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Neiges Eternelles

© 2000 by Saori

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Hilda esquissa un sourire en se penchant par l'une des immenses fenêtres qui se trouvait dans sa vaste salle à manger. Elle était passée derrière le rideau de velours pâle qui permettait de se couper de l'extérieur quand l'on en avait envie, ce qui était bien rare chez elle car il lui semblait difficile de se passer de l'air pur du dehors.

Elle respira profondément en plissant les yeux pour se protéger de la luminosité qui se dégageait des vastes étendues de neige recouvrant tout autour de palais, comme si cela avait formé une corolle de glace. Des flocons, légers comme l'écume des vagues, tombaient du ciel pour venir épaissir les couvertures blanches qu'Asgard connaissaient en permanence et si la prêtresse d'Odin constatait que le froid était de plus en plus difficile à supporter, surtout pour les classes les plus défavorisés de son peuple, elle ne pouvait s'empêcher de constater la beauté de la nature.

Ses longues mèches de cheveux argentés, qu'elle passait toujours par-dessus ses épaules, tombèrent en avant, flottant dans la soudaine bourrasque qui venait de se lever. Un frisson parcourut la jeune fille, qui leva ensuite son regard vers les cieux grisailleux. Le temps n'était pas au beau fixe, pas même en cette fin de mois de mai ou partout dans le monde, le printemps s'apprêtait à se muer en été.

Elle soupira en songeant que dans ses terres désolées, plus rien ne pourrait refleurir, pas même cette fleur qu'elle avait un jour montrée à sa cadette pour tenter de lui redonner espoir et pour lui prouver que le courage était probablement la plus grande des vertus.

Hilda parcourut du regard la cour intérieure de sa demeure ou elle avait tant de fois prié le Seigneur Odin pour lui demander clémence pour son royaume, ou elle lui avait parlé de son destin qu'elle acceptait aussi orgueilleusement que son peuple bravait le leur. Il était vrai que cela n'avait pas tous les jours été faciles, que souvent, la vie s'était jouée d'elle, mais elle avait, malgré les épreuves, su conserver sa dignité.

Elle ferma les yeux alors que l'image de Siegfried s'incrustait dans son esprit. Jamais elle ne pourrait oublier ce qu'il avait fait à cause d'elle. Evidemment, elle n'avait pas été consciente de ses actes, mais cela n'empêchait pas qu'elle se soit trouvée incapable de résister à la puissance de la malédiction de l'anneau que Poséidon lui avait passé au doigt. Ou était passé sa force de caractère au moment ou elle en avait eu le plus besoin? Qu'était devenu ce courage qu'elle admirait tant chez ceux qui l'entouraient et qu'elle n'avait pas su trouver en sa propre personne?

Ces interrogations, elle se les était posée des centaines et des centaines de fois alors qu'elle était allongée dans son lit et que la tempête soufflait avec violence et rage dehors. Elle se rappellait des ombres dansant sur les murs de la pièce et qui ressemblaient à celles de son passé. Elle gardait les yeux ouverts, alors que son cerveau fonctionnait sans plus lui permettre de se reposer durant une seconde, comme pour la châtier de son crime de faiblesse de ne pas avoir su s'opposer au destin. Elle avait, durant ces nuits blanches, l'impression de s'enfermer dans son passé, comme si celui-ci cherchait à la retenir captive.

Pourtant le lendemain, elle se relevait, égale à elle-même, comme si rien ne l'avait tourmentée, et de nouveau prête à prier ce Seigneur qui avait accepté de lui pardonner et d'aider Athéna et ses chevaliers à la fin de cette guerre stérile qui avait agité son pays par sa faute.

Si celui qu'elle priait depuis son enfance avait accepté de la reconnaître à nouveau comme digne de son rôle malgré les vagues de drames succesifs, il n'en allait pas pareillement pour elle-même. Elle n'était pas femme à se pardonner sans avoir eu l'impression d'expier les crimes insoutenables qu'elle avait commis en servant de marionnette au dieu des mers. Elle ne savait nullement comment se racheter, comment retrouver un peu de son honneur qu'elle avait perdu en se faisant contrôler de la sorte. Jamais elle ne s'en était plus voulue de son existence.

D'une certaine façon, elle estimait avoir subi bien assez de peine pour être excuser de ces folies de moitié. Elle avait vu tous ses amis mourir sous ses yeux sans pouvoir esquisser un geste, elle avait vu Siegfried se sacrifier en son nom et en celui de la justice sans avoir l'idée de l'arrêter, sans même avoir pu lever la main pour ne lui dire que serait-ce adieu...

Hilda rouvrit prestemment les paupières, préférant ne pas s'enfoncer aussi loin sur le chemin de sa mémoire. Elle n'avait guère envie de revivre chaque évènement de cette lutte qui avait eu pour théâtre ses terres et pour acteurs ses proches. Oui, maintenant, il ne lui restait plus que sa cadette Freya, qui avait été plus que secouer par la perte de tous les êtres qui lui étaient chers. Mais la jeune fille réussissait à cacher sa mélancolie et sa peine car elle se rendait compte qu'elle aurait pu perdre la personne qui avait toujours été là pour la soutenir et l'épauler, sa soeur aînée.

Hilda hocha lentement la tête en songeant au discours que sa cadette lui avait tenu. De par sa gentillesse et sa simplicité, Freya avait toujours le don de mettre plus à l'aise, de redonner cet espoir qui lui faisait parfois défaut mais qu'elle savait insuffler aux autres sans peine. C'était d'ailleurs assez paradoxale en y réfléchissant...

La prêtresse d'Odin se pencha un peu plus par la fenêtre pour suivre des yeux une route qu'elle avait des dizaines de fois empruntée en compagnie de Siegfried et qui menait vers les jardins royaux. Elle se revoyait à ses côtés, sérieuse et grave alors qu'ils parlaient de l'avenir du monde, de la réapparition des armures des combattants d'Odin, à laquelle ils ne souhaitaient l'un et l'autre ne jamais devoir assister. Et pourtant...

Un nouveau soupir lui monta aux lèvres.

Si seulement la guerre dans l'Asgard avait été le seul drame touchant les défenseurs de la justice. Mais non, les Moires ne s'étaient pas arrêtées là et avaient préféré continuer de tourmenter les Saints et leur déesse.

Elle avait senti, le soir ou la lutte dans l'empire sous-marin avait pris fin, le mal s'infiltrer sur terre, s'insinuer dans le domaine Sacré de Grèce, puis disparaître dans la terre, dans les enfers. Elle n'avait pas mis longtemps à saisir ce qui se produisait, à identifier la divinité qui une nouvelle fois se jouait des hommes et de leurs vies.

A cet instant, elle aurait voulu venir en aide à Athéna, mais cela s'était avéré impossible, comme elle s'en était doutée alors qu'une mystérieuse éclipse avait lieu dans le ciel et que des éclats de cosmos d'une puissance phénoménale s'élevaient dans l'atmopshère. Elle avait senti chaque soubresaut agitant les chevaliers, car il lui avait suffi de fermer les yeux pour observer ce qui se passait dans le royaume des ombres. Elle avait tremblé en même temps que les Saints, avait pleuré pour eux, s'était rejouie avec eux lorsque de puissants opposants tombaient sous leurs coups.

Mais cela ne s'était pas fini comme ils, comme elle l'avait souhaité. Les chevaliers d'Or était morts, Seiya aussi, les autres Bronze Saints avaient disparu et Athéna s'était éteinte, comme la plus belle des étoiles dans la plus profonde des nuits.

