Retour aux Sources

Un Geste du Destin

© 2001 by Saori

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La vaste salle dallée de marbre était devenue silencieuse il y avait de cela des siècles, pour ne pas dire des millénaires. Pourtant, le souvenir, un souvenir sorti d'une mémoire qu'il aurait mieux valu ne jamais explorer, imbibait encore l'atmosphère de lourdeur et de violence.

Le combat avait fait rage à l'ombre de ces immenses colonnes aux proportions majestueuses. Il avait cru gagner, à de nombreuses reprises, il avait vu la vie s'échapper lentement du corps de la jeune fille alors que son sang se répandait sur sa Kamui. Cependant, elle n'était pas tombée, elle était fièrement restée debout face à lui, orgueilleuse et sûre d'elle et de sa victoire. Et il avait eu beau faire, elle avait gagné.

Il entendait encore le propre cri qu'il avait poussé, alors que la lance de la jeune fille était plantée dans son corps, ce son qui avait accompagné cette défaite qu'il n'avait jamais acceptée... et qu'il ne comprenait toujours pas. Etait-ce parce qu'elle s'était unie avec ses chevaliers qu'elle était parvenue à faire ce miracle? Il ne pouvait pas y croire sérieusement et pourtant...

On entendit le bruit de la brise s'infiltrer dans la vaste salle sous le jour de la porte et agiter doucement la poussière accumulée en ces lieux depuis fort longtemps. Les araignées elles-mêmes semblaient avoir élues leur domicile en cet endroit tranquille.

Leur travail arachnéen fait de fils qui paraissaient argentés recouvraient tous les meubles, des statuettes de nymphes, à la robuste table de bois, en passant par les quatre urnes posées sur une sorte de colonne, mausolée à la gloire de leur perte.

Ils étaient tous incapables de lui pardonner, et il n'en avait même jamais été question. La vengeance était le seul but qu'ils s'étaient fixés et qu'ils comptaient bien l'accomplir quand le moment viendrait... et ce dernier n'était finalement peut-être pas aussi éloigné qu'il le croyait encore.

* * *

Les chevaliers d'Athéna avaient l'impression de passer leur temps dans la Chambre Sacrée, et ils avaient des raisons de le croire. Depuis qu'Aldébaran était revenu sur le sol de Grèce, les interrogations et les problèmes s'accumulaient à un rythme qu'ils n'avaient pas cru capables de tenir et pourtant...

-Et pour les armures? demanda Mu d'une voix qui trahissait son inquiétude. Je sais fort bien que nous ne risquons plus de connaître l'ombre d'une guerre sainte mais il est de notre devoir de penser à nos successeurs.

-Certes, répliqua Dohko en tentant de calmer les soupirs et la contrariété qu'il entendait et devinait tout autour de lui. Mais nous n'avons guère de moyens pour régler ce problème. J'ai beau avoir un certain nombre de connaissances, il me semble bien que jamais pareil cas ne s'est produit dans toutes les histoires de la chevalerie.

-Pas étonnant, rétorqua Milo, nous devrions normalement être tous morts depuis bien longtemps.

-Heureusement que non! enchaîna Aiolia, toujours prêt à intervenir dans les conversations les plus animées, sinon, qui pourrait s'occuper de ce problème épineux des armures?

Mu se raidit sur son siège alors qu'il tentait d'entrevoir une solution à ce problème qui s'imposait à lui. Les difficultés n'étaient pas prêtes de s'estomper, même si il l'aurait ardemment souhaité. Il balaya du regard tous les combattants, ses compagnons qui l'avaient aidé à supporter son épreuve, alors qu'il s'abîmait au beau milieu de l'océan indien, et sentit une nouvelle énergie affluer en lui.

Lorsqu'il sentait le pessimisme le gagner, il lui suffisait de se souvenir qu'ils étaient tous en vie, qu'ils avaient accompli des dizaines de fois l improbable, et qu'une fois encore, les frontières de l'impossible seraient repoussées.

-Et quand bien même nous trouverions le matériel, déclara le chevalier du Bélier en plissant les yeux de concentration, je me crois bien incapable d'accomplir le miracle de faire renaître autant d'armures.

