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La Chaleur du Froid

© 2001 by Saori

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Hyoga

Le vent me fouettait le visage et je ne pouvais m'empêcher de sourire de toute mon âme alors que ma moto-neige se dirigeait à toute allure vers ces étendues glacées qui avaient formé toute mon existence. Pour la première fois depuis des mois, j'étais heureux.

Shun me suivait de près et je l'entendais rire de sa propre virtuosité à conduire cet engin sur lequel il n'était encore jamais monté auparavant. J'étais ravi qu'il soit avec moi pour partager ces moments à l'intensité toujours croissante. Et puis, nous nous entendions de mieux en mieux, si toutefois c'était possible.

Un tourbillon de neige se forma devant nous et nous la traversâmes à une folle vitesse. Comme il était grisant de se retrouver là, sans contrainte, sans loi, sans peine à l'âme. En ces lieux qui revêtaient à mes yeux presque d'un caractère sacré, j'avais l'impression qu'aucune chaîne ne me retenait, que rien n'entravait cette liberté que je ne connaissais que de moitié depuis ma naissance.

-Hyoga... entendis-je derrière moi alors que la voix de Shun était emporté en même temps que la neige par les raffales de vent, c'est fantastique!

Je lui répondis simplement par une exclamation de joie alors qu'un sifflement me battait aux oreilles. Je ne ressentais pas la froid, seulement une terrible chaleur provoquée par mon bonheur, par mon incroyable envie de vivre qui me dévorait soudainement. Et je me rendais compte que finalement, le monde était à moi.

Nous filions à toute allure vers un lieu nommé nul part, probablement la meilleure de toutes les destinations. Nous étions partis, mon frère et moi, ce matin du village ou j'avais été élevé dans le but de nous promener parmi ces forêts de glaciers formant la Sibérie Orientale.

Shun avait été émerveillé de découvrir la maison dans laquelle j'avais vécu tout mon entraînement et m'avait fait juré de l'accompagner un jour sur ce qui restait de l'île d'Andromède. J'avais acquiescé, désireux de connaître tous les détails de l'enfance de mon frère. Et puis, mon compagnon d'armes montrait de l'intérêt et de l'enthousiasme pour chaque chose, si bien que je n'avais de cesse de lui dire qu'il s'intégrait parfaitement au décor de mon passé.

J'entendais ma moto-neige glisser librement sur la couche épaisse de neige qui ne fondait jamais. J'avais envie de crier que j'étais bien en vie, que j'étais de retour, et que, contrairement à tout ce que j'avais cru, je n'étais pas mort de l'intérieur. Non, malgré tout ce que j'avais vécu, il avait toujours subsisté une flamme prête à être ravivée au moindre moment. Et il en allait de même pour Shun puisque je l'entendais pousser des exclamations enfantines derrière moi.

C'était dans des moments comme celui que je vivais, alors que j'étais enviré de vitesse, du souffle du vent, de la neige, de ma vie, que je comprenais que chaque instant, que chaque chose, que chaque personne méritait d'être vu ou connu. Nous devions exister avec intensité car tout pouvait s'arrêter d'un moment à l'autre... non... non je me trompais. Je devais comprendre que maintenant que les guerres saintes s'étaient achevées, il y aurait toujours un lendemain.

J'éclatais soudainement en un rire fracassant, juste pour le plaisir d'entendre ma propre voix ainsi et je remarquais soudainement que je ne ressemblais plus qu'à moitié au glacial chevalier du cygne.

Je fermais les yeux de bonheur, comme pour entrer à l'intérieur de moi-même et me sentir vibrer de toutes ces émotions humaines que je ressentais enfin alors que je les avais cru absentes de ma nature.

-Hyoooooogaaaa !!!

Un cri.

Je me retournais avec rapidité pour croiser le regard du chevalier d'Andromède qui venait de laisser échapper ce cri de panique. Celui-ci ne prit pas même la peine de me jeter un coup d'oeil et se contenta de pointer son index en direction de l'horizon.

Je ne distinguais là-bas que des étendues glacées et je ne comprenais pas pourquoi mon frère avait troublé cet instant volé au temps... mais... je saisis enfin et fixais mes yeux sur cette forme.

On aurait dis que, par Zeus oui, qu'une personne se trouvait allongée tout là-bas, à l'endroit ou le ciel se perdait dans la neige. Nous avions, mon frère et moi une excellente vision et notre instinct ne pouvait pas nous tromper. Nous étions maintenant habitués à l'odeur de la mort, à la peur qu'elle engendrait, et c'est ce que nous ressentions alors que nous accélerions au maximum pour porter secours à cette personne en danger.

Maintenant, la neige ne me permettait plus d'accéder aux portes secrète de mon âme, mais m'empêchait de distinguer clairement la direction à prendre. Je sentais mon coeur battre contre ma poitrine et j'étais persuadé que quiconque m'aurait regardé, l'aurait vu au travers de ma peau.

Je sentais comme une main glacée venir prendre possession de mon corps et je savais que non loin de moi, Shun ressentait les mêmes troubles. Nous avions trop de fois été confrontés à la douleur pour ne pas comprendre ce que ressentait la personne qui gisait là-bas.