Un tremblement la parcourut alors qu'elle s'imaginait la douleur de ceux qui avaient tout donné au nom de la justice. Leur victoire sur le mal avait été placé sous le sceau du secret mais c'était finalement aussi bien ainsi car cela permettait à chacun de continuer à vivre dans l'innocence de ce qui avait failli se produire.

Hilda se retourna vivement au bruit de la porte s'ouvrant pour livrer passage à sa jeune soeur, le visage empreint d'un sourire joyeux et doux. La jeune fille lui présenta ses mains, non sans une fierté presque enfantine, rendues rouges écarlates par le froid qu'il faisait à l'extérieur et d'ou elle revenait très visiblement.

-Je m'amusais dehors à faire de la luge, comme lorsque j'étais enfant et que Hagen...

Elle suspendit sa phrase alors qu'un silence tombait entre les deux soeurs, comme si un voile de soie se posait sur elles. Freya était sans cesse à la recherche des émotions qu'elle avait autrefois vécu, comme si elle poursuivait un passé qui lui était impossible de rattrapper mais qu'elle faisait revivre durant de brefs instants, généralement suivi d'une peine aussi indicible qu'insoutenable.

-Je sais ma soeur... murmura Hilda en hochant la tête avant de lui sourire à nouveau, pour chasser de leurs esprits les idées sombres qui commençaient à s'infiltrer dans leurs esprits. Veux-tu passer à table? J'ai fait servir des gâteaux et du thé en t'attendant, cela te réchauffera peut-être...

Elle accompagna sa phrase d'un geste gracieux de la main tout en s'avançant vers la table ou Freya venait juste de se glisser avec une agilité déconcertante.

-Tu sais, je pensais à l'armure d'Odin tout à l'heure, et je vais sûrement dire quelque chose de stupide, Hilda... Hilda? Tu m'écoutes?

La prêtresse semblait s'être retirée dans un autre monde alors qu'elle avait détourné ses yeux vers la fenêtre ou elle se tenait à peine un moment auparavant debout.

Elle avait senti comme quelque chose de mystérieux, comme un appel, mais qui n'avait rien d'effrayant, rien de comparable avec celui qu'elle avait éprouvé par un froid matin de printemps, en regardant l'océan.

Une pulsation.

Elle se leva brusquement de sa chaise, en proie au trouble. D'ou cela provenait-il? Elle balaya du regard la salle en plissant les yeux, tout en tapotant la surface lisse de la table du bout de sa petite cueillère.

-Qu'est-ce qu'il t'arrive Hilda? s'inquièta sa soeur en serrant ses mains comme si elle s'apprêtait à prier car elle craignait déjà la réponse qu'elle allait obtenir.

-Ne dis rien, Freya... ne bouge surtout pas... murmura la jeune femme aux cheveux argentés. Tu ne sens pas?

Un silence précaire et fragile tomba sur la salle alors qu'elles se concentraient l'une et l'autre. Il y avait quelque chose de différent dans l'atmopshère, même pour Freya qui ne possèdait pas la moindre once de cosmos. C'était comme si un évènement mystique s'apprêtait à avoir lieu sans qu'elles comprennent de quoi s'agissait-il.

Dehors, les flocons continuaient de tomber en tourbillonant avec lenteur sur le royaume d'Asgard, alors qu'à la neige se mêlait de fines gouttes de bruines, comme des larmes versées sur les vaillants combattants disparus dans une guerre stérile.

Les deux jeunes filles avaient l'impression que quelque chose battait dans l'air, au même rythme affolé que leur coeur qu'elles n'arrivaient plus à contrôler.

Hilda se précipita en direction de la fenêtre en pointant son doigts vers les lourds nuages blancs. Dans les cieux, on aurait dis qu'un tourbillon de glace se formait en un point unique ou tout se fendillait. Elle n'avait jamais vu cela de toute son existence et ne comprenait absolument ce qui était entrain de se produire sous ses yeux.

Un éclair d'une incroyable luminosité se propagea subitement sur tout le royame d'Asgard, aveuglant ceux qui avaient le malheur de lever leurs yeux à cet instant. Un bruit assourdissant résonna mille et mille fois contre les hautes parois des immenses montagnes qui entouraient la nation, comme si un cri de douleur d'une puissance incalculable venait d'être poussé. On entendit, après le bruit d'explosion, comme le son d'une pierre tombant à une allure phénomènale alors qu'un point noir paraissait traverser le ciel avec violence et intensité.

Hilda porta une main à sa bouche pour retenir le cri de stupeur qui lui montait aux lèvres alors que Freya se boucha les oreilles en plissant les yeux, comme si en se protégeant, elle pouvait faire stopper le bruit.

Tout s'intensifia alors qu'un frisson parcouru le palais entier. Les yeux de la prêtresse s'agrandirent quand elle comprit ce qui arrivait vers elles.

-Ce n'est pas... ce n'est pas...

Elle eut juste le temps d'esquisser trois pas de recul quand la vitre de la salle à manger fut performée, volant en éclats au travers de toute la pièce alors qu'une forme était projetée sur sa lourde et solide table de bois verni qui se brisa sous l'effet de l'impact. Freya poussa un cri en se précipitant vers son aîné alors que cette dernière restait bouche-bée, incapable de croire à la réalité de la scène qui venait de se produire.

La neige s'engouffrait là ou elles se trouvaient par le fantôme de ce qui avait autrefois servi de vitre et Hilda serra ses bras contre sa poitrine, même si elle n'avait, à cet instant, que faire de la température embuante.

Elle avança suspicieusement, tenant soigneusement sa cadette à l'écart, d'un pas alors qu'elle entendait un étrange bruit, comme un haletement, comme si quelqu'un tentait de reprendre sa respiration, de retrouver un souffle perdu. Elle...

Non! Non! Son instinct ne l'avait pas trompé alors qu'elle avait vu une forme faire son apparition dans le blanc crèmeux du ciel de son pays. Cependant, elle avait du mal à s'avouer à elle-même qu'un homme gisait en plein milieu de la pièce, couvert de blessures et de plaies, à moitié vêtu et apparament très proche de la mort.

-Freya, vas chercher les médecins et appelent de nos suivants.

La jeune fille hocha la tête avant de se précipiter dans le couloir, prête à exécuter les ordres qu'on lui avait dicté d'une voix calme et impassible qui la rassurait presque.

Hilda s'agenouilla près de ce qui lui semblait être une dépouille et approcha son visage de la bouche d'une jeune homme qui gisait à terre et qu'elle ne connaissait nullement, même si son sixième sens lui soufflait d'ou il arrivait. L'inconnu tentait de prononcer un mot, mais elle n'arrivait pas à le saisir tant sa voix n'était qu'un douloureux chuchotement. Elle se concentra encore davantage sur le filet de voix qui s'échappait de la gorge meurtrie de l'ange échoué dans sa demeure.

-At... Ath... Athéna... Athéna.

Elle se releva d'un bon et fixa son regard sur le jeune homme qui était allongé devant elle, avant de passer une main sur son front brûlant de fièvre qu'elle épongea à l'aide d'un mouchoire. Elle ne connaissait nullement l'identité de cette victime mais visiblement, cette dernière était un chevalier à n'en pas douter.

Elle effleura son visage, probablement très différent de ce qui s'offrait à elle à cet instant en temps normal. Il possèdait une chevelure courte, brune et bouclée, sa peau était un peu mate alors qu'il semblait être particulièrement grand et de carrure imposante. Une relique de ce qui avait du être des bandes entourait son front, ne manquant pas de lui rappeler irrémédiablement ce que les chevaliers mettaient au Sanctuaire durant leur entraînement.

