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Un Ange perdu

© 2000 by Saori

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Le chaud soleil de Tunis brûlait la peau de toutes les personnes venues ce matin sur la place du Souk. L'activité était fébrile et on entendait de multiples bruits s'élever de toute part.

On pouvait observer des femmes tâtant avec méfiance la marchandise de certains vendeurs qui essayaient de gagner leur confiance, des bandes d'enfants passer en courant pour demander quelques pièces de monnaie aux touristes, qu'ils savaient immédiatement repérer, et qui avaient généralement un certain mal à leur refuser ce qu'ils leur demandaient. Etaient-ce les haillons dont ces gamins étaient vêtus qui les forçaient à esquisser un sourire et à tendre la main pour se montrer généreux ou l'expression de leurs yeux?

Les animaux, laissés à l'abandon ou destinés à la vente, ne s'activaient pas, comprenant qu'il était bien inutile de tenter le moindre geste sous peine d'être terrasser encore plus violemment par les températures écrasantes qui règnaient alors au coeur de l'après-midi.

Le mois de mai avait magnifiquement commencé, comme chaque année, et il s'apprêtait à se poursuivre sous les mêmes auspices... mais la terre était ingrate, et le courage manquait parfois, même aux plus optimistes. Il semblait que la pauvreté s'impreignait dans l'air en même temps que les odeurs exotiques de nourriture qui s'élevaient dans l'atmosphère.

Les tréteaux étaient posés en tout sens, à la va-vite, pour pouvoir immédiatement s'imposer à son voisin et essayer de lui faire comprendre que la place était bel et bien prise, ce qui ne fonctionnait pas toujours. Bien souvent on pouvait s'arrêter pour regarder le spectacle qu'offrait deux vendeurs entrain de surenchérir et de mentir à qui mieux- mieux pour savoir qui était le premier arrivé sur un endroit.

Et cette journée n'était pas différente des autres... pourtant... pourtant si. Personne ne le préssentait, mais quelque chose stagnait dans l'air et de manière presque mystique. D'ou cela pouvait-il provenir?

Le ciel était peint dans le bleu le plus pur, le plus profond et on avait l'impression que nul n'aurait pu en troubler la sérénité. Les cieux semblaient en effet plus calme que la terre ferme ou tout une pléiade de personnes s'activait, se bousculait, s'injuriait ou se saluait. Et malgré cela, malgré les apparences, le ciel lui-même n'était pas au repos.

Imitait-il simplement les personnes qui se trouvaient sous lui ou un réel évènement venait-il troubler sa perfection d'azur?

Une pulsation.

Si le silence avait fait place aux voix dans le souk, peut-être aurait-on pu entendre ce bruit, lent mais certain, comme un coeur qui battait à son rythme, ni trop lentement, ni trop rapidement. Pourtant si.. cela s'accélera, s'emballa avec ferveur sans prévenir.

Un crissement violent envahit la voûte céleste, si puissant, si soudain et si intense que les badaux levèrent d'un même mouvement leur visage vers les hauteurs divines.

Que se passait-il?

Un bruit bourdonnait, abimant les tympans et affectant la tête en provoquant un mal étrange. Une fissure sembla apparaître tout à coup, subitement, comme si une lézarde parcourait le bleu limpide qui formait jusqu'alors le ciel.

Un violent bruit, semblable à un coup de tonnerre éclata et des cris se mirent à retentirent de tous les endroits.

Du doré... un éclat doré ouvrit comme la plaie du ciel qui avait commencé à apparaître et là...

La population partait en tout sens, se disperessant sous l'effet de la panique, incapable d'affronter cette peur qu'ils ne comprenaient pas, d'autres restaient sans bouger, trop curieux et téméraire pour partir, ou si affolé qu'ils n'avaient plus la force de tenter le moindre mouvement?

Qu'arrivait-il? Une météorite?

L'éclat doré... tombait du ciel! Il fonçait droit sur terre, à toute allure, fendant les airs dans un épouvantable bruit qui arrachait cris et larmes aux jeunes enfants comme aux adultes.

Cela se précipitait vers le marché, inexplicablement et surtout inéluctablement... on aurait dit que le ciel venait de recracher une boule d'or dont le chemin était tout tracée vers la place centrale du marché.

Une aveuglante lumière força chacun à brider les paupières pour pouvoir soutenir le parcours de cet éclat de météore qui arrivait des hauteurs les plus invraisemblables. Il se rapprochait encore et encore, comme s'il n'avait aucun contrôle sur lui-même, ni sur rien. Et...

La collision. L'éclat d'Or fracassa des tréteaux de bijoux en toc vendus à bons prix aux touristes, propulsant dans son sillage des rangs de perles et des médaillons de toutes sortes. Les gens hurlaient alors que tout paraissait exploser autour d'eux.

Les pieds de la sorte de table cédèrent et la comète s'enfonça dans le sol sablonneux alors qu'un hurlement de douleur retentit avec fracas dans toutes les allées de Tunis.

C'était comme si une voix humaine s'était mélangée au bruit terrifiant qu'avait provoqué la tombée de cette comète.

Puis le silence revint alors que quelques billes continuaient à rouler à terre et à se perdre dans la terre sablonneuse ou l'on évoluait.

Toutes les personnes s'étant éloignées s'approchaient maintenant de nouveau, le visage tendu par une expression de trouble. Ils osaient à peine faire un pas et tendaient desespérement leur tête pour essayer de regarder sans vraiment s'approcher, comme s'ils craignaient quelque chose.

Dans le sol... à plusieurs mètres dans le sol... un homme était enfoncé!

Plusieurs marchands se précipitèrent avec incrédulité vers le lieu ou s'était échoué des cieux cet inconnu. Il avait les yeux fermés et son état était... affolant.

Du sang le recouvrait à maintes et maintes endroits, des cicatrices parcouraient son corps et son visage et il ne portait plus que des vêtements à moitié calcinés. Il ne bougeait pas, ne parlait pas, ne montrant pas le moidre signe de vie et pourtant... Sa poitrine se soulevait tout doucement à intervalles réguliers. Ses immenses cheveux bleu collaient à son dos à cause de la sueur et du sang qui s'entremêlaient comme pour former un poison.

Et ce sable qui s'insinuait dans ses blessures. Il avait tellement mal mais ne pouvait pourtant pas pousser le moindre cri tant cela l'aurait encore plus épuisé. Il était vidé de tout, de son énergie, de sa vie et bientôt de son âme si personne ne venait à son aide.

Etait-il en Grèce? Avait-il réussi à retrouver le chemin du Sanctuaire ou avait-il attéri n'importe ou sur terre, comme il le pouvait, et comme il le croyait.

S'il ne pouvait pas se servir de sa langue pour prononcer le moindre mot, il entendait cependant les bruits autour de lui, du moins encore vaguement car une coulée de sang descendait le long de son oreille, l'empêchant de percevoir distinctement chaque son.

Oui, s'il devait mourir dans quelques instants, il voulait que se soit en entendant des voix humaines. Il en avait besoin après tout le temps qu'il avait passé dans l'espace, d'une dimension à une autre.

