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Mer de Sables

© 2000 by Saori

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Saga

J'avais du mal à garder mon équilibre sur le chameau ou l'on m'avait déposé et je n'arrivais d'ailleurs toujours pas à croire que je voyageais de cette façon saugrenue, et pourtant si coutumière de la région désertique que je traversais.

Une caravane d'une quinzaine de personnes m'avait recueilli, alors que je m'étais trouvé à terre, incapable d'agir, de me relever comme mon âme l'aurait souhaité, contrairement à mon corps qui s'était laissé emporter vers une dangeureuse sensation de bien-être qui serait peut-être devenu synonyme de mort. Je me souvenais qu'alors que mes yeux se refermaient doucement sur ce monde auquel j'avais tant de mal à me racrocher, j'avais senti des mains sur ma douloureuse peau. C'était comme cela que j'avais su que le destin, ou Athéna, avait mis des secours sur ma route et, parce que je ne voulais pas me faire d'illusions, je devinais parfaitement que sans cela je serai rentré dans l'Hadès, définitivement cette fois-ci. Et cela pour deux bonnes raisons: tout d'abord car mon enveloppe charnelle n'aurait pas résisté à un assaut de souffrance de plus et ensuite car j'étais perdu dans le désert et qu'il n'existait, d'après ceux qui m'avaient recueilli, pas de village à moins de centaines de kilomètres.

Nous n'avions pas trop de mal à communiquer entre nous dans la caravane, car nous utilisions beaucoup le langage corporelle et nous balbutions de temps à autre quelques mots d'espagnol, nation dont mes sauveurs étaient apparament originaires.

Je me rendais parfaitement compte de le chance que j'avais eu d'être recueilli et soigné de façon particulièrement efficace par ces inconnus aux coeurs généreux. Maintenant, je pouvais me tenir droit, la tête haute, sans sentir mes os craquer à tout va et me faire gémir et souffrir mille morts. Seuls les secousses de mon chameau me gênait maintenant de temps à autre mais je n'allais guère m'en plaindre car cet animal, que je n'avais encore jamais approché d'aussi près, me permettait de me reposer et de ne plus faire l'activité dont j'avais été dégouté suite à tous ces jours de lutte avec l'existence: marcher.

Je regardais tout autour de moi le sable s'étendre indéfiniment comme s'il avait été une mer de poussières jaunes dont les dunes formées par le souffle du vent auraient été des vagues dorées. Le spectacle était grandiose si l'on avait la force de l'admirer et je m'en rendais parfaitement compte alors que je me portais dorénavant beaucoup mieux. La nature réalisait parfois des paysages d'une beauté à couper la respiration et je comprenais une nouvelle fois pourquoi Athéna et ses chevaliers se battaient. C'était pour les hommes évidemment, mais aussi pour ces miracles d'éternité, car je devinais que jamais ce désert ne disparaîtrait.

Je hochais la tête pour m'approuver moi-même quand soudainement, je sentis en moi une secousse d'une violence inouïe qui me projeta en arrière, comme si je n'avais été qu'un vulgaire fétu de paille. Je restais pourtant accrocher à ma monture et tentais de me redresser alors que les battements de mon coeur s'accéleraient dangeureusement. Pourtant, je n'avais mal nulle part, j'avais seulement comme... un presentiment. Il n'y avait pas d'autre mot.

J'étais dernier de la fil et je jetai un coup d'oeil aux personnes qui se tenaient devant moi. Elles n'avaient l'air de ne rien remarquer... je fronçais les sourcils car j'étais persuadé de ne pas être fou et d'avoir bel et bien éprouver un étrange appel.

Un coup de tonnerre éclata dans le ciel avec véhémence, comme si les cieux nous en voulait de quelque chose. Subitement, un tourbillon de sables s'éleva devant nous, formant comme une gigantesque colonne qui s'élevait à des mètres et des mètres de hauteur. Mes compagnons poussèrent des cris de frayeur et d'épouvante tout en faisant reculer les animaux. J'eus envie de leur dire de ne rien faire alors qu'un sourire de bonheur me montait aux lèvres. Non, ce n'était pas possible!!!

La tempête de sable s'intensifia encore alors qu'un terrifiant bruit d'explosion venait déchirer le silence jusqu'alors environnant. On ne pouvait pas croire qu'encore quelques minutes auparavant, le paysage ne connaissait pas le moindre trouble!

La tempête se déchaina tout à coup avec un rage accrue alors que des éclairs, qui ne provenaient de nulle part puisque le ciel était d'un bleu limpide, apparurent, donnant une curieuse luminosité à tout ce qui nous entourait.

Je devais plisser les yeux alors que du sable venait me fouetter le visage, voulant me désarçonner de mon chameau mais je devais résister pour ne pas me laisser emporter par la puissance phénoménale du tourbillon. Un tremblement m'agita comme un spasme me faisant basculer à terre alors que j'entendais les voix de ceux qui formaient la caravane résonner comme des murmures tant le fracas de la tempête couvrait chaque son.

Puis plus rien.

Je me relevais difficilement, alors que mon coeur battait à tout rompre. Je me frottais les yeux avec lenteur, n'osant pas poser mon regard sur ce que j'esperais tant découvrir. Je respirais profondément et prenais mon courage à deux mains pour appercevoir...

Un corps!

Des larmes de joie me montèrent aux yeux alors que je me précipitais sans plus prendre garder à mes blessures ni à mes compagnons qui me suivaient, vers ce cadavre que la rage des élements avait déposé. Je n'osais y croire, c'était extraordinnaire... un véritable miracle venait de s'accomplir et je l'avais su dès les premières secondes du phénomène.

Je m'agenouillais à côté de ce que l'on aurait pu comparer à une dépouille mais qui était bel et bien un homme en vie. Il était sur le ventre et je le tournais avec rapidité, offrant son visage abîmé par les évènements à l'astre du jour. Ses cheveux bruns étaient plein de grains de sables tout comme ses plaies à vif et je ne comprenais que trop bien sa douleur pour l'avoir moi-même ressenti.

