Saga d'Arès

Episode 13: Seconde Chance

© 2001 by Saori

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Shiryu

Je venais de sentir le cosmos de Seiya s'enflammer brusquement avant de retomber aussi soudainement qu'il s'était sublimé. Je craignais que quelque chose de grave ne soit arrivé à mon ami, ainsi qu'à Kanon, dont j'avais très fortement senti la présence durant l'explosion d'énergie qui avait eu lieu. Toute l'île avait d'ailleurs du la ressentir car cela avait été incroyable. Mais je tremblais de savoir ce qui était advenu de mon ami. Pourtant, je n'avais pas la possibilité de plus y penser, car nous traversions une Guerre Sainte et nous ne pouvions malheureusement pas nous permettre de retourner aider nos amis. Nous nous étions fixés un objectif et nous devions l'atteindre quelque en soit le prix.

Et autre chose m'empêchait de songer à ce qui arrivait à Pégase. Je n'étais plus seul.

Pourtant, je me tenais debout, au centre d'un espace ou les arbres étaient encore plus cadavériques qu'à l'habitude, sans la moindre âme qui vive autour de moi. Une légère brise soufflait doucement, faisant bouger et balancer mes cheveux alors que mon sens de l'ouie était au sommet de son éveil. Je sentais que cela n'allait plus tarder. Mais je n'avais pas peur. Depuis le début, je m'y étais préparé, comme mes frères, comme mes aînés qui combattaient vaillamment depuis le début. Nous n'avions perdu qu'un seul combattant durant cet affrontement, du moins pour l'instant, et cela me semblait déjà beaucoup trop.

Arès avait sans doute déjà envoyé tous ses commandants, et ceux-ci étaient pour le moment tous partis dans l'autre monde, d'après les cosmos que je sentais s'éteindre au fur et à mesure que le temps passait. Malgré tout, je n'avais pas l'impression que le dieu de la Guerre perdait du terrain et j'en ressentais une certaine appréhension. Il y avait certes plus de morts de son côté que du nôtre, mais il n'avait pour sa part pas la valeur des vies, et l'important était que les chevaliers d'Athéna soient arrêtés. Du moins, je le supposais.

Et même si nous ne perdions pas toujours la vie dans nos affrontements, ces derniers nous blessaient tant que nous étions dans l'incapacité de nous relever, ce qui équivalait malheureusement, à un décès puisque nous n'étions plus utiles à rien.

Je devais lucidement, même si je n'en avais aucune envie, admettre que nous étions pour le moment à force égale avec les Berserkers et que les combats qui allaient venir, dont le mien, allaient départager Athéna d'Arès. J'avais donc parfaitement conscience que ma victoire pouvait être capitale et même nécessaire pour ce qui allait advenir. J'avais fort bien compris ce que je devais faire: non seulement, il me fallait vaincre mon ennemi, mais aussi ne pas être blessé trop grièvement afin d'apporter encore une fois mon aide par la suite.

La situation ne penchait donc pour le moment ni d'un côté ni de l'autre. Et maintenant qu'il n'y avait plus de commandants, qui Arès allait-il nous envoyer? Des soldats de puissance à peu près équivalente, supposais-je, cela devait probablement exister dans ce monde d'Azura que je méprisais.

Si nous n'avions pour l'instant pas l'avantage le plus absolu, je me rendais compte que nous nous rapprochions de plus en plus du fief de l'opposant d'Athéna. Je sentais que les temples des Empereurs allaient bientôt s'offrir à notre vue. Mon maître et Nikè réussiraient même sans doute à l'atteindre alors même que cet ennemi qui venait vers moi serait entrain de me combattre.

Je n'avais pas connaissance de ce qui se passait dans les autres domaines, de la manière dont la situation évoluait pour tous mes compagnons, mais je sentais toutes les énergies qui ne cessaient de se déplacer, d'avancer toujours plus loin et plus vite. Je n'avais aucun mal à localiser l'endroit ou se trouvait actuellement Athéna, toujours accompagnée, d'après mon sixième sens qui se développait de plus en plus, ce qui n'avait de cesse de m'étonner, de Shaka et de Saga. Je savais donc qu'elle ne craignait rien mais je ne devais pas me leurrer. Elle allait devoir affronter le redoutable et sanglant Arès et je craignais que son existence n'en soit alors grandement compromise.

De plus, pour une obscure raison, une impression, ou plutôt une sensation, m'envahissait peu à peu. C'était comme si... des puissances mystérieuses occupaient l'îles, comme si des forces divines que je n'arrivais pas à identifier se trouvaient disséminées un peu partout. Oui, c'était la seule explication logique que je pouvais donner aux émotions qui s'emparaient de moi. A quoi cela était-il dû? Je n'en avais pas la moindre idée.

Je distinguais déjà très clairement la douceur de l'énergie d'Athéna, la violence du cosmos d'Arès, auquel, à force d'évoluer sur Azura, j'étais maintenant habitué, les prières bénéfiques de Nikè et... j'aurais pu jurer qu'il y avait autre chose. Je me demandais si j'étais la seule personne à m'en apercevoir.

Je ne me sentais pourtant pas nerveux et le calme absolu qui faisait partie intégrante de ma personnalité me permettait de voir les choses et les gens avec beaucoup de recul. Je ne pouvais donc pas prétendre que ma nervosité m'induisait en erreur.

Le court de mes pensées s'arrêta soudainement alors que la lumière jaillissait dans mon esprit. L'un des cosmos étranges que je sentais stagner dans l'air et qui m'apparaissait comme si lointain... je l'avais déjà rencontré, je m'y étais déjà retrouvé confronter.

C'était, oui, il n'y avait plus aucun doute maintenant que la porte de ma mémoire s'était rouverte, c'était Poséidon. L'empereur des Mers se trouvait actuellement sur le territoire du dieu de la guerre. Mais pour quelles raisons? Je n'aurais nullement su le dire. Athéna lui avait pourtant confié la garde et la gérance de son Sanctuaire, alors, que faisait-il dans ce lieu maudis? Et qui gardait le Domaine Sacré durant son absence?

Mon instinct me soufflait qu'il avait du se produire quelque chose de grave, et que si Julian s'était permis de déserter le poste qu'on lui avait confié, alors, un danger devait être imminent pour Athéna. J'inspirais calmement pour essayer d'assimiler la nouvelle. J'aurais voulu prévenir ma déesse, mais je songeais soudainement qu'elle devait déjà être au courant, à moins, évidemment, qu'elle ne soit trop préoccupée par sa course contre le temps pour rejoindre le palais de son ennemi juré.

Cependant, quelque chose d'autre me tracassait encore. Je profitais du temps que mon ennemi arrive sur moi, pour recenser tous mes sujets de préoccupations et essayer de les résoudre. Je songeais que cela m'aiderait alors sans doute à voir la situation plus clairement et à m'y adapter en toute connaissance de cause.

C'était encore ces cosmos divins qui accaparaient la plupart de mes réflexions. Athéna, Arès, Poséidon, Nikè... les quatre dieux que j'arrivais à distinguer mais... non, décidément, j'identifiais bien autre chose.

Je laissais mes bras reposer le long de mon corps alors que j'inspirais profondément, tentant de m'harmoniser avec la nature, avec l'atmosphère ambiante afin de dénombrer les différentes puissances célestes qui voguaient dans l'air. Une... deux... trois... quatre....!

C'était impossible! Quatre autres dieux étaient sur Azura! Je ne voulais pas y croire. Cela signifiait qu'il y avait en tout et pour tout huit divinités qui évoluaient sur tout le territoire. L'heure était encore plus grave que je ne l'avais cru de ce moment. Mais que se passait-il?

Je n'eus soudainement plus le loisir de me laisser aller à mes songes car je savais que je n'étais à présent plus seul. Il était là et se tenait dans mon dos. Je me retournais lentement, sentant que mon cosmos ne demandait qu'à être réveillé. J'étais préparé au combat et je savais à présent que la situation était très dangereuse, voire même explosive et qu'il me fallait à tout prix vaincre.

-Je me nomme Shiryu, je suis le chevalier de Bronze du Dragon.

-Etiar, le soldat de l'Annonce.

Et il fondit sur moi sans attendre une demi-seconde de plus.

* * *

Milo

Cela faisait déjà bien longtemps, du moins à mon impression, que nous avions quitté nos compagnons, Masque de Mort et Aiolia. Sans savoir ce qu'ils étaient exactement devenus, nous avions senti tour à tour leur cosmo-énergies disparaître puis refaire surface. C'était assez étrange et nous ne savions pas exactement à quoi nous en tenir Hyoga et moi-même.

Que s'était-il passé pour eux? L'un était-il gravement blessé? Ou peut-être même les deux? Mon sixième sens me disait que mon meilleur ami, le chevalier du Lion était toujours debout et relativement valide... quant au gardien de la quatrième Maison du Zodiaque, je ne craignais de voir disparaître la dernière flamme de son énergie vitale d'une seconde à l'autre.

Et ce qui m'étonnait le plus dans tout ce qui se passait derrière nous, c'était l'apparition de cette puissance inconnue, et malgré tout si familière, qui les accompagnait. Je n'avais plus ressenti de telle force depuis bien des années, mais pourtant, j'aurais juré l'avoir déjà rencontré.

Je me mordis les lèvres avant de m'adresser un sourire ironique. De toute façon, qui que se soit, je n'aurais certainement pas le loisir de le rencontrer. La guerre Sainte battait son plein, la plupart des chevaliers encore valides atteindraient bientôt les temples des empereurs et nous devions fixer toute notre attention vers cette optique.

A mes côtés, Cygnus ne parlait presque pas et préférait s'enfermer dans une froide concentration que je jugeais de toute manière bénéfique, voire même de rigueur. Il avait probablement senti le cosmos de Camus s'éveiller de façon latente, exactement comme avant qu'un combat ne commence. Il s'inquiétait pour son maître, ce qui n'avait rien d'étonnant, car depuis que ce dernier était de retour au Sanctuaire, jamais je n'avais vu Hyoga le quitter. J'avais même demandé au chevalier du Verseau en riant s'il s'était installé dans sa maison du Zodiaque.

Je soupirais en repensant à tous ses souvenirs de la vie... comment pouvais-je l'exprimer? La vie normale. C'était le terme qui convenait parfaitement. J'espérais qu'au terme de cette guerre, nous puissions de nouveau mener des existences comme nous n'avions jamais pu en vivre. Particulièrement les chevaliers de Bronze. Nous autres, chevaliers d'Or, nous connaissions notre destinée, et elle était de servir éternellement la justice et Athéna, et pour toutes les richesses du monde, je n'en aurais jamais changé, mais Seiya et ses compagnons n'étaient pas comme nous. Ils avaient encore une chance d'obtenir un semblant d'existence en s'installant quelque part. Mais je devinais que comme moi, lutter pour nos idéaux était un besoin et que jamais ils ne seraient capables, après tout ce que nous avions traversé ensemble, de quitter le Sanctuaire, excepté sans doute, pour quelques jours ou quelques semaines.

Je balayais du regard le cimetière qui nous entourait, sachant d'avance ce qui allait se produire... tout comme Hyoga qui porta une main à se poitrine pour caresser le métal de son armure.

Était-il possible que deux jours avant nous nous soyons trouvés dans le Sanctuaire, à verser notre sang sur nos vêtements de protection? Tout ce qui n'était pas Azura semblait s'être passé il y avait de cela des milliers d'années, voire même jamais.

-Je sens... murmura Cygnus entre ses dents à mon attention.

-Tenons nous sur nos gardes, répliquai-je d'un ton que j'employais à présent de plus en plus souvent mais que j'utilisais d'habitude à l'intention exclusive de mon disciple Olivier.

Je ne m'étais jamais demandé ce qui adviendrait de son entraînement si jamais je venais à perdre la vie. Oh... et puis il y aurait bien un chevalier pour le prendre sous son aile, car cela aurait été dommage de perdre un élément aussi prometteur que lui.

Je regardais tout autour de moi, alors que les nuages noirs qui s'étaient jusqu'alors entassés dans les cieux, se dispersaient peu à peu, la mort de celui qui les avait sans doute créé le permettant. En dessous, le ciel était d'un bleu limpide, d'un bleu Azur, sous vouloir faire de jeu de mot avec l'île bien évidemment.

Bientôt, j'étais persuadé que je découvrirais le palais de l'Empereur. Tout à l'heure, alors que nous courrions en sa direction, Hyoga m'avait fait comprendre que j'étais sans doute la personne la plus désignée pour affronter l'homme qui le gardait. Il ne le faisait non pas par crainte, car c'était une notion que les chevaliers de Bronze ne connaissaient plus depuis bien longtemps, mais parce qu'il se résignait à laisser la place qu'il aurait volontiers pris, au plus puissant de nous deux.

Mais je savais déjà qu'il ne resterait pas inactif et qu'Arès lui enverrait probablement un soldat parmi ses meilleurs éléments, je ne me faisais pas d'illusion. Hyoga le concevait aussi et c'est pourquoi nous attendions avec une certaine appréhension, mais quoi de plus normale, que l'énergie qui nous suivait depuis tout à l'heure se matérialise.

-Lorsqu'il sera là, chuchota le chevalier du Cygne, je crois qu'il vaudrait mieux que tu partes sur le champs. L'heure tourne cruellement et il faut à tout prix que tu atteignes le temple avant qu'il ne soit trop tard et si possible même, avant que la princesse ne pénètre dans le sien, comme cela, tu pourras l'accompagner, après ton combat, chez Arès.

Je hochais la tête, en parfait accord avec ce qu'il venait de dire. Je tournais ensuite mes yeux vers le Soleil tout en me demandant quelle heure il pouvait bien être. Nous étions partis accompagnés de l'Aube et il devait, d'après la position de l'astre du jour, à présent être midi. Jamais encore journée ne m'avait semblé aussi courte. La dernière fois que le temps avait filé aussi rapidement, car j'avais l'impression que Cronos jouait en notre défaveur, je m'étais trouvé dans l'Hadès. Mais si les secondes semblaient s'égrener si vite, elles me paraissaient parfois interminablement longues car j'avais hâte d'en finir. J'étais assez contradictoire, mais il fallait s'y attendre avec un caractère comme le mien.

