Saga d'Arès

Episode 10: Combats à mort dans les Domaines

© 2001 by Saori

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Aioros

Dans mes mains! Je n'en revenais pas! Dans mes mains se trouvaient une arme d'Orichalque, une arme de la Balance! Et pas n'importe laquelle, non, celle qui me revenait, qui m'était destinée, la seule que j'avais le droit de manier! C'était incroyable! Elle était apparue dans le ciel, le scindant en deux, descendant vers moi pour ne plus faire qu'un avec mes mains, éblouissant Épiméthée, Phaéton et même Shun au passage!

J'avais alors sauté à sa rencontre, comme pour répondre à cet appel mystérieux qu'elle me lançait. Et je l'avais saisi, comprenant que j'avais récupéré comme une autre partie de moi-même. Je la sentais vibrer sous mes doigts, étincelante, puissante, frémissante presque. J'étais donc l'un de deux chevaliers à être en possession d'un Nunchaku à trois branches.

Je me rendais bien compte que ces armes n'avaient pas été envoyées par hasard, et c'était Athéna elle-même avec Dohko qui en avait choisi la distribution, en fonction de nos aptitudes. J'étais comme un enfant qui venait de recevoir son armure et qui se qualifie comme étant la personne la plus puissante du monde. Mais, à la différence de la jeunesse, cette phrase était fondée car je devais réellement être l'un des êtres les plus invulnérables existants.

Je sursautai en pensant soudainement que la situation devait être encore plus grave que prévu pour qu'Athéna accepte que nous nous servions des armes de la Balance pour combattre. Être chevalier imposait, durant les affrontements, de porter des coups à mains nues, car la déesse détestait la violence et les pratiques déloyales mais alors... comment expliquer la présence de mon Nunchaku à trois branches?

Je n'avais qu'à réfléchir et à me concentrer quelques instants pour réaliser que plusieurs combats étaient déjà rudement engagés partout sur l'île. L'état d'alerte avait du être donné et nous devions, comme à notre habitude, agir rapidement. On dépendait de nous et maintenant que j'étais en possession de mon arme, tout me semblait plus facile. Épiméthée ne ferait pas long feu face à moi, du moins l'espérais-je.

Cela faisait des siècles que le chevalier de la Balance n'avait pas du, au court d'une guerre Sainte, distribuer les douze armes provenant de son vêtement de protection. C'était un jour d'exception, un affrontement sans pareil que nous livrions.

Je respirais profondément, alors que la force de mes triples chaînes me pénétrait, m'envahissait. Quelle sensation de surpuissance j'éprouvais! C'est à cet instant que je me rendis compte que l'impression d'invincibilité que j'éprouvais ne touchait pas le chevalier d'Andromède.

Je l'entendis, avoir de ne le voir, être projeté contre la paroi d'une des immenses montagnes qui nous entouraient. Il avait sans doute été pris par surprise, Phaéton profitant d'un moment d'inadvertance ou il devait regarder mon arme, pour l'attaquer et entamer de nouveau les combats. Que lâche tout de même, mais il ne fallait vraiment pas s'attendre à mieux de la part d'un Berserker!

Les os de Shun émirent un craquement et je vis son visage se tordre en une grimace douloureuse que j'avais déjà vu sur beaucoup de visages, y compris sur le mien.

J'allais me précipiter vers lui, quand le bras d'Épiméthée m'arrêta, me barrant la route me menant à Shun. Je me détournais alors rapidement vers lui, pour découvrir son expression cruelle et avide d'imiter son confrère.

-Non, désolez Aioros! Tu n'as pas à te mêler de l'affrontement qui a lieu à côté de nous. Tu n'as qu'un seul ennemi, et c'est moi!

Je sautai en arrière, mettant ainsi un peu de distance entre lui et moi pour pouvoir mieux le toiser et prévenir ainsi le premier coup qu'il me porterait. J'étais d'ailleurs déjà en position de parade, les bras légèrement croisés l'un devant l'autre, mes jambes à peine arquées et fermement ancrées dans la terre. Il fallait toujours être prêt, surtout lorsqu'on était un guerrier de la grande Athéna.

-Alors chevalier du Sagittaire, c'est bien l'une des célèbres armes de la Balance qui tu détiens à présent!

-Oui, et je suis ravi que leur réputation sans précédent soit parvenue jusqu'à tes indignes oreilles.

Il eut une moue de dédain et fit un mouvement de la main, comme s'il chassait un insecte qui le dérangeait.

-En effet, je les connais, elles et leur pouvoir que l'on dit invraisemblable. Mais ce que tu ne sais peut-être pas, c'est que nous, les Berserkers, nous n'avons pas les mêmes valeurs ni les mêmes principes que votre déesse. Arès a crée certaines cuirasses avec des armes directement incorporées dedans. Leur usage ne nous dérange pas et nous en avons tous une maîtrise absolue, même si nous n'avons pas souvent l'occasion de le prouver. Généralement, nos seuls attaques suffisent à terrasser des moustiques tels que vous mais, puisque vous semblez le prendre sur ce ton, je pense que ceux qui parviendront jusqu'au temple des empereurs ne seront vraiment pas dessus. Ils en possèdent tous une. Et parfois, elles peuvent être surprenantes...

« Mais, il y a quelque chose que je ne m'explique pas. Je ne peux pas croire qu'Athéna est réussie à percer le cosmos d'Arès qui est sur l'île depuis des siècles et des siècles. Seule, elle n'aurait jamais pu produire un tel miracle. Tout comme Arès ne pourrait pas se téléporter dans votre Sanctuaire s'il lui prenait la folle envie de s'y rendre...

J'esquissais un sourire un rien moqueur qui lui fit resserrer les mâchoires.

-Tout d'abord, ne sous-estime pas l'étendue des pouvoirs de ma déesse, car ils sont largement supérieurs à ceux de ton maître, figure-toi. Ensuite, sache que pour accomplir le miracle qui s'est produit sous tes yeux, nos cosmos se sont tous unis, ce qui a totalement fendu le voile, pendant quelques secondes, que maintenait Arès. L'union fait la force, ne l'oublie pas, mais c'est une notion que vous, les Berserkers, ne pourrez jamais saisir. Car vous vous battez, simplement pour faire mal, pour vous amuser, vous distraire, a-t-on l'impression, sans rien ressentir. Vous n'êtes finalement que de vulgaires pantins manipulés par votre maître et vous n'avez pas assez d'intelligence pour vous en rendre compte.

-Je t'interdis de...

Il se précipita sur moi pour me rouer de coups, mais je fis un salto qui me permit d'atterrir là ou il se trouvait précédemment. Nous avions simplement, lui et moi, échangé nos places.

Depuis que nous conversions ensemble, j'entendais les bruits du combat entre Phaéton et Shun. Ce ne devait être pour l'instant qu'un corps à corps entre eux, car je n'avais pas encore entendu de cris d'attaques mais Andromède semblait avoir le désavantage. Il fallait dire que son adversaire était beaucoup plus grand, un peu plus âgé, plus athlétique que lui et il avait cette rage de vaincre que Shun ne possédait pas et ne possèderait sans doute jamais.

Je savais que c'était ce doute permanent qui l'empêchait de se battre sans utiliser tout son potentiel, sans donner tout ce dont il était capable. Et j'aurais fait n'importe quoi, alors que j'entendais ses cris de douleur, pour qu'il ne se laisse pas faire, qu'il ne cherche pas à comprendre les motivations de son opposant. Car, dans le cas présent, il se trouvait en face d'un être qui n'avait rien d'humain, d'un renégat, d'un relent de l'humanité, d'un combattant d'Arès tout simplement. Il s'agissait toujours de personnages sans pitié, sans entendement, impossible à convaincre ou à faire changer d'idées sur quoi que ce soit, sur qui que ce fut.

Ils n'étaient pas complexes comme pouvait se l'imaginer Shun. Ils étaient tout simplement fous, anormaux et c'est pour cela que le dieu de la Guerre les avait choisi et les avait introduit dans ses armées. De bons soldats qui ne discutaient pas les ordres, d'impitoyables guerriers qui ne recherchaient pas la gloire et qui ne se soulèveraient jamais, qui ne remettraient jamais en question la façon d'agir ou les méthodes employées par leur divinité tant que ce dernier leur fournirait des adversaires. Ils ne faisaient pas preuve de stupidité, non, car Épiméthée n'était pas idiot, pas plus que Phaéton ou que d'autres, simplement, c'était un manque totale d'intérêt de leur part.

Ils n'avaient qu'un seul but, qu'une seule tâche à accomplir et qui leur convenaient et les satisfaisaient pleinement, se battre, toujours se battre, éternellement, sans que les luttes ne prennent jamais fin. Ils faisaient fort bien d'être sur une île qui s'appelait Azura en de pareilles conditions.

Seulement, je devinais qu'Andromède n'avait pas les mêmes vues que moi. Non pas qu'il manquât de maturité pour cerner son ennemi, mais, il avait envie de croire en les hommes, en tous les hommes et y compris les Berserkers. Alors, que pouvais-je faire pour le convaincre d'attaquer avec toutes les forces qu'il était à même de dégager? Rien. Et pourtant, j'entendais ses cris de douleur s'élever dans les airs, emplirent l'atmosphère, la rendant plus pesante, plus troublée aussi.

-On dirait bien que ton ami à de graves ennuis. Il faut dire que Phaéton est vraiment un être d'exception.

-Oui, dans la méchanceté, sans aucun doute.

Épiméthée frappa du pied par terre ce qui eut pour mérite de faire trembler le sol. On aurait dis un animal sauvage en colère, et qui ne serait bientôt plus maîtrisable.

-Apprend, pour ta gouverne, qu'il est d'origine divine.

Ah! Tout s'expliquait et notamment cet accent patricien qu'il avait en permanence. Mais alors... Shun était-il entrain de combattre avec un demi-dieu? Ce n'était pas possible! Il fallait que j'intervienne!

J'allais me détourner et partir à toute jambe dans le seul but de prévenir mon ami quand Épiméthée prévint mon mouvement en sautant vers moi et en faisant barrage de son corps, ses bras adoptant la forme d'une croix. Il frémissait déjà d'impatience à l'idée de notre combat, ce qui n'était pas mon cas, même si je me sentais plus puissant que lui.

Je jetai un rapide coup d'œil au Nunchaku à trois branches. Je ferai disparaître mon opposant en quelques secondes avec cela. Les armes de la Balance étaient capables de pulvériser toute matière alors un corps humain, même muni d'une cuirasse, ne saurait nullement résister à des coups portés avec l'impact de ma force et à la vitesse lumière.

-Et avec quel dieu a-t-il une parenté? demandais-je alors qu'un plan se fondait dans mon esprit qui fonctionnait à vivre allure.

-Il est le fils d'Hélios, le dieu du Soleil lui-même. On dirait que tu ne connais pas son histoire...

-Détrompes toi, je vois très bien de qu'il s'agit, mais alors, que fait-il au service d'Arès? Pourquoi trahit-il son père, qui est pourtant l'un de seuls dieux à prôner avant tout l'intérêt et le bien-être des hommes?

Épiméthée haussa les épaules avec indifférence.

-Cela ne te regarde pas. Et puis, à vrai dire, je ne sais pas vraiment. Lorsque tu seras à terre et agonisant, Aioros, je te laisserai quelques secondes de répit pour que tu lui poses la question et qu'il ait le temps de te raconter son histoire.

-Merci mais cela ne m'intéresse pas, déclarai-je avant de me raviser. Mais je serai malgré tout curieux de la connaître, juste pour me cultiver un peu. J'irai l'interroger lorsqu'il sera entrain de mourir aux pieds du chevalier d'Andromède.

Mon adversaire partit d'un rire de gorge profond et qui résonnait contre les parois des murs comme autant d'éclats de tonnerre qui troublaient en ce moment même le silence du ciel. Cela avait quelque chose d'impressionnant, mais je n'étais pas effrayé.

-Jamais, je te dis bien jamais, ton ami ne sera capable de venir à bout de Phaéton.

-Ah oui? Et avec ça? rétorquai-je en brandissant ma triple chaîne vers les cieux et en m'apprêtant à la lancer dans la direction de Shun.

* * *

Aphrodite

Je plantais mon trident dans sa chair, en poussant un cri de rage dont je ne me soupçonnais même pas d'être capable. Mais une fois encore, mon extraordinaire arme glissait sur sa peau gluante. J'avais affaire à une véritable savonnette ambulante et malgré la violence des coups que je lui administrais, je n'arrivais jamais à la toucher et à la blesser. J'étais entrain de perdre mon sang-froid alors que j'avais de la boue jusqu'au cou et que cela me gênait terriblement dans la rapidité de mes attaques.