Je frenais subitement, projetant de la neige tout autour de ma moto-neige et abandonnais mon véhicule en me précipitant près de l'inconnu. Shun courait à mes côtés et nous nous accroupîmes d'un même mouvement à terre.

A en croire par sa stature, c'était visiblement un homme qui était allongé dans une mare de sang qui contrastait étrangement avec la pureté du blanc de la glace. On aurait dit que cette personne souillait ce lieu sans même le vouloir.

L'inconnu aux cheveux bleu pâle n'offrait à notre vue que son dos et je le prenais délicatement par les épaules pour le retourner. Il était peut-être déjà trop tard et le chevalier d'Andromède mordit sa lèvre inférieure avec anxiété tandis que mes mains tremblaient fébrilement.

J'osais enfin le tourner et je vis sa poitrine se soulever doucement pour prendre une prochaine respiration avant de me mettre à observer son visage. Et là, mon coeur s'arrêta. J'écartais doucement une mèche de ses cheveux qui barrait son visage et m'empêchais d'observer la pureté de ces traits trop familiers à ma mémoire.

Je n'osais pas y croire, ce n'était pas possible. Je lançais un regard incrédule à Shun dont la bouche était ouverte sous l'effet de la surprise.

Je tenais Aphrodite, le chevalier d'Or du signe des Poissons.

* * *

Shunreï

Il était revenu... il était revenu...

Des larmes coulaient le long de mes joues alors que je sentais tout mon corps agité en de longs sanglots. Je n'arrivais pas à croire à la réalité de ce qui m'arrivait, c'était si... impensable!

J'entendais derrière moi le bruit de le cascade de Rozan qui s'écoulait, intemporelle et toujours même. Cela avait quelque chose de rassurant, particulièrement pour moi, de savoir que certaines choses ne se modifiaient jamais.

Shiryu était à la maison et j'étais parti, ou du moins avais-je donné le prétexte, cueillir quelques herbes. En fait, je m'étais réfugié dehors pour pleurer tout mon saoul tant j'étais secouée par tous ces évènements qui arrivaient sans même que je m'y sois attendue. Je n'arrivais pas à y croire...

J'étouffais un nouveau sanglot. Cela faisait maintenant quatre jours que j'avais retrouvé celui que j'avais aimé depuis ma plus tendre enfance, et mon bonheur était presque trop difficile à gérer.

Le moment ou il était arrivé ici, pour m'annoncer qu'il n'était pas mort comme le Sanctuaire me l'avait fait savoir, avait probablement été le plus heureux, le plus extraordinnaire de toute mon existence. Je n'avais jamais vécu semblable euphorie ou je riais et pleurais en même temps.

J'avais connu de longs mois de solitude durant son abscence, et je m'étais peu à peu laissée sombrer dans mes obscures pensées. Je vivais toute seule, dans cet endroit éloigné de la vie dite courante dans le vieux maître avait toujours voulu me protéger. Je ne connaissais rien à l'extérieur et je m'étais contentée de continuer ma vie, comme s'ils allaient revenir tous les deux... j'avais prié chaque matin et chaque soir pour leur retour. Je m'étais evertuée à tenir le coup, à ne pas me laisser peu à peu dépérir, et je constatais que tous ces appels de desespoir avaient bel et bien été entendus par une puissance supérieure.

Je me mis à rire tout en continuant de verser des larmes. Je me sentais bien mais je n'avais pas l'impression que tout ceci existait véritablement, non... c'était plutôt comme si je me promenais au milieu de l'une de mes utopies, et que l'un des nombreux rêves que j'avais fait durant ces nuits de solitude me retenait prisonnière.

Je passais une main légèremment tremblante sur mon front alors que de fines gouttes de pluie commençaient à tomber des cieux. C'était d'ailleurs étonnant de voir de la bruine en cette saison.

Shiryu m'avait raconté la façon dont il était rentré sur terre, ou plutôt, dont il était tombé en Grèce et rien qu'en y songeant, un frisson me parcourait le long du dos. Il aurait pu mourir des dizaines et des dizaines de fois, je m'en étais bien rendu compte, mais pourtant, il s'était accroché, pour ses frères, pour Athéna... et pour moi.

Maintenant qu'il se trouvait de nouveau près de moi, que j'entendais sa voix, que je le regardais vivre, mon bonheur m'enivrait presque. Je n'avais plus même l'impression de me trouver sur terre, l'euphorie la plus absolue me gagnait et je me sentais, pour la première fois depuis des mois, bien.

D'après ce que Shiryu m'avait dit, quelqu'un d'autre avait trouvé le moyen de reprendre le chemin de notre planète malgré les dimensions et les souffrances, et il s'agissait bien évidemment là du Vieux Maître. Il était en ce moment même au Sanctuaire, entouré des chevaliers d'Or qui étaient parvenus à s'extirper de nul part.

Il avait probablement préféré laisser à son disciple le soin de me voir d'abord, comme pour nous offrir un moment volé au temps ou nous partagerions l'intimité qui nous avait tant manquée ces derniers mois.

Je soupirais profondément, vidant mes poumons de tout leur souffle avant de reprendre une profonde inspiration. La nature avait une odeur d'humidité qui me séduisait tout en m'apaisant.

-Shunreï... je suis venu te rejoindre.