Tout à coup, le cosmos que nous sentions jusqu'alors se rapprocher inexorablement de nous fit brusquement son apparition, nous aveuglant pendant quelques instants, même si aucun de nous deux ne vacilla ou n'abrita son regard. Nous nous contentions de plisser orgueilleusement les yeux, probablement au plus vif déplaisir de ce nouvel ennemi, qui désirait sans doute nous impressionner.

Je tapais l'épaule de Hyoga avec affection en lui adressant un demi-sourire mi-ironique, mi-inquiet pour lui souhaiter bonne chance avant de partir en courant, toujours tout droit.

-Ou vas-tu, chevalier, craindrais-tu de m'affronter? interrogea une voix.

-Je suis ton adversaire, répliqua mon compagnon en retenant ainsi pendant quelques secondes l'attention du Berserker. Je suis Hyoga, chevalier de Bronze du Cygne.

-Je me présente, soldat Tmolos, de la Privation.

* * *

Shaka

Nous approchions du temple de l'Empereur et même plus que cela, alors que nous nous trouvions en hauteur dans l'un des derniers ravins à franchir, nous avions entre-aperçu la structure de l'immense bâtiment.

Précédemment, la princesse Athéna nous avait appris quelque chose de particulièrement grave et que j'avais pressenti depuis le début. Le dénouement de la guerre n'était pas encore prévisible, maintenant que nous avions cette information en main, mais je possédais malgré tout l'intime conviction que nous allions de toute manière éradiquer le mal.

Cependant, autre chose m'accaparait l'esprit. Comme une présence. Oui, au fur et à mesure que j'approchais en direction du palais que gardait l'empereur, je me sentais proche d'une personne familière, des images de mon enfance rejaillissaient. Étrangement, je n'arrivais pas à avoir confirmation de ce dont je me doutais. Mais si la personne que je supposais se trouver dans Azura était bel et bien là, il n'était pas étonnant qu'avec la puissance qu'elle avait, elle soit capable de se camoufler. Seulement, nulle n'échappait à mon sixième sens. Surtout pas lui.

S il était l'empereur, car je ne songeais pas un seul instant que cet homme puisse avoir autre chose que le titre sensé être le plus glorieux dans les armées d'Arès, je n'allais plus tarder à le rencontrer. Après tant d'années... il avait choisi cette guerre-ci pour se venger. A dire vrai, je m'étais toujours attendu à croiser sa route de nouveau, mais certainement pas au détour d'une guerre sainte.

Je ne me posais pas la question de savoir pourquoi il s'était enrôlé dans les armées maléfiques d'Arès, car il était lui-même habité par un esprit malade et malheureusement, remarquablement brillant. Les paroles que Dieu m'avait dis il y avait de cela bien longtemps me revinrent en mémoire et je hochai la tête.

"Shaka... deux plantes d'une même race, se trouvant dans une même terre et recevant la même lumière et la même eau, évoluant donc dans les mêmes conditions peuvent grandir et croître de façon radicalement différente."

Cela était incontestablement vérité.

Je sentais la présence de Saga et d'Athéna à mes côtés, ils ne se doutaient ni l'un ni l'autre de ce qui m'attendait, car mon ennemi était assurément et exclusivement là pour moi, dans le temple. En y réfléchissant, le destin avait une nouvelle fois fait son devoir en m'envoyant dans ce domaine. Était-ce le destin, ou ma propre volonté qui m'avait guidé jusqu'ici dans le but de le détruire? Probablement les deux.

-Princesse, quand nous serons face à l'Empereur, vous devrez partir en avant avec Saga. Je le combattrai.

-Shaka... pourquoi te désignes-tu? demanda Saori avec un certaine appréhension dans la voix.

-Car telle est ma décision, déesse Athéna. Il faut que je reste dans ce palais car je dois y régler une affaire commencée il y a de cela bien longtemps.

Je savais qu'elle ne me poserait pas plus de questions, car nous n'en avions pas le temps. Et Saga n'émettait lui non plus aucune objection car il connaissait son devoir aussi bien que moi-même.

Je hochais la tête avec conviction.

Bientôt, je le reverrais.

* * *

Shun

Phaéton menait l'affrontement comme il l'entendait, je devais bien le reconnaître. Cependant, j'avais réussi à le blesser à plusieurs reprises à l'aide du triple Nunchaku d'Orichalque qu'Aioros m'avait donné.

D'ailleurs, je sentais que son adversaire, Épiméthée, n'était plus de ce monde et qu'il était libéré de l'emprise de ce dernier. Je savais que je devais me montrer digne du présent qu'il m'avait fait en me donnant son arme de la Balance, ainsi que de sa confiance mais j'avais à faire à un demi-dieu qui me donnait beaucoup de fil à retordre.

Notre combat était des plus serrés et je savais que de ma victoire dépendait ma survie et peut-être aussi celle du chevalier du Sagittaire. Car je ne me faisais pas de fausses illusions. Si jamais, par le plus grand des malheureux, Phaéton venait à bout de moi, il reporterait ensuite immédiatement toute son attention sur mon compagnon. Et cela pour deux raisons.

Tout d'abord, il n'était pas question pour lui de laisser passer un seul guerrier d'Athéna, cela lui faisait trop ostensiblement plaisir de se battre et deux morts, deux victimes parmi les combattants d'Athéna lui permettrait probablement d'être auréolé d'un certain prestige, voire même de gloire, et ensuite, il avait une furieuse envie de venger son ami Épiméthée, duquel il était inséparable.

Je l'avais bien compris lorsque ce dernier s'était éteint sous les coups d'Aioros. J'avais vu le visage de mon opposant se déformer en une grimace de rage et plus encore, de douleur. J'avais senti ses mains se crisper avec encore plus de forces sur mon coup alors qu'il me secouait comme si je n'étais qu'une vulgaire brindille entre ses longs doigts fins. Je m'étais étonné de le voir affecté par le décès d'un de ses pairs car cela signifiait, contrairement à tout ce qu'on m'avait rapporté sur les Berserkers, qu'ils étaient capables de souffrir. Je les avais cru sans pitié, mais il existait visiblement entre certains d'entre eux de forts liens d'amitié. Et cela me troublait.

Peut-être avais-je encore une chance de faire changer de voie mon adversaire, peut-être avait-il encore assez de sentiments, et de bon sens en lui pour m'écouter. Si Phaéton avait pu être touché par la mort de l'un de ses amis, alors, peut-être le serait-il aussi par un discours de ma part, qui pouvait le savoir? Et cela valait la peine d'essayer si un combat inutile pouvait être éviter et si l'une de nos deux vies, voire même les deux existences, pouvaient être épargnées.

Je devais tenter ma chance en une ultime requête que je lui adresserai. Sinon, il n'y aurait plus qu'une solution, me battre jusqu'à la mort. Car je devinais sans peine qu'un combat avec un chevalier d'Arès ne s'arrêtait pas aussi facilement et dans cet affrontement, les coups ne cesseraient de résonner dans ses immenses ravins que lorsque l'un de nos deux retomberait à terre, inerte, à moins bien-sûr que je ne parvienne à convaincre Phaéton de la justesse de notre cause.

Ou était Aioros alors que je songeais à tout cela avec rapidité, repassant en mon esprit plusieurs moments de mon combat, alors que je me relevais péniblement du sol contre lequel j'étais tombé suite au "Ligthning Destruction"? Je ne savais pas encore comment j'y avais survécu, mais je n'avais pas le temps d'y songer alors que toutes mes réflexions s'envolaient vers le gardien de la neuvième maison du Zodiaque.

Il était sans doute à proximité de l'endroit ou je me trouvais car je sentais sa cosmo-énergie. J'imaginais aisément qu'il tentait de reprendre des forces pour se jeter de nouveau dans la bataille avec cet inébranlable désir de vaincre que je ne possédais malheureusement pas.

Et je me surprenais à l'envier car j'avais peur. Pas pour ma vie dont je n'avais que faire, mais pour celles de mes frères, de mes aînés, et plus encore celle d'Athéna. Si je perdais, l'un d'eux en payerait sûrement le prix et c'est cela qui me nouait l'estomac et empêchait le moindre son de sortir de ma bouche. J'étais apeuré à l'idée qu'il puisse leur arriver quelque chose et que se soit de ma faute. C'est pourquoi je ne devais pas me laisser abattre, me relever, éternellement, jusqu'à ce que je parvienne à vaincre Phaéton, même si le prix à payer devait être ma vie. Si cela pouvait sauver l'un de mes frères, alors, ma mission aurait trouvé sa raison d'être.

J'entendis Phaéton soupirer et je relevais précipitamment les yeux vers lui, alors que j'étais courbé en avant, les genoux et les paumes des mains contre le sol, essayant de reprendre le souffle qui me manquait.

Des mèches de mes cheveux me barraient le front et m'empêchaient de voir d'un oeil car j'étais penché en avant. Des gouttes sang glissaient le long de mon visage et venaient ensuite s'écraser dans la terre rocheuse et sablonneuse. Je savais que je possédais des plaies multiples, mais je n'avais pas le temps de penser à effacer leur douleur. Elles ne seraient pas les premières, ni les dernières de ce terrible combat.

-Et bien, Andromède, à court d'énergie? Plutôt ironique en plein milieu d'un combat?

Il me lançait ces phrases avec méchanceté et je me demandais bien si j'avais raison d'essayer de le convaincre de se ranger aux côtés d'Athéna. N'était-ce pas plutôt une cause perdue d'avance? N'était-ce pas du temps gâché, gaspillé alors qu'il aurait été précieux à ma déesse. Il me fallait me rendre à l'évidence même si je ne le souhaitais pas vraiment, ce que je désirais tenter était totalement inutile. Cependant, un doute faisait jour dans mon esprit.

-Phaéton, articulais-je avec difficulté car un filet de sang me remontait aux lèvres, pourquoi... comment un homme au cur aussi noir que le tien peut-il prétendre... peut-il prétendre à la douleur et à la peine? Car ce sont bien là les deux sentiments qui ont traversé ton visage lorsque Épiméthée est mort, n'est-ce pas?

Mon opposant se figea, avant qu'un sourire crispé ne vienne traverser son visage, accentuant le trouble qui se lisait dans son regard. Mais je ne me rendis compte que plus tard, grâce au discours qu'il allait me faire, de la véritable nature de ses émotions vis à vis de son compagnon de route.

-Ne me dis pas... commença-t-il en croisant ses bras sur sa poitrine ce qui provoqua un curieux bruit métallique dans sa cuirasse. Ne me dis surtout pas que tu penses que son décès m'affecte! Non! C'est cela que tu penses?!

Il éclata d'un rire si puissant que j'eus l'impression que celui rebondissait contre les parois des montagnes qui nous entouraient comme autant de barrières infranchissables. Cependant, je devais me rappeler qu'aux chevaliers d'Athéna, rien n'est impossible. Surtout pas vaincre.

J'avais visiblement amusé Phaéton par mon interrogation qui aurait pourtant dû lui faire dévoiler un quelconque visage humain, si toutefois il en avait possédé un ce qui n'était apparemment pas son cas.

Tout à coup, son rire se coupa, se suspendit dans l'air, nous plongeant de nouveau dans un silence inquiétant. Mais je préférais encore n'entendre pas le moindre son car nos voix et davantage, le bruit de nos coups ou l'explosion de nos attaques, accentuait encore plus ce fameux silence que je redoutais temps.

Peut-être parce qu'il me rappelait l'Hadès, peut-être parce qu'il me rappelait le moment où l'empereur des ténèbres m'avait possédé.

Je fermais les yeux une demi-seconde, cherchant à tout prix à m'échapper de ce recoin de ma mémoire. Je devais empêcher par tous les moyens cette porte de se rouvrir, car elle ne ferait que me gêner durant mon affrontement. Je n'avais pas le droit d'y repenser, pas maintenant du moins et pas ici. Je battis des paupières pour chasser les images et les sensations qui refaisaient surface dans mon cerveau. Je respirais lentement alors que je sentais la présence de Phaéton en face de moi de plus en plus fortement, comme si son énergie ne cessait de croître sous l'effet de l'excitation et de l'impatience.

-Tu crois vraiment que la mort de mon compagnon m'aurait touché?

Je hochais la tête, essayant de lui montrer une dernière fois qu'il pouvait faire ressortir ses sentiments, si toutefois il en possédait, ce qui m'étonnerait à n'en pas douter.

-Je ne sais pas, vous aviez l'air assez proches, dis-je, alors que je prenais appuie sur mes mains pour me remettre debout et pour lui faire de nouveau face, du mieux que je le pouvais. Et puis, la mort n'est pas quelque chose dont on peut s'amuser comme cela, au contraire...

Phaéton fit retentir une nouvelle fois son rire sarcastique et blessant. Il fendit alors l'air de sa main, m'imposant par ce geste de me taire, ou plutôt de cesser de proférer ce qu'il considérait comme des imbécillités.

-Garde donc tes niaiseries pour toi-même, Andromède, elles ne me concernent nullement et tu perds ce souffle dont tu as tant besoin en les débitant. La mort d'Épiméthée sais-tu pourquoi elle a eu l'air de tant m'affecter? Parce que cet idiot va m'apporter un certain nombre de problèmes, lui, ou plutôt sa disparition. Sa majesté Arès va me demander des comptes, pourquoi je ne suis pas intervenu, pourquoi un ridicule petit chevalier de Bronze me tenait tête... Et j'aurais beau lui dire que tu ne faisais pas le poids, et que je ne faisais que m'amuser un peu sans penser à mal, il aura toujours un doute à mon égard par la suite. Et je ne veux pas que sa majesté remettre en cause ma fidélité envers lui dans l'avenir car je lui suis dévoué corps et âme.

Ensuite, il faut que tu saches ceci, je me suis dis que si je te tuais et que je m'occupais après de l'encombrant cas d'Aioros, alors, bien loin d'émettre une quelconque inquiétude à mon sujet, notre bien-aimé empereur me remettrait peut-être une couronne de lauriers ou quelque chose de ce genre...

Il s'interrompit quelques secondes avec l'air de chercher ses mots. Il balaya pensivement du regard tout ce qui nous entourait avant de mettre ses poings sur ses hanches, un sourire narquois aux lèvres.

