements étaient saccadés, incontrôlables... je n'avais aucune chance de m'en sortir dans un affrontement, pas plus que Mu n'en aurait eu si l'on venait à lui chercher querelle.

Le chevalier du Bélier et moi avions été les premiers à combattre et c'est sans doute ce qui avait créé un lien ténu mais bien réel de communication entre nous. Il s'affaiblissait à chaque instant un peu plus, tout comme moi, son combat avait été rude, tout comme le mien, et je me sentais véritablement proche de lui alors que nous vivions peut-être en parallèle les dernières secondes de nos existences. Mais au moins, nos vies n'auraient pas été inutiles, car, du fait que nous ayons réussi à vaincre nos opposants, tout avait trouvé une justification. Nous avions accompli notre devoir envers Athéna et l'humanité et nous pouvions, à défaut de vivre, mourir la tête haute.

Mais je n'avais pour le moment qu'un pied dans la tombe, et j'essayais de me débattre pour le retirer et m'en servir afin de poursuivre ma route. J'allais me battre. J'allais survivre. Tel était mon leitmotiv qui m'aidait à parcourir toujours un peu plus de route. Mu faisait de même à des kilomètres de distance de moi.

Je buttais soudainement contre une racine alors que je réalisais que le temps avait beaucoup changé depuis tout à l'heure. Il faisait nuit en plein jour et cela était du à un Berserker, à n'en pas douter. Je pouvais d'ailleurs dire qui était aux prises avec nos ennemis à l'instant même ou je tombais à terre, après avoir de nouveau trébuché contre une pierre.

Aphrodite avait de sérieux ennuis, Aioros et Shun aussi, sans parler du groupe de Milo et d'Aiolia! Nous perdions le contrôle et il fallait vite redresser la barre. Si seulement j'avais été en état d'agir, de courir vers Dohko et Nikè pour les rejoindre et les épauler. Je...

Le fil de mes pensées s'interrompit soudainement. Que se passait-il? J'entendais un curieux bruit. Non, il ne s'agissait pas du bruit d'une marche, je devais faire un rêve, ou plutôt un cauchemar! J'étais privé de plusieurs de mes sens, mais pas au point de ne pas me rendre compte que l'on s'approchait de moi, et que les énergies qui m'entouraient étaient hostiles et menaçantes. Non. Je me relevais tant bien que mal et tournais sur moi-même. On m'encerclait. La pire des choses que j'avais imaginé était entrain de se produire.

De nouveaux adversaires venaient à moi.

* * *

Aiolia

J'avais décidé de rester, laissant ainsi une chance à Hyoga et à Milo de continuer leur route. Il fallait qu'au moins un ou deux d'entre nous parviennent au palais du dieu de la Guerre et je m'étais résigné au fait que ce ne pourrait pas être moi. Ni Masque de Mort puisqu'il avait tenu à rester à mes côtés pour combattre les deux berserkers qui nous avaient encadrés.

J'étais d'ailleurs étonné de son insistance à rester ici pour combattre avec moi. Il voulait sans doute prouver sa fidélité à Athéna malgré ses airs bourrus, son indifférence affectée et son cynisme permanent. Je ne pouvais pas me plaindre de sa compagnie car je devais admettre que seul face à deux commandants d'Arès, je n'aurais jamais, au grand jamais, fait le poids.

Alors que Milo et Cygnus étaient encore près de nous, je leur avais dis de s'en aller, de partir le plus vite et le plus loin possible, pendant que nous retenions les deux berserkers qui étaient à l'origine de ce brusque changement de temps. Altaïr des éléments et Fomalhaut du Poisson Austral.

Le visage de ce dernier ne m'était pas inconnu, mais pourquoi? Alors que nos deux compagnons partaient et que nous occupions nos deux ennemis, j'avais attentivement observé le visage de Fomalhaut. Ses yeux noisettes, cette chevelure courte verte pâle, presque bleutée, cette haute taille et ce corps malgré tout très mince, on aurait dis... non.

Je ne voyais pas vraiment qui il me rappelait. Ni qui il était. Pourtant des souvenirs de mon enfance jaillissaient dans ma mémoire, sans que je puisse les contrôler. Il datait de l'époque ou mon frère Aioros venait juste de perdre la vie. J'avais alors été mis à l'écart du Sanctuaire, je n'avais même plus le droit de venir dans les arènes sans qu'on me lapide de pierres, qu'on m'injurie, qu'on me malmène aussi bien physiquement que moralement.

Et ce visage... que venait-il faire dans ces vieux souvenirs que je n'avais nullement envie de ressasser? Pourquoi intervenait-il comme cela, en plein milieu d'une guerre sainte capitale pour l'avenir de l'humanité? Pour une obscure raison, je sentais que je ruisselais presque de sueurs, non pas de frayeur mais de... non, je n'arrivais pas à expliquer d'ou venait l'étrange malaise qui m'assaillait.

A côté de moi, Masque de Mort ne faisait pas tant de cas et fixait dans les yeux nos opposants. Il était déjà prêt à combattre et se sentait apparemment au summum de sa force... ce qui était loin d'être mon cas. Je me demandais lequel des deux hommes nous avaient fait subir précédemment une vague de sommeil qui aurait très bien pu nous assommer si nous n'avions pas si bravement résisté.

-Je suis Aiolia, chevalier d'Or du signe de Lion, articulai-je avec difficulté, et voici Masque de Mort chevalier d'Or du signe du Cancer.

-C'est un bien joli nom! répliqua Altaïr avec ironie. Je ne pensais pas trouver un jour un combattant d'Athéna qui le porterait... à moins qu'il ne s'agisse de l'homme qui a autrefois trahi sa cause, ce qui expliquerait tout!

Il m'avait l'air bien au courant pour un Berserker endormi depuis des siècles et je ne tardais pas à le lui faire remarquer.

-Oui je sais, mais nous avons ou plutôt nous avions, à en croire son cosmos, l'espion le plus extraordinaire de tout temps les temps à notre solde, Argus du Paon. Il possédait mille yeux et savait absolument tout. C'était bien pratique mais il a malheureusement perdu la vie face au chevalier du Bélier.

-Mu! fis-je en chœur avec Masque de Mort.

Nous connaissions maintenant l'identité de celui qui avait mis notre ami en pareil état. Argus, ce nom m'était familier car il prenait racine dans la mythologie mais je n'avais pas le temps de me pencher plus profondément sur la question. Tout ce qui comptait était, pour le moment, Altaïr et Fomalhaut.