Je ne pus contenir plus longtemps mes larmes car je venais de découvrir un nouveau naufragé dans cette mer de sable. Shura, du Capricorne.

* * *

Hyoga

J'allais bientôt pouvoir repartir chez moi, dans cette nation de glaces que j'affectionnais plus que tout, autant parce que ma mère y reposait, bien que j'avais appris à me défaire de cette attachement, que par tout ce que j'y avais vécu avec mon maître Camus et mon meilleur ami Isaak. Je nous entendais presque, lui et moi, glisser sur la neige sur des mètres et des mètres sous le regard réprobateur du chevalier du Verseau qui aurait aimé que nous nous tenions mieux.

J'esquissais un sourire tout en regardant la pluie cogner doucement contre la vitre de ma chambre. Mes yeux eux-mêmes n'en pouvaient plus d'attendre de se perdre dans l'infiniment blanc, dans ces glaces d'éternité dans lequel j'avais forgé mon caractère. Cette région du monde était ma force, mon âme, mon être et je savais qu'à jamais nous serions indissociables. L'attachement à la terre était sans doute l'un des plus viscérales existants, et je pouvais en juger puisque j'avais la chance de le connaître. J'avais l'impression que mes racines prenaient pieds en Sibérie, comme si je m'intégrais à la neige, comme si j'avais moi-même été composé de cette matière. C'était aussi pour cela que je combattais le mal, pour cette planète et pour ceux qui savaient l'aimer de la même façon que je le faisais.

Je laissais errer mon regard sur le paysage que j'observais au travers de la vitre. Il était extrêmement sec, à peine quelques touffes d'herbes dissiminées et des pins répandus ça et là, au hasard du caprice de la nature. J'aimais aussi la Grèce, même si les rares fois ou je m'étais rendu dans ce pays, je m'étais trouvé dans l'obligation de subir mille affrontements. Mais tout cela je l'avais partagé avec mes frères, comme toujours. Et maintenant, j'avais envie de leur faire découvrir le lieu ou mon coeur s'emballait par le seul fait de respirer l'air pur qui règnait en permanence là-bas. Je savais déjà qu'il trouverait l'endroit magnifique, surtout Shun qui savait mieux que quinconque admirer la beauté de l'univers.

Mon frère possédé, que pensait-il ces derniers temps? Il me paraissait souvent devenir un autre que lui-même alors que ses yeux se perdaient dans le vague et que son âme disparaissait derrière un épais voile de pensées que je ne saisissais pas. Il avait été particulièrement ébranlé par le fait qu'Hadès soit entré en lui et même si je tentais de le réconforter, je savais que cela ne servait à rien car j'étais incapable d'envisager ce que cela pouvait faire. C'est pourquoi le chevalier d'Andromède devenait plus mystérieux de seconde en seconde et s'éloignait de nous à certains moments alors qu'à d'autres, il se raccrochait déesesperemment à nos personnes. J'avais du mal à le cerner, mais j'avais deviné que la patience serait ma plus grande arme face à sa détresse.

Je soupirais alors que je continuais de griffoner sur un carnet à l'aide d'un vieux crayon de papier que je n'avais de cesse de mordiller. C'était une habitude que mon maître avait toujours essayé de me faire passer, mais en vain. Il disait que les stylos n'étaient pas des confiseries et que si nous avions faim, mieux valait se rendre à la cuisine et y trouver quelque chose. Je n'étais pas loin de ce conseil que j'aurais aimé respecter mais j'étais parfois empreint d'une telle nervosité que j'avais du mal à me contenir... et mes crayons en faisaient les frais.

Je dessinais rapidement un ours polaire assez ressemblant avant de regarder mon travail avec plus d'attention. J'étais assez doué pour la peinture, les esquisses... sans doute parce que Camus m'avait transmis cette passion. Il me suffisait d'ailleurs de me reporter quelques années en arrière pour tenir à nouveau entre mes mains les aquarelles qu'il avait faites. Celles-ci avaient été réalisées en France, à de rares occasions ou il était retourné dans son pays d'origine. Certaines représentaient des paysages grecques, ou encore Sibérien et en fin l'un d'entre elle m'avait toujours intrigué plus que les autres. Sans doute parce qu'elle ne concernait pas la nature puisqu'on pouvait y observer une jeune femme à la grande beauté dont les traits de visage et les yeux n'étaient pas sans évoquer le chevalier du Verseau lui-même. Je n'avais jamais osé lui demander de qu'il s'agissait, par peur qu'il ne me réponde pas, mais je m'étais toujours douté que j'avais en fait affaire à sa mère.

Je rouvris les yeux en me détournant de la fenêtre. J'étais très fatigué, il n'était pourtant que huit heure trente du soir et je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. Evidemment mes blessures me faisaient encore souffrir, mais j'allais déjà mieux et je tentais de reprendre des habitudes dites normales... La normalité, vaste sujet pour moi que ne l'avait jamais connu et qui devait maintenant m'y intégrer. Je me demandais parfois si me promener dans le Sanctuaire, domaine sacré et secret caché aux yeux des curieux et des habitants de la terre, était quelque chose de normal, si regarder les plaies de mes frères suite à la bataille que nous avions traversé était quelque chose de normal, si revoir en permanence le royaume souterrain d'Hadès, si se réveiller en sueurs à cause des personnes que j'avais été obligé de tuer, si revoir son passé encore et encore étaient des choses normales. Je devais me rendre à l'évidence, jamais je ne connaîtrais une existence comme les autres et c'était finalement aussi bien comme cela.

Je passais mes mains dans mes cheveux et redressais quelques mèches qui se rebellaient toujours à l'autorité de mon peigne. Je me levais de ma chaise et m'écroulait sur mon lit, croisant mes bras derrière ma tête et allongeant mes jambes endolories. Je fixais le plafond avec d'autant plus d'intensité que je ne le voyais pas et qu'il me servait uniquement à projeter mes songes.