Par ma part, j'étais encore tout tremblotant de la terrible attaque qu'il m'avait fait subir et j'essayais simplement de garder mon équilibre et de concentrer toute mon énergie pendant qu'il passait son temps à converser avec moi. Je donnais ainsi aussi sa chance à Aioros, qui pourrait peut-être se relever pendant ce temps-là et quitter ce lieu maudis pour rejoindre notre déesse qui avait besoin de nous.

Je sentais d'ailleurs qu'elle approchait à grands pas du palais du dieu de la guerre, tout comme Nikè d'ailleurs. Cela signifiait que nous accomplissions pour l'instant notre devoir jusqu'au bout. Je ne devais pas décevoir les autres, je devais me montrer digne de tous les sacrifice qu'ils faisaient sans cesse.

-Tu m'as dis tout à l'heure que la mort n'est pas un sujet dont on plaisante, et sur ce point je suis d'accord avec toi, mais j'espère que tu ne désirais tout de même pas que je pleures sur la dépouille d'Épiméthée?

Je ne répondis rien mais je pense que mon expression devait être assez parlante pour qu'il saisisse la moindre des mes réflexions. Il eut un sourire méprisant.

-Il n'a eu que ce qu'il méritait, figure-toi et je n'ai pas à pleurer la mort d'un faible qui a failli à son devoir. Il existe un code d'honneur parmi les Berserkers et je vais te le révéler. Il ne concerne nullement nos opposant ou la manière dont nous livrons batailles car, tous les coups sont permis, il n'existe aucune règle tant que la victoire est à nous. C'est Arès qui a inventé ce code et nous le respectons tous à la lettre. Si jamais l'un de nous, l'un des berserkers j'entends pas là, venait à perdre son combat tout en restant en vie, cela peut arriver, malheureusement, le commandant qui l'accompagne ou quelqu'un qui lui est supérieur, doit l'abattre, le tuer si tu préfères que je parle plus crûment.

Si toutefois il s'agissait d'un empereur, ce qui, rassure-toi, n'est encore jamais arrivé de toute l'histoire des guerres saintes, ce serait Arès qui lui ôterait la vie de ses propres mains, comme une sorte de dernière honneur au rang qu'il occupait autrefois.

Comprends-tu mieux notre état d'esprit à présent? Il vaut mieux mourir en perdant que de vivre en lâche, bien que les deux situations sont tout aussi méprisables l'une que l'autre, je te le garantis. De toute manière, les véritables Berserkers n'ont qu'une seule et unique solution. Vivre en gagnant. C'est la seule chose que sa majesté tolère, et c'est aussi la seule chose que je peux accepter.

Je crus que mon sang s'était glacé dans mes veines tant tout ce qu'il me racontait, avec fierté et orgueil, je le constatais bien, me dégoûtait, et plus encore, me répugnait. Comment pouvait-on être aussi cruel et aussi dénué de scrupules et de compassion?! Dire que j'avais cru qu'il était possible de faire changer Phaéton de côté, qu'il n'était pas impossible de le sauver des tourmentes maléfiques dans lesquelles il était plongé et ou je voyais dorénavant qu'il se complaisait allègrement.

Je m'étais fait une fausse opinion de lui, cherchant à voir en sa personne un être capable d'émotions alors qu'il n'était en réalité qu'un... le mot s'imposa alors immédiatement à mon esprit. Il n'était qu'un Berserker.

J'enflammais soudainement mon cosmos et fut bientôt entouré de cette lumière rose à laquelle j'étais maintenant accoutumé à cause de tous les combats que j'avais jusqu'alors mené. Je me demandais soudainement si la guerre se déroulant dans l'Azura et nous opposant au belliqueux dieu de la guerre serait la dernière.

Pour ma part, je l'espérais de tout mon cur, de toute mon âme et de chaque fibre de mon corps. Je ne souhaitais plus craindre pour l'existence de mes frères, des personnes que j'aimais et que je devais aujourd'hui aider. Oui, si je tenais réellement à eux comme je le prétendais, je devais absolument arriver à bout de Phaéton. Je devais perdre cette idée comme quoi il n'était pas aussi mauvais qu'il y paraissait. Il était, du plus profond de son être, une personne méprisable.

Un Berserker.

Un ennemi. Voilà tout ce qu'il était et ce qu'il devait représenter à mes yeux. Un monstre portant une armure de sang et que je devais éradiqué, même si...

Je secouais avec vigueur la tête car je me savais parfaitement irrécupérable. Il n'était pas dans ma nature de combattre, de lutter sans cesse même si la cause que je défendais était juste. Cependant, je devais le faire depuis ma naissance, même si cela ne me plaisait pas, car trop de vies en dépendaient et j'avais un trop grand respect des êtres humains pour ne pas me battre jusqu'au bout.

J'inspirais profondément. Maintenant, je sentais que je n'avais plus le choix et que le combat allait battre son plein. J'avais déjà subi l'une des attaques de Phaéton mais je n'avais pas réussi à l'assimiler parfaitement. Une attaque ne fonctionne évidemment jamais deux fois sur un chevalier d'Athéna, cependant, celle des chevaliers d'Or et des Berserkers étaient bien différentes. Elles étaient si rapides, si puissantes... il fallait les subir au moins deux fois, si ce n'était plus, pour pouvoir les parer convenablement.

Tout en étendant mon cosmos autour de moi et alors que mon adversaire faisait de même, je revoyais la "Ligthning Destruction", cette décharge incroyable d'énergie fondre sur moi, m'entourer et me blesser si grièvement que j'en ressentais encore les effet à cet instant.

-Prêt Shun?

Je me calais sur mes pieds, m'ancrant avec plus de fermeté dans le sol alors que je sentais mes chaînes nébulaires enroulées autour de mes poignets et le Nunchaku à trois branches d'Aioros dans ma main droite. Je ne devais absolument pas me laisser toucher à nouveau, car sinon, je ne garantissais plus de rien.

-C'est parti! cria Phaéton en tendant ses mains vers moi alors que de longs fils rouge écarlate, des fils de sang, je n'osais pas y croire, venaient m'entourer.

Mais ils ne me serraient pas, loin de là, car cette attaque n'avait aucun rapport avec les redoutables coups de Mime de Benetnasch, le guerrier divin que j'avais du combattre durant la bataille d'Asgard. Non, cela ne ressemblait à rien de ce que j'avais connu jusqu'alors et étrangement, ce n'était pas douloureux. Je ne compris par sur le coup de quoi il s'agissait. Étais-je en proie à une hallucination? A quoi servait cette botte secrète? Je lançais un regard incrédule à Phaéton car je comprenais que cela cachait forcément quelque chose de grave, voire même de mortelle.

-Alors, Andromède, tu n'as pas l'air très à l'aise dans mon carcan de fils sanglants?

J'eus un frisson de répulsion que je réprimais vivement avant de... de réaliser que les fils se transformaient. Ils étaient entrain de se muer, de s'épaissir, comme si du stade de fragiles fils, ils passaient à celui de cordes épaisses. Mais cela ne me broyait toujours nullement. Tout à coup, la totalité des liens se mit à briller avec une telle force et une telle luminosité que je dus fermer les yeux. Cela projetait de gigantesques ombres rougeoyantes sur toutes les parois des montagnes et je devais reconnaître que le spectacle devait être grandiose.

-Shun, je te fais à présent découvrir la "Ligthning Attraction", ma seconde attaque. Te convient-elle ou n'est-elle pas à ton goût?

Il se mit à rire, comme toujours, alors que ses yeux roses luisaient d'excitation et de plaisir. Je ne pouvais plus riposter. J'étais totalement immobilisé. Paralysé et... Les fils ils... ils raccourcissaient et m'amenaient vers Phaéton! Nous étions jusqu'à présent placés assez loin l'un de l'autre, mais je perdais du terrain. Mes pieds n'avaient plus aucune prise sur le sol et j'avais beau enfoncer mes talons dans la terre rocailleuse et par endroit sablonneuse, cela ne changeait rien. Je devais réagir rapidement si je ne voulais pas me retrouver nez à nez avec lui, incapable d'esquiver le moindre coup.

J'envoyais mes chaînes nébulaires derrière moi avec une rapidité d'autant exacerbée que les fils rentraient de plus en plus vite dans les doigts de Phaéton, comme s'il était pressé d'en finir.

Il avait hâte de se débarrasser de moi? Je trouvais cela plutôt étrange, lui qui aimait tant faire souffrir les autres et les regarder agoniser à ses pieds. C'est lui-même qui m'avait précisé cela avant que je ne reçoive de plein fouet le "Ligthning Destruction". Alors, pourquoi tant d'empressement? En plus, cette soudaine envie de précipitation ne m'arrangeait guère car j'aurais eu besoin de quelques secondes de plus pour m'adapter à la situation. Je savais pourtant que les facultés à répondre devant tous les dangers étaient l'une des premières qualités demandée à un guerrier d'Athéna, mais je me sentais déstabilisé par ce paysage qui ne cessait de bouger autour de moi.

Je compris soudainement pourquoi Phaéton était dans un tel état de hâte. Aioros. Je le sentais moi aussi. Il arrivait.

J'imaginais qu'il avait du être gravement blessé durant son combat car le commandant du Contrôle, mais les vibrations et les ondes que dégageaient son cosmos étaient restées redoutables. Le chevalier du Sagittaire s'approchait à vivre allure et je vis, j'étais bien assez près pour cela, des gouttes de sueur perler au front de Phaéton. Il craignait qu'Aioros ne représente une réelle menace pour lui, je le concevais sans peine. Mais cela n'arrangeait pour autant pas ma situation.

J'avais lancé mes chaînes nébulaires en arrière, et je sentis qu'elles s'accrochaient l'une et l'autre à un rocher contre lequel j'étais précédemment tombé, me fracassant violemment la tête avec. Cela eut pour effet immédiate de me tirer en arrière. Cela ne me faisait nullement reculer, mais à défaut d'autre choses, je n'avançais plus non plus.

Maintenant, je savais qu'il fallait que je puise assez de puissance en moi pour bouger le bras et manier la triple chaînes. Avec l'arme de la Balance, je pouvais tout couper, j'avais bien détruit des piliers de Poséidon avec cela, alors pourquoi pas les fils de Phaéton? Cependant...

-Cela ne sert à rien, chevalier. Tes chaînes ont beau te retenir, tu ne peux plus bouger. Et si tu ne viens pas à moi, c'est moi, qui irait à toi. On n'échappe pas à l'inéluctable, comprends-tu?

Il se mit alors à rire en voyant passer dans mes yeux un éclair d'affolement.

-A l'heure du jugement final, aurais-tu peur de mourir, Shun?

Phaéton leva une main, qui contenait les premiers éclats de la "Ligthning Destruction" à l'instant ou je faisais exploser mon cosmos. Et là, sans même que je m'en aperçoive, il y eut une action combinée.

Tous les fils qui me retenaient sautèrent, me libérant de leur emprise en me permettant tous les mouvements que je désirais. En une fraction de seconde qui me sembla encore moins, je fis tournoyer devant moi le triple Nunchaku, repoussant l'attaque de mon adversaire tout en répandant de la poussière d'étoiles autour de moi. Mon opposant poussa un cri de rage et recula de quelques pas. Ses yeux étaient comme enfiévrés et je suivis son regard. Contre la paroi se situant à ma droite, était plantée une flèche d'Or. Je compris soudainement.

Aioros.

* * *

Shiryu

Etiar n'était pas arrivé depuis plus d'une demi-seconde qu'il se jetait déjà sur moi avec rapidité et avidité. Son agressivité à fleur de peau n'avait rien d'étonnant pour un Berserker mais je le trouvais tout de même un peu trop pressé. Arès devait probablement commencer à craindre le pire et devait à tout prix vouloir nous empêcher d'atteindre le palais. Il avait remarqué l'urgence de la situation, sans doute à cause de la cosmos-énergie de Poséidon qui se rapprochait toujours plus alors que les secondes passaient irrémédiablement. Je me demandais, alors qu'Etiar me prenait à la gorge et me projetait à terre, quand ce fameux temps n'agirait plus ni en notre faveur, ni en notre défaveur. La véritable question, couverte par cette réflexion, était en réalité, quand pourrions-nous voir les minutes s'égrener sans peur de mourir?

Mon opposant ne me laissa nullement le temps de répondre à toutes ces interrogations et, alors que j'allais me remettre sur mes pieds et lui adresser la parole, se mit à me piétiner, m'empêchant ainsi de me lever. Je n'avais encore jamais vu quelque agir avec autant de précipitation. Il atteignait presque la vitesse de la lumière et ne laissait pas le moindre instant de répit. C'était incroyable, j'avais l'impression qu'il ne prenait pas même le temps de respirer.

Il m'assena plusieurs violents coups dans la poitrine, puis sur le visage. Je sentis la chaleur du sang se répandant sur ma peau, cette sensation que j'avais si souvent connue et que j'espérais vivre pour l'une des dernières fois. Oui, ce que je souhaitais le plus ardemment, était que la Guerre Sainte contre Arès soit la dernière. Nous avions le droit au repos... mais pour l'instant, l'heure était plutôt au combat.

Je saisissais la jambe d'Etiar au niveau du mollet et le faisait plier genoux, avant de lui asséner un coup de poing dans le menton, qui eut pour effet de le jeter au sol à quelques mètres de moi. Nous nous relevâmes d'un même mouvement, bondissant sur nos pieds, déjà en position de défense.

Je n'avais aucune idée de la force qu'il possédait, sûrement pas plus que lui de la mienne et il fallait que je sache, avant d'engager réellement l'affrontement, à quoi m'en tenir. Mon vieux maître m'avait toujours dis qu'il ne fallait pas se lancer à corps perdu dans la bataille car le plus important était de toujours réfléchir. Chaque action devait être clairement pesée, même si les décisions devaient être prises avec rapidité. L'esprit devant commandé au corps et pas le contraire. D'abord réfléchir, et ensuite agir. Une doctrine que bien peu de Berserkers connaissaient, à mon avis.

Pour ma part, je comptais l'appliquer à la lettre et j'avais dorénavant l'habitude de réfléchir à vive allure, les fortes montées d'adrénaline et l'expérience des guerres aidant. Mais le problème était que je ne connaissais strictement rien de mon opposant, qu'il était une véritable énigme pour moi et qu'il ne semblait pas disposer à me parler. Il ne recherchait qu'une seule objectif, le combat. La seule chose qui l'intéressait était la violence, et cela ne présageait donc rien de bon en ce qui concernait ses attaques.