Alors que les présentations venaient juste d'être faites entre nous, Leech était parti en courant et j'avais bien été contraint de le suivre. Je lisais pourtant clairement dans son jeu, il voulait m'attirer sur le terrain ou il serait le plus à son avantage, mais avais-je le choix? Non, alors j'avais du le poursuivre.

Je m'étais retrouvé, à mon plus grand dégoût, dans le lieu sans doute le plus profond, le plus fourni en dénivellation et en animaux sordides, de tous les marécages. Une véritable horreur, simple reflet de celui qui y vivait.

Au fait comment pouvait-il être aussi laid? Ce n'était humainement pas possible. Et ce nom qu'il portait... c'était vrai, il ressemblait à une sorte de sangsue, mélangée avec un homme normal et le tout, le croisement plutôt, était affreux à regarder. J'avais du mal à poser mes yeux sur lui sans ressentir quelque répulsion.

Alors que notre affrontement allait commencé, j'avais senti une force incroyable arrivée vers moi et je m'étais retrouvé, quelques secondes plus tard, à moitié aveugle mais aussi en possession d'un trident provenant tout droit de la magnifique armure de la Balance. En le tenant dans mes mains, je sentais presque le sang de Dohko battre à l'intérieur, car non seulement cette arme était faite de l'introuvable matériel d'Orichalque, dont personne sur terre, excepté Mu, ne connaissait la composition gardée jalousement par les alchimistes depuis les temps immémoriaux, mais le sang de son gardien l'avait encore solidifié. Avec cela, quoi que pouvait faire Leech, j'étais sûr de ressortir vainqueur de cette bataille.

Mais j'avais à trois reprises essayé de le transpercer avec ma lance, sans grande réussite car l'arme glissait sur lui. Mais je ne désespérais pas. Simplement, je n'avais pas encore une parfaite maîtrise de mon arme, même si cela n'allait pas tarder. Et puis, je ne voyais pas le corps de mon adversaire dans toute cette boue, alors je visais un peu à l'instinct et comme il était dans son élément, il devinait sans doute tous mes mouvements. Comme c'était frustrant!

-Et bien, Aphrodite, tu n'as plus l'air bien glorieux maintenant, même avec ce trident! Tu devrais te voir! Couvert de boue et avec cette arme surpuissante entre les mains et dont tu ne sais pas que faire. Ah! Si je pouvais avoir du tel matériel, je t'assure que je l'utiliserais à meilleur escient que toi!

Sa voix était rauque et éraillée, caverneuse à souhait aussi. Il se permettait de m'insulter et je n'allais pas le tolérer, cela il n'en était pas question. J'allais lui faire ravaler ses insultes dans la gorge! Je tentais de sortir des marécages en sautant et en m'élevant au dessus de lui mais je ne parvenais pas à m'extirper du marais.

Qu'est-ce qui se passait? Mes jambes ne me répondaient plus. Pourtant, j'avais bien l'impression que je les contrôlais encore, alors comment cela se faisait-il? Je réalisais qu'il se pouvait très bien que je sois pris dans des immenses algues, ou encore dans quelques tentacules qui seraient sorties du corps difforme et disgracieux de mon ennemi. Avec Leech, tout était possible.

-Alors, la végétation du marais n'est pas à ton goût beau chevalier?

-Non, c'est le moins qu'on puisse dire.

Mon ton était aigre mais je ne voyais aucune raison pour qu'il ne le soit pas. J'étais sur son terrain et cela m'enlevait la moitié de mes chances de le vaincre. J'étais certes optimiste et toujours plein d'espoir durant un affrontement, mais j'avais aussi une grande lucidité qui me permettait souvent de gagner. Mais là, il fallait se rendre à l'évidence : quel effet aurait eu mes roses dans pareil endroit? Le trident d'Orichalque lui-même m'était -pour le moment- inutile. Alors à quoi étais-je réduit? A sa merci, tout simplement. Mais je ne devais pas lui montrer. Dans un cas aussi grave que le mien, il n'y avait qu'une seule et unique tactique à adopter. Je devais le laisser m'attaquer et vivre sur ma défensive. Éviter, ses coups, parer ses agressions et lui donner l'impression que cela me faisait rire, que je lui étais mille fois supérieur mais que je voulais me donner le temps de profiter du combat, de comprendre ses attaques.

Quand il serait épuisé et que j'aurais découvert toutes ses bottes secrètes alors, et alors seulement, je devrais aviser. Composer, innover, je ne savais pas encore quoi mais il fallait vivre la seconde présente et ne pas penser plus loin. En fait, ma bataille contre Leech se déroulerait en deux temps. Un premier ou le mot d'ordre serait : survivre, un seconde ou mon but serait de le tuer. C'était simple, clair, précis et j'allais vaincre.

-Aphrodite, déclara Leech en m'observant avec intensité, tu portes bien ton nom.

Je haussais les épaules avec dédain et supériorité. Je n'avais que faire de recevoir des compliment de la part d'un monstre tel que lui, il aurait trouvé beau n'importe qui à condition qu'il ait un visage humain.

-Mais à quoi cela te sert-il d'être aussi beau?

-A te faire parler, imbécile!

J'avais magnifiquement entamé la première phase de ce que j'avais prévu. Ma réplique avait permis à sa colère de s'extérioriser et il fonçait droit sur moi par... en-dessous! Je ne le voyais plus! Je tournais sur moi, scrutant la boue pour le voir apparaître. Disparu. Il n'était plus visible et je n'entendais pas le moindre bruit venir des eaux boueuses.

Je ne pouvais donc qu'attendre que... il m'attrapait par le bassin et m'attirait à lui. Je résistais de toute mes forces mais sa nature mi-humaine mi-animal lui donnait l'avantage sur moi. Je serrais les dents alors que j'étais toujours à la surface et qu'il tirait de son côté pour m'emporter loin de l'air pur et frais. Je brandis mes poings, les sortant de l'épais liquide dans un mouvement de rage, vers le ciel, comme pour m'y accrocher et me donner ainsi un appuie.

Argh! Il fallait que je marche, que je cours, que je saute, mais je devais à tout prix ne pas le laisser m'attirer encore plus profondément dans son domaine. Je fis exploser mon cosmos et la lumière dorée dont j'irradiais soudainement dû l'aveugler car il relâcha sa pression ce qui me permit de sauter hors de l'eau. Je profitais de cet éclair d'inattention pour m'élever dans les airs alors qu'il sautait à ma poursuite. Hors de ces putrides marécages, le combat serait plus équitable, mais sauter ne durait pas très longtemps et j'allais m'enfermer dans une boucle. Je devais trouver un moyen pour le décontenancer hors de son milieu naturel.

Ah! Si j'avais été Camus, j'aurais glacé la surface pour me tenir debout dessus, mais que pouvaient faire mes roses dans ces marais glauques?! Un linceul? Cela ne marcherait jamais, il fallait être réaliste. Mon esprit fonctionnait à tout allure alors que Leech me suivait dans mon saut prodigieux. Il écumait de rage, ses quelques - cheveux? Pouvait-on considérer ses poils comme une chevelure?- étaient hérissés, sa peau donnait l'impression qu'il avait la chair de pouls, il était affreux et prêt à tout pour me tuer.

Alors que j'atteignais le paroxysme de ma montée, j'entendis soudainement derrière moi:

-Bloody Weakness!

Je... quoi? J'étais immobilisé dans les airs, incapable d'esquisser un mouvement! Que m'arrivait-il? Quelle était donc ce mystérieux mal qui me frappait. Non pas que je devenais faible mais... j'avais comme un vertige, du moins, je supposais qu'il s'agissait de cela car je n'avais jamais été malade. Les marais vers lesquels je retombais me paraissaient floues et le moindre son bourdonnait à mes oreilles. Du sang montait dans mon nez alors que Leech ne m'avait même pas effleuré à cet endroit. Je n'avais jamais connu pareille sensation de... je tombais dans l'eau boueuses, m'y enfonçant car je n'arrivais à réagir. Je ne pouvais pas garder les yeux ouverts, j'étais épuisé, mon cerveau était engourdi, mes mains tremblantes, comme mes lèvres et mes jambes. Je ne souffrais pas, non, la sensation était même agréable. C'était un curieux laisser-aller qui m'arrivait. C'était comme si de petites aiguilles indolores venaient s'enfoncer dans mon front et ma tête, comme si tout le monde réel m'arrivait en déformé mais cela n'avait rien d'effrayant.

J'allais m'évanouir? Était-ce que le ressentait lorsqu'on était victime d'une défaillance? Durant ce moment, je n'eus qu'une seule pense intelligente : ou était donc mon adversaire?

Je ne mis pas beaucoup de temps pour le savoir car quelque chose s'enroulait autour de mon cou. Cela faisait déjà plusieurs seconde que je n'avais plus d'air et dans ces marais, je ne pouvais survivre sans oxygène que quelques minutes. Leech allait m'étouffer en s'entourant autour de ma nuque et en la brisant, à moins que je ne me noie avant... mais je n'en avais plus rien à faire.

C'était étrange, j'étais indifférent à la mort elle-même... La Mort, mes réflexions se brouillait de plus en plus. J'allais disparaître dans les limbes de l'oublie à jamais, à moins que je ne renaisse un jour.

"Aphrodite."

Une voix? Quelqu'un m'appelait ou étais-ce une hallucination due au "Bloody Weakness"?

"Aphrodite."

Athéna. Je l'aurais reconnu entre toutes, même à l'article de la mort.

"Que t'arrive-t-il? As-tu oublié que tu devais voir le couché du soleil avec nous? Ne penses déjà tu plus à la promesse que tu m'as faite? Tu dois rester en vie, coûte que coûte. Tu n'as pas le droit de te laisser mourir avant même d'avoir combattu. J'ai besoin de toi, de ta force, de ton aide. Tout comme les autres chevaliers qui comptent sur toi. Aphrodite, prouve à ton adversaire que seule la justice peut triompher et que quelque soit sa force, le mal ne peut pas l'emporter sur le bien. Fais le pour moi, pour toi. Je suis à tes côtés, ne t'inquiète pas. Relève-toi avant qu'il ne soit trop tard. Relève-toi, chevalier."

Son cosmos m'entourait et la flamme de la vie revint en moins aussi subitement qu'elle avait disparu. J'étais un chevalier d'Athéna. J'étais Aphrodite, le chevalier d'Or du signe des Poissons et après cette guerre Sainte, j'aurais sûrement des années et des années d'existence devant moi. Je n'avais pas le droit de me laisser aller dans les bras de la mort, ceux de la vie était bien plus doux!

Leech, pensais-je, lâche ton étreinte ou bien, ou bien...

J'enflammais mon énergie revenue grâce à ma déesse en propulsant mon adversaire sur le côté et je remontais d'un bond extraordinaire à la surface, reprenant mon souffle alors que ma peau devait être rouge écarlate à cause du manque d'air. Je cherchais mon rythme de respiration et ne m'aperçus qu'à cet instant du contre coup de l'attaque de la Sangsue.

J'étais tremblant comme un enfant apeuré et la tête me tournait, tout le paysage bougeait, tanguait autour de moi. C'était terrifiant mais il m'en fallait plus pour m'abattre. J'étais un messager d'espoir et je savais que ce titre se gagnait, se méritait, comme tout dans la vie d'ailleurs. Je devais m'en montrer digne.

C'est à ce moment que je me rendis compte que, pour la première fois de ma vie, j'avais fais confiance à quelqu'un d'autre que moi. Je m'étais laissé guidé par Saori et par la pensée que j'avais des amis qui ne voulaient pas que je disparaisse. Malgré l'extrême fatigue que le coup porté m'avait donné, une joie intense m'envahit. Des gens comptaient sur moi et je ne pouvais, ne devais, ni ne voulais, les décevoir. Pour eux tous et pour elle, j'accomplirai des miracles.

Leech choisit ce moment pour revenir en face de moi et il éclata de rire.

-Le "Bloody Weakness" te rend étrangement faible, n'est-ce pas? Tu te sens sur le point de basculer en arrière. Regarde, tes yeux se ferment tous seuls et tu vacilles d'une jambe sur l'autre. Si je n'étais pas si cruel, je te laisserai mourir paisiblement ainsi mais le jeu ne serait alors plus amusant.

