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Parmi les Hommes

© 2000 by Saori

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Le froid perdurait, malgré le mois de mai qui s'étirait vers la fin, mais en Pologne, s'était de coutume. La neige tombait encore de temps à autre, par petites raffales, mais cela n'était rien en comparaison de ce qui pouvait provenir du ciel en plein milieu de l'hiver. Le sol était légèremment verglassé ce jour-là et c'est pourquoi les enfants avaient du mal à tenir sur leurs pieds pour pouvoir s'envoyer cette balle qu'ils avaient trouvé par hasard dans la rue.

Le soleil allait bientôt se lever et ils auraient normalement du se reposer plus longtemps si une envie de s'amuser ne les avait pas tiraillé avant cela. Ils aimaient se sentir comme les autres parfois, comme ces jeunes touristes qu'ils voyaient accompagné de leurs parents venus dans cette nation, qu'eux-mêmes maudissaient, pour quelques vacances.

Mais c'était la vie et ils s'y étaient tous résignés depuis longtemps, préférant hausser les épaules devant la fatalité du destin. Ils avaient saisi qu'il existait des choses aux quelles l'on ne pouvait nullement résister et la manière dont tournait leurs existences en faisait parti.

Aucun de ces enfants ne savaient ou se trouvait leurs parents, partis depuis bien lontemps en laissant seulement derrière eux un gamin bien loin d'être en âge de comprendre ce qui lui arrivait. D'ailleurs, ils n'avaient pas envie de chercher de qui il s'agissait et puis, quand bien même ils auraient tenté de remonter à la source de leurs origines, ils n'auraient pas pu, ne possèdant aucun papier et n'ayant aucune information sur ces personnes qui vivaient peut-être actuellement à l'autre bout du monde, ou à l'autre bout de la rue. En marchant parfois, lorsqu'ils croisaient des visages, ils se pausaient ces interrogations qui venaient surtout les hanter la nuit: est-ce lui? Est-ce elle la cause de cette vie que je mène?

L'un des enfants glissa sur une plaque avant de réussir à se ramasser sur ses jambes. Il se releva ensuite précipitamment pour continuer le jeu après avoir resserer son écharpe élimée par les années autour de son cou.

-C'est rien! cria-t-il, Dépêchons-nous de reprendre!

Ils n'avaient pas envie de s'arrêter, pour une fois qu'ils avaient trouvé une activité qui leur plaisait. Ensuite, ils iraient sans doute travailler, ou plutôt chercher de quoi se nourrir. Les temps étaient de plus en plus difficiles, de plus en rudes, du moins en avaient-ils l'impression, mais pour l'instant, ils se laissaient tous aller à leur loisir.

On entendait leurs cris de gaité résonner dans le paysage désertique de la Pologne qui se composait à cet endroit d'un terrain vague et de quelques touffes d'herbes gelées par les frimas de la nuit. Ce fut à cause de leur propre jeu qui les absorbait trop qu'ils ne virent pas des nuages d'une incroyable noirceur se former, ou plutôt se rassembler au-dessus de leur tête, pour créer une sorte de mélange compact.

De fines gouttes de pluie se mirent à tomber du ciel mais cela n'avait pas grande importance pour eux, ils avaient l'habitude du mauvais temps et cela ne leur faisait guère peur. Un coup de tonnerre, violent et soudain résonna dans l'air alors qu'une pulsation prenait forme dans les cieux, sans qu'ils sachent de quoi était-il question.

Ils s'arrêtèrent tous de jouer, préférant mobiliser leur attention autour de cette étrange phénomène qui était entrain de se produire.

La pluie n'était pas translucide non, mais dorée aurait-on dis, comme si l'eau n'était plus que clarté. Une gigantesque lumière vint tout à coup les éblouir, les aveuglant pendant quelques secondes alors que le paysage prenait la couleur de la bruine.

Ils relevèrent la tête, tous en même temps, d'incrédulité tant ils avaient du mal à croire à ce qui se produisait. Etaient-ils devenus fous? Ils n'en avaient pas la moindre idée et cela n'avait de toute façon pas la moindre importance.

Du ciel... non! Ils ne pouvaient pas croire cela! Etait-ce bien une forme qui jallissait de nulle part, comme si elle provenait des nuages eux-mêmes?

Ils arrondirent la bouche et les yeux, incapables à présent d'esquisser le moindre mouvement. Remuer un seul de leur doigt les aurait sans doute déstabilisé de ce spectacle hors du commun.

Un bruit incroyable explosa à leurs oreilles alors qu'ils crièrent à la même seconde de frayeur, pendant que l'objet ne cessait de descendre, fendant les cieux et toutes les lois de la nature. Puis, dans un bruit de fracas sans précédent, ce qui était apparu dans les nuages fracassa le sol, provoquant des giclés de terre, des projections de boues et de tous les détritus que l'on pouvait trouver sur le terrain.

Un hurlement d'homme, provoqué par la douleur, résonna autour des enfants appeurés qui n'osaient pas s'approcher du cratère formé par un atterrissage plus que difficile. La seule fille du groupe marcha pourtant jusqu'au bord courageusement, se mordant les lèvres, pour découvrir... un homme!

Elle poussa un cri de terreur, s'enfuyant à toutes jambes et bientôt rejointe dans sa folle course par ses compagnons.

Dans le cratère, l'homme ne bougeait plus, se laissant aller à son inconscience. Il avait pourtant la nette impression de ne pas être au Sanctuaire, il n'y avait qu'à voir l'insalubrité du paysage et le froid qui lui mordait sa peau ravagée par les blessures. Enfin, il avait sans doute connu pire, bien qu'à plus y réfléchir, il ne voyait pas, même s'il en avait beaucoup vécu durant ses 250 ans d'existence.

Il sentait un filet de sang couler le long de son front pour venir s'écraser le long de sa joue, comme si son propre visage pleurait de joie d'être de nouveau en vie. Il espérait simplement que c'était pour plus longtemps que son état ne le laissait supposer. Il sentait tous ses muscles, ses os, son corps, être réduits en miettes par l'impact du choc qu'il venait de subir et par le voyage qu'il avait effectué dans toutes les dimensions. Cela lui faisait une expérience de plus dans sa vie et il finissait par se demander s'il n'avait pas vécu un évènement envisageable. Il esquissa un faible sourire alors que ce geste tiraillait toute la peau de son visage.