Cette voix, celle de Shiryu bien évidemment... allais-je me réveiller en sursaut dans mon lit, ruisselante de larmes car tout ceci n'était que rêve? Je ne le savais pas, mais je le craignais.

Je me retournais et découvris celui que j'avais toujours aimé debout, tournant sa tête comme s'il balayait du regard ce qui nous entourait. J'avais toujours su que malgré son handicap, il pouvait réellement voir les choses, il les sentait avec sa peau, son coeur, son âme et c'est en cela que je l'admirais. Et ce courage dont il faisait preuve malgré les difficultés qu'il devait traverser...

J'étouffais de nouveau un sanglot avant de me relever précipitament et de me jeter dans les bras de Shiryu.

J'avais besoin de sentir qu'il était en vie, qu'il était ici, avec moi, et qu'il ne m'abandonnerait plus.

* * *

Camus

Hyoga... je n'avais de cesse de penser à lui depuis déjà plusieurs jours. Je savais qu'il se trouvait en ce moment dans les immenses plaines sibériennes, et je devinais son regard se perdant dans la blancheur infinie de ce paysage que nous ne connaissions que trop bien.

Les mois que j'avais passés là-bas me semblaient maintenant à des années lumière de moi, comme si je les avais vécus dans une existence antérieure à celle-ci. Je savais d'ailleurs que beaucoup de chevaliers avaient cette impression dorénavant que nous goûtions à nouveau à la caresse du soleil, à la douceur d'une matinée ou à tout autre chose qui nous permettait de comprendre que nous étions vivants.

Shaka s'assit tranquillement à la table que j'avais installé dehors pour profiter de ce début de matinée. J'avais l'impression d'être un convalescent et je n'étais pas si loin de la vérité. Le chevalier de la Vierge posa sereinement ses mains sur la table avant de tourner ses yeux clos vers le paysage.

Je m'étais souvent posé de multiples interrogations sur l'étrange personnage de Shaka. Que comprenait-il exactement, quelles étaient ses pensées, ses occupations lorsqu'il ne méditait pas? Et je devais admettre ne jamais avoir trouvé de réponse, si bien que j'en avais conclu qu'il était sans doute encore plus mystérieux que moi-même. Il était pareille à de la fumée, insaisissable, capable de disparaître à n'importe quel instant lorsque l'on tentait de le comprendre.

J'esquissais un sourire discret. Pourquoi était-il venu me voir? Le gardien du sixième temple du Zodiaque ne se trouvait jamais dans un endroit sans avoir prémédité son acte et je me demandais en quoi je pouvais véritablement lui être utile. Je pris alors la parole :

-Et bien, Shaka, comment vas-tu?

La communication entre nous allait probablement être assez difficile étant donné mon caractère froid et sa faculté à minimiser le nombre de ses paroles pour ne dire que l'essentiel. Enfin, au moins aurions-nous le mérite d'être directes et sincères.

Je n'avais jamais eu l'occasion, malgré mon activité au Sanctuaire, de discuter réellement avec ce chevalier et à mieux y réfléchir, très peu de personne l'avait côtoyé. Nous le connaissions tous de vue, mais seul Mu pouvait se vanter d'avoir saisi l'essence de son être. Je devinais, bien évidemment, la sagesse de la réincarnation de Bouddha infinie, mais je me demandais à quoi pouvait bien ressembler l'homme qui se tenait sous son armure.

Je hochai lentement la tête. Moi non plus, je ne me dévoilais guère et un certain nombre de chevaliers avaient tenté de percer ma carapace de neige dont je me servais pour éloigner de moi toutes les émotions que je jugeais encombrantes.

-Camus... à quoi pouvais-tu bien penser? interrogea soudain Shaka alors qu'un chaud souffle de vent vint faire danser ses immenses cheveux blonds.

-A mon disciple, me vis-je répondre malgré moi.

J'étais éberlué par ce que je venais de dire et par la façon dont j'avais répondu à sa question sans la moindre hésitation. Je songeais d'habitude que mes réflexions ne regardaient que moi mais je m'étais laissé aller à les déclarer au chevalier de la Vierge dès sa première question. Avait-il le don, fort rare chez les êtres humains, d'attirer les confidences et la confiance, tout simplement?

De toute manière, je n'avais pas à avoir de réserve avec Shaka, pas après tout ce que nous avions traversé ensemble, pas après que j'ai vu l'étendue de son courage sous les arbres de Twin Sal. Il était probablement, du moins d'après moi, le meilleur d'entre nous. Je le revoyais, seul, face à une Athéna Exclamation d'une puissance incalculable, j'entendais encore le discours qu'il nous avait fait, en signe de dernier adieu, comme un dernier hommage qu'il avait adressé à la terre...

-Je me demande pourquoi le destin a fait que nous ne nous sommes pas revus le jour ou j'ai pénétré dans le Sanctuaire... déclarai-je d'une voix monocorde alors que je fixais obstinément l'horizon.

-Cela ne devait pas se faire, tout simplement... peut-être devais-tu remettre quelques pensées au clair dans ton esprit? Peut-être ton disciple devait-il réfléchir à ce qu'il te dirait en te revoyant? Qui peut prétendre connaître les secrets de l'âme?