Et ou était les autres? N'avaient-ils pas réussi à le suivre?

Il aurait souhaité appeler Dohko, Camus, Milo ou n'importe qui... mais il devinait déjà qu'aucune voix ne lui aurait fait écho. Et de toute manière il ne le pouvait pas.

Et son frère jumeau? Ou se trouvait-il? Avait-il eu la chance d'attérir en Grèce si toutefois il était parvenu à s'extraire tout comme lui de l'enfer? Alors qu'il voyageait dans des espaces que les hommes ne connaissaient pas, il avait senti que Kanon l'appelait, il avait éprouvé un soudain besoin de l'aider et il avait eu l'impression de communier avec ce dernier, de le tirer d'un mauvais pas ou le hasard, ou plutôt la destin, l'avait plongé. Et c'est ce qui lui faisait croire que son frère était toujours en vie. Oui, il ne pouvait pas en aller autrement.

Il se rendait parfaitement compte qu'il était, pour sa part, un miraculé. Il était parvenu à traverser des milliers de dimensions pour rejoindre la terre... mais de quelle façon! Et surtout dans quel endroit! Il ne saisissait absolument pas la langue que l'on parlait autour de lui et qui ressemblait vraisemblablement à de l'arabe.

Sa poitrine se souleva soudainement comvulsivement alors que du sang lui remontait à la bouche et coulait le long de son menton.

Heureusement qu'il connaissait les dimensions sinon... non, il ne pouvait pas croire que les autres avaient abandonné. Ils devaient forcément être quelque part, quelque part sur terre puisque visiblement, personne n'avait choisi l'endroit de son atérrissage!

Surtout pas lui...

Une femme au-dessus de l'homme qui venait de s'écraser s'accroupit à terre et se pencha vers l'immense trou qui avait été creusé.

Elle se retourna lentement vers les autres personnes en déclarant, les yeux brillants d'espérance:

-Vous n'avez pas à avoir peur... regardez comme il est beau et rappelez vous de la manière dont il est tombé. C'est un ange! Un ange!

Toute la population se rassemblait soudainement, se pressant pour appercevoir ce messager divin tout droit sorti des entrailles des cieux en hochant la tête.

Un ange venait de tomber sur terre.

Un ange d'Athéna.

Un ange nommé Saga.

* * *

Kanon

Il allait tomber... ce soleil brûlant qui abîmait la peau... ces personnes fuyant... ces cris... cette douleur... Saga!

Je bondis dans mon lit, me réveillant soudainement, les cheveux collés au visage par la sueur et la fièvre qui avait pris possession de moi pendant quelques intants. Je mis quelques secondes à reprendre pied dans la réalité, et du attendre de balayer ma vétuste chambre du regard pour comprendre que je n'étais plus dans mon rêve.

Je levais mes mains à mon visage et le frottais lentement pour faire disparaître les dernières bribes de sommeil qui auraient pu me réattiré dans les bras de Morphée.

Mon jumeau. Je venais juste de rêver de lui et c'était bien la première fois que cela avait été aussi vivant. J'avais presque eu l'impression de vivre la scène que mon esprit avait inventé.. peut-être, ou peut-être pas.

Mes yeux s'habituaient rapidement à l'obscurité dans lequel était plongé la pièce ou je me reposais depuis deux semaines. Je n'arrivais toujours pas à croire que je n'avais mis que deux mois pour revenir des enfers!

Et Saga aussi visiblement. Mais que racontais-je? Etais-je devenu fou? Je savais fort bien, Marine me l'avait dit, que j'étais la seule personne revenue sur cette planète du royaume des Morts. Ce que j'avais accompli était presque une résurrection, cependant... je n'arrivais pas à m'empêcher de songer qu'ils allaient tous réapparaître. Les uns après les autres. Jamais ils ne se seraient laissés aller sans lutter, et si j'avais pu retourner d'entre les ombres, ils en étaient tout aussi capable.

Je retombais allongé dans mon lit, trop épuisé pour penser à cela davantage. Pourtant j'avais dormi tout la journée, sans m'arrêter. Je ne savais pas si quelqu'un était passé me voir mais à dire vrai, cela avait peu d'importance car je n'étais pour l'instant vraiment pas de bonne compagnie, au contraire.

Un curieux sentiment s'empara soudainement de mon esprit alors que j'observais le reflet de la pleine lune qui entrait dans ma chambre par la fenêtre. Cela formait comme une flaque argentée sur le sol...

J'avais l'impression que quelque chose avait changé dans le Domaine Sacré, je ne pouvais pas dire quoi mais... il s'était passé un mystérieux évènement et j'en avais conscience. C'était comme si une nouvelle présence avait investi le Sanctuaire, mais je n'arrivais pas à discerner de qui il s'agissait tant j'avais perdu l'essentiel de mon sixième sans.

J'enfonçais ma tête dans mon oreiller en pensant à tous mes problèmes actuels, de la perte de mes pouvoirs jusqu'à la disparition du corps de Rhadamathe. Je n'en pouvais plus de patienter avant de pouvoir me lever. J'aurais voulu être de nouveau moi-même et en pleine possession de ma force physique à défaut de mes pouvoirs, mais visiblement, on ne voulait pas m'exaucer.

J'entendis tout à coup des pas qui se dirigeaient dans la direction de ma chambre. Ils ne provenaient pas de l'extérieur de l'infermerie dans laquelle je me trouvais mais d'une chambre adjointe à la mienne. La porte communicante s'ouvrit soudainement pour livrer passage à Marine.

Elle s'avança d'un pas feutré vers le centre de la pièce alors que je me relevais dans mon lit pour lui montrer que je ne dormais plus. Je sentais bien que quelque chose d'étrange venait de se produire et qu'elle souhaitait me l'annoncer.

Je fronçais les sourcils avec méfiance, prêt à ouïr une mauvaise nouvelle, mais sans discerner ce dont il aurait pu s'agir.

-Kanon... tu es à présent réveillé?

Je hochais la tête sans émettre le moindre son, de peur de couper son envie de me parler. Je sentais mon coeur battre plus rapidement contre ma poitrine, ce qui était sans doute très mauvais vu l'état catastrophique de mon corps.

Je baissais les yeux quelques secondes sur le plancher pour me donner le temps de la réfléxion avant de poser de nouveau mon regard sur le visage de Marine... qui souriait de tout son être? Je sursautais et eus un mouvement de recul. Elle avait l'air littéralement ravi et je ne comprenais pas pourquoi.

Elle se précipita vers moi et posa l'un de ses genoux à terre avant de me prendre avec délicatesse par les épaules pour me parler. Je croisais son regard pétillant de joie mais aussi, et surtout, d'espoir.

-Kanon, écoute moi bien, murmura-t-elle comme si durant la nuit nous étions obligés de nous exprimer à voix basse, écoute moi bien! Les chevaliers de Bronze sont revenus!