Le jeune homme murmura quelque chose et Hilda l'attira avec douceur contre elle pour l'apaiser de la même façon qu'elle aurait souhaité le faire avec Siegfried, Syd, Mime ou tout autre de ses amis. Elle le protégeait du froid et de la neige qui entrait dans la pièce en offrant son propre dos au caprice du climat de sa nation. Elle devait tenter de le garder en vie, près d'elle, avant qu'un médecin n'arrive mais de toute façon, elle devinait déjà qu'elle n'aurait pas grand mal à le faire, car il était un défenseur de la justice et faisait parti de ceux qui n'abandonnaient jamais. Elle soupira en entendant des pas se précipitant dans le corridor longeant la salle à manger.

-Je suis...

-Ne parlez pas, ou vous risquez de perdre de vos forces, chuchota-t-elle en repoussant d'un geste gracieux les mèches qui collaient le long du visage du serviteur d'Athéna. Elle ne savait pas à qui elle avait à faire mais cela n'avait guère d'importance, même si sa curiosité ne pouvait pas s'empêcher de la pîquer.

Elle ne réalisait pas encore qu'elle tenait entre ses bras le chevalier Aioros du Sagittaire qui venait tout juste de regagner la terre après un périple insoutenable entre les dimensions.

* * *

Saga

Les abords du Sanctuaire s'offraient à notre vue alors que Shura et moi ne cessions plus d'échanger des regards entendus.

Nous avions voyagé durant plusieurs jours dans le désert, avant d'embarquer illégalement sur un bâteau nous emportant vers la Grèce, et plus précisement vers Athènes.

A plusieurs reprises nous avions cru mourir, dériver doucement vers les lugubres enfers qui nous paraissaient alors comme reposants. Mais à chaque fois que nos paupières commençaient à se fermer à demi, à chaque fois que notre souffle ralentissait ou que notre coeur s'apprêtait à nous faire faux-bond, l'autre était là pour aider son compagnon à se raccorcher à lui, à la vie, à tout ce qu'il pouvait trouver et faisait miroiter sous les yeux de celui qui disparaissait lentement dans les langueurs de la mort. Et nous avions tenu, contre toute attente, nous étions parvenus à nous épauler avec assez de ferveur pour ne pas se laisser terrasser par nos propres souffrances. Et maintenant, nous gravissions les dernières collines qui nous ramèneraient chez nous. En cet endroit que j'avais quitté il y avait cela quelques mois en me suicidant, ou quelques années, d'ou dépendait du point de vue. Car je n'avais pas été le Grand Pope, pas plus qu'il n'avait été moi, j'en avais l'intime conviction.

Mon coeur se soulevait alors que j'escaladais une pente abrupte. Je sentais mon coeur exploser dans ma poitrine alors qu'un frisson d'excitation et de joie me parcourait. Je ne pouvais pas croire à la chance qui s'offrait à moi. J'allais le revoir, ce lieu sacré ou Athéna s'était trouvée depuis des milliers d'années...

Shura me saisit par le bras, écrasant ma peau sous ses doigts alors que je ne ressentais pourtant guère la douleur, trop infime par rapport à ce à quoi j'étais habitué.

-Saga... Saga... regarde...

Je levais les yeux pour m'arrêter sur les ruines d'un temple gracieux dont il ne restait dorénavant plus que quelques colonnes et des marches rendues poussiéreuses par le sable que le vent soulevait tout au long de la journée. C'était par là que l'on accédait au côté Sud du Sanctuaire... nous allions donc bientôt déboucher devant les maisons du Zodiaque, aux pieds de ce qui nous avait appartenu.

Je sentais la vie battre en moi, alors que la flamme de l'espoir renaissait en moi avec ferveur. J'avais envie de pleurer alors que je revoyais ce sol, ou je pouvais enfin poser le pied comme dans mes rêves les plus fous. A côté de moi, Shura gardait orgueilleusement la tête haute, sa fierté l'empêchant de montrer l'émotion qui l'assaillait et lui secouait l'âme autant qu'à moi.

Nous étions au Sanctuaire! Nous étions chez nous ! Il n'y avait rien à dire de plus car par cette seule phrase, nous résumions deux destins tragiques qui avaient été les nôtres.

Je sentis une brise chaude me carresser le visage mais je ne fermais pas les yeux, incapable de me couper de cet endroit béni ne serait-ce que pour un battement de cils. J'aimais cette terre, en une passion quasi viscérale. Je faisais parti intégrante de ses ruines, de l'histoire de ce domaine, de sa vie. J'avais l'impression de retourner à la source de ma propre existence, là ou mon âme ne faisait plus qu'un avec la nature. Et je savais que tous les chevaliers étaient capables de ressentir cela car nous étions tous animés par les mêmes passions, les mêmes idéaux et le même amour pour la gardienne du lieu qui représentait tout ce que nous chérissions.

Je laissais errer mon regard partout autour de moi, n'arrivant jamais à me fixer sur un détail précis mais tentant de conserver l'impression globale du lieu. L'amour et la haine avaient bercé les années que j'avais passé ici, à écouter les autres ou les diriger dans une semi-ombre car mon désir de puissance me forçait à me dévoiler. J'avais haute de ce que j'avais été, mais maintenant, je n'avais plus à rougir en entendant les souvenirs de mon passé, ou du moins, devant personne d'autres qu'Athéna.

Shura saisit soudainement mon épaule en y donnant une douloureuses pression que je sentis au travers de tout mon bras.

-Que se passe...

Je me figeais car moi aussi, je venais de voir. De le voir. Ses immenses cheveux blonds flottaient au vent derrière lui alors qu'il était assis en tailleur, sur les marches de le maison du Bélier. Il méditait visiblement profondément, se donnant entièrement à ses prières et ne s'apercevait pas que nos yeux étaient fixés sur lui. Il avait un air paisible et serein, comme si rien ne lui importait d'autre que ce qu'il faisait à la seconde présente. Je l'avais toujours admiré pour cela, pour cette sagesse et cette richesse qu'il possèdait en son âme. Shaka de la Vierge était donc sur terre, parmi les vivants, à fouler le même sol que nous.

Les dernières fois ou je l'avais rencontré s'étaient révélées être très sanglantes. Nous avions reçu le sceaux des bannis, mes compagnons et moi sous les arbres de Twin Sal mais notre cause était passée bien avant nos propres personnes. Et ensuite, nous l'avions retrouvé devant le Mur des Lamentations, ou nous avions chacun été une rayon de soleil dans l'astre que nous formions une fois tous réunis.

Shaka esquissa un sourire aux paroles de Dieu qu'il était très visiblement entrain d'écouter. Ou peut-être à la voix que l'on entendant derrière lui et dont les accents et intonations étaient sardoniques et me rappelaient... je n'osais pas le croire. Il fallait que je le vois pour en être certain.

Comme pour exaucer mes prières, il descendit de quelques marches et se tint debout devant le gardien de la sixième maison du Zodiaque. Il échangea quelques mots avec lui avant de se mettre à rire tandis que Shaka levait ironiquement les sourcils.

Et il se retourna dans ma direction alors que Shura observait mes premières réactions avec intérêt.

Mon frère venait de poser son regard sur moi.

* * *

Kanon

Saga... non, ce devait être un rêve, il ne pouvait pas se trouver à une centaine de mètres devant moi. Pas mon jumeau, pas celui que j'avais tant fait souffrir, je refusais d'y croire, sans doute par peur d'être déçu, non de m'effondrer dans le cas ou ce ne serait qu'un vulgaire mirage tout droit échoué de ma fertile et abondante imagination.