Sur terre... comme cela sonnait bien. Trop bien pour qu'il puisse croire à la réalité de ce qui lui arrivait. Il ferma les yeux, en songeant à la manière dont il allait devoir s'extirper de cet endroit. Il savait parfaitement qu'il n'en avait pas la force et qui si l'on ne venait pas le chercher, son âme allait peu à peu rejoindre ce pays d'ombres qu'il avait tout fait pour quitter. Pourtant, il avait conscience que certaines personnes comptaient encore sur lui et c'est pourquoi il allait s'accrocher à la vie, comme il l'avait toujours fait depuis la dernière guerre sainte face à Hadès, à l'époque ou Sion était encore en vie.

Il se trouva ridicule. Non, il n'avait vraiment pas le temps de replonger dans les limbes de sa mémoire car il devait pour l'instant se tourner vers son futur, plus que précaire et incertain. Tout à l'heure, il avait cru entendre des voix alors qu'il perforait le sol de cette planète pour qui il avait tout donné, comme si des personnes s'étaient trouvées près de lui. Mais il avait du leur causer une telle frayeur que ces dernières s'étaient enfuies sans demander leur reste, ce en quoi il les comprenait, et plus encore les excusait parfaitement.

Dohko soupira intérieurement de fatigue même s'il savait qu'il devait se reprendre et continuer sa quête pour retourner dans le Sanctuaire ou il savait être attendu.

Il aurait pu arriver en même temps que Saga, descendu le premier des autres dimensions sur le sol béni de la terre, mais quelque chose l'avait retenu. Il avait ensuite laissé le chevalier de la Vierge passer devant pour s'assurer qu'il pourrait le récupérer, Seiya bien entendu. Ce garçon, il ne fallait pas le perdre. Il avait été ramené à la vie par le sang et les larmes d'Athéna et il n'était pas question que le sacrifice de la déesse devienne inutile et c'était pourquoi il avait préféré errer plus longtemps dans le néant, risquant une nouvelle fois sa vie pour en sauver une autre, au moins aussi importante que la sienne.

Il hocha vaguement la tête alors qu'il sentait la boue frotter contre sa joue qui s'embourbait. Le terrain ou il avait attéri était insalubre et ne lui plaisait guère, mais il n'avait pas choisi de se retrouver en ce lieu ou ailleurs.

L'important était qu'il se trouve parmi les vivants, parmi les hommes.

* * *

Seiya

-Saori! Saori! Saaaaaoooorriiii!!!

Elle était assise, par terre, ses jambes probablement repliées sous elle, sa grâce renforcée par la clarté, la lumière qui l'entourait alors que tout autour d'elle, les lieux s'écroulaient, comme dévastés par la rage de celui qui les avait habités. Les enfers n'allaient plus être dans quelques secondes et Athéna me tenait encore dans ses bras.

J'étais mort.

Je me voyais par au-dessus, comme si je flottais hors de mon corps et que mon âme n'arrivait pas à partir, à s'éloigner d'elle pour rejoindre le lieu qui lui avait été reservée.

Ses yeux étaient embrumés de larmes et elle versait ses pleurs avec une telle mélancolie que mon coeur se fendait. C'était pour moi qu'elle était dans cet état et je ne pouvais nullement la consoler puisque je n'étais plus. J'avais beau hurlé son nom encore et encore, elle ne se retournait pas, ne devinant pas ma présence.

A cet instant, elle venait juste d'entourer mes frères de son énergie protectrice, j'avais alors remarquer que son aura guérissait étrangement leurs blessures avant de les soulever, de les emporter dans les airs vers cette surface qu'ils avaient bien mérité de regagner.

Mes frères, Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki... je leur souhaitais d'être heureux, je leur souhaitais la vie qu'ils méritaient et qu'ils allaient enfin pouvoir obtenir une fois revenus d'entre les morts. Je leur imaginais une existence pleine de joies et de rires... loin des tourments que nous avions toujours connu.

Mais je savais une chose, tout cela ce n'était plus pour moi. Je le comprenais alors qu'ils disparaissaient tous, les uns après les autres, comme les étoiles filantes qu'ils étaient, comme les anges gardiens qu'ils avaient représenté pour toute l'humanité. Jusqu'au dernier instant nous étions vaillamment restés debout, nous entraidant, nous soutenant, nous épaulant comme si nous n'avions fait qu'un, prenant exemple sur les chevaliers d'Or sacrifiés au nom de la justice. Nous avions été la même personne, unissant nos courages pour nous redonner espoir et insuffler à l'humanité la flamme de la vie que le mal avait voulu éteindre.

Mais c'était fini. Le cauchemar venait de prendre fin pour eux. Mais pas pour moi.

Je venais de rendre mon dernier souffle dans les bras de celle pour qui je serai mort de cette manière des millions de fois pour qu'il ne lui arrive rien.

Elle me sourit tristement, alors qu'une des ses larmes coulait jusque sur ses lèvres pour finalement venir s'écraser contre ma joue à laquelle je portais naturellement une main. Mais en réalité, je ne bougeais pas, seul mon esprit accomplissait ce mouvement.

Saori ne disait rien, alors qu'elle reconduisait mes frères vers la terre. Elle ne faisait que me couvrir du regard alors que le bruit tout autour de nous s'intensifiait, comme si l'apocalypse se répandait dans les airs avec une violence inouïe. C'était comme si d'épouvantables coups de tonnerre résonnaient sans cesse, décuplant leur intensité de secondes en secondes. La terre tremblait sous Athéna, mais elle ne disait rien, ne bougeait pas, me berçant dans ses bras avec une douceur sans précédent.

Autour d'elle, tout s'écroulait dans un bruit qui ressemblait à un hurlement. Mais, malgré la terre qui s'entrouvait, malgré le paysage qui s'effondrait, malgré les ténèbres qui gagnaient peu à peu du terrain, elle n'avait pas peur. Elle n'esquissait pas un geste, restant auprès de moi dans la mort.

-Sauve-toi, Saori! Sauve-toi!

J'hurlais de nouveau à perdre mon souffle mais ma voix disparaissait dans ce décor qui ressemblait à celui de la fin du monde.

Saori passa ses doigts fins sur ma joue, la carressant aussi délicatement que si j'avais été uniquement constitué de porcelaine. J'avais beau être mort, j'avais l'impression de sentir la tendresse, l'amour qu'elle mettait dans ce geste. Elle serra mon corps interte contre elle, posant sa joue contre mon front alors que ses immenses cheveux se répandaient autour d'elle. Quand elle se mit à parler, sa voix n'était plus qu'un murmure cristallin perdu dans le fracas de la destruction qui se produisait.