* * *

Ils avaient cru mourir à de maintes reprises et pourtant, ils avaient tenu bon puisqu'aucun autre choix ne s'offraient à eux. Soit ils s'accrochaient à tout ce qu'ils pouvaient pour rester en vie, soit ils se laissaient sombrer de nouveau dans le royaume des Morts duquel ils avaient eu tant de mal à ressortir. Il semblait donc que leur chemin était tout tracé.

A plusieurs instants, ils avaient senti le froid investir leur corps, s'en emparer alors que leur peau bleuissait à vue d'oeil et que leurs membres devenaient de plus en plus froid. Mais la seule pensée que Thanatos était derrière tout cela leur suffisait à se cramponner à leur vie avec toute l'ardeur qu'ils pouvaient encore avoir.

De savoir que leurs frères luttaient prêt d'eux, cela les soutennaient, les forçaient à ne pas partir, à ne pas laisser les autres seuls. Ils ne parlaient pas, gisant seulement à terre alors qu'une fine bruine coulait le long de leur corps pour les nettoyer des douleurs de l'âme qu'ils avaient vécu. Mais rien, pas même la douceur de la pluie, ne pouvait purifier leurs yeux de toutes les horreurs qu'ils avaient observé.

Ils avaient connu l'enfer.

Il n'y avait pas d'autre expression pour décrire ce qui leur était arrivé. Ils avaient l'esprit encore plein de toutes les prisons qu'ils avaient traversées, des souffrances des personnes qu'ils avaient été contraint de regarder sans détourner les yeux, de cette cruauté à fleur de peau qui n'existait que dans ce macabre royaume dirigé par celui qui semblait être le créateur même du sentiment de la Haine, Hadès.

Toutes ces réfléxions, les chevaliers de bronze les avaient tenues, accentuant sans même s'en rendre compte, encore plus leur montée de fièvre et leur respiration qui en était affectée.

Le simple fait d'être allongé par terre les faisait souffrir mais ils n'en avaient plus que faire. Ils étaient en vie et c'était tout ce qui comptait, peu importait l'état dans lequel ils se trouvaient. Rien ne comptait plus dorénavant, que le fait de prendre le prochain battement de coeur, alors qu'ils étaient tous allongés l'un auprès des autres, comme morts et pourtant bien en vie.

Et puis, quelqu'un les avait retrouvé. Ils auraient été bien incapable de dire de qu'il s'agissait car leurs sens avaient perdu la plus grande partie de leur potentiel et ils n'en avaient pour l'instant que faire. Leur esprit ne pouvait plus réagir, et pourtant, ils avaient bien senti que la personne que s'était tenue auprès d'eux avait tenté de leur parler, de les faire prouver qu'ils étaient encore dans le monde des vivants. Mais ils n'avaient pas pu répondre, car ils devaient avant toute chose s'économiser pour maintenir la vacillante flamme de leurs existences.

La dernière chose dont ils se rappelaient était d'avoir senti des mains sur leurs corps endolories, et ce contact avait quelque chose d'apaisant, de doux, de si différent de tout ce qu'ils avaient vécu depuis ces derniers jours. Mais cependant, cela n'avait aucune commis mesure avec ce qu'ils avaient ressenti lorsque Saori les avait sorti des enfers. Ils se souvenaient de la douceur de ses doigts, de la chaleur de son aura alors qu'elle pansait de son cosmos leurs plaies physiques, car les morales étaient ineffaçables et à jamais gravées en eux.

C'était la personne qui les avait retrouvé qui les avait effleuré avec précaution, et ils avaient prié pour qu'elle les ramène chez eux, dans le Sanctuaire.

Ensuite... plus rien.

* * *

Saga

Tout était flou et distendu autour de moi, comme si ce qui m'entourait ne cessait d'être en mouvement. A peine ouvrais-je les paupières que mes tempes se mettaient à me battre et que ma vue se troublait, s'amenuisant de plus en plus alors que les secondes s'égrenaient invariablement.

Je n'avais pas la moindre idée de l'endroit ou je me trouvais et cela n'avait pour l'instant par grande importance. J'essayais tant bien que mal de lutter pour survivre et je me savais déjà gagnant dans ce combat contre moi-même. J'avais mené tant de luttes contre ma propre personne que plus rien ne m'effrayait. Pas même l'éventualité de rendre mon dernier souffle.

Alors que j'aurais du me reposer, des centaines d'interrogations tournoyaient dans mon esprit, ne le laissant jamais à la douceur de l'apathie et de l'hébétude que j'aurais aimé ressentir. Pourtant, de l'extérieur, je devais avoir l'air complètement dans les vapes... mais la réalité était véritablement tout autre.

Je pensais à mon existence, à la manière dont elle s'était déroulée, à la destinée et cela provoquait en moins de curieuses sensations d'amertume et de mélancolie.

J'aurais pu être l'un des chevaliers les plus exemplaires ayant existé, j'aurais peut-être pu devenir le plus fervent défenseur d'Athéna si l'on m'en avait laissé le temps. Si je m'en étais laissé le temps, aurais-je plutôt du dire. Mais les Moires avaient joué à un autre jeu avec moi, un jeu que mon esprit malade s'était inventé, c'est du moins ce que je songeais.

Pourtant, je n'avais jamais eu l'impression qu'une autre personnalité m'habitait, je m'étais toujours cru unité, même quand quelqu'un dialoguait avec moi. Et à mieux y réfléchir, si j'avais eu un dédoublement de personnalité, jamais mes deux caractères n'auraient été capable de prendre contact l'un avec l'autre... car soit j'étais le Saga que tout le monde avait aimé, soit je devenais la face sombre de mon esprit... mais jamais les deux en même temps. A y penser encore, cela me faisait songer à une...

Non! Je me cherchais des excuses. J'avais envie d'avoir été victime de la période la plus troublée de mon existence, mais c'était faux, du moins jusqu'à ce que l'on me prouve le contraire. Et quand bien même, cela aurait signifié que je n'avais pas été assez puissant pour résister et que j'avais échoué dans ma mission de protecteur d'Athéna.

Oui, j'avais été indigne d'elle.

Je sentais les battements de mon coeur s'accélérer en la revoyant devant moi, dans sa toge d'un blanc immaculé, ses grands yeux bruns embrumés de larmes de mélancolie qu'elle versait avec grâce en me tendant des mains ce poignard avec lequel j'avais voulu la faire périr treize années auparavant.

Je me mis à m'agiter, je le sentais même si je n'étais pas réellement entrain d'occuper mon corps et que je voguais dans des sphères étranges dont moi seul avait la clé.

Je revivais cette scène ou elle était morte sous mes yeux, et ou je n'avais rien pu faire. Je savais qu'elle avait du accomplir cela pour le bien de l'humanité, qu'il n'y avait pas d'autre moyen pour venir à bout d'Hadès... mais rien ne pourrait jamais retranscrire l'impression que j'eus alors qu'elle disparaissait devant moi, sous mon regard affolé. A cet instant, j'aurais tout fait pour la retenir...

Durant cette bataille contre le maître des morts, j'avais tenté de regagner mon honneur perdu, en me faisant passer pour un traître, pour un chevalier ayant juré fidelité à l'être le plus abjecte de l'univers. J'avais tout subi, mais avec fierté, car je savais l'accomplir pour Athéna, et j'aurais recommencé mille fois si on m'avait donné à nouveau le choix.