-Mais... Dragon?

Il avait l'air étonné et je me demandais ce qui lui arrivait. Sa voix me paraissait nerveuse, comme tout son être d'ailleurs étant donné les ondes qu'il répandait autour de lui.

-Tu es aveugle?!

Je ne savais pas s'il s'agissait d'une interrogation, d'une affirmation ou d'une exclamation, mais cela n'avait guère d'importance.

-En effet, constatais-je sans rien ajouter de plus et pour attendre sa prochaine réaction.

-Mais avec ce handicap, comment as-tu osé t'aventurer sur Azura? Serais-tu donc fou? Ou alors, simplement stupide?

Il éclata d'un rire cruel sans doute destiné à ma blesser mais qui ne m'atteignait pas. Des insultes de la part d'un tel relent de l'humanité ne pouvaient décemment pas me toucher.

-Tu te trompes, Etiar. Je pense que je suis simplement courageux et que j'ai envie de défendre ma cause jusqu'au bout, quoi que cela m'en coûte, comprends-tu? Et puis, contrairement à ce que tu sembles croire, le fait de ne pas voir peut être plus un avantage qu'un inconvénient.

J'entendis son rire ironique et tranchant retentir de nouveau.

-Et à qui veux-tu faire croire cela? Pas à moi, j'espère! Si tu me disais que tu t'apprêtais à combattre un chevalier quelconque, je serai d'accord avec toi, mais là, il s'agit des Berserkers! Te rends-tu compte? Des guerriers d'Arès, ceux réputés les plus violents et les plus agressifs de tous. Depuis les temps mythologiques nous sommes connus pour êtres les combattants les plus efficaces sur un terrain, les plus rapides et les meilleurs. Les armées du dieu de la guerre sont incontestablement les plus illustres. Et toi, pauvre fou, tu as le culot de venir te présenter devant nous malade. Ce n'est plus du courage, Shiryu, mais de la stupidité. Remarques que tu vas me faciliter la tâche, bien que cela ne me réjouisse pas vraiment. J'aurais au moins voulu m'amuser comme tout le monde...

J'esquissais un sourire fugace mais plein d'ironie.

-Voudrais-tu dire comme tous ceux qui sont morts?

Je sentis, alors qu'il était à plusieurs mètres de moi, le corps d'Etiar se raidir. Je l'avais vexé ou mis en colère, je ne savais plus trop, bien que cela revenait au même, et je me doutais que cela engendrerait sans doute une série de coups successifs qui me permettraient d'évaluer sa force.

L'un des affrontements les plus difficiles de mon existence allait bientôt s'engager.

* * *

Aioros

J'avais senti que Shun avait besoin d'aide et, malgré mon état assez déplorable, je m'étais précipité, du mieux que je l'avais pu, à son secours. Lorsque j'avais été assez prêt pour le voir, j'avais vu Phaéton l'attirer à lui grâce à des liens magiques qui s'échappaient de ses doigts. J'avais juste eu le temps de sortir mon arc et ma flèche que je pourfendais ses chaînes, rompant ainsi son attaque et délivrant Shun. Comme je l'avais espéré, celui-ci en avait profité pour barrer l'attaque de Phaéton et la lui renvoyer, ce dernier se trouvant dorénavant à terre.

Il se releva avec précipitation et fixa ma flèche du regard avant de tourner vivement son visage dans ma direction. Ses longs cheveux argentés lui barraient une partie du visage et il le rejeta en arrière d'un mouvement de tête presque dédaigneux. Mais un autre sentiment se dégageait de sa physionomie, oui, il y avait en lui quelque chose de différent et c'était... je plongeais mes yeux dans son regard rose flamboyant et y découvris de l'inquiétude. Je devinais qu'il craignait un réel danger de ma part, car j'avais réussi à tuer Épiméthée et que cela l'avait grandement impressionné. Il avait sans doute toujours cru son ami invincible, car les Berserkers se croyaient tous invulnérables et la désillusion était visiblement entrain d'opérer dans son esprit.

-Et bien, Phaéton, tu as l'air de perdre ta belle assurance, déclarai-je en lançant un coup d'il à Andromède qui se rapprocha instinctivement de moi.

-Très bien, répliqua notre ennemi, je vois que tout le monde est réuni mais je suppose que c'est aussi bien comme cela, non?

Il toussota et du sang lui remonta dans la bouche. Apparemment, Shun avait du le toucher au moins à une ou deux reprises alors que je menais une lutte acharnée contre le frère de Prométhée.

-Je croyais simplement que les chevaliers d'Athéna n'étaient pas des lâches et qu'ils ne se mettaient pas à deux contre un.

Phaéton nous lançant un regard méprisant et je ne pus réprimer un sourire sardonique.

-J'espère que tu plaisantes, Phaéton, en disant cela?! lâchais-je avec mépris. Comment oses-tu parlé de lâcheté, toi, un demi dieu qui a osé combattre un simple chevalier de Bronze? Ne trouves-tu pas le combat quelque peu déséquilibré?

Notre opposant chassa ma requête d'un mouvement fébrile de la main avant d'éclater d'un rire hystérique. Je me demandais d'ailleurs s'il n'était pas en train de devenir fou, à moins, évidemment, qu'il ne l'ait toujours été, ce qui était une explication tout à fait logique.

-Oh, pitié, Andromède n'avait au moins qu'à essayer de me tenir tête et voilà tout! Si tu songes que je n'ai pas remarqué que tu n'étais absolument pas motivé, je peux te garantir que tu es dans l'erreur. Je vais donc te donner quelques conseils, Shun, car je me trouves dans l'un de mes grands jours de bonté.

Premièrement, si tu fais clairement sentir à ton adversaire que tu n'as pas envie de le tuer, ne t'attends surtout pas à ce qu'il te fasse de cadeau en retour. Il en profitera au contraire pour t'abattre le plus rapidement et le plus sauvagement possible. Ensuite, si tu ne désires pas te battre, ce n'est pas la peine de venir en plein milieu d'une guerre Sainte, tu gênes tes compagnons plutôt qu'autre chose. Et si tu ne ripostes pas, un jour, tu mourras, Andromède et il se peut bien que ce jour soit arrivé.

Mais, après tout, n'est-ce pas une délivrance pour toi qui a toujours souhaité arrêter de te battre? Car c'est bien cela que tu désires, ou je me trompe? Tu vois, tu es presque transparent, chevalier, trop facile à cerner. Tu aurais sans doute pu faire un bon guerrier, indigne d'Arès, mais un bon combattant quand même, seulement il te manque le principal. Cette flamme qui nous anime tous et qui s'appelle l'envie de vaincre. Aioros l'a par exemple, à défaut d'autre chose, et je la possède aussi. C'est pour cela que nous avons jusqu'à présent toujours triomphé, mais toi, mon pauvre Andromède, c'est tout différent.

Tu répugnes à utiliser la violence alors de par la même, tu deviens dépendant des autres et tu ne fais que les déranger car tu n'es alors qu'un poids, une charge supplémentaire. Ce n'est pas pour me déplaire, remarque puisque je ne suis pas de ton côté.

Après ce discours, Phaéton se mit à rire de sa propre virtuosité à troubler les esprits. Je sentis que Shun vacillait à mes côtés, non pas physiquement, mais moralement. Phaéton savait exactement ou frapper et quand. Il était encore plus habile et malin que je ne l'avais cru. Je vis la lèvre inférieure de Shun se mettre à trembler légèrement alors que ses yeux s'embrumaient de réflexions. Il croyait visiblement à chaque mot qu'avait prononcé notre ennemi.

Je devais moi-même admettre que Phaéton n'avait pas tort. Shun mourrait s'il ne se décidait pas à combattre un jour sans arrière-pensées et sans remords. Mais ce qui était faux dans le monologue qu'il nous avait tenu, était qu'Andromède représentait un poids. Shun, au contraire, était un allié de taille et très précieux qui avait depuis toujours fait son devoir en combattant toutes les personnes qu'il était en mesure d'affronter. Seulement, je sentais qu'il oubliait tout ce qu'il avait fait pour la cause de la déesse et que sa sensibilité le forçait à se remettre en cause suite aux paroles de notre adversaire.

Je ne trouvais pour l'instant rien à répliquer et je me contentais d'observer Shun. Que pouvait-il se dire exactement à ce moment? Il baissa son visage, des mèches de ses cheveux glissant devant son profil et m'empêchant de le voir. Que faisait-il... j'avais l'impression qu'il... oui, c'était cela, il communiquait avec Athéna!

Je sentis que je respirais soudainement mieux. Il avait probablement du appeler la déesse à son aide et elle n'avait pas manqué de répondre à son appel. Je devinais qu'elle lui redonnait la confiance qu'il était entrain de perdre et que le discours de Phaéton ne rimait plus à rien.

-Tu as peut-être raison, Phaéton...

C'était la voix de Shun. Il venait de relever la tête et je voyais que son regard avait un éclat différent... était-ce par les larmes l'embrumaient ou parce que la déesse lui avait offert une nouvelle envie de vaincre? Je n'aurais su le dire. Son ton était calme et posé, comme à son habitude mais il perçait dans sa voix une pointe de mélancolie qui n'était pas inconnue.

Je l'avais entendu parler un certain nombre de fois depuis que j'étais de retour dans le monde des vivants, et j'avais toujours vu transparaître chez lui une certaine tristesse, comme si tous les combats qu'il avait jusqu'alors menés étaient à fleur de sa peau, qu'ils avaient accru sa sensibilité plutôt que de l'endurcir. Mais j'avais l'impression que tout ceci c'était produit il y avait de cela des millénaires et que maintenant, nous nous trouvions dans un autre temps, une autre sphère, une nouvelle guerre sainte en somme.

-Je déteste combattre et je n'aime pas blesser les gens... mais est-ce cela que d'être inutile? Alors avoir envie d'offrir une chance à chacun serait une marque de faiblesse pour toi? Mais que deviendrait tous ses sentiments qui animent l'homme et le rendent meilleur? Je ne sais pas si mon peu d'entrain à vaincre mon ennemi gêne mes compagnons et si c'est le cas, je n'y peux malheureusement rien hormis m'excuser... seulement, jusqu'à présent, durant toutes les batailles que nous avons eux à mener, j'ai toujours accompli mon devoir jusqu'au bout, parfois sans réfléchir car le sort de millions de personnes en dépendaient et qu'il fallait bien faire un choix, celui de combattre.

Je hais parfois ce que je suis obligé de faire, mais c'est nécessaire et jamais je ne défaille quand l'urgence se fait sentir. Je ne gagne pas qu'une autre guerre, Phaéton, lorsque je me bats, j'achète aussi cette paix que je rêve un jour se répandre sur le monde entier. Je sauve la vie des peuples de la terre. Je sauve l'existence de mes frères, comme ils sauvent la mienne. Je gagne leur amitié, le respect d'Athéna, et ma vie prend alors tout son sens.

Il se tut soudainement et me regarda. Je sentais une nouvelle force l'envahir et je voyais qu'il m'invitait des yeux à se joindre au combat avec lui. Mais je savais qu'il n'avait peut-être pas besoin de mon aide et que je devais lui laisser sa chance. Je reculais alors d'un pas, lui signifiant que j'avais compris qu'il souhaitait terminer seul ce qu'il avait commencé.

-Bonne chance, Andromède, murmurai-je sans qu'il parvienne à entendre mes paroles que j'avais simplement prononcé pour conjurer le mauvais sort.

Phaéton eut un rire mauvais et balançant sa tête en arrière avec hystérie. Lorsque son accès de fou-rire fut passé, il toisa Shun du regard et un sourire moqueur vint plisser les commissures de ses lèvres.

-Tu as fini? Tu es soulagé? Tes discours niais ont au moins la chance de me faire rire car sinon, je t'aurais abattu depuis longtemps. Enfin, allons-y, puisque tu sembles enfin prêt à combattre. J'espère que tu jetteras toutes tes forces dans cette dernières partie de l'affrontement.

Je compris, en les voyant adopter des positions qui servaient à la fois à l'attaque et à la défense, qu'il n'y en avait plus que pour quelques secondes, voire quelques minutes.

-Je vais développer ma force à son maximum, Andromède, et cette fois-ci je te garantis que tu ne pourras pas te relever.

-Je connais déjà toutes tes attaques Phaéton. Cependant, il n'est pas trop tard, tu peux encore choisir de...

-Si, il est beaucoup trop tard! Pour toi du moins!

Leurs cosmos respectifs s'étendirent autour d'eux et je sentais celui de Phaéton bouillant d'impatience alors que Shun avait une concentration inhabituelle. Ses chaînes se mirent à frémirent et formèrent comme un écran devant lui qui avait la forme... d'une sorte de nébuleuse. Je n'avais encore jamais entendu parler de cette technique.

La tension montait entre les deux ennemis et formait presque une troisième entité et je sentais qu'ils avaient l'un et l'autre les nerfs à vif. Il s'affrontaient du regard et mesuraient la puissance du cosmos de l'autre. Shun, je le remarquais, donnait alors le maximum de son potentiel et je me sentais aussi fier de lui que si j'avais été son propre maître. Le courageux chevalier de Bronze était littéralement entrain de se sublimer.

-Adieu, Shun, Ligthning Destruction!!!

-Nebulous Fury!!!

Je plissais les yeux alors que tout autour de moins explosait littéralement. Les rochers prêts desquels je me trouvais, des parois entières des ravins, le sol rocailleux, tout, tout s'élevait dans les airs et explosait dans cette luminosité aveuglante qui m'empêchait de distinguer les deux opposants. Cette incroyable clarté ne provenait pas uniquement de l'attaque de Phaéton, je l'avais bien compris, mais aussi du coup de Shun que je découvrais pour la toute première fois. La furie nébuleuse? Mais à quoi cela correspondait-il exactement? Je protégeais ma tête de mes mains alors qu'un immense rayon de couleur doré, probablement visible depuis le Sanctuaire, s'élevait dans les cieux et nous entourait.

Puis, plus rien.

Mes yeux mirent quelques secondes à se réhabituer à la lumière normale et je battis des paupières pour dissiper ce mal de tête qu'avait provoqué le bruit sourd de l'explosion et les coups très répétés d'Épiméthée.

-Shun, appelais-je en me précipitant là ou il se trouvait auparavant... Shun!