Toute l'assemblée parut hocher la tête d'un même mouvement. Camus croisa ses bras sur sa poitrine alors qu'il semblait plongé dans une intense réflexion.

-Et Poséidon? interrogea-t-il sans se dépareiller de son air à la noblesse glacée.

-Le Dieu des mers n'est pas revenu de lui-même, déclara soudainement Shaka, qui n'avait pas pris la parole depuis le début de la réunion et qui semblait, d'après l'air qu'il portait sur son visage, détenteur de toutes les clés du mystère.

Le chevalier de la Vierge attendit d'avoir toute l'attention que ce qu'il allait déclarer méritait et esquissa un sourire paisible. Tout son être respirait la sagesse et la force tranquille de ceux qui n'ont rien à craindre.

-Quel dieu, et même Poséidon, pourrait prétendre entraver une décision d'Athéna et du destin lui-même... car on ne peut douter que l'empereur des océans était destiné à rester sagement dans son urne. Cependant, quelque chose -ou quelqu'un- semble l'avoir sorti de son sommeil qui aurait du s'avérer millénaire. Et quelle est la seule personne capable de briser en partie le sceau de celle que nous avons le devoir de servir?

Un silence lourd tomba sur la salle. Seiya passa sa langue sur ses lèvres alors qu'il sentait une vague d'emportement submerger tous ses sens.

-Qu'essayes-tu de nous dire Shaka?

Celui-ci se tourna avec lenteur délibérée vers Pégase, comme pour lui transemettre la vertu de la patience en laquelle il croyait plus que tout. Le gardien de la sixième maison du Zodiaque éprouvait un sentiment particulier pour les jeunes chevaliers de Bronze, qu'il avait connus en des conditions qu'il n'était pas à même de se pardonner car il avait été aveuglé... et comble de l'ironie, par sa propre foi qui l'avait empêché de regarder en face les activités du Domaine Sacré.

Enfin, tout cela n'était que passé, et il savait que cette erreur renforçait la solidité de ce présent auquel il se consacrait entièrement.

-Oui, Shaka, qui est capable d'un tel miracle d'après toi? demanda Dohko.

La réincarnation de Bouddha sourit à l'assemblée avant de dire, à mi-voix :

-Qui, hormis Athéna?

* * *

La salle était toujours aussi dangeureusement silencieuse mais on sentait que quelque chose se préparait, comme si un coup de tonnerre s'apprêtait à briser le calme d'un ciel d'Azur.

L'air était rendu lourd par l'énergie qui s'échappait lentement de l'une des urnes mais cependant, rien ne semblait particulièrement inhabituelle. Depuis toujours, sur cette île au large de la Grèce, il avait existé cette atmopshère de tension, de douleur ou l'on s'attendait à entendre des cris de lamentations survenir soudainement de toute part.

C'était de toute façon ce qu'il avait souhaité pour lui... et pour ses troupes bien évidemment. Depuis la nuit des temps, il s'était fixé une ligne de conduite et de vie, bien souvent contesté, autant par Athéna que par Zeus lui-même, qui lui avait un jour ouvertement déclaré ne point pouvoir le souffrir. Mais il n'en avait que faire, il n'avait besoin de l'approbation de personne pour décider de ce qu'il désirait entreprendre et il avait pris sa décision la concernant le jour même ou il s'était écroulé à la fin de la guerre, son corps inanimé mais son âme encore bien vivante.

Oui... tout lui revenait en mémoire car il avait gravé ses mots dans son esprit pour les lui faire un jour ravaler.

 Tu es une trop grande menace pour l'humanité, avais crié la jeune déesse en tenant de ses deux mains cette urne maudite dans laquelle il reposait, et parce que tu troubles la paix de mes sujets, parce que tu es incapable de comprendre le pacifisme ou l'amour, j'ai décrété que tu ne devais plus jamais revenir hanter cette planète. 

Il n'avait rien pu rétorquer à cet instant, alors que sa vie s'échappait par son sang et qu'un masque grimaçant de souffrance se plaquait sur son visage.

 Cette urne te retiendra à jamais prisonnier, mon scellé sera le plus puissant que je n'ai jamais apposé et durera bien plus que deux ou trois cents ans... je veux qu'il reste fixé sur ton âme abjecte pour l'éternité, m'entends-tu? 