-Seiya... Seiya... pour moi tu viens de donner ta vie, une nouvelle fois. C'est à mon tour de te faire don de ce que j'ai, de te sauver et de t'aider. Je ne veux pas que tu meurs, pas ici et surtout pas maintenant. Je sais que tu as dorénavant une chance de vivre en paix sur terre et je ne veux pas briser cet espoir que tu as depuis toujours tant attendu. Vas, vas rejoindre les tiens et ne m'oublies pas...

Je la vis se trancher la main alors que du sang divin coulait sur moi, sur mon corps, sur mon visage. C'était chaud... je le sentais... mon esprit était rappelé dans son enveloppe pour ne plus former à nouveau qu'un avec elle.

-Saori... non... non... je préfère que tu partes sans moi, va t'en et sauve-toi. Ta vie à mille fois plus de valeur que la mienne! Saori!

Mais elle ne m'entendait pas, alors que son sang du rouge le plus profond se mêlait à l'or de son cosmos. Elle offrait sa vie contre la mienne aux dieux et ces derniers acceptaient l'échange. Je ne voulais pas qu'elle fasse cela, je voulais qu'elle vive, qu'elle revienne sur terre, parmi mes frères et en son Sanctuaire. Et je ne désirais pas repartir sans elle de ce lieu maudit ou j'avais livré tant de combats.

J'étais maintenant à nouveau dans mon corps, incapable de bouger, même si j'avais conscience de ce qui se passait autour de moi, de la destruction mais surtout de son incroyable présence.

Elle posa ses lèvres sur mon front, comme pour me souhaiter bonne chance. Ce baiser était léger, délicat, comme sa propre personne.

-Adieu, Seiya, adieu...

Son aura m'entoura, enveloppant mon corps et le réchauffant, le guérissant de tous ses maux. J'avais envie d'hurler, d'hurler de toute mes forces pour la retenir, pour la ramener avec moi mais je n'y arrivais pas. J'allais quitter les enfers sans même avoir pu dire quoi que se soit. Non! Non! Je n'en avais pas le droit.

Je la devinais, assise, les ombres se répandant autour d'elle alors qu'elle mourrait peu à peu, comme la déesse qu'elle avait toujours été, cet être d'éternité...

Je rassemblais toutes les forces qui me restaient pour ouvrir la bouche et hurler à écorcher les oreilles:

-Saori! Saori! Saaaaaoooorriii!!!

Elle releva la tête précipitamment. Elle m'avait entendu.

Mais trop tard, les ténèbres venaient de se refermer sur elle.

* * *

Je me réveillais en sursaut, me relevant d'un bond dans mon lit alors que mes quatre frères s'étaient précipités dans ma chambre pour une obscure raison. Ils venaient de débouler du couloir et m'entouraient maintenant alors que je remarquais que nous étions en plein jour.

-Que se passe-t-il, Seiya? me demanda Shiryu avec calme alors que tous leurs visages étaient empreints d'inquiètude.

-Oui, nous t'avons entendu hurler le nom de... poursuivit Shun avant de suspendre sa phrase, préférant ne pas la finir.

-Ca va? enchaîna Hyoga alors que tous leurs yeux me posaient cette même question.

Je sentais la sueur dégouliner de mon visage, comme si je venais de me battre pendant des heures et des heures. Comment pouvais-je leur expliquer ce qui m'arrivait, eux qui n'avaient pas connu les derniers instants de...?

J'éclatais soudainement en sanglots, incapable de me contenir plus longtemps. Tout mon corps était secoué, comme si je n'étais plus qu'une feuille légère dont le vent se serait jouer en automne.

Je portais, comme les jeunes enfants, mes mains à mon visage pour cacher mes yeux car je voulais qu'ils me laissent tranquille. Je les aimais, non, je les adorais, mais j'avais besoin d'être seul. Seul avec son souvenir.

Mes larmes me brûlaient la peau en roulant sur les plaies qui me recouvraient. Je n'en pouvais plus, non pas d'être malade, mais de l'avoir perdu.

Mes sanglots se mirent soudainement à redoubler alors que je la revoyais me sourire avec confiance, se mettre à rire à l'une de mes plaisanteries, que je la sentais de nouveau contre moi lorsque je l'avais sorti du pilier central ou que j'entendais sa voix m'appeler pour me redonner espoir et courage... Pendant tous ces mois de lutte, elle avait été ma force. Et maintenant?

Je criais presque de douleur son nom, entre-coupant ainsi mes pleurs en prononçant ce mot comme s'il avait été une formule magique capable de la ramener. Plus rien n'avait d'importance, plus rien.

J'entendis dans ma souffrance mes frères quittés la pièce alors que des pas feutrés pénètraient dans ma chambre. Quelqu'un s'assit à côté de moi, à la tête de mon lit. Je reconnus immédiatement sa présence bénéfique et chaleureuse, ma soeur. Seïka.

Elle me prit dans ses bras, posant ma tête sur ses genoux et me serrant contre elle de toutes ses forces.

Avec elle, je savais que je pouvais me laisser aller à mes pleurs librement.

* * *

Kanon

Shaka et moi nous tenions debout, devant les marches des douze maisons du Zodiaque qui avaient été aussi dévastées que nos âmes par la guerre sainte qui s'était produite. J'avais l'impression qu'il ne restait plus que des ruines et des souvenirs... le cosmos d'Athéna était devenue plus léger, on sentait parfaitement qu'elle n'était plus présente, du moins sur cette terre.

Cette pensée m'arracha un gémissement de douleur. Je ne l'avais que bien peu connu, juste à l'occasion de la guerre dans l'empire de Poséidon, ou je m'étais précipité devant elle pour recevoir le trident du maître des mers, puis dans la chambre sacrée ou elle était morte sous mes yeux. Je me rappelais pourtant très distinctement les traits de son visage, ils étaient à jamais gravés dans mon esprit et même si elle ne reparessait jamais, je savais qu'elle vivrait éternellement en moi... et en ses autres chevaliers.

Je fermais les yeux quelques secondes, me coupant de la vision des lieux dévastés qui s'offraient à mon regard. Près de moi, je ne savais nullement ou se dissiminaient les pensées du chevalier de la Vierge, qui, malgré sa façon de se tenir orgueilleusement droit et de lever le menton, avait l'air plus exténué que jamais. Tout comme moi. Et probablement comme Rhadamanthe que je n'arrivais pas à localiser.