Une nouvelle bribe sortit de ma mémoire m'interpella.

Shaka se dressant dans les pétales des fleurs de Twin Sal... un sourire triste aux lèvres, comme s'il s'adressait pour une ultime fois à la race humaine pour qui il était mort à cause de l'Athéna Exclamation que j'avais déclenché avec l'aide de Shura et de Camus.

Non, je n'avais, nous n'avions reculé devant rien pour rejoindre celle que nous devions protéger. Athéna.

Les souvenirs, mes souvenirs m'assallaient de toute part sans que je ne puisse plus les retenir et je sentais la fièvre gagner tout mon corps. Mais je savais que je n'allais pas me laisser couler dans les enfers, j'y avais séjourné beaucoup trop longtemps. Je ne voulais pas que cela recommence. Je voulais rester en vie, pour découvrir si Athéna était encore parmi les hommes, ce que je désirais tellement, si les chevaliers de bronze avaient réussi à s'extraire du lieu maudit ou la guerre s'était déroulée, si mes frères d'or étaient parvenus, tout comme moi, à rejoindre la terre, et si mon jumeau était bel et bien sur cette planète.

Pour la dernière de mes interrogations, à propos de Kanon, j'étais presque certain de pouvoir répondre. Il était dans l'univers des vivants, j'en avais la certitude puisque j'avais eu l'étrange impression de communier avec lui alors que je dérivais dans les méandres de dimensions que je ne soupçonnais pas même.

S'il était bien de retour au Sanctuaire, ou n'importe ou dans le monde, cela ne pouvait signifier qu'une seule chose. On nous offrait une seconde chance. Une seconde chance de nous aimer comme les frères que nous avions autrefois été... il y avait de cela bien longtemps, à l'époque ou nous ne devinions pas que nous allions devenir des chevaliers.

Jamais je n'avais voulu qu'un tel écart se creuse entre nous et pourtant, je n'avais rien fait pour l'en empêcher. J'avais essayé de me, de le tromper en devenant un chevalier exemplaire, et on pouvait sans crainte de se tromper, dire que j'avais lamentablement échoué, et en le laissant de côté, en tentant de lui faire la morale alors que mon esprit était pour sa part défaillant. Je n'avais fait, à chacune de mes paroles sensées l'aider à regagner cette route de justice que je rêvais de lui voir emprunter, que le persuader de continuer, de s'enfoncer un peu plus dans la voie du crime.

Et cela s'était dramatiquement terminé avec l'épisode du Cap Sounion. Je le revois encore derrière ses barraux entrain de rire, de s'esclafer, de ne rien perdre de son arrogance qui ne faisait qu'exalter mon côté le plus sombre, celui que je tentais vainement de refouler. Et c'était dans ces pénibles conditions que je l'avais vu pour la dernière fois, avant l'Hadès du moins, ou nous nous étions, une fois de plus, retrouvés dans le sang et les souffrances. Mais nous avions été, pour la première fois, du même côté.

Je m'agitais de nouveau en repensant à cela. Mon frère. Quelque part, il m'attendait et je devais m'éveiller, résister pour le revoir, pour lui dire enfin que j'étais redevenu celui que l'on comparait autrefois à un ange.

* * *

Je dus délirer pendant des longues heures, murmurant des phrases que nul ne comprenait, généralement à peine audibles car les mots se mourraient sur mes lèvres comme le reste de ma personne qui dérivait toujours un peu plus vers le sombre de la mort. Mais je me savais extrêmement résistant, peut-être étais-je même le chevalier d'Athéna le plus endurant de tous, car je pouvais supporter tous les maux. Et ce n'était pas cela qui allait me terasser, pas alors que j'étais peut-être à l'aube d'une nouvelle existence.

Je luttais, sans savoir si l'on s'occupait de moi car je n'avais pas conscience du monde extérieur. Je ne savais nullement ou je me trouvais d'ailleurs, ni depuis combien de temps la bataille contre Hadès s'était terminée.

En fait, il me semblait que j'avais erré durant des siècles entiers dans ses dimensions que je connaissais et dont je me servais sans pitié pour faire disparaître mes adversaires. A présent, je savais à quoi ressemblait mon attaque, et je la trouvais des plus terrifiantes. Errer à jamais dans les confins du néant... ou une peur ancêstral de l'homme.

J'avais la sensation de ne plus être en possession de tous mes moyens depuis que je m'étais écrasé dans le sable, sur cet sorte de marché que j'avais à peine eu le temps d'entrevoir tant ma vitesse avait été exorbitante. C'était comme si mon sixième sens, et tous les suivants d'ailleurs, avait disparu.

D'ordinnaire, j'étais capable de localiser, et ce quelque soit l'endroit du monde ou j'évoluais, les énergies provenant du Sanctuaire... mais là. Rien. C'était comme si le Sanctuaire avait été vidé de la moindre âme, ce que je savais tout à fait impossible car il restait encore, malgré les dégâts causés par les guerres saintes, quelques fidèles guerriers d'Athéna.

Non, le problème venait de moi. Mais ce n'était pas la première de mes sources de soucis. Je devais avant tout trouver la force de réintégrer complètement mon corps et de reprendre assez de courage pour retourner dans le lieu ou ma vie entière s'était déroulée: le Sanctuaire.

* * *

Hyoga

Ma poitrine se soulevait de façon régulière et je trouvais cela plutôt rassurant alors que j'ouvrais lentement les yeux, intégrant en douceur le monde des... vivants!

Mais oui! J'étais en vie! J'avais regagné la terre!

Un sentiment de joie sans précédent m'envahit alors que je me rassis brusquement dans mon lit. Je sentais mes muscles me tirer presque autant que mes plaies à la suite de ce mouvement mais je n'en avais que faire. Au moins la douleur avait-elle le mérite de me prouver que j'étais un être de nouveau capable de voir la lumière du jour.

Je jetais un rapide coup d'oeil à la pièce dans laquelle on m'avait déposé. Une chambre vétuste, sans rien de notable hormis un petit bureau ou était empilé des feuillets d'écriture. J'observais attentivement les murs de pierres lézardés, parcourais des yeux le plancher ou poussait parfois de petites herbes entre les jointures des planches de bois et esquissais un sourire. Pas de tout, ce mobilier... et ce soleil de plomb qui brillait déjà dehors. J'étais au Sanctuaire.

J'étais de retour chez moi.

Etrangement, je ne me sentais pas aussi mal que je l'aurais du. Le bonheur de pouvoir sentir mon coeur battre dans ma poitrine me suffisait à me faire aller mieux et j'étais déjà impatient de revoir mes frères.

Je me figeais brusquement. Seiya. Il n'était pas revenu avec nous. Et depuis combien de temps étais-je resté ainsi, allongé dans ce lit? Peut-être que durant cette période, qui me paraissait assez brève, le chevalier Pégase avait-il eu le temps de réintégrer notre monde.