C'était à cet instant qu'elle avait tendu les bras vers lui, alors que son esprit s'élevait déjà au-dessus de son enveloppe charnelle, alors une simple possession car il avait eu la bonne idée de ne pas utiliser son corps mythologique.

Il se rappelait du flot de cosmos doré l'entourant, de l'allure d'Athéna, se tenant bien droite et surtout de son regard, dur presque sévère alors que ses pupilles avaient complètement disparu. Il avait été le permier dieu depuis des siècles à la mettre réellement en colère, au point qu'elle ne puisse plus se contrôler... ce qui était tout de même étonnant pour celle étant la déesse de la raison.

Cette scène... combien de fois se l'était-il repassé, pendant les mois, les années et les siècles qui suivirent? Combien de fois son âme s'éveillait-elle de cette torpeur dans laquelle il s'était lui-même plongé pour revoir ces minutes de destruction ou il avait tout perdu?

Il n'en pouvait plus d'attendre... vraiment plus.

* * *

-Athéna?! Mais... c'est impossible! s'exclama Aiolia en bondissant de son siège et en cognant du plat de ses mains la table.

Le voix du chevalier du Lion venait de briser le silence qu'avait engendré la déclaration qu'avait laissé tomber Shaka, tel un pavé de taille dans une mare d'eau tranquille ou tout simplement endormie. Celui-ci souriait paisiblement alors que des murmures inaudibles commençaient à remplir la salle, comme si une vague de secrets se répandait entre les chevaliers.

-Athéna aurait donc brisé le sceau de Poséidon qu'elle avait elle-même apposé, continua Shiryu sans se dépareiller de son calme et en tentant de ramener chacun à la raison en prenant les faits un par un.

Il fixa son attention sur la présence de Dohko qu'il sentait à l'autre bout de la table.

-Tout d'abord, il faudrait savoir comment est-ce possible? continua le chevalier du Dragon. Chacun s'accorde à dire qu'elle est malheureusement définitivement disparue, morte autrement dit, alors comment aurait-elle pu accomplir ce miracle?

-Ta question est pertinente, constata Aphrodite en se tournant vers Shiryu. Cependant, il me semble que seul son corps a disparu... et peut-être son âme a-t-elle encore quelque possibilité d'intervenir dans notre monde, n'est-ce pas? Cela semble assez logique puisque son esprit n'a été détruit par personne.

Dohko se racla la gorge avant de reprendre la parole. Il entendait presque les battements de coeur accélerer de ses compagnons, trop prompts à croire à une réapparition de la déesse. Il éprouvait lui-même une dévorante envie de retrouver celle à qui il avait consacrée son existence, mais avait peur que la chute, si il devait y en avoir une, soit trop difficile.

-Ne nous emballons pas, dit-il en mettant ses mains devant lui en un geste qu'il voulait rassurant. La réponse que vient de nous fournir Aphrodite me semble probable, et même certaine, cependant, cela ne veut pas forcément dire qu'Athéna va revenir parmi nous.

Seiya soupira en fermant les yeux, souhaitant que son mouvement de déception ne soit pas perçu par les autres.

-Très bien, reprit tout à coup Saga. Admettons que l'âme d'Athéna soit parvenue à délivrer Poséidon, ce dont je la crois personnellement plus que capable, il nous reste à résoudre une question de taille... pourquoi a-t-elle fait cela?

* * *

Une porte se trouvait derrière la colonne de marbre ou reposait les quatres urnes. Elle était de petite taille, d'une dimension qui ne convenait pas à ce lieu ou tout n'était que faste et luxe. Faite de bois lourd et ciselé à l'or fin, elle contrastait étrangement avec tout ce qui l'entourait. A mieux y réfléchir, elle ressemblait presque à la porte d'un caveau et on ne pouvait douter, à l'aspect de la serrure, qu'elle n'avait pas été ouverte depuis déjà bien longtemps.

On pouvait supposer que derrière, reposaient des corps, des corps divins bien évidemment, entreposés là depuis des millénaires et n'attendant qu'à retrouver l'âme de leurs possesseurs, enfermés dans les urnes se trouvant dans la salle du trône.