Une idée me frappa soudainement. S'il s'était fait exploser en poussières d'étoile pour déchaîner cette superbe attaque?

Je balayais d'un regard affolé tous les environs sans le trouver. Je courus, ou du moins j'essayais, vers les ravins prêts desquels il se trouvait précédemment et découvris le corps de Phaéton gisant au sol, ses immenses cheveux répandus autour de lui et ses bras gracieusement étendus, mort. Son adversaire lui avait offert une fin incroyable mais ou était-il...

Je sentais la sueur me glisser dans le dos et perler sur mon visage. Ou est-il? Mes mains tremblaient, tout comme le reste de mon corps sous l'effet de l'affolement. Ce n'était pas possible, le jeune Andromède ne s'était pas volatilisé... Je sentais l'énervement me gagner peu à peu.

-Aioros?

Ce murmure. Shun. Je me retournais et bondis en direction des rochers que je n'avais pas encore exploré. Son coup avait dû le propulser en arrière et dans ma panique, je n'y avais pas même songé. J'enjambais l'amas de pierres avec rapidité pour le découvrir enfin.

Je m'agenouillais prêt de son corps, couvert de sang et je vis son visage au teint pâle et cireux se tourner vers moi. Il s'était à moitié servi de son corps pour déchaîner cette explosion d'énergie et, évidemment, son enveloppe charnelle ne l'avait pas supporté. Je passais une main sous sa nuque pour lui relever légèrement la tête et l'aider à me parler.

-Je crois que je n'en ai plus pour très longtemps à vivre Aioros, mais je sais que j'ai accompli mon devoir et si mon destin est de mourir aujourd'hui et bien je mourrais, mais en chevalier.

Je lui souris, alors qu'une boule venait se placer dans ma gorge, m'empêchant presque de prononcer la moindre parole. En véritable chevalier, en effet. Il avait mené un combat magnifique et je ne savais pas s'il s'en rendait compte. C'était tout de même à un demi-dieu à qui il avait eu affaire. Je le lui fis remarquer et il haussa du mieux qu'il le put ses épaules.

-Tu as bien combattu un titan, chuchota-t-il si doucement, que je dus coller mon oreille contre ses lèvres pour saisir sa réplique.

Je sentais que ma main qui retenait son cou devenait poisseuse du sang qui s'échappait d'Andromède en effrayante quantité. Il était si jeune et il avait été tellement remarquable. J'avais de l'admiration pour lui car il s'était battu jusqu'au bout, malgré sa répugnance qu'il s'était forcé à surmonter. Il avait plus de mérite que moi à avoir triomphé, car il ne possédait pas cette optimisme forcené qui m'habitait depuis le premier jour de ma vie et qui ne me quitterait sûrement pas avant le dernier.

Est-il vraiment né pour devenir chevalier d'Athéna. Évidemment, sa pureté d'âme le poussait à défendre la justice mais, pourquoi le destin le forçait-il à faire ce qu'il détestait le plus au monde, tuer des personnes. Moi non plus, cela ne me réjouissait pas, mais pour Shun, c'était différent. Il n'avait pas cette surprenante envie de vivre qui se trouvait en tous les chevaliers d'Or, et en ses frères.

Je soupirais avec tristesse et presque dégoût devant cet irréparable gâchis.

-Tu as été fabuleux, Shun. Cette attaque est l'une des plus incroyables qu'il m'aille été donné de voir. Tu n'avais finalement pas besoin de cette arme de la balance, non?

Andromède eut un rire amusé qui se transforma rapidement en une quinte de toux rauque ou il crachait du sang. Je lui pris alors la main et la lui serra compulsivement dans la mienne.

-Moi, je suis certain que tu vas t'en sortir. Tu n'as pas envie de retourner dans l'Hadès, n'est-ce pas? Parce que pour ma part, j'irais le plus tard possible.

Il esquissa un sourire amusé mais ne put pas faire sortir le moindre son de sa gorge. Un tremblement s'empara de lui et je vis ses yeux se couvrirent d'un voile glauque peu à peu et le faire quitter ce monde. Pourtant, il respirait encore mais il sombrait doucement dans un coma qui...

Des larmes me montèrent aux yeux, alors que ses lèvres formaient un mot avant qu'il ne quitte complètement la réalité.

Athéna.

* * *

Camus

Les yeux d'Iphiclès me dérangeaient particulièrement. Cette pupille jaune sur cette peau si brune, cela avait quelque chose d'inquiétant. Et puis, il ne se dégageait pas de lui la même aura que celle que j'avais vaguement eu le temps de ressentir chez Argus ou encore chez Leech. Non, j'avais l'impression que... c'était inexplicable mais c'était comme si un mauvais pressentiment planait dans l'air. Et mon sixième sens n'avait pas pour habitude de me tromper.

Et puis, un détail me contrariait chez cet homme. Il ne faisait aucun doute qu'il était un Berserker, évidemment -qui aurait-il pu être d'autre sur cette île?- mais cela venait de sa Cuirasse. Je ne pouvais pas l'expliquer mais... elle n'était pas comme celle des autres. Évidemment, elle avait toujours ses formes compliquées et je remarquais bien que du sang y était enfermé mais celui-ci y était liquéfié. D'habitude, on entendait le bruit écurant du sang à l'intérieur cognant contre le métal du vêtement de protection mais là, j'avais la nette impression que tout s'était solidifié, comme si cette cuirasse avait été âgé de plusieurs dizaines d'années.

Et puis, d'étranges traînées allant du marron le plus foncé à un curieux noirâtre s'étendaient sur les immenses ailes de son armure, comme s'il s'était frotté à un métal rouillé avant de venir à ma rencontre.

Tous ces détails n'auraient pas du m'occuper l'esprit outre mesure cependant, je n'avais pas l'impression qu'il était quelqu'un comme les autres. D'ou sortait-il? J'étais intimement convaincu que mes réflexions avaient de l'importance pour la suite de notre combat, pourquoi, ou plutôt, qu'est-ce que cela avait à voir avec notre affrontement, je n'en avais cependant pas la moindre idée.

-Qu'ai-je pour être dévisagé de cette façon si peu courtoise? interrogea Iphiclès d'une voix beaucoup plus forte qu'il ne l'aurait dû alors que j'étais en face de lui.

Et cette manière de parler si forte alors que je me trouvais à quelques pas, comme s'il avait l'habitude de faire porter sa voix loin pour être entendu... j'avais plusieurs pièces du puzzle en main, j'en étais persuadé, mais je n'arrivais pas à le recomposer.

Je remarquais alors la fine pellicule de poussière incrustée sur sa Cuirasse et qui formait comme une légère couche grisâtre. Mais ou se trouvait-il avant de se rendre dans les marais? Si j'obtenais la réponse à cette interrogation, je trouverais sans doute une explication logique à tous ces menus détails qui m'inquiétaient un peu, il fallait le reconnaître.

-Alors, Aquarius, on a perdu sa langue?

Je secouais la tête pour chasser toutes ses pensées de mon esprit et lui rétorquer quelque chose de bien senti, comme à mon habitude, mais je n'y arrivais pas. J'étais comme obsédé par mes découvertes. Non, cela n'allait pas. Et quel était son rang déjà, dans la hiérarchie du dieu de la guerre?

-Es-tu un commandant? demandai-je, faisant fi de sa précédente remarque qui se voulait sans doute ironique. Cela m'étonnerait puisque Procuste nous a précisé qu'il n'y en avait que deux par domaines et que nous les avons croisés. Argus et Leech évidemment.

-Évidemment, rétorqua Iphiclès d'un ton penseur. Morts aussi, je suppose, à présent, puisque tu te trouves devant moi.

-En effet. Mais dis-moi, tu n'as pas l'air très au courant pour l'un des guerriers d'Arès, dis-je d'un ton calme et particulièrement distant.

-Et non, mais chacun ne peut pas se trouver dans le secret des dieux. C'est dommage, j'aurai bien aimé voir ce pauvre Leech avant qu'il ne disparaisse. Quant à Phaéton, mon meilleur ami, je crois aussi qu'il est malheureusement trop tard d'après ce que je viens juste de percevoir.

Il accompagna sa phrase d'un rire dément et qui me donna l'impression de résonner dans la nature environnante. Tout dans ce personnage était malsain, même sa façon de bouger, de parler, d'observer et surtout de fureter. Il jetait sans cesse des regards autour de lui, comme s'il s'attendait à voir une troisième personne surgir. Pourtant, je ne sentais pas l'ombre d'une cosmo-énergie autour de nous et j'aurais aisément pu le lui dire s'il me l'avait demandé. Nous étions seuls.

-Tu n'as pas répondu à ma question, insistais-je alors qu'un doute commençait faire peu à peu jour dans mon esprit. Quel est ton rang dans l'ordre des Berserkers?

-Cela t'intéresse tellement de le savoir, Camus? Et pourquoi?

Un silence qui me sembla s'éterniser plusieurs minutes, mais qui ne dura en réalité quelques secondes, s'installa entre nous. Il avait visiblement quelque chose à cacher et il y avait deux solutions : soit j'étais extrêmement observateur et mon instinct ne me trompait pas, soit je me faisais de fausses idées, et, en ce cas, je perdais du temps qui aurait pu être précieux à ma déesse.

Je parcourus des yeux les étendues marécageuses et glauques dans lesquelles je pataugeais depuis maintenant plusieurs heures. La paume de mes mains et la chair de mes doigts étaient à présent striées comme lorsque l'on reste trop longtemps dans l'eau. Je sentais que mes jambes s'engourdissaient peu à peu, lentement, et qu'à la fin de la journée, si bien-sûr ( Zeus le veuille!) j'étais toujours en vie, elles ne me porteraient plus.

De temps à autre, des sangsues venaient se coller contre moi, mais le métal froid de mon armure les dissuadait le plus souvent. Dans le cas contraire, je les glaçais légèrement et les faisaient ensuite retomber dans les étendues écurantes des marais d'Azura.

J'observais attentivement mon opposant sans cesser d'avoir l'esprit occupé, ou plutôt tourmenté par un grand nombre d'interrogations.

J'avais raison sur un point, les berserkers fournissaient toujours leur titre en se présentant à nous, car ils considéraient tous cela comme un titre honorifique qu'Arès leur avait donné, mais Iphiclès s'était contenté de déclarer qu'il était tout bonnement le Berserker de la prison, et cela ne concordait pas avec la manière de pensée d'un chevalier du dieu de la guerre. Ils avaient tous, malgré leur folie et leur envie de violence et de sanglant, une certaine logique, à laquelle mon adversaire ne correspondait pas. Et pourquoi ne me répondait-il pas?

Non, décidément, j'étais tombé sur une personne spéciale, et il fallait que je découvre ce qui se tramait sous cette étrange histoire.

-On dirait qu'à présent, Iphiclès, c'est toi qui ne sait plus te servir de ta bouche.

Un sourire fendit son visage laissant apparaître des dents blanches qui contrastaient presque aussi étonnement que ses longs cheveux blonds avec la peau brune de son corps. Je n'y pouvais rien, mais même d'aspect, il me rebutait. Il n'était pas... naturel. D'habitude, jamais un ennemi ne cherchait à dissimuler son passé, bien au contraire, il trouvait toujours le moyen de le transformer en glorieuse aventure, qui le rendait, à nos yeux de chevaliers d'Athéna, encore plus méprisable.

-Je vois que tu as envie de jouer au plus malin, Camus. Et bien je vais te répondre puisque cela a l'air d'être vitale pour toi. J'étais un empereur d'Arès. J'avais reçu ma couronne d'herbes il y avait de cela bien longtemps, à l'époque glorieuse des temps mythologiques ou les dieux et les hommes vivaient encore ensemble et si je me souviens bien, comment pourrais l'oublier d'ailleurs, Arès me sacra lui-même à la fin de la première guerre sainte qu'il mena contre Athéna, sa meilleure ennemie. Ce fut l'un des jours les plus mémorables de mon existence. Peux-tu imaginer un instant, ce que cela fait d'être sacré empereur devant tous les berserkers réunis et de la main même de notre vénéré maître? Non, évidemment...

Il s'interrompit quelques instant, semblant chercher ses mots alors qu'il s'animait de plus en plus au fur et à mesure que les mots se succédaient dans sa bouche.

-Je fus le premier empereur qui n'est jamais existé. Le premier à recevoir la Couronne d'herbe. Et pour t'avouer toute la vérité, à la guerre suivante, quelques années après, j'ai reçu une seconde couronne, mais cette fois-ci, de myrrhe. Une seule personne a été plus décorée que moi-même sur cette terre, Mara, mais tu ne le connais pas. Arès m'adorait, j'étais son confident, il me convoquait avant chaque guerre sainte, m'instruisait de ses plans et me parlait de la disparition de la race humaine avec toute la passion dont il était capable et j'avais pour lui, il faut bien le reconnaître, une véritable vénération.

Il ferma les yeux, cherchant sans doute à s'enfoncer encore plus profondément dans ses souvenirs.

-Lorsque j'arrivais sur un champ de bataille, les Saints me reconnaissaient immédiatement. Je les entendais murmurer mon nom, préciser qui j'étais, combien de personnes j'avais tuées lors du dernier affrontement. Certains reculaient de plusieurs pas, mais je dois honnêtement admettre que jamais l'un d'entre eux, même en connaissant mon identité et en me voyant arriver lentement sous leurs yeux, n'a pris la fuite. Alors, a défaut de les trouver bon guerrier, j'avais du respect pour eux car ils préféraient faire face. Ils n'étaient pas lâches, simplement faibles. Mais j'aimais lire de la peur dans leurs yeux, je les voyais trembler et resserrer leur rang pour essayer de faire front commun, mais rien n'y faisait.

J'étais le plus fort, j'étais invaincu, j'étais invincible. Les chevaliers d'Athéna me craignaient, les Généraux de Poséidon me respectaient et les Spectres d'Hadès m'admiraient, j'étais une véritable légende, la fierté de mon dieu qui me présentait aux autres divinités de l'Olympe avec plaisir, qui m'acceptait à sa table sans la moindre hésitation. Je me souviens de chaque minute de cette fastueuse période. Et même après, lorsque Athéna a trouvé le moyen, prodigieux, je dois l'avouer, de tous nous enfermer sous son sceau sacré, je suis resté le Berserker le plus incroyable qu'il n'y est jamais existé. D'autres guerriers d'Arès ont trouvé le moyen de devenir empereur évidemment, Dédale, par exemple, était un combattant dont je reconnais l'exceptionnelle valeur, mais jamais aucun n'a su s'élever à mon niveau, Mara mis à part, mais c'est différent car il a fini par atteindre l'essence divine.

