Saga d'Arès

Episode 14: Le Prince des Illusions

© 2001 by Saori

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Shaka

Le temple de l'empereur se dressait enfin devant nous. Athéna, Saga et moi-même le regardions aux pieds des immenses et hautes marches de marbre qui menaient jusqu'à l'entrée.

Nous avions le souffle court, notamment à cause de notre course au travers des ravins, ou nous n'avions pas même pris une seconde pour respirer, mais aussi car le monument était un émerveillement.

La construction était, contre toute attente, gracieuse et l'immense bâtiment était pourvu d'une coupole de verre que l'on pouvait admirer de l'extérieur tant elle était haute. Des colonnes aux gravures que j'identifiais sans peine comme étant originaires de mon pays soutenaient le toit et je remarquais que les portes étaient lourdes d'ornements, faits à la feuille d'Or, représentant de façon minutieuse et détaillée certains exploits de nos légendes hindous.

Tout reflétait à la fois le charme vétuste et aérien des temples mythologiques et en même temps le style plus chargé des monument de mon pays.

Je m'étonnais presque de trouver quelque chose d'aussi magnifique dans ce domaine barbare. J'aurais pourtant du savoir que les apparences n'étaient rien et qu'il ne fallait jamais s'y fier.

Cependant, tout ceci n'était nullement ce qu'Arès aurait choisi car on n'arrivait guère à distinguer les célèbres traits de caractère de cette divinité. Je supposais que le dieu de la Guerre avait donc du proposer à ses empereurs de choisirent l'endroit ou ils allaient être abrités car tout dans ce sublime édifice me rappelait celui que je savais maintenant sur cette île. Celui que je connaissais depuis la nuit des temps, et qui m'attendait une nouvelle fois. Et peut-être, ne pouvais-je m'empêcher de penser, pour la dernière fois. Mais je savais parfaitement que ce n'était qu'une utopie, car il était bien différent des autres.

-Je n'aurais jamais imaginé le temple comme cela... commença Saga sans quitter une seconde des yeux l'incroyable construction qui se détachait dans les cieux de plus en plus gris.

Saori ne répondit rien et je voyais sa poitrine se soulever avec difficulté. Elle était à bout de souffle et je devinais son anxiété sous le calme qu'elle tentait de conserver avec réussite. Il émanait pourtant d'elle des vibrations inquiètes que je ne manquais pas de percevoir et qui ne devait pas non plus passer inaperçues au sixième sens du chevalier des Gémeaux. Elle avait peur de nous perdre, je le devinais.

Je la détaillais quelques instants. Sa toge était maculée de boue au niveau de l'ourlet et tout le corps de jeune fille semblait être tendue en avant, comme si elle était prête à tout instant à affronter le pire. Elle avala difficilement sa salive.

J'aurais aimé pouvoir l'accompagner mais je savais qu'à présent, c'était impossible. Pourtant, je n'arrivais pas à me faire à l'idée que je ne serais pas celui qui l'escorterait jusque devant le dieu de la guerre. J'avais déjà accompli cette mission dans les enfers, et je me sentais prêt à la mener à bien de nouveau, mais je comprenais que dans quelques minutes, le temps et l'espace n'existeraient plus pour moi. J'allais retourner à l'essence première, celle que tout homme devait arriver à connaître un jour ou l'autre, s'il s'éveillait aux vérités du monde.

Athéna m'effleura du regard avant d'en faire de même avec le chevalier Gemini.

J'avais maintenant une entière confiance en Saga et je savais qu'il veillerait sur notre déesse mieux que personne. Je m'avouais satisfait qu'il accomplisse ce que j'aurais aimé faire. Je savais qu'il n'hésiterait pas à se sacrifier au nom de celle que nous devions servir maintenant qu'il était redevenu l'homme d'autrefois.

Je les regardais à présent tous les deux alors qu'ils avaient le visage tourné en direction de l'édifice dans lequel nous allions nous engager d'une seconde à l'autre.

C'est alors qu'un éclair nous traversa à tous l'esprit à la même seconde, nous glaçant comme si les doigts de la mort elle-même venait de nous toucher. Ce n'était pas la première fois que nous ressentions cela aujourd'hui, mais à chaque fois, c'était une nouvelle douleur qui venait s'ajouter aux précédentes.

-C'était Camus, murmura Athéna sans vouloir cependant croire à la réalité de ce qu'elle prononçait.

Le chevalier du Verseau avait mené son combat et il venait de vaincre son adversaire... mais à quel prix, ne pouvais-je m'empêcher d'ajouter. Mais ce prix, comme je le disais, nous le connaissions tous, et en comparaison des millions d'existences qui comptaient sur nous, il nous semblait bien léger à payer.

Que représentait la souffrance de quelques hommes si cela permettait aux peuples de la terre de ressortir indemne du fléau qui s'abattait sur eux? Rien. Nous étions des messagers d'espoir, les seuls capables d'accomplir le miracle de détruire le mal à la racine même, et cela ne nous effrayait guère de périr durant les guerres saintes.

Car telle était notre vie, dédiée à la gloire d'Athéna et de la justice. La mort ne nous épouvantait guère car nous avions dépassé le stade de la peur il y avait de cela bien longtemps et certains d'entre nous avaient même connu les enfers pendant des longues années.

Je sentais pourtant que Camus n'était pas mort, mais je devinais que son âme se laissait lentement couler vers le pied des enfers. Aurait-il la force de résister à l'appel de l'au-delà? Oui, je ne pouvais me permettre de douter de lui. Je ne connaissais pas les interrogations et je savais que le chevalier Aquarius, quoi qu'il advienne et même s'il ne le savait lui-même pas encore, résisterait à toutes les épreuves.

J'avais foi en mes compagnons et je savais qu'aucun d'entre eux ne me décevraient.

-Il faut nous presser à présent, déclarai-je. N'oubliez pas que vous devez traverser le temple et me laisser me charger de l'empereur.

Saga eut un mouvement d'hésitation mais je fronçais les sourcils pour lui signifier que je n'entendais pas être contrarié. Je ne pouvais pas lui dire que je connaissais le propriétaire de ce superbe bâtiment depuis toujours mais son sixième devait le lui indiquer. Athéna aussi devait sentir que j'avais quelque chose à accomplir, une mission que je menais à bien depuis des siècles et des siècles et dans laquelle je me savais incapable d'échouer. Quoi qu'il advienne, j'allais sortir vainqueur de cet affrontement, comme je l'avais fait plusieurs fois auparavant.

Le chevalier Gemini prit Athéna par le coude pour me suivre, car j'ouvrais la marche.

C'était moi qu'il devait regarder en premier, car ainsi, il ne ferait plus attention à mon ami et à ma déesse. Il ne verrait plus que moi, et je savais fort bien que pour ma part, je ne verrais plus que lui. Nous serions alors les deux seuls êtres existants et nous allions sortir de ce monde que les humains connaissent. Nous allions accéder à cette sphère supérieure dont il me jugeait l'une des seules personnes dignes d'y entrer.

Derrière moi, Saga et Saori étaient sur leurs gardes, guettant la moindre ombre alors que les immenses battants des portes s'ouvraient devant nous sans même que j'y eusse poser une main. Il m'attendait, cela ne faisait plus aucun doute.

-Je crois qu'il est prêt à nous accueillir, murmura entre ses dents Saga alors qu'il se rapprochait d'Athéna pour être sûr de pouvoir assurer sa protection.

Un frisson me parcourut.

Il était là.

Son aura était si puissante qu'elle imprégnait les murs mêmes de l'immense entrée dans laquelle nous venions de pénétrer. Tout était assez obscur mais dessellait aussi la même élégance qu'à l'extérieur. Il aimait toujours autant ce qu'il prétendait être les richesses ou le luxueux.

Le bruit de mes pas sur le sol couvert de petits éclats de verre colorés qui formaient une mosaïque hindous me fit l'effet de me ramener en arrière, des années et des années avant, à l'époque ou je n'étais encore âgé que de huit ans.

Je secouais la tête pour chasser ce souvenir alors que nous nous avancions dans le clair obscur de la salle. Athéna chuchota quelque chose à l'oreille de Saga mais j'étais si concentré sur l'endroit ou se trouvait l'empereur que je ne pus comprendre.

Il ne chercherait pas à les arrêter. Cela n'avait pas d'importance pour lui, et il était sûrement trop respectueux d'Athéna pour tenter quoi que se soit contre elle. Car elle était une divinité réincarnée sur terre et méritait donc son estime. Quant au gardien de la Troisième Maison du Zodiaque, il le trouverait sans doute indigne de son regard et ne lui adresserait probablement pas la moindre parole ou sinon du bout des lèvres.

Il n'avait jamais compris la nature du cycle des réincarnations, et quelle n'avait pas été ma surprise quand il me l'avait tout bonnement avoué alors que nous étions encore que deux petits garçons. Cela avait été le dernier jour ou il s'était trouvé auprès de moi. Mais en y réfléchissant mieux, je m'étais toujours attendu d'une certaine manière à ce retournement de situation.

Je me rappelle en avoir même discuté avec Dieu, qui m'avait laissé entrevoir, par ces sages paroles, la voie de la vérité sur le compte de celui qui était dorénavant un empereur d'Arès.

Comment en était-il arrivé là? Il me l'expliquerait probablement lorsque je me trouverais en face de lui.

-Ce monument est gigantesque, déclara Saori. Comment savoir par ou se diriger?

Elle tourna sur elle même sous l'oeil attentif de mon compagnon.

Le temple se trouvait être sur plusieurs étages et des escaliers partaient de part et d'autre de l'immense salle. Au rez-de-chaussée les portes rehaussées d'or étaient plus que nombreuses et il suffisait de choisir celle que l'on comptait emprunter.