-De qui t'occupes-tu? interrogea Altaïr en tapota du bout des doigts sa fine bouche.

Je ne voyais pas les yeux de ce dernier car ils étaient cachés par son casque. Seule une cascade de boucles brunes étaient visibles et je devinais son visage plutôt régulier. Mais mon regard n'arrivait pas à se fixer sur ce Berserker et revenait invariablement au chevalier du Poisson Austral. Cela sonnait étrangement à mes oreilles. Tout d'abord, parce que cela ma rappelait quelque chose et ensuite parce que ce nom ne convenait pas à un guerrier d'Arès. Non, Le Poisson Austral était une constellation et il aurait été normal que se soit un chevalier d'Athéna qui hérite de ce titre puisque...

Je venais de comprendre.

* * *

Aphrodite

Quand je jaillissais de nouveau à la surface, je compris que mes compagnons étaient partis et qu'ils m'avaient laissé affronter seul ce mystérieux et incroyable ennemi sans que j'aille à le leur demander.

Ce monstre invisible m'avait apparemment désigné comme son adversaire dès le départ et je ne pouvais pas faire moins que de répondre à son appel et à sa demande.

Il m'avait entraîné à deux reprises dans les fonds des marais et je m'étais aperçu d'à quel point ces derniers pouvaient être profonds à cet endroit. J'avais du mal à respirer, des algues collaient à mes narines, et l'odeur âpre de l'eau glauque s'insinuait dans mes sinus et dans mes poumons. C'était extrêmement désagréable, mais pas insupportable et cela créait un net désavantage de mon côté.

Non seulement, je n'arrivais absolument plus à respirer lorsque je me trouvais sous l'eau, mais je n'entendais ni ne voyais plus rien. Mes mouvements étaient saccadés, et, ce qui était beaucoup moins grave mais tout aussi condamnable, disgracieux - et je ne pouvais plus me guider qu'à la force de mon sixième sens.

Le démon marin ne m'avait attaqué que deux fois, ce qui me suffisait largement, mais si je voulais mener mon combat à bien, je devais le débusquer de sa cachette, et je craignais qu'il ne se soit dissimulé que dans le seul but de nous séparer les uns après les autres, faisant ainsi de nous des proies plus vulnérables. Mais ce plan était beaucoup trop rusé pour un Berserker dont le cerveau, me plaisais-je à le croire, était atrophié à force de rester dans les effluves marécageux qui se dégageaient de ce maudis endroit.

Après la deuxième attaque, j'avais plongé à sa rencontre sans le trouver pour autant. Il ne désirait sans doute pas que je prenne les offensives et avait préféré se cacher comme le lâche qu'il était dans une tanière secrète. Mais cela n'arrangeait pas beaucoup la situation dans laquelle je me trouvais car je ne pouvais qu'attendre, chose que je n'avais, dans toute mon existence, jamais supporté.

-Et bien? criai-je dans le néant du silence et en ridant du regard l'épaisse et vaseuse surface de l'eau. Et bien? Quand te décideras-tu à te montrer au grand jour?

Enfin, si je voulais, car le ciel était toujours aussi noir, si ce n'était plus que tout à l'heure, et maintenant, même hors de l'eau, j'avais l'impression que l'on m'avait supprimé le sens de la vue.

-Aurais-tu peur de m'affronter? Je croyais pourtant que c'était ce que tu souhaitais en m'attirant sous l'eau, si on peut appeler cette texture comme cela! Alors dépêches-toi, si tu n'as pas peur, viens à moi car je partirais dans le cas contraire. Tu ne veux tout de même pas manquer une si bonne occasion de te battre, et de te faire humilier, cela va de soi.

Je savais que la provocation était la meilleure manière de le faire sortir de son antre et qu'il ne résisterait pas à un aussi charmant appel que le mien. J'excitais sa colère et son envie de me réduire en miettes et, même si je devais le regretter amèrement plus tard, au moins, aurais-je réussi à le faire venir à moi. J'appliquais en ce moment l'un des fidèles enseignements de mon maître.

"Si la force et le courage ne suffisent pas, alors reste la ruse, l'une des armes les plus puissantes existantes."

Tels avaient été ses paroles alors que je me trouvais être un jeune garçonnet de cinq ans, encore gauche et impressionnable. J'avais fait de cette phrase ma ligne de vie, et même si j'avais commis quelques "ratés" je devais avouer qu'elle fonctionnait plutôt bien. Les muscles servaient bien souvent, et même tout le temps dans les guerres saintes, mais la véritable arme qui permettait de triompher était l'intelligence. Il n'y avait qu'à voir Athéna. Elle ne combattait jamais et pourtant, ressortait toujours vainqueur de ses affrontements avec les autres dieux. C'était évidemment grâce à nous, ses chevaliers, mais aussi grâce à sa maîtrise d'elle-même et à son esprit.

J'approuvais intérieurement mon propre discours en hochant la tête alors que je sentais quelque chose me frôler les jambes et... cela faillit me saisir, mais à la dernière seconde, je bondissais en l'air, mon ennemi s'attendant si peu à cette réaction, qu'il me suivit dans mon saut.

Et... par Zeus, Athéna et tous les dieux de l'Olympe qu'il était laid! Laid à faire peur! Il était ignoble!

J'avais pu le constater car, alors que je me trouvais à plusieurs dizaines de mètres de hauteur, j'avais baissé les yeux pour voir qu'est-ce qui m'avait attaqué à deux reprises et je n'avais pas été déçu par l'horrible spectacle qui s'était offert à moi. Je me retenais de pousser un cri d'effroi qui montait naturellement à mes lèvres alors que l'immondice que j'avais fait jaillir avec moi, s'enroulait autour de ma jambe. Il était énorme pourtant, gluant et recouvert de cet épais liquide marron qui formait les marécages, quelques touffes de cheveux parcouraient ce qui devait vraisemblablement lui servir de crâne et je réalisais à présent qu'il ne possédait pas d'yeux. C'était, cela m'apparut évident, le croisement entre un homme normal, mais déjà pas très avantagé, et une espèce de sangsue.

-Aphrodite, chevalier d'Or du signe des Poissons, déclarai-je en retombant dans les marais qui seraient sans doute le théâtre de notre affrontement.

Comme mon nom me paraissait justifié alors que j'étais en face de ce démon putride! Il me répondit alors d'une voix caverneuse et puissante.

-Leech, du Sanguinaire.