Je fermais les yeux, pour chasser le sommeil qui essayait de nouveau de me faire sien, et secouais la tête. Non, j'avais beau avoir perdu beaucoup de mon énergie, s'il avait été présent je ne me serai pas trompé. Je l'aurais senti sur l'instant. Nous avions vécu trop de choses ensemble, nous avions partagé trop de lutte pour que son retour passe inapperçu aussi médiocre mon sixième fut-il devenu!

J'entrelaçais mes doigts tout en observant mes mains avec intensité, comme pour m'échapper de mon propre corps, ou plutôt de mes propres reflexions. Je ne devais pas, dès mon réveil, songer que tout était perdu pour mon frère. Il était fait d'une essence différente et il était probablement l'une des personnes les plus optimistes et les plus vaillantes existantes. Et il n'allait pas se laisser abattre par ce coup du sort.

Et puis j'étais persuadé qui si Athéna avait été capable de guérir la plupart de nos blessures avant même de nous remonter à la surface de la terre, elle avait pu accomplir le tour de force, pour ne pas dire le miracle, de faire revenir l'âme de Seiya dans son corps.

Il n'était pas mort. Il allait revenir.

"Et même si nos corps sont brisés, le cosmos lui, est immortel."

Cette phrase était de lui. Oh oui! Cela ne faisait aucun doute. Et je savais qu'une nouvelle fois, il allait l'appliquer. Je m'approuvais par un hochement de tête et rejetais d'une main le drap dont on m'avait recouvert.

J'étais persuadé de me trouver à l'infermerie du Sanctuaire, et j'allais le vérifier par moi-même. Si tel était le cas, j'allais sans doute tomber, au détour d'une chambre, sur un visage connu... et aimé. Celui d'un de mes frères donc.

Je posais un pied à terre avant de sentir un mal de tête subit bourdonner à mes oreilles et mes tempes... je crois que je venais de sur-estimer mes capacités de récupération.

J'inspirais profondément en me tenant le front alors que je tentais tant bien que mal de me mettre debout.

-Et bien... on peut dire que tu ne traînes pas Hyoga!

Je sursautais et relevais brusquement les yeux vers l'encadrure de la porte ou se tenait une jeune femme aux cheveux roux et sans masque!

Marine.

Marine me laissait voir son visage.

-Mais! m'écriais-je en mettant mon bras devant mes yeux pour m'empêcher de voir le spectacle qu'offrait son visage. Je n'ai pas le droit de te regarder! Tu pourrais prévenir avant d'entrer, je ne suis vraiment pas apte à me battre avec toi si tu veux tout savoir...

La jeune femme se mit à rire et s'approcha de moi.

-Mais maintenant tout est différent et je ne pense plus que le port du masque soit une nécessité absolue. Surtout maintenant que les guerres saintes sont terminées.

Je baissais ma garde et la regardais de nouveau bien en face. Elle avait de grand yeux d'un bleu clair ravissant et son visage était très avenant, beaucoup plus que ce que son masque avait toujours laissé supposer.

Marine se dirigea vers la fenêtre de ma chambre et en tira le rideau de toile d'une couleur jaune pour laisser filtrer la lumière à l'intérieur de la pièce.

-Cela fait seulement trois jours que vous êtes revenus. Vous avez dormi pendant des heures et des heures d'affilées, ce dont je n'irai nullement vous blâmer. Mais je ne pensais pas que vous seriez si rapide à vous remettre.

Je portais à ce moment, par association d'idées, une main à ma douloureuse tête.

-Je ne suis pas complètement guéri, dis-je simplement alors que je regardais vers le couloir, déjà impatient de savoir si j'étais le premier debout.

Marine dut suivre mon regard car elle me répondit immédiatement:

-Tu n'es pas le premier à t'être éveillé. Ikki est déjà entrain de manger dans sa chambre. Seuls Shun et Shiryu sont toujours au repos, mais ils ne devraient plus tarder à revenir à eux...si ce n'est déjà fait! Quand je suis passé vérifier que tout allait bien de leur côté, ils étaient entrain de s'agiter. Tu peux rejoindre le chevalier du Phénix si tu le désires...

Je me mordis la lèvre et hochais la tête.

Nous n'avions pas pu échanger le moindre mot du haut de Star Hill, du moins, pas comme nous l'aurions voulu car trop de problèmes se présentaient alors à nous. Cependant, malgré l'émminence de ce que nous devions réaliser, nous n'avions pu nous empêcher de tomber dans les bras les uns des autres. Cela avait été une explosion de rire et de pleurs entrecoupés par des murmures désespérés et des cris hystériques. Mais mainteant que les premières explosions étaient passées, je voulais leur faire savoir une chose que je n'avais jamais osé leur dire.

Je les aimais.

Et même plus que cela. Ils faisaient dorénavant partie intégrante de ma propre personne. C'était étrange de m'entendre penser de cette façon, moi qui était d'ordinnaire toujours si froid, si dur et surtout, si distant. C'était probablement d'avoir côtoyer de si près la mort -c'était le cas de le dire!- qui m'avait permis de comprendre que je devais au moins leur faire sentir que sans eux, mon existence n'avait plus de signification. Je leur devais bien cela.

-Alors Hyoga? Pas très rapide... comme toujours!

Je relevais précipitament la tête. Cette voix ne m'aurait jamais trompé. Shiryu! Mon frère!

Lorsque je vis son visage, puis celui de Shun et Ikki qui se trouvaient à côté, j'eus l'impression de me retrouver des mois en arrière, à l'époque ou nous nous connaissions encore à peine, ou nous ne savions pas encore ce que le destin nous avait réservé. Dans ce temps, nous n'avions pas la moindre idée que nous allions nouer l'amitié la plus solide de tous les temps, du moins à mes yeux.

Un frémissement me parcourut alors que des images passaient sans cesse devant mon visage, voilant durant quelques secondes mon regard, je me revoyais affrontant l'armure des Gémeaux, Shun à mes côtés, ou traversant la maison du Capricorne, mes frères m'encadrant, je sentais de nouveau sur ma peau la morsure des neiges d'Asgard, j'entendais une nouvelle fois le bruit des piliers fracassant le sol d'un empire maintenant détruit, et je me retrouvais encore à Elision...

Un sanglot me monta dans la gorge, m'empêchant de parler. Je remarquais que mes amis, mes compagnons d'armes de toujours ressentaient les mêmes émotions au mêmes instants que moi. J'aurais voulu parlé, leur dire que je les aimais mais j'en étais tout bonnement incapable. Et de toute manière, ces simples mots n'étaient pas assez forts, ce que nous avions vécu ensemble était bien plus intense, et bien plus parlant.

Shun se précipita soudainement vers moi, traînant l'une des ses jambes derrière lui car la bataille dans l'Hadès n'avait probablement pas dû la lui laisser indemne. Il me prit dans ses bras, m'enserrant de toute la force qu'il lui restait alors que Shiryu s'approchait à son tour pour se joindre à notre étreinte.

Ils étaient là, avec moi. Ils n'étaient pas morts! Ils étaient sur terre! Et moi aussi.

Mon esprit ne parvenait toujours pas à analyser la situation mais dans ce submergement de bonheur, cela n'avait plus la moindre importance.

