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Limbes Sauvages

© 2001 by Saori

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Milo

La douleur se répandait dans tout mon corps depuis des jours entiers, et plus encore maintenant qu'à tout autre moment. Je sentais la souffrance envahir mon corps alors que je n'avais de cesse de tomber.

J'étais trop fatigué pour deviner ce qui était entrain de se passer, après mon éternelle errance dans l'infiniment vaste. Je ne connaissais plus que le noir, la solitude et les gémissements que provoquaient en moi ce corps endolori et souffreuteux que je n'arrivais pu à identifier comme étant mien. Je n'arrivais toujours pas à croire que j'avais pu en arriver là...

Je savais que beaucoup d'autres étaient passés avant moi, grâce à leurs énergies qu'ils laissaient pour que nous puissions nous guider, et je supposais donc que revenir sur terre n'était donc pas chose impossible. Je savais que si je m'étais encore trouvé sur cette planète que j'avais défendu corps et âme, j'aurais pu esquisser quelque sourire ironique avant de lancer une phrase acerbe et bien placée, cependant, j'avais perdu ce panache qui me distinguait si bien autrefois.

En fait, je n'en pouvais plus. Je me demandais même si je n'allais pas craquer avant de revoir la lumière du jour, cette clarté à laquelle ma vue aspirait autant que ma peau. Je me demandais simplement si j'allais parvenir jusque là, si Athéna accepterait de me tenir la main jusqu'à ce moment. Si je ne doutais pas un seul instant d'elle et de sa puissance, il n'en allait pas de même pour ma propre résistance, que je commençais à juger plus qu'insignifiante.

Je soupirais alors que je ne voyais plus la différence entre les moments ou j'avais les yeux ouverts ou lorsque mes paupières étaient closes.

Tout à coup, quelque chose se tordit, non pas en moi, bien que la douleur que je ressentais eusse pu me le faire croire, mais autour de ma personne. C'était comme si l'éternellement sombre se contortionnait, comme si... on m'attirait. Oui, subitement, mon corps fut comme happé pour un phénomène que je n'arrivais pas à distinguer et je sentis une fulgurante douleur m'empoigner sans plus vouloir me lâcher.

Je poussais un hurlement, autant de rage de ne pouvoir me débattre, que de souffrance. Je serrais les dents et les poings alors qu'il me semblait que je tournais comme une feuille danse sous le joug du vent. Mes muscles, ou du moins ce qu'il en restait, étaient tendus au maximum, mon souffle était suspendu alors que je semblais respirer du feu qui me brûlait les poumons et mon ouïe était totalement obstruée par un terrifiant bruit sourd que je n'arrivais pas à identifier...

Mais enfin, que se passait-il? Je ne contrôlais plus rien alors que je tournoyais et que je... descendais?

Un aveuglement sans précédent me frappa de plein fouet, comme si je venais de recevoir une giffle. J'avais beau ouvrir grand mes yeux je ne voyais plus rien, plus rien que de la clarté. Quel pouvait être cet évènement que je subissais dans des souffrances au moins égales à mon étonnement? Je n'osais pas y croire alors que je voyageais à présent entre des écrans de clarté et d'ombre. Le néant se strayait et je me demandais si c'était ce que les autres avaient vécu avant, s'ils avaient connu les mêmes craintes alors qu'ils s'engageaient, comme moi, dans la voie de la terre.

Un bruit d'explosion acheva mes tympas et résonna autour de moi avec le fracas qu'aurait eu la foudre de Zeus en venant s'écraser sur terre. Je n'entendais plus rien, devenais aveugle alors que je sentais mon estomac remonter furieusement dans mon corps. La douleur était poignante alors que j'étais déstabilisé et que je n'arrivais plus à retrouver le moindre point de repair et étrangement, j'avais beau enduré de nouveau des souffrances incomparables, je n'avais pas peur.

Durant mon voyage dans les autres dimensions, j'avais apprivoisé la mort, ou tout du moins l'idée que je pouvais un jour disparaître de ce monde. Je n'avais jamais eu peur à l'idée de devoir un jour m'éteindre, car je savais qu'il ne s'agissait finalement là que de l'oeuvre des Moires et de la continuité de la destinée cependant... l'homme ne peut s'empêcher de ressentir un émoi devant la pensée qu'un jour, il expirera et qu'après qu'il eut pris une dernière respiration, il recevra la récompense de ses actions terrestres. Je savais que les portes du Cocyte s'ouvrirait probablement grand devant moi, mais je n'y avais jamais véritablement songer jusqu'à cet instant, à ce que cela engendrerait mais maintenant que j'avais eu le temps d'y penser, je réalisais que finalement, cela n'avait peut-être pas beaucoup d'importance. Les hommes devaient simplement accepter ce que la mort leur ordonnait, sans se rebeller, et il ne fallait pas craindre de mourir, pas plus qu'il ne faut s'effrayer de ce que l'on ne connaît pas en générale. La vie n'est que découverte, apprentissage permanent, et je venais seulement de le comprendre malgré l'exceptionnelle maturité dont j'avais fait preuve durant toute mon existence.

Je poussais un hurlement alors que quelque chose, l'air semblait-il, se dérobait sous moi pour m'attirer une nouvelle fois et...