Iphiclès s'interrompit pour éclater d'un rire mauvais et presque cruel et il chassa d'une main toutes les paroles qu'il avait prononcées.

-Dis-moi, Camus, sais-tu combien de chevaliers d'Athéna j'ai tué durant toute ma carrière au service d'Arès? Non? Et bien, il m'est arrivé, le jour ou j'ai reçu ma couronne de Myrrhe par exemple, d'envoyer trois chevaliers d'Or dans le gouffre de la mort, et en même temps. Arès lui-même s'extasiait devant mes prodiges, et il y avait de quoi... te rends-tu compte, Arès, l'empereur des guerres, le maître d'Azura, le plus grand guerrier que la terre et l'Olympe n'est jamais porté qui me félicitait! C'était... indescriptible!

Il se tut.

Pendant une minute, nous ne prononçâmes pas un mot, ni lui, ni moi. J'entendais le bruit du vent qui soufflait légèrement et qui amenait avec lui des nuages un peu grisâtres mais qui n'avaient rien de menaçants. Un courant d'air assez fort vint soudainement rider péniblement l'épaisse surface des marécages.

J'avais au moins appris plusieurs choses en écoutant le récit de sa gloire. Premièrement, s'il était capable de tuer en même trois chevaliers d'Or et si Arès le jugeait d'une valeur sans borne, j'allais sûrement mourir, je ne me faisais pas d'illusions.

J'avais devant moi un véritable monstre et j'étais soudainement content d'avoir empêcher Ikki de le choisir pour adversaire. Il n'aurait pas été de taille. En fait, personne n'était de taille. Mais malgré ce qu'il racontait, j'allais essayé, et peut-être même réussir à l'emporter dans la tombe avec moi.

Deuxièmement, une impression de nostalgie ressortait très nettement de son monologue. Pourquoi? Que s'était-il passé après cette période de fastes qu'il avait connu? Car pour l'instant, tout ce que j'avais appris ne m'expliquait guère les étranges détails que j'avais observés sur lui et sur sa cuirasse.

Il parut deviner mes pensées et arqua un sourcil avec ironie, comme pour se moquer de moi et de mon imparable logique.

-Mon histoire ne te plairait-elle pas, Aquarius? Ou alors serait-ce mes exploits qui t'effrayeraient?

-Ni l'un ni l'autre. Je me disais juste que tu me faisais l'effet d'un chevalier déchu.

Ma dernière remarqua tomba comme un pavé au milieu d'une eau calme et un silence lourd de menaces se mit à peser entre nous. Je devinais à présent l'étendue de sa puissance, et cela n'avait strictement rien de rassurant. Je pouvais entendre le bruit de ma propre respiration, saccadée et difficile, et de la sienne, calme et reposée. Je me rendis alors compte qu'il existait déjà un désavantage entre nous avant même que le combat ne commence.

J'avais couru sur des kilomètres et des kilomètres, non pas que cela puisse venir à bout de moi, mais ces marais étaient bien particuliers et avaient le don d'aspirer une partie de notre cosmo-énergie, c'est du moins ce que je ressentais. Ces étendues marécageuses avaient dues être créer dans le seul but d'affaiblir les adversaires d'Arès avant même qu'ils n'aient livré un affrontement.

Iphiclès me regarda, et je vis pendant très peu de temps, un seconde mais d'une intensité incroyable, un rictus de haine se peindre sur son visage. Je n'avais, dès le premier instant, pas aimé son visage, ni sa manière d'être, et je saisissais à présent pourquoi. Il était capable de se transformer sous l'effet de la colère. Pendant un bref instant, il m'avait haï, ou plutôt, l'avait laissé transparaître, et ses traits en avaient été ravagés. Il était, à ce moment-là, la personne la plus terrifiante sur lequel je n'ai jamais posée mes yeux, mais je n'étais guère prêt à me laisser impressionner.

-Un chevalier déchu? C'est ce que tu penses de moi?

Il avait beaucoup de mal à voiler sa fureur, et serrait les dents avec une rage non contenue.

-Oui, c'est du moins l'effet que tu donnes, rétorquai-je, désireux de lui montrer que j'étais peu craintif et prêt à combattre, même si sa puissance devait être supérieure à la mienne.

Je savais qu'il n'avait pas menti à propos de sa propre force. Les berserkers étaient des rustres, des barbares, des monstres assoiffés de violence, de sanguinaire, de souffrances, toujours à la recherche d'une nouvelle guerre ou d'un nouvel affrontement, mais jamais ils ne mentaient lorsqu'il était question d'exploits guerriers... et c'est bien cela que je redoutais. Ainsi, Iphiclès, en m'expliquant qu'il avait envoyé à la mort trois chevaliers d'or, n'avait fait que me relater la stricte vérité.

Je n'aurais su dire pourtant si cela m'affolait ou me laissait de marbre. J'avais du mal à analyser mes propres sentiments. Peut-être parce que je n'en avais pas envie et que je faisais tout pour ne pas céder à la panique qui m'envahissait peu à peu. Je devais me souvenir que mon ennemi avait accompli cet exploit à l'époque des temps mythologiques et qu'avec un peu de chance, il n'en était plus capable. Et puis, si je me sublimais au sommet de mon potentiel, j'avais sans doute une chance de le vaincre, sinon, et dans le pire des cas, de me détruire en même temps que lui. C'était un risque que j'envisageais depuis le début de notre conversation et que je n'hésiterais pas à prendre le moment venu, si toutefois cela m'assurait la victoire.

Je sentais l'énergie de mes compagnons, Mu et Aphrodite, qui avançaient doucement au travers des marais et je comprenais qu'ils avaient dû, eux aussi, vivre leur affrontement jusqu'au bout, sans jamais se détourner de leur tâche. J'étais moi aussi un chevalier d'Athéna et je devais en faire de même.

Mais ma nature quelque peu pessimiste ne me faisait pas entrevoir cette bataille sous son meilleur jour. Heureusement, je réussissais à camoufler mes sentiments sous la fine pellicule de glace qui entourait ma personnalité. Je devais ainsi donner l'illusion de calme et de sérénité, alors que mon esprit était bourdonnant d'interrogations et de multiples sujets d'inquiétude.

Iphiclès eut un demi-sourire, qui ressemblait plus à une grimace qu'à autre chose, et il me dévisagea quelques secondes.

-Alors, Camus, te sens-tu prêt à tester ma puissance, ou préfères-tu encore que nous discutions le temps que tu te prépares à ta fin prochaine?

-Je te laisse l'honneur de choisir, puisque tu n'as plus que quelques minutes à vivre, répliquai-je sans ma laisser impressionner par toutes ces phrases que j'avais déjà entendu maintes et maintes fois au travers de mon existence.

Tout le corps d'Iphiclès se raidit et il se mit en position de parade, ses avant bras croisés devant son visage, ses deux jambes calées contre ce sol que nous ne voyions pas et légèrement écartées, prêt à fondre sur moi à tout instant. J'adoptais rapidement la même posture, comprenant que le combat venait de s'engager de façon irrémédiable.

Athéna me viendrait en aide, j'avais confiance. Je ne mourrais pas.

J'eus à cet instant une pensée pour mon disciple Hyoga. Je sentais qu'il était dorénavant en face d'un ennemi, et que, tout comme moi, il se préparait à l'affronter.

Que deviendrait mon disciple si je venais à disparaître? Évidemment, cela faisait bien longtemps que son entraînement était terminé et qu'il n'avait plus besoin de moi pour lui apprendre quoi que se soit... mais je devinais que jamais il n'aurait supporté la nouvelle disparition d'un être qu'il aimait. Il avait déjà trop souffert durant son existence, mais, comme je le lui avais dis il y avait de cela bien longtemps, nulle n'échappait à son destin. Pas même moi. Et je sentais que le mien était de combattre Iphiclès de la Prison.

Je décidais alors d'attaquer le premier, de ne pas le laisser prendre les devants car je comprenais qu'après, il serait trop tard et que je n'aurais plus le temps de placer une seule de mes attaques, du moins, s'il était aussi puissant que je l'envisageais.

Je me précipitais sur lui, faisant fi de la boue qui ralentissait considérablement mes mouvements et lui portais un coup au visage. J'avais choisi le corps à corps pour évaluer cette redoutable puissance que je lui imaginais.

Il attrapa mon poing dans sa main et me repoussa avec violence alors que je ne vacillais pas sous son impulsion.

-Tu ne manques ni d'audace, ni de courage pour un chevalier d'Athéna, et j'aime ta manière de prendre les offensives. L'affrontement risque d'être plus amusant que je ne l'avais songé.

Je n'avais nullement besoin de ses compliments, mais ma nature hivernal me poussait à ne pas lui répondre et à le laisser parler et se fatiguer tout seul. Je serrais les dents et plissais les paupières pour trouver rapidement la prochaine seconde ou il baisserait insensiblement sa garde.

Mais nous n'étions ni l'un ni l'autre des débutants, et nos boucliers de défense étaient imparables. Nous étions tous deux aussi capables de rester immobiles des heures durant et nous le comprîmes rapidement.

D'un même mouvement de tête, nous baissâmes notre garde en même temps, nous offrant la chance de nous battre plus rapidement et avec plus d'intensité. Je compris alors que cette bataille serait placée sous le signe de la vitesse et ce n'était finalement pas plus mal ainsi. Nous n'aurions pas à faire traîner cela pendant des heures et des heures et pourrions donner tout notre potentiel dès le début.

Iphiclès se rua dans ma direction à une telle allure, que j'eus à peine le temps de bouger la tête et de me pencher sur le côté pour éviter la série de coups qu'il me portait. Il était incroyablement vif et j'avais beau ne recevoir aucun de ses poings ou de ses genoux dans le visage ou dans le ventre, je me rendais compte qu'il ne cessait d'avancer, et donc moi, de reculer.

Jamais il ne fallait commencer à perdre du terrain, car c'était le commencement de la fin. C'était ce que l'on nous apprenait dès les premiers jours dans les camps d'entraînement, et c'était ce que j'avais enseigné à Hyoga il y avait de cela bien longtemps, alors qu'il n'était encore qu'un enfant et qu'il venait tout juste de débarquer en Sibérie Orientale.

Mon opposant me laissait à peine le temps de respirer et pour éviter ses coups, je devais axer toute ma concentration sur ses mouvements, ce qui ne me laissait plus la moindre seconde pour penser à une quelconque parade. J'étais bouche-bée devant sa dextérité et son incroyable vitesse. Je devais me rendre à l'évidence, alors que je recevais un coup de poing bien appliqué sur ma joue droite, il était à la hauteur de sa légende.

L'attaque qu'il m'avait envoyée était d'une telle violence que je fus projeté en arrière et atterri avec fracas dans la boue, en projetant partout autour de moi. J'avais eu l'impression de que sa main était électrisée alors qu'il m'avait asséné sans ménagement son coup.

-Et encore, déclara Iphiclès en mettant ses poings sur ses hanches et en me toisant de toute sa taille car il était sur ses pieds et que je flottais pour ma part à la surface, je crois que j'ai un peu perdu la main. Remarque, ce sont-là des choses que l'on oublie pas, ou qui reviennent très rapidement si toutefois c'est le cas.

Il parlait par énigme, mais je n'avais guère l'envie de me pencher sur ses mystères. Je me relevais en vacillant un peu, toujours sous le choc de la force qu'il pouvait mettre dans une seule de ses mains. Étais-je capable du même déploiement de puissance? Certainement, mais alors, qu'est-ce qui faisait ainsi vaciller ma foi en ma propre victoire? N'était-ce pas cette impression que son aura augmentait au fur et à mesure que les secondes disparaissaient dans le passé?

-Bien, je n'ai jamais été un guerrier très patient Camus, et je suis navré de devoir te faire disparaître ainsi, mais il en va de mon devoir, et de ma survie, devrais-je ajouter. Alors nous devons nous quitter maintenant Aquarius.

Il ouvrit ses paumes vers moi tout en gardant ses bras le long de son corps et inspira profondément en fermant les paupières. Je me demandais ce qu'il faisait, mais, quelque soit ce dont il allait s'agir, je n'allais pas lui laisser le temps de le faire bien tranquillement. Je levais l'une de mes mains en me concentrant aussi bien que je le pouvais alors que des vagues se formaient dans l'étendue calme des marais. Je priais intérieurement pour que le souffle d'air avec lequel j'allais le paralyser soit assez puissant.

A la seconde même ou je lançais mon attaque avec un cri de rage, Iphiclès se mit à hurler:

-Greatest Release!

Incroyable! Le froid que j'avais projeté avec l'électricité contenue dans l'attaque de mon ennemi formait à présent une boule d'énergie qui stagnait entre nous deux. J'avais réussi à arrêter son coup mais, il fallait maintenant que je maintienne ma puissance afin de ne pas... de ne pas...

Trop tard, je commençais déjà à perdre du terrain car, aussi fou que cela puisse paraître, l'explosion de force d'Iphiclès aspirait toute la puissance que j'avais mis dans mon coup pour la faire sienne. Je crus que mes yeux se révulsaient dans leurs paupières alors que le Greatest Release de mon adversaire ne cessait de croître et en même temps de se rapprocher de celui qui l'avait engendré.

Je compris immédiatement pourquoi il rappelait toute cette force à lui. Tout simplement pour me l'envoyer à une vitesse décuplée. Si je recevais nos deux puissances combinées, je n'avais que bien peu de chances de me relever et il fallait que je trouve à toute allure une parade valable et efficace.

Je pouvais évidemment faire un autre mur de froid, mais il serait lui aussi absorbé par le coup du berserker de la Prison. Mais si je n'avais pas d'autre idée, je savais que je serai dans l'obligation de m'y résoudre, même ne serait que pour gagner quelques secondes. Et puis, il fallait que j'envoie mon attaque au moment précis ou Iphiclès déclenchait la sienne, pour que l'arrêt soit parfait et immédiat.

J'avais d'ailleurs l'impression que si la boule d'énergie s'approchait trop de moins, elle risquait de faire sauter la barrière quasi indestructible de mon armure d'or.