-En effet, qui? continuai-je en me tournant vers le visage serein et impassible de mon compagnon. Maintenant, j'aimerais le revoir, il y a tant de choses dont nous devrions parler... je m'impatiente de son retour, d'autant plus que je le sais en Sibérie, sur ce passé duquel il ne se tourne jamais véritablement.

-Serais-tu inquiet? demanda Shaka... si tel est le cas, il vaudrait peut-être mieux prendre une décision qui permettrait de couper court à tes hésitations.

-Oui, bien-sûr, répliquai-je pensivement alors que j'apercevais déjà des tourbillons de neige danser sous mes yeux. Quel meilleur endroit pour le revoir que le berceau de nos souvenirs?

Shaka esquissa un sourire paisible alors que je me levais. Je m'apprêtais à partir pour faire mes bagages quand quelque chose me retint. Je me tournais à demi vers l'homme qui m'avait guidé sans même que je m'en rende compte et je l'observais quelques secondes. Sa sagesse était-elle si vaste qu'elle lui permettait de comprendre les autres de cette façon? Pour la première fois de ma vie, je trouvais quelqu'un plus que digne d'admiration...

C'était à lui que je devais mon idée de rejoindre mon disciple, à lui et à moi-même... j'allais enfin revoir ma seconde patrie, mon disciple, et j'allais aussi me retrouver avec de vieux fantômes qui ne me hantaient guère, contrairement à Hyoga. Et je pensais particulièrement à Isaak.

Je ne connaissais pas le sentiment d'impatience, mais je sentis comme un étrange pincement saisir mon coeur... j'allais revoir celui qui me considérait comme un père, mais à qui j'avais appris à prendre ses distances avec la vie.

Quel serait le premier mot qu'il m'adresserait? Je le saurais bientôt...

* * *

Aphrodite

Le blanc, le froid m'entourant, je n'avais rien oublié des premières images que j'avais vu en revenant sur cette terre que je chérissais bien plus que je ne l'aurai cru. Et puis, tout s'était éteint, sans doute car je m'étais évanoui sous le coup de mes souffrances qui se mélangeaient étrangement à mon extase d'être enfin dans le monde des vivants.

Malgré mon inconscience, malgré la température glaciale, j'avais pourtant senti comme une étrange chaleur, peut-être celle que provoquait mon sang sur ma peau, peut-être celle que dégageait ces personnes que j'avais entendues se pencher au-dessus de moi, je n'en avais pas la moindre idée mais je m'étais senti si bien que j'avais cru la mort venir...

Les enfers, je les avais connus mieux que personne et pour rien au monde, je n'y serai retourné maintenant que j'avais l'opportunité de vivre une seconde chance. Et je savais quelle valeur accorder à cette nouvelle existence que m'offrait le destin. Mieux que quinconque.

Ou étais-je en cet instant? Je n'en avais pas la moindre idée, je devais simplement être dans un semi-coma dont je devais me sortir mais pour le moment, mon attirance pour mes propres reflexions était trop grande. J'avais l'impression de ressentir le besoin impérieux de faire une introspection de ce qu'avait été la première partie de ma vie.

J'avais trahi Athéna.

Ce fut la première pensée qui me vit à l'esprit alors que je sentais la fièvre prendre possession de moi. Je ne m'étais pas montré digne d'être l'un de ses chevaliers. Et pourtant, Zeus savait que j'avais cru bien faire!

J'avais sincèrement pensé, lorsque j'avais découvert, grâce à ma redoutable intelligence, qu'Athéna n'était pas présente dans le Domaine Sacré et que Sion était mort assassiné, que Saga serait capable de diriger le Sanctuaire et de rétablir la paix partout dans le monde. Je savais pourtant que ce qu'avait commis le chevalier des Gémeaux était ce que l'on pouvait considérer comme un outrage à la vie, puisqu'il avait tout bonnement supprimé l'ancien Grand Pope.

Cependant, à cette époque, j'abhorrais la faiblesse, je ne supportais pas ceux qui ne faisait pas preuve de la moindre force de caractère, plus encore que physique. Et Saga possèdait cette puissance qui m'avait aveuglé et, en saisissant qu'il avait eu la force et l'intelligence nécessaire pour tromper tout le Sanctuaire, je m'étais mis à l'admirer.

Je me sentis m'agiter dans un lit alors que la fièvre montait et provoquait en moi un curieux malaise.

J'aurais voulu ressembler au Saga de cette époque, alors que je ne voyais pas véritablement ce qui se passait autour de moi, que je ne prenais pas le temps de regarder les atrocités qui se produisaient.

Lorsque je raconterai ça à mes frères revenus sur terre, me croiraient-ils? Sans doute, car je m'étais justifié devant le Mur des Lamentations, mais seulement, je devais leur faire gagner une meilleur opinion de moi-même, ce qui promettait d'être difficile... non, non là je les mésestimais car ils étaient de ces hommes qui pardonnent à chacun. Et je les admirais, regrettant trop tardivement de ne pas m'être joint à eux depuis le départ.

Je sentis le frottement d'une couverte contre ma peau à vif et serrais compulsivement entre mes doigts mon propre bras, non sans le regretter amèrement à cause d'une cicatrice qui me parcourait la peau à cet endroit.