Les chevaliers d'Or... ils étaient revenus, du moins deux d'entre eux, Kanon et Shaka, et un troisième allait arriver d'après le second chevalier des Gémeaux qui ne devait pas se tromper puisqu'il s'agissait de son frère. Je leur faisais à l'un et l'autre de toute manière une confiance aveugle, et comment aurait-il pu en être autrement après tout ce que nous avions vécu?

Toutes les nuits je priais pour qu'ils rentrent tous, pour qu'il n'en manque aucun et pour que tout recommence comme autrefois, pour que le Sanctuaire soit reconstitué et je ne manquais pas d'y croire. J'étais persuadé que mes utopies aboutiraient pour devenir réalité. Tous les Gold Saints méritaient une résurrection à notre images à mes frères et moi, c'est à dire miraculeuse.

Et ainsi, j'aurais peut-être une chance de le revoir. Celui qui m'avait tout appris à cause duquel mon âme s'était déchirée suite à sa mort, que je lui avais donnée de ma propre main. Camus... mais ou était-il? Reviendrait-il ou errait-il à jamais aux confins de l'univers, à moins bien-sûr qu'il n'est perdu la vie durant l'explosion du mur et que seuls quelques chevaliers d'Or aient pu s'en sortir au dernier instant. Non, je savais que mon maître parviendrait à créer un miracle et qu'un jour, je ne savais pas quand, j'aurais la chance de le voir à nouveau. Et dussé-je attendre pendant plus de cents ans, j'étais décidé à ne pas mourir avant!

* * *

Seiya

J'étais discrètement entré dans la chambre de Shiryu, mon meilleur ami en plus d'être mon frère. Je craignais de le déranger mais lorsqu'il m'apperçut dans l'encadrure de la porte, il s'empressa de refermer le livre qu'il était entrain de te parcourir.

-J'espère que je ne t'interromps pas au milieu d'une chose trop importante au moins...

Le chevalier du Dragon se mit à rire et me présenta d'un geste de la main une chaise ou je pouvais m'assoir.

-Je crois qu'il n'est rien de plus important que mon frère alors c'est sans regret que j'abandonne cette ouvrage.

Un silence tomba entre nous, mais nous n'avions pas besoin de mot pour communiquer car nos mémoires et nos souvenirs communs nous reliaient l'un à l'autre inexorablement. Plus qu'un simple frère, il était mon miroir, celui qui avait vu, connu, vécu les mêmes atrocités que moi et c'est sans doute ce qui expliquait cette complicité qui nous unissait l'un à l'autre.

-Comment va ta soeur?

Je sursautais alors que la voix de Shiryu venait de s'élever dans la pièce. Parfois, et même trop souvent, je quittais mon corps afin de ne plus être atteint par les sentiments qui s'entremêlaient dans mon âme sans que je ne puisse en défaire les noeuds qui en découlaient.

-Seïka? Elle est pareille à moi et n'arrive pas à réaliser le bonheur qui nous assaille. Je ne sais pas non plus comment réagir... tout est si soudain.

-Tu n'est pas heureux? répliqua gravement le chevalier du dragon qui apportait un réel intêret aux paroles que je prononçais.

-Si, si bien-sûr car la retrouver était tout ce que j'ai toujours souhaité et je ne peux te décrire ce que je ressens lorsque je la vois s'avancer vers moi ou me parler comme autrefois. Je pourrais faire n'importe quoi pour elle car je l'aime à un point qu'elle ne peut pas imaginer... il n'y a qu'à voir la manière dont je l'ai cherché au travers des années, non?

Shiryu hocha lentement la tête alors que je pressais mes mains l'une contre l'autre en fixant le sol du regard comme si j'avais voulu m'y enfoncer. Souvent je voulais tout quitter, partir sans rien savoir, en oubliant qui j'étais moi-même car cela aurait été tellement plus facile, plus simple.

-Elle te manque.

Je sursautais de nouveau mais avec beaucoup plus de violence cette fois-ci puisque je manquais de renverser ma chaise en arrière. Je fixais mon frère d'un air dubitatif comme s'il m'avait parlé dans une autre langue. J'aurais voulu que mes lèvres formulent des mots mais j'en étais incapable car mon esprit ne fonctionnait plus. Il était seulement envahi par son image, par sa voix, par son rire. Je n'avais jamais songé que cela ferait si mal de la perdre.

-Plus que je ne saurais le dire, murmurai-je alors que ma voix se brisa et que je laissais mon visage tomber en avant, mon menton touchant finalement ma poitrine.

Je pris ma tête entre mes mains comme pour faire passer une horrible souffrance tout en fermant les yeux pour essayer de contenir ses pleurs qui me venaient trop facilement quand je l'évoquais inlassablement.

-Il en va de même pour chacun de nous, enchaîna Shiryu sans plus me regarder pour ne pas m'humilier en constatant mon chagrin. Elle faisait partie intégrante de notre vie et je ne m'étais moi-même pas encore rendu compte d'à quel point je l'aimais. Bien-sûr, mon amour pour Athéna avait toujours été comme une évidence... mais sous la peau de la déesse de la guerre il existait une jeune fille que j'avais, non, que nous avions appris à aimer au fil des jours qui se perdaient dans le temps.

Je hochais la tête à ses propos alors que l'envie de répondre à mon meilleur ami me démangeait. Seulement je n'avais pas la force de me servir de ma langue, c'était trop difficile, trop douloureux pour moi. Tout ce que je voyais, que je savais, c'était qu'elle avait disparu. Et que par conséquent, nous ne la reverions plus jamais. Comme pour m'interroger sur les pensées qui me traversaient l'esprit à cet instant, Shiryu me fit de nouveau face et s'assit sur son lit.

-Crois-tu qu'elle pourrait revenir?

Je sentis les larmes perlées au coin de mes yeux alors que je relevais avec le peu de fierté qui me restait la tête. Je connaissais la réponse à cette interrogation mais je n'avais jamais eu le courage de me l'annoncer à moi-même. Il fallait que je profite de l'occasion pour l'exprimer sans peur, mais non sans un chagrin terrassant et une douleur épouvantable.