Et pourtant, il me semblait bien réel, alors qu'il se tenait debout, près du chevalier du Capricorne, les yeux fixés sur ma personne et le souffle suspendu. Son visage était comme je me le rappelais d'autrefois, maintenant que j'avais le temps de l'observer je pouvais le constater, mélancolique, doux et pourtant une expression assurée venait troublée cette physionomie qui nous donnait l'impression d'avoir à faire à l'un des êtres les plus généreux existants. Ce qui n'était pas totalement faux par ailleurs.

J'avançais d'un pas pour mieux regarder cette chimère que je créais de toutes pièces, j'en étais maintenant persuadé. Je sentais mon coeur prêt à exploser dans ma poitrine sous le coup de l'émotion qui s'emparait de mon corps aussi rapidement que de mon esprit.

Nous étions face à face, à cet instant comme depuis toujours. Je me souvenais maintenant comme je l'avais fait souffrir alors que nous étions arrivés au Sanctuaire depuis quelques mois et qu'il m'avait vu m'éloigner de sa personne au fur et à mesure du temps. Cela lui avait déchiré le coeur et pourtant, il n'avait rien dis, préférant souffrir en silence comme il en avait l'habitude. Je me souvenais comme je l'avais haï alors qu'il tentait de me ramener sur la voie du juste, me prodiguant des leçons de morales que je jugeais stupides et sans la moindre importance.

Je me rappelais qu'un jour, il m'avait assuré que je reviendrais du côté ou il se trouvait alors. J'avais préféré lui répondre par un flot d'acrimonie et de venin, mais je devais constater qu'une fois encore, sa légendaire lucidité ne l'avait pas trompé.

J'esquissais un sourire discret, de peur de ne l'adresser qu'à un fantôme mais ce dernier me le rendit. Nous devions avoir l'air gauches mais au moment ou je me rendis compte qu'il se tenait en chair et en os devant moi, le temps suspendit son vol, décidant de stopper sa folle et éternelle course pour nous permettre de vivre notre utopie.

Ce fut comme si tout ce qui m'entourait s'arrêtait de bouger, comme si mon propre coeur s'arrêtait de battre pour que rien ne trouble ce moment d'éternité que nous allions partager. J'avais mal de l'avoir détester pendant tant de mois et de l'aimer maintenant comme le frère qu'il n'avait jamais cessé d'être.

La nature elle-même gardait le silence alors que nos regards se rencontrèrent. Mon frère, mon jumeau, Saga. Cela faisait depuis toujours que je rêvais cet instant, même si je refoulais ce désir au fond de ma personne, et maintenant, j'avais la possibilité de le vivre. Non, mieux, je le vivais.

C'est en voyant l'expression de ses yeux que les barrières qui retenaient jusqu'alors mes émotions cédèrent, mélangeant amour et haine, bonheur et douleur, tout se confondant pour former ce que Shaka aurait nommé sans peur l'équilibre parfait. Je sentis mes yeux, à moi, le dur et froid Kanon des Gémeaux s'emplirent de larmes.

Et je me mis à courir, alors qu'il n'esquissait pas un mouvement, vers lui et vers notre passé, vers ces quelques années ou nous nous étions aimés comme deux membres d'une même famille.

Je ressentais la douleur de chacune de mes enjambées dans tout mon corps mais cela n'avait plus la moindre importance. Je courrais comme j'aurais aimé le faire vers cette voiture qui l'avait emmené il y avait de cela bien longtemps. Contrairement à tout ce que j'avais cru, cela, je ne l'avais pas oublié.

Je sentais le vent siffler à mes oreilles alors que je me précipitais vers Saga, vers celui que j'avais perdu mille fois. Ma vision devenait floue alors que les larmes me montaient aux yeux et que je m'arrêtais devant lui, à quelques centimètres comme pour constater que le fossé qui nous séparait autrefois avait bien disparu. Je ne savais plus comment réagir, comment revenir vers lui, tout comme il ne comprenait sans doute pas le rôle qu'il devait jouer auprès de moi. Comment effacer par un geste tant d'années de troubles, de discordes, de cris et de haine?

C'est alors, que d'un même mouvement, nous levâmes nos mains pour prendre celle de l'autre, pour sentir son contact et comprendre que tout était fini, que le rideau venait de tomber sur cette scène de cauchemar ou nous avions depuis toujours évolué. C'est alors que je sentais sa paume contre la mienne qu'il m'attira vers lui avec la possessivité de ce grand-frère que j'avais perdu il y avait de cela bien longtemps.

Nous nous retrouvions dans les bras l'un de l'autre en une attitude qui ne me ressemblait absolument pas. Nous faillîmes tomber à la renverse sous le choc mais nous nous racrochâmes l'un à l'autre, comme nous aurions du le faire alors que nous glissions vers le mal, moi sciemment et lui de façon inconsciente.

Saga me serra contre lui sans souffler mot et je respectais son silence que j'avais envie de partager. Cette scène se passait de la moindre syllabe, du moindre bruit car même le battement d'une aile de papillon aurait troublé cet instant volé au temps.

Nous étions collés et je sentais la force qui se dégageait de lui, comme lorsque nous étions enfants, je devinais que je l'avais recupéré après que nous ayons tous deux fait tant de chassés-croisés pour finalement nous retrouver au même point que deux petits garçons tout droit sortis de nos souvenirs.

Je savais que mon jumeau pleurait de joie contre moi et je sentais soudainement l'une des mes larmes roulées sur ma bouche comme pour venir y incruster un souvenir qui ne m'avait jamais quitté malgré les affres de l'existence.

Car finalement, je n'étais rien de plus qu'à l'époque, rien de plus qu'une personne dont les blessures enfantines ne cicatrisaient pas.

Et quand j'y pensais, j'avais un goût de cendres qui me montait aux lèvres.

* * *

Aioros

Cette douceur alors que je venais juste de m'écraser sur terre, je ne pouvais l'oublier tandis que je n'avais pas même idée d'ou je me trouvais.

J'avais simplement senti un froid mordant alors que j'échappais aux dimensions parallèles ou j'avais dérivé à quelques pas de Shura durant un temps que je ne pouvais définir car je n'en avais plus la moindre notion.

Je ne réalisais pas encore ce que toutes ces pensées signifiaient car je ne pouvais m'accorder le plaisir, ou la folie d'y croire. C'était si... impossible, improbable, incroyable! Je n'arrivais pas même à trouver le mot pour définir ce que je ressentais en y pensant, alors il ne fallait pas me demander de réaliser la chance dont je bénéficiais. Et pourtant, la réalité se trouvait sous mes yeux.

J'étais mort pendant treize années et maintenant ressucité. J'étais sur terre après tant de mois écoulés en enfer ou je n'avais finalement jamais eu ma place puisque la même fougue et la même rage de vaincre m'avait toujours habité. Il n'y avait qu'à voir la façon dont je commandais à mon armure malgré la tombe. Et alors que je me trouvais dans les ténèbres, j'avais continué de protéger Athéna, en sachant parfaitement qui elle était.

Mais maintenant, c'était elle qui était morte et moi en vie.

Le noir envahit soudainement mon esprit alors que je me sentais le coeur au bord des lèvres. Saori avait disparu dans le monde des ombres, incapable de se fondre à elle car sa lumière ne cesserait jamais de briller. Bien-sûr, nous autres chevaliers avions réussi notre mission puisque la paix, ou plutôt la vie sur terre était sauvegardée, mais nous subissions en même temps le plus outrageant des échecs, le décès de notre déesse.

Je sentis des larmes sourdre à mes yeux en me faisant cruellement mal car elles allaient glisser sur mes plaies encore à vifs.

Et les autres chevaliers d'Or? Qu'étaient-ils devenus? Durant tout mon trajet j'avais eu conscience que devant moi, se trouvaient plusieurs d'entre nous, mais pour ce qui concernait ceux qui se trouvaient derrière ma personne, je n'en avais pas la moindre idée, si toutefois quelqu'un il y avait eu.