-Il s'agit de l'architecture d'un temple hindous que j'ai autrefois bien connu, déclarai-je, je vous conseille de passer par les immenses escaliers qui donnent sur le dernier étage, de là, il n'est pas très difficile de trouver la sortie vers les marches extérieures qui vous emmèneront assurément hors de cet édifice. Mais ne vous perdez pas dans la salle de méditation, l'on y voit parfois des scènes plus vraies que nature, qui nous rappelle invariablement l'endroit ou l'on aimerait se rendre. Ne vous laissez pas tromper, car il peut très bien vous faire croire que vous êtes dehors, alors que vous vous trouvez en réalité toujours sur place.

-Comment sais-tu tout cela? m'interrogea Saga en fronçant ses sourcils avec inquiétude.

-Comment oublier l'essence du mal? lui répliquai-je mystérieusement.

-Et comment oublier celle du bien?

Un silence tomba dans la gigantesque pièce ou nous nous tenions tous debout.

La voix avait résonné contre toutes les parois des murs et s'était tue seulement après que les nombreux échos aient cessé.

Il arrivait.

Nous entendions le bruit métallique de ses pas, causé par sa cuirasse, marteler le sol avec lenteur. Comment était-il à présent? Semblable à moi, évidemment, puisque nous étions d'éternels ennemis, condamnés à nous combattre jusqu'à la fin des temps.

J'entendais le bruit de ma propre respiration, tant nous retenions tous notre souffle. Mais je n'avais pas peur, il ne m'avait jamais impressionné. Je l'avais déjà vaincu une fois durant cette existence, et j'allais recommencer aujourd'hui. Il serait l'éternel vaincu et moi, l'éternel vainqueur, car le bien devait triompher du mal, en ce cas du moins car ce n'était malheureusement pas une règle universelle.

Et il apparut.

Il se tenait en haut des marches et nous toisait, je le savais même s'il portait un masque incorporé à son vêtement de protection. Je ne distinguais que ses grands yeux en amande, vert comme l'émeraude et bordés de longs cils bruns. Ce regard... jamais je n'avais pu l'oublier, ni n'avait même chercher à le faire.

Il était moi. Je l'avais aussi cru pour son morale, pour sa façon de voir les choses, je l'avais jugé semblable à ma personne en tout point, mais il n'avait fait que me mentir et me berner. Comme lui seul était capable de le faire. Cependant, de part ma nature divine, je n'avais jamais vraiment été totalement convaincu car toutes les paroles qu'il prononçait avait un arrière-goût de mensonges.

Il me fixait. Moi.

Uniquement moi.

Nous restâmes tous les quatre sans bouger pendant plusieurs secondes qui me parurent se tendre à l'infini, car déjà, le temps s'effaçait de cette pièce ou nous évoluions. Et ce n'était pas une illusion, car malgré tous les pouvoirs qu'il possédait, il n'avait pas de prise sur l'écoulement des secondes.

Nous nous affrontions déjà, du regard du moins et j'avais beau avoir les yeux fermés, je savais que d'ou il était, il devinait mes pensées, même si mon visage restait impassible, il savait ce que j'éprouvais à cet instant.

Il ferma les yeux quelques secondes avant de les rouvrir et nous effleura tour à tour du regard. Quand il en vint à examiner Athéna, je sentis Saga se raidir et mettre un bras devant la princesse, comme pour la protéger de cet être malveillant qui ne soufflait pas mot.

-Déesse Athéna, dit-il de sa voix étouffée par le masque qu'il portait. Vous êtes enfin parvenue à mon temple et votre présence m'honore car je n'ai que bien rarement des invités de votre qualité, ou de qualité tout court. J'ai aussi le plaisir de vous annoncer que vous êtes les premières personnes à avoir atteint le temple d'un empereur et que d'autres, tels que le chevalier de la Balance et la déesse Nikè, ne vont cependant plus tarder. Arès vous avait sous-estimé, je l'avais mis en garde...

Son ton était neutre et monocorde. Il n'avait pas changé car il était toujours calme et posé même si il émanait de lui un certaine excitation car il devait se consumer de ne pas pouvoir commencer son affrontement avec moi immédiatement.

-Comment t'appeles-tu, empereur? interrogea Saga en plissant les yeux pour soutenir la vision de celui qu'il interpellait car il y était contraint.

Sa cuirasse était si rouge, qu'elle faisait mal aux yeux et aveuglait presque, mais l'ambiance tamisée de la pièce permettait malgré tout de le regarder sans trop de dommage. Il avait du tuer des milliers de personnes pour obtenir un tel éclat. A moins, qu'évidemment, il n'est... la réponse m'apparut comme évidente. Il n'était pas ceux qui tuait pour rien ou qui aimait cela. Ce n'était pas son but. Il n'avait qu'un objectif, détourner les hommes de la voie divine.

Le Berserker se détourna de nous et s'orienta vers les escaliers dont il descendit les marches à pas lents. Je me demandais quand allait-il se décider à tomber le masque, dans les deux sens de cette expression que j'avais particulièrement bien choisie.

Tout, dans son attitude, était majestueux, royal, divin. Sa présence remplissait la pièce comme seul quelqu'un de l'essence d'Athéna, de Nikè ou de Poséidon savait le faire. Et comme je le savais moi-même sans pourtant jamais m'y résigner. Car je n'étais pas comme eux, et mon adversaire non plus d'ailleurs, cela n'était pas naturel, nous n'avions pas été touché par une vague du Big Will, par les éclats du cosmos se répandant dans l'univers, et c'est pour cette raison qu'il fallait humblement reconnaître que nous n'étions, finalement, pas à leur mesure.

-Et toi comment te nommes-tu, impertinent chevalier? se força enfin à dire mon ennemi.

Mon compagnon de route esquissa un fugace sourire ironique.

-Saga, chevalier d'Or du signe des Gémeaux.

-Je te connais. Tu es donc revenu pour servir fidèlement Athéna, sage décision que je ne puis qu'approuver.

-Je n'ai nullement besoin de ton approbation ni de tes jugements.

L'empereur sourit et le chevalier Gemini dut le deviner. Saori laissa errer son regard de l'un à l'autre avec appréhension. La force que dégageait notre opposant était phénoménale, exactement comme lorsque nous nous étions quittés, pour cette vie, avais-je alors cru sans songer qu'Arès irait mander ses services.

Car c'était ainsi que cela avait du se passer. L'homme qui se tenait devant moi dans une cuirasse écarlate n'aurait jamais eu lui-même l'idée de s'enrôler dans les armées du dieu de la guerre et ce dernier avait probablement été dans l'obligation de trouver une excellente raison pour que mon adversaire veuille bien se déplacer sur Azura. Et cette raison, c'était moi.

-Comment te nommes-tu? demanda Athéna en réitérant la question à la place de Saga.

-Je suis l'empereur Mara de l'Épi.

Saori se figea subitement. Elle n'avait peut-être pas compris qui était devant nous mais en tout cas, elle semblait remarquer que quelque chose dans ce titre ne concordait nullement avec ceux que donnait habituellement Arès à ses combattants.

Et c'était bien naturel car Mara avait choisi lui-même ce surnom le jour ou il était arrivé devant moi en Inde, alors que je méditais sans bouger depuis plusieurs jours devant la statue du Bouddha. Ainsi, il s'était gardé de changer de patronyme, cela ne m'étonnait guère car il affectionnait trop les provocations qu'il me dédiait.

En effet, l'Épi était l'étoile principale de la Constellation du signe de la Vierge et Athéna ne manqua pas de me le faire remarquer. Mara acquiesça même d'un signe de la tête avant d'ajouter:

-Et voulez-vous que je vous montre autre chose, princesse? Je suis certain que vous ne serez pas déçue par ma surprise...

Saga attira par le poignet Saori à lui alors que je m'avançais d'un pas, déjà prêt à protéger celle que je me devais de défendre. Mais je savais déjà ce que Mara allait faire.

Il porta lentement une main à son visage et enleva l'imposant casque qui retenait jusqu'alors sa chevelure. Ses immenses cheveux bruns et raides se répandirent sur ses épaules et dans son dos, alors que la mèche qui lui couvrait le front retombait devant ce masque qu'il s'apprêtait à enlever. Je ne pus m'empêcher de retenir mon souffle, car à chaque fois que je posais les yeux sur lui, j'avais l'impression qu'il s'agissait du premier jour ou je le découvrais.

Et il l'ôta longuement, pour nous faire patienter. Il le retira ensuite dans un geste ample et gracieux et son visage s'offrit enfin à nous. Saori ne put retenir le cri d'exclamation qui lui montait aux lèvres alors que Saga m'observait derrière un regard incrédule.

-Mais, Shaka, murmura Athéna car elle était sous le coup de la surprise, mais, on dirait que vous êtes jumeaux!

-Pas d'âme, princesse, ni de convictions, répliquai-je.

Mais physiquement, je ne pouvais nier la ressemblance. Nous avions la même stature, la même taille, la même façon gracieuse de se mouvoir, les mêmes traits du visage, la même peau très pâle, les mêmes yeux et les mêmes cheveux, rien ne différait hormis qu'il était brun et moi blond et que si mes yeux avaient la couleur de l'azure, les siens étaient semblables à des émeraudes.

C'était stupéfiant pour qui ne s'y attendait pas et je comprenais les expressions médusées de mes deux compagnons.

-Shaka, aurais-tu un jumeau? me demanda Saga à qui ce genre d'histoire devait très nettement déplaire.

-Non, non, car nous n'avons nullement eu les mêmes parents, répondis-je sans me dépareiller de mon habituelle expression de sérénité.

-Mais nous sommes nés le même jour, la même année, dans la même ville, sauf qu'il est en enfant de midi et moins de minuit... cela est assez parlant tout de même, continua Mara pour compléter mes pensées. Vous ne trouvez pas?

Il prit une profonde inspiration pour continuer à parler, de la même voix que celle que je possédais.

-Le blanc et le Noir, l'eau et le feu, le bien et le mal, nous sommes la dualité de cet univers... l'opposition parfaite. Tu prétendais que celle-ci n'existait pas Shaka, n'est-ce pas?