Cette histoire m'inquiètait de plus en plus car j'avais l'impression que chaque seconde me rapprochait d'un inéluctable que je ne connaissais guère. Allait-il venir me revoir? M'affronter de nouveau alors que nous étions dans de si piteuses conditions? Non, cela me semblait bien improbable, et même impossible... mais alors pourquoi ne cessais-je pas de craindre l'avenir? Ou de le craindre lui plus simplement.

Je secouais la tête, épuisé de penser.

Maintenant que Shaka était revenu, nous allions être deux pour remettre à flots le Sanctuaire que Marine et quelques autres avaient gardé durant nos longues abscences dans les dimensions parallèles.

-Montons dans la Chambre Sacrée... déclara mon compagnon en entamant déjà l'ascension qu'il me proposait.

J'eus un mouvement d'hésitation. Revoir ces salles alors qu'Athéna n'y était plus? Cela allait sans doute me faire un choc que je n'avais pas envie d'assumer. Je n'arrivais toujours pas à croire que la protectrice de la paix sur terre et de l'humanité avait disparu. C'était pour moi si improbable!

Je frissonais avant de m'avancer sur les traces du chevalier de la Vierge qui ne soufflait pas mot. Il fallait dire que nous avions tant de choses à revivre en esprit. J'entendais encore résonner à mes oreilles le dernier hurlement de Rhadamanthe se fondant au mien, je voyais encore l'armure des Gémeaux quitter mon corps sous ma propore volonté... et cela avait été des moments à l'intensité redoutable que je n'aurais revécu que pour Athéna.

Je secouais la tête pour réduire à néant mes propores songes qui m'éloignaient trop de mes véritables objectifs. Les chevaliers de bronze étaient maintenant au complet. Aussi fou que cela pouvait paraître, Seiya était revenu parmi les vivants!

C'était Ikki, avec qui je m'entendais d'ailleurs le plus souvent mal, qui m'avait narré la scène à laquelle il avait assisté et qui n'avait pas manqué de me faire sourire. Il n'y avait que Pégase pour arrêter un bracage de banque et rendre la justice alors même qu'il allait périr! L'histoire avait aussi plu à Shaka qui s'en était amusé pendant quelques secondes avant de repartir dans d'étrange mondes que nous ne connaissions guère.

Les chevaliers divins au complet, car c'était bien ainsi que l'on surnommait à présent les Bronze Saints. Et cela leur allait fort bien après tout ce qu'ils avaient accompli. Mais qu'allaient-ils faire dorénavant? Quitter le Sanctuaire ou décider d'y vivre? Il n'existait malheureusement pour eux que deux choix puisque les guerres saintes étaient terminées et que l'on n'avait plus besoin de leur service, tout comme des miens d'ailleurs.

Je soupirais alors que nous atteignons le temple du Bélier, vide. Plus rien n'y vivait, et pourtant la trace de Mu y était partout. Il restait dans la partie habitable du temple quelques poudres magiques, des meubles vétustes et une tunique qu'il envisageait probablement de mettre un jour, pensant innocemment qu'il allait revenir de l'Hadès.

Oh! Mais il reviendrait, j'en étais persuadé! Je ne m'étais jamais laissé aller au pessimisme, pas même dans les moments les plus noirs de mon existence et ce n'était pas maintenant que tout cela allait commencer.

-Tu étais très ami avec le chevalier du Bélier ou je ne m'abuse, Shaka?

Celui-ci hocha la tête alors qu'il ne se dépareillait pas, malgré les souvenirs qui devaient rejaillir en lui, de son air serein.

-En effet, je me sentais très proche de son caractère. Je le lui redirais quand il reviendra car je pense qu'il aura sans doute envie de l'entendre. Nous parlions souvent de méditation et d'alchimie ensemble car j'en possède quelques rudiments.

Son ton était neutre et il ne laissait rien transparître de ses pensées. Je me demandais d'ailleurs comme il parvenait à garder tant de paix intérieure.

-Mon frère va revenir.

Je venais de laisser tomber la phrase comme un couperet entre nous mais Shaka ne parut pas remarquer le silence qui était entrain de s'installer dans la vaste salle.

-Bien-sûr, et tous les chevaliers d'Or seront bientôt parmi les vivants car nous ne sommes pas hommes à nous laisser abattre avec tant de facilité.

Il suspendit son discours quelques secondes avant de continuer de sa voix paisible.

-Il est vrai que l'on ne doit pas essayer de faire revivre quelque chose de mort mais je pense au contraire que lorsqu'il reste une infime chance de survivre, il faut s'accrocher avec toutes les forces que l'on possède à cet espoir. Car telle est la vie, entremêlée à la mort. Mais comme je l'ai dis un jour à trois personnes, tout doit un jour se terminer, avoir une fin, car qui parle de commencement, ne manque pas de laisser supposer qu'il y aura une fin. Entre temps, nous avons tant de choses à accomplir, ce qui n'empêche pas que le monde change constament autour de nous, il évolue parfois en meilleur, parfois en pire, qu'importe, le tout étant de décider quoi faire de nos destins. L'inconstance, l'instabilité, sont des états propres aux humains, contrairement aux dieux qui sont mêmes depuis toujours.

"Si je te parles ainsi, Kanon, c'est pour te montrer que la mort d'Athéna ne doit pas être considérer comme un fin en soit, mais comme une continuation de la destinée. Certes une époque a disparu avec elle, mais quelque chose d'autre va commencer après cela, va refleurir sur les ruines qu'elle nous a laissé en cadeau. Et c'est à nous de savoir comme entretenir le présent qu'elle nous a donné. Celui de la vie, évidemment.

Un silence tomba entre nous et j'observais Shaka derrière les yeux aiguisés de l'expérience. Evidemment, il avait raison et je tombais en parfait accord avec tout ce qu'il avait prononcé. Il était vrai qu'il était la sagesse incarnée, cela ne faisait aucun doute, et je m'en rendais compte alors qu'il se tenait à demi dans l'ombre d'une des colonnes du temple de Mu.

J'eus à ce moment la certitude que l'avenir allait être plus lumineux que la plus mauvaise partie de mon être, la plus pessimiste, voulait le croire.

* * *

Dohko

J'avais mal partout, mais je ne m'en étonnais guère après ce que j'avais vécu. Je ne sentais plus la boue contre ma peau et je me demandais pendant quelques secondes comme cela se faisait-il. On m'avait probablement déplacé, transporté dans un endroit pour me soigner et j'aurais aimé remercier les personnes qui avaient agi de cette façon si j'en avais été incapable mais je me trouvais dans l'impossibilité d'entrouvir les lèvres pour laisser filtrer un mot.