Je m'étais opposé avec véhémence aux chevaliers de bronze... mais pourquoi étant donné que ce que j'admirais le plus était la force, ne les avais-je pas laissés passer lorsque j'avais découvert qu'ils avaient franchi les onze premières maisons?

Parce que j'étais resté fidèle jusqu'au bout à ce Saga maléfique, pensant que Seiya et ses compagnons essayaient d'entraver cet idéale de paix qu'il voulait faire revenir sur le Sanctuaire et sur le monde.

Je secouais la tête. Tout cela était maintenant terminé, et il s'agissait du passé, d'une mémoire que j'avais envie d'engloutir pour ne plus jamais devoir m'en servir, même si je ne le pouvais, ni ne le voulais. En effet, se tourner vers ses souvenirs peut devenir une entrave dans l'existence, mais je comprenais que je ferai des miens ma force. Et puis, je n'avais de toute manière pas le choix et je n'étais guère de la race des perdants.

-Tu crois qu'il va s'en sortir? demanda une voix glacée qui ne trahissait pas la moindre émotion et qui n'était pas sans me rappeler Camus.

Pourtant, il existait une différence notable entre ces deux tons de voix, et je me demandais à qui je pouvais bien avoir affaire.

-J'espère... pourvu qu'il ne lui arrive rien à présent qu'il est revenu. Ce serait innomable!

Tout mon corps se raidit brusquement. Ce garçon qui parlait, cela ne pouvait pas me tromper, on aurait dit celui que j'avais entendu pour la dernière fois avant de mourir. Shun? Non, je devenais fou, la brutalité du choc lorsque j'étais tombé des cieux me rendant probablement trop loin de la réalité et m'empêchant de saisir clairement ce qui se passait à l'extérieure.

-Que doit-on faire? interrogea le garçon que je supposais être le chevalier d'Andromède.

-Attendre ici, si nous le transportons, il n'a pas la plus petite chance de s'en sortir vivant, d'autant plus qu'il est loin d'être indemne. Regarde son corps, son visage... heureusement que le destin nous a mis sur sa route, sans cela...

Etais-je tombé au Sanctuaire? C'était impossible étant donné que j'avais clairement senti de la neige s'infiltrer incidieusement dans mes blessures pour me brûler la peau. J'étais dans un pays du froid, du Grand Nord ou n'en pas douter... peut-être étais-je parvenu à me guider jusque dans ma patrie d'origine, la Suède, bien que je formais quelques doutes quant à mes capacités à m'orienter après des mois et des mois de dérive dans les autres dimensions.

Il fallait que je sache qui me veillait alors que j'étais près des abîmes de l'enfer. Je tentais d'insipirer plus profondément pour me donner du courage... il allait falloir que j'ouvre les yeux, et cela promettait d'être difficile car je craignais de ne connaître le même effet que la dernière fois. En effet, j'avais battu des paupières sur ce monde que j'avais perdu et m'étais retrouvé aveuglé, incapable de comprendre ce qui m'arrivait à cause des immenses étendues de glaces et de blanc qui s'étendaient autour de moi. Le blanc absolu après l'immensité du noir, ma vue ne l'avait guère supporté.

Mais maintenant, je me sentais ailleurs, et je devais prendre contact avec cette réalité que je n'avais pas le droit de fuire.

* * *

Aiolia

Il était en face de moi, mon frère, la seconde partie de mon être, celui qui avait été le héros de mon enfance puis le traîte auquel je l'avais honteusement assimilé.

Milo et moi venions de pénétrer dans le Domaine Sacré et nous avions rencontré tous les chevaliers, qui se tenaient, grâce au destin, aux limites du Sanctuaire, exceptés mon frère et Shura, qui avaient préféré rester à l'infirmerie ou ils vivaient, comme tous les autres, pratiquement en permanence.

Et puis, mes frères d'Or m'avaient conduit à lui tandis que mon compagnon de route, le chevalier du Scorpion, riait aux côtés de Mu et de Dohko. Je lui avais jeté un dernier regard avant de pénétrer dans ce lieu ou j'allais le revoir et il m'avait encouragé d'un clin d'oeil complice.

Et puis, j'avais ouvert la porte. Et j'étais tombé nez à nez avec lui car il tenait la poignée pour sortir dehors au moment ou je désirais entrer. Et maintenant, j'avais l'impression de me regarder dans un miroir. Il me ressemblait tellement... aussi bien physiquement, bien qu'il existait quelques légères différences, que moralement, même si je le jugeais de loin comme étant le meilleur de nous deux.

Aioros! Ce n'était pas possible, celui que j'avais perdu dans ma jeunesse me regardait derrière des yeux troublés alors que les miens s'embrumaient de larmes. Je sentais un sentiment me dévorer l'âme, engloutir tous mes sentiments alors que je retrouvais ma seule famille, mon seul parent, celui qui m'avait été ravi sans que je comprenne pourquoi.

Je tombais brusquement dans ses bras alors qu'il en faisait de même et nous ne pûmes, ni l'un ni l'autre, contenir plus longtemps nos pleurs que nous laissâmes éclater.

Il était là... il était là... j'avais beau me répéter cette phrase, rien n'y faisait, je n'arrivais pas à croire à la réalité de ce qui m'arrivait, de ce qui se produisait.

