Saga d'Arès

Episode 16: Au Coeur du Labyrinthe

© 2001 by Saori

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Milo

Hyoga, mon compagnon de route depuis le début, venait de s'écrouler à terre, et je n'arrivais guère à savoir s'il était mort ou non... et je comprenais aisément que je n'avais d'ailleurs pas même le temps de me le demander.

Le temple de l'Empereur était en train de se dessiner sous mes yeux, et j'avais encore du mal à croire aux proportions gigantesques qu'il prenait. Il me semblait qu'il occupait la place de deux temples du Zodiaque, aussi bien en longueur, qu'en largeur... voire même en hauteur étant donné que je pouvais difficilement en voir la toiture que je devinais cependant d'un blanc immaculé.

J'étais si proche de l'endroit où Arès se tenait que j'entendais autant que je sentais battre mon coeur contre ma poitrine... non pas de peur, car c'était là un sentiment que j'avais proscris de ma palette d'émotions il y avait de cela bien longtemps, mais d'excitation. J'avais hâte de me retrouver face à lui, de venger tous ces hommes dont les cris me parvenaient jusque sur Azura et dont je devinais les odieuses souffrances... car existait-il une douleur plus grande que celle que le dieu de la guerre faisait endurer au genre humain? Pour ma part, je ne le pensais pas, car être le propre destructeur de sa race était probablement ce qui pouvait arriver de pire.

J'esquissais un sourire féroce alors que les immenses colonnes aux moulures de marbre se dessinait de plus en plus face à moi.

J'avais encore du mal à croire que j'étais celui parvenu jusqu'au temple, après avoir vu tous mes compagnons tomber les uns après les autres, après avoir senti tant de cosmo-énergies s'éteindre, j'étais maintenant face à ma propre destinée, et prêt à lancer les dés du hasard, qui, même s'ils m'avaient parfois fait souffrir, n'avaient jamais manquer d'abonder en mon sens étant donné que j'avais survécu à tous les périples imaginables.

Je ne me suis pas retourné, comme d'autres l'auraient fait, alors que je gravissais lentement les gigantesques marches qui menaient à la porte d'entrée. Certains auraient trouvé ce geste dur mais pour moi, il était significatif de la valeur que je portais à mes amis de route et de lutte. Regarder en arrière prouvait que je m'inquiétais pour eux, mais ne pas le faire assurait ma confiance absolue en leur pouvoir et leur envie de vivre. Et cela valait sans doute tous les compliments.

Je tendis ma main pour ouvrir la porte et remarquais à cet instant que la poignée était inexistante... plutôt étrange pour une entrée...

Je fronçais les sourcils tandis que mon sixième sens était subitement en éveil, ce qui, en soi, n'avait rien de franchement étonnant avant un combat avec un ennemi de la puissance d'un empereur, ce qui ne m'empêchais pourtant guère de sentir un pincement en mon âme. Quelque chose d'inattendu m'attendait derrière cette porte, quelque chose que je n'étais pas à même de deviner mais dont j'allais difficilement ressortir vivant... mais l'impossible avait plus d'une fois été réalisable et j'étais sans doute l'un des chevaliers les moins impressionnables qu'il n'ait jamais existé.

J'inspirais profondément, comprenant que je ne reverrais pas la lumière et ne me retrouverais pas baigner dans l'air de cet fin d'après-midi avant de longues heures qui promettaient d'être aussi pénibles qu'heureuses, puisque j'allais forcément ressortir victorieux de cette mésaventure.

Je battis des paupières et hochais vigoureusement la tête, rassemblant ce courage qui caractérisait tout particulièrement les Saints, avant de pousser avec volonté le battant de la porte. Un grincement se fit entendre, à cause des gongs rouillés et vraisemblablement peu utilisés, alors que je pénétrais dans le temple pour découvrir...

Le Noir.

Le Noir absolu s'étendait tout autour de moi. Derrière moi, la porte claqua avec violence alors que je venais juste de la relâcher, troublant le silence de mort qui régnait autour de moi.

Je me retournais et tentais de rouvrir le battant pour faire pénétrer un peu de la lumière extérieure dans cette pièce qui sentait le renfermé, mais fus incapable de la faire bouger d'un millimètre... mais dans quel guêpier venais-je de tomber si allègrement?

Un souffle... un souffle chaud et brûlant à quelques mètres devant moi... mais de quoi pouvait-il s'agir, cela ne semblait pas humain! Par Athéna et tous ses Saints, j'étais comme aveugle étant donné que je ne distinguais rien.

Un bruit de raclement contre le sol que je devinais dallé. Une sorte de toux rauque. Plus rien.

Je plissais les paupières, souhaitant avec ardeur retrouver rapidement mes facultés et mon acuité. Enfin, un sens en moins n'allait certainement pas m'arrêter, et j'avançais d'un pas... rentrant directement dans un mur!!

Hein? Mais qu'est-ce que tout cela signifiait? Je ne comprenais pas comment pouvais-je me retrouver face à un mur alors que j'arrivais tout juste de la porte d'entrée... c'était tout simplement, tout bonnement illogique!

Je me tournais à droite et décidais de partir dans cette direction, étant donné que ce temple était bâti à faire pâlir un sage.

J'avançais lentement, évoluant dans le noir du mieux que je le pouvais, étant donné que je devais attendre que mes yeux s'habituent à cette obscurité que je ne m'expliquais pas. Je saisissais déjà sans mal que mon adversaire étant en bien meilleure position que moi-même pour obtenir la victoire. Décidément, sur l'île d'Azura, tout, absolument tout, étant fait pour qu'ils gagnent.

Je me cognais de nouveau à un mur... un mur! En cinq pas j'étais encore acculé à la fin du temple... c'était impossible!

Une odeur âcre monta soudainement à mes narines et je me retournais vivement, incapable de distinguer la moindre forme... je sentais comme une odeur animale, aussi forte et chaude que déplaisante. Un bruit de pas étranges, comme des claquements rapides et plus rien.

J'étais observé.

J'étais aussi une proie bien facile, inutile de le préciser. C'est seulement à ce moment que je sentis l'atmosphère, la lourdeur de la température qui régnait partout autour de moi, cette impression d'étouffer au moindre geste, ce malaise qui imbibait les murs -visiblement fort étrangement disposés- de ce temple.

Je me figeais brusquement... rencontrer autant de murs ne pouvait que signifier... non... je ne me trouvais tout de même pas dans un labyrinthe! Et pourtant, je devais me rendre à l'évidence en obliquant vers la gauche avant de rencontrer une nouvelle impasse : je venais d'atterrir au milieu d'un piège dont je ne soupçonnais peut-être pas même l'ampleur.

Enfin, si mes aïeux, les anciens Saints d'Athéna, avaient réussi à terrasser le maléfique Arès, cela signifiait qu'ils étaient parvenus à dépasser ce temple et que donc, la situation était encore jouable.

Pour l'instant, alors que je continuais d'avancer, me perdant de plus en plus et évoluant d'un pas assuré vers la mort que mon ennemi souhaitait me destiner, je réalisais que je ne pouvais rien tenter. C'était à mon opposant de se montrer, à cet ennemi qui connaissait probablement par coeur le plan de ce maudit dédale dont j'avais pressenti l'existence avant même d'y pénétrer.

Une respiration haletante à quelques mètres derrière moi. Je ne me retournais pas, comprenant que cela ne servirait strictement à rien. Faire croire à son opposant que l'on ne remarquait rien était une excellente tactique pour le surprendre à l'instant même où il fondait sur soi.

Quelqu'un avançait doucement, mais ses pas ne ressemblaient pas aux miens, ils claquaient étrangement contre le sol composé de dalles de marbre ou d'airain, je n'en avais pas la moindre idée étant donné que j'étais aveugle.

Un souffle rauque sur ma nuque... je me retournais à toute allure, faisant volte face, un poing en avant... pour finalement frapper l'air et réaliser que j'étais seul. Mais je me savais parfaitement sain d'esprit, et je devinais que je ne faisais pas que rêver ces brusques apparitions.

Pendant quelques instants, j'aurais pu jurer que quelque chose d'énorme se tenait derrière moi, comme si un animal disproportionné m'avait observé avant de prendre la fuite, ou plutôt, de disparaître derrière l'un de ce innombrables murs, disposés habillement par un esprit malade.

-Tu as peur?

Je sursautais avec violence, manquant de perdre mon Tonfa d'Orichalque qui me glissais des doigts mais le rattrapais à temps. Ce n'était pas une voix normale que j'avais entendu, mais un murmure qui s'était glissé au creux de mon oreille, comme si quelqu'un avait été derrière moi sans que je puisse le sentir... mon ennemi était-il invisible?

Pour répondre à sa question, non, je n'avais pas peur, pas de vulgaires berserkers qui ne méritaient pas un sentiment, aussi bas soit-il, venant de ma part. Je devais pourtant admettre qu'une certaine anxiété me tenaillait au ventre.

-Qui est là? demandai-je d'une voix parfaitement calme et forte, pour être certain d'être entendu par cet adversaire qui semblait prendre un plaisir non dissimulé à jouer avec mes nerfs.

Comme je m'y étais attendu, le silence le plus absolu résonna douloureusement à mes oreilles et je restais un instant immobile, guettant le moindre signe de vie non loin de moi.

-Tu seras bien obligé de te montrer à un instant où à un autre, empereur, déclarai-je alors que je laissais les pointes de mon ironie acerbe transparaître dans mon ton.

Un bruit, infime mais qui n'échappa à mon ouïe qui ne cessait de se développer pour palier à ma vue inexistante, me prouva que je n'étais plus seul.

J'avais l'impression d'entendre quelqu'un frotter quelque chose contre un mur, peut-être une armure, je n'en avais pas la moindre idée, mais il me semblait aussi que tout autour de moi, l'air devenait de plus en plus pesant, de plus en plus difficile à respirer. Ce labyrinthe dans lequel je me trouvais était beaucoup plus malsain qu'il ne l'aurait du, et je me demandais soudainement pourquoi il n'y avait pas la moindre lumière.

Pourquoi laisser cette vaste salle dans le noir? Pour surprendre plus facilement son adversaire, mais les dédales des couloirs n'étaient-ils pas suffisants?

Je fronçais les sourcils quand à coup, un bruit de course se fit entendre dans l'un des couloirs. Je me figeais soudainement, mon sang se glaçant dans mes veines tandis que le son s'amplifiait. Quelqu'un courrait dans les couloirs à folle allure, au point d'être bruyant comme une quinzaine d'hommes!

Un halètement étrange et puissant, comme celui d'un boeuf prêt à charger s'éleva dans l'immensité du noir et je sentis subitement une présence comme jamais je n'avais eu l'occasion d'en deviner.

Quelque chose de gigantesque se trouvait dans le même couloir que moi et je mis avec une rapidité exacerbée par mon expérience des combats, mon Tonfa devant moi.

Par Zeus... cela se précipitait sur moi, courrait avec fureur et je ne voyais rien, même si mes yeux n'avaient de cesse de chercher désespérément un adversaire.

Et puis...

Je poussais un hurlement de douleur tandis qu'une mâchoire d'une puissance incalculable tentait de m'arracher le bras, précisément celui qui retenait la célèbre arme d'Orichalque. Je me débattais, donnant une série de violents coups avec mon second bras et l'une des mes jambes, tandis que mon gigantesque opposant me repoussait, m'acculait contre un mur.

Un rire s'éleva derrière moi, mais je n'avais pas le temps de réaliser ce que cela signifiait. Je poussais un cri de rage alors que la chaleur de mon propre sang sur ma peau me faisait étrangement défaillir... ou bien n'était-ce pas plutôt cette étrange impression que provoquait sur moi cette puissante mâchoire qui se refermait sur ma chair avec violence et délectation.