Je les sentais contre moi, j'entendais leurs sanglots étouffés alors que Ikki s'amusait à m'ébourrifer les cheveux, en une marque d'affection qu'il n'avait jamais eu pour moi auparavant.

Alors que nous étions tous serrés les uns contre les autres, des larmes de joie et de gratitude roulant le long de nos joues, je me rendis compte à quel point nous avions été rapprochés par toutes ces épreuves. Si jamais il était arrivé malheur à l'un d'entre nous, jamais les autres ne s'en seraient remis. Et dire que nous, les orphelins d'autrefois, avions maintenant comme une famille.

Je secouais la tête tout en reniflant car je ne pouvais maintenant plus contenir mes pleurs. Mon coeur tambourinait contre ma poitrine et j'avais du mal à réprimer les tremblements qui parcouraient mon corps. C'était l'émotion de me sentir si proche d'eux, en vie et de reprendre pieds dans le monde réel qui provoquait chez moi ces réactions en chaîne.

Tout à coup je sentis une violente douloureux m'assaillir, à l'âme.

Il y avait une vide. Il manquait quelque chose ou plutôt quelqu'un.

Seiya.

* * *

Saga

Une lumière, non pas aveuglante mais assez douce, vint caresser la peau endolorie de mon visage.

La peau de mon visage? Je ressentais quelque chose sur mon corps? Est-ce que cela signifiait que j'avais complètement repris conscience?

Je tentais de me redresser dans le lit ou l'on m'avait déposé mais sans grande réussite. Apparement mon corps se remettait plus lentement que mon esprit de tous les périls que j'avais du endurer.

J'avais du mal à ouvrir les yeux et à esquisser un geste, mais mon ouïe s'était nettement améliorée depuis que j'avais fracassé le sol de la terre. Je devais partir au plus vite du lieu ou je me trouvais. Je n'avais toujours pas la moindre idée de quel pouvait-il être mais il n'était pour moi pas question de m'attarder encore plus d'une journée.

Visiblement, une âme généreuse avait eu la bonté de me recueillir et de me faire soigner. Evidemment, j'aurais aimé me laisser aller à l'indolence dont mon enveloppe charnelle aurait eu besoin pour reprendre des forces, mais je n'avais pas le choix. Il me fallait regagner au plus vite le Sanctuaire, c'était comme si je sentais quelqu'un m'appeler, quelqu'un ayant besoin de moi.

Je réessayais d'ouvrir les yeux, accomplissant un effort louable pour soulever simplement mes paupières. Et bien! Ce n'était pas avec cela que je m'apprêtais à aller bien loin!

Mon regard se posa soudainement sur la pièce dans laquelle ou me laissait me reposer. Elle était simple, et n'appartenait visiblement pas à un hôpital, comme je m'y étais attendu. Il semblait que j'étais allongé dans le lit d'une chambre d'une vétuste maison... mais ou se situait cette demeure, j'étais incapable de le dire.

Je me tournais vers la petite fenêtre percée dans le mur et tentais de distinguer l'extérieur au travers des rideaux qui avaient été fixés. Ce n'était pas un exercice très aisé, alors que j'avais encore les yeux embrumés par la fatigue et le sommeil, mais je comprenais que la chaleur devait probablement être torride dehors.

Je sentis de nouveau l'effet du sable contre mon corps ensanglanté... un pays chaud... oui mais lequel? Je les avais entendu parlé, sans doute de mon arrivée plus que surprenante, dans une langue aux sonorités qui ne m'étaient pas inconnues... Je devais probablement être en ce moment dans une des nations longeant le bassin méditérrannéen.

Et je pouvais confirmer cette pensée en regardant l'architecture de la salle ou je me trouvais... le plafond bas, les couleurs vivaces et violentes, la porte gravée... cela ne faisait plus vraiment de doutes.

Je hochais la tête doucement, de peur de redéclencher l'une des multiples migraines qui n'avaient cessé de m'assaillir durant mes heures -mes jours?- d'inconscience. Depuis combien de temps étais-je ici?

Je regardais vaugement l'état des plaies de mes bras et en concluant que cela ne devait pas faire plus de quelques jours, voire peut-être même moins, vu l'état peu avancé de ma cicatrisation.

J'entendis soudainement des voix venir d'un couloir et fermais de nouveau rapidement les paupières, préférant jouer les endormis et n'ayant pas ainsi à donner d'explications sur mon entrée en scène, car je n'en avais pas encore trouver... il fallait tout de même reconnaître que ce n'était pas facile à comprendre pour toute personne extérieur au monde de la chevalerie.

Une porte s'ouvrit, livrant passage à deux femmes, d'après leurs voix auxquelles je me fiais. Je me fixais sur leurs paroles, essayant de me servir de tout ce que j'avais appris au cours de mon existence dans les livres pour comprendre la langue qu'elles parlaient. L'arabe à en croire par les intonations. J'eus envie de passer mes mains sur mes yeux avec fatalisme, car je me trouvais dans une situation plus qu'inconfortable.

Comment allais-je faire pour rentrer chez moi maintenant que je devinais à peu près le pays dans lequel j'avais attéri?

* * *

Rhadamanthe

J'entendis le déclic de la porte s'ouvrant alors que j'avais les yeus rivés vers le ciel étoilé et qu'un nombre revenait sans cesse me poursuivre sans que je comprenne ce qu'il signifiait. 108... 108... Cela avait-il un rapport avec ma vie passée?

-Bonjour, mon garçon!

Je sursautais, me retournant vivement, prêt à toiser l'insolent qui avait osé me nommer comme cela, moi...

Moi qui? Je secouais la tête avec incrédulité. Ne rien savoir sur ma propre personne me faisait ressentir un terrifiant sentiment d'inutilité, et aussi de perte. J'avais l'impression d'avoir perdu mon identité et il m'arrivait de temps à autre, quand je remarquais à quel point ma personnalité était forte et affirmée, de me dire que ce n'était pas plus mal ainsi. J'étais parfois si autoritaire et sûr de moi!

Les interrogations se remirent à tournoyer dans mon esprit alors que le vieil homme qui m'avait recueilli s'approchait de mon lit.

-Est-ce que vous allez bien?

J'eus envie de rire mais je me retins. La question était posée par amabilité et par inquiètude mais je la trouvais malgré tout stupide. Un profond mal être m'habitait, et non, je n'allais pas bien!

-Merci, oui, répliquais-je froidement, tant en me demandant pourquoi j'étais si désagréable avec cet homme au coeur pourtant si généreux.

-Avez-vous réussi à vous remémorer un détail aujourd'hui?

-Oui... non. Je ne sais plus.

En réalité, je savais parfaitement qu'un souvenir, ce nombre, me poursuivait, mais j'avais la sensation que je devais taire cette information et la garder pour moi-même. C'était comme si je n'avais pas été semblable à cet homme... je n'arrivais pas à m'expliquer! J'avais l'impression que nous n'appartenions pas au même monde. Oui, c'était exactement cela, comme si nous étions différents, que notre essence même n'était pas comparable.