Je sentais l'extase me soulever de terre alors que je serrais contre moi mon aîné! Je l'avais retrouvé après de multiples déboires, après une vie de luttes qui avait commencé par mon entraînement, s'était poursuivie avec mon opposition face aux chevaliers de bronze et s'était achevée du côté d'Athéna, devant le mur des Lamentations que mon frère avait pourfendu de sa flèche.

A ce moment, alors que nous étions en enfer, je n'avais pas même eu le temps de le voir, je m'étais contenté de prendre ma place dans ce cercle du soleil que nous reproduisions, et j'avais simplement entendu sa voix se mêlant aux cris des autres en un ultime adieu que nous dédions aux chevaliers de bronze. En repensant à cet instant, je sentais la chair de poule me parcourir.

Ou bien était-ce des frissons provoqué par l'émotion que je vivais actuellement et qui me submergeaint, envahissant tout mon être et se répandant avec chaleur dans mes veines, dans mes os, guérrissant mes blessures, mes maux de l'enfance.

-Je ne peux pas y croire... murmura Aioros alors qu'il me broyait presque contre lui.

-Mon frère... me pardonneras-tu un jour? demandai-je en repensant à la façon dont je l'avais trahi après sa mort.

-Evidemment, espèce d'idiot! me répliqua mon aîné, qui ne l'était d'ailleurs plus étant donné son âge et le mien, en riant et pleurant en même temps.

Je n'avais jamais vécu de moment aussi fort, et je savais que jamais plus je ne revivrai pareil sentiment que celui de l'euphorie qui me gagnait complètement. Je l'aimais, mon frère, Aioros.

* * *

Seiya

Miho me regardait avec douceur, alors que nous étions assis sur les balançoires de mon enfance, celles ou je m'amusais avec elle, riant aux éclats de mes propres gamineries sous la bienveillance de ma soeur.

-Tu as retrouvé Seïka, je n'arrive toujours pas à y croire... et puis, surtout, tu es en vie, me dit-elle de sa voix posée et presque timide.

Je hochais la tête alors que le soleil se couchait à l'horizon et qu'un étrange calme avait envahi mon esprit. Il me semblait que j'étais plus serein maintenant que je marchais sur les pas de ma jeunesse... comment pouvais-je dire cela à mon âge?! Je n'avais pas encore quinze ans, que déjà, je regardais mon passé d'un oeil impassible d'habitué. Ma maturité m'impressionait parfois, autant que mon insouciant quand je me retrouvais en compagnie des enfants de l'orphelinat que mon amie tenait.

Avec eux, c'était différent, je pouvais tout oublier, ce que je faisais, celui que j'étais pour ne plus être que le grand frère qu'il rêvait d'avoir mais que la vie leur avait pris.

-Alors, tout ceci est terminé... commença Miho alors que ses yeux se posaient dans le vague, je veux dire, les guerres sont finies...

-Oui et cette fois-ci pour de bon puisque Saori est morte. Aucun dieu ne voudrait prendre la terre sans lutte et je doute d'ailleurs fort qu'il existe encore une divinité ayant envie de se frotter à nous.

J'avais réussi à garder un ton calme en évoquant Athéna et je m'en félicitais. Je ne devais pas laisser transparaître ma douleur, pas devant Miho qui avait bien assez souffert... à cause de moi par ailleurs! Je lui avais promis de revenir un soir, alors que les étoiles brillaient au-dessus de nous et que la guerre fratricide du Sanctuaire s'apprêtait a commencer et malheureusement je n'avais pas pu tenir ma promesses avant aujourd'hui.

J'imaginais sans peine les mois qu'elle avait du passer en me pensant mort, en songeant qu'elle ne me reverrait plus jamais... je secouais la tête pour quitter ces pensées.

Qu'allait-on faire à présent, elle et moi? Allais-je vivre au Japon, au plutôt en Grèce auprès des chevaliers d'Or et des mes frères, d'avec qui je n'envisageais plus la moindre séparation? Mais si je partais pour ce pays de la Méditerranée, comment pourrais-je voir Miho autant que je le désirais?

Toutes ces interrogations tournaient dans mon esprit sans que j'y trouve une solution. Je n'avais pas le droit de demander à mon amie d'enfance de quitter son pays natal dans lequel elle se sentait si à son aise, pas plus que je ne pouvais de nouveau la laisser... je remarquais qu'il n'existait malheureusement pas de compromis. Et puis, je n'avais pas le droit de choisir pour elle, car j'avais appris qu'il n'appartient qu'à nous de guider notre propre destin, en faisant des choix, certes parfois difficile, mais vivre était, comme toute chose, une aventure.

-Miho... je crois qu'il faut que je te parle.

* * *

Hyoga

J'entendis quelqu'un frapper à la porte du chalet et je demandais à Shun d'aller ouvrir car je préparais de nouvelles couvertures pour Aphrodite. Nous l'avions recueilli depuis maintenant quatre jours et son état semblait se stabiliser. Je pouvais déjà voir une légère amélioration concernant sa fièvre qui était presque tombée.