* * *

Aioros

L'éboulement de la montagne nous avait tous séparés et nous avions mis un temps beaucoup trop précieux à nous retrouver. Je n'avais de toute façon pas chercher mes compagnons, car, même si je le désirais ardemment, il fallait tout d'abord que j'aille me rendre compte de l'état d'Athéna et prêter main forte à Saga qui se trouvait auprès d'elle et qui lui avait sauvé la vie.

Tout de même, quel changement il s'était opéré en le chevalier des Gémeaux. Une véritable renaissance et je saisissais qu'il était maintenant capable de tout pour venir en aide à notre déesse. C'était plus que rassurant de le savoir avec un homme tel que lui, ce qui ne m'empêchait pourtant guère de presser le pas à leur rencontre. J'avais deviné les cosmo-énergie de deux Berserkers auprès d'eux et j'avais compris qu'ils s'apprêtaient à les attaquer lâchement car ils étaient numériquement supérieur. Et Saga devait en même temps protéger Athéna et risquait de perdre la vie si le combat se déroulait comme je l'imaginais.

Sur la route qui me menait jusqu'à eux, j'avais croisé Shaka qui avait à peine échangé un signe de main avec moi et avait poursuivi sa route à une vitesse aussi hallucinante que la mienne. Nous n'avions alors mis qu'une minute, temps qui pouvait bien souvent être capital dans l'existence d'un chevalier, pour rejoindre la princesse et nous l'avions découvert dans les airs, alors que Saga la portait vers le haut des rocheuses et que Shun, à terre et là visiblement depuis un petit moment avant nous, entrain de serrer les dents et de retenir un bras d'un homme au long cheveux argenté et aux grands yeux roses pâles.

Le chevalier des Gémeaux, en nous sentant arriver à son secours, avait probablement tenter le tout pour le tout en s'élevant ainsi dans ses immenses ravins, pour sauver la vie de Saori. Un sourire approbateur du naître sur mes lèvres alors que je les voyais tous les deux atterrir sur le haut de la montagne et partir sans même se retourner vers nous. Ils ne pouvaient pas se le permettre et c'était une marque de confiance qu'ils nous portaient.

Je baissais de nouveau les yeux vers l'endroit ou je me tenais solidement debout et vis que l'homme, le grand brun aux épaules carrés que je n'avais pas repéré avant, s'apprêtait à imiter le chevalier Gemini et a tenté un envol. Je l'attrapais alors avec rapidité par les épaules, me plaçant derrière lui et l'empêchant de continuer ce qu'il exécutait.

-Qu'est-ce que...?!

Il ne s'était visiblement pas encore aperçu de ma présence tant il semblait concentré sur la fuite de la princesse. J'oubliais trop facilement combien les Berserkers étaient orgueilleux et susceptibles et ne toléraient pas de voir ce qu'ils désiraient leur échapper. Pourtant, ils allaient bien devoir si faire aujourd'hui, car ils allaient tous, les uns après les autres, perdre la vie.

-Nous nous occupons, Shun et moi, de ces deux-là! m'écriai-je alors que mon adversaire se débattait avec force pour se libérer de mon prise. Alors suis les Shaka, ou tu perdras leur trace!

Le chevalier de la Vierge acquiesça en silence, car il savait parfaitement que son rôle n'était pas auprès de nous. Il devait au contraire nous laisser nous débrouiller seuls et escorter Athéna jusque devant Arès. J'étais persuadé qu'il l'avait compris avant même de mettre un pied sur l'île d'Azura.

Je le vis s'arquer sur ses jambes, prendre une profonde respiration, et sauter à son tour dans les cieux au moment même ou un gigantesque éclair rouge barrait la surface noirâtre de la voûte céleste. Ce ne fut que lorsqu'il eut disparu du haut des rocheuses que je lâchais mon ennemi et que Shun en fit de même, car le temps des présentations était venu.

-Aioros, chevalier d'Or du Sagittaire.

- Commandant Épiméthée du Contrôle.

-Shun, chevalier de Bronze d'Andromède.

-Commandant Phaéton de l'Attirance.

Nous avions échangés nos noms avec acrimonie et véhémence, presque comme si nous nous les crachions aux visages les uns des autres. Ainsi, j'avais affaire à un commandant et Shun aussi. Oui, j'aurais du m'en douter et il me semblait à présent évident que deux simples soldats n'auraient jamais réussi à dérouter le chevalier des Gémeaux!

-De Bronze as-tu? entendis-je non loin de moi.

C'était la voix à l'accent traînant de Phaéton. Je constatais qu'il toisait Shun d'un air supérieur qui me déplaisait fortement. J'avais beau n'avoir qu'un an de plus que le jeune Bronze Saint, je me sentais responsable de lui et ressentais le besoin de le défendre et de le protéger, comme je l'avais si souvent fait avec son frère Seiya et comme je le ferai tant qu'ils auraient besoin d'un soutien moral qui n'était autre que moi. Phaéton avait une expression ironique, presque cynique sur le visage qui avait le don de m'exaspérer.

-Du Bronze? C'est une plaisanterie! Tu oses te présenter devant moi, un commandant d'Arès, alors que tu n'es qu'un chevalier de Bronze!

Il riait presque de façon hystérique et Shun écarquilla les yeux avec incrédulité.

-Mais qui te dis que mes pouvoirs ne dépassent pas les tiens? Tu connais simplement mon nom et déjà, tu te juges supérieur, mais tu n'en as nullement le droit!

-Oh mais si j'en ai le droit! J'exige un chevalier d'Or pour combattre! Je ne récolterai aucun honneur à venir à bout d'un misérable de ton espèce.

-Mais nous n'en récolterons pas non plus en tuant deux faiblards tels que vous, rétorquai-je sur le champs. Vous voyez, nous sommes quitte!

Nous n'allions tout de même pas nous laisser marcher sur les pieds sans rendre la pareille tout de même. Pour qui se prenait-il ce Phaéton? Nous étions des chevaliers d'Athéna et Shun, encore plus que quiconque, méritait le respect.

A présent, j'étais échauffé et je me sentais prêt à soulever des montagnes et à écraser n'importe quel adversaire Épiméthée d'abord, parce qu'il fallait bien commencer par quelque part et surtout par quelqu'un!