Shunreï... Shunreï... je n'arrêtais pas de penser à elle depuis que je m'étais écrasé des sphères parallèles ou je voguais jusqu'alors. Celle que je considérais comme ma fille devait être seule à Rozan à présent que j'avais disparu, définitivement avais-je cru alors que l'éblouissante lumière que moi et mes onze frères provoquions envahissait la pièce ou se dressait le Mur des Lamentations, en ne cessant plus de croître.

Les souvenirs remontaient mais je les chassais sous l'effet de ma volonté, préférant me concentrer sur Shunreï. Je devinais sa souffrance d'être isolée de tous et sans plus personne maintenant... il fallait à tout prix que je me relève et que je parte en direction du Sanctuaire tout d'abord, puis vers le lieu ou j'avais veillé durant des siècles.

Et si Shiryu était revenu?

L'interrogation provoqua en moi un frémissement qui résonna dans toutes mes plaies. Les chevaliers de bronze... les chevaliers divins... tout était possible avec eux, y compris une résurrection et si nous autres chevaliers d'Or avions réussi à sortir de l'enfer ou nous avions été plongé, je ne désesperais pas de revoir Seiya et ses frères revenir à la surface de notre monde, si ce n'était pas déjà fait, évidemment.

J'avais toujours eu une confiance absolue en Shiryu, mon disciple, mon fils... oui, c'était exactement comme cela, je l'avais toujours considéré comme mon propore enfant. Pourquoi m'étais-je plus attaché à lui qu'aux nombreux élèves que j'avais entraîné auparavant et qui étaient passés par Rozan? Sans doute parce que j'avais senti son potentiel dès la première seconde ou je l'avais rencontré, sans pour autant savoir qu'il irait aussi loin. Qu'il parviendrait à s'élever au rang de chevalier divin.

Je soupirais intérieurement. Ce petit, je l'avais vu grandir, et j'avais rapidement saisi qu'en plus de son exceptionnelle force latente, qui sommeilait en lui et n'attendait que d'être réveillée, il existait quelque chose de bien plus profond : la foi qu'il possèdait en Athéna et que je n'avais jamais découvert chez un jeune enfant. Pour cela, moi, le chevalier d'Or de la Balance, âgé de plusieurs centaines d'années, je l'avais admiré. Et même maintenant encore, je l'admirais pour tout ce qu'il avait accompli. Cela faisait longtemps que je ne le considérais plus comme un simple disciple mais bel et bien comme un chevalier de ma trempe. Et c'est même ce que je lui avais précisé alors que Masque de Mort s'était rendu aux cinq Pics, peu de temps avant la grande bataille du Sanctuaire.

Je sentis soudainement un enlancement me tirailler la poitrine mais je n'esquissais pas le moindre geste, sachant parfaitement que mon enveloppe charnelle ne réponderait nullement. De toute manière, je savais que j'allais bientôt guérir et que je n'avais pas besoin de soins, ou juste le minimum. Pour moi, et ce depuis toujours, la réponse à mes souffrances se trouvait en moi-même et je n'avais qu'à la trouver pour me remettre sur pieds. Je ne savais pas combien de temps cela prendrait, mais j'avais la nette impression qu'il faudrait que je me dépêche pour rejoindre le Sanctuaire le plus rapidement possible. C'était comme si j'y étais attendu. Et puis l'image de Shunreï s'incrustait de plus en plus dans mon esprit, comme si elle m'appelait au secours. Et je ne pouvais pas laisser celle qui était ma fille seule et abandonnée.

Je pensais tout à coup à une autre jeune fille, à peu près du même âge qui s'était tenue debout jusqu'au dernier instant, qui avait affronté tous les périls que le destin lui avait réservé et qui maintenant était... morte? Ou simplement disparue?

Athéna était de celle qui vivrait éternellement bien-sûr, mais je pensais plus précisement à Saori en me demandant ou elle se trouvait. Je ne craignais la réponse même si ma foi en sa personne restait intacte. Je n'avais guère le droit de douter et si elle trouvait un moyen de revenir, j'étais persuadé qu'elle n'hésiterait pas à l'employer. Le tout était de faire preuve de patience, et cette qualité était décidemment mon fort puisque j'avais attendu 250 ans pour la revoir!

Quand je repensais à ma vie, la tête me tournait et je ne pouvais pas y croire. Tout avait commencé comme si je n'avais été qu'un gamin quelconque né en Chine, puis mon enfance s'était dégradée, jusqu'à ce que l'on m'amène au Sanctuaire. Cela n'avait pas été facile de s'adapater, mais jamais je n'aurais songé qu'une aussi grande histoire d'amitié m'attendait, avec Sion, bien-sûr... et avec Athéna, même si cela avait été différent car encore plus intense. Et puis il y avait eu la guerre, la mort de ma déesse, et l'attente, l'interminable attente ou j'avais vu tant d'enfants se succèder auprès de moi, ou j'avais transmis mon savoir, ou j'avais appris et ou j'étais devenu chaque seconde de plus en plus puissant. La guerre était à nouveau revenue après, comme pour former un cycle éternel et inbrisable et puis j'avais cru mourir, définitivement, mais non, une fois de plus, la mort n'avait pas voulu de moi. Je finissais d'ailleurs par me demander pourquoi elle me rejetait avec tant de véhémence.

Mes pensées commençaient à s'embrouiller, à se mêler les unes aux autres et j'avais du mal à contrôler mon esprit. J'allais bientôt sombrer dans le sommeil, dans un repos facile et sans rêve qui me permettrait de reprendre des forces et ou je croiserais peut-être l'ombre de la grande Athéna. Ensuite, je me relèvrais, comme je l'avais toujours fait et comme je le ferai encore probablement toujours.

* * *

Rhadamanthe

Qui étais-je? Mais à la fin qui étais-je?

Je me regardais dans la glace de la salle de bain alors que je m'apprêtais à aller me coucher. Mon reflet était semblable à ce qu'il avait toujours été, cela au moins je le savais. J'avais une expression impassible, des yeux froids, intelligents et je paraissais ne jamais être pris de court ou surpris par quelque chose. C'était d'ailleurs assez incroyable que je puisse savoir tout cela à propos de ma personne et que je ne me rappelle de rien de plus.

Je passais un doigt sur la vitre dans laquelle je m'observais, faisant une traînée dans la buée qui avait été provoqué par les vapeurs d'eau chaude.

Qui étais-je?