Je ressentais d'ailleurs, malgré mon catastrophique état, différentes puissances provenir du Sanctuaire, comme si elles s'unissaient pour m'appeler, pour m'ordonner à rejoindre le lieu de mon passé perdue dans les limbes d'une mémoire que je retrouvais difficilement.

Je devais être le cinquième chevalier à atterrir sur cette planète que nous avions cru à jamais inatténiable. Et une fois encore, nous avions créé un miracle. Mais après tout, au Sanctuaire, lorsque nous prêtions serment d'allégeance à notre déesse, ne disions nous pas : "Les chevaliers d'Athéna n'abandonnent jamais"?

J'esquissais un faible sourire avant d'entendre une voix qui me paraissait provenir d'un autre monde tant elle était déformée par ma capacité à ouïr le moindre son.

-Il a l'air heureux, Hilda, ne trouves-tu pas?

- Freya, il faut un peu de silence pour reposer un malade. De plus, je souhaite vraiment qu'il se rétablisse le plus tôt possible car j'ai une curieuse impression. Comme s'il était... un chevalier d'Athéna.

-Mais c'est impossible, tu sais aussi bien que moi qu'ils sont tous morts dans les enfers. C'est toi-même qui me l'a appris.

-Oui, je sais, mais je ne peux m'empêcher de sentir depuis le début de ce mois d'étranges et inexplicables impressions. Je suis persuadée qu'il se passe quelque chose au Sanctuaire. La preuve par cette arrivée des cieux, qui d'autre qu'un Saint aurait été capable de survivre à cette chute et surtout à apparaître des nuages?

Je sentis une main fraîche et légère se poser sur mon front pour en essuyer la sueur car mon accès de fièvre ne diminuait pas. Je me demandais réellement qui était les deux personnes qui discutaient dans une langue que j'avais apprise il y avait de cela bien longtemps mais que je n'arrivais plus à remettre sur une nation précise. Et surtout, comme ces deux jeunes filles pouvaient être au courant de l'existence du domaine sacré et de ses protecteurs. Autant d'interrogations que mon état ne me permettait nullement de poser.

J'étais actuellement à la merci de ma propre santé, même si je savais déjà que je ne me laisserais pas aller dans les bras de la mort. J'étais un battant, quelqu'un prêt à braver tout les dangers et ce n'était pas maintenant que l'on m'offrait la chance de vivre cette existence qui m'avait été ravie par un tour du destin que j'allais tout abandonner!

Non, j'allais m'accrocher à tout ce que j'avais et maintenir ce coeur que je sentais battre faiblement dans ma poitrine. Mais il battait pour ce passé qui resterait à jamais ineffaçable, pour Athéna qui n'était dorénavant plus, pour ces personnes qui avaient eu la bonté de me sauver, pour les chevaliers ou plutôt mes frères qui revenaient peu à peu sur terre.

Et pour moi, tout simplement.

* * *

Seiya

-Saga! Shura! Non! Non! Je dois rêver, c'est... c'est... je...

Mes phrases ne ressemblaient plus à rien, tout s'entremêlait sans que je comprenne ce qui m'arrivait alors que ma langue n'obéissait plus à mon cerveau. Mes mains tremblaient autant que mon corps alors que se tenaient devant moi deux autres chevaliers d'Or. Et c'était, pour moi qui avait en ce moment beaucoup de mal à me remettre de chaque nouvelle, très difficile à réaliser.

Kanon regardait Saga alors qu'il se tenait un pas en recul, préférant probablement éviter que je ne postillonne sur lui dans mon euphorie. Quant au chevalier de la Vierge, il restait impassible face à cette nouvelle d'une envergure phénoménale. Ne se rendait-il pas compte que cela signifiait que tout l'ordre des chevaliers d'Or allait peut-être pouvoir être rétabli! Cela ne c'était pas produit depuis la mort d'Aioros!

Je tournais et sautais autour de Shura qui me fixait avec une incrédulité un peu moqueuse, ce à quoi je m'attendais bien de ce part. Mes autres frères de bronze s'étaient aussi précipités dehors quand Marine nous avait appris la nouvelle et restaient bouche-bée pour le cas de Shun et de Hyoga, venait discèterment discuter avec les nouveaux venus, comme Shiryu ou s'écartait de mon explosion de joie, comme Ikki, le Phoenix solitaire...

-Mais... c'est... balbutiais-je alors que le chevalier du Dragon hocha la tête car il avait décidé de se faire mon interprête.

-Mais d'ou arrivez-vous? demanda-t-il d'une voix calme alors que tout comme moi, j'étais persuadé qu'il sentait son âme être soulevée par la joie.

Seulement mon frère avait toujours été plus posé, plus réfléchi et m'avait prouvé ces traits de caractère à maintes reprises. Et c'est pourquoi nous nous complétions probablement si bien, car je lui insufflais l'optimisme qui lui manquait parfois, exactement comme je l'avais fait devant la maison du Cancer, et il me prêtait cette sagesse que je désesperais d'acquérir un jour. Shiryu était bien le digne représentant de son maître et était à la hauteur de Dohko, que nous avions connu quelques minutes sous sa véritable forme. Tant de souvenirs rejaillissaient soudainement en moi avec l'arrivée des chevaliers d'Or.

Saga esquissa un sourire qu'il m'adressa et je fus soudainement transporté des mois auparavant. Je me revoyais gravissant en tremblant comme un agneau poursuivit par un loup les marches du temple d'Athéna. Je sentais à nouveau le métal froid du bouclier entre mes mains moites alors que je le saisissais. Je vascillais une fois encore sous le poids de cet objet alors que je le braquais en manquant de m'effondrer, touchant du même coup et par le plus grand des hasards, même si la main du destin m'avait probablement guidé, sur le chevalier des Gémeaux qui avait alors retrouvé tous ses esprits.

Je rouvris mes paupières brusquement alors qu'une montée de sueurs commençait à couler le long de mon dos. Cela avait été l'un des moments les plus terrifiants de mon existence, et plus particulièrement quand j'avais glissé à terre tel un pantin dont le maître n'agiterait plus les fils, ne sachant pas si j'avais accompli ou non ce pour quoi j'avais perdu tous mes compagnons d'armes, mes sens, et ma vie.

J'avais réussi, mais dans l'Hadès, j'avais échoué.

Je me mis tout à coup à trembler violemment sous les yeux étonnés des chevaliers d'Or alors que Hyoga comprit immédiatement ce qui m'arrivait.

-Seiya, me dit-il de sa voix froide alors que je comprenais qu'il se souciait de mon état, tu devrais peut-être rentrer te reposer, vu l'état dans lequel tu te trouves...

Je lui fis un signe de la main pour qu'il comprenne que ce n'était pas nécessaire et que j'avais envie de partager le retour des Saints d'Or avec eux. C'était un évènement beaucoup trop important pour que je veuille le manquer. Et je crois que tout au fond de moi je m'accrochais à un espoir fou, une utopie me soufflant que si les chevaliers d'Or revenaient des enfers, Saori trouverait peut-être la force de s'enfuir du lieu maudit ou elle avait été retenue prisonnière en échangeant son existence contre la mienne.

Je me figeais brusquement, comprenant pourquoi j'allais si mal depuis mon retour. Je me sentais écrasé sous le poids de la culpabilité car je devinais qu'Athéna aurait pu partir en même temps qu'Ikki et les autres mais elle avait préféré se sacrifier en mon nom. Et maintenant j'étais là, à sa place, à fêter le retour de chevaliers qui auraient sans doute tout donné pour la voir parmi eux.