Je saisis d'épais draps et songeais que j'étais parfaitement apte à comprendre le chevalier des Poissons, étant donné que j'avais moi-même traversé les dimensions, en moins de temps, mais tout de même. Pourtant, cela m'avait semblé paraître quelques secondes, grâce à Athéna, et je n'avais compris qu'après que le temps dans l'espace que nous avions parcouru n'était pas le même que sur notre belle planète.

Je passais une main habile pour défroisser les couvertures alors que j'entendais la porte de la maison de rondins s'ouvrir et Shun pousser une exclamation. Ce devait probablement être Yakoff qui nous demandait des nouvelles de notre ami et qui voulait se rendre utile. J'avais beaucoup d'affection pour ce jeune garçon auquel j'avais plusieurs fois été d'un certain secours.

Les bruits de pas provenant de la petite cuisine ne me firent pas relever la tête, pas plus que la légère aura de froid qui régnait dans la pièce. Je devinais pourtant une silouhette de grande stature dans l'encadrure de la porte qui donnait sur le minuscule salon. Je ne relevais la tête qu'au bout de quelques secondes et fis immédiatement tomber ce que j'avais entre les mains.

J'ouvris la bouche et clignais des yeux pour tenter de sortir de ce rêve que j'avais fait mille fois en me réveillant toujours. Non... non... mon coeur explosa dans ma poitrine alors que la salive me manquait autant que le courage de m'approcher de lui. Il était là, celui qui m'avait tout appris, qui m'avait tout donné, jusqu'à sa vie, l'homme que j'admirais le plus et que j'aimais presque comme un père...

Camus. Mon maître Camus se tenait devant moi, un sourire aux lèvres, ce qui ne lui arrivait pourtant pour ainsi dire jamais. Il me fixait sans esquisser un geste et nous étions presque incapables l'un et l'autre d'avancer.

Les larmes me montèrent tout de suite aux yeux alors que ma vie repassait devant mes yeux, non pas comme si j'allais mourir, mais comme si je m'apprêtais de nouveau à vivre. Mon arrivée en Sibérie, alors que l'on m'avait présenté à Isaak, mon entraînement, la mort de mon meilleur ami, les cours de Camus, notre affrontement, point culminant de notre vie, sa ressurection grâce à Hadès... tous ces souvenirs formaient des maillons dans la chaîne de notre mémoire que l'on ne pouvait guère séparer. Tout ceci faisait à présent ma force, et non plus ma faiblesse.

Et j'aurai voulu le lui dire cependant, aucun mot ne sortit de ma bouche. Dehors, la neige battait contre les vitres, et j'avais l'impression que la même tempête agitait mon esprit. Pourtant, et malgré le froid mortel qui envahissait tout à l'extérieur, je sentais la chaleur m'envahir, me réchauffer le corps...

Le chevalier du Verseau attendait probablement que je fasse le premier pas, et c'est ce que je fis, avançant en tremblant presque sous l'émotion de son apparition. J'étais en face de la seule personne capable de me faire pleurer et je sentis une larme rouler le long de ma joue alors qu'il me serrait dans ses bras avec force.

C'était la première fois qu'il existait un tel contact entre nous et j'avais du mal à y croire, la scène tourbillonnait dans mon esprit sans que je puisse retrouver pied dans mes propres sentiments.

Il était revenu, pas delà les enfers, les dimensions, il s'en était sorti indemne et m'avait retrouvé en Sibérie, nation la plus marquante pour nous deux. Tout était commun à ce que nous avions vécu sur cette terre ou je me sentais vraiment chez moi.

-Camus, murmurai-je, toujours incrédule face à ce qui m'arrivait.

Celui-ci ne me répondit rien mais je savais qu'en ayant simplement prononcé son prénom, je lui avais tout exprimé. Nous n'étions, ni l'un ni l'autre, très enclin à de grands débordements et quelques gestes en disaient bien plus long pour nous que de longues effusions... au contraire, ce peu de mouvements, de mots, avait bien plus de valeur de la part de personnes aussi réservées et froides que nous.

Je l'aimais, mon maître, et je sentais les émotions qu'il éprouvait pour moi me gagner, changer du tout au tout l'atmosphère, la rendre chaleureuse... derrière, Shun souriait avec douceur devant cette scène à laquelle il était visiblement heureux d'assister. De mon côté, je n'avais plus conscience de rien que de la présence de mon maître près de moi, dans cette maison de mon enfance.

Le chevalier du Verseau relâcha enfin son étreinte et nous nous regardâmes pendant de longues secondes qui passaient pourtant trop vite. Je vivais dans l'une de mes utopies, j'en étais persuadé alors qu'il avait toujours un demi sourire sur les lèvres.

-J'ai mis du temps à me décider à revenir te voir, Hyoga. Je me trouvais au Sanctuaire et il a fallu que je fasse un long trajet. Mais je ne regrette rien... ces kilomètres qui nous séparaient devenaient trop pesants pour moi.

Les derniers mots qu'il avait prononcés me réchauffaient l'âme, l'esprit, le corps... mon maître Camus était devant moi! Je ne réalisais pas mon bonheur, ma chance de le retrouver vivant alors qu'il était mort de ma propre main, durant un affrontement d'une intensité comme je n'en avais jamais connu. Il avait de loin été mon plus redoutable adversaire, et sans doute aussi mon meilleur soutien.