* * *

Nikè

Je sentais que la plupart des chevaliers d'Athéna était dorénavant en face d'un Berserker. C'était le cas de Shun, d'Aioros, d'Aphrodite, d'Aiolia, de Masque de Mort et même de Kanon! La situation s'accélérait de plus en plus vite et nous ne contrôlions plus rien. Certes, aucun de nous n'avait encore perdu la vie, hormis ce malheureux Aldébaran, mais tout cela ne tenait qu'à un fil qui allait peut-être ne plus tarder à se rompre. Il y avait vraiment de quoi être effrayé et je tournais, tout en continuant à courir, la tête de tous les côtés, tous mes sens étant en éveil car je devinais que nous n'allions plus tarder à avoir nous aussi de la visite.

Arès savait parfaitement ou nous nous trouvions et il nous envoyait ses meilleurs guerriers pour venir à bout de nous. Seulement, nous ne pouvions pas perdre car j'étais la déesse de la Victoire et notre cause était noble et plus encore, juste. Et sur l'Olympe, nous recevions le soutien de Zeus et d'Héphaïstos. Cela avait quelque chose de rassurant mais aussi de terrifiant car cela signifiait que la situation était grave. Le dieu des Dieux lui-même attendait avec impatience le dénouement de ces affrontements sanguinaires ou nous risquions en permanence de perdre la vie.

Et il fallait agir vite car je sentais la terre trembler sous les coups que les humains se portaient mutuellement. J'imaginais sans peine le spectacle qui devait avoir lieu dehors, loin de nous et pourtant de façon si proche. Nous devions délivrer les millions de personnes victimes de l'emprise démoniaque du dieu de la guerre. Il fallait que nous accélérions le pas, que nous donnions le meilleur de nous-mêmes contre les Berserkers qui se présenteraient devant nous. Nous allions gagner, j'en étais sûre et la flamme de l'espoir brûlait en moi avec plus de force de seconde en seconde.

Était-ce grâce à l'énergie que dégageait le chevalier Pégase? Était-ce grâce au calme de Dohko ou encore au sérieux de Shiryu? Quelque que fut la réponse, je me sentais encouragé par leur présence et leur attitude et mon cœur se remplissait de liesse devant la témérité et le courage des chevaliers d'Athéna. Le destin avait une fois de plus formidablement bien accompli son devoir en appelant des hommes tels qu'eux à servir la justice, le bien et la cause des hommes.

Je supposais aussi que ma présence devait les soutenir dans les instants ou ils ne croyaient plus en eux-mêmes, si toutefois cela arrivait. Le fil de mes pensées se bousculait et je sentais que rien n'était perdu, même si le rythme des combats se déroulait à une allure effrénée. Nous allions vaincre et ce soir, quand les nuages d'ébènes se dissiperaient, nous pourrions tous ensemble regarder le soleil se coucher, de façon infiniment plus belle, plus intense et plus heureuse que nous l'avions vu se lever.

Je fermais les yeux en songeant qu'à cet instant, le chevalier du Taureau était encore en vie. Cette guerre nous avait volé une guerrier et combien d'existences d'hommes avait-elle fauchées?

-Sans doute un grand nombre, fit une voix devant nous.

Ma surprise était double. Non seulement, je ne m'étais pas attendu à me retrouver nez à nez avec un combattant d'Arès mais en plus, cette phrase qu'il venait de prononcer mais, c'était la réponse à ce que je pensais!

-Bonjour, messieurs et déesse Nikè...

Nous nous figions tous alors qu'il venait de révéler, le plus naturellement du monde, mon identité, comme s'il l'avait deviné depuis toujours. Comment pouvait-il savoir? Le secret de ma présence avait été jalousement gardé et nul ne pouvait le trouver alors comment... comment avait-il fait?

-Pour répondre à toute vos interrogations, Déesse de la Victoire, il me suffit de me présenter. Je me nomme Bételgueuse, de la Pensée, et je suis commandant. Ceci vous fait-il comprendre cela?

Oh oui! Cela satisfaisait malheureusement ma curiosité à son égard et pas comme je l'aurais voulu. Ce combattant lisait dans les pensées ce qui ne nous laissait que peu de chance de nous en sortir.

Je sentis à mes côtés Dohko se raidir et, sans m'en rendre compte, j'en fis de même. Il avait accès à tout ce à quoi nous songions et donc, à l'éventuel plan que nous pouvions concevoir contre son maître, aux attaques secrètes de guerriers d'Athéna, à... non, je devais m'arrêter, me calmer, penser à quelque chose d'agréable à... Saori, à la guerre Sainte et voilà, je recommençais. Zeus comme il était difficile de cacher ses pensées, même pour une divinité!

-Tu as envie de te battre contre moi, Pégase? demanda Bételgueuse en esquissant un sourire. C'est tout à ton honneur.

Il croisa de ses yeux bleus pénétrants nos regards un à un pour tenter d'y distinguer quelques informations qui auraient pu l'aider. Il allait sans doute déjà rapporté à Arès ma présence, j'espérais de tout mon cœur qu'en plus d'être empathe, il ne soit pas télépathe.

-Pas de chance, dit-il, je le suis aussi.

Il se mit à rire avant de se tourner vers Shiryu et de le toiser de la tête aux pieds. Ses pensées devaient être plus difficiles à lire que les nôtres, apparemment. Mais bientôt, je compris qu'il avait réussi à les capter aussi.

-Non... Shiryu, très bien, il s'agit bel et bien de ton nom, tu oublies que nous ne sommes que deux commandants par domaine. Et le premier était ce pauvre Esculape de la Maladie. Il a trouvé la mort face au chevalier des Gémeaux, si je ne m'abuse... toujours est-il qu'il ne reste plus que moi qui soit titré, et bien-sûr, mon empereur. Mais, je vais te rassurer car je suffis largement à vous vaincre tous. Et quand j'en aurais fini avec ma première victime, je viendrais trouver la suivante. Cela répond-il à ta question?

Il s'esclaffa sans vraiment mettre de l’enthousiasme dans son éclat de rire. Il ne lui restait plus que Dohko à analyser et j'étais déjà certaine qu'il n'y arriverait pas. Il était capable de faire le vide le plus absolu dans son esprit et s'était sans doute déjà exécuté.

Bételgueuse secoua la tête, pour se vider lui aussi, sans doute, de ses réflexions et percer le mystère qui représentait le chevalier de la Balance. Il ferma les yeux alors qu'un silence fragile s'abattit sur nous, pendant ce qui me semble être éternel. Les deux hommes s'affrontaient du regard, mais ils ne songeaient ni l'un ni l'autre à quelque chose. Je les admirais de si bien se résister mutuellement, sur un plan aussi difficile que ce dernier. Mais mon esprit ne tarda pas à se remettre à fonctionner.