-Non. Jamais elle ne repparaîtra parmi nous pour la bonne raison qu'elle est morte pour moi. Pour me sauver la vie.

Je me tus alors que le chevalier du Dragon ne bougeait plus. Il respectait mon silence même si je devinais qu'il était probablement intéressé par ce qui s'était produit en enfer, par la façon dont Saori m'avait ramené à la vie. Je lui devais bien quelques explications et je dus faire un effort surhumain, mais j'en étais finalement coutumier, pour me remettre dans la conversation. Il fallait de plus que je le fasse car ces aveux, ou plutôt ces confessions permettraient ma délivrance.

-Elle me tenait dans ses bras quand elle a décidé d'échanger son existence contre la mienne et c'est grâce à son sang divin qu'elle a ravivé en moi la flamme qui s'était éteinte... mais à quel prix!

Je bondis soudainement de ma chaise en serrant les poings de rage alors que je lançais les mots suivants au visage de Shiryu avec l'intensité du desespoir :

-Te rends-tu compte? criai-je. Elle s'est sacrifiée pour moi. Elle a fait la seule chose que je ne voulais pas qu'elle fasse, mourir. Mais, elle ne comprenait pas, elle voulait que je vive, que je retourne auprès de vous pour avoir la chance de recommencer une vie! Mais ou avait-elle la tête? Elle croyait peut-être que je pourrais reprendre des jours normaux alors qu'elle n'était plus auprès de moi. Mais j'aurais dix fois, cent fois, mille fois préféré périr plutôt que de la voir tomber inanimée sous mes yeux!

C'était à peine si les murs de la pièce ne se mettait pas à trembler mais il fallait que je fasse sortir ma souffrance d'une façon ou d'une autre et j'avais décidé de vider mon sac aujourd'hui. Mon frère ne bougeait pas, ne souhaitant probablement pas m'interrompre pour me permettre de me débarasser de ce poids trop pesant qui écrasait mon âme et mon coeur.

-Je suis fatigué, murmurai-je simplement comme seule conclusion au discours que je venais de faire en retombant sur la chaise d'ou j'avais bondi pour crier ma fureur.

Je me sentais ridicule, non pas de m'être laisser aller, mais de ne pas avoir su la protéger. Je n'avais pas su accomplir la mission que mon rôle m'assigniait, je n'avais pas été digne d'Athéna, encore moins de Saori. J'avais été incapable de la protéger, d'assumer mon rôle de chevalier. Je savais certes que j'avais sauvé la terre, que grâce à mon sang, à celui de mes frères et de mes aînés les chevaliers d'Or, les êtres humains pouvaient continuer de vivre en toute tranquillité, mais je mourrais pourtant de l'intérieur. Parce qu'elle n'était plus. Et le pire était que je savais que j'allais peut-être encore connaître cinquante années d'existence et que plus jamais je ne croiserais ses grands yeux bruns bordés de longs cils sombres...

Shiryu s'approcha de moi et posa une main sur mon épaule avant de la serrer entre ses doigts comme pour me transmettre sa force au moyen de ce geste. Je sentis soudainement quelque chose de nouveau éclore en moi, si subitement que j'en fus d'abord effrayé. Mon optimisme à toute épreuve était-il entrain de refaire surface maintenant que j'avais avoué à quelqu'un ma souffrance et ma peine? Visiblement, je n'étais pas loin de la vérité.

-Non, mon ami, dis-je, Saori ne nous aurait jamais abandonné, et les dieux n'auraient jamais permis qu'elle disparaisse et que l'équilibre de ce monde bascule. Elle reviendra. Je ne sais pas pourquoi je suis capable de te dire cela, mais je suis certain que nous la reverrons.

J'esquissais alors un sourire, tandis que j'allais exécuter un geste qui me ramenerait à des jours et des jours en arrière.

-C'est comme cela qu'il faut voir les choses.

* * *

Shura

J'avais cru entrevoir le visage de Saga mais je m'étais persuadé que mon esprit était alors embrouillé par la chute magistrale que je venais d'effectuer. Mes yeux avaient tout simplement vu ce qu'ils avaient envie de voir.

J'étais tombé dans un mer de sable s'étendant à l'infini, c'était du moins ce que j'avais vu à l'instant ou le ciel s'était fendu pour me livrer passage et que j'avais apperçu le sol de la terre se rapprocher inexorablement de moi. Mon atterrissage avait été assez catastrophique et je me souvenais encore du tourbillon de sable entrain de se former. Enfin, les souffrances n'étaient rien, mes plaies encore moins quand il était question de servir Athéna. Je savais qu'elle aurait souhaité que je retourne sur terre et c'est pourquoi j'avais mis tant de forces dans mon retour, puisant dans mes réserves de cosmos que je croyais illimitées mais qui avaient finalement, comme chaque chose une limite.

Maintenant je ne savais pas ou je me trouvais. Je sentais simplement que j'étais balancé curieusement de gauche à droite, mais ces mouvements permanents me berçaient finalement comme si j'avais été sur des flots.

Saga. Je ne savais pas pourquoi mais j'avais sincèrement l'impression que ce défenseur de la justice était près de moi. Si j'étais le plus fidèle défenseur d'Athéna, titre que je méritais dorénavant, le chevalier des Gémeaux était incontestablement le plus tenace.

Des images de l'Athéna Exclamation que nous avions déclenché avec l'aide de Camus me revinrent en mémoire. Cela avait été un moment incroyable et je ne m'étais jamais senti plus puissant durant toute mon existence, mais aussi plus faible, car Shaka était l'homme que nous essayions d'abattre. Ce geste je l'avais mille fois regretté, mais je savais qu'il avait été nécessaire à notre victoire.