Les nuages? Le ciel? Le froid de l'altitude? J'étais sur terre?

Je me sentais tomber irrémédiablement avec la sensation désagréable vissé au corps de ne pas pouvoir intervenir et de ne savoir que subir le phénomène qui se produisait. Je rejoingnais la terre et je me rendis bientôt compte, alors que ma chute se faisait interminable, que je devinais déjà le sol se rapprocher de moi.

Qu'allait-il advenir de mon enveloppe charnelle une fois que j'aurais perforé le sol de cette planète qu'Athéna avait fait sienne? Allais-je être réduit en miettes qu'un vent viendrait ensuite éparpillées dans la nature? Je ne pouvais accepter sans broncher de perdre l'existence auprès avoir tout enduré... ce ne pouvait pas être ma destinée que de m'abîmer sur la terre pour y mourir directement.

Le vent, à cet hauteur, soulevait mes cheveux et, avais-je même l'impression, tirait ma peau en arrière, tentant de ramener mon corps vers le haut alors que la pesanteur le lui disputait. J'étais tiraillé, comme déchiré alors que la souffrance s'intensifiait de seconde en seconde et la seule chose qui me permettait de tenir, alors que mes yeux pleuraient tout leur saoûl de revoir enfin la lumière, était d'imaginer mes frères m'attendant, et Saori guidant cette chute qui s'avérerait peut-être mortelle.

J'avais de plus en plus de mal à respirer alors que les minutes s'écoulaient et que... Tout s'accélera soudainement, alors que je commençais à m'habituer à l'étrange impression de ne plus être qu'une pierre tombant indéfiniment.

La terre paraissait venir à moi, alors qu'il s'agissait, sans la moindre hésitation, du contraire, tout m'avait l'air plus vivant, les couleurs plus vivaces, les odeurs plus enivrantes, les sons plus puissants et les sensations plus intenses... J'allais bientôt...

Je respirais profondément avant d'arrêter ma respiration, comprenant que je ne tarderais plus à rentrer en contact avec cette terre que j'avais tant souhaité. Je bandais tous les muscles de mon corps, comme pour amortir l'impact de l'incroyable choc qui allait survenir dans les secondes suivantes. La peur me nouait le ventre et la gorge, car j'aurais eu beau ouvrir la bouche, j'aurais bien été incapable de formuler le moindre son.

Une souffrance épouvantable... une explosion terrifiante... un tremblement de terre affolant... tout se succèdait à un rythme et une vitesse incroyable. Je perforais le sol, devinant le cratère que je devais former et les énormes projectiles qui volaient tout autour de moi, provoqués par mon atterrissage catastrophique. Je sentis la chaleur du sang, la caresse des doigts de la mort, la terre dans mes narines, dans ma chair, comme si elle venait s'y incruster pour ne plus jamais en partir...

Et puis, plus rien. J'étais allongé, la tête contre le sol, incapable d'esquisser un mouvement, du rouge se répandait tout autour de moi alors que je devais être victime d'une hémorragie générale.

Mais je comprenais que j'avais réussi l'insensé pari que nous autres, chevaliers d'Or, nous étions muettement lancés en explosant en même temps que le mur des Lamentations : celui de survivre.

* * *

Hyoga

La Sibérie... mes terres de neiges, je les retrouvais enfin, elles s'étendaient devant moi comme une couverte blanche de pureté que j'avais mainte et mainte fois rêvée. J'y étais, je venais de regagner mon pays, le lieu de mes premières douleurs en temps que chevalier et de mes émois. J'avais je ne m'étais senti plus proche de cette planète que j'avais regagné.

Derrière moi, Shun esquissait un sourire admiratif, je le devinais avant même de me retourner pour lui demander son avis.

-Alors? Qu'en penses-tu? demandai-je d'une voix un peu tremblante sous l'effet de l'émotion que je ressentais à retrouver l'endroit ou plongeaient mes racines.

-C'est... splendide, souffla Shun, dans une murmure presque inaudible alors qu'il tournait sur lui-même.

Nous n'étions partis que tous les deux pour retrouver ma chère Sibérie, linceul funeste de ma mère, car Seiya avait préféré partir au Japon en compagnie de sa soeur avec qui il devait marcher sur les traces d'un passé qu'il devait retrouver et d'un avenir qu'il voulait reconstruire. Shiryu pour sa part, était parti pour les Cinq Pics, sans Dohko, qui avait probablement jugé qu'il opportunerait son disciple dans ses retrouvailles avec Shunreï. Et enfin venait l'insaisissable Ikki, Phoenix solitaire disparu ou ne savait où, mais qui reviendrait irrémédiablement quand le besoin s'en ferait sentir.

Shun n'avait pas été ravi par la perte de son frère, même si ce n'était que pour de brefs délais. Et je devais reconnaître que je n'étais pas loin d'accorder mes vues aux siennes car je trouvais assez difficile d'être séparé de mes compagnons d'armes après tout ce que nous avions vécu.

C'était d'ailleurs sans doute pour cela que j'avais tant insisté pour emmener Shun avec moi durant ce pélerinage que j'effectuais sur ma terre promise et bénite. Je me demandais parfois comment étais-je encore capable d'aimer ce pays, ou j'avais connu tant de souffrances, ou j'avais perdu tant d'êtres chers... je secouais la tête, préférant ne pas me poser trop d'interrogations qui se révèleraient probablement être sans réponse.