J'étais Nikè et Arès était dorénavant au courant. Comment allait-il réagir? Allait-il envoyé quelqu'un de spécial à ma rencontre? Ceux pour lesquels j’étais revenue autrement dit? On essayait souvent, du moins, à l'époque de ma première réincarnation dans l'Antiquité, de me corrompre, de me faire changer de côté, d'aller dans celui des vainqueurs me disait-on. Mais je n'avais jamais servi que Zeus et Athéna ainsi que la justice et cela ne varierait jamais. Généralement, cette réponse était accompagnée d'une pluie d'injures, de coups et se terminait par un affrontement.

-Mais... ah! Comment fais-tu? cria Bételgueuse en me faisant ainsi sortir de mes rêveries.

Il semblait admiratif et ne trépignait pas sur place d'énervement comme je m’y étais attendu. Il réussissait parfaitement à se contenir. Le Grand Pope lui avait tenu tête et il était pourtant loin d'apprécier. Dohko haussa les épaules avec une feinte désinvolture.

-Je ne sais pas, je crois que c'est l'habitude... lorsqu'on médite beaucoup, on arrive bien souvent à sortir de son corps ou à laisser son esprit en repos sans trop de difficultés.

-Je ne te crois pas, il doit y avoir une astuce.

-Oui, répliqua Dohko qui trouvait sans doute que l'heure tournait et que le commandant nous tenait la jambe. Plusieurs centaines d'années d'expériences.

Notre ennemi hocha la tête et son visage à demi-caché dans l'obscurité, il avait l'air plus menaçant que jamais.

-Si je ne puis pas lire tes pensées, ni déchiffrer ton esprit, car tu caches trop bien ton jeu, cela ne m'empêche pas d'entendre ton cœur. On peut stopper ses réflexions quelques instants lorsqu'on possède une grande pratique mais certainement pas les émotions ni les sentiments de notre cœur. Et j'ai facilement pu me pencher sur le tien. J'ai cerné ta personnalité et ton passé...

-J'en suis ravi, enchaîna Dohko avec une moue d'indifférence, mais tout ceci ne te regarde nullement et il nous faut partir.

Il se tourna brusquement vers moi et me signifiait d'un regard que j'allais l'accompagner immédiatement. Il ne fallait pas perdre une seconde de plus et continuer d'avancer, même si cela entraînait que nous devions laisser l'un de deux chevaliers de bronze derrière nous.

Pégase s'avança d'un pas vers notre opposant et déclara:

-J'en fais mon affaire de celui-là. Je vous rejoindrai plus tard, dès que nous en aurons fini.

L'optimiste Seiya nous fit un sourire si débordant de sa foi en lui-même, en Athéna et en ses valeurs que mon cœur faillit se fendre. Le preux chevalier qui risquait sa vie sans s'en soucier. Celui lui ressemblait bien d'après tout ce qu'on m'avait dis sur lui après que j'eus débarqué au Sanctuaire.

Il avait combattu durant la bataille des douze Maisons, dans l’Asgard, contre Poséidon et contre Hadès lui-même. Il ne semblait effrayé de rien et reculer, m'avait-il lui-même dis un après-midi ou nous avions discuté ensemble, n'était pas un mot qui faisait parti de son vocabulaire.

Je l'avais apprécié dès la première minute, tout comme j'avais aimé ses frères immédiatement. Il y avait quelque chose de touchant en eux, une grâce fragile et fugace qui ne faisait surface que rarement et qui me rappelait l'enfance. Ils avaient tous de très fortes personnalités, à l'instar des chevaliers d'or, mais n'avait pas le regard froid et lucide de leurs aînés sur l'existence. Ils avaient encore tant de choses à découvrir et à expérimenter par eux-mêmes et je souhaitais ardemment que leurs jeunes destins ne fussent pas brisés au court de cette guerre Sainte.

-Bonne chance, mon ami, mais fait bien attention, murmura Shiryu à son oreille en passant à sa hauteur.

Bételgueuse les entendait mais ne releva pas la réflexion. Il paraissait disposé à nous laisser partir sans encombre et, alors que je le frôlais presque à cause de ma toge, je ne ressentis en lui que peu d'hostilité, voire même d'intérêt pour ce qu'il était entrain de faire. Mais je savais qu'il avait le pouvoir de se camoufler derrière de fausses apparences et que l'aura qu'il dégageait pouvait être trompeuse. Mais on n'abuse pas aussi facilement une déesse...

-Dépêchons-nous, dit Dohko, le temps presse!

Je me remis alors à courir tout en me refusant à jeter un dernier regard vers Seiya. Je le reverrais, c'était sûr et c'était une manière de conjurer le mauvais sort. Je ne lui avais pas dis au revoir, car ainsi, il ne mourrait pas. Oui, j'allais le revoir.

* * *

Aiolia

Masque de Mort s'était éloigné de moi, entraînant Altaïr à sa suite alors que Fomalhaut s'était désigné pour devenir mon adversaire. Je n'avais pas douté une seule seconde que j'hériterais de lui en temps qu'opposant. Il y avait quelque chose entre nous d'inexplicable et de commun qui me ramenait invariablement vers mon passé.

Je n'avais tout d'abord pas saisi pourquoi avant que cela ne me saute aux yeux. Le poisson austral, une constellation, mes vieux souvenirs. Tout cela ne pouvait indiquer qu'une seule chose, Fomalhaut était un chevalier d'Athéna. Oui, mais alors que faisait-il ici? Qui était-il en réalité? Jamais un chevalier de l'espoir ne se serait fourvoyé dans pareil endroit, ni ne se serait rangé aux côtés du puissamment maléfique Arès. Toutes ces question restaient en suspens entre nous et m'empêchait de prononcer le premier mot.

-Et bien, Aiolia, aurais-tu oublié jusqu'à mon visage?

Je fronçais les sourcils, décontenancé par cette remarque ironique. J'avais du mal à le distinguer sous le casque épais de sa cuirasse. J’entrevoyais sa chevelure vert d'eau virant au bleuté, son corps mince et fluet sous son armure, ses lèvres fines recourbées en un pli sarcastique qui m'était trop familier.

Il leva lentement ses mains vers son visage et attrapa son casque avant de le retirer lentement, faisant monter la tension qui régnait déjà autour de nous. Ses yeux, ses yeux en amande de couleur noisette... je reculais de trois pas, incrédule.