-Et je le maintiendrais éternellement, rétorquai-je en fixant à présent toute mon attention sur mon adversaire.

-Et pourquoi cela, par esprit de contradiction peut-être? Et tu le sais toi-même fort bien, chevalier de la Vierge, je suis le mal parfait, je n'ai pas une seule parcelle d'humanité ni de compassion en ma personne. Inutile de te mentir plus longtemps.

-L'opposition parfaite as-tu dis? répliquai-je du tac au tac. Elle n'existe pas, Mara, car si tu as la présomption, ou plutôt le folie de te croire parfaitement noir, je sais fort bien que je n'atteints nullement la perfection dans le bien et de par la même, ton opposition entre nous deux en devient alors imparfaite.

Mara leva l'un de ses fins sourcils en un arc ironique.

-Tu reconnaîtrais donc avoir des points communs avec moi? Je ne peux pas y croire, ainsi, Bouddha le trop parfait serait semblable quelque part à ce que je suis...

-Tu sais fort bien que je ne l'ai jamais nié. Et si nous sommes radicalement opposés dans nos opinions et nos actions, tu ne peux toi-même que reconnaître que notre ressemblance est parfois plus que frappante. Je ne te parle pas de nos enveloppes charnelles, bien-sûr, mais de notre vécu, de notre passé. Seule la haine que tu éprouves pour moi t'empêches de regarder clairement l'arbre des Quatre Vérités.

-Parce que tu ne me détestes pas Shaka? Serais-tu au-dessus de ce vil sentiment? ironisa Mara.

-Non, je ne te méprise pas, empereur de l'Épi si c'est ainsi que tu souhaites te faire appeler. Car je te juges indigne de ce sentiment. Tu ne mérites pas même que j'éprouve pour toi autre chose qu'une profonde indifférence et peut-être de la pitié.

Mara eut une expression méprisante avant de poursuivre:

-Et voilà donc que tu te mets à me juger, mais seules les personnes parfaites en ont le droit...

-Oui, continuais-je, et c'est bonnement humain que de juger les autres sans en avoir le droit, mais ne t'ai-je pas avouer être imparfait?

Un silence tomba entre nous. Je venais d'avoir le dernier mot mais je savais que cela n'avait été que les prémices d'une bataille qui ne faisait que commencer.

Je me retournai soudainement vers Saga pour l'avertir:

-Emmène Athéna devant Arès, et ne vous retournez nullement sur votre route. Mara et moi avons trop à faire. Je vous souhaite bonne chance à tous deux et peut-être que nous ne nous reverrons plus jamais.

Mes mots étaient durs et pourtant, je n'hésitais pas sur eux, ni ne butaient sur aucune syllabe. Jamais je n'avais connu le doute et je préférais depuis toujours l'honnêteté à toutes les autres notions. Et de toute manière, même si je n'avais pas pris le temps de les avertir moi-même de ce qui allait se passer, il s'en serait forcément rendu compte.

- Ceci est un discours d'adieu, car il me semble qu'il s'agit de la dernière fois ou je pourrais rencontrer mon éternel adversaire. Ne vous inquiétez pas, princesse, je vous servirai jusqu'au bout fidèlement et je sais que tous ensemble, nous réussirons à terrasser l'empereur maléfique Arès et à enrayer la menace qu'il fait planer sur le monde. Ma vie na que bien peu d'importance comparé au miracle que nous allons accomplir. Jusqu'à la dernière seconde, j'aurais été fier de mettre mon existence au service de la justice. Mais comme je te l'avais dis une fois, Saga, tout doit un jour disparaître et ce jour est venu pour moi. Je le sens.

J'esquissais un sourire que je dédiais à Saori. Je savais qu'elle ne voulait pas me perdre, mais mon destin m'appelait et je ne pouvais pas lutter contre cela.

Saga posa une main sur mon épaule et me fixa quelques instants. Quand nos regards se croisèrent, il ne tarda pas à comprendre qu'il leur fallait partir au plus vite.

-Saga, je compte sur toi. Prend bien soin d'Athéna, ajoutai-je avant de me détourner d'eux.

Plus jamais je n'allais voir leurs visages et plus jamais nous ne nous rencontrerions, dans cette vie du moins...

Mara les effleura du regard avant de revenir à ma personne. Un sourire en coin perçait à la commissure de ses lèvres et de là ou je me trouvais, j'avais l'impression que tout son corps était nerveux, tendu comme la corde d'un arc. Il était sur le qui-vive, car il savait ce qui allait se produire entre nous. Cet affrontement, il l'avait attendu depuis des années, depuis que j'avais réussi à la vaincre une première alors que nous étions encore enfants. Il me suffisait de me replonger dans mon passé pour en revivre chaque instant comme s'il avait été le présent.

* * *

Cela devait faire une année que je me trouvais dans le temple ou j'avais choisi de faire mon entraînement, ou plutôt, ou les dieux m'avaient guidé pour que j'écoute les paroles de lumière qui formeraient plus tard mon âme.

Je passais mes journées à méditer, à réfléchir, à me promener dans les rues de Delhi et à voir les gens vivre. Bien souvent, à cet époque, leur comportement me paraissait inexplicable et je tentais d'élucider les mystères insondables de la nature humaine. Je buvais les paroles de Dieu, qui me parlait pour m'enseigner ce que je ne savais pas, c'était dire comme le sujet était vaste.

Aucune heure ne ressemblait à une autre, et je découvrais en permanence un nouveau sujet d'études, une nouvelle manière de voir les choses, de les sentir...

L'univers était vaste, et j'avais décidé d'en assimiler les Vérités. Je n'étais fermé à rien, tout comme aujourd'hui, toujours prêt à tendre la main si on me la demandait, à venir en aide à une personne en difficulté. Seulement, je me rendais bien souvent compte que les êtres humains avaient trop d'orgueil pour accepter une aide gratuite, qu'il prenait pour de la pitié.

Mais rien ne me décourageait, et je savais que si une, rien qu'une personne acceptait ma sollicitude, alors, tout ce que j'entreprenais serait justifié.

J'avais conscience de mon imperfection, et pourtant, de ma supériorité par rapport aux autres êtres humains. Je ne pensais pas cela par présomption, encore par vanité, mais par lucidité et réalisme. Mais je savais que chaque homme pouvait atteindre le stade ou je me trouvais et qu'il suffisait pour cela de tendre l'oreille aux murmures de Dieu. Cependant, j'étais le seul à le faire, du moins, parmi tout le monde que je connaissais.

Je ne ressentais pas de fierté de mon statut, car je n'étais ni plus ni moins qu'un homme à l'esprit un peu mieux formé, j'étais simplement heureux de ce que je faisais, de me trouver en vie pour comprendre le fonctionnement de l'existence.

Il m'arrivait de sourire en voyant la brise soulever une fleur exotique, pour un fragile miracle de la nature, que je savais menacée à tout instant car l'équilibre du cosmos est bien précaire, pour un rien, aurait préféré dire certains. Je souhaitais ardemment que la pureté de mon âme ne soit jamais altérée et mon mode de vie me convenait parfaitement.

Évidemment, je vivais de façon fort modeste du point de vue de ce que les êtres humains appelle la norme, parmi la communauté religieuse qui m'avait adopté et reconnu comme la réincarnation de Bouddha. Mais je n'avais pas les mêmes idées, les mêmes besoins que les autres, et le fait de pouvoir me lever le matin, d'entendre un enfant rire d'une plaisanterie d'un autre, me suffisait à saisir que les hommes s'aimaient entre eux, du moins certains, et j'avais donc toutes les raisons du monde pour continuer d'avancer sur la route que je m'étais fixé.

J'avais cru, pendant cette année ou je n'étais alors âgé que de deux ans, que rien ne viendrait jamais troubler ma sérénité mais le destin mit rapidement sur ma route un obstacle. Un obstacle du nom de Mara.

Je me souviendrais toujours du jour ou il est arrivé, par une pluie torrentiel car la mousson avait commencé. Il venait de fêter, tout comme moi, son troisième anniversaire, et paraissait minuscule devant les immenses battants de portes qu'il venait de refermer pour mettre une barrière entre lui et le déluge extérieur.

Ses cheveux lui collaient le long de son visage et il avait l'air apeuré. Cela ne me paraissait d'ailleurs nullement étrange car les pluies diluviennes qui provoquaient des inondations cette année là avaient de quoi en effrayer plus d'un, particulièrement un enfant visiblement abandonné, ou tout du moins perdu.

J'étais assis devant la statue représentant Bouddha depuis plusieurs jours et je me suis levé, pour aller à sa rencontre, interrompant ma méditation pour lui venir en aide. Il se dégageait de ce garçon une impression de fragilité qui me touchait et il me lançait, avec ses grands yeux verts semblables aux miens, comme un appel. Il m'implorait de lui venir en aide, et il n'était pas question pour moi de refuser.

Je n'ai pas immédiatement réalisé que nous nous ressemblions comme des jumeaux et même après, j'ai préféré ne prendre cela que pour une coïncidence, du moins au début.

Mais ce jour-là, il était si comparable à un chat mouillé et trempé jusqu'aux os, que je n'y vis que du feu, mais pas lui.

Je me rappelle combien j'ai été choqué lorsqu'il m'apprit six ans plus tard, qu'il avait menti, que son air affolé n'était rien de plus qu'une mascarade, tout comme la maladie qu'il avait simulé pour me faire connaître mes premiers doutes ou encore l'amitié qu'il allait soi-disant me porter. Il pensait me mettre en colère en m'avouant cela, mais il ne faisait qu'attiser ma peine, car, pour ma part, et malgré les doutes que j'avais fondés sur sa personne au bout de quelques mois, je l'avais tout de suite aimé. Plus que comme un ami, comme un frère.

Dès l'instant ou j'avais posé les yeux sur lui, alors que ses vêtements, qui ressemblaient à des loques, lui collaient à la peau et que son teint était cireux au point que j'avais cru qu'il avait attrapé le paludisme, j'avais éprouvé un vif sentiment d'affection à son égard.