Je détournais la tête alors que l'amertume envahissait ma bouche et se répandait sur mes traits. Saori... Saori pourquoi avais-tu fait cela?

Je sentis soudainement une pression de main sur mon épaule et je me retournais vivement, prêt faire face à celui qui demandait à me parler. C'est alors que je croisai les yeux de Shura, brillants d'orgueil et de froideur. Il se tenait debout, aussi droit que possible, le menton levé haut alors qu'il tentait de me redonner courage par cette simple pression de main. Comprenait-il ce qui était entrain de m'arriver? Oui, mieux que personne puisque la culpabilité était probablement le sentiment qui l'avait caractérisé au moment ou il avait découvert la vérité sur ses agissements.

-Cela ne sert à rien, Pégase. Tu ferai mieux de Lui rendre hommage plutôt que de souffrir de cette manière inutile qui ne soulage personne. Notre grande Athéna n'est plus là, mais nous n'y pouvons malheureusement rien à dorénvant. Et il faut saisir que maintenant, si nous voulons qu'elle revienne, si cette infime possibilité existe, nous ne pouvons qu'espérer.

Je hochais la tête à son discours. Au fond de moi, je savais que Saori allait revenir.

* * *

Hyoga

Ils revenaient sur terre alors que nous avions cru les perdre à jamais. C'était probablement la plus belle chose qui pouvait arriver, je le concevais, seulement, je me demandais s'ils allaient tous réussir à rejoindre notre planète. Je savais que, personnellement, j'aurais été incapable de regagner cette terre que j'aimais de chaque fibre de mon être si je n'avais pas été guidé par la main même d'Athéna. Traverser des dimensions étaient non seulement péniblement physiquement, puisque l'on atteignait dans l'épuisement un point de non-retour, mais aussi moralement, car on déambulait dans l'infiniment sombre, l'infiniment vaste.

Je tombais dans l'herbe et m'allongeais dans cette maigre verdure qui allait bientôt être jauni par le soleil de Grèce. J'avais l'impression de ne pas avoir senti de la neige sous mes pieds depuis des millénaires. Et quel âge avais-je exactement? Vingt, trente, cinquante siècles? Je n'en avais plus la moindre idée et j'avais réellement dans l'idée que l'on ne pouvait plus me dater qu'au carbone quatorze, exactement comme le fossil que j'étais! Pourtant, je n'avais rien perdu de ma fougue, de ma volonté, de mon légendaire ton glacial quand je m'adressais à quelqu'un... simplement, quelque chose s'était fendu en moi sans que je m'en rende véritablement compte et c'était dorénavant irréparable.

A quel moment de ma vie avais-je été un enfant? Je réfléchissais et me revoyais m'entraînant aux côtés d'Isaak, les dents serrées par la douleur et mes jambes endolories par la température plus qu'hivernal. Je me voyais ensuite rejoingnant ceux que je savais depuis toujours être mes frères, à l'âge ou les garçons de mon âge s'amusaient entre amis, et avaient pour tout soucis de choisir entre une soirée dans un café ou dans une boîte de nuit.

J'esquissais un sourire. Ce n'était pas vivre que cela. Vivre c'était... faire ce que j'avais accompli, vivre pour les autres, pour une cause, un idéal, être en dehors de la norme. Oui, c'était la définition que je pouvais donner au mot.

Tout comme Shun, je connaissais actuellement une certaine période de remise en cause ou je ne cessais plus de ressacer ce qui avait formé mon existence. J'avais parlé la veille au soir au chevalier d'Andormède et l'un comme l'autre, nous ne savions guère ou nous en étions maintenant qu'aucune guerre sainte ne se préparait. Qu'allions-nous faire de nos existence? Qu'allions-nous devenir sans brusque montée d'adrénaline ou d'anxiété à l'approche d'un ennemi? Car c'était ce qui avait formé, aussi étrange que cela puisse paraître, notre quotidien.

Je secouais la tête pour me débarasser de tous ces encombrants songes qui peuplaient aussi bien mes jours que mes nuits. J'aurais désiré à certes moments, tomber dans un sommeil sans douleur, sans cri et sans larme mais je n'y parvenais guère. On effaçait pas le passé d'un simple soupir ou par un désir intense de s'en sortir, encore fallait-il se construire un avenir. J'en arrivais toujours à cet endroit, celui ou je me devais d'envisager un futur. Mais comment? Et avec qui?

En fait, je me l'avouais à présent, je n'avais jamais cru un seul instant que je m'en sortirais. Je m'étais toujours persuadé qu'à un moment ou à un autre je laisserai ma vie dans une lutte ou je n'aurais plus eu la force de me relever. Mais ce n'était jamais arrivé, car à chaque fois qu'un adversaire voulait me prendre la vie, je me débattais des liens de la mort avec l'énergie que me procurait ce désespoir que seuls mes frères pouvaient comprendre. L'absolution de la mort m'avait si souvent frôlé que j'avais songé ne pas survivre, et par conséquent ne pas avoir d'avenir. Vivre au jour le jour avait été ma seule possibilité jusqu'à présent, mais maintenant que je pouvais envisager de planifier à longue échéance, j'en avais le vertige.

Bien-sûr, j'aurais pu retourné à Asgard, voir mon amie Freya, mais je me doutais qu'elle portait encore le deuil de tous ses amis disparus et par conséquent, je ne lui aurais sans doute pas été d'une grande aide puisque ces derniers temps, je drapais mes pensées de noir. Pourtant j'aurais aimé retrouver son sourire lumineux, capable de faire fondre un peu de la glace qui entourait ma personnalité. J'avais une grande complicité avec elle, et je la considérais comme une confidente merveilleuse. Mais comme je l'avais précédemment dis, nous ne pouvions malheureusement rien nous apporter l'un à l'autre car il fallait avant tout pour cela retrouver un peu de cette vivacité que nous avions tous deux perdus à force de lutter contre les alléas de la vie.

J'en arrivais finalement toujours à la même conclusion : tout d'abord je ne savais pas que faire de moi-même et ensuite, je devais à tout prix me perdre de nouveau dans l'infiniment blanc de ma Sibérie natale.

Maintenant que certains des nos aînés, les chevaliers d"Or étaient de retour au Sanctuaire, nous pouvions partir sans crainte. Ils sauraient de toute manière mieux que nous diriger le domaine sacré auquel nous n'avions plus rien à donner. Nous n'avions plus rien à partager avec personne de toute manière car nous n'étions plus que des coquilles vides. Nous n'éprouvions plus de violents sentiments car cela nous épargnait, nous permettait de nous reposer. Ressentir des émotions signifiait prendre des risques, des dangers que nous ne voulions pas courir, ni moi, ni aucun de mes frères.

Je me tournais sur mon flanc pour m'abriter du soleil qui tapait encore avec dureté malgré l'heure avancée de la journée. J'aimais l'approche du crépuscule car cela représentait assez bien mon état d'âme actuel. Tout avait une fin aurait d'ailleurs pu en être le résumé...

J'arrachais quelques brins d'herbes et entrepris de les tresser ensemble, en une attitude que j'avais emprunté à Shun quand il avait besoin de s'occuper les mains pour se donner une contenance.

J'allais justement emmener avec moi Andromède durant mon voyage, Seiya aussi par ailleurs car je n'avais plus le courage d'être seul pour affronter les souvenirs qui m'assaillaient à chaque fois que je plissais les yeux en rencontrant l'écrasante luminosité des banquises ou j'avais évolué durant toute une partie de ma vie. L'envie de poser ma main sur la glace, de sentir une bourrasque me fouetter le visage et soulever mes cheveux me serra soudainement le coeur. Là-bas, j'avais l'impression que tout était immuable, que rien ne changerait jamais, comme ces neiges éternelles qui rien ne semblaient pouvoir faire fondre.