Cette question, je n'arrêtais plus de me la poser, elle m'obsédait, me réveillait en pleine nuit et je ne comprenais pas. Mes rêves étaient étranges, invraisemblables et je ne comprenais pas de quoi il s'agissait, qui étaient les personnes qui y évoluaient. Et puis, il paraissait que mes cauchermars se déroulaient dans un autre monde, et c'est pourquoi je ne croyais guère qu'il s'agissait de quelconques bribes de ma mémoire qui rejailliraient. Cependant, je ne voulais pas songer que j'avais définitivement perdu mes souvenirs. Il fallait à tout prix que je les retrouve, je n'avais pas la moindre idée de pourquoi c'était aussi urgent, mais je le savais.

Je fixais mes propores yeux avec intensité, essayant de rassembler le peu d'information que j'avais de mon passé. J'étais visiblement une personne autoritaire, capable de prendre des décisions comme son rôle le lui permettait et l'exigeait même. J'avais été un homme très respecté, et je passais beaucoup de mon temps à réfléchir. Qu'y avait-il d'autre à dire? Ah! Oui, j'avais connu un homme du nom de Kanon mais je ne pouvais guère deviner s'il avait été un ami, un ennemi, un proche ou une simple connaissance. En fait, il n'y avait vraiment pas de quoi s'éterniser ni recomposer une vie mais les médecins disaient que s'étaient mieux que rien. J'étais ravi que cela les contente, mais je n'étais pas homme à me satisfaire de si médiocres résultats. Il fallait que je m'améliore et rapidement car je ne supportais pas l'échec.

Je parcourais du regard mon reflet, comme s'il pouvait m'aider à trouver une solution.

L'homme chez qui je vivais et qui m'avait si généreusement recueilli, tentait souvent de m'aider, de m'apporter son soutien, mais je ne l'acceptais jamais. Je n'avais jamais aimé la pitié et ce n'était pas maintenant que cela allait commencer. Je n'avais pas la moindre idée d'ou ce caractère me venait mais il était bel et bien ancré en moi puisqu'il avait survécu à une amnésie couvrant toute mon existence.

D'après les docteurs, je devais avoir une vingtaine d'années, vingt deux ans peut-être, dans ces eaux-là, mais j'avais eu envie de leur rétorquer que mon âge était bien le cadet de mes soucis. Ce que je voulais découvrir était mes origines, mon passé, mon métier, le lieu ou j'habitais, mes fréquentations... surtout mon travail, oui, j'avais l'impression que c'était ce qui avait le plus compté dans mon existence en y repensant bien. Non. Non je ne me rappelais de rien malgré tous les efforts que j'y mettais.

Et puis un autre point était assez lugubre : l'état dans laquel on m'avait retrouvé. Il n'était point naturel, c'était déjà certain. Mélios, qui m'avait recueilli, m'avait expliqué qu'il avait eu l'impression que j'étais tombé des cieux tant mon corps étant dans un lamentable état. Et je n'avais qu'à regarder les cicatrices qui parcouraient ma poitrine pour m'en assurer. Les docteurs eux-mêmes pensaient que j'étais tombé d'un avion mais je n'adhérais pas à cette thèse. Je n'avais aucune conscience de pourquoi, mais je n'aimais pas les airs, je préferais la terre, pour ne pas dire le souterrain. C'était étrange...

Je soupirais une nouvelle fois alors que ma poitrine émit un curieux craquement qui ne m'alarma pas plus. J'avais dorénavant l'habitude de ses souffrances qui passeraient bien un jour ou l'autre.

Et d'ou me venait cette étonnante force de caractère? Et cette résistance à toutes épreuves, aussi bien physique que morale? Une fois encore, autant d'interrogations auxquelles je ne pouvais pas répondre.

Je sortis de la salle de bain, fermant la lumière et laissant la porte entre-baillée, avant de m'allonger sur mon lit. Je ne trouvais pas le sommeil, et à dire vrai, je n'avais pas l'impression d'avoir besoin de beaucoup de repos pour rester en pleine forme, si tant est que mon état m'eut permis de m'exprimer de cette manière.

Je regardais le plafond avec insistance, espérant y voir s'y dessiner les ombres de mon passé. Je savais au fond de moi que cela ne servirait à rien, mais j'étais doté d'un caractère plus que perséverant, et il n'était pas question pour moi d'abandonner. Je devais simplement procéder méthodiquement, saisir les impressions fugaces qui me traversaient, pour essayer de compléter le puzzle de mon existence qui était brisé en mille morceaux.

Pour une obscure raison, il fallait que j'y parvienne. A tout prix car de moi dépendait quelque chose... ou bien avais-je une affaire en suspens à règler, un problème à annihiler...? Tout s'embrouillait sans que je puisse mettre de l'ordre dans ce à quoi je songeais. J'avais l'impression depuis que je m'étais éveillé de marcher dans des volutes de brumes d'ou rien ne transparaissait. Je me cognais de temps à autre à une pierre ou à un objet mais sans jamais savoir ce dont il s'agissait.

Un terrible sentiment de frustration m'envahit avec la soudaineté qu'aurait eu un coup de tonnerre pour annoncer l'orage avenir. Sur le coup de cette pensée, je fermais rapidement les yeux, pour revoir une scène qui venait de pénétrer dans mon esprit par un quelconque moyen.

Le ciel se fendait étrangement, suite à une fissure que quelqu'un avait provoqué. La terre, les nuages, la nature, tout semblait être en colère alors que les gouttes de pluie s'écrasaient avec véhémence contre le sol. Que s'était-il passé? J'avais assisté à cette scène bien-sûr, mais elle n'était pas restée limpide comme de l'eau de roche dans ma tête.

J'étais par terre, allongé, et quelque chose de lourd me barrait la poitrine. Je sentais une présence non loin de moi, presque contre mon propre corps mais ma souffrance m'empêchait d'esquisser un geste, de demander ce qui se passait.

Puis plus rien. Je n'avais plus le moindre souvenir de ce qui s'était produit par la suite, comme si mon cerveau était de nouveau plongé dans ce noir que je connaissais si bien.

Il fallait absolument que ma mémoire revienne, sinon j'allais devenir fou.

* * *

Seiya

Je me réveillais à nouveau. Ou étais-je? Dans quel curieux endroit avais-je attéri? C'était étrange... il y avait de la lumière et...

Tout me revint d'un seul coup. La mort de Saori, le néant, cette lumière m'entourant, mon attérrissage, mes frères, ma soeur.