Je n'avais que faire des mots qui sortaient de sa bouche -était-ce bien des lèvres que j'apercevais?- car j'entendais à peine sa voix. J'étais mal, mais je ne devais pas abandonner sans avoir lutté et détruit mon opposant. Je devais gagner du temps, pour me ressaisir. Vite, il fallait que je lui demandes quelque chose qui l'occupes, qui lui donne envie de me parler. Je pourrais alors rapidement trouver autre chose malgré les frimas dont mon esprit étaient entourés.

-Leech... es-tu humain? De quel pays viens-tu?

En clair, je lui demandais pourquoi il était si laid. Ce n'était pas très astucieux de ma part, du moins, on aurait pu le penser. Mais je savais déjà qu'il ne s'offusquerait pas de ma question. Déjà, en me demandant pourquoi j'étais aussi beau, il m'avait tendu une perche pour que je l'interroges sur son apparence, mais à cet instant-là, je n'avais pas encore besoin d'un peu de repos. J'allais avoir le droit à son histoire, ce qui me permettrait de rassembler en moi toutes les forces de mon cosmos, de m'élever de nouveau dans les cieux et de lui lancer aux visages des rafales de mes roses démoniaques auxquelles il ne pourrait pas résister. Je l'achèverais à l'aide du trident et on n'entendrait plus jamais parler de Leech du sanguinaire.

-Je ne viens d'aucun pays pour ton information, répondit mon ennemi avec fierté et presque condescendance. Je suis une créature mythologique issue de la mer.

-Mais alors que fais-tu ici?

Il était visiblement ravi de l'intérêt que je lui portais, cela ne devait pas lui arriver souvent de s'épancher sur lui-même apparemment, et il eut, je le devinais sans le voir, un air suffisant.

-Je suis un être entre l'humain et la sangsue, comme tu pourras le remarquer. Une créature inventée par Poséidon en personne. Tu te demandas donc sans doute pourquoi je suis ici, sur Azura chez Arès, alors, non?

Je hochais la tête. Je n'avais rien à faire des légendes se rapportant à lui, mais puisqu'il me fallait quelques minutes de repos, je ne pouvais pas faire autrement que de m'offrir un ennuyeux discours sur son inintéressante personne.

-Et bien, le dieu des mers m'a chassé de son domaine. Quelle ironie alors qu'il m'avait créé de ses propres mains à l'époque ou il devait combattre pour la première fois Athéna! Il me trouvait trop violent, trop sanguinaire - cela va de soi, puisque c'est lui qui m'a baptisé Leech du sanguinaire-, trop déloyal au combat. Il voulait remporter la victoire, disait-il, mais dignement. Il a d'abord voulu me tuer, mais la tentation de me punir était trop forte et il n'a pas pu y résister. Il m'a condamné dans une pièce close, une prison monstrueuse dont je ne pouvais pas m'échapper malgré tout mes efforts. Mais tout ne c'est pas déroulé comme Poséidon l'envisageait. Arès avait besoin d'une créature dans mon genre, invincible et mieux encore inépuisable.

« Alors, sans l'avis du maître des océans, bien-sûr, il est venu me chercher, me délivrer, devrais-je plutôt dire, de mon agonie. J'ai besoin de grands espaces pour évoluer et surtout pas de rester coincer entre quatre murs étriqués.

Il réprima un frisson avant de se mettre à rire. Il n'avait pour l'instant jamais rien fait d'aussi effrayant et je restais quelques instant sans voix, ne comprenant pas ce qu'il venait d’exécuter. Mais c'était bien un éclat de rire qui était sorti de sa bouche. Je voulais bien croire qu'il était mi-animal et mi-humain, je m'en étais même douté dès le début, car il n'avait franchement rien de normal.

-Suite à cela, enchaîna-t-il sans être troublé par ma réaction, mon maître s'est disputé avec Poséidon, rien de grave puisque Arès a l'habitude de récupérer les combattants dont les dieux ne veulent pas, soit parce qu'ils sont trop violents, trop expéditifs, ils aiment trop faire durer les affrontements, deviennent trop incontrôlables... enfin mille raisons pour les divinités dites loyaux de vouloir s'en débarrasser, et Arès nous prend toujours volontiers. C'est de caractères difficiles dont il a besoin. Et nous sommes toujours exactement ce qu'il lui faut.

« Il a par exemple récupéré Phaéton auprès d'Hadès après que celui-ci soit mort en voulant jouer à être son père, le dieu Hélios. Il a aussi recueilli Argus du Paon, paix à son âme cela dit en passant, qui servait autrefois admirablement bien Héra. Et la liste est longue, très longue. Je dois dire que je lui suis entièrement dévoué, à lui et à sa cause magnifique. Nous n'avons pas à nous soucier de choses superficielles, tel que la beauté et allons la plupart du temps directement à l'essentiel : les batailles.

Je remarquais soudainement quelque chose en lui que j'avais d'abord cru desseller mais qui se confirmait au fur et à mesure de ses paroles. Il était blessé, oui, cruellement blessé par quelque chose et il se pouvait même bien que j'aille trouvé sa faille.

-La beauté, mais tu y reviens sans cesse. Tu prétends que cela ne t'importe pas, alors pourquoi en parler dans chacun de tes discours, pourquoi préciser à tout bout de champs que cela ne compte pas dans ta vie si parfaite?

J'avais du toucher un point extrême sensible, car il eut une grimace de douleur, qui lui tordit les traits. Comme toujours, je ne compris qu'à retardement le mouvement qu'il avait fait et m'empressais ensuite, toujours à la recherche de plus de temps et de plus d'énergie, de renchérir :

-Alors, Leech, tu ne trouves rien à répondre? C'est parce que c'est la vérité. Tu te trouves dégoûtant toi-même et tu n'as pas de respect pour ta propre personne alors tu te contentes de faire ce pourquoi tu es doué, tuer. Et ou cela te mène-t-il? Cela t'apporte-t-il une apparence physique plus agréable, non? Mais c'est pourtant ce que tu recherches. Tu te fais rejeter par les autres, cela se sent bien, et tu ne le supportes plus. Mais je vais te confier quelque chose de primordial. La beauté que tu aimerais avoir n'a que peu d'importance. On ne peut pas changer ce que l'on est. On est comme l'on naît, comprends-tu. Et les personnes au cœur véritablement purs, les seuls, donc, d'êtres dignes qu'on leur porte de l'amitié, ne regardent jamais l'enveloppe charnelle. Ce n'est qu'un vêtement, figure-toi, et ils choisissent tous de gratter un peu plus profondément pour voir la véritable essence de l'être : l'âme. Et la tienne, Leech, est laide et c'est cela qui te rend révulsant, pas ce à quoi tu ressembles. Peut-être que si tu changeais, si tu abandonnais cette attitude, ton calvaire s'arrêterait. Y as-tu déjà songé?

J'étais à bout de souffle après un tel discours car les mots s'étaient cumulés dans ma bouche à vive allure, tant j'avais peur qu'il ne m'interrompe. Mais il ne m'avait pas coupé la parole et s'était contenté de m'écouter d'une oreille attentive. Je me doutais déjà que mes paroles ne porteraient pas leur fruit, et qu'elles échoueraient, mais il fallait tenter le tout pour le tout pour gagner du temps. Faire changer d'avis un Berserker ou lui ferait renier sa cause et Arès était chose aussi impossible que d'empêcher une journée de s'écouler en vingt quatre heures. Comme je l'avais prévu, l'homme sangsue eut un rire cruel et sarcastique.

-Comment oses-tu tenir pareil monologue? Toi qui ressemble à une statue de marbre, lisse et parfaite, comment peux-tu avoir la prétention de m'apprendre ce que je ressens?! La beauté, cela ne compte pas, je te l'ai déjà dis, alors garde tes fadaises pour ton propre compte et laisse-moi tranquille!

-Tu crois vraiment ce que tu dis? m'écriais-je, ravi de sentir que je commençais à faire fondre la carapace dont il chercherait à s'endurcir et plus encore du fait que ma cosmo-énergie était entrain d'atteindre, dans sa concentration, son paroxysme. Cela ne te gênes pas trop, j'espère, de te mentir à toi-même! Tu as honte de toi, tu te hais et par-dessus cela tu es un lâche pour ce que tu n'as même pas le courage de te l'avouer. Tu es encore plus bas que ce que je ne t'avais jugé au premier regard. Tu es pathétique et pourtant, j'en suis le premier étonné, je te le promets, je n'arrive pas à détester autant que tu le fais toi-même. Non, tu me fais trop pitié pour cela, mon pauvre Leech.

Mon opposant porta ses mains à ses oreilles pour se protéger de mes intolérables paroles et m'ordonna, en hurlant, de me taire. Mais je n'allais pas m'arrêter en si bon chemin et je continuais à débiter tout ce qui me passait par la tête et qui pouvait le blesser.

J'étais en train de l'affaiblir sans même avoir à lui porter une attaque, n'était-ce pas étrange? Etrange et partique! J'avais découvert le talon d'Achille de ce cher berserker et je m'en servais à bonne escient. La ruse, elle allait me permettre de vaincre et je me félicitais moi-même d'avoir cherché à gagner de précieuses secondes. Leech ne me supportait plus et ma seule vision devait lui être intolérable car il ferma les yeux pour se couper de moi. Il avait les oreilles bouchées, les yeux clos, mais qu'attendais-je? Une invitation peut-être?

Je bondis en l'air, mon trident solidement tenu dans ma main gauche et une rose noir, la première d'une longue série, dans la droite. Il ne fallait qu'un très bref instant à mon ennemi pour réaliser que j'avais disparu et commis l'irréparable, sortir des marais. Il était à découvert et ne réalisa que trop tard son erreur.

Mes roses piranhas déferlaient sur lui, le déchiquetant, entrouvrant sa peau épaisse et glissante, accomplissant un travail formidable sur cet être sorti des mains de Poséidon. Je souffrais encore du coup qu'il m'avait porté, et plus durement que je ne voulais bien le laisser entendre. Mes mouvements me procuraient une migraine terrifiante, mon propre sang battait cruellement à mes tempes et j'avais manqué de m'évanouir en sautant en l'air, mais je venais de rétablir l'égalité en le frappant avec mes roses noires.

Nous étions en aussi mauvais état l'un que l'autre lorsque nous retombâmes dans les marécages putrides. Leech grommelait et accusait le coup alors que je n'avais pas eu le temps, ni la force, Bloody Weakness oblige, de fondre sur ma proie pour la transpercer de mon arme d'Orichalque. Qu'allais-je faire maintenant? Aviser, évidemment. On ne pouvait jamais rien prévoir durant un combat, mais il était toujours bon d'avoir une issue de secours et pour l'instant, j'avais beaucoup de mal à en trouver une. C'est alors que mon adversaire releva la tête.

Je n'avais jamais vu pareille expression. Il me haïssait réellement au plus haut point. Quels sentiments violents devaient agiter son âme! Je le regardais avec incrédulité alors qu'il écumait de rage.

-Tu es le premier à m'avoir touché, murmura-t-il entre ses dents car il essayait de contenir ses hurlements hystériques de fureur qu'il avait tant envie de lâcher. Maintenant, tu vas périr.

Et il se précipita dans ma direction.

* * *

Aiolia

Une femme! Altaïr était une femme. Aussi incroyable que cela puisse paraître, c'était ce que je venais d'entendre crier Masque de Mort qui la combattait depuis tout à l'heure. Il n'en revenait pas lui-même et ses cris me troublèrent tellement que je détournais quelques secondes les yeux de Fomalhaut. A mes dépends, bien-sûr, car il m'assena, en se servant de ses deux mains comme d'une masse, un coup derrière la nuque qui m'aurait assommé si je n'avais pas mis à la dernière seconde mon épée provenant de l'armure de la Balance entre lui et moi.

J'avais reçu cette arme très peu de temps auparavant, et dès la seconde ou mes doigts l'avait effleuré, ma puissance s'était décuplée. J'aurais pu tuer avec elle mon opposant ainsi qu'avec l'aide d'un de mes éclairs foudroyants mais je ne m'en sentais pas capable. Celui qui se tenait devant moi, dans une cuirasse du rouge le plus profond que je n'eus jamais vu, je lui devais les seuls instant de joie d'une partie de mon enfance. Je lui devais presque d'être un chevalier d'Or, car, sans jamais avoir été mon maître, je l'avais toujours considéré comme un guide, un conseiller et mieux encore, comme un ami. Nous avions été très proches et malgré notre différence d'âge, il m'avait toujours accordé son entière confiance.