A côté du caveau, il existait une entrée dérobée aux yeux de tous et que seul le maître des lieux connaissait, et pour cause, il était celui qui l'avait inventé.

Cette porte secrète donnait sur une multitude de couloirs sombres et bas, répulsants et où la moindre âme qui vivait déperissait en y jettant ne serait-ce qu'un simple coup d'oeil et pourtant... certaines personnes y vivaient. Plus parce qu'elles n'avaient pas de choix que parce qu'elles le désiraient comme on pouvait s'en douter.

Des dizaines de portes parcouraient ce dédale souterrain, sorti de l'esprit malade de l'un des combattants de cette île. Nul ne pouvait prétendre s'en échapper; à moins que les gêoliers, sur ordre du maître incontesté, n'en ouvrent l'une des cellules.

Les murs étaient noirs de saleté, contrairement à l'allure superbe et divine que reflètait le temple se tenant au-dessus. La poussière s'était installée partout, comme la souffrance semblait imbiber le sol aux dalles inégales comme les murs de pierre indestructibles. Tout n'était que chaînes, sombre, obscure... et comment s'étonner après cela que les prisonniers retenus ici dépérissent souvent en moins de quelques heures?

Cependant, certaines personnes paraissaient plus résistantes que d'autres comme en témoignait le murure inaudible qui s'échappait de l'un des cachots de ce lieu sinistre...

* * *

-Pourquoi? répéta Camus de sa voix monocorde tandis que tout son visage gardait une attitude sérieuse et stoïque.

Mu passa une main dans ses cheveux et croisa ses bras sur sa poitrine alors que de nombreuses réflexions tournoyaient dans son esprit. Si Shaka avait déclaré qu'Athéna avait laissé Poséidon s'échapper, c'était probablement car il s'était fait une idée précise de la situation. Le chevalier du Bélier se tourna vers son compagnon dont les yeux clos ne pouvaient trahir la moindre émotion.

-Et bien, Shaka, qu'en penses-tu?

-A dire vrai, et au risque de vous étonner, je n'en sais guère plus que vous tous.

Saga et Kanon froncèrent les sourcils en un même geste et échangèrent un regard entendu. Comment était-il possible que le chevalier de la Vierge, qui avait laissé sous-entendre qu'Athéna avait délivré l'âme du dieu des Mers, et qui pouvait donc peut-être revenir, ne soit au courant de rien? Il avait forcément une opinion sur le sujet et il restait bien trop à réfélchir pour ne guère avoir eu le temps d'y penser.

Kanon fit un geste du menton à son frère pour l'encourager à lui murmurer ce qu'il pensait de cette affaire. Ce dernier se pencha vers l'oreille de son cadet avec discrétion.

-Mais que se passe-t-il? Tu ne trouves pas cela étrange que Shaka reste aussi étrangement muet? Je crois personnellement qu'il en sait plus qu'il ne veut nous le dire.

-Je ne te le fais pas dire, répliqua Kanon dans un souffle.

Ils relevèrent ensuite la tête, soudainement trop distraits par la complicité fraternelle qu'ils venaient soudainement de partager. Ce geste d'amitié, ils ne l'avaient pas eu l'un envers l'autre depuis des années... et il était si étrange de les voir le refaire après tant d'années de déchirement, de haine, puis de retrouvailles, même si ces dernières avaient été baignées dans le sang et la mort...

-Si Athéna a agi de cette façon, ce ne peut être que pour une bonne raison, trancha Shura alors qu'une flamme d'espoir, sans doute celle de revoir la déesse sur cette planète, brillait au fond de ses yeux.

-Nous n'en doutons pas, déclara Hyoga en approuvant le chevalier du Capricorne d'un claquement de doigts, simplement, cette histoire reste obscure. Je crois pour ma part qu'elle nous envoie Poséidon... comme pour... comment dire? Pour nous avertir.

-Mais de quoi? répliqua vivement Seiya. Elle ne nous enverrait jamais un ennemi.

-Un ennemi qui nous a sauvé la vie, le corrigea immédiatement Shun.