-Savez-vous ce que vous ferez lorsque vous pourrez sortir d'ici? demanda mon visiteur.

-Non... non, car pour cela, la mémoire devrait me revenir.

-Vous savez, je serai tout près à vous accueillir chez moi. Je vis seul, certes dans une maison modeste, mais j'ai de quoi me nourrir... et puis, j'ai beaucoup d'affection pour vous et j'aimerais vous aider de nouveau. A moins bien-sûr...

Je l'observais de mon regard le plus perçant, celui que j'avais presque en permanence, exactement comme si je pouvais voir au travers de son âme et hochais lentement la tête.

-Merci. Merci beaucoup.

Je n'étais pas habitué à dire ses mots, cela se sentait. Pourtant je faisais tout pour calmer mon caractère, sans véritablement y parvenir. Et puis, j'étais trop obnubilé par mes problèmes pour essayer d'être plus doux -comme ce mot ne me convenait guère!!- avec mon bienfaiteur. Je lui adressais malgré tout un sourire, dévoilant ainsi mes dents regulières, mais qui avait un côté de carnassier près à fondre sur son innocente proie. Il eut un mouvement de recul mais du lire une certaine sincérité dans mes yeux car il ne bougea pas.

Je me retournais ensuite vers les sombres cieux ou brillaient à peine quelques étoiles. Je me figeais brusquement... quelques étoiles, oui, mais l'une d'entre elle, là seule dorénavant, était du noir le plus profond existant.

* * *

Kanon

Shiryu se leva et s'approcha de la fenêtre pour observer la lune qui brillait avec sa grâce coutumière. Le Sanctuaire entier semblait être endormi et on entendait pas un souffle de vent à l'extérieur de la maison dans laquelle nous nous trouvions.

-C'est impossible! déclara Ikki d'un ton sans appel. Strictement impossible. J'ai vu de mes propres yeux le chapelet de feu Shaka, et toutes les perles avaient changé de couleur.

J'agitais l'index pour nier ce qu'il venait de dire.

-Toute sauf une! Celle de Rhadamanthe, répliquai-je à mon tour sans me laisser démonter par le jeune chevalier Phénix.

-Y compris celle de ce juge de l'enfer! répéta Ikki en campant sur ses positions.

Je passais mes mains sur mon visage alors que j'étais adossé contre le mur de la chambre de Hyoga, assis à côté en tailleur sur son lit.

J'avais réussi à m'habiler tant bien que mal, et j'avais pu rencontrer les Bronze Saints, revenus, tout comme moi, de leur périple dans l'Hadès. Nous nous étions tous réunis dans l'une des pièces de l'infermerie et formions, à nous tous, les seuls survivants de la terrible guerre sainte qui avait eu pour théâtre les enfers. C'était étrange de penser à cela... durant la précedente, seuls Dohko et Sion s'étaient échappés des griffes de la mort. Nous étions un peu plus nombreux cette fois-ci.

Je regardais Ikki, déjà prêt à me disputer avec lui alors que nous nous affrontions du regard. Je savais parfaitement ce que je disais, et maintiendrais, et je détestais son refus de mon croire.

Shiryu du sentir la tension montée dans la salle car il se retourna avec une lenteur délibérée, comme pour nous montrer que l'énervement ne nous serait d'aucune aide.

-Ne nous échauffons pas les esprits, tâchons de réfléchir calmement, c'est encore ce que nous avons de mieux à faire. Ikki, tu dis avoir vu le chapelet de Shaka et tu es certain de ce que tu avances.

-Oui je l'ai vu, entre les mains de Pandore...

Sa voix se troubla soudainement et son regard changea brusquement du tout au tout, comme si une soudaine mélancolie lui écrasait brutalement le coeur. Il se reprit finalement., car il détestait sûrement laisser entrevoir ses émotions.

-Oui, elle l'avait entre ses mains alors que je suis parti pour Elision en la laissant pour morte. 108 perles noires, je peux l'affirmer.

Je secouais la tête.

-Pour ma part, je sais que je suis retombé des cieux avec Rhadmanthe. Il se trouvait allongé à côté de moi, je me suis même retourné pour voir une dernière fois son corps avant de m'éloigner du mieux que je le pouvais vers le Sanctuaire.

-Et alors? demanda Hyoga qui s'animait soudainement. Peut-être était-il tout simplement mort quand il est retombé sur terre. Cela me semble logique. Il n'aura pas survécu, ce qui n'aurait rien d'étonnant, à la Galaxian Explosion que tu lui as fait subir et voilà!

Je croisais mes bras sur ma poitrine avec la certitude d'avoir raison ancrée dans mon esprit.

-Non. Rhadamanthe est en vie. Marine a été incapable de retrouver son corps à l'endroit ou je lui avais indiqué pouvoir le trouver. Ne voyez-vous rien d'étrange dans ce phénomène?

-Il faut bien avouer que cette histoire est des plus curieuses, concéda Shun en posant ses yeux sur moi alors qu'il était assis à la table qui se trouvait au milieu de la pièce, près de son frère Ikki.

On frappa soudainement à la porte et je répondis immédiatement au visiteur d'entrer. Marine passa sa tête dans l'encadrure et effleura tour à tour du regard.

-Est-ce que tout va bien ici? Les médecins ne devraient plus tarder...

-Marine, peux-tu venir ici quelques secondes? demanda Shiryu d'une voix grave et posée.

La jeune fille s'éxecuta tout en l'interrogeant de ses grands yeux bleu pervenche.

-Rhadamanthe? Tu ne l'a pas retrouvé, enfin son corps veux-je dire?continua le chevalier du Dragon d'un air impassible.

Il cherchait à remettre les pièces d'un étrange puzzle ensemble, mais ne saisissait toujours pas ce qu'il pouvait bien représenter.

-Non... je ne l'ai pas vu. Pourtant j'ai fouillé sur des kilomères les alentours du Sanctuaire sans trouver la moindre trace. Je dois avouer qu'au début j'étais assez suspicieuse face à l'histoire de Kanon, mais à présent... je crois qu'il faudrait trouver la clé de ce mystère.

Ikki haussa les épaules avec une feinte désinvolture alors que je le foudroyais de l'un de mes sombres regards.

-Quelqu'un aura peut-être ramené son corps pour qu'on le fasse exhumer... quand savons-nous?

-Rien, répliquai-je, et c'est bien pour cela qu'il faut trouver une réponse.

Mon ton était acerbe et Phénix serra les dents avec rage. Nos rapports étaient décidemment assez houleux, mais cela ne m'empêchais pas d'apprécier d'une certaine façon l'aîné de Shun. Je préferais en effet que l'on me tienne tête, plutôt que l'on reste indifférent à mes propos. Et je supposais sans peine qu'il devait en aller de même pour celui contre qui ma colère se retournait.

-C'est une impossibilité, reprit Shiryu. Mais peut-être aussi une personne peut-elle l'avoir trouver et fait soigner. Dans ce cas...