Je nous revoyais maintenant, Saga, Camus et moi, nous concertant rapidement et surtout discrètement avant de revenir à la surface de la terre. Nous avions du préparer notre comédie à l'avance car nous savions les uns et les autres qu'il nous serait particulièrement difficile de passer ces moments ou l'on nous prendrait pour des traîtres, nous les chevaliers d'Or qui ressurgissions de nos tombes tels des fantômes vengeurs décidés à érradiquer le mal. Et ce dernier se dissimulait alors sous les traits d'Hadès.

Je sentis une vague brise passer sur mon visage mais je ne bougeais pas car j'en étais bien incapable. Pourtant, j'étais sûr de ne pas tomber de l'endroit ou l'on m'avait placé car quelqu'un me tenait fermement. Je détestais le sentiment de devoir dépendre d'une personne et je tentais de bouger pour reprendre une position plus convenable sans grande réussite. Je me maudissais d'être en aussi mauvais état car j'avais l'impression de perdre de ma fierté qui m'avait si souvent de fois jouer de mauvais tours mais dont je n'arrivais pas à me dépareiller.

Mes pensées enchaînèrent presque immédiatement sur celui qui avait longtemps été mon meilleur ami, Aioros. Nous avions vécu une partie de notre enfance côte à côté, entre nos deux différents camps d'entraînement et lorsque nous avions reçu nos armures de chevaliers, nous étions devenus inséparables. Nous n'avions certes jamais eu la même vision des choses mais cela n'avait pas empêché un lien de se tisser entre nous. J'avais toujours été le plus orgueilleux, le plus intransigeant des deux, alors qu'il avait incarné la bonté et la générosité à son état le plus pur et le plus absolu. Nous nous complètions et cela se remarquait presque immédiatement. Et puis un jour, tout s'était brisé, si rapidement que je ne m'en étais pas rendu compte, que je n'avais pas réalisé la gravité de mon acte.

Je l'avais tué. Pour Athéna et pour la justice, avais-je alors cru à l'époque, avant de découvrir après des années et des années de mensonges qu'il n'en allait pas ainsi et que je n'avais été qu'un bourreau venu abattre une victime dans son bon droit. J'avais été déchiré par cette nouvelle que le courageux Shiryu m'avait appris et j'avais choisi de laisser le jeune chevalier de Bronze repartir sur terre à ma place ou je ne me sentais plus à l'aise dans mon rôle de guerrier défenseur d'Athéna.

Il m'avait fallu plusieurs mois dans le Cocyte pour comprendre que je m'étais tout d'abord laissé aveugler par le Grand Pope, puis par ma propre détresse et surtout ma honte à n'avoir rien vu et à m'être fait berner par un Saga alors possédé. Je n'en avais jamais voulu à ce dernier car je n'étais pas de ceux qui reportent leur faute sur les autres, non, je préferais de loin tout assumer par moi-même en reconnaissant mes erreurs sans faillir. J'étais l'entier fautif de cette histoire et je le savais, mais par Zeus, j'avais trouvé le moyen de me racheter au prix de mes larmes de sang et de mes blessures. Et maintenant que j'étais retourné sur terre au travers des dimensions, je pouvais enfin dire que j'avais expié mes crimes, involontairement commis, cela allait de soi.

J'entendis une voix près de moi mais je régais pas, ne comprenant pas que l'on s'adressait à moi. J'avais la vague impression que l'on me transportait, avec assez de délicatesse visiblement, par égard pour mes nombreuses plaies rendues très douloureuses par la chaleur et le sable qui s'y infiltraient incidieusement. Il était vrai que je n'avais pas attéri dans le bon pays pour guérir rapidement. Ni pour rejoindre le Sanctuaire...

Pourquoi n'avais-je pas attéri dans le Domaine Sacré? C'était assez étrange mais somme toute très logique. Après des jours d'errance dans toutes les dimensions je n'avais plus eu assez de force pour m'orienter quelque part. Evidemment, si j'avais été en compagnie de quelqu'un, j'aurais sans doute pu tenter de viser un peu plus près que la nation dans laquelle je me trouvais mais tous les chevaliers d'Or avaient été séparé.

Je fronçais les sourcils en songeant à quelque chose. Je savais que je n'étais pas le premier arrivé sur notre planète puisque je m'étais laissé guider par les traces des auras de ceux passés avant moi. Cela avait été beaucoup plus facile et surtout plus rapide. Mais je ne pensais pas à ceux qui m'avait précédé, mais plutôt à la personne qui me suivait de près... et à vrai dire il y en avait eu deux. Si je n'avais pas eu autant besoin de m'économiser, j'aurais pu les identifier aux ondes qu'ils dégageaient mais je n'en avais pas eu le loisir. Enfin, cela voulait au moins dire que plusieurs d'entre nous étaient parvenus à revenir par delà les ombres.

-Shura... Shura...

On me secouait mais aussi et surtout, on connaissait mon nom! Comment cela se faisait-il? Le visage de Saga me revint en mémoire. En arrivant des cieux j'avais cru l'entrevoir mais j'avais empêché mon instinct de suivre cette intuition de peur d'être trop cruellement déçu par la suite. Et pourtant, au-dessus de moi, je sentais quelqu'un qui m'était plus que familier et que j'avais fréquenté pendant de nombreuses années.

Je fis un effort louable pour ouvrir mes paupières car j'avais la sensation qu'elles pesaient terriblement lourds. Mon corps entier m'appelait vers le repos qu'offrait le sommeil mais je savais que je devais lutter car dans un état aussi critique que le mien, ce fameux sommeil pouvait bien souvent engendrer la mort.

-Shura, courage, reviens à toi. C'est moi, Saga. Tu te souviens...

Mon regard se posa avec brusquerie et incrédulité sur lui. Je n'osais pas y croire alors que sa voix me confirmait ce que j'avais soupçonné. Mon coeur cogna à ma poitrine avec tant de force que j'aurais juré que l'on aurait pu le voir battre au travers de ma peau. Je sentis mes lèvres se mettre à trembler alors que je parvenais enfin à réaliser ce qui m'arrivait.