Je constatais subitement que ma courronne d'herbes n'était finalement pas aussi mal que j'avais l'avais cru. Elle méritait même que je la poursuive en arrachant de nouveaux brins et en y ajoutant des fleurs sauvages. Le résultat serait peut-être même charmant... je préférais parfois me raccrocher à d'insignifiants détails pour ne plus connaître l'insoutenable de la réalité. Je n'étais pas dans ce que j'aurais pu appeler une "bonne période", au contraire. J'aurais eu besoin de... de... de Seiya.

L'image de Pégases s'imposa d'emblée à mon esprit. Lui savait toujours quoi faire et que dire quand plus rien ne semblait aller. Mais malheureusement, il était bien la dernière personne à qui j'aurais été mandé de l'aide tant il souffrait lui-même. Enfin, je savais que cette nostalgie et cette manière de penser un peu sombre finirait par me passer, tout simplement parce que j'étais un chevalier de l'espoir et que je n'abandonnais jamais.

Une fois encore j'allais me relever.

* * *

Dohko

Ainsi, c'était en Pologne que j'avais décidé, enfin, si l'on pouvait dire cela de cette façon car je n'avais guère eu le choix, de tomber. Je n'étais finalement, pas aussi loin du Sanctuaire que je l'aurais cru car j'aurais finalement très bien pu me retrouver à l'autre bout de l'Afrique.

J'esquissais un sourire en songeant à cela tout en souhaitant qu'aucun de mes compagnons ne tombe au milieu de la savane, ou encore en plein désert. Mieux valait s'écraser sur terre au coeur de la civilisation car il existant encore des hommes prêts à nous aider. Et bien plus qu'on ne le croyait.

Le vent froid de cette pauvre et désolée nation vint subitement frapper mon visage alors que je sortais de l'hôpital ou l'on m'avait amené. Je partais sans mot dire car je n'avais aucune information à donner et aucune manière d'expliquer cette étrange retour sur terre, retour aux sources aurait-on pu dire en songeant que j'avais traversé des milliers de dimensions. Et puis, je ne parlais pas la même langue qu'eux ce qui rendait notre communication plus que difficile. J'avais déjà mis près de deux heures à leur demander ou je me trouvais, ce n'était donc pas pour clamer mon identité, datant déjà de plus de 250 années!

Je souris de nouveau en m'imaginant interroger par tous les médecins. Surtout que j'avais effectué une véritable guérison miraculeuse en parvenant à me remettre sur pieds malgré mes blessures et mes plaies. J'étais loin d'être dans un bon état de santé, mais au moins, avais-je la possibilité de continuer d'avancer, de me rendre jusqu'au Sanctuaire. J'allais probablement devoir m'embarquer illégalement de train en train car je ne me sentais vraiment pas le courage de marcher à pieds jusqu'au Domaine Sacré. Et puis, je n'en avais pas non plus le temps, car je me sentais attendu, autant par les chevaliers d'or de retour dont je sentais dorénavant les bénéfiques auras se répandre, que par Shunreï qui s'impatientait sans même le savoir.

Je me glissais dans l'ombre du mur le long duquel je marchais pour être certain de ne pas être vu. J'étais malheureusement très facilement identifiable car mon visage était dans le même pitoyable état que mon corps et donc, si les médecins se décidaient à me chercher, je n'avais que peu de chance de leur échapper. Avait-on déjà vu aventure plus grotesque pour un chevalier d'Or, défenseur d'Athéna et gardien de la paix sur terre?

Je faillis me mettre à rire alors que je tournais à gauche, en direction de la gare. Si je ne parvenais pas à ouïr une seule syllabe de polonais, il n'en allait pas de même avec la lecture. J'avais quelques rudiments de ce language et je réussissais donc à me diriger sans trop de problèmes vers la gare.

Le froid mordant qui règnait dans cette ville pénétrait par tous les pores de ma peau alors que je ne cessais d'évoluer vers le lieu qui me ramènerait chez moi. J'attendais ce moment depuis des siècles, pouvoir enfin être au Sanctuaire, toucher à nouveau le sol béni de cette terre ou je n'étais pas revenu depuis le commencement de la guerre contre Hadès. Je me souvenais que j'avais alors du affronter mon ami Sion et que je n'avais nullement eu le loisir d'admirer cet endroit auquel j'avais tout sacrifié.

Mais cette fois-ci, ce serait différent, je prendrais le temps de tout détailler avec une attention décuplée par mon attente. Je fermais les yeux pour visualiser ces ruines tant aimées. J'allais malheureusement devoir attendre un certain nombre de jours, ou d'heures - qui pouvait savoir? - avant de prendre de nouveau entre mes doigts le sable fin de la terre grecque.

Enfin, j'étais doté d'une patience à toute épreuve dont j'allais encore devoir m'armer avant de pouvoir serrer dans mes bras mes courageux frères.

* * *

Rhadamanthe

Le visage de Kanon me hantait depuis que je l'avais rencontré et je ne cessais plus de torturer mon esprit en essayant de me rappeler ou nous nous étions côtoyés. Tout d'abord, il ne faisait aucun doute sur le fait qu'il me méprisait, car cela s'était autant senti dans ses paroles que cela avait transparu sur les traits contractés de son visage. Et étrangement, alors que je ne me souvenais pas même de ce que nous avions partagé ensemble, j'avais d'emblée éprouvé le même sentiment vis à vis de lui.

Je hochais la tête alors que je m'appuyais contre le mur de la maison de Mélios. Je finissais par ailleur à m'habituer à sa présence, cela m'apportant une nouvelle fois la preuve que j'étais pourvu d'un caractère solitaire difficile à dompter ou à apprivoiser. Le paysan ne s'en était pas véritablement rendu compte, sa générosité l'aveuglant probablement sur les traits ombrageux de ma personnalité, que je n'appréciais guère la compagnie.

Je me repassais en boucle le moment ou je m'étais élancé vers Kanon, comme si je partais à la poursuite d'un passé qui me fuyait, qui se transformait en fumée entre mes mains d'un l'instant ou j'avais l'impression de le saisir. Tout n'était qu'ombre dans mon esprit, et je ne savais décidement plus si je m'exprimais au sens propre ou figuré. Tout d'abord je ne me rappelais pas ce qui avait composé mon existence et ensuite, les seuls bribes qui me parvenaient lors de mes rares moments de lucidité, m'amenaient invariablement vers le lugubre et le froid.

Qui étais-je? Mais à la fin qui étais-je?

Je pris ma tête entre mes mains alors que je me laissais glisser le long du mur, comme si j'avais souhaité me fondre dans sa masse sombre. Je gardais pourtant la tête haute, car je ne désirais pas abandonner face à l'adversité. J'allais vaincre cette stupide aménise de la même façon dont je me serai débarassé d'un ennemi de sa majesté...

Je me figeais et rouvris brusquement mes paupières que je maintenais close afin de faire passer devant mes yeux les images de ma rencontre avec l'homme de la plage, ce Kanon.

Sa majesté? Des ennemis? Mais à quelle époque me croyais-je? On n'appelait plus personne comme cela de nos jours... J'avais vraiment dans l'idée que j'étais entrain de tourner à la folie, ce qui n'était sans doute pas totalement faux étant donnant mon étrange état d'esprit. D'ou me venait ces idées, ces rêves? J'avais déjà songé à plusieurs reprises que je n'étais pas quelqu'un comme les autres et depuis, cette impression de marginalité ne cessait plus de me poursuivre partout.