Jusqu'à ce qu'il disparaisse évidemment. Je n'avais pas encore vraiment compris pourquoi il s'était échappé du Sanctuaire. Je n'osais pas non plus lui poser toutes mes interrogations à ce sujet, d'abord parce que je n'en avais pas le temps car il m'attaquait, ensuite parce que j'avais peur que l'image que je ne m'étais faite de lui ne vienne à se briser. Je ne voulais pas que quelqu'un piétine les seuls souvenirs d'enfance auxquels je pouvais encore me raccrocher. C'était étrange de dire cela, car j'aurais du réaliser que c'était déjà fait.

Il était un berserker, et cela aurait du suffire à briser le pied déstal sur lequel je l'avais placé. Mais j'avais beau me répéter cette phrase, elle n'avait pour moi aucun sens, ne signifiait rien et m'embrouillait l'esprit plutôt que de m'éclaircir les idées. Fomalhaut était un Berserker... Fomalhaut était un Berseker. Non, il était toujours le brave, le fier, le courageux chevalier d'Argent du Poisson Austral sous les ordres d'Athéna. Et... une pensée me traversa soudainement l'esprit. Comment réagirait-il si je lui disais que...

-Aioros est de nouveau en vie, déclarai-je alors qu'il s'apprêtait à me frapper.

Il stoppa son mouvement, ses bras se suspendant dans les airs et ses yeux s'illuminant d'une joie qu'il n'aurait sans doute pas voulu ressentir. Puis, il fronça les sourcils, incrédule, pensant que je rusais dans le but de lui échapper. Il me jugeait bien mal dorénavant.

-Ton frère? C'est impossible. Chacun sait qu'il est mort.

-Il était mort, mais durant la dernière Guerre Sainte, celle qui nous a opposé à Hadès, il est parvenu, avec les autres chevaliers d'Or qui avaient perdu la vie, à renaître et à obtenir de par la même occasion une seconde chance. Maintenant que tout le monde sait qu'il fut, il y a de cela plus de treize ans, le sauveur d'Athéna, je peux t'assurer qu'il fait figure de véritable héros, si ce n'est de légende.

Fomalhaut esquissa un sourire, pensant sans doute au vieil ami qu'était pour lui mon aîné. Cela me prouvant bien que son cœur pouvait encore être attendri. Derrière moi, j'entendais Masque de Mort entrain de frapper Altaïr à l'aide de son nunchaku. Je savais que je n'aurais moi-même jamais pu lever la main sur une femme et je remerciais le ciel et les dieux que ce soit le chevalier du Cancer qu'il est décidé de l'affronter. Je savais pourtant que le mal devait être combattu et arrêté, quelle que soit sa forme, mais battre une femme tout de même... Non, c'était au-dessus de mes forces. Mais plutôt que de penser à cela, je devais me concentrer sur la réaction de mon interlocuteur.

-J'en suis ravi pour toi, et pour lui. Et j'ai en effet entendu parler de cette histoire comme quoi tous les Gold Saints seraient revenus à la vie suite à l'explosion du célèbre Mur des Lamentations et à un voyage dans des dimensions parallèles. Cela ne m'a pas vraiment touché, mais pas étonné non plus, car il faut s'attendre à tout de la part des chevaliers d'Athéna. Capables d'accomplir des miracles, c'est bien ce que l'on disait tout le temps au Sanctuaire, n'est-ce pas? Oh oui! Je m'en souviens... C'est tout de même dommage que vous n'ayez pas eu plus le temps de vous revoir Aioros et toi. Car, je ne sais pas ce qu'il en est pour lui, mais tu vas mourir.

-Quoi? m'écriais-je. Je viens de te dire que ton meilleur ami servait de nouveau la cause de la justice et c'est tout ce que cela te fait?! Car c'est bien la justice que nous défendons et tu le sais parfaitement! On te l'a appris et tu as défendu ce principe pendant des années! Tu ne peux pas trahir Athéna, tes valeurs, les autres chevaliers et moi-même, comme cela, ce n'est pas possible, ce doit être un cauchemar.

-Un cauchemar as-tu dis? Et bien soit exaucé! Nigthmare Vision!

Mes pensées et mes réflexions cessèrent à la seconde ou il prononça le dernier mot de sa phrase. Je me figeai, irrésistiblement attiré au fond de mon propre esprit, de mes propres angoisses. Ce n'était pas une illusion. Je le savais déjà alors que celle-ci ne faisait que commencer et qu'elle me projetait dans mon enfance, avec mon frère.

Fomalhaut savait toucher le point sensible et comme il me connaissait bien et depuis longtemps, il n'avait pas eu de mal à jouer avec le mien. Mais contrairement à la technique d'Ikki, qui se contentait de transporter dans un monde ou seul la terreur régnait mais qui n'avait décidément rien de réel, l'attaque du chevalier du Poisson Austral révélait ce que l'on aurait pas désiré s'avouer ou revivre. Elle traumatisait, obsédait sans doute des jours et des jours après et pouvait rendre un esprit faible fou.

Je fermais les yeux alors que je revoyais Aioros pour la dernière fois... un traître. "Ton frère est un traître" me disait-on partout. Est-ce que mon opposant essayait d'influencer mon esprit? Cela m'en avait tout l'air mais c'était peine perdu. On ne pouvait pas avoir un chevalier d'Or de cette manière.

C'est seulement à cet instant, alors que je voulais me reprendre, me ressaisir et rire au nez de Fomalhaut pour lui montrer que son attaque n'avait pas marché que je réalisais que j'étais incapable de sortir du monde ou il m'avait envoyé. J'étais tout bonnement prisonnier de ma propre mémoire. J'avais beau gesticuler, courir, hurler, tout cela ne se produisait que dans ma vision cauchemardesque.

A l'extérieur, je devais paraître calme, stoïque, faisant preuve d'un grand sang-froid quand j'étais en fait entrain de le perdre. Mon cœur battait la chamade et je n'arrivais pas à me sortir de l'endroit maudis ou je me trouvais. J'étais dans le Sanctuaire d'Athéna une dizaine d'années auparavant sans vraiment y être. Cette technique était monstrueuse et c'est alors que je me rendis compte que j'avais de moins en moins conscience du monde extérieur. Non seulement le coup que l'on m'avait asséné me retenait dans ma propre âme mais en plus, il commençait à estomper les couleurs vives du monde réel, de celui dans lequel j'existais.

Bientôt, je ne me rappellerais plus des années suivantes, que j'étais le chevalier d'Or du signe du Lion venu sur Azura pour... ou était Azura déjà? Et qu'étais-je venu y trouver? Le "Nightmare Vision" dévorait mes souvenirs avec avidité, rapidité et efficacité.

De très loin me parvint alors une voix, puis deux. On parlait, mais qui cela pouvait-il être? Peut-être des chevaliers d'argent qui voulaient se venger de ce que mon aîné avait fait sur ma personne? J'avais peur. Qu'allais-je devenir alors que je ne savais pas me défendre. Il fallait que je parte, que je quitte ce lieu et... Masque de Mort. Pourquoi pensais-je à ce nom? Je ne voyais pourtant personne qui se faisait surnommé de cette manière, ou alors, dans un vague relent de ma mémoire peut-être.

* * *

Masque de Mort

J'avais bondis en arrière, mon Nunchaku à la main prêt à en donner à n'importe quel instant à celui qui s'approcherait de moi, ou plutôt de nous. Alors que je combattais Altaïr -une femme, je n'en croyais toujours ni mes yeux ni mes oreilles!- je m'étais rendu compte que non loin de moi, quelque chose ne tournait pas rond pour ce cher Aiolia et son opposant.

Je m'étais donc absenté durant mon propre combat de la surface d'affrontement pour venir en aide au chevalier du Lion. Je ne pouvais pas croire que c'était moi qui venait sauver un autre chevalier d'Or, l'un de mes frères! Aussi incroyable que cela puisse sembler, j'étais pourtant debout, entrain de tourner autour de lui, à le secouer pour qu'il réagisse. Il avait les yeux voilés, au sens propre du terme car son regard était devenu opaque, mais à par cela, il avait l'air plutôt en forme. Il respirait normalement, se tenait toujours campé sur ses deux jambes, son cœur battait et... il avait pourtant l'air mort.

C'était dis crûment, mais au moins étais-je lucide. Comme Aphrodite devait l'être alors qu'il combattait dans son domaine. Je sentais l'explosion de son cosmos mais j'avais d'autres problèmes en court et plus urgents à régler.

Ah! Dans quelle situation Aiolia me plongeait! Il faudrait que je songe à le remercier lorsque j'aurais fait des pieds et des mains pour le sortir du pétrin dans lequel il s'était fourré. Déjà premièrement, je devais savoir ce qu'il lui était arrivé, car franchement, ce n'était pas très clair pour l'instant.

J'entendis Altaïr bondir aux côtés de... son nom, oui, un nom de chevalier d'Athéna, ou quelque chose dans ce goût, oui, Fomalhaut bien-sûr! Elle avait l'air très en forme et je me retournais vers mes deux opposants. Cette femme avait une force incroyable même au corps à corps, mais je n'étais pas de ceux qui se laissent émouvoir par le simple fait qu'il s'agisse d'une femme et non d'un homme. Je devais tuer mon ennemi, un point c'est tout. C'était la seul règle à tenir et je m'y pliais de bonne grâce. Mourir sous prétexte que j'étais un homme et que je ne pouvais par conséquent pas me permettre de porter la main sur une femme, mais dans quel monde vivions-nous? Athéna avait besoin que je la tue et j'allais le faire mais avant tout cela, il me fallait venir à bout des ennuis d'Aiolia.

-Bon, commençons par le commencement, dis-je en faisant face au chevalier du Poisson Austral. De quoi est-il victime?

Mon ton était ironique et légèrement las car je n'avais pas non plus ma journée, le temps pressait et je devais faire vite, très vite pour rejoindre Saori et mes frères - était-ce bien moi qui parlait? C'était sûr?- au temple d'Arès.

Fomalhaut sourit avec amusement. Je n'étais pas un clown pourtant, pas que je sache du moins et ce petit jeu de devinettes commençait sincèrement à m'énerver. Ou il me disait de son propre chef ce qu'Aiolia avait, ou je lui faisais avouer de façon nettement moins plaisante. Et sa tête ne m'était pas inconnue. Je cherchais bien un quelconque souvenir dans ma mémoire mais sans grande réussite. Je n'y mettais de toute façon ni beaucoup de cœur, ni beaucoup d'ardeur car cet homme ne m'intéressait nullement, hormis le coup qu'il avait précédemment administré à mon compatriote.

-Masque de Mort... j'ai beaucoup entendu parler de toi, même durant ton entraînement en Sicile... on me disait combien tu étais turbulent. Ton maître était l’un de mes meilleurs amis, déclara Fomalhaut.

Il avait envie de parler ou était d'un naturel bavard. Moi pas.

-J'en suis ravi. Tu étais donc un chevalier d'Athéna. Au fait, si tu n'es pas au courant, paix à feu mon maître, etc, etc... alors, on en revient à Aiolia?

-Tu m'a l'air bien pressé... fit Altaïr d'une voix rieuse.

Elle passait une main dans ses longs cheveux noirs et épais et ses paupière papillonnèrent pendant quelques instant.

-Ah! Non, je n'en ai pas que l'air, figurez-vous. J'ai juste le monde a sauvé avant de rentrer chez moi ce soir.

Il finissait par me mettre dans cette exécrable humeur que mes opposants redoutaient plus que tout car elle décuplait mon énergie. A leur guise, ils l'apprendraient l'un et l'autre à leur dépend.

-Aiolia... il fait juste un petit cauchemar...

Fomalhaut éclata de rire avec panache. Oui, c'était bien un guerrier d'Athéna. J'avais déjà vu son visage aux occasions ou mon maître m'avait emmené une ou deux fois au Sanctuaire car il y avait des affaires importantes à régler. Il était maintenant du côté du mal ce cher Fomalhaut. On en disait pourtant du bien à mon époque et puis... oh! De toute manière, je n'avais rien à faire des aventures ou de l'existence de ce berserker. Il était maintenant du mauvais côté de la frontière, ce qui signifiait que je devais le tuer. Point final. Mais deux guerriers d'Arès contre moi seul... enfin, on verrait bien ce que ça donnerait.

-Il a subi mon attaque favorite qui égale sans conteste en puissance celle d'un chevalier d'Or.

-Ne t'avances pas trop tout de même, ou je risque d'être déçu, ironisais-je.

Il rejeta ma remarque d'un geste de la main méprisant mais je savais que je l'avais vexé.