Je découvrais quelque chose d'impensable, d'incompréhensible aussi. J'en restais pantois, sans voix mais je devais me ressaisir et lui demander si la raison de mes troubles était bien fondée. Peut-être n'était-ce qu'une simple hasard, qu'une vague ressemblance entre eux deux. Cela aurait expliqué beaucoup de choses mais je voyais à présent un mimétisme entre lui et... il exécutait les mêmes gestes lents et mesurés, il avait la même façon de sourire narquoisement et seule sa façon de me regarder avait changé. Son regard était plein de compassion et de douceur autrefois mais maintenant, il était dur et sévère, agressif et c'est sans doute ce qui m'avait trompé dès le début sur sa véritable identité. Les yeux peuvent parfois modifiés toute une physionomie et c'était le cas de Fomalhaut et ce nom! Comment avais-je pu l'oublier?!

-Alors, Aiolia, est-ce que par hasard on retrouverait la mémoire?

Je balbutiais quelque chose d'indistinct car je ne savais plus comment former une phrase. Dans mon esprit, se pressaient trop de questions et je n'arrivais pas à les faire sortir dans un ordre intelligible. Et puis, que faisait-il ici d'abord, parmi les effroyables Berserkers sur l'île d'Arès? Je ne voulais pas croire que la cuirasse qu'il portait était la sienne. Et pourtant, elle était rouge, d'un rouge sombre et je voyais du sang séché et parfois, encore un peu liquide qui vibrait sous le métal de son armure.

-Est-ce que tu serais...? réussis-je au prix d'un effort colossale à articuler.

-Mais oui, Aiolia, tu ne rêves pas. Je suis bel et bien le Fomalhaut du Poisson Austral de ton enfance. Je n'ai pas beaucoup changé, tu sais, physiquement du moins, depuis ce temps et je m'étonne de ta lenteur d'esprit. Enfin, je te pardonne car nous ne nous rencontrons pas dans les meilleurs conditions qu'ils soient. Par contre, plus je te regarde, et plus je me dis que j'aurais eu du mal à te reconnaître. Il faut dire que tu as plusieurs années de plus à présent, moi aussi remarque, mais quand tu étais un petit garçon, j'étais déjà ou presque un homme.

Je hochai la tête à pratiquement tout ce qu'il disait. Bientôt sa présence autrefois si rassurante me devint presque pesante mais cela ne changeait rien à ce que j'éprouvais à son égard. Mon enfance... il me semblait qu'elle s'était déroulée il y avait de cela des siècles.

Je revoyais un groupe de chevaliers d'argent se former autour de moi et m'encercler, m'assaillant de questions pour savoir ou mon frère, ce traître d'Aioros, avait disparu. Je me les rappelais m'acculant contre un mur ou m'attrapant par la peau du cou pour me jeter plus loin avec une violence que j'avais d'autant plus de mal à supporter que je n'étais pas encore un chevalier. Cette période avait été la plus pénible de toute mon existence et à de nombreuses reprises, j'avais failli m'écrouler, suivre les traces de mon frère en m'enfuyant de ce lieu ou je n'étais nullement désiré.

Mais la rage de me venger du destin et de tous ceux qui me faisaient souffrir avait été la plus forte et il y avait toujours eu une main secourable durant ces mois de tourmente. Et cette main était celle de Fomalhaut. Il était lui aussi un chevalier d'argent, celui du Poisson Austral, mais il était sans nul doute le meilleur de tous, aussi bien dans sa force physique que dans ses valeurs morales.

Un jour, il m'avait retrouvé par terre, la mâchoire en sang suite aux coups de poings et de pieds que j'avais reçu de la part de quelques hommes et, alors que je m'étais attendu à le voir, comme chacun l'aurait fait, me piétiner au pire et passer sa route en m'ignorant au mieux, il s'était agenouillé près de moi et m'avait aidé à me remettre debout, m'offrant le plus beau de réconfort en me souriant. Il avait été le premier visage non hostile que je découvrais après la disparition de mon aîné. Il avait été l'unique personne à ne pas me rejeter et à prendre ma défense ouvertement et en publique.

De part sa qualité et sa puissance, personne n'osait le contre dire, du moins lorsqu'il était présent et même si dans son dos, les commentaires allaient bon train et l'opinion générale n'était toujours pas en ma faveur, j'avais trouvé en sa personne un ami, un confident, quelqu'un sur qui je pouvais toujours compter en cas de besoin. Fomalhaut avait été, comme tout le monde, abusé par le Grand Pope et pensait sincèrement qu'Aioros avait trahi ses valeurs et Athéna elle-même, mais jamais il n'avait fait état de toutes ces choses devant moi. Après tout, en quoi étais-je responsable de ce que mon aîné avait fait? Il était assez intelligent pour le comprendre, et c'était bien le seul!

Je m'étais toujours entraîné sans personne, ma colère nourrissant mon cosmos, mais je me souvenais parfaitement que, de temps à autre, il venait me regarder, me dire si j’avais fait des progrès et quels exercices je pourrais éventuellement pratiquer. Sans jamais avoir été mon maître, il m'avait guidé avec sagesse et toujours conseillé dans mon intérêt. Je l'avais aimé, non pas de la manière absolue dont j'avais vénéré mon frère, mais avec la pureté que seuls les enfants savent éprouver.

Je crois qu'il s'était attaché à moi durant toutes ces années, il m'aimait plus que ses disciples même, du moins, j'avais la prétention de le croire.

Et un jour, j'avais été digne de revêtir une armure, mais pas n'importe laquelle, l'armure d'Or du signe du Lion. De ce moment, j'avais acquis un respect et un prestige sans précédent, ou s'effaçait sur mon passage et mes tortionnaires filaient la tête basse lorsqu'ils se trouvaient sur ma route. Tout avait changé et... Fomalhaut avait disparu, un peu à la manière d'un ange gardien qui n'avait plus rien à faire pour son protégé. Je l'avais longtemps cherché, interrogeant ses amis, ses élèves, tous ceux qui l'avaient fréquentés. En y repensant plus, j'avais même perdu contact avec lui un peu un an avant que je ne sois sacré et reconnu comme chevalier d'Athéna.

Qu'était-il devenu? Qu'avait-il fait durant toutes ces années? Quel délit avait-il commis pour se retrouver ainsi, sur Azura à servir Arès, notre ennemi commun? Et notre amitié avait-il survécu à tous ces mois de séparation?

-Alors, Aiolia, je suis certain que ton passé rejaillit soudainement... que penses-tu de ma nouvelle armure? Est-elle à ton goût au moins?