Peut-être était-ce parce que j'apercevais le potentiel qu'il avait en lui... Il pouvait devenir comme moi, je le savais, je le ressentais de tout mon être. Il était capable du meilleur... comme du pire.

-Comment t'appelles-tu? demandais-je à celui qui me fixait d'un regard fuyant et floue.

-Tu me vois? Tu n'es pas aveugle? demanda mon interlocuteur alors qu'une pointe d'hystérie transparaissait dans sa voix.

Je secouais la tête pour lui signifier que non.

Dehors, j'entendais la pluie battre contre l'immense porte par laquelle ce jeune garçon était entré. Les bruits des animaux qui luttaient contre la tempête, des êtres humains qui essayaient de trouver un abri me parvenaient aussi aux oreilles. J'allais sortir pour tenter de les aider, mais je devais avant toute chose mettre en sûreté cet agneau égaré qui me demandait de l'aide.

Je choisis de prendre sa main dans la mienne et de le guider vers ma minuscule chambre, dans laquelle je savais qu'il pourrait trouver le repos. Alors que je l'aidais à s'installer rapidement, car l'on avait besoin de moi à l'extérieur, mais avec gentillesse, je répétais mon interrogation sur son identité. Il balbutia d'abord quelque chose et se racla la gorge, comme s'il n'arrivait plus à respirer et qu'il cherchait son souffle.

Il était malade, et cela se voyait, mais je ne pouvais malheureusement pas lui apporter les soins nécessaires. Il aurait eu besoin d'être veillé, d'avoir une personne auprès de lui pour vérifier que tout allait bien, mais je ne pouvais pas être celui-là.

Trop d'existences étaient en danger et il fallait que je fasse un choix, ce qui me paraissait presque impossible et surtout inexcusable. Je ne pouvais me permettre de juger la valeur des existences, et pourquoi celle de ce petit garçon aurait-elle moins valu que celles des personnes qui se noyaient? Évidemment, j'agissais au mieux, du moins je l'espérais, en tentant de sauver un maximum de personnes.

C'était l'une des premières leçons que me donnaient la vie.

On ne peut pas toujours aider tout le monde. Et cela me révoltait. Je ne voulais pas faire simplement ce qui me semblait juste, je ne voulais pas aider seulement quelques personnes. Je voulais secourir tout le monde. Voilà ce que je souhaitais, et que je ne pouvais pas avoir.

J'étais déchiré entre les réalités de l'existence, je ne pouvais pas être décemment en plusieurs endroits à la fois car je ne possédais pas de don d'ubiquité, et mes utopies et autres désirs. Et un intense sentiment de culpabilité m'envahissait. A quoi cela servait-il de bénéficier des enseignements de Dieu, si l'on ne pouvait pas réussir à aider chacun?

-Je ne mourrais pas, mon ami, je te le promets. Tu peux t'absenter sans crainte et tu sais, les choix sont nécessaires puisque ce sont eux qui gouvernent le monde. Par une décision, on peut changer le cours des choses, de notre histoire et de celle des hommes, le tout est de prendre la bonne route et toi, tu sais fort bien que tu es incapable de te tromper...

Je sursautais. Il lisait dans mes pensées, comme je le faisais parfois avec certaines personnes troublées.

Qui était-il?

Et son visage ne m'était pas totalement inconnu... Il se dégageait de tout son être comme une aura, que je crus au début semblable à la mienne. Non, ce garçon n'était pas ordinaire.

D'ou venait-il?

Que faisait-il ici?

Qui était-il?

-Je m'appelle Mara. Mara de l'Épi.

* * *

-Alors Shaka, je suppose que tu te replongeais dans de vieux souvenirs?

La voix du petit garçon, maintenant devenu homme, me rappela au présent.

Nous en étions au même point finalement, ce qui prouve bien que parfois, le temps n'arrange pas les situations. Et puis, nous n'avions pas changé, ni l'un ni l'autre. Nous étions simplement plus détachés par rapport aux hommes que je protégeais, et qu'il désirait détruire...

Je soupirais longuement. Non, il ne se trouvait pas dans les troupes d'Arès pour les mêmes raisons que les autres berserkers. Mara détestait les souffrances inutiles et annihiler le genre humain n'avait jamais été son but. Il se réincarnait sur terre dans un seul objectif, faire vaciller la foi des humains.

-Et bien, faisons tomber les masques, chevalier de la Vierge et si tu me laisses t'appeler Sakyamuni tu pourras me nommer par mon véritable titre...

Mara éclata de rire comme au temps de notre enfance et s'abîma en une gracieuse et ironique révérence.

-Le prince des illusions...

-Le prince des illusions, répétais-je entre mes dents alors que la salle commençait à disparaître autour de nous.

Le néant commençait à envahir la pièce et des planètes se profilaient autour de nous. Je n'y prêtais guère attention, car je savais ce qui se passait. J'unissais même, pour la première et la dernière fois durant ce combat, mon cosmos à celui de mon ennemi pour que nous puissions atteindre l'endroit ou nous désirions nous rendre. Et il nous fallait pour cela traverser à la vitesse de la lumière une multitude de dimensions.

Si nous étions restés dans le temple d'Azura, nous aurions été une menace pour le genre humain, tant l'envergure de notre combat allait être divin.

Nous avions donc choisi un lieu auquel nous avions tous les deux accès. Un lieu neutre. Ce lieu ou nous étions déjà venus une fois auparavant et ou nous n'avions pas terminé notre combat car j'avais fait preuve de clémence à son égard. J'avais cru qu'il pourrait changer, parce qu'en plus d'être un dieu, il était aussi homme et que de par cette nature, il pouvait connaître le repentir.

J'avais su que je commettais une erreur au moment même ou j'avais pris cette décision. Je l'avais su et pourtant, je l'avais fait. Et plutôt que de m'être reconnaissant de lui avoir donné une seconde chance, il ne m'en avait que plus haï, je pouvais maintenant le constater en voyant les traits contractés de son visage.

Mes cheveux voletaient autour de moi et je plissais avec insistance mes paupières tant notre vitesse était hallucinante. Seuls des êtres comme nous étions capables d'un tel miracle, d'aller dans le lieu qui servirait de théâtre à notre affrontement.

-Et voici, déclara Mara en élevant ses mains au-dessus de sa tête et en entourant l'endroit d'un large mouvement, voici notre terre Shaka, celle des dieux!!

Il tourna sur lui-même me montrant quelques instants son dos sans la moindre crainte que je ne l'attaque par surprise. Il connaissait ma loyauté au combat, pour y avoir déjà eu affaire une première fois, après avoir passer cinq années auprès de moi.

* * *

Le temple dans lequel je vivais était extrêmement silencieux car souvent vide, particulièrement la nuit, ou j'étais le seul debout. Je ne mesurais généralement pas le temps, alors que j'atteignais les limites d'un paradis ou contraintes et souffrances physiques comme morales n'existaient plus. Le Nirvana... si peu d'hommes pouvaient prétendre l'avoir connu, et pourtant, malgré mon jeune âge, je faisais parti de ceux-là.

Pour pénétrer dans cet endroit mystique, encore fallait-il n'avoir pas la moindre mauvaises pensée, atteindre une perfection que les êtres humains croyaient inverse à leur nature. Je savais que leur thèse était fausse, puisque j'étais la preuve éclatante du contraire.

Cependant, je n'étais pas au courant d'une chose, je croyais que seuls les êtres purs et sans défauts pouvaient avoir accès à ce paradis et pourtant, une personne impure pouvait si élever, simplement car elle était de nature divine et supérieure et ne risquait pas de basculer dans l'enfer malgré sa sombre âme. Cette personne, je la voyais chaque jour, je croisais sa route, lui souriais, discutais, dispensais mon savoir auprès d'elle... et je me rendais bien compte que quelque chose n'allait pas.

Je n'étais pas un être omniscient, car je n'étais que l'avatar de Bouddha et je possédais pour l'instant une enveloppe charnelle qui représentait une contrainte purement physique, et c'est pourquoi je ne réalisais pas vraiment qui était Mara. J'avais bien de curieux sentiments de temps à autre à son égard, un peu comme si il n'était pas celui qu'il prétendait, ce en quoi je n'avais guère tort.

Et puis, je n'avais jamais cessé de parler avec Dieu depuis ma naissance, et plusieurs fois je lui avais posé des interrogations à propos du petit garçon que j'avais recueilli il y avait de cela plusieurs années.

Les réponses, m'avait-Il répliqué, se trouvait uniquement en moi et Il n'était pas apte à me les fournir.

Je n'avais pas immédiatement compris ce refus de converser avec moi d'un sujet qui me tenait à coeur. Et ce ne fut qu'après que j'analysais le sens de ses paroles. Il n'avait le droit de ne rien me révéler car Mara était mon éternel ennemi et moi seul était capable de le démasquer et de le vaincre.

Nous avions toujours tout partagé et bien souvent les prêtes du temple nous voyaient comme indissociables... Shaka et Mara, les éternels complices, les êtres les plus proches de Dieu. Dans mon cas, il s'agissait de la stricte vérité, mais dans celui de Mara, cela relevait de l'impossible, tout d'abord car il possédait une âme bien trop sombre et ensuite, parce qu'il était un dieu de la religion hindous.

C'est en le voyant une nuit, assis près de la fontaine qui se situait dans la cour intérieure du monument dans lequel nous évoluions que j'ai compris ce qu'il faisait près de moi. Il ne m'avait jamais quitté au fur et à mesure de mes réincarnations, il avait toujours été à mes côtés, chaque fois plus présent, plus pernicieux. Et moi, je n'avais rien vu.

Mais en le découvrant se retourner lentement vers moi et me sourire, différemment d'à son habitude, j'ai compris qu'il était mon épreuve.