J'étais sur terre et je n'étais pas mort. Je m'étais désespéremment accroché à l'existence avec la force que seul un chevalier d'Or dévoué corps et âme à Athéna pouvait déployer et j'étais parvenu à accomplir l'impossible. J'étais de retour parmi les vivants et près de moi, alors que je me trouvais apparament sous une tente de toile, se tenait accroupi près de mon lit et un sourire mélancolique aux lèvres, l'invincible Saga.

* * *

Rhadamanthe

Je me promenais au travers des champs qui appartenaient à Mélios avec lenteur, comme si je prenais mon temps pour admirer la nature alors que mon esprit était en réalité à des centaines et des centaines de kilomètres... mais ou exactement, je n'aurais su le dire.

Je me laissais distraire par le bruit de mes pas sur le chemin granuleux sur lequel j'évoluais et qui brisait un silence qui ne me dérangeait pas, au contraire. J'appréciais ne rien entendre autour de moi, me retrouver dans un calme relativement absolu qui me permettait de réfléchir en toute tranquillité. Je me souvenais que dans mon ancienne vie, je m'isolais souvent des autres pour penser à loisir sur ce qu'il y avait de mieux à faire pour... Je m'arrêtais soudainement et comme toujours en plein milieu d'une réflexion qui aurait pu être capitale pour la résurrection de ma mémoire. Je finissais sincèrement par me demander si je ne faisais pas tout simplement un blocage sur mes propres souvenirs, comme si je n'avais pas souhaité les découvrir et qu'inconsciemment, je désirais qu'ils restent enfouis au plus profond de mon être. En connaissant la complexité dont je faisais le plus souvent preuve, cela ne m'aurait guère étonné.

J'abritais mes yeux de la lumière du soleil à l'aide de ma main dont je me servais comme d'une visière. Je ne supportais pas très bien la chaleur de l'astre du jour que je trouvais pesante et les températures de la Grèce n'étaient pas faites pour m'aider. Le bruit de la mer me parvenait de l'horizon alors que je ne marchais qu'à quelques mètres de la plage vers laquelle j'avais décidé de me rendre. Peut-être ce paysage me permettrait-il de faire rejaillir quelque chose de mon esprit troublé... je n'en avais pas la moindre idée mais j'avais raison d'essayer.

Je sautais sur une haut rocher avec une agilité déconcertante et ce, malgré la douleur qui me tiraillait la poitrine. Je me sentais à présent mieux qu'il y avait de cela quelques semaines, alors que j'étais à peine capable de bouger un simple doigt. Je sautais directemment du haut des rocheuses pour attérir sans le moindre dommage dans le sable fin. Je me tournais ensuite vers les hautes collines que j'avais allègrement franchies. D'ou me venait cette souplesse et cette force? Je me le demandais souvent car j'avais récemment découvert que je pouvais soulever n'importe quel objet. Je m'étais même emparé d'une main de la voiture de Mélios et je l'avais soulevé sans broncher et sans rien ressentir. L'homme qui m'avait recueilli en était resté halluciné, mais je n'avais pas été choqué de cette puissance qui me semblait somme toute naturelle, voire même, pour une obscure raison, obligatoire.

Je m'avancais vers le bord de l'eau avec une expression pensive sur le visage. J'étais en permanence seul et étrangement, cela ne me pesait pas. Non, j'aimais à me retrouver avec moi-même, dans ce fameux silence qui me séduisait finalement assez.

Je portais soudainement mes mains à mes tempes alors que je voyais un jeune homme aux immenses cheveux blonds pointer son index sur sa bouche pour faire signe à chacun de se taire. Il avait une sorte d'aube sur lui qui cachait quelque chose de métallique et devant sa personne était disposé un livre de taille imposante que j'avais moi-même tenu entre mes mains dans l'un de mes rêves ou j'avais rendu un jugement. Rune... il s'appelait Rune de Balrog.

Je sursautais et faillis tomber à la renverse alors que je rouvrais les yeux. Un vif sentiment d'exaltation m'aurait sans doute envahi si je n'avais pas possèder une nature si froide et si peu encline à ne pas se contenter de peu. Car un nom n'était pas suffisant, j'avais besoin de beaucoup plus si je voulais me lancer dans la découverte de mon propre passé. Enfin, il fallait reconnaître que c'était mieux que rien et que ce Rune, étrange personnage si familier à ma mémoire me permettait d'avancer d'un pas de plus sur la voie de ma mémoire. Je ne me rappelais rien d'autre de cette personne, hormis qu'il était toujours environné d'un silence qui me plaisait et que je ne venais jamais à briser lorsque je le rencontrais.

L'écume des vagues vint mouiller mes chaussures mais je n'y prêtais guère attention alors que je fixais mon regard observateur sur l'homme qui marchait à des mètres et des mètres en face de moi et qui se dirigeait dans ma direction. Pour une raison étrange, mon pouls s'accélera et une curieuse excitation s'empara de mon coeur. Cette silhouette, cette stature... tout me rappelait quelque chose de terrifiant que je n'avais pas su maîtriser. Je n'arrivais pas encore, j'étais beaucoup trop loin pour cela, à distinguer les traits de son visage mais je les devinais déjà presque. J'avais rencontré cette personne, j'en étais à présent certain.

Je m'arrêtais brusquement de marcher, comme si je m'étais senti en danger alors que je ne comprenais pas pourquoi. A l'autre bout de la plage, l'inconnu en fit de même et fixa son regard sur moi. Je pouvais presque deviner sa poitrine se soulever avec difficulté en m'appercevant. Très visiblement nous nous connaissions, lui sans doute plus que moi puisque j'étais amnésique.

C'était donc pour cela que j'étais venu jusqu'à la plage, et non pas soi-disant pour tenter de retrouver des souvenirs enfouis en moi que l'air marin serait peut-être parvenu à faire ressurgir, mais la réalité était tout autre. L'homme que je n'arrivais pas à distinguer m'avait appelé, je ne sais pas comment il y était parvenu, mais il était celui qui avait orchestré ce rendez-vous impromptu.