-Mais, Fomalhaut, pourquoi... comment se fait-il...?

Des bribes de phrases sortaient de ma bouche et mon étonnement, et ma peur d'être déçu par le seul homme que j'avais respecté et admiré durant ma jeunesse, m'empêchait de communiquer avec lui de façon naturelle.

-Je sais, mon garçon...

"Mon garçon", il m'avait toujours appelé comme cela.

-Mais les choses changent, les gens aussi et ce n'est la faute de personne, tu devrais pourtant le savoir. C'est la vie et le temps qui passent et l'inéluctable se produit. On ouvre les yeux sur des choses que l'on avait jusqu'alors pas vu et puis, on réalise ses erreurs. Dieu merci, on peut bien souvent les réparer!

Il tourna alors sur lui-même pour me présenter la brillance de sa cuirasse. Il passe une main caressante dessus, douce et je m'approchais de lui. Je voulus lui tendre la main et au début, il fit comme s'il acceptait ce geste. Mais bien vite, je déchantais car il m'administra un coup de poing dans l'abdomen avec violence, avant de m'en mettre un second sous le menton, ce qui fit claquer mes mâchoires et me propulsa à plusieurs mètres en arrière.

-Désolé, petit, nous ne sommes plus du même côté, à moins bien-sûr qui tu n'acceptes de te joindre à ma cause...

-Tu es fou, Fomalhaut, qu'est-ce qui te prends de me proposer cela, à moi un guerrier d'Athéna? Et puis, toi aussi tu en es un, n'est-ce pas?

Il ricana et d'un geste malveillant et autoritaire, fendit l'air de sa main.

-Non, mais je l'ai été et je crois même en avoir été fier à une époque, jusqu'à ce que je comprenne que tous ceux qui se trouvaient dans le Sanctuaire n'était qu'un ramassis d'imbéciles, de lâches et de vermines!

Je commençais à entrevoir un peu la lumière et ses motivations allaient peut-être devenir de plus en plus clair. Il m'attrapa alors par les cheveux, après s'être placé derrière moi à la vitesse égalant presque celle de la lumière et commença à m'administrer une correction. Je n'osais pas lui rendre ses coups, mais j'aurais tant voulu comprendre pourquoi il avait ainsi viré de bord.

Il fallait que je tente de lui faire avouer…

* * *

Des cris retentissaient dans toute l'île, sonnant à ses yeux, comme le glas de la mort des chevaliers d'Athéna. Il entendait l'éclat de chacun des combats comme s'il y avait été, comme s'il y avait participé. Il se délectait de leur souffrance alors que tous ses commandants étaient en faction et assumaient leur mission avec, à son goût, beaucoup de brio. Comme il aimait à les voir ainsi, orgueilleux, cruels, assoiffés de violence et avides de destruction. Ces Berserkers, aussi fidèles à lui que sournois au combat.

Il éclata de rire sur son trône alors qu'une main, dans l'ombre, lui tendait une coupe de vin. Il remercia la personne d'un demi-sourire alors qu'il fermait ses yeux bleu pâle. Il pouvait les voir, tous autant qu'ils étaient, être réduits en miettes, du moins, l'esperaient-ils pour l'avenir.

Il avait déjà perdu plusieurs hommes, Procuste, Esculape, Argus et Nérée n'était plus qu'une sorte de débris mais... cela ne voulait rien dire. Il avait beaucoup plus de guerriers qu'Athéna sur le terrain, et elle avait elle-même perdu le chevalier du Taureau. Il ne fallait par s'alarmer et au contraire se réjouir de sa victoire proche. Et partout sur terre, que se passait-il?

Des affrontements bien-sûr, des guerres, c'était presque comme si Azura était devenu le monde, ou que le monde était devenu Azura, car cela revenait somme toute au même. Le sang coulait, la douleur pouvait se lire sur chaque visage et bientôt, la race humaine n'aurait même plus un seul représentant. Il aurait gagné, serait devenu le maître et le règne des dieux pourrait recommencer, comme autrefois, à l'époque ou Prométhée n'avait pas commis la folle erreur de donner une seconde chance à cette race stupide alors que Zeus leur avait imposé le châtiment céleste en les noyant tous.

Les êtres humains n'étaient qu'une peuplade d'incultes qui ne croyaient même plus en leurs maîtres, qui ne connaissaient pas plus son existence que celle qui leur sacrifiait tout, Athéna. Comment pouvait-elle admettre d'offrir ainsi sa vie dans l'ombre, sans aucune gloire, sans aucun remerciement par la suite? Décidément, il ne comprendrait jamais cette stupide mentalité, cette mentalité de... de perdant, il n'y avait pas d'autre mot.

Mais de toute façon, on n'entendrait bientôt plus parler d'elle, ni de ses chevaliers, ni de ses chers sujets et il permettrait à toutes les divinités de descendre de l'Olympe et l'âge d'Or pourrait débuter, en un nouveau cycle de perfection et peut-être même qu'après le coup d'éclat qu'il allait faire en vidant la terre de ses hordes d'imbéciles, il pourrait devenir le Dieu des Dieux, le maître de tous, incontesté dans son autorité, incontestable car adoré.

Il éclata d'un rire profond, amusé et cruel. Et bien-sûr, il vengerait son ami Hadès. Quel dommage tout de même qu'il n'est pas pu l'aider durant la dernière Guerre Sainte car le sceau de son urne était encore trop efficace. Enfin, justice serait faite. Et puis, il aimait tellement entendre ces hurlements de douleur dans un camp, de fureur dans l'autre. Cela le berçait presque, le réconfortait, lui assurait son avenir.

Il se leva, fit quelques pas dans sa gigantesque salle de marbre dans la voûte était soutenu par des colonnes qui auraient pu retenir le ciel. Il se mit à rire de nouveau alors que la personne qui lui avait servi du vin en faisait de même.

Il ferma ensuite ses yeux et se projeta dans son monde, dans son domaine. Tout à l'heure, il s'en était fallu de peu pour qu'Athéna ne disparaisse, mais ce chevalier des Gémeaux avait de la ressource. Maintenant, Phaéton et Épiméthée avaient d'autres adversaires et ils avaient l'air de bien s'amuser, Altaïr et Fomalhaut aussi quant à Bételgueuse et Leech, ils accomplissaient brillamment, comme toujours, leur devoir.