Je me concentrais, alors que je sentais les os de mon bras droit disparaître en lambeaux, être réduits à néant par ces énormes dents dont je ne trouvais pas le propriétaire. Mon cosmos m'entoura en moins d'une fraction de secondes et je dis, entre mes dents, pour contenir le cri de douleur qui me venait naturellement aux lèvres :

-Restriction!!

Les mâchoires se figèrent brusquement, contrairement à la lancinante douleur qui se poursuivait, s'étendant jusque dans mon épaule et mon dos tandis que je dégageais à vive allure mon bras.

Je sentais maintenant un souffle puissant devant moi et tentais de contempler mon ennemi. Je devinais une silhouette hideuse, démesurée... et, alors que je me concentrai mieux, je crus entrevoir des... des naseaux!!

Je sentais le sang dégouliner de mon bras pour venir humecter le parterre et je comprenais que si j'avais affaire à un animal, l'odeur et la vision de mon hémoglobine ne ferait que l'exciter plus qu'il ne l'aurait fallu.

Devais-je donc choisir la fuite pour essayer de former un plan valable tandis que je déambulerai dans les mystérieux couloirs de ce temple, au devais-je tenter de l'abattre d'un seul coup, car je comprenais sans peine que je n'aurais pas deux occasions? Le choix s'imposa immédiatement à mon esprit guerrier : je devais tenter d'en venir à bout, avant que ce ne soit lui qui parvienne à me terrasser.

Et c'était maintenant où jamais.

-Scarlet Needle! criai-je, alors que pointais mon doigt vers mon opposant.

-Scarlet Needle? murmura le souffle qui m'avait déjà susurré une phrase précédemment.

Un rire s'éleva dans la salle tandis que la proie que je venais de toucher se débattait avec fureur, comme aiguillonner par le coup que j'avais porté. Non... non... la barrière que je maintenais jusqu'alors pour stopper tout mouvement de cette chose qui se trouvait devant moi était en train de sauter, de disparaître sans laisser de traces...

-Scarlet Needle! criai-je de nouveau, portant plusieurs coups en même temps au monstre qui me servait d'opposant.

Un halètement gutturale résonna alors que mon ennemi se libérait enfin de mon immobilisation. Je vis alors une sorte de museau se pencher sur moi pour me respirer, une gueule béante s'ouvrir pour me décapiter et j'eus juste le temps de me jeter, ventre à terre, dans un couloir parallèle pour lui échapper.

Je me ruais dans les dédales, inconscient d'être suivi ou non, mais encore parfaitement lucide. Il fallait que je comprenne ce qui me suivait, ce qui m'attaquait.

Je m'appuyais contre un mur pour rassembler calmement mes pensées alors que j'entendais mon adversaire passer dans des couloirs voisins du mien, s'en éloigner, pour ensuite y revenir. En tous les cas, il n'avait pas l'air de connaître mieux que moi ce tortueux labyrinthe.

Je fermais les paupières, même si cela ne m'était pas vraiment utile étant donné que je me trouvais déjà dans le noir absolu, pour m'aider à rassembler mes pensées. Dans un couloir, j'entendis soudainement un bruit de claquement, violent et vif, comme si l'air lui-même avait été fendu, et j'identifiais immédiatement le son d'un fouet claquant le sol. Cela signifiait donc que mon opposant était en possession d'une arme.

Une série de coups suivi alors que j'entendais un halètement rauque prêt de moi. Je sentais qu'il se reprochait inexorablement et je ne savais pas comment agir, ayant déjà saisi que ni mon immobilisation, ni mon Aiguille Écarlate n'avait d'effet sur lui... et autant dire que je n'avais pas le moindre plan en tête.

Mais comment aurait-il pu en être autrement? Je ne savais pas même à quoi j'avais affaire. Il m'avait précédemment semblé que je me trouvais en face d'un monstre à la silhouette disproportionnée et au caractère visiblement très sauvage...

Je me mis à marcher de nouveau dans le dédale des murs qui m'entouraient, alors que, peu à peu et avec une lenteur plus qu'incongrue, mes yeux s'habituaient à la pénombre. Je comprenais que je m'enfonçais dans le piège que l'on me tendait, mais je n'avais pas le choix : je ne pouvais tout de même pas rester les bras croisés à attendre qu'il me trouve.

Et puis... quelque chose m'occupait l'esprit, et je doutais d'un détail plus qu'important. Dans ce labyrinthe maudit, je n'avais pas qu'un seul adversaire, mais deux. C'était une impression qui s'était vérifiée, car tandis que le monstre se jetait sur moi avec une fureur non contenue, j'avais entendu une voix qui avait susurré le nom de mon attaque avec ironie après que je l'eus prononcé. Il se passait décidément quelque chose d'étrange, et je commençais à ne plus supporter ce petit manège. Si l'on voulait m'affronter, c'était de face!

J'entendais derrière moi, sur les côtés, devant, des bruits de pas, comme si mes propres opposants étaient en train, à mon instar, de se perdre, même si j'avais la conviction qu'au moins l'un d'entre eux connaissait les chemins noueux de ce dédale.

Je me cognais brusquement à quelque chose... une porte?! Étais-je arrivé à la sortie de la prison où j'étais plongé? J'avais du mal à y croire tant tout cela aurait été trop facile.

Je poussais le battant de la porte, peu désireux d'attendre davantage les réponses à mes multiples interrogations et me retrouvais finalement au coeur d'une vaste salle, éclairée par deux torches qui propageaient une faible lumière qui m'aveugla brutalement. Après tant de minutes passées dans le noir, comment aurait-il pu en être autrement?

J'attendais que mon regard s'habitue à la pièce et la balayais ensuite des yeux pour finalement constater qu'elle était entièrement vide et que le sol et les murs étaient constitués d"épaisses dalles inégales et visiblement très âgées. Je restais debout sans bouger, à écouter le silence, seulement parfois troubler par des soupirs qui m'évoquaient ceux d'un boeuf.

Je n'arrivais pas à croire à ce qui m'arrivait... mais dans quel temple étais-je tombé?! Enfin, je n'allais pas attendre indéfiniment, et je préférais me manifester immédiatement auprès de mes ennemis pour combattre plus rapidement. S'ils avaient tout leur temps je le comprenais, mais c'était très loin d'être mon cas étant donné que des millions de vies comptaient sur moi et ma victoire.

-Je suis ici... Il y a quelqu'un?

L'écho me répondit en frappant contre les parois des murs mais je ne distinguais pas la moindre ombre personnifiant mes adversaires. J'entendis soudainement un craquement, suivi d'un grincement inquiétant tandis que les battements de mon coeur s'accélérait... j'allais enfin me retrouver en face d'un Berserker.

-Bonjour, chevalier d'Athéna...

Cette voix, monocorde et particulièrement basse, que je me sentais, si je me sortais vivant de ce piège et de ce combat, incapable d'oublier et qui hanterait probablement chacune de mes nuits, je l'avais déjà entendu murmurer à mon oreille. C'était celle de l'homme qu'il me fallait abattre.

-Qui es-tu? dis-je calmement, me mettant immédiatement à son diapason tandis que je plissais les yeux pour tenter de distinguer ses traits.

Il s'avança de quelques pas, avec l'agilité et la démarche silencieuse d'un chat, comme pour que je puisse découvrir sa physionomie.

Il était de grande taille, plus que moi de quelques centimètres en tout cas, son corps semblait fin et athlétique tandis que la pureté de son visage ressortait immédiatement. Ses cheveux châtains et raides tombaient au niveau du lobes de ses oreilles et ses yeux d'un violet vif troublant s'étaient posés sur moi. Il semblait gracieux, et posséder un calme et une maîtrise de lui si absolu qu'il n'était pas sans me rappeler Mu ou même Shaka. Tout dans sa personne dénotait du mystique et cette première apparition me fit une très forte impression... comme si je le connaissais déjà.

-Qui je suis? murmura-t-il... Le gardien de ce labyrinthe, chevalier.

-Le gardien? répétais-je... Et pourquoi pas le maître?

Il se mit à rire, mais c'était un rire aphone, comme s'il ne possédait plus de voix mais qu'il était malgré tout amusé.

-Jamais je ne pourrais prétendre quelque chose de tel. Je ne suis pas le maître de cet endroit et je ne le serai jamais... j'en suis simplement le constructeur et maintenant, le gardien.

Je jetai un regard autour de moi, comme si je pouvais voir au travers des murs de cette salle les couloirs qui s'enroulaient les uns autour des autres sans jamais permettre le moindre échappatoire.

-Ce dédale machiavélique serait donc ton oeuvre?

Il hocha lentement la tête, tandis que son visage ne laissait pas apparaître la moindre once de sentiment, là où je l'aurais imaginé ressentir de la fierté où même un brin de vanité. Il avait l'air différent des Berserkers que nous avions rencontré jusqu'à présent... plus serein, moins emporté, comme si son grade lui conférait une sagesse qui n'existait pas chez les commandants.

Cet homme était plus que déroutant, avec sa voix presque inexistante et pourtant inoubliable.

-Je me nomme Milo, chevalier d'Or du signe du Scorpion.

-Je suis l'empereur Dédale du Labyrinthe.

Je me figeais brusquement alors que son nom n'arrêtait pas de trouver un écho dans mon esprit. Dédale... non... non... cela ne pouvait pas être lui, cet homme n'existait pas ou plus depuis bien longtemps!

-Mais si, dit doucement mon adversaire, je suis bien le Dédale que tu connais, Milo. Je suis l'architecte de ce piège dans lequel tu vas trouver la mort.

-Ne sois pas si sûr de toi, tu pourrais bien le regretter. Je suis revenu des enfers en vie, alors je ne vois décidément rien que je ne puisse surmonter.

-Ah? fit soudainement mon ennemi avec intérêt. Tu es remonté du royaume d'Hadès. Tu as sûrement du y voir, en ces conditions, mon bon maître Minos.

-Le juge Minos? répliquai-je, curieux de connaître la réponse.

-Oui, enfin, depuis qu'il est mort. Mais avant il a été le roi de Crête, le célèbre roi Minos, connu pour la construction de cet édifice que j'avais bâti pour y enfermer son fils, le Minotaure, le cachant ainsi à la vue de tous.

Quoi? Se pouvait-il que le juge de l'enfer dont je connaissais l'existence soit ce même souverain? Je ne m'étais jamais posé la question, mais cela m'apparaissait maintenant comme la plus grande des évidences.

Je me rappelais maintenant l'histoire de Minos, dont la femme était subitement tombée amoureuse, sur la décision de Poséidon, d'un taureau dont elle avait eu un fils, le Minotaure. Minos, n'étant pas au courant de l'adultère bestiale que son épouse avait commis, avait cru que cet enfant monstrueux à buste de taureau et à jambes humaines n'était autre que sa propre progéniture.

Constatant sa laideur, Minos aurait voulu abattre le nourrisson, mais il se sentait incapable de mettre un terme à la vie de sa propre descendance et c'est pourquoi il avait fait bâtir par le plus brillant des architectes, mon opposant, Dédale en l'occurrence, un labyrinthe dans lequel il avait fait enfermé le Minotaure.

Pour le nourrir, il faisait venir chaque année sept garçons, et sept jeunes filles d'Athènes, qu'il donnait en pâture à cet animal monstrueux en les enfermant dans ce labyrinthe dont nul n'était jamais ressorti... excepté le célèbre Thésée, qui avait mis fin à ces barbaries par l'une de ses ruses.