-Le "NigthMare Vision" est une technique très spéciale qui me permet d'envoyer mes opposants dans les recoins de leur mémoire, au moment qu'ils ont le plus détesté de toute leur existence. Il revivent certaines scènes qu'ils ne souhaiteraient pas voir ressurgir, le problème ce qu'ensuite, ils ne peuvent plus ressortir de leur propre mémoire. Plutôt ennuyeux, n'est-ce pas? Et c'est ce qui est entrain de se produire pour ton ami. Cela a un côté ironique, philosophique presque, que d'être prisonnier de soi-même, tu ne crois pas Masque de Mort?

-Encore que pour être prisonnier de sa propre personne, comme tu dis, rétorquais-je, il faudrait ne pas s'être débarrassé de son passé ou en être encore affecté. Ce qui n'est malheureusement pas le cas de tous...

Mon sous-entendu était clair mais ne répondais pas à mon interrogation. Peut-être qu'avec mon caractère et la manière dont j'avais définitivement fait une croix sur mon comportement d'autrefois, j'allais échapper aux contraintes tragiques de la "NigthMare Vision" mais il y avait autre chose. Comment allais-je faire pour combattre deux ennemis à la fois? Et comment allais-je faire pour aider Aiolia?

* * *

Shun

Il m'avait lancé son Nunchaku à trois branches sans une seule seconde d'hésitation et je l'avais rattrapé à temps avant qu'il ne tombe aux mains de Phaéton qui avait surgi dans mon champs de vision, bondissant en avant comme une panthère, pour rattraper la précieuse arme d'Orichalque. Mais cette dernière semblait être doté d'une vie et avait foncé droit sur moi, reconnaissant d'instinct le défenseur de la justice de celui qui ne l'était pas.

Mais pourquoi Aioros avait-il fait cela? Il compromettait ses chances de vaincre en me faisant ce don plus que généreux. Et je ne pouvais pas accepter. Mais comment aurais-je pu lui dire tout cela alors qu'il était maintenant aux prises avec Épiméthée qui le bousculait sans ménagement. Il possédait une autre arme évidemment, mais tout de même... je craignais qu'il ne meurt à cause de moi. Car il m'en avait gracieusement fait don de peur que Phaéton ne me tue.

Je devais bien avouer que j'avais reçu la triple chaîne au bon moment. Mon adversaire me maintenait à terre par de violents coups de poings qu'il m'assénait sur le visage et j'avais tellement peur. Non pas parce que je m'affolais à l'idée de mourir, mais parce que je redoutais l'idée que ma propre faiblesse ne les fasse mourir, eux tous, mes frères de Bronze et d'Or et aussi Athéna.

Je devais me relever pour les débarrasser de Phaéton et me résigner à tuer de nouveau. A ôter encore une fois la vie, même si c'était celle d'un berserker et que tout le monde jugeait cela sans importance. A vrai dire, je me rendais bien compte qu'il ne s'agissait pas d'un être humain normal et qu'une fois mort, il renaîtrait malgré tout en même temps qu'Arès. Comme les spectres, qui revenaient à la vie en même temps que leur maître. Hadès... je ne devais pas penser à cela, faire vagabonder mon esprit dans cette terrible guerre sainte. J'avais une fois, encore une fois devais-je plutôt dire, du résister, mais je n'y étais pas parvenu.

Un curieux sentiment de malaise m'envahit. Trop de pensées se bousculaient dans mon esprit pour n'arriver finalement qu'à l’embrouiller encore plus que d'habitude. Je ne comprenais pas pourquoi la bataille que nous livrions avait lieu.

Bien-sûr, il fallait sauver le monde et si mon combat permettait de nous faire avancer dans ce sens, alors mon existence entière aurait sa justification mais nos vies n'étaient-elles promises qu'à des combats sans fin? C'était donc cela mon destin. Tuer jusqu'à ce qu'il n'y est plus d'ennemi à combattre. Et ensuite? Quand tout serait terminé si j'avais eu la chance de survivre, ou la malchance, tout dépendait du point de vue d'ou l'on se plaçait, que ferais-je? Que deviendrais-je?

Mes réflexions volèrent à cet instant vers Ikki, mon frère. Ce chevalier sans peur, qu'aurait-il fait à cet instant? Il aurait relevé la tête, les yeux brillants de colère et prêt à tout donner pour que la justice triomphe. Il aurait toisé son opposant d'un air suffisant qu'il pouvait se permettre et se serait battu car il était de ceux qui n'abandonnent jamais.

Je savais que je devais être comme cela, que je devais tout faire pour lui ressembler mais j'avais du mal à adopter cette mentalité de guerrier. Mais de moi, dépendait l'avenir du l'humanité et en de telles conditions, avais-je le droit de me laisser aller à mes divagations? Si je laissais mon esprit vagabonder sur le terrain miné de mes pensées, cela s'avérerait dangereux pour tous.

-Shun!

La voix d'Aioros. Je me retournais, commettant une erreur fatale.

-Shun derrière toi!

Phaéton surgit des cieux les mains liées l'une à l'autre et ses longs doigts entrelacés formant une sorte de petite massue qu'il m'envoya en plein front. Je reculai, sonné par le coup qu'il m'avait asséné. Je n'avais pas cligné des yeux pour me remettre de ma surprise, que je recevais des rafales de coups de pieds, de coudes, de poings, de jambes, qu'importait ce dont il se servait, tant qu'il me faisait mal.

Un état d'esprit que je n'arrivais pas à comprendre, mais je n'avais décemment pas la possibilité de lui demander pourquoi il agissait ainsi.

-Alors, Andromède, me demanda-t-il alors que j'étais à terre et qu'il me piétinait de sa jambe. Maintenant, tu vas être bien gentil et me remettre ton arme d'Orichalque ou sinon... et bien je serai malheureusement dans l'obligation de te supprimer. Ce serait tout de même dommage, tu me le concèderas. Alors? Soit tu me donnes de ton plein gré ta triple chaîne, soit tu meurs et je la prends quand même. Tu avoueras que je suis généreux.

Un léger silence, fin comme une aile de papillon s'abattit entre nous. Je connaissais déjà la réponse à lui fournir mais il me fallait au moins une ou deux secondes pour analyser ce que j'allais faire. J'allais combattre, de toutes les forces dont j'étais capable. J'allais tuer aussi, enchaînement logique de choses. Mais j'allais aussi sauver des millions de vie. Mon choix était fait, depuis toujours, songeais-je.

Je me remis à bouger légèrement alors que j'étais face contre terre et que Phaéton me maintenait au sol par un pied qu'il avait posé sur mon dos. Il était entrain de m’enfoncer dans la pierre et s'était maintenant à moi de jouer. Courage. Oui, courage.

-Phaéton, tu sais très bien que je ne vais pas mourir, pas aujourd'hui du moins.

-Tiens donc, Shun? Serais-tu enfin décidé à combattre?

Je compris ce qu'il avait fait. Il m'avait poussé dans mes derniers retranchements pour me forcer à l'affronter. C'était astucieux et il savait depuis le départ que cela fonctionnerait. Évidemment, il n'avait pas menti, il était réellement intéressé par le Nunchaku à trois branches d'Aioros, mais il ne voulait pas l'obtenir sans se battre, sans gloire autrement dit. Et il avait du se résigner à devoir vaincre un chevalier de Bronze. Dès le début, il ne m'avait pas jugé comme à son niveau. Mais les Berserkers étaient ainsi faits qu'ils se croyaient invisibles. Pourtant, déjà plusieurs de leur compagnons étaient morts et ils n'en avaient d'ailleurs pas l'air affecté le moins du monde. Ils ne se posaient pas non plus de questions sur leur décès car ces derniers leur suggéraient que certains chevaliers d'Athéna étaient capable de les tuer.

Mais j'oblitérais de mon esprit trop facilement un point, ils ne vivaient que dans un seul but, combattre. Ce qui signifiait que toute leur existence était égoïste, fixée uniquement sur eux-mêmes et les affrontements qu'ils auraient à livrer. Je n'arrivais pas à me résoudre à comprendre cette manière de pensée. C'était trop... inhumain pour moi. Ils n'avaient pas besoin d'amitié, d'amour, de compassion, de tendresse, un sourire ne leur faisait ni chaud ni froid et les seules émotions qu'ils qualifiaient comme intéressantes étaient celles qu'ils éprouvaient face à un adversaire. La peur, l'anxiété, les montées d'adrénaline, tel était le quotidien dont ils rêvaient et que j'essayais à tout prix d'éviter... mais pas de fuir. J'avais un devoir à accomplir envers Athéna et mes frères et quoi qu'il arrive, je le ferai jusqu'à ce que la dernière flamme de mon cosmos soit engloutie dans le néant de la mort.

Je me relevais lentement, ma vue vacillant suite à la correction que l'on m'avait administré. Je ne tardais pourtant pas à reprendre mes esprits et plongeais mes yeux dans ceux de mon ennemi. Il pensait sans doute que je tentais de connaître ses plans, ses attaques, ce qu'il comptait me faire subir, mais je cherchais toujours aussi désespérément une faille, juste une petite faille qui dénoterait un semblant d'humanité. Mais une fois de plus, je me suis retrouvé face à un mur de pierre, aussi solide que le Nunchaku à trois branches que je tenais à la main.

J'entendais résonner derrière moi les cris d'Épiméthée et d'Aioros qui ne devaient pas être entrain de plaisanter. Les Berserkers aimaient les corps à corps et visiblement, l'opposant du chevalier du Sagittaire encore plus que les autres. Comme je regrettais d'avoir son arme entre les mains. Il aurait moins souffert si je n'avais pas ainsi eu besoin de son aide. Je m'en voulais terriblement. Et pour lui, j'allais vaincre.

-Et bien Andromède, tu m'as l'air plutôt endormi pour un chevalier que tout le monde prétend remarquable. J'ai entendu parler de tes exploits et de ceux de tes frères. D'ailleurs, qui dans le monde des dieux ne les connaîtraient pas. J'ai tout de même affaire à l'homme qui a été possédé par Hadès. Arès me l'a expliqué, comme à nous tous et je me retrouve face à une figure de légende.

Hadès... pourquoi s'était-il senti obligé de me le rappeler en cet instant. Cela me faisait perdre la plupart de mes moyens et me réduisait au mutisme le plus absolu. Il s'était servi de cela comme d'une arme contre moi et cela avait marché puisque j'encaissais le coup.

Je mis soudainement ma chaîne nébulaire en position de défense autour de moi, formant un cercle de protection que nul ennemi ne pouvait franchir sans recevoir plusieurs milliers de volts. Phaéton, comprenant que le combat venait de s'engager, esquissa un sourire.

-Tu crois que c'est cela qui va m'arrêter? Moi? Le fils d'un dieu?

-Le fils d'un dieu? répétais-je bêtement.

Il se mit à rire avec suffisance mais j'étais trop curieux de découvrir son histoire pour qu'il ne s'en sente pas flatté. Et puis, peut-être que si je connaissais sa vie, je comprendrais pourquoi il était devenu un berserker et je... Je divaguais! Il n'avait pas le droit à ma pitié ni à ma compréhension, je devais saisir cela une bonne fois pour toute car sinon, je risquais de mourir, laissant Aioros dans de graves soucis.

-Oui, déclara-t-il en posant un premier pied sur mes chaînes alors que celles-ci, sous sa volonté, commençaient à reculer, à se resserrer autour de moi. Je suis le fils d'Hélios, le dieu du Soleil. Un demi-dieu par conséquent, n'est-ce pas merveilleux?

Ma chaîne se souleva de terre et se mit à danser, comme à l'approche d'un redoutable ennemi. Pourtant, ce n'était pas ce que je lui avais demandé de faire, elle était sensée, à cet instant, me protéger de la personne qui n'avait à présent plus aucun problème à se rapprocher de moi.

-En tous les cas, ça l'aurait été si je n'avais pas essayé de prendre la place de mon père, mais qu'y puis-je? Je suis comme cela, ambitieux et prêt à tout pour prouver à tous la qualité de mes origines. Je pensais sincèrement, qu'un jour, je serai amené à lui succéder et à reprendre sa charge mais penses-tu... on me tenait bien éloigné de l'Olympe et on ne m'accordait pas la moindre importance car je vivais sur terre et lui dans les cieux. Hélios, mon père, m'aimait évidemment...

Il prit un air pensif, levant une main dans ma direction et ouvrant sa paume vers moi alors qu'il se grattait de l'autre le menton.

-Ligthning Destruction, dit-il d'un ton si calme que je ne compris pas immédiatement ce qui m'arrivait.