-Et par ou devons-nous aller maintenant? interrogea Shun, d'une voix à moitié couverte par la brusque bourrasque de neige qui venait de balayer le paysage.

Etait-ce une question à double sens? Probablement pas mais je le prenais comme tel, d'autant plus que nous allions bien finir par nous la poser. Je pensais d'ailleurs être l'un de ceux qui y réfléchissaient le plus, sans trouver la moindre réponse à mes tourments par ailleurs.

-Je vais t'emmener dans la maison ou j'ai grandi, ou j'ai tout appris... c'est endroit assez petit, mais la chaleur humaine qui y règne m'a toujours été bénéfique...

Si seulement Camus était encore là pour voir cela, eus-je envie d'ajouter, même si je retenais ces dernières paroles dans ma bouche, car j'aurai trop souffert de les entendre à voix haute.

* * *

Camus

A quelques minutes près, j'avais manqué Hyoga... et tous les saints de bronze par ailleurs, si bien que je me demandais quel serait le moment de nos retrouvailles maintenant qu'ils étaient partis pour plusieurs jours, voire même semaines, et que je ne me sentais guère le courage de voyager au travers du monde pour suivre leurs traces. Tout ce que je demandais pour l'instant était un peu de repos et de quoi manger.

Saga esquissa un sourire en s'approchant de moi alors qu'il prenait place à la table ou j'étais assis depuis bientôt une heure, incapable de me relever car mes jambes ne me portaient plus. Je savais qu'il avait été le premier au sortir des dimensions, sans doute parce qu'ils les connaissaient particulièrement bien grâce à son attaque qu'il maîtrisait parfaitement, et peut-être car il était le plus résistant d'entre nous.

J'eus subitement un éclair aveuglant qui me traversa l'esprit et je portais rapidement mes mains à mes tempes, comme pour me protéger d'un souvenir douloureux.

Trois contre trois, soit deux trinités s'opposant et défendant, sans le savoir, chacune le bien... une masse d'énergie prêt à être libérée incroyable, un frisson nous parcourant, la peur de mourir sans accomplir son devoir jusque bout et deux cris :

-Athéna Exclamation!!!

Je sursautai alors que le chevalier des Gémeaux ne bougea pas. Ses yeux perçanst étaient fixés sur moi et je me doutais qu'il comprenait chacune de mes émotions pour les avoir lui-même vécu.

C'est en balayant du regard toute la pièce que je me rendis compte que pratiquement tous les chevaliers d'Or revenus se trouvaient dans cette pièce : Saga, Dohko, Kanon, Shaka, Shura... cela faisait déjà un certain nombre, bien que pas assez à mon goût.

-Très bien, déclara soudainement Dohko pour briser le silence qui nous environnait avant de prendre place à la table ou je me tenais... Et maintenant que nous avons compris que nous reviendrions tous, que faisons-nous?

Kanon posa une main sur son front, comme pour prendre ombrage de ses propres reflexions qui l'emmenaient probablement aussi loin que mes pensées. Il était parfois impossible de retenir son esprit de vagabonder, je le savais mieux que quiconque.

-Nous ne pouvons qu'attendre, déclara fermement Shura, sûr de son avis.

Attendre? Les autres évidemment, et peut-être une petite aide du destin... comme le retour de mon disciple Hyoga. Je hochai la tête alors que dehors on entendit des cris.

D'un même ensemble, nous nous levâmes d'un bond, nous précipitant vers la porte, comme si nous nous apprêtions à surprendre un ennemi à l'extérieur.

-Voilà donc à quoi ressembles le Sanctuaire? entendis-je, alors qu'une voix féminine se rapprochait de la porte...

Je sentis une certaine tension monter en moi... j'aurai juré qu'il s'agissait des intonations de Saori!

* * *

Shura

La voix d'Athéna? Dehors?

J'ouvrais la porte sous les regards attentifs de mes frères qui se précipitèrent à ma suite à l'extérieur, le coeur battant à l'idée de nous retrouver nez à nez avec l'incarnation de la justice et de la bonté sur terre.

Mais au lieu de cela, une jeune femme à la chevelure d'argent, un sourire sur les lèvres, et avec une lueur de douceur au fond des yeux nous salua d'un signe de tête.

Et c'est peut-être à cet instant que mon monde bascula et que je le vis. Celui pour qui j'avais incarné le mal, un bourreau, ce qui était loin d'être faux.

Il se tenait bien droit, sa chevelure châtain un peu en désordre à cause de ses indomptables boucles et il se dégageait de sa personne une aura que je ne connaissais que trop, douce, calme, posée... je sentis, pour la première fois depuis des années, depuis sa mort sans doute, la force de l'amitié me revenir.

Evidemment, durant toutes ces années de disparition, je n'étais pas resté sans contact avec les autres chevaliers, mais je ne m'étais jamais véritablement remis de sa mort que j'avais considéré comme une trahison, non seulement à notre cause, celle d'Athéna, mais à moi-même, car notre amitié avait compté, pendant des années, depuis notre plus tendre enfance, plus que tout. Il avait été mon frère d'esprit, et je m'étais un soir retrouvé dans l'obligation de le supprimer, aveuglé que je l'étais par des mensonges...