Je hochais la tête, comprenant ce qui s'en était pris à moi précédemment, en tentant de m'arracher le bras à l'endroit où il n'était pas recouvert par mon armure.

-C'est au Minotaure que j'ai eu affaire précédemment, je suppose.

-Tu apprends vite.

-Je le crois en effet, répliquai-je alors que je remarquais qu'il tenait dans sa main un fouet d'Or que j'avais entendu claquer dans les dédales où j'évoluais il y avait encore de cela quelques minutes.

Une interrogation s'imposa immédiatement à mon esprit.

-Dis-moi, Dédale, je voudrais te poser une question avant de commencer cette lutte qui nous opposera l'un à l'autre. Comment se fait-il que le labyrinthe ne se trouve plus en Crête?

-C'est judicieux, jugea mon ennemi en me regardant dans les yeux tout en usant du même et impressionnant calme olympien dont il faisait preuve depuis le début de notre rencontre. Figure toi que l'île où tu te trouves n'est autre qu'un bout de la Crête s'étant détaché, à cause d'une des colères de Poséidon qui avait frappé de son trident divin la terre de ce pays. Ce bout de terre a longuement dérivé sur les eaux, jusqu'à ce qu'Arès en prenne possession et en fasse ce lieu maudit des hommes... et des chevaliers. Et c'est bien-sûr ainsi que je me suis retrouvé en tant que Berserker.

-Et pourquoi ne pas avoir refusé ce poste?

-En effet pourquoi? Si tu trouves la réponse, tu me la communiqueras bien vite, car j'en suis à court.

Son ironie me fit esquisser un sourire tant cela n'était pas sans me rappeler la mienne.

-Sincèrement? demandai-je, alors que je commençais, et le plus étrangement du monde, à trouver à mon ennemi un don indéniable pour l'art de la discussion.

-Franchement, c'est parce que Minos m'avait enfermé dans ce labyrinthe suite à la construction de ce dédale, et que je n'avais aucune envie de servir Hadès comme lui, Poséidon car il était indirectement responsable de mon emprisonnement à cause de la passion qu'il avait inspiré à la femme de Minos, où Athéna, pour la simple et bonne raison que j'avais envie de me venger de ce destin que je n'avais pas choisi et que cette déesse refuse ce genre de comportement qu'elle juge inconvenant.

-Je n'apprécie pas plus qu'elle les désirs de vengeance, rétorquai-je.

-Voilà qui est dit, murmura mon opposant en esquissant un sourire mystérieusement terrifiant. Tu sais, Minos m'avait condamné à vivre dans ce labyrinthe pour ne pas me payer mes travaux. C'était un personnage fort sympathique que cet homme.

J'esquissais un nouveau sourire devant les traits d'humour teintés de finesse, comme sa physionomie, de Dédale.

-Mais maintenant, tout cela est terminé, me précisa-t-il. Les envies de vengeance mont passé, et je suis là par envie, par habitude et pour bien d'autres raisons qui ne te regardent pas vraiment.

Il se tut et un silence s'installa entre nous, seulement interrompu de temps à autres par le bruit d'un souffle brûlant contre les parois des murs qui nous entouraient.

J'observais mon adversaire. Étrangement, je ne me sentais pas mal à l'aise avec lui, non, j'avais plutôt l'impression de mêtre mis à son niveau, ni meilleur ni pire que le mien par ailleurs, et de voir ma nature changer étrangement en sa compagnie, comme pour m'adapter à cette atmosphère feutrée et glauque qui régnait tout autour de nous. Et pourquoi avais-je, en sa compagnie, une curieuse impression de déjà vu?

En tous les cas, grâce à ce qu'il m'avait expliqué, je comprenais sa présence sur l'île d'Azura. Minos l'avait enfermé dans ce dédale car il n'avait pas voulu le payer, pas plus qu'il n'avait désiré le voir un jour révéler les plans du labyrinthe à quiconque... et depuis ce jour, il était devenu le gardien de sa propre prison.

Dédale me sourit, releva doucement une mèche de ses cheveux châtains qui était tombée en avant, et se mit à rire doucement, sans que je puisse véritablement savoir si un son sortait bel et bien de sa gorge. Je me rappelais alors soudainement que je n'avais pas tout mon temps, et que malgré la fascination qu'exerçait sur moi ce curieux personnage, je me devais de me hâter.

-En garde, dis-je.

-Oui, Milo, je te mets en garde contre les minutes qui vont suivre et je te souhaite bonne chance, chevalier.

Il recula de quelques pas et s'adossa au mur, tandis que ses mains disparaissaient dans son dos. Je devinais ses doigts fins en train de courir le long des dalles pour tenter de faire fonctionner quelque passage secret dont je n'avais pas idée. Il était aisé de deviner ce qu'il avait dans l'esprit.

-Tu comptes donc faire intervenir le Minotaure, déclarai-je avec ironie. Tu ne tiens donc pas à goûter à mes pouvoirs... étrange attitude pour un Berserker. Je vous croyais avide de bataille, me serais-je trompé?

-Non, en effet, tu as bien cerner la plupart des serviteurs d'Arès, cependant, je ne peux guère me permettre de te toucher, car figure-toi que le Minotaure a faim, ce qui est plutôt normal étant donné que je ne l'ai pas nourri avant la guerre pour que son appétit soit plus excité que de coutume. Je te laisse donc en charmante compagnie.

-C'est ce que je constate, ironisai-je sans me dépareiller de mon sourire sarcastique alors que la situation ne faisait qu'empirer de plus en plus rapidement.

Dédale donna subitement un violent coup de pied dans une paroi du mur qui s'ouvrit et se jeta sur le côté. J'avais à peine le temps de voir les mouvements qu'il esquissait avec une rapidité déconcertante. Il se précipita en avant -dans ma direction-, donnant un puissant coup de pied contre le sol alors qu'il ployait son corps athlétique en arrière pour finalement... s'envoler!

D'immenses ailes d'un rouge sang terrifiant s'étaient ouvertes et mon ennemi stagnait à présent au niveau du haut plafond obscur, me regardant avec indifférence puis laissant ensuite errer ses yeux vers l'entrée noir qu'il avait lui-même créé. Je devinais déjà ce qui allait en sortir quand tout à coup, les torches qui m'éclairaient subitement s'éteignirent, me plongeant de nouveau dans l'aveuglement le plus totale.

Un bruit... un son qui ne pouvait plus me tromper se fit entendre et je reculais d'un pas, saisissant que je n'avais pas prévu la moindre défense face à cet adversaire d'une nature surnaturelle et d'une force, le supposais-je à raison, égale à celle d'un empereur.

Un souffle brûlant ampli la salle, alors qu'au-dessus de moi, je devinais Dédale qui s'était mis à l'abri du monstrueux animal qui allait me dévorer d'un instant à l'autre.

Mon cerveau fonctionnant à toute allure alors que j'entendais sa respiration saccadée humer l'air, comme pour chercher l'endroit où je me trouvais actuellement. J'étais plus petit, et beaucoup moins volumineux, j'allais donc devoir compter sur mon agilité et ma souplesse à m'extraire des feintes qu'il tenterait contre moi. Je ne pouvais guère espérer le semer dans le labyrinthe, car Dédale trouverait probablement le moyen de le guider vers moi... tout se jouait donc maintenant.

J'entendis quelque chose racler le sol, comme s'il se servait de son pays pour battre la terre, trépignant d'impatience à l'idée de fondre sur moi et...

Ca y était! Il venait de partir et se dirigeait dans ma direction, fonçant aveuglement vers la proie que j'étais, en poussant de furieux mugissements à glacer le sang. Étrangement, j'étais heureux de ne pas voir à quoi il ressemblait.

Je mis mes poings en avant, en me précipitais à sa rencontrer car ce n'était plus le moment de reculer.

Un cri effarant, ses poils drues sous mes doigts, son souffle puissant, ses mâchoires qui tentaient de ma happer... la scène me paraissait comme provenue d'un autre monde, d'une autre dimension dont je n'aurais pas fait parti et pourtant, la chaleur du sang se répandait dans mon cou tandis que le monstrueux animal piétinait tout en m'enserrant au niveau de la nuque. Je lui administrais de violents coups mais sa peau de cuir semblait ne rien pouvoir ressentir.

Je m'entendais jurer, crier ou vociférer entre mes dents alors que je sentais mon adversaire contre moi, me repoussant. Mes pieds étaient fermement ancrés contre le sol mais le Minotaure me repoussait avec tant de ferveur que je me rapprochais inexorablement, et bien involontairement, du mur.

Je n'avais jamais eu affaire à rien de tel et je voyais la situation m'échapper sans que je ne puisse rien faire pour la contrôler. Le noir s'étendait autour de moi, et je ne pouvais donc guère deviner ses prochains mouvements, si désordonnés que je les supposais trouvé sur l'instant.

Je poussais un hurlement rauque de douleur alors qu'il venait de saisir ma cuisse droite dans sa bouche et glissais à terre alors qu'il me traînait, mon crâne raclant contre les dalles inégales du sol.

-Restriction! hurlais-je.

Tout se stoppa et je tirais violemment ma jambe hors de sa gueule béante et écumante. Mon armure avait été rendue poisseuse par sa salive et je me relevais, mal assuré sur cette jambe que j'avais failli perdre. Une solution... c'était de cela dont j'avais besoin.

-Eh bien, mon Minotaure!

Un claquement de langue se fit entendre au-dessus de moi, et je reconnus immédiatement la voix murmurante de Dédale. Il volait à présent au-dessus du monstre animal alors que je le regardais par-dessous mes fins sourcils et lui jetais un regard noir et ironique.

L'empereur fit de nouveau claquer sa langue avec humeur.

-Minotaure, je crois qu'il me faut t'aider...

J'observais la scène non sans une certaine appréhension, incapable de comprendre ce qu'il désirait faire. Pour ma part, je savais que mon immobilisation durerait aussi longtemps que je le voudrais, à moins, bien-sûr, que le monstrueux animal ne trouve le moyen de s'y soustraire, ce qui me semblait bien improbable.

Je vis soudainement quelque chose briller dans le noir, alors que j'entendais le bruit de légers battements d'ailes... je plissais les yeux et identifiais immédiatement le long fouet d'Or que je le lui avais déjà vu tenir.

L'air fut brutalement fendu et j'entendis le Minotaure tenter de se débattre, de se ruer alors que Dédale parlait entre ses dents, comme s'il débitait une litanie monocorde et sans sens. Le même son retentit et je compris ce qui était en train de se produire : Dédale fouettait tout bonnement le monstre du labyrinthe... non pas qu'il désirât soudainement se ranger de mon côté, bien au contraire, mais la douleur que provoquait les coups qu'il assénait à l'animal le rendait fou-furieux et donc, capable de se libérer de mon emprise.

-Allez, allez, allez... répétais infiniment de sa voix inexistante et mystique Dédale.

Trop tard!

Le Minotaure poussa un hurlement gutturale à glacer le sang et se rua vers moi, comme si j'avais été la cause des douleurs que lui avais infligé l'habile architecte. Mais je ne devais pas le laisser m'attraper et je me jetai sur le côté, lui échappant de justesse.

Je roulais en boule car replié sur moi-même au travers de la salle, emporté par mon propre élan tandis que le Minotaure essayait de me rattraper. Il me poursuivait, comme si je n'avais rien été de plus qu'une simple balle dont il aurait voulu se saisir.

D'une impulsion précise du genoux je bondissais en l'air, par-dessus mon assaillant, sous le regard médusé de Dédale qui n'avait probablement encore jamais rien vu d'aussi rapide et précis.