-Et sans qui nous ne nous serions jamais échappés des griffes de la mort elle-même, déclara une voix qui résonna contre tous les murs de la salle alors que la température ambiante venait soudainement de monter de plusieurs degrés.

Toutes les voix se turent et chacun chercha rapidement du regard qui venait de prononcer cette phrase... alors, les portes s'ouvrirent avec fracas pour laisser entrevoir une silhouette sombre et pourtant familière.

Le chevalier Phoenix venait d'arriver dans le Chambre Sacrée.

* * *

Rhadamanthe se tenait debout, au milieu du jardin de Mélios qu'il commençait finalement à considérer, du moins juste un peu, comme le sien.

Il se souvenait à présent de son enfance douloureuse, de son adolescence mouvementée et devinait lentement la forme d'un château s'élevant dans le ciel obscur d'une fin d'après-midi qu'il avait vécu.

Mais qui pouvait bien habiter cette demeure? Et à qui appartenaient ces voix que son esprit avait fait revivre pour quelques instants, comme pour lui permettre de retrouver le chemin de sa mémoire.

Il s'assit sur un muret de pierre qui brodait les limites de la propriété du paysan et esquissa un lent sourire presque carnassier. Il se sentait plus fort d'heure en heure. Etrangement, il n'avait jamais douté du fait qu'il retrouverait un jour ses souvenirs dont l'absence le hantait plus que tout... mais jamais il ne s'était senti aussi prêt de toucher à son but.

Il regarda pendant plusieurs minutes les ombres de la nuit dissiper les couleurs vives du crépuscule et se fondre dans le paysage. IL aurait aimé ce spectacle, IL aurait aimé voir les ombres prendre possession de chaque chose, faire siennes cette planète qu'IL avait tant convoité et qu'IL désirait probablement encore...

Mais de qui parlait-il? Quelle était cette personne qui l'avait dirigé et qu'il avait aveuglément servi?

Il secoua la tête et songeant soudainement qu'il n'avait plus peur de retrouver ce passé qui lui appartenait. Oui, c'était la peur de découvrir ce qu'il était réellement qui l'avait toujours empêché de reprendre en sa possession les clés de sa mémoire. Maintenant qu'il avait appris à se connaître lui-même, à retrouver son caractère, il comprenait qu'il n'était plus effrayé et prêt à entendre, à voir la vérité sur son propre compte.

Et c'est pourquoi il ne fut pas étonné alors que des centaines, des milliers d'images se déversaient dans son esprit commes les gouttes d'eau peuvent noyer la terre qu'elles abreuvent : le château maléfique, Rune à qui il avait déjà pensé une fois, la brune et glaciale Pandore, les deux autres juges de l'enfer Minos et Eaque, sa majesté Hadès, son combat d'avec Kanon... tout, tout trouvait enfin une justification qu'il n'avait que trop cherchée.

Alors, Rhadamanthe se leva lentement et s'attarda à regarder les étoiles apparaître lentement, la nuit recouvrir les cieux de sa sombre couverture tandis qu'Hypnos allait endormir les gens et peut-être les laisser glisser dans les bras de son frère, Thanatos.

Le juge esquissa un lent sourire, cette fois-ci plus paisible, moins féroce et il releva le menton en regardant droit devant lui, comme s'il saisissait enfin ce qu'il était réellement.

-Je suis Rhadamanthe du Wyvern.

Sa voix résonna étrangement dans le silence environnant.

-Je suis un Spectre.

* * *

-Nissan! s'écria Shun en se levant avec précipitation de sa chaise. Je savais que tu nous rejoindrais bientôt.

Ikki sourit à son cadet avant de lancer un bref coup de tête, en signe de salutation, vers les autres chevaliers avant de prendre place à la table, au côté de Hyoga qui laissait transparaître sa joie de le revoir.

Le chevalier du Cygne sentait d'ailleurs une présence tout aussi réconfortante à quelques pas de lui, celle de Camus...

-Je suppose que tu as entendu notre conversation Ikki, demanda Dohko pour s'assurer que le tardif arrivant étant en possession de toutes les informations.

Celui-ci hocha simplement la tête, toujours aussi silencieux.

-Si Athéna a laissé s'échapper Poséidon de son emprise, commença Aldébaran, c'est parce que nous pouvons avoir confiance en lui.