Je sentis ma dureté frémir alors qu'un sourire apparaissait sur le visage d'Aioros, le courageux, le fidèle chevalier du Sagittaire qui avait tout donné pour cette terre que j'aurai du protéger à ses côtés plutôt que de me retourner brusquement sans comprendre que l'on se moquait de moi.

J'avais suivi celui que je songeais être le grand Pope sans même chercher à analyser les raisons d'Aioros, ni qui était cet enfant qu'il tenait dans ses bras... c'était sans doute l'épouvante de le voir me trahir, la douleur de perdre celui qui m'avait accompagné dans toutes mes pensées d'enfant puis d'adulte, et la déception qui m'avait empêché de discerner la vérité. J'avais l'impression de me chercher des excuses, mais il n'en allait pas ainsi, je n'étais pas de ceux qui se retrouvent incapable d'assumer leurs erreurs, et j'avais d'ailleurs réussi à absoudre les miennes, du moins en partie, durant la guerre contre Hadès.

Aioros passa une main maladroite dans ses cheveux alors que je sentais un submergement d'émotions m'envahir. Je ne voyais plus que lui et il ne regardait que moi, comme si plus personne n'avait existé, comme si nous étions transportés dans un passé qui nous avait blessé, autant l'un que l'autre. Car si Aioros était mort sous les coups d'Excalibur, j'avais aussi péri sous le tranchent de ma lame, du moins, la partie juste de mon âme, le chevalier qui autrefois, pouvait se vanter d'être le plus dévoué à la cause d'Athéna.

Je m'avançais d'un pas alors que mon visage ne laissait rien transparaître tandis que mon ami avait un teint livide, comme s'il s'apprêtait à s'évanouir d'un instant à l'autre.

-Shura... tant d'années que j'attendais cet instant... tant de batailles qui nous ont séparé... je n'arrive pas à y croire.

Sa voix n'était qu'un murmure, tremblant et vacillant et pourtant, j'arrivais à ouïr chacun de ses mots que je ne voulais pas perdre et que je désirais voir à jamais gravés en moi.

-Que devrais-je dire, moi, celui qui t'a autrefois ôté la vie sans émettre le moindre remord, sans voir que tu étais justice... Aioros... pourquoi? Pourquoi tout semble être si facile à présent que nous sommes de retour?

-Parce que nous méritons une seconde chance, comme tous les autres...

Ma gorge se noua si bien que je n'eus rien à répliquer. J'avais mal de le voir en face de moi, car j'avais beau savoir qu'il n'était plus le fantôme d'autrefois, il restait cette victime que j'avais achevée, un rictus ironique sur le visage.

Il était quelque chose que j'étais incapable d'oublier à propos de ce fameux jour ou tout mon destin devait basculer vers le mal... tout au court de nos entraînements respectifs, Aioros et moi avions remarqué que nous n'arrivions pas à discerner qui était le plus puissant de nous deux, nos pouvoirs nous poussant vers l'égalité : alors comment, dans de pareilles conditions, se faisait-il que j'ai pu l'achever sans le moindre mal?

Je connaissais la réponse et fermais douloureusement mes paupières, car tout se brisait en moi, plus rien n'existait que ce souvenir, cette obsession douloureuse et néfaste qui m'avait traqué depuis que Shiryu m'avait révélé la vérité.

J'avais vu les yeux du chevalier du Sagittaire ce soir-là, j'avais compris que malgré ce qu'il avait fait, malgré l'envie, le poignant désir qui le poussait à survivre et à s'enfuir, il m'avait laissé lui porter le coup de grâce, et ce, pour la simple raison que j'étais son ami et qu'il ne voulait pas me faire de mal. Et moi, de mon côté, je n'avais eu aucune chaîne pour me retenir de lui porter une attaque fatale, pas même celle de l'amitié.

Et maintenant, j'avais honte de moi, de ce passé que je voulais non pas oublier, mais racheter au prix de tout ce que je pourrai, car si j'avais effacé ma dette envers Athéna en la servant de chaque fibre de mon âme, il n'en allait pas de même pour Aioros, envers qui j'étais toujours redevable.

Mon ami s'avança un peu plus vers moi, et je sentis, alors que ma dureté m'en aurait ordinnairement empêché, une larme perlée au coin de mes cils. J'avais mal de le voir après tout ce que je lui avais fait, mais à cet instant, alors que nous tombions dans les bras l'un de l'autre, je n'aurai malgré tout changé ma place pour rien au monde.

* * *

Milo

Le soleil me brûlait la peau, si l'on pouvait appeler cela ainsi car je ressemblais plus à un écorché qu'à autre chose. Mon corps était enfoncé dans la terre et ma douleur était si poignante qu'elle m'arrachait parfois de violentes quintes de toux que j'étais bien incapable de contenir.

Je n'arrivais pas même à ouvrir les yeux alors que je faisais maintenant parti intégrante du sol, depuis que je m'étais abimé contre avec la violence d'une météorité perforant la terre. Bouger un doigt m'aurait demandé un effort colossale que j'étais incapable d'exécuter et je préferais actuellement tenter de prendre simplement ma prochaine respiration, ce qui n'était pas peu dire étant donné l'état catastrophique de mes poumons.