Je me jetai dans l'encadrure de la porte que l'empereur du Labyrinthe avait dévoilé à mes yeux pour faire pénétrer le Minotaure dans la salle tandis que le monstre était sur mes talons. Je saisis à une vitesse flirtant avec l'hallucinant et le miraculeux l'énorme et lourde porte de pierre et la claquais avec une violence exacerbée sur cette salle que je venais de quitter.

Je m'appuyais contre et repris ma respiration alors que je sentais le souffle du Minotaure de l'autre côté car il devinait ma présence sans pour autant pouvoir m'atteindre... voilà de quoi l'énerver et occuper ce cher Dédale. Je venais de les enfermer dans leur propre piège, et je m'en étais sorti vivant. Je n'étais cependant pas assez naïf pour croire que cela était définitif, d'autant plus que je ne connaissais pas le chemin du labyrinthe que seul l'empereur lui-même pouvait me révéler. Pourtant, quelque chose me soufflait qu'il n'avait pas envie de me le dire.

J'esquissais un sourire sarcastique alors que j'épongeais du revers de mon bras mon front. Je sentais une vague de sueurs m'ensevelir maintenant que tout était fini... du moins pour les prochaines minutes à venir.

Je commençais à m'éloigner dans le noir, évoluant à tâtons à la recherche d'une idée pour m'extirper de ce piège trop parfait.

* * *

Aiolia

Des mugissements... je ne les entendais pas et pourtant, je les devinais sans pour autant comprendre d'où il provenait.

-Dépêche-toi, Aiolia, la situation doit être dramatique pour ton ami. Tu ne peux pas savoir... me déclara Fomalhaut alors que nous courrions à une vitesse hallucinante.

-Eh bien justement, explique-moi, répliquai-je.

-L'empereur, mon garçon, de ce domaine est probablement l'un des plus ingénieux existant. C'est un homme à l'esprit tortueux et malade qui se complet dans l'ambiguïté. Son temple n'est autre que le labyrinthe du Minotaure, dans lequel, évidemment, le monstre est toujours enfermé. Nul n'en connaît la sortie et il n'a jamais perdu un seul de ses combats d'après la légende.

-Quoi? m'écriais-je, incapable de fournir autre chose que cette exclamation comme réaction.

J'imaginais Milo, en train de courir dans des dédales complexes et infinis, avec à sa suite le monstre légendaire qu'était le soi-disant fils de Minos... c'était impossible, un tel piège ne pouvait pas exister et pourtant, je devais me rendre à l'évidence, le chevalier du Poisson Austral ne pouvant se tromper.

Soudainement, alors que le souffle commençait à nous manquer, apparu à l'horizon une bâtisse aussi gigantesque qu'imposante qui m'ôta toute envie de continuer la discussion que nous avions commencé. Le problème auquel nous allions devoir faire face était de taille, et il nous fallait trouver une solution au plus vite.

-Je suppose que tu n'es au courant de rien quant au chemin à prendre pour sortir vivant du dédale.

Fomalhaut soupira alors qu'il tenait plus fermement Masque de Mort, qu'il portait sur son dos sans même s'en rendre compte.

-Malheureusement non, cependant, je l'ai déjà entendu parlé avec Arès d'un jeu de dalles qui se trouvent au sol et qui entoure la salle principale du labyrinthe... et il me semble bien que si je me retrouvais devant, je pourrais peut-être tenter l'impossible. A condition, bien évidemment, que Milo et toi vous vous occupiez des deux habitants de cet hostile piège.

Je hochais vigoureusement la tête, avec l'impression de dialoguer avec mon maître. Le temple se rapprochait de plus en plus de nous alors que mes pieds ne touchaient plus même le sol de l'île maudite d'Azura. Je sentais l'heure tournée sans que je puisse l'arrêter tandis qu'un sentiment de frustration s'emparait de mon esprit. Le temps nous pressait.

-Je vais laisser ton ami ici, il serait une charge dans le labyrinthe et risquerait d'être une proie bien facile. S'il décide de vivre, il nous suivra ensuite dans les sombres couloirs...

Fomalhaut se frappa du plat de la main le front en secouant la tête avec une mine affectée.

-J'ai oublié de te dire qu'il n'existe pas la moindre once de lumière dans ces couloirs que nous allons devoir traverser... encore un avantage pour Dédale.

-Dédale? répétais-je sans comprendre.

-C'est son nom, rétorqua celui que je considérais comme mon professeur.

Mon coeur battait contre ma poitrine alors que mon compagnon déposait rapidement le corps du chevalier du Cancer à terre, devant la première marche des immenses escaliers de marbre qui s'élevaient devant nous.

Je ne considérais pas avoir encore accompli ma tâche envers Athéna. Certes, j'avais du faire face à Fomalhaut et à l'une de ses attaques, mais je me sentais encore redevable à ma propre cause et c'est pourquoi j'accueillais avec joie le fait de pouvoir accorder mon aide à Milo, qui devait avoir du mal à se dépêtrer des liens dans lequel ce temple avait du le plonger.

Je ne doutais pourtant pas des capacités de mon ami, d'autant plus que je savais sa puissance égale à la mienne, seulement, un seul Berserker d'Arès était dur à gérer alors deux... qui plus est des empereurs, non! Non! Cela tenait véritablement du miracle s'il avait survécu jusque là.

J'étais maintenant devait la porte du temple, une véritable merveille d'architecture dont les moulures me laissaient ébahies par leur perfection, et en poussais rapidement le battant pour finalement découvrir...

Le Noir.

Je me retournais vivement, en même temps que Fomalhaut, alors que la porte claquait avec violence dans notre dos. Je supposais déjà qu'il était inutile de tenter de la rouvrir car le mécanisme avait du être créer pour enfermer le moindre des visiteurs.

-Où es-tu Fomalhaut?

-Ici... et toi?

-Ici!

-Ici où?

-Là, je te dis...

-Qu'est-ce que c'est?cria le chevalier du Poisson Austral.

-Ma main! répliquai-je en manquant de me mettre à rire.

J'entendis mon compagnon soupirer de soulagement et retenir son envie de rire car ce n'était décidément pas le moment.

-Très bien, dit-il. Tout d'abord, Dédale est gaucher, et par déduction, je devine qu'il a du mettre le chemin le plus rapide vers la gauche -c'est du moins ce qu'il disait à Arès.

-Tu les écoutais souvent? m'intéressais-je, comme pour oublier pendant quelques secondes la pénible situation dans laquelle nous étions l'un et l'autre.

-Assez, en fait... c'était comme un instinct. Probablement celui des chevaliers d'Athéna. Tu devrais savoir mieux que personne que je n'ai jamais véritablement quitter votre camp.

Je hochai gravement la tête, devinant qu'il ne pouvait pas apercevoir ce mouvement et m'empressais alors d'acquiescer à voix haute. Fomalhaut... comme il était étrange de me tenir à ses côtés et faire revivre au fond de ma mémoire une partie de mon enfance, qui, grâce à lui, n'avait pas été totalement insupportable. Enfin, il y avait peut-être d'autres instants pour repartir au fin fond de mes souvenirs.

-Nous ne pourrons jamais nous diriger dans le noir le plus absolu alors que le Minotaure est probablement dans les couloirs, déclara le chevalier du Poisson Austral d'un ton pensif.

-Tu as demandé de la lumière? dis-je avec passion. Et bien je vais t'en offrir.

Je levais vivement mon poing en me concentrant alors qu'un sourire qui traduisait la confiance que j'avais en moi se peignait sur mon visage.

-Ligthning Bolt!

* * *

Milo

Un flot de lumière aveuglante envahie soudainement la totalité du labyrinthe et je me plaquais avec rapidité contre un mur, ne sachant pas exactement à quoi j'avais affaire et ce que mes adversaires me réservaient.

Dans ce flot de clarté, je réussis cependant à distinguer à quoi ressembler exactement le dédale dans lequel j'étais plongé avec ces hauts et longs murs gris et poussiéreux, le sol inégale et terreux à certains endroits, les araignées qui courraient le long des fissures formées par l'érosion que seul le temps sait provoquer. Et puis, surtout, je découvrais que même dans la lumière de ce subit éclair, des ombres ne se dissipaient pas, comme si les murs eux-mêmes continuaient de lutter contre la clarté pour déstabiliser les inconnus, où plutôt les inconscients qui étaient rentrés dans ce piège scabreux.

Enfin... je devais me poser une interrogation plus importante, alors que l'obscur prenait de nouveau possession du couloir où je me trouvais... qui avait pu faire ainsi exploser une sorte d'éclair dans un bruit de foudre sans pour autant m'attaquer? Qui hormis Aiolia?

-Aiolia... murmurai-je, alors que ma mémoire me transportait soudainement au jour où je l'avais retrouvé en Espagne, tandis que nous étions sortis l'un et l'autre des dimensions parallèles dans laquelle l'explosion du Mur des Lamentations nous avaient projeté.

Ainsi, le chevalier du Lion avait réussi à s'en sortir et se trouvait actuellement dans le même temple que moi. Je ne manquais de relever l'ironie de la situation car il était bien peu probable que nous tombions l'un sur l'autre au détour d'un couloir.

Enfin, maintenant mes ennemis -qui étaient aussi les siens- avaient du saisir que nous étions deux, et donc, que l'égalité revenait dans cette inégale partie de jeu sadique que Dédale avait commencé, sans mon accord, il fallait le préciser.

Je devais maintenant rejoindre Aiolia, où du moins, tenter de retrouver sa trace au travers de cette toile d'araignée que formait le travail architectural de Dédale. Une fois regroupé, le bon sens et la raison voulait que nous puissions leur tendre un piège et les laisser pour mort.

Je me glissais hâtivement dans un nouveau couloir. J'entendis le grincement d'une porte, probablement venant de la salle principale du labyrinthe, car je me doutais que l'empereur ne mettrait pas beaucoup de temps à rester enfermer dans cette pièce maudite où j'avais frôlé la mort, sans pour autant vouloir tomber dans ses bras. Non, j'étais bien trop fier pour me laisser vaincre, et par un Berserker moins que par quiconque.

J'espérais d'ailleurs que le chevalier du Lion se chargerait du Minotaure, tout d'abord, parce que mon attaque ne faisait que l'exciter davantage et ensuite, car j'avais l'impression que Dédale m'était comme réservé. Et il ne s'agissait pas là de mon orgueil de combattant -bien que- mais plutôt, d'une sorte d'attirance pour le caractère envoûtant de cet homme. J'avais dans l'esprit de l'avoir déjà rencontré quelque part, comme si son visage m'était familier, comme si sa voix susurrante dormait au creux de mon passé, sans pour autant que je me rappelle d'où je tenais ces folles idées.

Un bruit de pas... Je me figeais alors que la personne s'éloignait de moi, tout en me rendant compte que j'allais devoir jouer un quitte ou double. Soit je tombais sur Aiolia, soit je me retrouvais nez à nez avec mes adversaires, toujours en position de force, c'était à souligner.

Une ombre se profila contre le mur qui se trouvait en face de moi et je me retournais vivement, mettant mes bras en croix devant moi pour parer le premier coup... mais je me retrouvais finalement face à l'obscurité.

Je penchais lentement la tête en avant, laissant mon ouïe travailler pour remplacer ma vue inexistante. J'entendais des pas, parfois une sorte de murmure, un bruit de goutte d'eau s'écrasant de façon quasi continue contre le sol, le toit du temple suintant probablement... rien qu'une atmosphère lourde, malsaine, empreinte de pesanteur. Je devais avouer que tout était fait pour plonger les opposants dans une étrange ambiance qui ne me plaisait guère... c'était trop.... obscur? Le mot ne me semblait pas convenir.