Je secouais la tête, assailli de toute part par mes propres pensées que j'avais du mal à contrôler. Lorsque j'emmergeais du sommeil, j'avais beaucoup de problèmes à comprendre ce qui m'arrivait car cela faisait bien longtemps que je n'étais plus habitué à la normalité.

Je m'assis dans mon lit. La dernière fois que j'avais ouvert les yeux, j'avais eu une crise de larmes sans précedent chez moi, je m'en rappelais car j'en avais encore mal à la tête. J'aurais aimé conserver à peu de ma fierté et de ma dignité en retenant mes pleurs mais j'en avais été incapable car ma tristesse avait été trop difficile à contenir, à porter seul. Et c'était ma soeur qui m'avait aidé et qui m'avait bercé comme la mère qu'elle avait toujours été pour moi. Probablement n'avait-elle pas compris ce qui m'arrivait mais elle avait eu l'intelligence de ne pas me poser de questions, de me laisser dériver dans les bras de mon propre chagrin.

Seïka. Je l'avais retrouvé. C'était seulement maintenant que je m'en appercevais, que j'ouvrais les yeux sur le bonheur qui m'arrivait et qui se mêlait au dramatique de ce que je vivais. J'avais la curieuse impression que dès que je perdais l'une des femmes les plus importantes de mon existence, j'en retrouvais une autre et ce depuis toujours.

Ma soeur était avec moi. Cette phrase n'avait pas encore de sens dans mon esprit et pourtant un terrible sentiment de jubilation m'emporta.

Je me revoyais la chercher, du tournoi Intergalactique ou j'avais espéré qu'elle m'apperçoive à la télévision, jusqu'à mon arrivée à Elysion ou l'impitoyable Thanatos m'avait montré son image, m'avait prouvé qu'elle était bel et bien en vie et que je n'avais jamais perdu mon temps en une vaine quête sur son compte.

J'avais cru qu'elle était Marine, j'avais cru mille et mille fois la retrouver au travers des années que j'avais passé loin d'elle et maintenant, le destin faisait en sorte de me la rendre enfin, après tant de mois perdus, après tant de souffrances et d'espoir chaque fois déçus.

Je posais une jambe à terre. Je voulais la revoir pour me rassurer, pour me prouver que je n'avais pas rêvé et qu'elle vivait maintenant non loin de moi, pour l'éternité ou du moins pour aussi longtemps que la flamme de mon existence voudrait bien perdurer.

Un vertige me prit d'assaut et je portais rapidement mes mains à mes tempes. J'avais l'impression que l'on me martelait le front et que ma souffrance s'amplifiait à cause d'une plaie qui parcourait mon front. Ultime cadeau d'une guerre maudite.

Je serrais les dents, constatant avec rage que le moindre pas m'aurait coûté. Pégase qui n'arrivait même plus à marcher! Mes ennemis n'auraient pas manqué de trouver cela ironique. J'esquissais un fugage sourire avant de tourner mon regard vers la fenêtre.

Il faisait nuit et j'entendais quelques voix dehors dont l'une d'entre elle qui ressemblait au murmure d'une cascade, harmonieuse, posée et par moments terriblement sardonique.

Je portais ma main à ma bouche, incrédule. Non... non... c'était folie que de laisser dériver son esprit vers de pareils songes. Et pourtant, mon coeur s'emballait dans ma poitrine, mon corps tremblait sous l'effet de la peur d'être déçue, mon souffle devenait plus court et une vague de frissons succesifs me parcourut sans que je puisse l'arrêter.

Je trouvais soudainement en moi la force de me lever. Dehors... dehors... il y avait...

Je n'osais pas encore me l'avouer à moi-même. C'était impossible. Ils étaient morts dans l'Hadès, ils y avaient perdu la vie comme tous les autres, comme tous ceux qui avaient eu le malheur de descendre dans ce lugubre royaume ou règnait seulement l'épouvante et la douleur.

Je traversais tant bien que mal un long couloir alors que je sentais sous mes pieds nus le froid du sol de pierre qui n'avait jamais eu le temps d'être fait correctement car ce n'était guère un lieu important du Sanctuaire. L'infermerie... très peu y allait puisque tous mourraient généralement. C'était terrifiant à dire mais cela avait le mérite d'être lucide.

J'ouvrais la porte qui me coupait de la nuit et de ses étoiles que j'avais tant priées tout au long de mon existence et là... je sentis les larmes me sourdre aux yeux.

Ils se tenaient tous les deux debout, parlant probablement du Domaine Sacré. Leurs immenses cheveux remuaient de temps à autre sous l'action d'une brise légère comme une aile d'éphémère. L'un d'eux avait des mouvements décidés, volontaires, alors que l'autre bougeait ses doigts avec une lenteur mesurée et une grâce innée.

Kanon des Gémeaux et Shaka de la Vierge.

Leurs visages étaient au moins aussi marqués que le mien, si ce n'était encore davantage, mais le regard du frère de Saga était confiant, assuré, comme tout le charisme qui se dégageait de sa personne. Shaka quant à lui restait égale à ce qu'il m'avait toujours semblé être... la perfection.

Ils relevèrent la tête à la même seconde et se fixèrent dans ma direction car ils venaient juste de me réperer. Je n'en croyais pas mes yeux, je... je...

Tous les sentiments qu'un homme est capable de connaître tout au long de sa vie se mêlèrent en moi à cet instant. L'exaltation, le bonheur, la joie, l'effarement, l'amour mais aussi la tristesse, la mélancolie, la solitude, la douleur de la perte... tout ne formait plus qu'un alors que mon âme se brisait en morceaux, volant en éclats à l'intérieur de mon être.

Pourtant, j'étais encore d'apparence sereine... du moins jusqu'à ce que mes quatre frères entrent en scène en arrivant d'un chemin parallèle que j'avais souvent emprunté durant mon entraînement, qui avait constitué mon enfance, dans l'espoir de m'enfuir du Sanctuaire.

Ils étaient en vie, tous se tenaient devant moi sans que je puisse le réaliser. J'étais abasourdi, incapable de faire le moindre mouvement tant mon hallucination était sans pareille.

-Vous êtes vivants... et moi aussi.

C'est la seule phrase que je pus prononcer mais elle avait le mérite de résumer tout ce qui m'assaillait avec violence et secouait mon âme comme pour la réveiller d'un lourd sommeil, d'un étrange engourdissement ou j'avais trop longtemps stagné.