La soif me tiraillait la gorge, au moins autant que la faim me poignardait l'estomac, mais c'était loin d'être mon problème majeur et prioritaire. En effet, je sentais doucement la chaleur de mon propre sang se répandre autour de moi, comme si je me tenais dans une flaque écarlate. Je n'avais pas mal pourtant, hormis dans ma voie respiratoire, et c'est ce que je jugeais comme le plus affolant. Si la souffrance partait, m'avait-on appris, cela signifiait que les dernières minutes de l'existence s'écoulaient. Et je vérifiais actuellement cette thèse.

Un souffle d'air fit doucement bouger mes cheveux, comme pour m'offrir une dernière caresse avant que mon âme ne s'échappe de mon corps, pour rejoindre cet endroit que j'avais mis tant d'ardeur à quitter. Comme il était difficile de lutter alors que tous mes membres s'engourdissaient, que mes yeux se fermaient lentement et qu'une douce chaleur m'envahissait. La mort me semblait douce à cet instant, le plus simple des refuges, et ce, même si je devinais le visage impassible de Thanatos derrière ce dernier soupir. Et puis, c'était tellement plus simple que de regarder lentement le paysage environnant se brouiller, d'entendre les sons se déformer comme si je m'étais retrouvé dans l'eau... toutes mes sensations perdaient de leur acuité et de leur vigueur.

Mon coeur battait de plus en plus doucement dans ma poitrine alors que j'étais peut-être en cet endroit que je ne connaissais pas depuis des heures... je pouvais presque voir le fil qui me retenait à la vie, fin et transparent dorénavant. Quand les Moires allaient-elles se décider à le couper?

Pas temps que je ne serai pas d'accord! Ma propre pensée me fit rouvrir les yeux, comme si une seconde personnalité s'était exprimée soudainement. Mais en réalité, je devinais bien qu'il ne s'agissait là que de mon véritable caractère : celui d'un battant. Je ne m'étais jamais laissé couler dans la facilité, et, comme toujours, j'allais choisir de me battre, de lutter pour mon idéal.

De quel droit abandonnais-je la vie? Comment osais-je me permettre de prendre quelques minutes de repos alors que l'on comptait sur moi? J'étais l'ironique chevalier du Scorpion, et jamais encore, je ne m'étais laissé gagner par l'épuisement. Si je souffrais, c'était une chose, mais si je l'acceptais, il s'agissait là d'une autre affaire. Tout ce que je savais, c'est qu'Athéna m'avait aidé à conserver le souffle de mon existence durant ma traversé dans les dimensions parallèles, et il n'était maintenant plus question que j'abandonne la partie qui était loin d'être jouée.

Je bougeais vaguement, comme pour aider mon corps à sortir plus vite de ma torpeur tandis que mon esprit était en parfait éveil. Je tentais de chasser mon curieux bien-être, qui n'était pas sans me rappeler que la mort a parfois les mains douces.

Je fermais les yeux pour retrouver une respiration plus régulière car me couper du soleil brûlant qui règnait au-dessus de moi m'aidait à m'apaiser. Je me demandais d'ailleurs ou j'avais bien pu atterrir, car je n'avais aucune information sur le lieu de mes douleurs... sûrement dans un pays ou la terre est brûlée par la lumière de l'astre du jour à en croire par la température torride que je subissais...

Je sentis soudainement comme un souffle chaud et puissant sur mon visage... mais... de quoi s'agissait-il?

Je rouvris brusquement les yeux et arrondis la bouche de surprise... ce n'était pas possible... à qui appartenait ce museau qui me dévisageait de son regard noir et passif? Non, je devais rêver, un zèbre ne pouvait nullement me dévisager alors que j'émergeais tout juste d'un sommeil qui avait bien failli devenir éternel...

Mais cet animal, qui bavait sur moi avais-je l'impression, cette chaleur... cela signifiait-il que je me trouvais en plein coeur de l'Afrique?

* * *

Mu

La terre, jamais je n'avais du mieux la comprendre qu'à présent. J'avais la nette impression de la sentir au travers de moi, de voir ses vibrations me traverser alors que je m'harmonisais sans cesse avec la nature.

J'esquissais un sourire pensif alors que je prenais une poignet de sable dans mes mains et que je laissais filtrer ses doux grains d'or qui caressaient ma peau dans leur chute. Jamais je ne m'étais senti aussi bien, aussi à ma place dans ce monde que je n'avais toujours vu qu'à moitié.

Je fixais la mer des yeux, cet immensité qui avait accepté de me recueillir, de me prendre en son sein pour me protéger de la mort qui rôdait partout autour de moi. Ce que j'avais vu alors que j'attérrissais au milieu de nulle part, dans ce tableau de maître qu'était l'océan indien durant le crépuscule, j'étais incapable de l'oublier. Cela m'avait rappelé que chaque chose est à sa place dans cet univers à l'équilibre parfait qu'est le nôtre. Il existe des choses, des entités étais-je tenté de dire pour qualifier la mer, que l'homme ne pourra jamais contrôler et c'est en cela que les dieux maléfiques ne comprennaient rien, se trompaient sur toute la ligne... l'océan, la terre, les cieux et plus encore les vies humaines, n'appartiennent à personne, pas même aux dieux. Nulle ne peut se prévaloir, malgré sa sagesse, malgré ses pouvoirs de gouverner quelque chose ou quelqu'un. Et c'est cela que la liberté, que l'existence tout simplement.