C'était trop torturé.

Quelqu'un se rapprochait de moi et je décidais, comme toujours, de prendre le risque plutôt que de rester stoïquement à ma place. Rien ne m'avait jamais effrayé, et ce n'était pas un Minotaure qui allait me déstabiliser et me faire perdre mon impitoyable ironie.

Récemment -même si j'avais l'impression que cela c'était passé des siècles et des siècles auparavant-, alors que je me trouvais sur les marches de mon temple, le jeune Seiya était venu me parler, m'évoquer sa philosophie, que j'avais jugé en rapport avec son jeune âge, et le pouvoir qu'il pensait le plus fort, celui de la pensée positive. Eh bien... j'allais maintenant le tester pour lui rapporter mes impressions. Je devais me persuader que l'être se rapprochant de moi n'était autre que le gardien du cinquième temple du Zodiaque.

Je fixais toute mon attention sur le bout du couloir que je distinguais à peine au travers du voile d'ombre qui habillait mes yeux. Aiolia... Aiolia... Aiolia...

Quelque chose de long commença à se profiler, comme si une ombre se dessinait sur une autre, je sentis l'endroit où je me trouvais devenir plus chaud, comme si un souffle brûlant commençait à remplir l'endroit où je me trouvais et... des naseaux.

Je hochais pensivement la tête, reculant de quelques pas avec lenteur, comme pour mettre à l'épreuve mon propre sang froid. Je devais garder mon self control, à tout prix. De ma raison dépendait ma propre existence et je n'étais pas de ceux qui se laissent succomber à de brusques accès de panique.

-Il aime ta peur, souffla un murmure de voix à mon oreille.

Je bondis en avant, comprenant que Dédale se trouvait derrière moi, alors qu'encore une seconde auparavant, j'étais persuadé d'être encore seul. Mes opposants venaient de me prendre chacun d'un côté et je comprenais que le temps m'était compté.

Dédale et sa silhouette fine et athlétique se dirigeait vers moi avec une lenteur délibérée et qui sciait à l'étrange personnalité dont il faisait preuve en permanence, tandis que le Minotaure se figeait, saisissant qu'une proie lui était offerte.

-Le pouvoir de la pensée positive? ironisai-je à voix basse alors que le visage de Seiya se dessinait sous mes yeux... Ah ça, il est efficace!

Je voyais le fouet d'Or apparaître devant moi et...

Dédale leva la main avec une vivacité que je ne lui aurais pas même soupçonner et m'enroula dans son arme avant d'émettre un bref mais violent sifflement. Je devinais déjà la suite de l'histoire alors que j'étais immobilisé. Le tête du Minotaure se figea, et je le vis se mettre en position de course. Mes yeux faillirent se révulser dans leurs orbites mais je m'accrochais à mon courage pour regarder en face l'animal s'approcher.

Il me chargeait, le cornes en avant, prêt à m'ôter la vie... je devais bouger... je sentais sa chaleur se rapprocher de moi... je devais bouger... je devinais la puissance de ses mâchoires à quelques centimètres de moi... je devais bouger!

A la dernière seconde, alors que les dents démesurées du monstre du labyrinthe allaient s'emparer de mon cou et me briser la nuque, je fis exploser l'étreinte du fouet de Dédale et sautais en l'air, laissant, une nouvelle fois, l'empereur face à son démon. Mais ma liberté fut de courte durée car tandis que je m'élevais dans les airs, j'entendis les battements d'ailes de mon ennemi.

-C'est trop facile, Milo... chuchota-t-il. Electrical Tamer!

Une douleur fulgurante et que je n'avais encore jamais connu s'empara de tout mon corps, projeté en arrière à une vitesse frisant le miracle. Je sentais l'électricité parcourir tout mon corps, m'envahir avec violence et carbonisé l'intérieur de mon enveloppe charnelle tandis que j'allais m'écraser comme une poupée de chiffon contre un mur du labyrinthe.

J'entendis les os de mon dos se briser, ma tête se cogner avec violence tandis que mon corps sursautait en de brusques convulsions provoqués par la décharge qui m'avait été administrée. Je n'avais rien vu venir et je fermais les yeux.

Étrangement, je n'étais pas mort. Je ne savais pas pourquoi, mais je m'étais accroché avec tant de violence à l'existence que même l'Electrical Tamer n'avait rien pu faire contre moi et ma dévorante envie de vaincre. Cependant, je me sentais si faible que battre une paupière m'aurait probablement coûté cette vie à laquelle je tenais tant.

Deux contre un... non... honnêtement, ils se jouaient de moi et de mon infériorité numérique. Mais alors, pourquoi n'arrivais-je pas à détester Dédale? Pourquoi ne parvenais-je pas à enlever ce petit scrupule qui m'empêchait de le frapper. Je n'étais pas homme à me laisser envahir par les remords face à un adversaire, je laissais cela aux hommes comme Shun, non, moi je préférais accomplir mon devoir sans ciller d'une paupière même si je faisais preuve d'indulgence de temps à autre. Pour le comprendre, il n'y avait qu'à voir mon attaque : quinze coups pour laisser le temps de réfléchir.

Je sentais mes cheveux hérisser sur ma tête tandis que mon corps connaissait encore de brusques sursauts nerveux auxquels je ne pouvais rien.

Mon esprit, encore en marche avec ce qu'il venait de subir, ne cessait de dépeindre sous mes yeux le portrait de Dédale, de celui que j'allais devoir tuer au nom d'Athéna et des hommes qui comptaient sur moi. Évidemment j'allais le faire... même si quelque chose, un minuscule lien au fond de moi, me retenait en quelque sorte de le faire.

-Je... tu... ?

Cette voix n'était que celle de Dédale, et si je reconnaissais bien là son murmure, c'était la première fois que je le découvrais hésitant. C'était un homme que j'imaginais, à mon instar, en permanence maître de lui et de ses sentiments et soudainement... je le sentais vaciller, pour les mêmes raisons que moi.

Alors que mon corps était encore parcouru de temps autres d'une convulsion, je tentais néanmoins, en m'appuyant sur ma force et mon courage, de me relever. Mes doigts essayaient de prendre appuie sur les murs glissants et de s'agripper à une quelconque fissure sans pour autant y parvenir. Cependant, je réussi à me retrouver sur mes pieds, tanguant étrangement d'avant en arrière.

-Milo... normalement tu devrais être mort, déclara Dédale avec lenteur.

-Tu vois bien que non, répliquai-je, peu enclin à la patience alors que la mort me regardait de ses yeux langoureux.

-Non, reprit doucement l'empereur. Je crois que tu ne comprends pas. J'aurai pu te tuer il y a de cela quelques secondes, seulement, je n'ai pas voulu. Je pourrais encore t'ôter l'existence si je le désirais, simplement, quelque chose à ton sujet me tracasse et je n'arrive pas à savoir quoi.

-Quoi? interrogeais-je alors qu'un sourire ironique fendait mon visage tandis que mes yeux myosotis s'éclairaient d'une lueur sauvage. Ne cherche plus : Immobilisation!

Dédale eut un mouvement de recul mais il était trop tard pour échapper à l'emprise du Scorpion. Il était temps pour moi de remettre le combat à mon avantage, simplement... je me retournais vivement, sans pour autant baisser l'acuité de l'attention que je portais à l'empereur.

Où était passé le Minotaure? Je ne l'entendais plus et je devinais donc sans peine qu'il avait du sentir la présence d'Aiolia dans les couloirs et qu'il comptait bien en faire son affaire. Je lui souhaitais bien du plaisir et comprenais que la bataille tournait à notre avantage. Seulement, j'étais loin d'être un novice et je savais mieux que personne combien une fraction de secondes pouvait être décisive durant un combat.

-Tu vas maintenant subir la piqûre de l'Aiguille Ecarlate, Dédale... prépares-toi!

Je tendis mon index en avant tandis qu'une boule de cosmos rouge s'ajoutait au bout de mon ongle, comme une boule de venin prête à déferler sur mon opposant au gré de ma volonté.

-Et voici le premier coup!

* * *

Aiolia

Des couloirs sombres, des toiles d'araignées, une ambiance à la limite de la pesanteur et du soutenable... tout cela formait un décor qui se fondait parfaitement avec l'île d'Azura. Et dire que je me trouvais en ce moment même chez un empereur, j'avais presque du mal à y croire.

-Il faut accéder à la salle principale, murmura Fomalhaut, persuadé tout comme moi que les murs eux-mêmes étaient capables d'entendre nos conversations.

-Ah oui? Et comment? demandai-je avec un brin de sarcasme.

-Je ten prie, ce n'est pas le moment de faire de l'ironie! rétorqua mon compagnon. Il faut agir vite et bien, plus on reste dans le labyrinthe, plus ils prennent de l'avantage.

-Alors, pourquoi faut-il absolument trouver le centre du dédale, plutôt que d'essayer d'accéder à la sortie? interrogeais tandis que je me glissais dans un nouvelle interstice de ce piège macabre, suivi de près par Fomalhaut.

-Tout bonnement car on ne peut pas trouver d'issue à ce labyrinthe, c'est impossible. Alors que depuis la salle principale, il existe un moyen d'ouvrir toutes les portes secrètes et dérobées des murs. Tout est dans le jeu des dalles.

-Le jeu Dédale? demandai-je alors que je ne comprenais plus.

-Le jeu des -plus loin- dalles !!

-Ah! fis-je en hochant la tête. Si je comprends bien ton plan, je m'occupe du Minotaure et toi de la sortie.

-C'est une équipe qui marche!

-A qui le dis-tu! rétorquai-je alors que mes yeux furetaient les ombres car je venais de percevoir un bruit étrange que j'identifiais comme une marche, où plutôt une course. Il arrive!

* * *

Milo

-Cinquième coup! criai-je, tandis que Dédale subissait sans ciller mon Aiguille Écarlate.

Je voyais la douleur se répandre sur ses traits mais pas le moindre son franchissait ses lèvres closes. J'admirais sa fierté et son orgueil, probablement car j'étais pourvu du même et que je comprenais trop bien son attitude, que l'on pouvait juger noble face à la souffrance -une souffrance que je provoquais avec toute la force dont j'étais capable, ce qui n'était pas peu dire.

-Eh bien, vas-tu me le dire? répétais-je pour la énième fois tandis que je voyais les yeux d'un violet éclatant de Dédale se poser sur moi avec une ironie au moins égale à la mienne. Je te laisserai la vie sauve si tu me révèles ce que je désire savoir, sinon, tu périras sous mes coups.

L'empereur tenta de hausser les épaules mais la douleur que j'avais fait naître en lui était si intense qu'il n'en était pas même capable.

-Milo... pour qui me prends-tu? murmura-t-il en serrant les dents. Si je dois mourir de ta main, ce qui m'étonnerait déjà beaucoup, cela n'a guère d'importance, car tu décéderais à ton tour dans ce génie d'architecture que j'ai dressé. Personne n'en ai jamais ressortir. Personne sauf...

Je vis les traits de son visage se contracter sans pour autant perdre cette mine mystique qui flottait en permanence sur lui.

-Sauf? repris-je, pour l'inciter à me parler, et peut-être à l'amener sur la voie de la réponse à mon interrogation car je n'étais pas enclin à la patience.

Dédale pencha la tête en avant dans un mouvement rendu saccadé par mon immobilisation avant de me jeter un vague coup d'oeil.

-Sauf Thésée. Thésée, l'ancien chevalier d'Or du signe de la Balance. Je l'ai rencontré durant la dernière guerre sainte qui opposa Arès... à Athéna bien entendu. Son intelligence, son calme, sa sagesse n'avait aucun égale, je dois le reconnaître.