-Mais que peut-il faire? interrompit le chevalier du Cygne avec étonnement. Il est seul, sans doute en aussi mauvais état que nous, et n'a plus personne autour de lui. Nous n'avons donc pas à craindre de devoir l'affronter à nouveau.

Shun hocha avec vigueur la tête, trop heureux de constater que la paix était peut-être enfin revenue. Pour ma part, je comprenais parfaitement ce qu'ils voulaient chacun dire et je les approuvais tous en un sens. Seulement, j'avais l'impression que cette histoire allait plus loin. Evidemment je n'avais pas peur de ce que pourrait faire ce juge de l'enfer, mais je trouvais préférable de le retrouver.

Juste au cas ou.

* * *

Saga

La chaleur m'étouffait dans cette petite pièce surchauffée si bien que je me demandais comment les habitants de cette demeure pouvait résister toute l'année à un pareil soleil.

Mais enfin, c'était bien le cadet de mes soucis et je préférais encore me retrouver sous des températeurs torrides plutôt que dans le froid glacial que j'avais connu en enfer.

Je me tournais dans ce lit inconnu, envisageant toujours de me lever sans y parvenir. Je devais à tout prix regagner le Sanctuaire. Je sentais que l'on m'y attendait. Qui précisément? Hormis Kanon, j'étais bien incapable de le dire!

Cela faisait maintenant plusieurs heures que je me trouvais dans un désagréable demi-sommeil duquel je n'arrivais pas à m'extraire. Je voguais entre la réalité et le néant, sans parvenir à choisir l'un ou l'autre.

Plusieurs fois durant cette journée d'inconscience, j'entendis la porte de ma chambre s'ouvrir pour livrer passage à des personnes venues me voir. Je ne comprenais pas la moindre syllabe de ce qu'ils disaient mais j'avais la nette impression que deux mots revenaient toujours. Ils les employaient probablement pour me qualifier... et leurs sonorités douces me faisaient comprendre qu'il ne s'agissait probablement que de gentillesses. Une autre sensation resortait très nettement des conversations qu'ils tenaient tous sur moi. Ils osaient à peine m'approcher, encore moins me toucher, et choisissaient de rester à une distance respectueuse pour ne pas me déranger. Ils me traitaient en réalité avec une déférence digne d'un prince.

Et ce n'est que plus tard que je compris, alors que la nuit tombait de nouveau, pourquoi leurs comportements étaient ainsi. Ils me prenaient tout simplement pour ce que je n'étais pas. Il voyait en mon atérrissage des cieux, en ma chute en plein centre d'un souk, l'arrivée d'un envoyé divin.

En un sens il n'avait pas complètement tort, puisque j'étais un chevalier d'Athéna, mais j'avais clairement l'impression qu'il croyait que j'étais un ange échoué sur la terre... et comment démentir leur opinion alors que je me trouvais à demi-évanoui et que nous ne communiquions pas avec la même langue. Curieusement, j'avais même peur de les décevoir si j'avais du leur avouer ma véritable identité. Cela avait l'air de leur faire tellement plaisir de me prendre pour un messager de ce dieu qu'il adorait, veinement, aurais-je pu le leur préciser...

C'est à cet instant, je crois, que je pris la décision de partir sans rien dire, sans rien laisser de plus que le souvenir dans cette demeure ou j'avais été si généreusement accueilli. Si j'agissais de cette façon ce n'était évidemment pas par ingratitude mais pour leur permettre de sauvegarder une utopie. J'avais été trop souvent désillusionné dans mon existence, et je ne voulais pas qu'il arrive la même chose à des personnes aussi chaleureses que celles qui m'avaient permis de retrouver peu à peu cette réalité à laquelle j'appartenais.

Ils croiraient sans doute que j'étais reparti aussi mystérieusement que j'étais arrivé et ils ne s'en étonneraient probablement pas. Leur foi me touchait, mais m'attristait en un sens car je les imaginais arrivant aux portes de la mort, face aux juges de l'enfer...

Je soupirais en clignant des yeux. Maintenant, je n'avais plus le choix et j'avais déjà perdu bien assez de temps comme cela. Je ne savais d'ailleurs toujours pas depuis combien de temps la guerre sainte dans l'Hadès s'était terminée, et personne n'était là pour répondre à ma question.

J'étais le chevalier d'Or des Gémeaux, et j'avais une mission à accomplir. Je ne devais pas reculer à cause de la souffrance ou des douleurs que mes nombreuses blessures me faisaient endurer. Non. J'allais poser pied à terre, j'allais enfiler un nouveau vêtement, que je trouverais probablement dans l'armoire basse et sculptée qui se trouvait à ma droite et j'allais sortir par la fenêtre et m'engouffrer dans la nuit.

Même si ce voyage, ou j'allais devoir marcher durant des kilomètres et des kilomètres me conduisait une nouvelle fois aux frontières de la mort, j'allais l'accomplir. Je préférais de loin rendre mon dernier soupir au Sancutaire plutôt que dans une nation inconnue que je n'arrivais pas à localiser complètement... même si je songeais sans cesse à la Tunisie.

J'espèrais sincèrement que les étoiles accepteraient de me guider dans la bonne direction, comme elles l'avaient fait il y avait de cela bien longtemps, alors que je n'étais qu'un enfant et que j'avais du retrouver mon frère Kanon, dont j'avais été séparé.

Je soupirais en repensant à ce moment de nos existences mais le chassait de mes pensées car je devais conserver tout l'optimisme dont j'étais encore capable.

Je me dirigeais tant bien que mal vers l'armoire que j'avais repéré et en ouvris les battant. Quelqu'un avait visiblement penser à prendre des vêtements à ma taille et j'esquissais un sourire. J'allais me souvenir longtemps de l'endroit ou j'avais brièvement été hébergé... ces personnes tenaient d'ailleurs probablement plus de l'ange que moi-même.

Je les enfilais lentement, veillant à ne pas entendre de bruit provenant du couloir. Mais ils devaient probablement tous dormir et je ne craignais donc pas d'être surpris dans ma fuite.

Je balayais la chambre du regard une dernière fois, non sans une certaine tendresse au fond du regard. Je caressais du bout des doigts la surface de l'armoire, comme pour me rappeler une dernière fois des sensations que j'avais éprouvées en ces lieux. J'y avais connu beaucoup de détresse et de souffrances, mais aussi une chaleur humaine remarquable. C'était pour des personnes comme les propriétaires de cette demeure que je me battais comme le chevalier de l'espoir que j'étais redevenu.

Je m'approchais, en boîtant et en serrant les dents pour endiguer la souffrance, de la fenêtre basse percée dans le mur. Je l'ouvris aussi rapidement que silencieusement et réussit, non sans un gémissement de douleur à m'en extraire.

Je sentis soudainement l'air brûlant de la nuit sur ma peau endolorie et compris que le voyage n'allait décidement pas être de tout repos. La chaleur même semblait vouloir m'agresser.

Mais je ne pouvais pas m'empêcher de songer qu'en route, j'aurais peut-être la chance de rencontrer un autre ange perdu... un autre chevalier d'Or en fait.


Fin de la troisième partie.

Quatrième partie : Dans la Paume du Bouddha


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