Les chevaliers de l'espoir - mais tout de même quel titre horrible et horripilant ! - allaient être réduits en miettes et Athéna serait amenée jusqu'ici. Alors, ils se battraient. Il quitterait seulement à cet instant sa toge noir et rouge pour son armure divine, sa Kamui, tout comme elle le ferait. Il se tenait prêt, même s'il ne risquait pas de recevoir sa visite avant plusieurs heures.

Il espérait simplement qu'il aurait la patience d'attendre.

* * *

L'île entière résonnait du fracas des affrontements, car jamais autant de combats ne s'étaient déroulés en même temps. La situation basculait et du mauvais côté... Aphrodite, Seiya, Masque de Mort, Aiolia, Shun, Aioros, Kanon, Mu, tous autant qu'ils étaient, se trouvaient en difficulté, et avaient de plus en plus de mal à réagir. Et le germe du doute commençait à naître et à croître dans les esprits. Il fallait agir, car les berserkers étaient redoutables et ils allaient bientôt se rendre maître de la situation si cela continuait dans cette voie.

-Ce n'est plus possible! hurla Dohko en se figeant sur place alors que Shiryu et Nikè s'arrêtait en même temps que lui.

Le chevalier de la Balance enflamma soudainement son cosmos, sous les yeux ébahis de ses deux compagnons. Il devait le faire, la contacter, c'était une urgence absolue, il était question d'elle, de lui, d'eux, de millions d'êtres humaines et de l'avenir de la terre en somme.

Athéna... Athéna... ou était-elle? Son énergie ne cessait de se déplacer et... oui, il l'avait localisée et il allait maintenant entamer une discussion télépathique avec elle. Il n'y avait plus le choix et elle devait accepter sa proposition. De toute manière, il savait qu'elle le ferait, c'était vital et il avait besoin de son aide, de l'aide de tous ceux qui avaient encore assez de force pour cela.

"Athéna, princesse Athéna?"

Elle se figea sur place, alors qu'elle était debout, au sommet d'un ravin, Shaka et Saga faisant de même à côté d'elle, car la voix de Dohko leur parvenait tout aussi distinctement.

Saori se tourna vers l'horizon, dans la direction du domaine ou le gardien de la septième Maison se trouvait. Ses lèvres ni sa langue ne bougeaient mais pourtant, elle parlait avec lui. Elle ferma les yeux pour s'isoler des bruits extérieurs. Elle sentait bien que la situation n'était pas encore au comble de ce qu'elle pouvait être, mais qu'elle ne devait pas laisser ainsi faire ou plutôt, laisser aller en empirant.

"Dohko...

-Athéna, je suis certain que vous savez déjà pourquoi je vous ai contacté. Nous n'avons plus de temps à perdre. La situation de l'ancienne Guerre Sainte menée contre Arès est entrain de se reproduire sous nos yeux. Nous ne devons pas reproduire les mêmes erreurs que dans les temps mythologiques ou tant de chevaliers avaient perdus la vie. C'est le moment ou jamais pour...

-Oui, oui, je le crois aussi, mais la téléportation risque d'être extrêmement difficile.

-Mais pas impossible, princesse. Et c'est tout ce qui compte. Alors allons-y tout de suite.

-Je suis prête."

Ils coupèrent à la même seconde la communication alors que Saori se tournait vers ses deux compagnons.

-Vous avez entendu comme moi, mes amis. Le temps est venu de distribuer les armes de la Balance.

Alors, son cosmos l'entoura, dans la nuit qui était dorénavant en plein jour. Elle augmentait l'intensité de son énergie de seconde en seconde.

Elle l'avait déjà fait. Maintenir une brèche dans un voile de cosmos divin était une chose faisable. Sur l'île, elle avait percé celui d'Hadès mais là, la scène était bien différente. Arès était un dieu en vie, et plus puissant que jamais. Et… une force infinie s'élevait, commençait à lui barrer toute possibilité de fendre le voile qui avait été jeté sur l'île d'Azura pour la protéger. Arès… il s'opposait à elle à distance et elle allait devoir lui tenir tête.

Elle voyait dans son esprit tous les visages de ses chevaliers, elle devait tenir pour eux, faire reculer le dieu de la guerre. Ils avaient besoin de ses armes, ils avaient besoin qu'elle réussisse et… Shaka, Saga, Milo, Hyoga, Shura, Ikki, Camus, Nikè, Shiryu et Dohko, tous, tous ceux qui le pouvaient encore, qui étaient encore debout, s'unissaient à sa propre force, la rendant, pendant quelques secondes, invulnérable. Et Arès, d'ou il était, ne pouvait plus rien faire car jamais il n'aurait pu tenté pareil union avec qui que se soit.

Dans son domaine, le chevalier de la Balance sentit qu'il ne fallait plus reculer et son armure devenait si lumineuses, qu'elle l'aveuglait. Tous ses armes se décrochèrent en même temps, dans un même mouvement provoqué par Athéna et pour tous ses compagnons.

Elles s'élevaient au-dessus de lui et il saisit un trident de sa main droite, le gardant ainsi pour lui et pour les luttes qu'ils auraient à mener.

Tous, d'ou ils étaient, quelque soit le lieu de l'île ou ils se tenaient debout, poussèrent un ultime cri de rage, lâchant une gigantesque partie de leur énergie en même temps et permettant aux armes de traverser les paysages, de fendre les cieux dans des gerbes lumineuses, dans d'hallucinantes vagues de clarté alors qu'Athéna maintenait la brèche avec tout son cosmos.

Les épées, les boucliers, les doubles chaînes... toutes, elles arrivaient toutes à destinations de leur propriétaire. Surpuissantes, elles dégageaient des ondes dorées, balayant tout sur leur passage, descendant du ciel vers le chevalier à qui elle avait été attribuée avec rapidité, intensité, comme pour s'unir à lui, ne plus former qu'un avec son énergie, son esprit et se force.

Et bientôt, la musique des armes résonna dans toute l'île, rendant sourds tous ceux qui l'entendaient, alors que Mu saisissait en premier son arme, les yeux écarquillés, ébahi de voir qu'elle lui transmettait comme un nouvelle force, une seconde chance. Puis ce fut le tour de Saga, de Kanon, de Masque de Mort, d'Aiolia et des douze chevaliers d'Or.

L'espoir renaissait. Les armes de Dohko venaient d'être restituées à tous leurs véritables propriétaires, les rendant plus puissants que jamais. Les rendant presque invulnérables.

Pour la seconde fois dans toute l'histoire des chevaliers et des Guerres Saintes, les armes d'Orichalque allaient servir.

10ième partie


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