Était-ce des raies de lumière qui me fendaient de toute part?

Je poussais un hurlement de douleur alors que mes chaînes m'avaient complètement abandonné, incapables d'arrêter le coup. Mon corps s'éleva en l'air, face à l'impression que cette attaque dévastatrice exerçait sur moi. Mes poumons, mon cœur, mes veines, ma tête, mes jambes, rien n'était laissé à l'écart de cette écrasante, de cette terrifiante vague de douleur qui me submergeait et me laissait tremblant et toussant, à demi-plié en deux par terre.

Un filet de sang s'échappait de ma bouche et tout mon corps prenait une curieuse couleur violacée. Cela n'était qu'un avant-goût de ce que j'allais subir, je le concevais parfaitement, car je devinais qu'il n'avait pas mis toute sa force dans cette attaque. Il y avait de quoi s'affoler et je me relevais, vacillant sur mes jambes alors qu'il continuait son histoire.

-Il m'aimait, il me l'avait déjà dis. Mais alors pourquoi me repoussait-il lorsqu'il était question de son travail? Là est la véritable interrogation. Personnellement, je ne supportais pas cela. Tout de même, il s'agissait de mon avenir. Mon futur était entre ses mains et il ne me disait rien... je ne l'ai pas admis longtemps et peu à peu, sans qu'il s'en rende compte, je me suis immiscé dans le poste qu'il tenait, lui volant d'abord quelques tâches qu'il jugeait ingrate et me servant de mon intelligence et de ma ruse pour simuler la gentillesse et lui faire croire que je voulais simplement l'aider.

« Un jour, j'ai voulu le renverser. J'ai pris le char du soleil et ses vaillants destriers et j'ai pris sa place dans sa conduite. Malheureusement, il s'est aperçu de la disparition de ce dernier et il voyait bien que le soleil était entrain de monter dans le ciel alors qu'il ne faisait rien. Et moi là-haut, je jubilais. Je croyais que j'étais enfin devenu ce que j'avais toujours rêvé: un dieu.

« Oh! Shun, je t'en prie, ne m'interrompe pas! C'est important ce que je te confie. Arrête ou je te brise en deux! Très bien, ou en étais-je? Ah! oui... mon père a du se résoudre à stopper la course de son char, à m'en faire tomber, à m'assassiner en fait car c'était la seule solution, il l'avait bien compris, pour que les choses rentrent, selon sa propre expression, dans leur ordre naturelle. Je suis mort mais pas très longtemps finalement. Lorsque Arès a appris par mon père lui-même ma mésaventure, je lui ai tout de suite plût et il est venu dans l'Hadès? Te rends-tu compte, le dieu de la guerre, venu spécialement pour rendre visite à son ami le dieu des morts... pour moi.

« Il a demandé à l'empereur des ténèbres de le laisser m'emmener et de me donner une âme éternelle dans un corps de chair, une âme de berserker donc. J'étais exactement ce qu'il voulait car très intelligent lorsqu'il est question de tactique de guerre, et entièrement dévolu aux dieux et encore plus à lui qui m'a sorti des enfers. Il est mon maître et je ferai n'importe quoi pour lui. C'est sans doute aussi pour cela qu'il m'a témoigné tant d'intérêt. Il savait qu'en venant me chercher, il trouverait le parfait serviteur, au sens noble du terme bien-sûr. Je suis son dévolu et ce n'est pas pour lui déplaire, ni pour me déplaire car lorsqu'il aura instauré le règne de dieux suite à la mort d'Athéna et que l'âge d'Or recommencera il m'a promis la place de dieu du Soleil. Il ne me rendra en fait que ce que l'on m'a pris! Et voilà ou j'en suis maintenant... intéressant, n'est-ce pas?

Je secouais la tête, atterré par son discours et je portais mes mains à mes tempes pour arrêter ma douleur. Je souffrais le martyr mais je ne devais pas m'écouter. J'étais en plein milieu d'un combat et la souffrance en faisait partie intégrante. Il venait de me révéler de la façon le plus naturelle possible les plans du maître d'Azura. Détruire la race humaine, Athéna, le retour des dieux sur terre... c'était terrifiant mais que pouvais-je lui répondre?

-Tu es fou, Phaéton. Comment peux-tu faire confiance à un être aussi abjecte qu'Arès? Jamais il ne détrônera ton père pour te donner sa place. Il ne te considère sans doute comme rien de plus qu'un laquais dont il peut se servir à sa guise. Alors que ton père, lui, est un dieu, un être de la même essence que lui et qu'il considère comme un million de fois supérieur à toi.

-Je t'interdis de m'insulter et de mentir sur le compte d'Arès. J'ai confiance en lui et il fera ce qu'il m'a promis!

Je haussais les épaules avec tristesse car il était finalement abusé, trompé lui aussi.

- Et comment as-tu peux oser tromper ainsi ton père? murmurais-je enfin, après une longue minute de silence outragé. Il t'aimait, tu me l'as toi-même dis à plusieurs reprises. Il avait confiance en toi et pour ta part, tu ne réalisais pas ta chance. S'il t'écartait d'un aspect de sa vie, c'était sans doute pour que l'inéluctable ne se produise pas.

-Je ne m'aimais pas, voilà tout, dit entre ses dents Phaéton qui dépitait ma réaction qui allait à son encontre.

Peut-être avait-il cherché ma sympathie en me racontant son passé... mais alors pourquoi m'avoir si sévèrement attaqué en même temps?

-Tu l'as trahi juste pour prendre sa place...

Ma voix était douce car j'essayais, entre deux toux ou du sang remontait dans ma bouche, de saisir ce qui l'avait poussé à commettre un tel acte de méchanceté envers son géniteur.

-Moi, je suis orphelin et je n'ai jamais eu la chance de connaître l'amour d'un père comme toi. Pourquoi avoir gâché ce que certain n'ont pas? Tu étais un privilégié et tu ne t'en es pas même rendu compte. Tu étais le fils d'un dieu et qui prenait soin de toi qui plus est.

« Combien d'enfant sur terre ne ferait-il pas n'importe quoi pour avoir un parent qui s'occupe d'eux? Combien d'enfants sur terre ne donneraient-ils pas tout ce qu'ils ont pour avoir l'amour, l'affection et la tendresse que tu as reçu? Et toi, face à un père qui te donnait ton son amour, tu n'as réussi qu'à te montrer ingrat et a essayé de lui voler son rôle... et non seulement c'est ton propre père que tu as tenté de duper, mais les dieux eux-mêmes. Tu désires faire parti d'eux, mais c'est impossible. On ne les abuse pas par un subterfuge comme le tien.

-Comment oses-tu me donner des leçons?! Qui es-tu pour cela?

-Je ne suis qu'un orphelin du nom de Shun. Un orphelin parmi tant d'autre qui aurait aimé connaître ce que tu as gâché

-Fadaises! Tu ne sais rien de la manière dont tout cela s'est produit. C'était une autre époque. Un autre lieu et tu idéalises terriblement mon géniteur. Tu me vois dans le rôle du mauvais enfant alors que je ne faisais que reprendre mon dû. Oh! Et je ne vois pas pourquoi je m'échine à te raconter cela. Cela ne te regarde pas et tu es incapable de comprendre mes motivations. Alors ne cherche pas plus loin et prends-ça!

Il m'envoya alors une boule d'énergie en plein visage mais, me servant à toute allure de mon Nunchaku en le faisant tournoyer devant moi alors que des gerbes d'étoiles et sortaient, je parais son attaque, l'arme d'Orichalque n'ayant aucune difficulté à repousser le coup.

Quelle force il se dégageait d'elle, et par de la même occasion de moi! Je vis un sourire mauvais se dessiner sur le visage de mon adversaire et illuminés ses immenses yeux roses dénués de pitié et surtout de la moindre once d'humanité. La bataille venait bel et bien d'être engagée et nous n'échangerions sûrement plus un mot avant la fin de celle-ci.

* * *

Kanon

Le destin avait voulu que je rentre en possession d'un bouclier d'orichalque à la dernier seconde de ma vie. Il s'était placé juste entre moi et les dix gardes envoyés par Arès pour m'achever. Ils m'avaient attendus au détour du bois que je traversais, silencieusement, discrètement comme les lâches qu'ils étaient. Mais heureusement, il ne s'agissait pas de soldats mais de simples hommes qui surveillaient les domaines lorsque ceux-ci étaient inoccupés et qui obéissaient sans doute au doigt et à l'œil des berserkers.

Mais même avec leur puissance d'habitude ridicule comparée à la mienne, ils auraient été capables, vu le nombre qu'ils étaient, de m'achever. Ils s'étaient même rués sur moi, et j'avais tenté d'enflammer ce cosmos qui me faisait défaut, des lances pointées dans ma direction, entrain de rire de l'agonie que je vivais, ou plutôt que je bravais, car je n'arrêtais pas la lutte. Ils poussaient des hurlements d'animaux, comme des cris de guerre qui résonnaient à mes oreilles endommagées, et faisaient de grands gestes en se précipitant sur une proie qu'ils savaient être à leur merci.

Si j'avais été dans mon état normal, ils auraient filé doux et sans demander leur reste. De toute manière, je ne lors aurais pas laissé la vie sauve. Alors que toutes les pointes de leurs armes allaient fendre ma peau écarlate de part et d'autre était intervenue cette arme divine, autant dans sa beauté que dans sa puissance ou que dans ses possibilités. Elle m'avait comme transmis de sa propre force et je l'avais saisi à deux mains. Mon bouclier. Il était brillant, éblouissant pour qui n'était pas habitué à regarder en face le soleil ou des armures d'or, et c'était le cas de ma dizaine d'opposants.

Toutes les lances s'étaient brisées au moment même ou elles étaient rentrées en contact avec la surface polie de l'orichalque. Merci Athéna. Merci Dohko. Telles avaient été mes premières pensées à l'instant ou j'avais attrapé la chaîne qui me permettait de lancer mon bouclier en avant. Et c'est ce que j'avais fait alors que je retrouvais un peu de mes forces et que je sentais la présence d'Athéna et de Nikè à mes côtés.

Avec mon bouclier, je les avais alors tous fauchés, leur corps comme leur vie, comme s'ils n'étaient que de vulgaires épis de blé. Et c'est bien ce qu'ils représentaient face à une phénoménale aura comme celle qui se dégageait de mon arme. Ils avaient poussé de nouveaux cris, mais de douleur cette fois-ci et puis le silence était revenu. Ils étaient tous tombés dans un mouvement collectif sous mes yeux qui ne distinguaient plus qu'à peine ce spectacle car j'étais presque devenu aveugle.

J'avais réussi à m'en sortir grâce à un miracle mais j'avais usé mes dernières réserves d'énergie durant cette action et j'étais épuisé, à bout même.

Je m'écroulais à côté de mon bouclier. Ma tête cognant presque contre son rebord alors que je m'effondrais au milieu des gardes. Je n'en avais peut-être plus pour très longtemps à vivre, à moins que ce ne soit qu'un temps de repos dont j'avais besoin. Si tel était le cas, je me relèverais d'ici quelques minutes et continuerais mon chemin vers le temple du dieu de la Guerre. Ne pas abandonner... les chevaliers d'Athéna n'abandonnent ja…

* * *

Seiya

J'avais senti un étrange cosmos s'élever dans Azura sans comprendre à quoi attribuer cela. De gigantesques colonnes de lumières, douze en réalité, s'étaient élevées sur tout l'île, à des points totalement différents. Comme toujours, je n'avais réalisé qu'à retardement de quoi il s'agissait. Les armes de la Balance avaient été distribué. Le grand Pope et Athéna devaient véritablement juger la situation dramatique pour avoir décidé d'une telle intervention.

En me concentrant un peu plus, je sentais bien que beaucoup de chevaliers d'or livraient de violents combats dans tous les domaines. Et certaines énergies se faisaient de plus en plus faibles, c'était par exemple le cas d'Aiolia, de Kanon ou de Shun... comme je m'inquiétais pour mon frère. Mais je savais qu'il accomplirait son devoir quoi qu'il arrive. Il avait toujours prouvé qu'il était digne de notre confiance et de celle d'Athéna et malgré les moments de doute qu'il connaîtrait, et qu'il connaissait déjà sans doute, il ne faillirait pas devant sa tâche.

Je hochai la tête pour approuver mes propres propos alors que Bételgueuse me regardait avec une certaine ironie et plus encore, avec indifférence. J'avais presque oublié qu'il lisait dans mes pensées.