Et les dieux tels que Poséidon ou Hadès ne l'avaient pas compris. Ils se prévalaient du droit de domination alors qu'en réalité, leur rôle ne leur permettait que d'être les garants de certains lieux. Les divinités ne devaient pas chercher à diriger, mais à protéger et c'est ce qu'Athéna essayait de leur faire saisir, même s'ils restaient sourds à ses appels.

Alors pourquoi moi, un simple être humain, étais-je capable de comprendre ce principe sur lequel reposait tout l'univers, du Chaos à l'Ether, autrement dit, de l'Infini jusqu'au Fini?

Je souris à l'horizon alors que le soleil allait se coucher et qu'il m'offrait à nouveau sa palette de couleur vives et tendres à la fois. Etait-il plus beau cadeau que de voir le monde, non pas avec les yeux, mais avec l'âme...

Cela me faisait soudainement songer à Shaka, ou était-il en ce moment, au Sanctuaire probablement. Mon ami, que songeait-il à cette heure, alors que nous étions séparés par des milliers de kilomètres? Je n'en avais pas la moindre idée, mais je ressentais sa présence comme s'il avait été à mes côtés, comme s'il m'avait tenu la main pour me faire comprendre le fonctionnement de ce monde. En tous les cas, j'étais apparement d'humeurs philosophiques.

J'entendis soudainement une voix qui m'appelait dans une langue que je ne connaissais nullement mais à laquelle je me familiarisais doucement, saisissant un mot ou deux durant les conversations. J'avais même réussi à leur faire comprendre mon nom malgré la barrière que représentait nos différents langages.

-Mu...

Un garçonnet de sept années tout au plus s'était approché de moi et me regardait tandis que j'entrevoyais une lueur de sympathie au fond de ses yeux. Il était probablement, du moins d'après ce que j'avais pu saisir, le fils de l'un des hommes qui m'avait recueilli. Je logeais d'ailleurs actuellement chez les deux pêcheurs qui s'étaient visiblement pris d'affection pour moi et pour les étranges points qui trônaient sur mon front. Je n'avais malheureusement par réussi à leur expliquer ce dont il s'agissait, mais je supposais qu'ils avaient compris que ces marques avaient une signification religieuse.

Je m'accrochais pour tenter de ne pas être enseveli sous le flot de paroles de l'enfant venu me voir, et de prendre un ou deux mots durant les phrases qu'ils débitaient. J'aurais assurément froncé les sourcils si j'en avais eu, mais j'en étais dépourvu, justement à cause de ces fameux points qui provoquaient l'admiration autour de moi.

-Mu...

Je comprenais au moins mon nom.

-Part...

Qu'est-ce que cela pouvait bien dire? Je ne saisissais décidement rien à cette langue! Le garçon esquissa un sourire en appercevant mon air dubitatif. Il se concentra quelque seconde et articula très nettement :

-Départ.

Je bondis sur mes pieds, malgré la douleur lancinante qui parcourait mes jambes et je me décidais enfin à suivre cet enfant qui n'était pas s'en me rappeler quelqu'un d'autre. Mon disciple Kiki évidemment. Je ne pouvais m'empêcher de me questionner, de m'inquièter à son sujet. Que pouvait-il devenir en ce moment? Quelqu'un avait-il choisi de s'occuper de son entraînement, ou de lui tout simplement?

Evidemment, je connaissais sa malice et sa capacité à se débrouiller seul, mais je savais mieux que quiconque qu'il avait encore beaucoup de choses à apprendre avant de pouvoir s'élever au rang de chevalier.

Je secouais la tête en songeant qu'un guerrier aurait probablement songé à lui, particulièrement Shaka, qui aimait l'enseignement, ou peut-être Saga, à qui les enfants tenaient à coeur. Et dire que pendant ce temps-là, je me trouvais dans l'Inde sauvage et primitive, pays même du chevalier de la Vierge... Cela ne manquait pas subtilité et l'ironie du sort me fit sourire.

Mais cela n'avait plus guère d'importance, tout ce que j'avais besoin de savoir était que je repartais maintenant pour le Domaine Sacré, et ce, grâce au secours de ces hommes que j'avais protégé au prix de mon sang, et qui me prenaient maintenant sous leur aile.

* * *

Seiya

L'avion avait attéri depuis maintenant une heure et les rues de Tokyo s'ouvraient à nouveau à moi. J'avais d'ailleurs du mal à y croire, moi qui avait cru, depuis que j'étais parti pour l'Asgard, que je ne reviendrai jamais...

Seïka se tenait à mon bras alors que je songeais à tout cela, que mon esprit se laissait envahir par mes pensées. J'avais encore du mal à m'en sortir, à comprendre que Saori n'était plus là, que les guerres saintes étaient terminées et que maintenant, le destin me lançait une nouvelle chance qu'il ne tenait qu'à moi d'attrapper au vol.

C'est ce que ma soeur m'avait expliqué dans l'avion qui nous avait ramené vers notre pays natal, la nation ou nous nous étions quittés, de force aurais-je du préciser. Je revoyais encore son visage pleurant, sa voix criant à mes oreilles, m'écorchant les tympans autant que le coeur...