Étrangement, le visage de Dohko s'imposa immédiatement à mon esprit. J'imaginais exactement Thésée semblable au Vieux Maître.

-Sa ruse était incroyable, d'autant plus qu'Athéna lui avait donné une bobine de fils avant qu'il ne pénètre dans mon dédale, si bien qu'il la déroulait pour pouvoir ensuite retrouvé l'entrée du labyrinthe et en ressortir comme il en était venu. Mais il n'en a finalement pas eu besoin étant donné qu'il a trouvé où se situait la véritable issue. Thésée était un chevalier admirable, et je doute que tu ne parviennes un jour à l'égaler vous êtes trop différents. Tu es trop... ironique, sûr de toi pour y parvenir. Douter est parfois nécessaire Milo, car la remise en cause amène souvent à la solution.

Je hochais longuement la tête.

-Je n'ai pas de conseil à recevoir d'un homme tel que toi.

-Tel que moi? Un Berserker veux-tu dire, ni pire ni meilleur que toi, chevalier. Tu défends une cause que tu crois juste, j'en choisi une autre pour des raisons que tu ne connais pas même, chacun ses choix, mais cela ne veut pas dire pour autant que les miens sont les mauvais.

-Tuer des millions de personnes n'est pas un crime en soi d'après toi? rétorquai-je car je n'étais pas quelqu'un qui perdait facilement les joutes verbales.

-Ce n'est pas moi qui fait cela, mais Arès, mon maître.

-Le soutenir revient à soutenir ses actions, non?

-Sans le moindre doute... cependant, je ne m'intéresse guère à ce qu'il fait. Je suis ici pour quelqu'un d'autre, quelqu'un que tu ne connais pas. Ne cherche pas à en savoir plus.

J'esquissais un sourire.

-Peu importe tes raisons, en effet. Tu es du mauvais côté de la frontière, un point c'est tout.

-Il n'y a que toi qui voit une frontière entre nous, Milo.

-Oui, celle qui sépare les justes des injustes, les bons des mauvais. Je ne prétends pas être meilleur qu'un autre, posséder une sagesse incomparable, et j'en suis même très loin, seulement, contrairement à ceux qui manquent de volonté, j'ai décidé de défendre les autres, de leur donner la chance de vivre en paix et non pas de les détruire. Il n'y a pas de justification à tes actes. Peu importe pourquoi tu es ici... tuer reste toujours tuer et c'est un crime impardonnable.

-Tu comptes pourtant me tuer.

-Oui, contre des millions d'autres vies innocentes. Je détruis la cause du mal, pas un être humain.

Dédale hocha la tête et je l'observais. Je me sentais soudainement envahit d'un courant de nostalgie que je n'arrivais pas à m'expliquer tandis que le regard violent et intense de mon ennemi s'était posé sur moi. Il avait les idées claires, une volonté incroyable que l'on ne pouvait pas plus faire vaciller que la mienne... notre ressemblance était étonnante.

C'est alors que je me rendis compte que sur nos deux visages apparaissaient des demi-sourires que seul l'amitié peu autoriser. Je me sentais pourtant proche de lui, même si nos idées étaient radicalement opposées, nos irascibles personnalités se rejoignaient. J'avais déjà ressenti cela une seule fois, avec quelqu'un, mais je n'arrivais plus vraiment à me rappeler, c'était trop loin dans ma mémoire, trop profondément enfouie sous des souvenirs d'entraînements, de guerres... je comprenais subitement ce qui avait empêché Dédale de me porter pleinement son "Electrical Tamer" dont je ressentais encore les effets car mes jambes n'avaient cessé à aucun moment de trembloter.

-Trop tard, sussura l'empereur, Violent Eviction...

Je me sentis soulever de terre tandis que je perdais la totalité de mon emprise sur lui en une fraction de seconde, puis projeter à toute allure contre les murs.

C'était maintenant mon tour d'être à sa merci.

* * *

Aiolia

La sueur coulait le long de mon dos, sur mon front, alors que le Minotaure chargeait sur moi avec une agressivité et une fureur que je lui connaissais maintenant bien. Par deux fois déjà, il s'était jeté sur moi, se précipitant la tête en avant pour m'empaler sur ses puissantes cornes qui me laissaient le souffle court. Et je devais reconnaître que j'avais du mal à lui échapper.

Je m'élançais à sa rencontre, alors que Fomalhaut tentait toujours de garder son calme afin de nous guider vers la salle principale du labyrinthe.

Je n'avais peu de possibilité c'était le corps à corps ou ma mort... le choix que l'on me laissait me paraissait donc bien aisé à prendre.

Mon coeur battait à tout rompre dans ma poitrine, je sentais mon estomac se nouer sous l'effet de l'excitation du guerrier alors que mes jambes me portaient si vite que j'avais l'impression de voler vers mon opposant... la collision était pour bientôt... je... il...

Je le saisis par les cornes de toute la force de mes bras tandis qu'il luttait pour me repousser et finir par m'empaler contre un mur mais je l'avais saisi trop violemment et avec trop de difficultés et de risques pour le lâcher maintenant que je le tenais.

C'était à lui de reculer, de rebrousser chemin. Mes genoux ployèrent sous l'effet du poids de l'animal légendaire auquel j'étais en train de m'opposer. Je sentais tous mes muscles saillirent tandis que je serrais compulsivement mes mâchoires. Sa puissance était incroyable, je n'avais jamais vu cela... il n'y avait plus aucun doute, j'avais bien affaire au Minotaure.

J'entendis mon ennemi pousser un vagissement strident qui allait me percer les tympans, alors que de ses naseaux s'échappait une fumée brûlante qui trahissait sa rage, pour ne pas dire son hystérie de se retrouver ainsi contrer.

Je m'accrochais avec plus de force à ses cornes, sentant les os de mes doigts blanchirent sous l'effet de l'effort inhumain que j'entreprenais. Je voyais de l'écume apparaître à sa gueule mais je n'y accordais guère plus d'importance car je ne devais pas me laisser impressionner.

Ne pas céder... ne pas céder... j'étais un chevalier d'Or... un défenseur d'Athéna... le gardien de la cinquième Maison du Zodiaque.

Je serrais les dents jusqu'à les entendre grincer tandis que je devinais mes muscles prêts à exploser sous l'effet de la pression que je maintenais pour bloquer le Minotaure.

Athéna... j'étais Aiolia... je devais gagner... le chevalier du signe du Lion... un défenseur de la justice...

Le Minotaure commençait à reculer! Je n'arrivais pas à y croire et le brusque accès de joie qui m'envahit ne m'empêchait pourtant pas de continuer à le pousser en arrière. Mon corps était pareil à la corde de l'arc de mon frère Aioros, et je savais que je devais tenir à tout prix, sinon, je mourrai dans ce corps à corps invraisemblable. Il perdait du terrain... je devais me maintenir, ne pas me relâcher pour l'amour d'Athéna et des hommes, je devais résister à cette force sauvage qui voulait me contrer.

Avancer... avancer... avancer... j'allais y arriver... j'allais le bloquer... je le sentais faiblir, devenir ma proie et...

C'était le moment où jamais! Je lâchais l'une de ses cornes et plaquais ma main contre son abdomen à une telle vitesse qu'il ne se rendit compte de rien.

-Ligthning Bolt! criai-je alors que mon éclair foudroyant sortait de ma main et projetait l'animal dans un torrent de lumière contre le mur qui terminait le couloir où nous nous trouvions.

Je jubilais. Le Minotaure retombait à terre, inerte, peut-être même mort, peu importait car je savais maintenant comment le bloquer... mais vu l'énergie que je venais de dépenser, je ne savais pas si j'en étais encore capable.

-Vite Aiolia, je viens de comprendre comment fonctionnait certains couloirs... regarde, on peut trouver des pierres coulissantes, ce qui nous permet de voir la suite du Dédale sans même s'y engager. Dépêche-toi!

Je soupirais et jetais un vague coup d'oeil à mon ennemi, évanoui à quelques mètres devant moi. Je n'avais pas le temps de l'achever, et je comprenais que c'était une erreur, mais Milo avait peut-être besoin de nous et notre priorité était de trouver la sortie de cet enfer. Je me demandais d'ailleurs soudainement comment Fomalhaut était-il capable de comprendre ce labyrinthe.

-Comment peux-tu avoir l'esprit assez tordu pour saisir quelques clés de cet édifice?

-Je l'ai bien eu assez fou pour entrer dans les rangs des Berserkers... alors pourquoi pas me frotter au tortueux Dédale?

Je fermais les yeux en signe d'approbation tandis que le visage d'Athéna se dessinait dans mon esprit. Le temps nous était compté, comme toujours.

-En route! dis-je alors que mon ami s'élançait déjà dans le noir dans une direction qu'il avait du étudier.

J'admirais son intelligence, sa faculté à garder son sang-froid, à rester stoïque face à l'éminence du danger tandis que mon sang ne faisait qu'un tour au moindre signe de provocation. J'étais passionné, il était raisonné... nous étions très différents et pourtant, parfaitement complémentaires en ces instants difficiles.

J'allais m'élancer à sa suite quand un bruit sourd monta soudainement à mes oreilles, un son énorme accompagné par une forte odeur animal et une chaleur bestiale... le Minotaure!

Il était derrière moi! J'allais être empalé!

Tout se succéda alors en une fraction de secondes, aussi bien dans mon esprit que dans la réalité.

Je n'eus pas le temps de me retourner que déjà, l'animal légendaire fondait sur moi. Aveuglé par le noir, je devinais pourtant sa forme et fermais les yeux, saisissant, alors que j'étais toujours de dos, ses cornes dans mes mains. Je concentrais mon énergie à son paroxysme, atteignant une apogée que seuls les chevaliers d'or sont capables de connaître, je sentais ma force exploser à l'intérieur de mon être pour finalement venir se concentrer au creux de mes mains.

Je serrais compulsivement la mâchoire, tandis que je n'ouvrais toujours pas mes paupières. Le Minotaure tentait de me faire avancer, de me coller au mur, mais je ne bougeais pas, aussi immobile qu'une statue aurait pu l'être. Je devais à tout prix le vaincre.

Lentement et alors que mes muscles se contractaient exactement comme précédemment, je m'arquais sur mes jambes, ployant mes genoux et balançant mon dos en arrière et... je commençais à soulever le Minotaure!!! Je n'arrivais pas à croire ce que j'étais en train de faire tandis que le regard halluciné de Fomalhaut était posé sur moi.

La monstrueuse bête se débattait mais je la tenais maintenant au-dessus de ma tête, comme par miracle alors que ma concentration et mon excitation étaient à leur comble.

-Prend ça! criai-je subitement en rouvrant les yeux et en projetant avec toute la force qu'un guerrier de ma trempe était à même de dégager contre le mur.

L'animal bascula en avant avec une telle violence, une telle puissance, une telle allure, fracassant le sol jusqu'à en briser les dalles, que ses deux cornes ensanglantées restèrent dans mes mains. Je jetai ces dernières prêt de son corps inerte.

-Extraordinaire... murmura le chevalier du Poisson Austral, ébahi avant de m'attraper le bras. Ne restons quand même pas là.

Et il m'entraîna alors en avant. Par cette phrase et par ce geste, je venais de comprendre tout ce qu'il tentait de me transmettre.

Je venais probablement de déclencher une rage que je n'étais pas certain de pouvoir endiguer.

* * *

Il se leva de son trône avec brusquerie, manquant de le faire tomber dans ce mouvement compulsif.