Tout à coup, nous entendîmes une curieuse toux provenant d'une des deux chambres, ce qui nous sortit en quelques instants de nos retrouvailles, nous rapellant à la réalité.

* * *

Shun

J'avais du mal à croire que Camus soit revenu, tout comme Aphrodite par ailleurs et je trouvais incroyable que celui qui avait été mon opposant tombe à mes pieds alors qu'il revenait des autres dimensions. Mais cela faisait de toute manière bien longtemps que je ne le considérais plus comme un ennemi, mais comme un chevalier d'Athéna, au même titre que moi.

Je le veillais tandis qu'à côté, j'entendais le maître et le disciple discuter. J'étais heureux pour eux, je sentais le bien-être qui se dégageait de leur personne depuis qu'ils s'étaient retrouvés J'éprouvais presque leurs propres sentiments alors que j'étais au chevet du gardien de la douzième maison du Zodiaque.

Celui-ci s'agita et ouvrit subitement les yeux. Je bondis du tabouret de bois ou j'étais assis et le renversait dans mon mouvement trop vif. Je n'arrivais pas à y croire alors que les yeux d'un bleu pâle, presque myosotis, d'Aphrodite m'observaient avec incrédulité.

Nous n'avions, ni l'un ni l'autre, l'air de croire à ce que nous découvrions. Camus et Hyoga devaient être bien trop absorbés dans leurs vieux souvenirs pour entendre le bruit que j'avais fait et je restais à présent silencieux, tandis que le chevalier des Poissons s'asseyait tant bien que mal dans son lit.

Il était en vie et avait réussi à s'en sortir, alors que j'avais cru, à plusieurs reprises, que son âme tentait de s'échapper des contraintes de son corps. J'avais prié pour qu'il s'accroche à son existence, longtemps j'étais resté près de lui pour l'encourager et tenter de le soutenir. Et maintenant... je constatais que tous mes efforts n'avaient pas été vains.

-Je... ouh... suis...

Le chevalier d'Or secoua la tête alors que ses cheveux se répandirent sur ses épaules avec grâce. Malgré les souffrance qu'il endurait, il se dégageait de sa personne, et particulièrement de son visage au teint diaphane, une luminosité qui mettait à l'aise et provoquait généralement une certaine admiration.

Je lui souris avec douceur alors qu'il m'observait tout en tentant d'émerger des vagues d'hébétude et de sommeil qui le submergeaient probablement. Il soupira et cacha son visage quelques secondes entre ses mains, sans doute pour se donner le temps de se resaisir.

-Assieds-toi, Shun.

Je fus surpris par le calme de sa voix mais exécutais immédiatement ce qu'il me dictait de faire. J'avais l'impression de retrouver un ami car je savais qu'il s'était repenti en détruisant le Mur des Lamentations.

-Ou suis-je?

-En Sibérie Orientale, dans le village ou le chevalier du Cygne a fait son entraînement auprès de Camus. Ils se trouvent d'ailleurs tous les deux dans la pièce voisine.

-Et toi, que fais-tu avec eux?

-En fait, j'étais venu pour accompagner Hyoga dans son voyage et pour découvrir les lieux de son enfance, mais je me rend à présent compte qu'il s'agissait de toute autre chose. Je devais te retrouver et ne faisais qu'obéir à une force supérieure, celle du destin.

Aphrodite hocha pensivement la tête et tandis la main vers moi pour la poser sur l'avant de mon bras. Je le vis alors me sourire ce qui illumina encore plus son visage.

-Je suppose que c'est ainsi bien comme cela, me dit-il.

Il n'avait plus rien de l'homme que j'avais autrefois combattu, hormis peut-être cette grâce inhérente à sa beauté. Il était comme je me l'étais imaginé alors que je l'avais aperçu pour la première fois de ma vie, en haut des marches de sa maison, une rose rouge dans la bouche : une personne douce, malgré une certaine dureté de caractère, quelqu'un de particulièrement intelligent et aussi de très attentif. J'avais l'impression de comprendre tout cela alors que nous ne nous revoyions que depuis quelques secondes, voire même minutes.

En fait, je ne lui avais pas parlé depuis que nous étions morts, enfin moi presque, en nous affrontant mutuellement.

-Je suis heureux de te revoir, déclarai-je d'une voix un peu hésitante.

-Ah? Cela ne m'étonne pas de toi, chevalier Andromède, tu as toujours été trop enclin au pardon et à la générosité.

Il esquissa un sourire en me regardant dans les yeux, soutenant mon regard comme seul un chevalier d'Or savait le faire. Par la phrase qu'il venait de lancer, il n'existait plus aucune ombre sur ces intentions, si toutefois il y en avait jamais eu. Il se repentait et je comprenais que tout le monde serait prêt à lui pardonner dans le Sanctuaire, comme nous avions absout mon frère Ikki, Saga et tous les autres chevaliers s'étant trompés, pendant quelques mois de leur vie, de chemin. Mais Athéna finissait toujours par les ramener dans la lumière.

-Moi aussi, Shun, je suis heureux de te revoir.

Et je compris que toutes mes reflexions étaient on ne peut plus exactes.


Fin de la 13ème partie.

14ème partie : Souvenirs du Passé


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