A cette époque mon entraînement touchait à sa fin et j'étais parvenu à m'élever à une conscience quasi divine. Je savais que j'allais revêtir l'armure de la Vierge pour servir et défendre l'humanité mais qu'avant cela, il me faudrait mériter ce vêtement de protection. Les combattants d'Athéna devaient toujours faire l'impossible pour devenir ses chevaliers, et plus encore lorsqu'ils voulaient rentrer dans la caste de l'or, à laquelle j'appartenais sans nulle doute.

Depuis les temps immémoriaux, un être avait toujours essayé de me barrer la route, tentant vainement de me retenir et de me détourner de ma destinée à laquelle j'étais pourtant fidèle.

Bouddha avait eu à combattre spirituellement Mara, dit le Prince des Illusions.

Il s'était assis un jour, sous les arbres de Twin Sal pour atteindre le Nirvana. Durant des décennies il avait du rester immobile, impassible, se rapprochant chaque jour un peu plus de son objectif final, réfléchissant à la nature des hommes et à la sienne et devenant toujours meilleur. Bouddha avait décidé de tracer sa voie seule et il y parvenait. Il était homme mais cela ne l'empêchait pas d'atteindre l'essence divine.

Et c'est ce qui appela Mara à sortir de son sommeil millénaire. Il était une divinité hindous, réputée par être le fléau des hommes. Il n'aimait pas la violence et ne frappait que pour punir. Sa manière de s'en prendre aux humains était toute différente, oui, il préférait les détourner de la voie qu'ils s'étaient fixés en leur montrant des mirages auxquels ils ne pouvaient résister. Cela renforçait l'image de faiblesse que Mara avait des hommes et il ne discernait pas la moindre raison de s'arrêter. Il ne souhaitait pas que les peuples du monde deviennent des dieux, comparables à lui, il les en jugeait indignes et faisait l'impossible pour retenir dans le monde des sentiments ceux qui commençaient à s'élever aux sens divins.

Et Bouddha avait fait parti de ceux-là.

La légende racontait qu'alors que Bouddha allait atteindre le sommet de sa méditation, Mara intervint en l'assaillant d'illusions machiavéliques, toutes plus terrifiantes les unes que les autres et le plongeant tour à tour dans des mondes sordides, macabres et sanguinaires.

Les hurlements résonnant à ses oreilles, les voix déchirantes l'appelant à l'aide, les créatures du prince des illusions l'attaquant sans lui laisser le moindre répit, tout cela, je n'avais fait que me l'imaginer sans savoir qu'un jour, je devrais les affronter de nouveau.

En tant que réincarnation d'un homme élevé aux sens divins, je me souvenais de mes vies passées, vaguement parfois car je ne possédais pas le sens ultime, le Big Will. Mais ces bribes de mémoire me suffisaient généralement lorsque je rencontrais un élément de mes passées... comme il aurait pu sembler étrange à tout autre que moi de parler ainsi...

Jamais Bouddha n'ouvrit les yeux alors que des cauchemars se répandaient autour de lui comme les feuilles d'un arbre à l'automne. Jamais il ne se détourna de la voie qu'il devait suivre. Jamais il ne perdit sa sérénité ni sa stabilité et c'est ainsi qu'il arriva à bout de Mara. Et c'est de cette façon qu'il réussit à pénétrer dans le Nirvana.

Mais ce ne fut pas le dernier affrontement entre le prince des illusions et moi-même, non, dans chaque existence il revenait s'acharner contre moi, acceptant sa défaite de moins en moins bien et devenant de plus en plus fort alors que les vies s'écoulaient et que nous ne changions jamais car nous n'avions plus, ni l'un ni l'autre, à évoluer.

Je me trouvais dans la cour du temple quand tout commença.

Mara me dévisagea longuement, avec cette flamme aux fond des yeux, cette lueur d'excitation et d'impatience car il n'y tenait plus. Un souffle de vent agita la végétation qui poussait autour de nous, soulevant nos cheveux et y déposant quelques pétales de fleurs envolés des arbres qui se trouvaient dans le cour. Mara...

Étrangement, j'en avais fait mon ami durant cette existence, et je m'étais attaché à sa personne car il m'avait berné.

Il m'avait répondu lumière là ou je voulais voir de la clarté, et j'avais chassé l'ombre là ou il désirait voir des flots lumineux. Il avait suivi les mêmes enseignements que moi, avait mangé à ma table, avait ri des mêmes sujets, s'était peiné pour les mêmes personnes... Nous nous étions complétés en parfaite harmonie, et peut-être, du moins en avais-je la prétention, avait-il hésité cette fois-ci, à tenter de venir à bout de moi.

Car il ne fallait pas oublier que Mara se trouvait dans un corps humain, dans l'enveloppe charnelle d'un petit garçon qui éprouvait de l'affection pour celui qu'il devait assassiner, non pas physiquement mais psychiquement.

J'avais finalement, sans vraiment vouloir me l'avouer, toujours su qui était cet enfant abandonné que j'avais recueilli par une journée de tempête. Et c'est pour cela que je m'étais montré toujours plus accessible avec lui qu'avec n'importe qui d'autre. Non pas parce que j'avais une quelconque préférence envers sa personne, mais car je songeais qu'il pouvait changer et que tout n'était peut-être pas perdu. Avais-je tort en raisonnant de cette manière? Non, car cela prouvait que j'étais Shaka, que je restais l'homme le plus proche des dieux et que même ces derniers étaient capables de commettre des erreurs, moi plus que tout autre.

Mais rien n'avait modifié le destin, car il n'est pas si aisé de transformer l'ordre établi depuis des siècles et des siècles. Mais j'avais essayé, et je n'avais donc rien à me reprocher. Je n'étais pas responsable de l'attitude de Mara, ni de son désir d'éloigner les hommes de leur véritable route.

Et pourtant, je me souviens très bien que j'avais vécu cet affrontement comme un échec car je n'avais pas réussi à le ramener à la raison.

Nous nous étions battus au milieu de cette cour intérieure ou nous avions grandi. Les éclats de notre esprit avaient sans doute alerté tous les prêtres vivants dans le monastère près du temple, mais aucun n'était sorti pour se glisser dans cette éternelle bataille ou ils n'avaient pas à agir.

Il n'y avait eu aucun coup, je n'avais hérité d'aucun bleu, d'aucune douleur, pas même de la moindre petite égratignure et pourtant, j'avais failli mourir.

Je me revois à genoux, courbé en avant, mes cheveux blonds glissant par-dessus mes épaules alors que je fixais de mes paupières closes le sol, tentant de reprendre mon souffle. Ma poitrine se soulevait en mouvements convulsifs alors que j'étais de nouveau seul. J'avalais difficilement ma salive et essayais de savoir ou je me trouvais exactement.

Il avait disparu.

C'était la seule chose dont j'avais véritablement conscience. Nous nous étions combattus à coups d'esprit, ne faisant aucune pitié à l'égard de l'autre, même si au moment de l'achever je lui avais ordonné de s'enfuir, comme le lâche qu'il était. Quelle erreur n'avais-je pas commis là...

J'étais resté hors du temple toute la fin de la nuit, puis toute la journée suivante et enfin encore une nuit entière. Je n'avais plus conscience du temps et il fallait que je réalise que je n'étais plus dans l'une des terrifiantes illusions de mon pire ennemi. J'étais alors jeune, et mes pouvoirs ne me permettaient pas d'avoir la même endurance qu'aujourd'hui.

Et puis, je m'étais mis debout, alors que le soleil se levait de nouveau sur l'Inde. Personne n'était venue me déranger durant ces jours ou j'étais resté courbé sans rien dire, assumant avec difficulté le fait d'avoir perdu une âme qui aurait pu être la pureté même et qui avait viré au noir de jais.

Et j'étais allé la chercher. Au fond du Gange, de ce fleuve putride ou les gens se baignaient, en cette attitude que j'avais mis temps de temps à assimiler et qui m'avait fait pleurer pour le genre humain.

Mon armure du signe de la Vierge.

J'étais devenu un chevalier d'Or au terme de mon affrontement avec Mara.

* * *

Je me figeais.

Mara ne bougeait plus devant moi, pas plus que je n'esquissais le moindre mouvement, attendant de voir quelle initiative il allait prendre.

Tous ces souvenirs m'étaient revenus soudainement, car longtemps, j'avais préféré les ranger soigneusement au fond de ma mémoire, attendant le jour ou je serais dans l'obligation de les regarder de nouveau en face. J'avais toujours su qu'il reviendrait, car ses intentions étaient aisées à deviner.

Mais j'avais espéré que cela ne se passerait pas au cours d'une guerre sainte. D'ailleurs, jamais je n'y avais songé... Le prince des illusions au service d'Arès. Non, même dans mes pires cauchemars, cette hypothèse ne m'avait pas effleuré.

Dans notre dernière bataille, j'avais été le seul enjeu, mais maintenant, l'envergure que prenait cet affrontement était très supérieure à celui que nous nous étions autrefois livrés. Le sort de la Terre était en partie entre mes mains, tout comme en celles de mes autres compagnons, qui me croyaient probablement disparu car mon cosmos avait quitté la surface de la terre.

D'ailleurs, mon enveloppe charnelle était morte et quiconque aurait pénétré dans le Temple de l'empereur de l'Épi et aurait pris mon pouls, n'aurait pu faire autrement que de constater mon décès.

La seule condition pour que mes poumons se remplissent à nouveau d'air, pour que mon coeur reprennent ses battements, était que je tue Mara et que mon esprit se retire de ce plan astral ou nous n'étions plus que deux âmes.

Pourtant, nous nous voyions comme si nous avions encore été dans nos corps, car nos esprits eux-mêmes ressemblaient à notre physique.

-Alors, Shaka... prêt? Je tiens juste à te préciser que je ne suis plus le même. Ma force a été démultipliée par ma défaite.

-Et moi par ma victoire, répliquai-je sans me dépareiller de mon calme car j'avais saisi depuis longtemps qu'il était ma meilleure arme contre lui.