Prêt de lui, deux ombres s'agitèrent et levèrent les yeux sur lui avant de se regarder l'une l'autre.

-C'est à cause d'Aiolia... commença une première voix.

Le Dieu de la guerre hocha lentement la tête tandis qu'un sourire se dessinait sur son visage. Ses yeux d'un bleu presque transparent s'éclairèrent étrangement, prenant une luminosité qui n'apparaissaient d'ordinaire que lorsqu'il se trouvait sur les champs de bataille, au coeur même des massacres.

-Que se passe-t-il? demanda la seconde voix, identique à l'autre même si elle n'appartenait pas à la même personne. Ils ne sont pas encore sortis du labyrinthe.

-Vous pensiez au chevalier du Lion, n'est-ce pas? demanda pensivement la première personne.

Le sourire d'Arès s'accentua sur son visage.

-Et que vous disiez-vous, majesté?

-A propos d'Aiolia? demanda le dieu de la guerre. Magnifique. Ce chevalier est tout simplement magnifique. Non, mieux, les chevaliers d'Athéna sont tout bonnement époustouflants.

* * *

Milo

Je gémissais de douleur alors que je me trouvais de nouveau dans la salle principale du labyrinthe. Devant moi, Dédale était penché en avant, du sang coulant des plaies béants que je lui avais moi-même infligé.

Si je me trouvais de nouveau au coeur de cet édifice sorti d'un esprit malade, c'était tout bonnement car la Violent Éviction m'avait projeté au travers des murs du labyrinthe. Et Dédale n'avait pas pu faire autrement que de me suivre, malgré sa difficulté à marcher qu'il avait été contraint de surmonter. Mais j'étais très loin d'avoir dit mon dernier mot et je devais me reprendre en mains, si toutefois tenir sur mes jambes était quelque chose de possible.

Je trébuchais tandis que je sentais l'intérieur de mon corps calciné... depuis combien de temps ne m'étais-je pas senti aussi mal? Une image s'imposa immédiatement à mon esprit : je me voyais tombé indéfiniment vers la terre, après des semaines entières d'errance dans des dimensions lointaines pour finalement venir m'abîmer au coeur de l'Afrique. Si cette journée avait été dure, celle-ci était cruelle. J'esquissais un sourire ironique malgré ma douleur.

-Je n'ai plus envie de plaisanter, déclara subitement l'empereur.

-Tiens donc, je ne t'ai pas vu beaucoup rire tandis que je te frappais, répliquai-je du tac au tac alors que mon ennemi retint le sourire qui lui venait aux lèvres.

-Alors il va falloir remédier à cela.

Dédale se précipita sur moi, m'attrapant au collet... du corps à corps? Parfait, je n'attendais que cela.

Je sentis soudainement dans ma mâchoire un violent coup et rétorquai immédiatement en lui envoyant mon genoux dans l'abdomen. Je le saisis à vive allure aux épaules, alors qu'il adopta instinctivement la même position. Nous luttions l'un face à l'autre, prêt à tout pour remporter la victoire, serrant les dents et plongeant nos yeux dans le regard de l'autre... Ses yeux violets, je ne les avais jamais oublié.

Je faillis relâcher la pression sous le coup de cette phrase qui venait de sortir de mon esprit, mais continuais le combat, comprenant cependant que mon adversaire m'étant étrangement familier.

Qui était-il? Maintenant, je n'avais plus de doute, je le connaissais. Venait-il du Sanctuaire? Avait-il été un élève que j'avais déjà croisé et avec qui j'avais noué une quelconque amitié durant mon enfance? Non... non... le souvenir aurait été moins confus. Je savais pourtant que je ne me trompais, ce visage, cette voix, ce style, je le connaissais, cela ne faisait à présent plus le moindre doute, cependant, je n'arrivais pas à fouiller assez profondément ma mémoire, peut-être tout simplement parce que j'étais en train de former dans ma main une boule d'énergie que je lui envoyais au visage.

Il fut projeté contre le mur, sa tête cognant de plein fouet les épaisses pierres qui nous séparait du reste du labyrinthe. Il s'écroula à terre, sans pour autant pousser le moindre gémissement avant de tenter, tout comme moi quelques secondes auparavant, de se remettre debout. Étrangement, j'avais l'impression que nous ne nous battions pas comme nous l'aurions du. Nous jouions l'un et l'autre à la tactique du coup pour coup, sans pour autant chercher à dépasser notre ennemi.

Je hochais lentement la tête alors qu'il s'appuyait sur ses mains pour tenir sur ses jambes.

-Mais qui es-tu Dédale?

Il esquissa un sourire sardonique qui ressemblait aux miens tandis qu'une tâche de sang apparaissait dans ses cheveux châtains.

-L'empereur de ce domaine. La question que tu te poses Milo, c'est qui es-tu toi?

Il n'avait pas tort car au travers de lui, j'avais dans l'idée de me chercher moi... mais comment était-ce possible?

-Cela n'a guère d'importance, déclarai-je, formant une seconde décharge d'énergie entre mes doigts alors que Dédale m'imitait avec une rapidité déconcertante.

-Vraiment? Alors pourquoi ressens-tu ce besoin de me parler?

D'un même mouvement, et sans que je prenne le temps de répondre à cette interrogation, j'envoyais en même temps que lui une boule d'énergie. Nos deux puissances commencèrent alors à stagner entre nous, sans qu'aucun des deux ne parviennent à repousser l'autre. Nous venions de nous engager dans une opposition qui risquaient de durer bien plus longtemps que nous ne l'aurions souhaité.

J'intensifiais ma cosmo-énergie tandis que des gouttes de sueurs venaient perler à mon front, à l'instar de mon ennemi. Notre énergie provoquait enfin de la clarté dans ce lieu obscur où nous évoluions et je voyais assez distinctement les traits de son visage.

C'est alors que le sol se mit à trembler, nous secouant avec violence tandis que nous nous devions de garder notre équilibre pour ne pas atteindre notre concentration. Quelque chose faisait tanguer les pierres de la salle, le toit même semblait prêt à s'écraser sur nos têtes.

-Que se passe-t-il? criai-je à mon adversaire dont le regard semblait soudainement fiévreux.

-Ton ami a du réellement réveillé le Minotaure...

-Ce qui signifie?

-Qu'il va devoir répondre de ses actes.

A ce moment, nos énergies explosèrent, se mélangeant au bruit sourd qui paraissait provenir de tous les couloirs à la fois, et je fus projeté en même temps que Dédale à l'autre bout de la salle, inerte et en sang.

* * *

Aiolia

Fomalhaut et moi, d'un même poing, frappions avec violence et détresse la porte de la salle que nous supposions être le coeur du labyrinthe.

-Mais ouvre-toi, ouvre-toi! criai-je tandis que des pierres commençaient à s'effondrer du toit et que les murs manquaient de venir s'écrouler sur nous.

Nous l'entendions courir, rugir, taper du pied dans sa folie. Je le devinais en train de se guider à l'odorat, faisant fi de sa douleur provoquer par l'absence de ses cornes que je lui avais arrachées.

-Vite! hurlai-je alors que la porte refusait de céder, comme si quelqu'un la bloquait.

Fomalhaut en sueurs à côté de moi, tâta brusquement les pierres.

-Nous sommes en face d'une entrée dérobée, déclara-t-il avec un calme qui me rassurait tout en m'effrayant car j'entendais le Minotaure se rapprocher. Ce n'est pas l'entrée principale et il faut comprendre comment elle fonctionne... ce doit être une porte avec mécanisme.

Il murmurait presque et se tenait le menton du bout des doigts, comme pour s'aider à réfléchir.

-J'ai besoin de calme, dit-il.

-Et moi, j'ai besoin de vivre! rétorquai-je alors que j'aurais aimé voir sa sérénité me gagner.

Les doigts du chevalier du Poisson Austral se mirent à courir le long de pierres tandis qu'il semblait psalmodier quelques formules magiques qui ne me parvenaient que par bribes.

Autour de nous, le chaos semblait avoir pris possession de l'endroit, tout tombait, s'entrechoquait, tant le monstre était entré dans une rage, une fureur que je me sentais bien incapable d'imaginer. Pour la première fois de ma vie, je sentais quelque chose qui devait ressembler à de la peur.

Et tout à coup... je sus qu'il n'était plus qu'à deux couloirs de nous.

-J'ai compris! cria Fomalhaut. Cette minuscule inscription en dialecte crétois ancien nous donne la réponse... il y a un mot de passe, et celui-ci est le nom de l'empereur.

-Dédale, dis-je.

Rien ne se produisit alors que le Minotaure se rapprochait de plus en plus et que je sentais mon esprit prêt d'imploser.

-Dédale! Dédale! Dédale! criai-je à l'unisson du chevalier du Poisson Austral alors que nous ne voyions rien se produire.

-Ce doit être un pseudonyme que Dédale! Ce qu'il nous faut c'est son vrai nom, enchaîna Fomalhaut alors que je devinais que se voix manquait de se briser car le peur le gagnait aussi, même s'il faisait preuve d'un calme olympien.

-Milo? hurlai-je. Je sais que tu es là-dedans!

-Oui? entendis-je.

-Comment s'appelle réellement Dédale! Nous allons mourir! Vite! Comment s'appelle-t-il? hurla Fomalhaut dont les nerfs étaient mis à aussi rudes épreuve que les miens.

-Comment te nommes-tu?! s'écria le chevalier du Scorpion, à l'intérieur de la salle où nous désirions tant rentré. Parle! Mais parle!

Je devinais Milo en train de saisir au collet l'empereur et hurlant cette question de laquelle dépendait nos vies.

-Le Minotaure! hurlais-je soudainement alors qu'il apparaissait au fond du couloir, la gueule ravagée par la haine, les yeux fous de fureur et de douleur, le corps vibrant de violence et d'excitation.

-Vite! hurla Fomalhaut! Vite le voilà!

-Comment t'appelle-tu? Comment? hurla Milo à son tour gagner par la frayeur que provoquait l'effondrement de labyrinthe et l'arrivée du Minotaure qui prenait de l'élan pour nous charger.

-Ton nom! Ton nom! Ton nom!

Nous hurlions tous en même temps, incapables de nous contrôler.

-Je m'appelle Ménélas!

Et la porte s'ouvrit.

* * *

Milo

Aiolia et un garçon aux cheveux verts et aux yeux noisettes -que je reconnus immédiatement comme étant ce cher Fomalhaut, ancien ami d'Aioros et de Shura - entrèrent dans la pièce, claquant la porte derrière eux et s'appuyant contre pour empêcher le Minotaure, qui la chargeait avec fureur, de rentrer dans la salle.

Mais je n'avais pas le temps de me demander ce que Fomalhaut faisait ici, dans une cuirasse de Berserker... car j'avais en face de moi quelqu'un que j'avais cru perdre à jamais et que je retrouvais dans d'odieuses conditions.

-Ménélas... répétais-je doucement, faisant fi du fait que le labyrinthe s'écroulait sur nous.

Il hocha lentement la tête...

-Lui-même.

Je passais ma langue sur mes lèvres et jetais un coup d'oeil à mes deux compagnons qui maintenaient de toutes leurs forces la porte fermée en s'encourageant mutuellement. Fomalhaut dit quelque chose à Aiolia avant de s'accroupir par terre et de commencer à toucher les dalles. Maintenant, le chevalier du Lion était le seul à contenir le Minotaure. Tout autour de nous, le piège architectural continuait de s'écrouler, mais le temps s'était suspendu pour moi.

-Tu ne te souviens pas de moi? dis-je lentement.