-Bravo Camus! Je ne te pensais pas capable de cela mais tu sembles au-dessus de ce que je croyais. J'admets t'avoir sous-estimer et c'est sans déplaisir que le constate. J'aime avoir des hommes de valeur en face de moi, la gloire n'en est que plus grande. Mais il est dommage que nous n'ayons pas plus de temps car je dois respecter un délai. Greatest Release!

J'avais eu une fraction de retard et il s'en était fallu de quelques secondes pour que je l'évite. Mon corps fut élevé dans les airs sans que je ne puisse plus le contrôler. J'avais l'impression que l'intérieur de mon corps s'agitait sous l'effet d'une explosion et que j'allais être réduit en poussière. La douleur était si intense que je n'arrivais pas même à respirer. Je dus tournoyer quelques secondes qui me parurent éternelles dans les cieux avant de retomber dans un bruit terrifiant d'os broyés dans les marécages. Je n'offrais alors plus qu'à Iphiclès la vision de mon dos et de mes longs cheveux.

Non, je n'étais pas mort, mais c'était tout comme. Je ne pouvais plus esquisser un mouvement, car je sentais que cela aurait arrêté les battements de mon cur. L'attaque que je venais de recevoir de plein fouet me laissait glacé et agité de convulsions. Le greatest Release était une véritable décharge d'énergie et j'avais l'impression de m'être pris des milliards de volts d'un seul coup.

J'étais persuadé que mes poumons étaient calcinés de l'intérieur alors que je ne pouvais plus battre de paupières car j'étais atteint sur toute la surface de mon corps. Mais je saisissais que si je restais trop longtemps le visage tourné vers le fond des marais, j'allais mourir étouffé encore plus rapidement que des séquelles de ce que je venais de subir.

Me relever était la seule chose à faire, mais je sentais que les os de mes chevilles avaient été pulvérisés et que j'étais incapable de tenir debout. Pourtant, je n'avais pas de choix car sinon, j'allais mourir sans avoir accompli mon devoir auprès d'Athéna. Il fallait que je réussisse à tenir sur pieds. Pour moi-même car je ne voulais pas périr. Pour Hyoga, car il fallait que je me batte, que je vive pour lui. Pour la princesse, car elle avait besoin de mon aide et de ma force pour terrasser Arès sur l'autel de la justice.

Je n'étais pas venu sur Azura pour y mourir mais bel et bien pour défendre cette cause dont je me sentais si proche. Et il n'était pas question que j'abandonne dès le début d'une bataille. J'étais un chevalier d'Or, le sommet de la chevalerie et j'avais subi bien pire durant l'Hadès et alors que je traversais avec tous mes frères les dimensions qui nous séparait de notre monde.

Cette dernière pensée me fit l'effet d'une gifle et je me mis lentement, mais certainement, à m'agiter.

Je devais refaire surface, pour me battre. Moi et les autres Gold Saint, nous n'avions fait qu'un alors que nous nous trouvions devant le mur des Lamentations. Nous n'avions été qu'une seule et même existence, comme si nos douze vies s'étaient regroupées en un être unique alors que nous explosions pour reproduire l'astre du jour. Et ensuite, nous avions bravé tous les supplices et tous les dangers en traversant toutes les dimensions pour finalement venir nous abîmer sur la terre, à n'importe quel endroit du globe. Et durant toutes ces épreuves, nous n'avions jamais cessé de rester en contact les uns avec les autres. Et il en allait de même durant cette bataille.

Même si nous n'étions pas tous côte à côte, même si nous ne nous tenions pas tous debout devant les mêmes adversaire, nous avions un ennemi commun, Arès. Et nos esprits étaient reliés par ce passé si fort que nous avions partagé et je les sentais tous, derrière moi, m'encourager, m'ordonner de me relever, de regarder Iphiclès en face et de le battre.

Je sentis que ma nature pessimiste perdait le dessus et que l'optimiste de mes confrères, de mes compagnons de toujours, annihilait mes réflexions mélancoliques. Nous autres, chevaliers d'or, n'étions pas un rang de la chevalerie, mais un groupe si uni et soudé qu'il réussissait à communier en une parfaite harmonie en permanence.

Je sentais Mu et Aphrodite, me murmurer de continuer, car l'abandon n'était pas quelque chose que nous connaissions. Je savais qu'Aiolia me disait de poursuivre, que jamais le mal ne pouvait gagner. J'entendais presque les voix de Saga et de Shaka m'ordonner d'assumer mon rôle, de mener mon combat à bien pour la gloire de notre déesse et de l'humanité. Tous, Masque de Mort, Shura, Aioros, Milo, Dohko, tous autant qu'ils étaient, ils comptaient sur moi.

Alors que je ressentais toutes ces émotions, je me remis sur pieds et sifflais avec force pour qu'Iphiclès, qui commençait à partir, se retourne.

-Je suis encore debout, criai-je emporter par les intenses vagues qui submergeaient mon âme.

Mon adversaire sursauta et me toisa avec étonnement. Il n'était jusqu'alors qu'à demi tourné et se décida à me faire complètement face au bout de quelques secondes.

-Comment as-tu fait? me demanda-t-il calmement.

-C'est la foi qui m'anime qui m'a poussé à me remettre sur pieds. Cela t'étonnerait-il?

-Non. Cela m'énerve.

Quelque chose en lui avait soudainement changé. Ses yeux... ils perdaient peu à peu leur couleur jaunâtre pour finalement devenir orangé-rouge. La métamorphose à laquelle j'assistais me laissait quelques instants bouche-bée. Il ressemblait toujours à Iphiclès, mais il en était en même temps complètement éloigné. On aurait dis une autre personne, dans le même corps. Était-il possédé? Était-il animé par une puissance supérieure que j'allais bientôt découvrir? Je me posais sincèrement la question car je me rendais fort bien compte que je n'avais plus affaire à la même personne que précédemment.

Son apparence prenait un tour terrifiant, les muscles de son visage se contractaient en une grimace sarcastique, tout son corps de raidissait, se tendait au maximum, comme s'il n'avait plus été qu'un félin prêt à bondir sur la proie que j'étais. Ses mouvements devenaient plus brusques aussi, plus imprévisibles et sa voix se muait en un grognement qui avait de quoi glacer le sang dans les veines.

-Aquarius, maintenant que tu l'as trop cherché, tu n'as plus qu'à te repentir de m'avoir ainsi énervé et à prier pour la salut de ton âme. Je vais te présenter ma véritable nature, celle que je n'arrive pas à contrôler. J'ai essayé, pendant un certain temps, de m'adapter à toi, de rester quelqu'un que tu aurais considéré comme à peu près normal, mais je n'en peux plus... il faut que je sorte enfin de cette carapace et que je me montre au grand jour!

Il hurlait et exultait littéralement en me lançant à la figure son discours. Je restais interdit quelques secondes, ne comprenant pas ce qui arrivait, ni ce qu'il voulait dire. Je constatais bien qu'il s'était mué, que son physique prenait une tournure différente, encore plus épouvantable, et son mental, ou plutôt sa puissance, se décuplait en même temps. Mais je refusais de l'accepter car cela signifiait que je n'avais plus aucune chance de survivre. Si son précédent "Greatest Release" m'avait mis à terre et que j'avais failli ne pas m'en relever, à quoi allait ressembler le suivant?

Iphiclès se jeta alors sur moi sans même que j'ai entre-aperçu ses jambes esquisser un saut. J'avais l'impression d'être le gibier face au chasseur.

Nous tombâmes dans la boue avec une telle violence, que nos deux corps s'enfoncèrent jusque très profondément sous la surface. Je sentais ses poings me marteler, ses doigts me lacérer, me déchiqueter la peau et ne plus me laisser un seul instant de répit. Je me battais contre un véritable animal, car il m'apparaissait comme un homme n'ayant gardé que son côté le plus sauvage.

Je donnais de puissants coups de pied, non pas pour le toucher, mais pour remonter vers la surface ou nous jaillîmes en un corps à corps ou j'étais loin d'avoir le dessus.

Il m'attrapa soudainement par une jambe, alors que je reprenais à peine ma première bouffée d'oxygène et me fit tournoyer en l'air avant de me projeter dans le cieux.

L'étourdissement qui s'en suivit m'empêcha alors d'échapper au "Greatest Release" qu'il m'envoya, et que je reçus de plein fouet sur le visage.

-Camus, rugit-il, préfères-tu cette façon de combattre, ou celle de toute à l'heure serait-elle plus à ton niveau?

Il éclata de rire, mais cela ressemblait à des hurlements stridents qui se perdaient dans l'immensité des marécages.

Mon visage. Je ne ressemblais plus à rien. Il était maculé de sang, et je n'arrivais plus à ouvrir les yeux pour distinguer quoi que se soit. Je flottais de nouveau, dans la même position qu'auparavant, mais encore plus abîmé, fatigué et persuadé qu'il était plus puissant que moi-même.

Mon sang se répandait dans les marais et attirait toutes les sangsues se trouvant à proximité, mais cela n'avait plus d'importance. Une gigantesque entaille me barrait le front, et j'avais la nette impression que la plupart des os de mon corps avaient été pulvérisés. Si je trouvais en moi la force de me relever, je ne pourrais tenir que grâce au cosmos car sans lui, je n'aurais même pas pu bouger mon petit doigt.

Le "Greatest Release" était une explosion qui brisait les os du corps, rendant la personne qui en était victime incapable d'esquisser le moindre mouvement. Ce qui n'allait pourtant pas constituer une barrière assez puissante pour m'empêcher de me remettre sur pieds.

J'étais Camus, le chevalier d'Or du Verseau, gardien de la onzième maison du Zodiaque et protecteur d'Athéna. Cette seule phrase devait suffire à me redonner espoir et à faire fondre cette glace qui paralysait mon esprit et mon tempérament. J'étais l'un des hommes les plus puissants de la planète, et je n'avais rien à craindre, surtout pas d'un Berserker, aussi puissant fusse-t-il. Il allait périr, et même si il m'avait durement éprouvé avant cela, j'allais déclencher mes attaques sur lui avec une telle intensité, qu'il ne s'en remettrait jamais.

Mais avant de l'abattre, j'avais un mystère à résoudre.

-Encore à revenir à la charge et à en redemander, mais rien de plus facile...

Il allait s'élancer vers moi, quand je mis ma main devant pour l'arrêter.

-Tu me demandes clémence?

-Non, Iphiclès, ne prend pas tes désirs pour des réalités, je t'en prie.

-Alors que fais-tu? Pourquoi tentes-tu de stopper le combat?

Je fermais les yeux car le voile de sang qui ne cessait de s'échapper de mon front m'obstruait la vue et me dérangeait. Je passais rapidement ma main dessus, pour m'essuyer et entendis tous mes os craquer. Je cachais alors mon rictus de douleur et le regardais dans les yeux. Il n'avait toujours pas retrouvé sa première apparence, et ce n'était guère un bon présage, même si je devais bien m'en accommoder.

-Quel secret caches-tu Iphiclès, j'aimerais le savoir avant de terminer cet affrontement? Pourquoi n'es-tu plus empereur? Que s'est-il passé?

Mon adversaire soupira bruyamment, comme s'il se résignait à me parler, et passa une main sur son casque un peu poussiéreux.

-Je vais répondre à ton interrogation de tout à l'heure, à propos de mon rang. Je ne suis ni soldat, ni commandant, ni empereur. J'arrive tout droit des prisons d'Arès ou j'ai été enfermé pendant plusieurs siècles. Cela te convient-il ou dois-je aussi te préciser autre chose? Et je te préviens tout de suite, ce sujet brûlant à le don de m'échauffer, alors je serai toi, je ne m'y risquerais pas trop.

Je faisais fi de ses menaces, comprenant qu'il était de toute manière déjà trop tard pour reculer et qu'il valait mieux que j'en apprenne plus. Jamais je n'avais entendu nulle part parler des prisons d'Arès... Iphiclès parut lire dans mes réflexions.

-Les prisons de mon maître sont celles dans lesquelles les dieux jetaient autrefois les renégats dont ils ne voulaient plus. Le dieu de la guerre choisissait deux geôliers parmi ces berserkers les plus puissants, mais qui ne seraient pas trop indispensables en même temps, et les laissaient s'occuper d'administrer ces couloirs souterrains qui se trouvent sous l'île d'Azura.

"En temps qu'empereur, évidemment, je n'aurais jamais eu à y vivre ni même à m'y rendre car tout ceci était indigne de moi seulement, j'ai commis une erreur fatale qui a brisé mon existence de façon irrémédiable. Écoute bien, car je ne te raconterai pas deux fois mon histoire et tu devras l'emporter avec toi dans le tombe.

Un bref silence entrecoupa son discours et il inspira profondément alors que j'étais suspendu à ses lèvres, trop intrigué par ce qu'il m'expliquait. Il s'agissait d'informations capitales dont Athéna aurait peut-être besoin et que je devrais lui transmettre.

Maintenant, je saisissais enfin d'ou provenait les traînées noires qui parcouraient sa cuirasse, ces traces de rouilles, cette façon de parler si fort alors qu'il se tenait à quelques pas de moi... tout cela était dû aux prisons ou il avait vécu pendant si longtemps. Il en avait gardé des traces et certaines habitudes.

-Nous venions de terminer une guerre mythologique, et je m'apprêtais à recevoir ma seconde couronne de myrrhe, quand tout cela s'est produit. Cela allait être ma troisième consécration au service d'Arès et comme d'habitude, j'étais en centre de toutes les conversations. Je confirmais une nouvelle fois ma légende et j'avais été prodigieux. Seulement... il y a une chose que mon empereur n'a jamais su à propos de moi et que je dois bien m'avouer à moi-même car la lucidité permet toujours de triompher. Je change quelque peu de personnalité lorsque je me trouve en face d'un puissant ennemi, comme toi par exemple Aquarius... me comprends-tu?

"Je ne suis plus le même, sur un champs de bataille. Je ne sais pas d'ou cela vient, s'il s'agit de l'excitation du combat, de l'envie de vaincre, mais je n'ai plus conscience de rien autour de moi, je suis alors comme... possédé par un esprit qui serait mien tout en étant différent.

Il s'interrompit quelques instants et je ne pus m'empêcher de penser ce qu'il n'arrivait pas à prononcer.