Il serra les dents compulsivement alors que nous adoptions des positions de parade. Maintenant, tout allait commencer et nous ne savions encore ni l'un ni l'autre qui allait ressortir victorieux de tout ceci. Et peut-être que nos âmes allaient être pulvérisées toutes deux, qui pouvait le savoir?

Je me décidais à donner le coup d'envoie et allait concentrer mon énergie entre mes mains mais Mara ne m'en laissa pas le temps. Il se rua sur moi, connaissant trop bien mes capacités quand j'étais en possession de tout mon potentiel.

Nous nous élevâmes dans les airs, dans les sphères de ce paradis du sixième monde de la Métempsycose ou nous avions choisi de nous opposer.

Nous n'étions plus lui et moi, que des flaques lumineuses aux couleurs dorées, la mienne prenant les teintes blanchâtres et pastel que peut adopter une flaque d'eau lorsqu'un rayon du soleil joue avec elle et celle de Mara se teintant de noir, de gris et d'anthracite comme un ciel annonciateur d'orage.

Nous nous cognions avec tant de violence que nous projetions tout autour de nous des vagues lumineuses, en plusieurs milliards de fois plus petites, semblables à celles qu'avaient du répandre le Big Will. Tout autour de nous était instable et changeait sans cesse de couleur selon lequel gagnait ou perdait du terrain. Le bruit de nos esprit se rencontrant résonnait avec force en mille échos cascadant et j'étais persuadé que l'on nous entendait d'Azura et peut-être même du Sanctuaire. Cela devait leur paraître à tous terrifiant...

Nos âmes évoluaient à la même vitesse toujours croissante, comme si nous cherchions à dépasser les déplacements de la lumière... et peut-être allions nous finir par y arriver à force de nous rentrer ainsi dedans, mêlant nos esprits de façon indissociable. Le contact était électrique entre nous et nous projetait en arrière.

-Tu vois, seuls deux pôles parfaitement opposés comme nous le sommes peuvent se rejeter de cette manière, m'hurlait Mara, au travers des éclats de nos puissances qui s'entremêlaient. Nous sommes comme deux aimants, l'un positif, l'autre négatif. Lorsque l'on essaye de se toucher, nous créons un champs magnétique et nous nous repoussons... vas-tu enfin adhérer à ma théorie selon laquelle nous sommes des extrêmes parfaits?

Je ne répondis rien, et me contentais de faire le vide dans mon esprit alors que le combat croissait d'intensité à mesure que les secondes s'écoulaient. Je n'étais plus sûr que ces données temporelles humaines nous concernaient mais je ne pouvais expliquer autrement ce qui nous arrivait.

Il fallait que je trouve le moyen d'arrêter ce jeu ou Mara m'avait entraîné, mais je ne pouvais m'en échapper. Si je cessais d'aller à la rencontre des coups de mon adversaire, mon âme risquait d'être clairement endommagée et je ne pouvais pas me le permettre, surtout pas si je devais exécuter le "Châtiment du Ciel" ensuite. Et pourtant, il fallait bien que je trouve une solution à cette boucle dans laquelle nous nous enfoncions et le seul moyen de m'en sortir était... il fallait que je force Mara à partir.

Nous avions les mêmes idées au même instant et sans le savoir, nous adoptions la même technique au même moment.

Nous nous étions contentés pour l'instant de nous mettre uniquement sur des positions d'attaques, mais soudainement, nous bifurquions vers des parades de défense. Quand nous nous rencontrâmes, le changement fut si brusque et le choc tel que nous nous rejetâmes au travers du paradis ou nous nous trouvions.

Je reprenais ma respiration alors que l'image de mon corps se reformait de nouveau.

Qu'allais-je pouvoir faire ici? Je ne pouvais nullement enlever à Mara ses sens puisqu'il les avait déjà perdus étant donné que nous nous trouvions dans une dimension uniquement spirituelle. Je cherchais une idée autour de moi, en balayant du regard tout ce qui m'entourait, c'est à dire tout ce que je voulais bien y voir. Car telles étaient les possibilités du paradis, y voir le reflet de ses propres sentiments, à conditions qu'ils soient purs. Et les miens l'étaient assurément puisque je voulais éradiquer le mal de cet endroit saint qu'un esprit malpropre venait souiller.

Je songeais soudainement à mon arme de la Balance, non sans une certaine amertume. Ici, je n'avais pas pu l'emmener car elle n'était que matière et je n'étais que fluide. Je sentais la tension monter. Mara n'allait plus patienter bien longtemps et c'était déjà un véritable miracle qu'il n'est rien tenté contre moi.

Je ne voyais qu'une seule solution. Appeler des esprits à mon aide ou inventer une nouvelle attaque sur le champs... car à quoi bon utiliser les mondes de la Métempsycose alors que nous nous y trouvions déjà?

-Alors, à court d'idées Shaka... si vite? Tu me déçois si tu n'es pas capable de mieux.

J'entendis son rire résonner tout autour de moi.

-Mais je ne suis pas comme les autres Berserkers qui se croient tous supérieurs à leur opposant et qui se vantent de pouvoir les terrasser d'une seule main et les yeux fermés... surtout pas avec toi, Bouddha. Je sais que tu me réserves encore bon nombre de surprises, mais j'en ai aussi pour toi, ne t'inquiète surtout pas.

Une pulsation commença à battre à côté de moi. C'était étrange, on avait l'impression qu'un coeur battait dans l'air. Que me préparait-il?

Je ne connaissais qu'une seule de ses techniques de combat et je savais qu'il ne l'utiliserait pas face à moi, du moins plus dans cette existence. J'avais déjà été éprouvé dans mon enfance par les "Waves Illusions" de Mara et il savait que j'avais appris à les détourner. Les techniques on l'ou m'assaillait de mirages n'avaient plus aucun secret pour moi, elles étaient trop simples à éviter et indigne d'un adversaire de ma trempe. Le prince des illusions le savait et je comprenais qu'il allait m'agresser avec tout autre chose.

L'air se mit à trembler, comme la fragile flamme d'une chandelle sous l'effet de vent, et je sentais qu'il devenait plus lourd, comme s'il avait soudainement été composé de matière. Mon âme aussi devenait plus pesante.

Il fallait que je réagisse.

J'aurais sans doute senti une vague de sueur me couler le long du dos et perler à mon front si je n'avais pas eu qu'une simple représentation de mon corps en ma possession.

Je vis alors Mara me regarder de ses yeux d'émeraude et le temps s'arrêta pour nous car il se détourna. Il ne pouvait pas lui-même supporter l'ampleur de son attaque.

-Spiritual Blindly!!! hurla-t-il

Et sa voix éclata en mille morceaux autour de moi alors que j'ouvrais les yeux de stupeur et de panique. Mara avait disparu, il s'était éclipsé derrière la gigantesque vague de lumière blanche qui se dirigeait droit sur moi à une vitesse égalant celle de la lumière. Je ne voyais plus que du blanc, autour de moi, se répandant, éclaboussant tout sur son passage alors que je battais à toute allure des paupières et que la clarté me rendait littéralement aveugle.

Je mis mes mains devant mon visage et enflammais soudainement mon cosmos à son paroxysme alors que j'étais englouti dans le blanchâtre, comme si une mer lumineuse me recouvrait, m'ensevelissait littéralement en ses flots. Je fus projeté en arrière, en tout sens, alors que je ne voyais plus rien. Je ne savais plus si je me trouvais encore dans les mondes de la Métempsycose, en fait je ne savais plus rien.

J'étais aveuglé, tout d'abord car je ne voyais plus rien et que je ne distinguais plus la moindre chose et ensuite, j'étais incapable d'analyser, de penser. Quel était le bien, ou était le mal? Que se passait-il? Quels étaient mes objectifs?

Non, je n'étais pas amnésique, cela aurait été trop simple, je me rappelais de tout, mais je ne comprenais plus rien. Je ne pouvais plus discerner le blanc du noir, la vérité du mensonge... Je ne voyais plus avec les yeux de mon âme car ceux-ci étaient clos.

Ainsi, tel était le pouvoir du Spiritual Blindly. Et je ne pouvais compter que sur moi-même pour m'en sortir. Il était inutile de chercher le soutien d'Athéna, elle-même n'aurait rien pu en pareille situation. En fait, personne ne pouvait rien face à cette attaque.

Toutes mes notions se mélangeaient et je perdais mon équilibre que j'avais toujours cru plus stable. A aucun moment dans mon existence, je n'avais cru mon âme paisible, car je savais déjà que nous nous trouvions dans un univers sans cesse en changement, perpétuellement entrain de tourner, de se modifier de seconde en seconde, à chaque fois qu'un être humain faisait un nouveau choix qui transformait sa vie.

Ou était Mara?

Je n'en avais plus la moindre idée puisque j'étais privé de ma vue et de ma capacité à ressentir son aura. Je n'avais jamais cru qu'il aurait été possible de déclencher une telle vague de clarté. J'avais cru qu'un petit Bing Bang se déclenchait tout autour de moi, un peu comme si une "Athéna Exclamation" m'avait frappé mais uniquement sur le psychique.

Mara aurait pu m'attaquer de n'importe ou, je ne l'aurais jamais vu intervenir. Je ne pouvais plus rien distinguer, j'étais aveuglé et je perdais ma sagesse, du moins en avais-je l'impression.

J'avais conscience que le "Spiritual Blindly" n'était pas une illusion et que ce qui m'arrivait était bel et bien réel. Je venais d'être touché par une attaque irréversible et je sentais une terrifiante douleur écraser mon esprit. C'était comme si l'on venait de placer un poids sur moi, et que j'étais incapable de le rejeter. Je ne savais pas d'ou Mara avait-il appris cette technique, mais je me devais de montrer une certaine admiration à son égard. Mais j'oubliais trop facilement qu'il avait eu plusieurs années pour se préparer à ce combat et ce, grâce à moi et à ma clémence.