Nous étions face à face, séparés par des mètres de distance mais la scène se déroulait exactement comme s'il s'était tenu devant moi. Je devinais ses immenses cheveux bleus, ses yeux à l'expresion fougeuse et son sourire arrogant. Je ne l'avais pas oublié lui, même si je ne me rappelais plus du rôle qu'il avait joué dans mon existence. Je savais juste que ce dernier avait du être capitale étant donné l'état de fébrilité dans lequel je me trouvais.

Kanon. C'était lui que j'avais appelé au travers de mon coma ou j'avais failli laisser la vie. En le voyant ainsi figer comme un fauve aux aguets, je n'avais plus le moindre doute et pouvais sans peine lui donner ce nom.

Nous nous observions comme deux félins prêts à bondir l'un sur l'autre mais je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. Jamais je ne m'étais encore comporté comme cela mais là, c'était comme si tous mes instincts resortaient d'un seul coup. Il fallait à tout prix que je parle à cet homme, qu'il me dise qui j'étais.

Sans plus réfléchir, je me mis à courir vers lui alors qu'il ne bougeait plus et qu'il me regardait venir à lui. Plus je me rapprochais de sa personne, plus la tension semblait monter entre nous et j'avais presque l'impression que l'atmopshère devenait éléctrisée, exactement comme avant un orage.

Bientôt, j'allais enfin découvrir qui j'étais.

* * *

Kanon

Je ne pouvais pas y croire, j'étais comme halluciné, incapable de faire quoi que ce soit pour aller à sa rencontre alors qu'il s'élançait vers moi. Rhadamanthe du Wyvern. Je le regardais avec mon visage de marbre, l'oeil impassible et pourtant, en moi, tous les sentiments de crainte et de nervosité se bousculaient. Je ressentais l'excitation du guerrier avant un combat, mes nerfs étant tendus, mon souffle court, mon corps se raidissant sous l'effet de l'impatience.

M'avait-il reconnu? C'était une interrogation qui me semblait stupide car comment aurait-il été capable de m'oublier, moi qui avait failli nous faire périr tous deux au travers de l'une de mes attaques?

Allait-il m'agresser? Je plissais les yeux tant en constatant que je ne pouvais pas répondre avec certitude. Je devais reconnaître que mon état de santé précaire ne pouvait guère me permettre le moindre geste brusque, encore moins recevoir quelque attaque venant d'un homme possèdant la puissance de Rhadamanthe. Mais je savais aussi que si le besoin s'en faisant sentir, que s'il ne me restait plus que cette seule solution pour défendre l'honneur d'Athéna, alors je n'hésiterai pas à me lancer dans un nouvel affrontement ou je laisserai probablement la vie.

J'esquissais un sourire en pensant à l'ironie du destin. Je n'avais pas encore pu retrouver mon frère que déjà il me fallait partir. Mais je n'étais pas homme à accepter les choses avec fatalisme et je me redressais avec orgueil pour faire face au Spectre qui courrait à ma rencontre avec une vivacité ralentie par ses blessures. Cependant, je devais bien constater qu'il était plus rapide qu'une personne ordinnaire, mais quoi de plus normal pour un caractère tel que lui?

A quelques mètres de moi il ralentit le pas, croisant mes yeux ou il ne dut déchiffrer que peu de sentiments car mon visage restait impassible, comme toujours alors que je m'apprêtais à me retrouver nez à nez avec un assaillant. Le vent souffla légèremment, ridant péniblement la surface de la mer d'huile qui se trouvait à ma gauche. La nature ne bougeait plus, respectant le silence que nous gardions alors que nos regards en disaient sans doute plus long que nos gestes inexistants. Il me sembla que cette scène dura de longues minutes, alors que nous nous jaugions et qu'aucune expression ne se répandait sur nos traits. Le temps s'était suspendu sur nous, me ramenant en arrière, probablement tout comme lui.

Deux enfants courraient sur la plage en se poursuivant et en criant, comme leurs âmes sans soucis et libérées de toute contrainte pouvaient le leur permettre. Quand ils nous apperçurent ils se turent et partir à toutes jambes, comme s'ils avaient deviné que nous n'étions pas là pour nous amuser comme eux le faisaient, comme s'ils réagissaient avec l'instinct des animaux sentant le danger proche. Rhadamanthe devait probablement éprouver la même chose que ces bambins fuyants... tout comme moi car nous avions adopté l'attitude de deux félins guettant la défaillance de l'autre.

-Kanon...

Les Enfers me semblèrent subitement tout proche de moi alors que j'entendais cette voix qui avait marqué à jamais mon esprit du sceau d'Hadès et des épouvantes qui règnaient en ses terres. Je revoyais ce combat, plusieurs fois interrompu, je revoyais ce visage dont le souvenir était encore frais à ma mémoire et je me demandais ce qui allait se passer.

La scène que je vivais me semblait irréelle, tout droit sorti du fruit de mon imagination et de mon esprit complexe et tortueux.

-Rhadamanthe... il est dit que nous devions nous revoir. C'est chose faite, dis-je d'un ton incisif.

-Rhadamanthe? Est-ce mon nom?

Je me figeais brusquement, pris à la gorge par mon incrédulité. Ce pouvait-il que... non, il se jouait de moi pour me faire perdre ma concentration bien que cette tactique de lâche ne lui ressemblait guère. Je croisais ses yeux à cet instant qui m'en dirent plus long que je ne l'aurais souhaité. Il était ostensiblement suspendu à mes lèvres et fronçait les sourcils avec intensité, comme si tout son visage reflètait la gravité et la concentration.

-Bien-sûr, connais-tu beaucoup d'autres hommes qui portent ce nom? répliquai-je non sans méfiance car je restai sur mes gardes tel le fauve duquel je me rapprochais tant par mon comportement.

-Non... et à dire vrai je ne comptais pas beaucoup d'hommes tout court.