Il devenait fou. Il était fou.

J'en avais eu la preuve précédemment, et son regard brillant me le démontrait une nouvelle fois.

-Je suis sorti du temple de l'empereur ou nous fêtions dignement notre victoire, car je me rendais compte que je commençais à ne plus arriver à maîtriser mes accès de fureur. Cela ne m'arrivait plus uniquement que pendant une guerre, mais partout, à n'importe quel instant, je pouvais en être victime... j'étais incontrôlable.

"Et j'en fus victime, cette nuit-là, et c'est pour cela que je suis parti de la salle quelques instants pour me reprendre, mais le destin en avait décidé autrement.

"J'ai rencontré la sur jumelle d'Arès... alors que je n'étais pas dans mon état le plus normale, devrais-je préciser. D'ordinaire, je l'aurais simplement salué avec déférence, car il s'agissait d'une déesse, mais là, j'ai été comme poussé par un instinct plus fort que la raison et j'ai tenté de l'agresser, si tu me suis bien. De lui faire violence.

"J'étais extrêmement puissant, littéralement invincible pour mes adversaires, y compris pour la déesse de la Discorde, la sur d'Arès, et ce, malgré son palmarès, ses exploits plus que méritants sur les champs de bataille. Elle avait, par exemple, à maintes et maintes reprises combattus le déesse de la justice, Dikè, qui accompagnait autrefois toujours Athéna et qui est maintenant représentée par son bouclier puisqu'elle se trouve... enfin, bref... elle n'a pas réussi à se débattre et à me frapper avec la violence nécessaire pour que j'arrête. Mais quelqu'un d'autre est arrivé, l'un des deux fidèles serviteurs d'Arès dont la force et l'énergie était telle que je ne suis pas même digne de m'y comparer.

Ce dieu s'est précipité au secours de la déesse et là, j'ai été pour la première fois de mon existence, en position de faiblesse.

"Évidemment, il m'a ramené auprès d'Arès, après m'avoir battu autant qu'il le pouvait, et mon maître est devenu fou de rage. Il aurait voulu me tuer de ses propres mains, mais sa sur lui a expliqué qu'un long châtiment dont je ressortirais complètement transformé serait sans doute la meilleure des solutions.

"Et voilà comment, moi, l'empereur Iphiclès, j'ai terminé dans les prisons d'Arès. Ce dernier et sa jumelle songeaient que cela arrêteraient mes crises de folies et qu'ils pourraient récupérer le guerrier d'autrefois et je l'ai moins aussi longtemps cru. Mais je n'ai pas supporté d'être enfermé dans une cellule ou l'on n'arrivait rien à distinguer. Tu ne peux pas t'imaginer ce que cela fait d'être entre quatre murs de pierres indestructibles et de ne rien faire, du matin au soir... c'est insupportable, invivable.

"En prison, j'étais en permanence dans l'état ou je suis actuellement, seulement, j'ai appris à simuler depuis, à camoufler ce que je suis réellement et je ne me ferais pas prendre une deuxième fois, je te le garantis.

"Aujourd'hui même, Arès a décidé de me faire sortir et de me donner une Seconde Chance. Et je peux te garantir que je vais la saisir. Seulement, j'ai un délai à respecter pour lui ramener ta tête et je dois venir à bout de toi le plus rapidement possible, alors en garde, Camus!

Position de parade. Je l'adoptais immédiatement alors que mes réflexions se bousculaient à vive allure dans mon esprit. Qui était donc la sur jumelle d'Arès et surtout qui avait eu la force pour réussir à ramener à la raison, si j'osais employer une telle expression évidemment, un homme tel que celui que j'avais à combattre? J'aurais tout donné en cet instant pour connaître son secret.

La déesse de la Discorde avait-il dis si je ne me trompais point... une question s'imposa alors immédiatement à moi. Mais ou était-elle maintenant?

Je n'eus pas le temps de poursuivre mes réflexions car je sentais mon corps trembler sous l'effet de l'attaque qu'il m'avait envoyé et essayais de reprendre une respiration moins saccadée et qui ne me soulèverait pas la poitrine en de longs sifflements rauques comme c'était le cas actuellement.

Mon adversaire partit d'un rire cascadant qui me donna la chair de pouls alors que je sentais que nos jouions nos dernières minutes d'affrontement. Il était un empereur, et n'avait de plus qu'un certain temps devant lui, j'étais moi-même un chevalier d'Or et je n'avais pas pour habitude d'éterniser mes combats. Il fallait que je tente de le tout pour le tout, quitte à y laisser ma vie, et c'était maintenant ou jamais.

J'espérais intérieurement qu'il utilise la même attaque que précédemment, car j'aurais pu l'éviter plus facilement, bien que je n'étais pas aussi catégorique sur ce fait, qu'une autre, mais il exécutait sous mes yeux des gestes différents et beaucoup plus rapides.

-Je t'ai tout à l'heure parler des prisons d'Arès... et bien je vais te permettre d'y goûter, et tu me diras ce que tu en as pensé quand tu en ressortiras... dans plusieurs milliers d'années!

Il me lança un sourire étincelant... aussi étincelant que l'épée d'Orichalque que j'avais soigneusement mis à l'abri des regards, comme une dernière botte secrète à utiliser uniquement en cas d'extrême urgence, depuis que je l'avais reçue de l'armure de Dohko.

Cela me laissait peut-être une chance... cela et mes cercueils de glace éternelle. Il parlait sans cesse de prison et bien il allait voir puisqu'il en voulait une.

J'avais beau savoir qu'il était capable de terrasser plusieurs chevaliers d'or en même temps, je ne devais pas me laisser impressionner. Cela s'était passé pour lui il y avait de cela des siècles et des siècles et il avait perdu sa puissance de l'époque, et si je ne lui laissais pas le temps de la retrouver, alors, j'aurais peut-être encore une chance de survie.

Et puis, je n'étais pas n'importe qui, je ne pouvais pas me laisser abattre, après toutes les batailles que j'avais menées, par un simple berserker qu'Arès lui-même avait rejeté. Car Iphiclès n'était rien de plus qu'un prisonnier échappé que son maître s'empresserait de remettre au cachot dès qu'il aurait accompli sa mission, cela ne faisait aucun doute si je m'en référais à toutes les histoires que l'on racontait sur le compte de cet empereur maléfique. Une idée plus que lumineuse me traversa alors soudainement l'esprit... jouer sur cette corde serait peut-être un soutien ou une solution.

-En prison, dis-tu? répliquai-je, alors que les traits de mon visage restaient comme figés.

Je n'avais pas pour habitude de laisser transparaître mes émotions, encore moins sur un champs de bataille que partout ailleurs.

-Comme cela tu me tiendras compagnie, Iphiclès, car j'espère que tu devines que c'est là-bas que tu vas finir? déclarai-je de la voix calme et monocorde qui m'était coutumière.

Mon ennemi me dévisagea sans sembler comprendre un traître mot de ce que je disais. Ses yeux se troublèrent et il secoua la tête avec ironie.

-J'espère que tu ne comptes pas sauver ton existence de cette manière, Camus, car les paroles n'influent pas sur moi. J'ai confiance en mon maître, et je sais qu'il me gardera dans ses troupes à partir d'aujourd'hui.

-Et comment le sais-tu? Comment peux-tu être certain qu'il ne t'a pas menti? Ta belle assurance n'a aucune raison d'être et si j'étais à ta place, je me demanderais la manière dont Arès réagirait lorsqu'il apprendra que l'emprisonnement n'a rien fait à mon cas...

Le visage d'Iphiclès se tordit en un rictus compulsif alors qu'il relevait les coins de sa bouche en une lente grimace de dégoût.

Pensait-il que j'avais raison? Non, il était trop rusé et son expérience de guerrier était trop incroyable pour qu'il se laisse convaincre ou détourner de sa voie par un discours. Cependant, j'avais essayé, et c'était le principal. J'aurais tout de même du me douter que cela n'aurait pas de prise sur lui.

Je songeais soudainement à autre chose.

Avait-il vu mon épée d'orichalque?

Non, car autrement, il m'en aurait parlé, du moins je le supposais, car personne ne restait indifférent face à ces armes hors du commun que nos adversaires nous enviaient toujours.

C'était peut-être là une chance inespérée et que je me devais de saisir.

"Athéna, murmurais-je dans mon esprit, vous arriverez à vaincre Arès, je vous le jure. Et je vous promets de contribuer à cette victoire."

Était-ce une sorte d'adieu que ce message télépathique que je lui envoyais? Seul le destin pouvait me le dire, mais j'entrevoyais déjà l'issu de cet affrontement incroyable.

Iphiclès poussa un hurlement de guerre qui me fit agrandir les yeux d'effroi et se précipita sur moi, comme un félin bondissant sur sa proie qu'il savait en position de faiblesse. Plutôt que de reculer, ce qui aurait été mon premier instinct, je choisis de m'élancer dans sa direction et de le contrer en face à face, lui offrant le corps à corps dont tout berserker rêvait.

Il allait mourir. Sa vie ne dépendait que de moi, c'était ce que je devais me répéter indéfiniment. J'allais vaincre. Cela ne faisait aucun doute car j'était tout bonnement un chevalier d'or.

J'avais calé mon épée dans le dos de mon armure, si bien que l'empereur déchu ne pouvait nullement deviner sa présence. Je sentais pourtant les vibrations qui émanait d'elle alors qu'Iphiclès me saisit par le coup pour m'étrangler.

J'étais beaucoup plus éprouvé que lui à cause du "Greatest Release" et c'était malheureusement mon désavantage.

J'attrapais ses deux bras qui me serraient la nuque jusqu'à faire bleuir la peau de mon visage car il m'étouffait et commençait à les lui geler. A peine avais-je posé le bout de mes doigts sur sa peau que déjà, la glace apparaissait et remontait jusqu'à son coude. La pression autour de ma nuque devenait moins forte, alors qu'Iphiclès se courbait quelques secondes en arrière sous l'effet de la douleur et que j'en profitais pour exécuter un salto arrière et me dégager de son étreinte mortelle.

Mon adversaire se concentra quelques secondes et secoua la tête.

-Bravo! Mais tu vas me le payer!

Il essaya de faire sauter l'épaisse couche de glace que j'avais créée dans un ultime soubresaut de rage et cette fois-ci, se fut moi qui me permit d'adopter une expression ironique, et cependant toujours détachée.

-Personnellement, je te le déconseille, Iphiclès... il ne s'agit pas de poussières de diamant ou de mur de glace, en ce cas, et si jamais tu parvenais à briser la glace, tes bras partiraient en mille éclats de verre. Tu es pris au piège, toi qui te vantais d'être invincible.

Iphiclès me jeta un regard meurtrier, alors qu'une immense mèche de ses cheveux blonds vint lui barrer le front.

-Car tu crois que cela va m'arrêter? Tu plaisantes? J'ai déjà combattu avec des armes dans le corps, alors ce n'est pas le fait de ne pas pouvoir me servir de mes deux bras qui me fera stopper ce que j'ai commencé... et compte bien terminer.

-A ta guise, mais sache que même si je venais à mourir, jamais rien ne te rendrait tes membres. Ils seront à jamais prisonnier de mon attaque, comme tu l'étais autrefois des prisons d'Arès.

Visiblement, il n'arrivait pas à se remettre de ce que je lui avais réservé. Il tentait d'assimiler le fait que quoi qu'il fasse à présent, j'emporterais une partie de lui avec moi dans ma tombe, si je venais à mourir évidemment, ce qui était encore loin d'être fait.

-Je ne pensais pas que tu étais capable de cela, murmura-t-il entre ses dents. Je ne le pensais pas et pourtant...

Nous étions à égalité maintenant. J'avais beau être agité de tremblements convulsifs, je savais que j'avais encore toutes mes chances de vaincre, car mon handicap était moins important que le sien.

Bien que je sentais que je tenais sur pieds par miracle car plusieurs de mes os étaient brisés. Je les sentais même se déloger de temps à autre et mon genoux était d'ailleurs entrain de se décaler sur le côté, ce qui m'aurait arraché des hurlements de douleur si je n'avais pas été si concentré sur les minutes qui allaient suivre.Iphiclès rejeta sa chevelure en arrière en un mouvement que je lui avais déjà vu faire.

Je levais alors ma main droite au dessus de ma tête pendant qu'il s'arc-boutait sur ses jambes en concentrant son cosmos autour de lui. Pour ma part, je faisais diminuer la température et glaçais les étendues du marais pour avoir un appuie solide. Car Iphiclès avait l'habitude du domaine d'Azura, et moi pas.

J'avais été si rapide à former un sol dur et à me hisser dessus que mon adversaire ne le vit qu'à retardement. Et je remarquais alors dans ses yeux, qu'il me haïssait. Il me détestait pour toutes les remarques que je lui avais rétorquées, pour le simple fait que j'étais un chevalier d'or et d'Athéna et surtout parce que je doutais de ses capacités et de son avenir s'il était le survivant de notre combat.

Iphiclès prit une profonde inspiration et je retenais mon souffle pendant que le temps suspendait son vol, pour lancer mon attaque une fraction de seconde avant lui.

-Infernal Jails! hurla-t-il à l'instant même ou je lui répliquais

-Eternal Ice Coffin!

Nos attaques se rencontrèrent mais étaient d'une telle puissance qu'elles ne réussirent pas à s'arrêter l'une l'autre. Je n'avais pas le temps de savoir si j'avais été touché ou nom par la vague déferlante d'énergie qu'il m'avait envoyée et en moins d'une fraction de seconde je bondis en l'air, me retrouvant à sa hauteur car il avait évité mon coup.

Et là, je sortis mon épée de l'endroit ou je l'avais intercalée, je la brandis au dessus de moi sous les yeux écarquillés d'Iphiclès et je fendis l'air avec, le décapitant du même coup net et précis.

Je n'ai pas entendu son dernière éclat de voix, je n'ai pas vu son corps coupé en deux retomber dans l'eau, je n'ai pas senti l'instant ou je me suis écrasé avec fracas contre le sol.

Je n'avais pas eu le temps d'éviter son coup car j'avais du me concentrer sur les miens et en agissant de cette façon, j'avais fait un choix. Un choix que je ne regrettais nullement.

Même si à présent, j'étais bel et bien dans une prison sans issue.

Je venais de perdre tous mes sens.

14ième partie


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