Il fallait que je retrouve ce que tout cela signifiait. J'allais me saisir d'un papier et d'un crayon et écrire la moindre bribe de souvenir me parvenant telle la planche de bois auquel s'accroche le naufragé désespéré que j'étais. Il n'étais pas question que je me noye et c'était la tête haute que j'allais sortir de cette océan dans lequel je me débattais avec les propres difficultés de mon esprit.

Une fois que j'aurais jeté sur papier tout ce qui me revenait, je serais ainsi dans la capicité de voir toute les pièces du puzzle que j'avais en main. De toute manière, il n'y avait pas d'autre solution et c'était cela ou abandonner tout bonnement le moindre espoir d'un jour retrouver son identité.

Et je n'étais pas homme à lâcher prise quand j'avais l'impression de tenir ma proie.

* * *

Aioros

J'ouvris difficilement mes yeux, faisant un effort louable pour tenter de regagner cette réalité que j'avais cru perdre des jours- ou bien était-ce des siècles?- auparavant. La première chose que j'apperçus au travers du voile de sommeil et de douleur qui obscurcissait mon regard, furent des flocons tapant doucement contre l'immense vitre se trouvant à ma droite. J'étais visiblement dans un pays froid, comme je l'avais songé alors que cette gracieuse jeune fille s'était penchée sur moi pour me réconforter.

Je ne cessais d'ailleurs plus de ressacer en mon esprit l'atterrissage catastrophique que j'avais effectué... j'avais l'impression d'avoir déjà rencontré cette jeune personne que je n'avais guère pu distinguer au travers du semi-coma dans lequel j'étais plongé. Elle me rappelait quelqu'un que j'avais bien connu, ou plutôt... je fis claquer ma langue contre mon palais d'agacement, ce qui fit résonner dans mon crâne un bruit insoutenable. Mon corps ne m'obéissait décidement plus, ce qui n'était pas étonnant après les mille périples que je lui avais fait subir tout au long de mon existence.

Oui, j'avais l'impression d'avoir vécu pendant des années et des années alors que j'étais finalement extrêmement jeune. C'était peut-être tout simplement parce que j'avais agi sur terre malgré le fait que je me trouvais être une ombre dans le monde des ténèbres... probable, et même certain. Enfin, je préférais ne plus penser à tout cela maintenant que l'on m'offrait la chance inestinable de tout reprendre à l'endroit ou je l'avais laissé.

Mes pensées se tournèrent de nouveau vers la chaleureuse personne près de laquelle j'étais tombé des cieux. Cela éveillait en moi une sensation de bien-être, une aura que j'avais senti des dizaines et des dizaines de fois sans pour autant me trouver dans la capacité de l'attribuer à quelqu'un...

Athéna! Je venais subitement de comprendre ce que j'avais cru ressentir en pénétrant dans la salle ou j'avais été m'abîmer tel un oiseau blessé attendant d'être recueilli par un bienfaiteur. C'était le cosmos de ma déesse qui m'avait entouré... bien qu'à mieux y réfléchir et ressacer ce souvenir somme toute très récent, j'avais senti une différence entre l'aura de la princesse pour qui j'avais donné ma vie, et celle qui m'avait entouré juste après que j'ai regagné le sol béni de ma terre.

Mais chez qui pouvais-je bien être? Chez qui avais-je la chance d'échouer?

Je tentais de m'asseoir dans mon lit à grand renfort de gémissements car mon dos était probablement la partie de mon corps qui me faisait le plus souffrir. Peut-être était-ce tout simplement parce que j'avais voyagé dans les autres dimensions dans une position recroquevillée... J'abandonnais rapidement toute idée de me redresser en entendant le bruit de mes os craquant péniblement. Cette traversée, ou plutôt cette odyséee, avait été atroce pour mon enveloppe charnelle qui avait subi toutes les douleurs imaginables. Je songeais soudainement aux autres chevaliers d'Or et leur souhaitais de toute mon âme être, tout comme moi, tombé entre de bonnes mains.

Je soupirais alors que je fixais à présent le plafond, incapable de me tourner sur le côté comme lorsque je m'étais éveillé. On pouvait dire que je me fatiguais plus que rapidement!

J'avais l'impression que partout dans l'endroit ou je me trouvais, l'aura que j'avais senti se répandait étrangement. Y avait-il une explication à cela? Qui était l'instigateur de ce phénomène?

Les interrogations tourbillonaient dans mon esprit sans que je puisse répondre à une seule d'entre elle. Je parcourais en même temps des yeux la fresque qui était dessinée au mur. J'étais apparement dans une demeure très luxieuse puisque j'avais la chance de regarder des scènes... mythologiques? Etrangement ce décor me disait quelque chose, ces douze palais dans les cieux qui avaient été représentés sur le dessin remuait ma mémoire avec intensité. Cela me faisait évidemment songer aux douze temples des dieux de l'Olympe mais ils avaient bien quelque chose de différents sur cette fresque.

Je me figeais brusquement, comprenant ce qui se dévoilait à mon regard expert. Il s'agissait du Walhalla, de l'Olympe Nordique en quelque sorte... et cette langue que j'avais cru comprendre, et cette aura bienfaisante qui m'avait entouré avec tant de douceur et de bonté humaine...

Mon esprit sortait soudainement des brumes ou il avait été plongé pendant tant de jours de fatigue et d'heures de sommeil. Je me trouvais, et pouvais l'affirmer sans crainte de comettre une erreur, à Asgard. Oui, j'étais dans le Sanctuaire se trouvant à l'extrême Nord de l'Europe, cela ne faisait aucun doute.

J'aurais aimé passer mes mains sur mon visage pour vérifier que je ne rêvais pas, que ma chance incroyable n'allait pas s'évaporer subitement sous l'effet d'un réveil que je n'aurais pas prévu, mais non, je me trouvais bien dans la réalité et je n'avais pas besoin d'esquisser le moindre geste pour le comprendre car la porte de ma chambre s'ouvrit tout à coup lentement, engendrant un léger bruit de grincement car le palais était ancien. Du moins d'après ce que j'avais appris durant mon entraînement au Sanctuaire tandis que j'écoutais d'une oreille attentive les propos de mon maître.

Je battis des paupières, comme pour essayer de faire comprendre au mystérieux visiteur que j'étais de nouveau dans le monde des vivants. J'entendis alors une exclamantion heureuse mais cependant très calme.

-Vous êtes réveillé mon ami...

Je hochais vaguement la tête, faisant du mieux que je le pouvais pour montrer que j'étais, contre toute attente après ce que j'avais subi, en vie.

Un bruit de pas feutrés et le froissement d'une robe me firent rapidement comprendre que j'avais affaire à une jeune femme, et plus précisement à la personne que j'avais rencontré alors que j'avais percé la vitre de l'une des pièces de sa demeure.

Soudainement, j'apperçus son visage au-dessus de moi, ses immenses cheveux gris pâle, ses grands yeux mauve, la finesse de ses traits et son sourire indulgent et bon n'étaient pas s'en me rappeler une personne disparue dans le sombre des enfers...

Je fermais les yeux alors que je croyais voir Athéna, cette jeune fille que je n'avais jamais vu mais que j'imaginais sembable à la prêtresse d'Odin. Car je l'avais immédiatement reconnu de part cette tendresse qu'elle me manifestait et qui évoquait invariablement la protectrice du Sanctuaire et des hommes.

C'est alors que des larmes me montèrent aux yeux, autant de tristesse car j'avais perdu l'être qui m'était le plus cher au monde, que de bonheur car je rencontrais une personne hors du commun, que j'étais de nouveau parmi les hommes et que j'avais eu la chance d'échoire dans le pays ou les neiges sont éternelles.


Fin de la huitième partie.

Neuvième partie : Dans les Flots


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