* * *

Saga

J'allais mourir ici même. Plus que quelques secondes et mes paupières se refermeraient pour l'éternité sur ce monde que j'avais autant aimé que haï. Pourquoi avais-je toujours eu des sentiments si contradictoires? Oui... bien-sûr... j'avais été deux, deux âmes m'avaient habité et je n'étais pas certain que la seconde m'eusse réellement appartenu. Je ne me cherchais pas d'excuses, cela ne me ressemblait pas que de ne pas assumer les fautes que j'avais commises. J'avais préféré me suicider et revenir des enfers en faisant croire que le mal m'habitait de nouveau pour expier mes crimes. Je pensais donc, avec justesse, ne pas m'être montrer lâche et être parvenu à retrouver quelques fragments de mon honneur perdu.

J'étais allongé dans le sable brûlant de la fin d'après-midi. Rien à l'horizon... ni devant, ni derrière. De toute manière, même si j'avais apperçu quelque personne ou objet, je n'aurais pas pu me relever et m'avancer vers lui. J'étais épuisé, à bout de force, à bout de tout ce que j'avais vécu.

Ce qui me faisait le plus mal était de savoir que j'avais je ne retoucherais le sol béni du Sanctuaire en étant pleinement moi-même. Là-bas, dans le domaine sacré, j'avais été le meilleur, puis le pire de l'homme et enfin, j'avais joué un rôlé, une comédie qui me faisait mal et me déchirait. J'avais pensé que cette seconde existence que l'on m'offrait m'aurait permis de tout recommencer, mais visiblement, je m'étais trompé. Les enfers me rappelaient avec trop d'insistance et ne comptaient visiblement pas que je leur fasse faux-bond.

Athéna... elle allait me guider dans la mort, je le sentais. Elle ne m'aurait jamais laissé me retirer, ou qu'elle soit, dans la solitude. Elle était la bonté incarnée, la douceur même, la pureté de ce monde dans lequel chacun évoluait sans savoir que la perfection de l'âme existait sous les traits d'une jeune fille. Comme j'aurais voulu la revoir une dernière fois, cette icône de paix et d'amour qui représentait tout ce dont j'avais voulu faire ma ligne de vie et de conduite... sans y parvenir.

Je sentis le sable s'infiltrer dans mes plaies mais je ne bougeais pas même si la douleur arrivait aux limites de l'insoutenable. Je sentais des larmes de souffrance perler à mes yeux sans que je puisse les contenir. Tout était brûlant autour de moi, n'était que chaleur et feu et je savais sans même diriger mon regard vers une partie de mon corps, que ma peau était rouge écarlate.

J'aurais aussi voulu revoir Kanon avant de périr, pour lui dire adieu une dernière fois et définitivement. Il était rassurant de savoir qu'il serait là pour s'occuper du Sanctuaire en mon abscence d'éternité et j'étais fier de pouvoir lui confier ce domaine à qui j'avais fait tant de mal.

-Adieu... murmurai-je alors que mes paupières se refermaient doucement.

Une aveuglante lumière.

Comme un flash.

Je me sentis entouré de toute part avec soudaineté sans comprendre ce qui m'arrivait. Quelqu'un me venait en aide, me secourait et je devinais déjà de qui il s'agissait juste aux ondes de cosmos qui se dégageaient de nulle part.

-Non, Saga... tu as encore trop de choses à accomplir, il ne faut pas que tu meurs. Et c'erst à moi de pousser le destin.

Cette voix sereine et calme que je ne pourrais jamais cesser d'entendre teinter à mes oreilles mais qui s'était perdue dans le néant à peine sa phrase achevée.

Tout à coup, j'avais l'impression que des personnes, bien réelles cette fois-ci, m'entouraient. Elles avaient l'air de vouloir m'amener avec elles...

Grâce à Athéna, j'allais avoir la vie sauve.

* * *

Dohko

Un vertige m'assaillit à l'instant même ou je posais le pied sur le carelage glacé de l'hôpital dans lequel on m'avait installé. Qui? Je n'en avais pas la moindre idée mais je le remerciais vivement tout en sachant parfaitement que cette action lui serait revalue dans le futur. La bonté des hommes était toujours recompensée à un moment ou à un autre.

Je sentis mon coeur défaillir alors que la pièce tournait autour de moi sans que je puisse faire le moindre mouvement. J'avais l'impression d'être victime du mal de mer et ce n'était pas peu dire!

La nausée me monta au bord des lèvres alors que je raffermissais mon courage et ma volonté. Je n'avais aucune raison de me laisser aller, bien au contraire. Le Sanctuaire m'attendait, d'autres chevaliers aussi.

Je souris soudainement à mon reflet qui apparaissait à la fenêtre donnant sur une rue de l'extérieur. Je n'avais pas la moindre idée de l'endroit ou je me trouvais et ne pouvais donc pas m'orienter vers le Sanctuaire... ce n'était pas très astucieux de ne pas y avoir penser avant. Enfin, maintenant que j'étais de retour parmi les hommes, il me suffisait de le demander du mieux que je le pouvais en souhaitant que nos langages différents n'allaient pas poser entre nous une barrière infranchissable. J'étais tout de même assez instruit, certes pas autant que je l'aurais voulu mais je m'en contentais, et les langues des peuples du monde ne m'avaient jamais rebuté!

Je me mis debout en plusieurs minutes car mon équilibre était plus que précaire. J'allais me diriger dans le couloir et demander à quelqu'un, la première personne que je trouverais, des renseignements.

Je tendis ma main vers la poignée de la porte et la vis subitement. Elle était longue, impecablement lisse, agréable à regarder et... si jeune! C'était ma main! J'éclatais de rire alors que j'observais maintenant mon bras et retournais aussi rapidement que possible vers la fenêtre ou je m'étais reflèté. J'étais redevenu ce que je n'avais finalement jamais cessé d'être, un jeune homme de 19 ans. Oui, les années avaient eu beau passé, le temps ne m'avait pas affecté grâce au don que m'avait fait Athéna juste avant de mourir dans sa dernière vie, alors que Sion et moi nous trouvions encore dans l'Hadès. J'avais jugé qu'il s'agissait du plus beau cadeau qu'une déesse puisse faire à son chevalier car il lui donnait une chance de la revoir, de l'approcher de nouveau dans son existence suivante.

Je me souris. C'était mon corps que je voyais, que j'observais. C'était mon visage qui s'offrait de nouveau à ma vue. C'était enfin moi que je retrouvais.

Un homme parmi les hommes. Rien de plus.


Fin de la sixième partie.

Septième partie : Mer de Sables


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