-Les êtres humains sont des faibles, Sakyamuni et tu en es la preuve la plus éclatante...

La voix de Mara ne résonnait plus dans le lieu ou nous étions, mais à l'intérieur de mon âme, comme s'il venait de s'y glisser.

-Jamais un dieu n'aurait fait preuve de pitié à mon égard, mais toi, non, tu as été agité de sentiments bonnement humains. Tu es sans volonté et tu l'as prouvé en m'épargnant, et cela t'enlève toute chance d'avoir mon respect.

-Mais qui a prétendu que je le recherchais? rétorquai-je en articulant du mieux que je le pouvais car la douleur s'insinuait dans les recoins de mon esprit.

Mara sourit, je ne le voyais pas, mais je sentis cette montée d'ironie sur son visage comme si elle avait été mienne.

Je ne pouvais guère le localiser mais j'avais la nette sensation qu'il était très proche de moi, qu'en bougeant d'un cheveux, j'aurais pu le toucher. Peut-être était-ce parce qu'il me murmurait son discours au creux de mon âme...

Je savais que je devais réagir au plus vite. J'étais Shaka, l'un des hommes les plus puissants existants et je n'avais pas le droit de trouver une force supérieure à la mienne en la personne du prince des illusions. J'avais toujours gagné face à lui, et il n'y avait strictement aucune raison pour que cela change. Le bien devait triompher du mal en cette règle universelle toujours confirmée par Athéna.

J'inspirais profondément, pour aérer mon esprit, car j'étais soudainement las. Mes ce sentiment, je ne le ressentais pas, car c'était Mara qui me l'insufflait.

Je me figeais... ainsi, le "Spiritual Blindly" permettait à celui qui l'utilisait de donner des sentiments à son adversaire alors que celui-ci ne les aurait jamais ressentis en temps normal... quelle astucieuse méthode. Mais Mara oubliait une chose. J'étais l'homme le plus proche des dieux, ceux-ci avaient confiance en moi et mon âme était trop pure pour adopter la noirceur que le prince des illusions souhaitait me prêter.

J'esquissais un sourire narquois.

Je savais maintenant comment je devais procéder.

Je me dépliais lentement de la position dans laquelle je m'étais jusqu'alors trouvé. J'allais faire en sorte que Mara soit pris dans son propre piège car j'étais moi aussi devenu maître en matière d'illusions.

Son attaque m'avait ébranlé, encore plus que je n'étais apte à le dire, mais je ne faisais pas partie de ceux qui se laissaient couler dans une apathie que je ne pouvais nullement tolérer. Ma mission envers ces hommes que j'avais aimé dès les premières secondes ou j'avais vu le jour, passait avant tout.

Je sentis la haine se répandre dans mon esprit. Cette nouvelle émotion m'était insufflée par Mara et je savais que je devais résister au contrôle qu'il essayait d'exercer sur moi.

J'avais trouvé la parade idéale et j'allais maintenant faire d'une pierre de coup. J'allais le blesser, le tuer était pour l'instant impossible car l'égalité devait revenir entre nous, et me délivrer en parallèle. Attaque et Défense en même temps, une fois encore, j'allais prouver qu'un alliage parfait entre les deux était possible.

J'élevais mes bras au-dessus de moi avant même que Mara ne réalise ce qui se produisait. Il croyait jusqu'alors si bien contrôler mon âme qu'il n'avait à aucun moment songé que j'aurais pu décidé de quelque chose par moi-même.

Pourtant, il aurait du savoir que l'esprit humain est fait pour rester libre et que cette liberté représente le plus précieux des biens de l'homme. C'était pourquoi il ne pouvait me terrasser, seulement m'endommager, avec son coup. Mon âme serait toujours libre, et même si ce n'était que d'une parcelle, se serait largement suffisant, comme ça l'était en ce moment.

-Psychic Phantom Exorcism!!!

J'entendis le hurlement de Mara alors que j'étais projeté en arrière par toute la puissance que je venais de lancer en un seul et même coup. J'avais pris garde à me toucher moi-même pour être certain que l'influence qu'exerçait sur moi mon ami d'enfance cesse.

Je venais de nous exorciser l'un et l'autre en une technique ancestral à laquelle je n'avais jamais eu recours auparavant. Mais c'était tout simplement parce que je n'en avais jamais ressenti le besoin.

Je sentis mon esprit trembler de toute part, comme s'il était prêt à imploser. De coutume, mon attaque n'aurait rien provoqué en moi, mais pendant quelques instants, j'avais été envahi par une des formes que prenait le visage du mal et je devais la chasser, par la douleur et le psychique.

Mara se prostrait en face de moi. Il venait de réapparaître sous mes yeux car je n'étais plus aveuglé. Le prince des illusions se crispait en de sauvages convulsions car mon attaque s'était infiltrée dans son âme et en chassait la noirceur. Il prit sa tête entre ses mains alors que je me mettais à trembler de la tête aux pieds.

Cette méthode provoquait des souffrances atroces mais quiconque avait un esprit pur se révélait capable de les supporter. Je n'avais donc rien à craindre et je savais que mes tourmentes devaient cesser d'un instant à l'autre.

-Shaka... gémit Mara en cherchant à reprendre de l'air pour respirer... comment as-tu fait?...

-Je nous ai exorcisé Mara, car nous en avions l'un et l'autre trop besoin.

L'empereur de l'Épi se mit à tousser et se pencha en avant tout en s'effondrant presque.

-Ce n'est... articula-t-il alors que mon propre souffle devenait un peu plus régulier, ce n'est tout de même pas avec cela que tu crois m'abattre.

-Mais n'oublie pas Mara, qu'une attaque subit une seule fois par un chevalier ne peut plus fonctionner au second assaut.

-La règle est la même pour toi... et qui t'as-dis que je n'avais qu'une seule carte en main?

D'un même mouvement nous nous relevâmes alors que nous nous trouvions à présent l'un et l'autre sur mon ordre, dans la paume même du Bouddha. C'était en cet endroit que devait s'achever notre affrontement et j'avais le pressentiment que celui-ci arrivait à son terme.

Nos âmes avaient été très endommagées par tout ce qu'elles avaient subi et nous n'en avions probablement plus pour très longtemps avant de regagner nos corps. Une seule de nos deux âmes pourraient d'ailleurs supporter le voyage qui l'a ramènerait vers son enveloppe charnelle, celle du vainqueur. L'autre resterait prisonnière jusqu'à la prochaine guerre sainte dans les mondes de la Métempsycose. Et je supposais déjà que je ne serais pas celui-là.

Tout à l'heure, j'avais préféré faire mes adieux à Saga et Athéna car j'avais immédiatement senti que la puissance de mon ennemi avait beaucoup augmenté depuis le jour ou nous nous étions opposés dans la chaleur étouffante d'une nuit d'Inde. Mais je n'avais fait cela que par simple précaution et pour conjurer, en quelque manière, le mauvais sort.

Le prince des Illusions se campa sur ses jambes et me jeta les mot qu'il prononça à la figure.

-Sais-tu ce que j'ai fait après que tu m'aies vaincu? Je suis parti de Delhi et est émigré vers le Nord de l'Inde... ou j'ai appris dans un temple semblable au nôtre deux techniques qui seraient capables de venir à bout de toi. Je n'avais rien à faire de savoir si elles seraient performantes face à d'autres personnes que toi. Seule ton existence a toujours compté à mes yeux, saisis-tu?

Je soupirais longuement, expulsant par ce souffle les douleurs accumulées.

-Pourquoi tant d'acharnement Mara?

-Parce que... Bouddha, tu troubles l'ordre de l'univers en étant le seul homme à avoir atteint le huitième sens.

-Les autres chevaliers d'Or d'Athéna s'en sont aussi montrés capables par la suite.

-Oui, c'est exact mais il est une chose que tu ne sais pas encore, Shaka. Tu es sur la voie...

L'empereur de l'Épi prit une profonde inspiration et me regarda droit dans les yeux alors qu'un éclair de rage luit soudainement dans son regard.

-Sur la voie du sens ultime, du neuvième sens. Tu vas atteindre le Big Will, Bouddha, tu vas devenir un dieu et je refuse que cela se produise. Tu n'es qu'un homme, tu n'es pas né pour devenir une puissance supérieure, le comprends-tu? Je ne tolérerais jamais que cette race pathétique puisse un jour interférer avec les rangs des divinités. Je préférerais mille fois mourir plutôt que de voir cela se produire.

Je ne répondis rien.

Mara venait de m'avouer que j'étais sur l'ultime chemin menant au but que j'avais poursuivi depuis des siècles. Dans un sens, je l'avais toujours deviné mais je n'avais pas pensé que cela aboutirait dans cette existence. Enfin, c'était loin d'être ma principale préoccupation pour l'instant car j'avais un combat à finir et le plus tôt serait le mieux.

Je n'avais aucune idée depuis combien de temps nous avions disparu d'Azura et peut-être même que sur terre, la guerre sainte touchait à sa fin. Je devais me presser car tout le monde me croyait mort. Mara esquissa un sourire en devinant mes pensées.

-Ne t'inquiète pas, les combats font rage en bas... si je te dis cela ce n'est pas pour te rassurer mais pour te permettre de te concentrer uniquement sur notre légendaire bataille, est-ce clair?

Je le toisais de la tête au pieds. Malgré notre douleur, nous réussissions à conserver notre dignité, lui en s'enroulant dans son orgueil, moi en recouvrant ma sérénité.

-Shaka, avec l'attaque que je vais te lancer, tu vas mourir. Il n'existe pas de parade contre cette dernière, pas plus qu'il n'en existe contre le "Trésor du Ciel"...

Je hochais la tête car sans le savoir, il venait de me donner la solution pour le vaincre définitivement.

Nos coups à l'un et l'autre étaient si puissants qu'une fois lancés, plus rien ne pouvait les stopper.