-Je devrais. Je sais que je devrais me souvenir de toi, mais ma mémoire, mes souvenirs sont trop lointains. Mais de toute manière cela ne change rien, je suis un Berserker, et cela fait bien longtemps que j'ai renoncé à éprouver des émotions en combattant. Et l'heure de ta mort se rapproche.

-Au contraire, Ménélas, cela change tout, murmurai-je, adoptant sans même m'en rendre compte son propre ton de voix.

-Pourquoi?

-Parce que. Lorsque tu m'as rencontré, je ne m'appelais pas Milo, je n'avais pas de nom... si on m'a donné ce patronyme, et c'est d'ailleurs Fomalhaut, l'homme que tu vois qui me l'a trouvé, c'est parce que je vivais sur une île du même nom. Une île que tu connais bien.

Alors que le visage de Dédale se décomposait lentement, des fragments de mon enfance me revenaient en vrac. Cette période que j'enterrais derrière mon ironie ressortait subitement : le suicide de ma mère, ma solitude alors que je vivais comme un sauvage, un vagabond sur les plages... et surtout, l'arrivée de Ménélas, qui avait tout changé. Il avait été mon meilleur ami, et surtout mon guide, il m'avait appris la vie, les sentiments et surtout à aimer les hommes, les autres alors que je les haïssais pour ce qu'ils avaient fait à mon destin.

Souvent, alors que je grandissais dans le Sanctuaire après être parvenu à quitter mon île, une nouvelle fois grâce à mon ami puisque j'avais essayé de le suivre alors que ses parents ne voulaient plus habiter sur l'île et rejoignaient le continent, je m'étais demandé ce qu'il était devenu. Je l'imaginais avec une famille, des amis étant donné son incroyable caractère. Et je me rendais compte que je m'étais trompé, puisqu'il était un Berserker, et probablement l'un des êtres les plus puissants du monde.

Comment la vie avait-elle pu le faire changer de cette manière?

D'une certaine façon, j'avais toujours su que nos destins étaient liés l'un à l'autre, sans doute parce que c'était grâce à lui que j'étais devenu l'homme qui se tenait debout, sous ses yeux. Il m'avait tout offert, me donnant une leçon de vie spectaculaire que je n'avais jamais oublié, et pour toujours, il était resté mon plus cher ami, même si, Aiolia était rapidement rentré dans ma vie pour devenir mon confident.

Je plongeais mon regard dans le sien. Jamais je n'avais oublié ce violet si intense, alors qu'il m'observait quand je n'étais qu'un enfant sauvage. Il avait toujours été ainsi, fort, presque mystique...

-Ce n'est pas possible, murmura Dédale alors qu'il secouait la tête, sans vraiment savoir comment réagir.

-En effet.

* * *

Aiolia

Et tout à coup... la porte céda.

Je fus projeté en arrière, à des mètres et des mètres, raclant le sol et provoquant, à cause de mon armure un inquiètent bruit de crissement. Ma tête se cogna avec violence contre un mur, déjà largement ébranlé, manquant de m'assommer et rendant ma vue floue pendant quelques secondes. Ce qui ne m'empêcha pourtant pas de voir toute la scène.

Le Minotaure déboula dans la salle principale et m'aurait sans doute happer dans son énorme mâchoire si seulement je n'avais pas dérapé au travers de toute la pièce... et c'est pourquoi il focalisa toute son attention sur Fomalhaut.

Il fonça sur lui, la gueule béante, tandis que le chevalier du Poisson Austral essayait toujours de déplacer les dalles. Et malheureusement, il ne vit le monstre qu'à la dernière seconde, alors que celui-ci l'attrapait par son dos entre ses énormes dents.

Fomalhaut poussa un hurlement de douleur alors que j'entendais sa cuirasse se briser -ce qui ne manquait pas de me faire penser que cela aurait pu arriver à mon armure, puisque les cloth étaient de même résistance que les protections d'Arès. Ensuite, j'entendis confusément un mugissement, un autre hurlement, et je vis du sang couler à l'instant même où je reprenais mes esprits.

-Non! criai-je, tu ne le tueras pas!

Je bondis sur mes jambes, sentant cette colère qui me servait si souvent durant mes combats me tenailler le corps et courrais à la rencontrer du Minotaure.

Fomalhaut tenait toujours grâce à ses mains une dalle, tandis que le monstre de légende l'avait soulevé du sol par ses jambes qu'il tentait de dévorer. Celui que je considérais comme mon maître se débattait de toutes ses forces et j'allais lui venir en aide. Je me jetais contre le dos du Minotaure, enserrant son énorme poitrail et bien décidé à le lui faire exploser.

Je poussais un hurlement pour m'aider à faire grandir en moi toutes les forces de mon cosmos tandis que Fomalhaut faisait éclater sa propre énergie. Nos mugissions maintenant tous les trois, sans plus réfléchir, sans plus comprendre ce qui se passait autour de nous tant la force des autres étaient grandes et nous aspirait presque.

Je sentis soudainement quelque chose m'enserrer la taille, ce qui me sortit pendant une fraction de seconde de ma concentration... c'était Milo! Le chevalier du Scorpion accourait à notre aide et se jetais dans la mêlée sans la moindre hésitation, je reconnaissais bien là mon meilleur ami.

Et... par Athéna! Une autre force se liguait avec nous pour tenter de sauver le chevalier du Poisson Austral... mais, n'était-ce pas Dédale qui venait d'attraper Milo à la taille et le tirait en arrière?

-Que nos cosmos ne forment plus qu'un! hurla le gardien de la huitième maison du Zodiaque.

-Athéna, prêtez nous la force! renchéris-je dans un cri autant de douleur que de rage.

-Ne tirez pas! hurla Dédale, Vous allez arracher les jambes de votre ami. Poussez le, poussez-le!

D'un même mouvement de tête, nous sûmes, Milo et moi, que nous pouvions lui faire confiance. Au summum de notre force, à l'apogée de la puissance que nous pouvions dégager, nous inversâmes notre mouvement, déclenchant une telle puissance que le Minotaure lâcha Fomalhaut, dont les jambes ensanglantées ne l'empêchait pourtant pas de reprendre immédiatement sa quête de la sortie au travers de l'énigme de Dédale, et fut projeté contre un mur.

J'échangeais un regard avec Milo et Ménélas alors que le Monstre s'apprêtait à se relever. Nous n'avions plus le choix et je compris que l'union ferait notre force.

-Prêt? cria l'empereur. Electrical Tamer!

-Ligthning Plasma!

-Scarlet Needle!

Toutes nos attaques se mêlèrent les uns aux autres, et une gigantesque boule d'énergie dorée, parcourut d'une électricité rouge et guidé par un fils écarlate, fondit sur le Minotaure. Le monstre poussa un vagissement qui devrait résonner à mes oreilles durant toute mon existence, et son corps partit en poussières sous nos yeux.

Nos trois poings étaient encore soudés les uns aux autres tandis que le sang du monstre nous éclaboussait et que...

Toutes les portes du labyrinthe s'ouvrirent soudainement, Fomalhaut poussant un cri victorieux et douloureux, alors qu'une lumière aveuglante entra de toute part dans le labyrinthe qui s'écroulait à présent complètement sur nous. Je ne comprenais plus rien à ce qui se passait... la mort du Minotaure, le changement de Dédale, le génie du Poisson Austral... tout se mêlait confusément dans mon esprit.

Et...

Le toit tombait, nous écrasant, j'attrapais au passage de ma course le poignée de Fomalhaut, le sauvant de la mort et me retournais vers Milo, persuadé qu'il m'avait suivi. Et là, je vis le chevalier du Scorpion manqué d'être écrasé pas les gigantesques pierres qui s'effondraient, avant que Dédale ne le jette en avant... et prenne sa place.

* * *

Milo

Le labyrinthe s'était entièrement écroulé et nous étions maintenant à l'air libre, mais je ne pouvais pas savourer ce retour à la liberté. Je fouillais les décombres avec fébrilité, mon coeur prêt à exploser dans ma poitrine. Je n'avais plus même conscience d'où se trouvait mes deux autres compagnons.

Où était-il? Où était Ménélas?

Je regardais tout autour de moi, le souffle court. Rien, rien nulle part et pourtant, je ne pouvais pas croire qu'il était mort, pas ainsi. Dédale... mon ami, mon frère, où était-il?

Une main... une main dépassant des débris. Je pris les énormes bout du toit qui le recouvrait et les jetais avec violence et rage sur le côté, pour finalement découvrir l'empereur au visage ensanglanté qui m'avait, il y avait de cela bien longtemps, insufflé le souffle de la vie.

Je le pris dans mes bras, relevant légèrement sa tête, et ma nature lucide me poussant à comprendre qu'il n'en avait plus que pour quelques secondes. Je vis ses lèvres tenter d'articuler quelque chose et je me penchais sur lui, alors que mes yeux restaient secs de toutes larmes. Il ne m'avait jamais rendu triste, ce n'était pas maintenant que cela allait commencer.

Ménélas s'agrippa à ma main.

-Écoute Milo, laisse-moi parler. Il faut que je te demande quelque chose.

Sa voix n'était plus qu'un souffle mais je parvenais tout de même à comprendre chaque syllabe, mon sixième sens m'aidant grandement.

-Si j'étais sur Azura, c'est pour ma femme, mon épouse. Elle s'appelle Écho et se trouve actuellement dans le temple du dernier empereur... puisqu'elle est celle qui dirige ce domaine. Nous avons un fils ensemble... il s'appelle... Icare. Je veux que tu les sauves tous les deux, je veux que tu te rendes là-bas et que tu les emmène avec toi, dans le Sanctuaire d'Athéna. Fais en sorte qu'ils ne meurent pas.

Il chercha sa respiration.

-Écho, je l'ai rencontré il y a de cela très longtemps. Et nous nous sommes aimés aussi follement que tu puisses l'imaginer, c'était si fort que ce n'en était pas humain. Et depuis ce jour, nous sommes restés ensemble. Alors je t'en prie, maintenant que je meurs, aime-la comme je l'aurais fait jusqu'à la fin de mes jours.

Ménélas chercha de nouveau sa respiration, mais ne la trouva plus.

-Je te le promets, murmurai-je alors qu'il expirait dans mes bras.

Et je vis sa tête tomber lentement et gracieusement sur le côté. C'était fini.

Derrière moi, j'entendis Aiolia et Fomalhaut qui s'épaulaient l'un l'autre et je sentis leur regard sur moi. Nous n'étions plus que sur des ruines, les ruines d'une amitié que j'avais partagé avec la personne qui avait guidé toute mon existence et qui avait toujours eu une place au fond de mes pensées les plus secrètes.

Je n'arrivais pas à y croire. Tout avait été trop vite.

-Nous nous en sommes finalement sortis... murmura Aiolia.

-Mais à quel prix? ajoutais-je en secouant la tête pour enfouir dans mon âme la blessure que provoquait en moi la mort de Dédale.

-Nous allons chez Arès, dit fermement le chevalier du Lion. Toi, fais-ce qu'il t'a demandé. Va chercher son épouse et son fils et ramène-les.

-Quand vous reviendrez, Arès sera mort, déclara calmement Fomalhaut.

-Oui.

Mon ton était autoritaire et ironique, comme toujours. Rien n'avait changé, en apparence du moins. Je venais de voir une partie de mon existence disparaître avec Ménélas.

Je regardais mes deux compagnons s'éloigner en marchant, car ils ne pouvaient guère faire mieux, vers l'horizon que je distinguais mal, tandis que je m'élançais vers la sortie du quatrième domaine.

J'avais fait une promesse que je comptais bien tenir.

17ième partie


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