-Je pense qu'il a raison, renchérit Masque de Mort en haussant les épaules avec indifférence.

-Oui, je crois deviner les raisons de notre déesse, enchaîna Milo dont le cerveau n'avait cessé de fonctionner pendant que chacun exprimait ses opinions et qu'il gardait soigneusement les siennes dans l'attente de trouver une réponse valable. Je pense qu'elle l'a jugé digne de sa confiance et qu'elle l'a chargé d'une mission dont il n'a peut-être pas encore conscience.

Toute l'attention des combattants était maintenant accordée au chevalier du Scorpion.

-Il n'y a plus personne pour protéger la terre maintenant qu'Athéna a disparu et dans pareille situation, n'importe qui pourrait s'en emparer. Ainsi, notre déesse a décidé de charger Poséidon d'un travail qu'elle ne peut plus faire.

Des murmures approbatifs parcoururent la pièce tandis qu'Aiolia donnait une tape amicale, comme un signe de félicitation, à son ami Milo.

-Je crois que la réunion peut se terminer, nous discuterons de nouveau demain matin, conclut Dohko en faisant signe à chacun de se lever.

Le chevalier de la Balance secoua la tête, car ils comprenaient que chacun adhère à la théorie du gardien de la huitième maison du Zodiaque, et aurait lui-même aimé y croire cependant... c'était presque trop facile.

C'est à cet instant qu'il croisa le visage de Shaka, et ses yeux clos qui auraient laissé filtrer plus d'une information s'ils avaient été ouverts. Le chevalier de la Vierge avait un sourire presque amusé sur le visage, même si ses sourcils froncés trahissaient une certaine contrariété.

-Je reste un peu, murmura Saga à Kanon, alors que celui-ci se retirait.

Aphrodite et Masque de Mort ne bougèrent pas non plus de leur place tandis que tout le monde se disperssaient dans l'immense salle qui donnait sur les escaliers conduisant à la maison des Poissons.

Pendant quelques heures, tous les chevaliers avaient été réunis dans la même salle, tout ceux que l'on avait cru morts, de qui seul le souvenir était resté, s'étaient trouvés regroupés, à parler de l'avenir, de leur avenir qu'ils avaient souvent cru condamné.

Maintenant, ils étaient sereins, ils avaient tous saisis qu'ils existeraient un lendemain à chaque jour car ils avaient éxecuté, en revenant sur le sol du Domaine Sacré, leur Retour aux Sources.

* * *

Tout était immobile dans la salle, mais lui, dans son urne, rassemblait toutes les forces qui lui restaient. Il avait bien senti que là-bas, sur le Continent, dans le Sanctuaire de sa pire ennemie, avait été réuni pour la première fois depuis des années, la Roue du Zodiaque. Oui, les douze chevaliers d'or avaient été réunis dans une même pièce, en même temps que ces chevaliers de bronze qui avaient terrassé plus d'un dieu.

Et il n'était pas question qu'il reste ainsi, à ne rien faire. Pas après tant de millénaires, pas après ce qui était arrivé à Hadès, pour qui il éprouvait une affection particulière. Il se devait d'agir, de se montrer à la hauteur de sa réputation et de reprendre ce qui lui revenait de droit : le contrôle de la Terre.

Maintenant, il n'avait plus la moindre possibilité d'échouer. Quand ses guerriers se réveilleraient, ils seraient invincibles... après tant d'années de méditations, tant de siècles ou ils avaient pu concentrer leurs pouvoirs, comment aurait-il pu en être autrement?

Et puis, ses ambitions commençaient à le dévorer et il se sentait incapable d'une seconde de plus de patience. Il allait ensuite réveiller ses trois fidèles serviteurs et ensuite ses chevaliers. Oui... tel était son futur, cet avenir qu'il avait lentement échaffaudé durant son sommeil que chacun aurait voulu croire éternel.

Dans les prisons au dessous de son temple, il entendit soudainement une voix, la voix de cette personne qu'il avait enfermé des siècles auparavant hurler ce mot, ce nom :

-Athéna!

Et c'est ce qui lui donna la force nécessaire.

Et le sceau d'Athéna se mit à vaciller.


Fin.


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