Maintenant, nous nous engagions dans une phase déterminante de cette opposition millénaire. Je n'avais pas le droit à l'erreur et je n'en commettrai jamais. Il n'était pas question qu'il remporte cet affrontement car si c'était le cas, tout l'équilibre de l'univers en serait bouleversé. Je n'avais pas le choix, je devais vaincre. Et l'issu du combat ne faisait strictement aucun doute pour moi.

Pourtant, il avait changé, je devais bien me l'avouer. Il n'avait plus rien à voir avec le petit garçon qui parfois, avait de l'attachement pour ma personne.

Tout ceci, ce n'était que du passé et maintenant qu'il ne m'avait plus vu depuis de nombreuses années, il n'existait plus aucun lien entre nous que le plus destructeur, celui de la haine. Du moins de son côté.

Au début, il n'était pas ainsi. Il ressemblait plus à un être humain et peut-être cela avait-il été dû au fait qu'il me fréquentait chaque jour, qu'il écoutait mes paroles et donc par mon intermédiaire, celles de Dieu. Mais on ne pouvait pas renier sa nature, surtout pas si l'on se trouvait être en réalité une divinité réincarnée sur terre.

Je secouais la tête.

Il avait oublié tout ce qui nous avait uni... ou cela n'avait-il jamais existé?

J'en connaissais la réponse et j'esquissais un triste sourire alors qu'une brise, dernier soubresaut du Spiritual Blindly balaya tout ce qui nous entourait, faisant danser nos immenses cheveux.

Nous ressemblions à des jumeaux. En pourtant, tout nous opposait en esprit.

Mara hocha gravement la tête alors que nous plongions l'un et l'autre notre regard dans celui de notre adversaire. Il n'y avait rien de plus à ajouter sur ce qui s'était produit.

Il fallait savoir reconnaître que tout passait, que tout évoluait, se transformait, pas forcément en mieux, mais pas forcément en pire.

Les hommes étaient inconstants car l'univers lui-même l'était, mais moi, Shaka, je ne changerai jamais.

Et lui, Mara, ne changerait jamais non plus.

Voilà deux règles qui existaient depuis toujours et qui survivraient aux âges, aux siècles, aux rires et aux joies, aux larmes et aux peines des hommes.

J'étais destiné depuis toujours à être lumière, alors que lui, avait choisi l'ombre. Et c'était ainsi que tout commençait, tournait encore et encore, et cela faisait fonctionner l'univers.

La perfection n'était pas de ce monde, et pourtant nous étions là lui et moi.

Longtemps j'avais réfuté la thèse comme quoi nous n'étions pas parfaitement opposés et pourtant, je devais admettre qu'il avait raison. J'avais voulu me persuader qu'il existait quelque chose en lui à sauvegarder. Mais non, je m'étais leurré, car j'étais un dieu de clarté et je désirais entrevoir en chaque entité quelque chose de valable.

Mais le cas de Mara était différent et j'avais fait l'erreur de l'oublier.

Je souris doucement à ce paradis dans lequel nous évoluions.

Le sixième monde de la Métempsycose, celui que seul les êtres parfaites pouvaient atteindre. Il fallait que je l'admette, j'avais beau être homme, j'étais aussi dieu. Du moins, presque...

-Alors, Shaka, allons-nous enfin tomber d'accord sur un point?

Je ne répondis rien et inclinais légèrement la tête sur le côté alors que les os de ma nuque se mirent à craquer. Une douleur épouvantable me parcourut de la tête aux pieds, mais je ne réagis pas. Périr sous les coups de Mara n'était pas mon destin, car si tel avait été le cas, je me serai laissé emporter sans difficulté par le "Spiritual Blindly".

Ce coup était si puissant, si intense et dévastateur, qu'il aurait pu me tuer mille fois. Seulement, il existait trois forces supérieurs, même aux divinités que nous étions.

Les Trois Moires.

Le destin.

Et cela faisait à présent bien longtemps qu'elles avaient choisi leur camp.

Mara me dévisagea avec un demi-sourire félin qui n'était pas sans me rappeler de douloureux souvenirs.

Nous lisions dans les pensées de l'autre, car nous étions sur un plan uniquement spirituel et la communication ne se faisait que par la pensée. Le prince des illusions savait que je venais d'admettre qu'il était le mal à son état le plus brut, le plus abject. Mais ce n'était que pour cette vie et peut-être que dans la suivante, il aurait plus de chance. Il s'ouvrirait peut-être enfin à l'amour et aux sentiments qui embellissaient nos existences.

Je le saurais de toute manière, puisque je serais encore là.

Et si tel était le cas, j'aurais la chance de ne pas devoir l'affronter.

Mais nous n'en étions pas encore là et je laissais dériver mon esprit vers de pensées philosophiques dont j'étais coutumier depuis ma plus tendre enfance.

-Prêt, Mara? demandais-je alors que ma voix résonnait dans l'infini.

-Cela fait des années que j'attends que tu prononces cette phrase.

Dans un même mouvement nous imposâmes nos paumes en face de notre opposant, comme pour le saluer une dernière fois.

J'adoptais ensuite la position ultime, celle que les personne qui m'affrontaient voyait en dernier dans le monde des vivants. En parallèle, Mara esquissait les mêmes mouvements sans que je comprenne pourquoi.

Et il me lança un sourire narquois... mais pourquoi? Il ne pouvait pas utiliser mon attaque du "Trésor du Ciel", moi seul pouvait le maîtriser. Et puis, de tout manière, cela n'avait pas d'importance puisque j'allais la manier pour la première fois de façon totalement nouvelle. J'allais devoir me sublimer pour tenter ce que les dieux eux-mêmes n'avaient jamais essayer.

Cela allait le tuer. Sur le coup. Mais pas pour toujours.

Et que me réservait-il?

Nous avions des postures identiques, nous étions parfaitement symétriques.

Le silence absolu régnait en maître autour de nous, nous faisant prendre conscience que bientôt, la mort arriverait en emporterait l'un de nous. Et nous étions tous deux persuadés qu'il s'agissait de l'autre.

Je sentis un tremblement me parcourir et là...

-Soul Split.

La voix était calme, douce, posée, comme Mara. Et je ne compris qu'à retardement ce que signifiait ces mots. A retardement, mais pas trop tard.

Accompagné d'un geste de la main, je répondis à mon ennemi.

-Ablation du sixième, septième et huitième sens!

* * *

Une explosion de lumière comme je n'en avais jamais connu.

Un déchaînement sans précédent.

Le trésor du Ciel.

Et le Soul Split.

C'était cela que le coup suprême, me dis-je alors qu'un fin filet de sang venait barrer mon front.

En face de moi, Mara était encore debout, mais mort. Pour deux ou trois cents ans. Jusqu'à ce que je revienne sur terre en fait.

J'avais atteint, quelques secondes auparavant, le sommet de mon art. J'avais ôté les sens divins de Mara, tous, sauf le dernier contre lequel je ne pouvais rien. Le Big Will autrement dit. A présent, le "Trésor du Ciel" était assez puissant pour enlever les huit premiers sens. C'était incroyable mais de toute manière, je réalisais bien que cela ne me servirait plus.

Mes yeux commençaient à se voiler.

Le Soul Split m'avait atteint. C'était la fissure de l'âme. Le bien et le mal qui habitait mon esprit était entrain de se séparer. Une partie de moi allait devenir la bonté même et l'autre, le mal absolu. Car peu à peu, le Soul Split faisait grandir les énergies négatives de l'être. Et cela allait me tuer. Mon esprit était scindé en deux et jamais je n'allais pouvoir le supporter.

Quelle ironie, Bouddha mourrait car son âme allait être trop noire. Non, justement, car cela allait me terrasser de douleur avant. J'étais lumière et je ne pouvais supporter l'ombre. Et Le prince des illusions n'était plus même là pour voir cela.

J'allais périr. Dans quelques secondes.

Une larme roula sur ma joue.

* * *

Une goutte de pluie tomba sur Azura. Elle semblait venir du paradis.

On entendit sur tout le domaine comme une fissure, comme si la terre s'ouvrait en même temps que le ciel et que ces deux entités plongeaient l'une dans l'autre, comme au début des temps.

Un vacarme épouvantable résonna sur tous les lieux, pour prévenir chaque personne que tout était à présent terminé. On aurait dit que l'île allait s'enfoncer dans les eaux et qu'un tremblement de terre était entrain d'être provoqué.

Les cieux s'assombrirent et des fines gouttes de pluie de tombèrent doucement, s'écrasant lentement sur le domaine de la guerre, comme pour pleurer la perte d'un être hors du commun.

Mais était-ce bien les éléments qui pleuraient, ou n'était-ce pas plutôt les larmes de Shaka qui se déversaient doucement et sans regret sur ce monde qu'il voyait peu à peu se briser?

Aphrodite et Mu relevèrent la tête à la même seconde, se cognant le front l'un à l'autre par mégarde.

Aiolia et Fomalhaut sursautèrent car tout semblait basculer dans une dimension inconnue.

Milo regarda droit devant lui. Ainsi, lui aussi partait. L'être le plus proche des dieux avait-il trouvé son maître? Il ne pouvait pas y croire.

Aioros tomba, face contre terre, trop épuisé par son combat et par la douleur que provoquait en lui cette nouvelle perte.

Shura croisa le regard d'Ikki et hocha la tête pour acquiescer.

-Il était le plus brave d'entre nous, déclara Phénix en baissant la tête comme un dernier hommage à l'un des seuls hommes qu'il avait admiré.

Nikè saisit le bras de Dohko et le serra avec force alors qu'ils prenaient conscience à la même seconde de la gravité de la situation.

Saga serra compulsivement le poing et faillit retourner en arrière alors que les yeux d'Athéna s'embrumèrent.

-Non, pas toi, ce n'est pas possible, murmura-t-elle alors que le chevalier des Gémeaux l'observait mélancoliquement, pour acquiescer cette vérité qu'elle se refusait à croire.

Elle se retourna vers celui-ci.

-Pas lui. Pas Shaka.

15ième partie


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