-Pégase, ne t'en fais donc pas ainsi pour ton frère Andromède. Il mourra, c'est un acquis. Alors essaye donc de t'en accommoder et de te concentrer sur ce qui se passe ici. Qui il combat? Tu aimerais le savoir? Et bien je vais te le dire, c'est Phaéton, le fils du dieu Hélios. Ce n'est pas très bon signe, je te l'affirme. Mais, nous avons d'autres problèmes autrement plus importants, tu ne trouves pas?

-Non, non, déclarais-je avec agressivité car il m'était insupportable d'entendre de pareilles histoires sur mon frère, détrompes-toi, tu as des soucis, moi pas!

Bételgueuse se mit à rire en secouant la tête, ses cheveux mi-long se balançant ainsi de gauche à droite. Il passa ensuite une main sur ses yeux. Moi, je n'arrivais pas à m'arrêter de réfléchir et c'était pourtant la seule chose que je devais faire si je désirais le vaincre. Faire le vide... le vide... je respirais profondément en songeant que la distribution des armes de la Balance m'avait redonné courage. Tout n'était pas perdu et certainement pas pour moi et...

Et voilà! Je recommençais! J'étais incroyable tout de même. Dohko avait bien réussi tout à l'heure à camoufler ses pensées et à cet instant que lui avait répondu Bételgueuse? Ah oui! Qu'en plus de pouvoir lire dans notre esprit, il pouvait déchiffrer notre âme, nos sentiments, nos émotions... et il faudrait que je les cache aussi, mais alors comment allais-je faire?

Le seul moyen de réussir un pareil miracle c'était de dormir et encore, le subconscient prend la relève à cet instant... La mort enlevait toutes les fonctions mais c'était bien ce à quoi il fallait à tout prix que j'échappe. J'étais devant un mur de pierre infranchissable et je tournais désespérément en rond à ses pieds, sans parvenir à le sauter.

-Et bien, Seiya, on dirait que tu as des difficultés à te calmer et à cesser toutes pensées. C'est un exercice très dur et je peux te comprendre. J'ai personnellement mis des années et des années à perfectionner ma technique... mais, comme tu viens de le songer, cela ne t'intéresse pas.

Il n'y avait dans sa voix rien de méchant ou d'agressif comme j'avais pu le remarquer chez mes autres adversaires. Aldébaran, Aiolia à cause de sa folie, Thor, Siegfried, Baian, et la liste était longue, très longue car je n'évoquais pas les spectres, ils avaient tous, au fond de leurs yeux, une étincelle de rage. Et c'était cette étincelle qui leur permettait d'être d'aussi rudes opposants.

Mais Bételgueuse était bien différent. Il paraissait ennuyer d'être ici, indifférent à son propre sort et cela me choquait presque. Nous étions tous entrain de livrer une guerre sans merci, ou seul le plus fort pouvait survivre et lui, à quoi pensait-il? Comme j'enviais son pouvoir à ce moment.

-Mes songes t'intéresseraient-ils, chevalier?

Il y eut un silence entre nous. Je sentais qu'il cachait quelque chose mais je ne savais pas quoi. Ou alors, peut-être dissimulait-il tout simplement ce qu'il ressentait, puisqu'il était maître dans l'art du camouflage et de l'esprit. C'était très possible.

-Non, Seiya, je ne te cache rien du tout. Je n'ai pas ce pouvoir. Je peux débusquer les émotions des autres, faire le vide dans mon esprit durant plusieurs minutes mais pas mentir sur la véritable essence de mon âme.

Il ne disait pas la vérité. Ce n'était pas possible. Je ne ressentais aucune noirceur en lui.

-Non, figure-toi, je ne suis pas mauvais comme la plupart de mes confrères, comme Leech, comme Épiméthée et comme bien d'autres. Les batailles ne sont tout simplement pas ce que j'aime. Pourtant, je sais que nous sommes bien obligés d'en mener parfois, s'il l'on veut qu'une cause triomphe.

Il haussa les épaules avec fatalisme et désinvolture. Ces deux mots correspondaient d'ailleurs parfaitement à sa physionomie.

-Moi, ce qui m'intéressent, c'est la personnalité des gens, leurs sentiments les uns vis à vis des autres. Et quand on sait cela, on obtient la véritable force. Comprendre la nature humaine et vous comprendrez le secret de la vie... que penses-tu de cette devise?

Elle était on ne peut plus exacte et, alors que je découvrais en lui un être bien plus profond et complexe que je ne l'aurais voulu, il me fit inévitablement penser à mon frère Shun. Il aurait pu parler comme Bételgueuse venait de le faire, il aurait pu avoir les mêmes réflexions philosophiques. Mais peut-être était-il un rien moins dur dans les intonations de sa voix, mais tout aussi résigné face aux inévitables guerres saintes.

-Tu songes encore à Andromède... j'aimerais bien le rencontrer s'il est comme tu le décris. Seulement je crains fort qu'il ne survive pas à son affrontement et que tu n'es toi non plus pas le loisir de me le faire rencontrer.

Je n'avais jamais été très fin psychologue comme savait l'être Shun ou Shiryu, mais j'avais assez de bon sens pour poser certaines interrogations à mon ennemi. Tout de même, il était curieux, voire même étrange pour un chevalier d'Arès!

-Mais pourquoi vouloir me tuer puisque tu n'en as aucune envie? Pourquoi ne pas te laisser convaincre, toi qui semble accorder tant de prix aux vies, par la justesse de notre cause. Dans mon camp, celui d'Athéna par conséquent, nous défendons des milliers de personnes, alors que dans le vôtre, vous chercher à tout détruire. Qui pourras-tu analyser quand tout sera détruit, qu'il ne restera plus personne hormis les dieux et les berserkers?

Bételgueuse battit des paupières avec amusement. Je le distrayais apparemment, mais ce n'était pas mon but et s'il répondait à mes questions et qu'il ne montrait pas la moindre envie de changer d'idée, alors je l'attaquerai. Le temps n'était pas mon allié et je devais faire au plus vite tout en faisant au mieux.

-C'est exact, Seiya. Mais je ne suis pas le genre d'homme à me poser des problèmes aussi...terre à terre. On verra bien le moment venu. Et présenter comme tu l'as fait, ta cause parait en effet comme étant la plus juste et la plus sensé.

C'était complètement fou! Il admettait que j'étais dans le bon camp. Décidément, cette personne me réservait bien des surprises!

-Mais tu oublies un détail important. Très important. La terre n'appartient pas aux hommes, Pégase, mais aux dieux et ils ont droit d'en faire ce qu'ils désirent puisqu'elle est leur entière propriété, tout comme la vie des hommes, qui existent grâce à eux. Tu négliges facilement que ceux sont eux qui leur ont accordé une seconde chance. Et ils ont été très déçus par la manière dont les humains ont tourné et maintenant, ces derniers payent le prix. Les dieux veulent simplement récupérer leur dû, on ne peut pas les en empêcher. Tu qualifies ta cause comme étant juste. Mais les dieux sont la justice. Alors, à quoi bon essayez de les empêcher d'agir à leur guise. Nous leur devons respect, fidélité et obéissance et comme je travaille pour Arès, ce qui n'est, somme toute, pas plus déplaisant que pour Hadès ou Artémis, je me dois de te supprimer et de me ranger du côté de son opinion. Quoi de plus normal?

Exprimer de cette manière son jugement paraissait logique, imparable... et me laissait sans voix. Non, je n'étais pas d'accord, et comment aurais-je pu l'être d'ailleurs?! Je voulais croire que les hommes étaient des personnes libres dans leur mouvement et dans leur pensée, et qu'ils n'appartiennent à personne. Quoi qu'on leur face, ils leur restaient toujours une chose, la liberté.

Et puis, Bételgueuse oblitérait de son esprit un fait incontestable dont je n'allais pas tarder à lui parler avant de lui offrir un voyage en enfer dont il ne reviendrait pas avant longtemps, car mon sang s'échauffait dans mes veines.

-Non, berserker, criai-je avec une rage mal contenue, non, la terre n'appartient pas aux dieux, comme tu le mentionnes. Zeus a le royaume des cieux, Poséidon celui des mers, Hadès celui des morts et la terre elle, ne connaît qu'une seule divinité qui en est la propriétaire et cette personne s'appelle Athéna! Ce qu'Arès essaye de faire, c'est de se rendre maître de l'un des quatre grands domaines de l'univers et tu le suis dans cette folle entreprise. Vous avez tous perdu la raison. Tu dis que les dieux sont la justice, c'est vrai pour certain et c'est le cas d'Athéna mais pour des dieux maléfiques comme ton maître, c'est complètement aberrent!

Je reprenais mon souffle pour terminer mon discours avant de me jeter dans la bataille et de le mettre à terre. Mon esprit était si enfiévré que mes pensées n'étaient plus ordonnées, ni même logiques.

Bételgueuse eut d'ailleurs un mouvement de recul quand il s'en aperçut. La nervosité et l'excitation d'un combat m'enlevait généralement beaucoup de ma faculté à raisonner, et cela risquait de ne pas l'arranger dans ses projets.

-Alors, réponds juste à cette dernière question. Si Arès décidait de te mettre à mort alors que tu n'as rien fait, serait-ce la justice? Car cela devrait être le cas puisqu'il représente, selon toi, lui-même cette notion.

Bételgueuse resta plusieurs secondes comme interdit. Mon hypothèse paraissait l'avoir touché, du moins le croyais-je. Il passa une main fatiguée et lasse sur son front alors que je me campais mieux sur mes deux jambes, prêt à combattre.

-Ton idée est assez troublante je dois dire et puisque tu m'as demandé une réponse, je ne peux pas faire autrement que de t'en fournir une. Je me laisserais tuer, je crois. Parce qu'il est un dieu et qu'il a le pouvoir de mettre ses menaces à exécution. C'est tout simple. Et puis il est mon maître et je ferai tout ce qu'il me demandera. Mais je me demandes tout de même bien pourquoi il ferait une chose pareille car je lui suis utile, du moins pour l'instant. Oh! Et puis, cela n'a pas d'importance. La vie, la mort, ce sont deux états éphémères puisqu'ils s'entrecoupent toujours l'un et l'autre. Comme un cercle que l’on ne peut briser. Et puis, mourir aujourd'hui, demain, dans dix ans, cela revient finalement au même, n'est-ce pas?

Il était fou. Cette phrase s'incrustait de plus en plus dans mon esprit alors que je le regardais me parler, discourir tout seul. Il ne croyait pas en l'espoir, ni même en sa propre cause. Non, fou n'était pas le mot qui lui convenait.

-Indifférent, dit-il. C'est le mot qui définit toute ma personne, Seiya. Et c'est bien pratique car on ne connaît plus la peur, ni aucun sentiment qui embourbe l'esprit. Ne s'en faire pour rien est un état merveilleux que tu devrais tenter d'atteindre. Pour rien au monde je ne le quitterais, sache-le. Et maintenant, je suppose que tu veux que nous commencions à nous affronter.

-A toi de me le dire puisque tu lis dans les pensées, rétorquai-je avec animosité.

-Tu sais, me battre avec toi ne me fait pas spécialement plaisir. Mais, puisque tu as l'air décidé, je ne voudrais pas contrarier tes projets. Alors, soit, nous nous bâterons, comme cela je ferai plaisir à Arès en te tuant... ah! Oui! J'ai oublié de te prévenir, mon don d'empathe et de télépathe me rend pratiquement invulnérable car je peux communiquer avec mon maître et guide... tu vois, si comme moi tu n'avais rien à faire des choses qui t'arrivent, tu n'arrondirais pas ainsi les yeux. Ainsi va la vie, Seiya, alors essaye de t'en accommoder. C'est la seule chose à faire.

Je ressentais pantois devant ce manque d'envie de vivre, de vaincre. Jamais je n'avais rencontré pareil adversaire. Si je le tuais, il ne m'en voudrait même pas. Et s'il me tuait, il n'en tirerait aucune gloire, aucun remerciement et c'était d'habitude ce que les berserkers recherchaient. Alors à quoi bon s’affronter? Parce qu'Arès l'avait décrété? Mais c'était ridicule. Je me rappelais alors que je n'avais pas le choix et que je perdais un temps précieux à la princesse et à l'humanité.

-Alors en garde, Bételgueuse…

* * *

Aphrodite

Il m'entraînait une nouvelle fois dans les tréfonds de cette eau glauque et insalubre, cherchant à m'étouffer et surtout à ne plus entendre ma voix et à se venger. Non seulement, je l'avais terriblement vexé par mes paroles concernant l'apparence de son âme, mais en plus, j'avais lancé sur lui une vague de mes roses piranhas qui ne l'avait pas laissé indemne.