Je ne savais pas comment prendre sa réplique car je ne pouvais dire à quoi je devais m'en tenir. Que lui arrivait-il? Pourquoi ne parlions-nous pas de l'Hadès, des affrontements qui y avait eu lieu? Pourquoi ne me lançait-il pas un nouveau défi? Je n'avais jamais fait preuve de patience à l'égard de personne et ce n'était pas maintenant que cela allait commencé, surtout pas pour un Spectre.

-Que t'arrive-t-il, Rhadamanthe, à quel jeu joues-tu avec moi?

-S'il s'agissait d'un jeu, j'en serai fort aise! Non, ici, nous sommes malheureusement bien dans la réalité et j'ai beau avoir l'impression de t'avoir rencontrer, et connu dans d'étranges conditions, il m'est impossible de dire ou, ni qui es-tu. Alors, pourrais-tu éclairer cette mémoire qui me fait défaut puisque tu as l'air de possèder les souvenirs quie me manquent...

Je fis claquer ma langue contre mon palais, ne sachant pas si je devais le croire ou si au contraire, il valait mieux que je m'abstienne du moindre commentaire. Etait-il vraiment ce qu'il prétendait? J'avais du mal à y croire, une chance pareille ne pouvait pas m'arriver, moi que les dieux avaient maudit depuis ma naissance.

-Tu es frappé d'amnésie, n'est-ce pas?

-Sur la totalité de ma vie. Rien de plus ou de moins que le néant... à part quelques bribes de souvenirs comme une tour au milieu des flots, une femme brune, de curieux cauchemar ou je juge des personnes, le nombre 108 et ce nom... Kanon. Toi en l'occurence. Tu vois, il ne me reste plus rien hormis l'impression d'être différent, en marge de tout ce qui m'entoure. Mais étrangement avec toi, j'ai l'impression de me retrouver dans un élément que je n'aurais pas du quitter. Je me trompe?

Je souris et posant mes yeux sur la mer, à l'endroit même à les flots semblaient se fondre dans les cieux. Rien n'était plus reposant que ce spectacle de la nature que j'avais souvent contemplé alors que je n'étais pas celui que j'aurais du. Ces océans, combien de fois ne les avais-je pas convoités?

-Tu me connais en effet, et nous ne nous sommes jamais appréciés, au contraire, il s'agissait entre nous d'un sentiment intense et dévastateur. Tu te nommes Rhadamanthe... oui, ce nom que je ne pourrai jamais oublier. Je ne peux, ni ne veux t'en dire plus car ce serait trop dangeureux, autant pour moi, que pour toi-même. Je te conseille de vivre dans l'innocence d'un passé trouble et obscur. Et sache aussi qu'il n'en va pas que de ma personne ou de la tienne.

Je fixai de nouveau son regard sur lui alors qu'il restait impassible. Il n'avait pas tout perdu, cela se sentait, c'était latent et ne demandait qu'à être éveillé mais il ne m'écombait pas de le faire. Il était mon ennemi, un ennemi certes endormi mais tout de même, et il n'était pas question qu'il représente de nouveau une menace potentielle.

-Etrangement, Kanon, je comprends ce que tu veux dire, même si tu ne parles qu'à demi mots. J'ai l'impression de savoir et c'est pourquoi je peux respecter ton silence. De toute manière, si je dois retrouver mon identité ce ne sera que par moi, je n'ai jamais compter sur personne, cela au moins je m'en rappelle, et j'ai commis une erreur en venant vers toi.

Il se tut quelques secondes avant de plonger son regard dans le mien.

-Ce n'est qu'un aurevoir, Kanon.

Il se détourna de ma personne et partit à pas lents dans la direction opposée. Je ne rétorquais rien mais le suivait des yeux comme pour le surveiller jusqu'au dernier instant. Je ne pouvais pas croire à ce qui venait de se produire, j'avais revu Rhadamanthe du Wyvern!

Je laissais glisser mon regard sur son dos qu'il offrait à ma vue. J'avais beau le mépriser de chaque fibre de mon être, je devais reconnaître que je ressentais un autre sentiment à son égard.

Je l'admirais.

* * *

La chaleur torride du désert les épuisait mais ils savaient qu'ils n'avaient pas le droit de défaillir. Continuer... continuer malgré le souffle du vent qui leur fouettait le visage à cause des bourrasques qui soulevaient sans cesse cet or de la nature, malgré la douleur que leur causait leurs inombrables blessures qui les laissaient chancelant et vacillant, malgré la soif qui leur saisissait la gorge sans qu'ils puissent s'en débarasser et ce malgré l'eau que leur donnaient leurs compagnons de voyage.

Shura et Saga s'épaulaient mutuellement, ou bien se suivaient lorsqu'il était temps de remonter sur ces étranges animaux qu'ils n'auraient jamais cru devoir un jour chevaucher.

Le Sanctuaire, ils l'apercevaient après chaque mont, l'envisageaient après chaque dune de sable mais leurs espoirs étaient toujours réduits à néant car bien vite, le mirage disparaissait comme il avait éclos. Pourtant, ils gardaient confiance, car, bien loin de jouer contre eux, pour une fois, le temps les aidait, juste en passant, car les secondes qui s'égrenaient les rapprochaient un peu plus du lieu béni ou plongeaient leurs racines.

Invariablement et pour se soutenir, ils évoquaient l'image de leur déesse, Athéna, celle qui avait toujours été le plus grand de leur réconfort au travers de leurs destins mille fois brisés pour les affres de la vie. Et puis, ils songeaient aux autres chevaliers d'Or, à ceux qui n'étaient pas encore revenus... ils savaient déjà que tous toucheraient bientôt de nouveau le sol de cette planète qu'ils avaient défendu par tous les moyens, s'aventurant jusque sur le chemin de la mort.

Et sans le savoir, alors qu'ils plongeaient leur regard dans celui de l'autre pour chercher appuie, quelque part dans le monde, les cieux se fendaient à nouveau.


Fin de la septième partie.

Huitième partie : Neiges Eternelles


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