Je rouvris brusquement les yeux et me tournais vers mon aîné. Que pensait-elle alors que ses yeux dérivaient vers le bout de la rue? Elle avait un air paisible et serein sur le visage qui ne manquait pas de m'impressioner. Mais après tout, elle avait toutes les raisons du monde de se réjouir puisqu'elle avait retrouvé du même coup son frère et sa mémoire. Il fallait dire que l'un n'allait pas sans l'autre.

Le soleil brillait avec intensité alors que dans le Sanctuaire, il devait probablement faire nuit. Pour Shiryu aussi il devait faire grand jour puisqu'il se trouvait non loin de moi, en Chine. J'espérais simplement que ses retrouvailels avec Shunreï se passeraient bien, d'autant plus qu'il m'en avait parlé avant de partir dans un autre avion que le mien.

J'avais d'ailleurs trouvé amusant d'être dans un aéroport, commes des hommes normaux qui s'apprêtaient simplement à faire voyage.

Je savais que Shiryu craignait les réactions de celle qu'il aimait depuis sa plus tendre enfance. Il m'avait précisé qu'il l'avait trop souvent quitté, que trop de fois, il avait ommis de lui dire aurevoir et qu'il comprendrait si elle nourrissait un certain ressentiment vis à vis de lui, même s'il devinait Shunreï au-dessus de cela. J'étais de toute manière certain que tout se passerait bien...

Et Hyoga et Shun? Ils devaient maintenant admirer les étendues blanches et glacées de la Sibérie Orientale. Je souhaitais que ce voyage leur fasse du bien, qu'il les aide à se retrouver eux-mêmes car nous nous étions chacun oubliés aux enfers.

Et enfin, venait le solitaire Ikki, parti dans un endroit du monde dont lui seul avait le secret. Je ne m'en faisais pas pour lui, je savais que son caractère le poussait toujours à s'élever au-dessus des tempêtes que mes frères et moi traversions avec plus ou moins de dégâts.

Je pris une profonde respiration avant de soupirer, comme pour expulser le trop plein de sentiments qui agitait mon âme. Maintenant, l'orphelinat de ma jeunesse était en vue et la douleur qui me prit soudainement au coeur me fit subitement arrêter ma marche. Je portais rapidement une main à ma poitrine alors que mon souffle tournait court. Non, je ne pouvais pas continuer, je m'en étais cru capable, mais je ne le pouvais pas... Pas sans elle.

Je me penchais en avant, courbant les jambes et appuyant la paume de mes mains sur mes genoux. Je cherchais de l'air pour essayer d'aérer mes poumons aussi bien que mon esprit. Je sentis la main de Seïka sur mon dos.

-Courage petit frère, il ne faut pas que tu te laisses consumer par ton passé... je sais... je sais que ce n'est pas facile, que le courage te manque pour une fois, mais je suis là pour t'aider, ne l'oublie pas. Maintenant, plus rien ne nous séparera.

Sa voix me faisait l'effet d'un baume sur les bleus de mon âme, mais je ne pouvais m'empêcher d'être transporté dans mes souvenirs, à un étrange début d'après-midi que j'avais probablement vécu dans une autre existence que celle-ci.

Je revoyais Shun observant les enfants de l'orphelinat jouer au ballon, Hyoga me parlant alors que nous nous tenions derrière la barrière qui séparait l'établissement de la rue, Saori au milieu de nous. Saori... nous avions peur que la bataille du Sanctuaire ne lui soit fatale et Cygnus le lui avait dit. Je me souvenais de tout, la scène vivait de nouveau sous mes yeux comme si elle avait été l'instant présent.

A ce moment, alors qu'elle nous souriait en nous rassurant, alors que nous sautions la barrière pour rejoindre les petits orphelins, alors que nous entamions une partie de football, qui aurait pu dire que quatre guerres se succèderaient en l'espace de trois jours et quatre nuits, le Sanctuaire, l'Asgard, Poséidon et enfin l'Hadès... et que la dernière serait fatale à Saori.

Mes yeux s'emplirent soudainement de larmes, mais je savais déjà qu'il ne me servirait à rien de les verser. Cela ramenerait-il Athéna à la vie? Cela lui permettrait-il de nous retrouver, nous, ses fidèles chevaliers? Non, alors je devais contenir mes pleurs et me montrer digne d'elle.

Seïka posa sa main sur nuque avant de se pencher par dessus moi et de déposer un baiser dans mes cheveux. Ma soeur... elle était avec moi et j'avais encore du mal à y croire. C'était ce que j'avais souhaité durant toute mon existence, ce que j'avais cherché, traquant le bonheur à tout prix et maintenant que je touchais enfin à cette sérénité que je savais trouver auprès d'elle, je me retrouvais dans l'incapacité d'en profiter. A cause de Saori, évidement.

-Seiya, allons-y, je ne pense pas qu'il soit bon que tu restes trop longtemps dans tes souvenirs.

Ecoutant ses conseils, comme depuis ma plus tendre enfance, je me redressais courageusement tout en me demandant si je n'aurai pas mieux fait de m'abstenir de marcher sur les traces de mon passé. Mais dans cet orphelinat devant lequel je me trouvais à présent, je devinais que quelqu'un m'attendait, quelqu'un que j'avais trop délaissé, auquel je n'avais pas assez fait attention et qu'il me fallait maintenant retrouver.