Nous étions revenus à une certaine égalité dans le combat car j'étais moi-même commotionné suite au Bloody Weakness que j'avais subi en serrant les dents. Mais j'avais l'impression que l'affrontement était loin de toucher à sa fin et que Leech prenait un malin plaisir à étirer le temps. Seulement, j'étais pressé, blessé et j'avais horreur que les choses désagréables, et le mot était faible, traînent en longueur. Mais j'avais de plus en plus de mal à réfléchir, à voir clairement la situation. D'ailleurs je ne voyais plus rien du tout, au sens propre comme au sens figuré car je me retrouvais aveugle alors que j'étais complètement enfoncé dans la boue.

Mon cosmos explosa une nouvelle fois mais je n'arrivais pas à me dégager. Que faisait Leech? J'étais privé de quasiment tous mes sens et... Leech? Ou était-il, je ne sentais plus la pression qu'il effectuait sur mon corps encore quelques instants auparavant et pourtant, je n'arrivais toujours pas à remonter à la surface. Mais que se passait-il? Mes jambes étaient comme emprisonnées dans un étau d'acier qui m'empêchait de bouger, de me sauver et ma respiration arrivait bientôt à terme.

Je ne mis qu'une fraction de seconde pour réfléchir. Ma vie dépendait de ma rapidité et tout se jouait maintenant. Je n'avais pas le droit d'échouer, Athéna était elle-même entrée en contact pour me le dire. Je ne pouvais pas décevoir la princesse qui avait mis toute sa confiance en moi et...

Le trident!

Le trident était la solution à mes problèmes. Je savais déjà que les armes n'avaient pas été envoyés au hasard et que celle-ci, même si je ne l'avais encore jamais su jusqu'à présent, m'avait toujours appartenu. Elle m'était destinée et nous ne formerions qu'un si je savais comment l'utiliser, ou plutôt si je trouvais son utilité. Mon trident était la seule chance que j'avais de mon sortir, car, par quelque secrète attaque, Leech avait créé un piège terrifiant. Je sentais que l'air dans mes poumons diminuait à une allure impressionnante et que bientôt... je suffoquais déjà! Si tôt... il me fallait agir.

"Je t'en prie, arme d'Orichalque fasse que tu puisses m'aider, pensai-je. Déesse Athéna, faites qu'un miracle s'accomplisse et que mon union avec ce trident soit le garant de ma survie."

Était-ce bien moi qui lançais cette ultime prière, ou plutôt ce vœu vers Saori? Oui. Si l'on m'avait dis cela, il y avait plusieurs années, je ne l'aurais certainement pas cru. Mais c'était bien ma voix qui résonnait dans mon esprit alors que mon souffle disparaissait.

Je rassemblais toutes mes forces pour cette entreprise dont dépendait ma victoire sur la sangsue car si je parvenais à remonter, l'effet de surprise serait telle, que je pourrais le vaincre. Ma main se fit plus ferme sur mon arme, mes doigts se resserrant sur le manche. Nous communions. Je sentais sa force et une lumière dorée m'entoura. Et ce n'est qu'à ce moment que je compris la véritable puissance des armes de la Balance. Jusqu'à présent, je ne m'en était servi que comme une simple lance et je ne l'avais pas considéré comme un être vivant capable de m'aider, de me soutenir durant cette effroyable lutte. Mais maintenant que nos deux cosmos se fondaient l'un dans l'autre, je comprenais mon erreur. C'était plus qu'un trident. C'était la solution. C'était... moi. J'étais cette arme et elle me représentait.

Sur cette dernière pensée, alors que j'allais m'évanouir, j'intensifiais ma puissance à son paroxysme, illuminant tout ce qui m'entourait alors que je parvenais à ouvrir les yeux malgré cette eau dégoûtante. Je distinguais très peu de choses, mais assez pour vaincre. Je plantais alors de toutes les forces de mon être, utilisant chaque menu parcelle de mon pouvoir pour planter la pointe de mon arme dans l'étau formé par Leech. L'explosion du piège fut telle, que je n'eus même pas besoin de nager, et je me demandais d'ailleurs si j'en aurais été capable, jusqu'à la surface.

Je fus projeté vers le haut, comme entraîné par ma propre énergie et je jaillissais de la boue, comme un diable de sa boîte, en poussant un cri mi-victorieux, mi-furieux pour avertir mon adversaire de mon retour parmi les vivants.

-Mais... c'est impossible! Aphrodite! Serais-tu immortel?!

Je m'élevais dans les airs sous l'impact de la projection que j'avais engendré et fit un salto arrière pour retomber dans les étendues putrides.

-Non, je te rassure Leech, je ne me suis jamais baigné dans le Styx et c'est grand dommage, je puis te le garantir. J'ai pourtant séjourner fort longtemps en enfer... mais je n'y retournerais pas. Pas aujourd'hui du moins. C'est toi, Leech, qui va aller y faire un petit séjour!

Ma voix était dure et cassante et je n'avais pas l'air, alors, d'une personne accommodante. J'enlevais d'une main la boue qui m'empêchait d'ouvrir les yeux. J'étais dans un état terrifiant. Non seulement, j'étais blessé et je perdais pas mal de sang au niveau des jambes, mais en plus, j'étais écœurant et je sentais que l'inexistante hygiène de l'endroit n'allait faire que décupler mon affaiblissement. Je devais faire vite car le temps lui-même jouait contre moi. A croire que Cronos était du côté d'Arès... ce qui n'aurait pas été étonnant.

-Aphrodite, je ne peux pas croire que tu es pu t'échapper de mon piège de boue. Comment as-tu fait?

-Désolé, mais un magicien ne livre jamais ses secrets, répliquai-je en haussant les épaules et avec panache.

Il m'excédait, m'insupportait et je me rendais seulement compte à présent de l'étendue du dégoût et du mépris que je lui portais. On dit toujours que l'amour permet de vaincre et que la haine n'apporte que la défaite et la ruine, mais dans certain cas, lorsque, bien-sûr, la conduite est dictée par une cause justice et une volonté de fer, la haine que l'on éprouve pour son ennemi peut être un avantage. Et c'était mon cas vis à vis de Leech. Tout ceci durait depuis trop longtemps et je ne le supportais plus. Il me rendait fou et maintenant, je devais lui faire une proposition. Et quand bien même il ne l'accepterait pas, je n'en ferai malgré tout qu'à ma tête.

-Écoute-moi bien, Leech, ordonnais-je avec un geste d'autorité que j'avais souvent dans les cas particulièrement retords ou difficiles. Ce petit jeu entre nous a assez duré. Maintenant, nous allons faire un quitte ou double si tu es d'accord.

Je sentis mon trident vibré sous mes doigts. Je savais déjà ce que j'allais en faire. Leech hocha la tête avec intérêt. Dès qu'il était question de combat, j'avais toute son attention.

-Nous allons nous sublimer, cela va être difficile pour toi, mais bon, commençais-je avec une méchanceté auquel je prenais secrètement plaisir mais qui était nécessaire car la provocation marchait toujours avec un Berserker, nous allons faire en sorte d'utiliser toute nos forces jusqu'à la plus infime parcelle de notre énergie pour terrasser l'autre. Cela ne se jouera qu'en un seul coup et celui qui est à la base le plus puissant vaincra. Est-ce clair pour toi?

Leech serra les dents car il voyait que je le considérais comme un imbécile. Malgré ma mise pathétique, j'avais décidé de ne pas perdre ma superbe.

-D'accord, articula-t-il entre ses dents.

Je hochai la tête alors que j'enflammais mon cosmos. C'était ma dernière chance de le tuer. Je réalisais seulement à ce moment que je tremblais comme un brin d'herbe sous la tempête et que ce que je faisais était très risqué. Mais c'était la seule possibilité qui s'offrait à moi et je ne devais reculer devant rien pour vaincre et sauver Athéna et la race humaine toute entière. De moi, dépendait des millions d'existences et quitte à en perdre la vie, ce que je ne comptais malgré tout absolument pas faire, j'accomplirais mon devoir.

J'étais un chevalier d'Athéna à présent, et si jusqu'à maintenant je m'étais toujours un petit tenu en recul, ou plutôt, à l'instar de Kanon mais de façon moins explicite, je m'étais toujours vu comme à l'écart des autres chevaliers d'Or, je comprenais que j'étais entrain de gagner mes galons de guerrier et de membre de notre confrérie. Rien que pour cela, je devais vaincre. Non, j'allais gagner c'était sûr.

Mon cosmos qui s'intensifiait m'entourait. Je ne devinais pas ce que Leech préparait mais je voyais son aura rouge se déployer autant que la lumière dorée qui m'auréolait. Je puisais en moi tout ce que j'avais à donner, à lâcher et la pression que j'exerçais sur mon trident se fit plus forte.

Le moment se rapprochait inexorablement et je rassemblais toute ce que j'avais en moi, toutes les forces qu'il m'était possible d'utiliser. J'allais le tuer.

Les battements de mon cœur se précipitèrent et je vis Leech lever les bras au ciel. Je ne devais pas attendre qu'il le lance son attaque pour appliquer mon plan car le coup qu'il me porterait pourrait très bien m'être fatal. C'était un coriace. J'avais une rose blanche à la main et je levais mon bras, lui signifiant que je n'allais, moi aussi, plus tarder à lancer mon offensive et à lui offrir cette ultime cadeau. Sans qu'il le remarqua vraiment, son attention était trop fixée sur ma rose sanguinaire, je pointais le trident vers la surface de l'eau et...

-Bloody Thirsty Evaporation! hurla-t-il.

A la même seconde, ou plutôt une fraction de seconde avant, je frappais la surface de l'eau avec une puissance décuplée par mon envie de vaincre. Alors, sous les yeux ébahis de Leech, les marais se fendirent en deux, s'écartant en deux parties bien distincts pour former un couloir et me laisser sec de la tête au pied. Je ne ressentais pas encore les effets de son attaque et tout cela se passa en une fraction de seconde. La boue qui m'avait jusqu'à présent gênée volait sur les côtés et je lançais alors ma rose sur lui en poussant un cri de rage. Il tenta de l'éviter et celle-ci vint se planter droit dans son cœur, car elle ne manquait jamais sa victime... juste avant le trident d'orichalque qui le transperça et l'empala. Il s'écroula en lâchant un grognement rauque alors que la boue envahissait de nouveau l'extraordinaire couloir que j'avais créé.

C'est alors que...

Je m'écroulais à mon tour.

* * *

Athéna se figea la première, puis ce fut le tour de ses deux compagnons, Saga et Shaka. Aioros et Shun arrêtèrent aussi leur combat, tout comme leurs opposants. Camus, Shura et Ikki stoppèrent leur course, tout comme Milo et Hyoga qui tournèrent leurs yeux vers l'horizon. Nikè et Dohko échangèrent un regard désespéré alors que Shiryu passa une main sur son visage pour cacher ses yeux. Seiya eut le souffle coupé et Kanon, en pleine agonie, releva légèrement la tête. Masque de Mort, aux prises avec deux adversaires mit ses mains devant lui pour leur ordonner d'arrêter et leva la tête aux cieux. Aiolia, dans le monde ou il se trouvait, réprima un violent frémissement. Les Berserkers eux-mêmes cessaient les coups qu'ils portaient car ils étaient comme interpellés par ce qui se passait et malgré leur barbarie, cette puissance qui venait de s'éteindre appelait le respect et au moins un dernier hommage.

Les yeux d'Athéna s'embrumèrent et une larme de cristal coula le long de son visage transformé par la peine. Saga prit son bras pour la soutenir et Shaka posa une main sur son épaule. Personne ne pouvait réaliser ce qui arrivait. C'était si… improbable.

Un lien venait d'être rompu, brisé et une âme partait à la dérive. C'en était fini. Tous ses compagnons avaient le regard tourné vers l'horizon.

Athéna tendit les mains vers les cieux et ouvrit ses paumes. Le ciel était noir, sombre comme le manteau de la mort et il pleuvait. Mais cette pluie était toute différente. Des pétales de roses tombaient sur tout Azura. Ils étaient blanc, rouge et noir et si doux au toucher. Athéna s’en rendit compte quand ils lui effleurèrent la joue. Ils avaient la douceur de leur maître. Ce fut la première pensée qu'elle eut. Il avait réussi à emporter son ennemi dans la mort, mais il l'avait payé de sa vie. Les larmes couraient maintenant, lentement, silencieusement sur son visage.

Aphrodite était mort.

11ième partie


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