J'entrais d'un pas décidé dans cette cour alors que l'ombre d'un enfant, qui n'était autre que moi, me poursuivait. Je me tournais vers Seïka qui s'accorcha plus fortement à mon bras, comme pour me soutenir et me rappeler que dorénavant, je ne faisais plus route seule.

Ma soeur... je l'aimais. Plus que quiconque n'était capable d'aimer, du moins me plaisais-je à le croire non sans une pointe d'amusement. Elle le savait, je n'avais jamais vraiment eu besoin de lui dire, et de toute manière, je n'aurai probablement pas trouvé les bons mots... ni les bons gestes. Il était bien connu que j'avais parfois du mal à extérioriser mes sentiments car mon courage ne couvrait pas la palette des mes émotions et ne concernait apparement que les combats.

C'est alors que je la vis. Miho. Debout au milieu des enfants, leur présentant un livre qu'elle comptait visiblement leur raconter d'ici quelques secondes. Elle était inchangée, du moins pouvait-on le croire si on ne la connaissait pas aussi bien que moi. On avait du la prévenir de ma mort, lui expliquer en quelle condition j'avais rencontré l'ultime silence, et elle y avait cru, comme tout à chacun. Maintenant, je pouvais constater qu'il se dégageait d'elle quelque chose de plus mature, et de plus douleureux. Comme si elle avait subitement grandi, mais de force. Je finissais d'ailleurs par me demander si être adulte ne signifiait pas souffrir davantage.

Tout à coup, elle se tourna vers moi , vers nous puisque j'étais en compagnie de Seïka. Son livre lui échappa des mains et tomba bruyamment sur la table alors que ses yeux s'arrondissaient et s'embuyaient de larmes. Devant son expression d'effarement, tous les enfants suivirent la direction du regard de Miho.

-Seiya... non... non... ce n'est pas possible... je...

Et elle s'effondra à terre.

* * *

Milo

En tanzanie... j'avais attéri au beau milieu de ce pays d'Afrique qui avait bien failli me voler, il y avait encore de cela à peine quelques heures, mon courage et ma vie. Mais j'avais su résister, et le destin avait finalement pousser la chance à venir me porter secours.

Après que j'eusse compris qu'un zèbre s'amusait à m'observer de très près, je perdis conscience, sous l'effet de mon hémorragie et de mes blessures plus que multiples. Je me souviens à peine des chaleureux rayons du soleil qui enveloppaient mon corps et protégaient ma peau de la glaciale morsure de la faucheuse.

Je me rappelle avoir entendu des bruits, comme des voix humaines, mais combien de fois n'avais-je pas cru être à nouveau sur terre, à entrevoir des hommes alors que je dérivais dans toutes les dimensions... tant de fois, que je n'arrivais plus à les dénombrer, et c'est pourquoi je crus à un nouveau mirage tout droit sorti de mon âme quand je sentis quelqu'un me soulever de terre.

Personne ne pouvait me venir en aide puisque j'étais au milieu de nulle part. Et pourtant, la suite me donna, à mon plus grand plaisir, tort.

Je battis des paupières en repensant à la façon dont on m'avait sauvé. C'était presque un miracle d'après ce que les photographes anglais qui m'avaient recueilli m'avaient expliqué. Ils étaient venus en Afrique dans le but de faire un reportage, et avaient décidé de rentrer une journée plus tôt dans leur pays d'origine, mais leur instinct les avait forcé à prendre quelques derniers clichés, et c'est ainsi qu'ils étaient tombés sur ma personne!

Je remerciais intérieurement Athéna de leur avoir insufflé cette soudaine envie d'aprofondir leur travail, et je cherchais pendant de longues minutes une explication à leur fournir quant à l'état dans lequel je me trouvais. A part avoir été jeté d'un avion, je ne voyais guère quelle excuse je pouvais trouver...

J'étais à présent dans une clinique africaine, et j'entendais dans le couloir de forts bruits de voix. Je n'avais plus même la force de me demander ce qui se passait alors que je m'apprêtais à plonger de nouveau dans un sommeil sans rêve.

Je savais que maintenant, j'étais hors de danger, que je pourrai bientôt retrouver cette terre bénite, ce sol divin qu'est celui du domaine Sacré. Là-bas, que se passait-il? Etais-je attendu? Probablement.

Je savais aussi ne pas être le dernier car j'avais senti derrière moi un autre cosmos que je n'avais pas eu le pouvoir de clairement identifier. Je priais simplement pour que les chevaliers restants et qui dérivaient probablement encore dans les méandres de l'oubli, trouvent en eux la force de se battre et de revenir sur terre. Et aussi pour qu'ils n'atterrisent pas comme moi au milieu de nulle part, là ou la terre est la plus primitive, la moins domestiquée.

Je trouvais d'ailleurs cela plutôt ironique car c'était pour moi un véritable retour aux sources, retour à l'essence même de l'homme puisque je m'étais âbimé dans un endroit ou il n'existait pas la moindre habitation, dans des limbes sauvages aurais-je même été tenté de dire.


Fin de la onzième partie.

12ème partie : En Ombres et Lumières


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