Anibun

© 2000 par Seiiruika

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Un garçon blond courait très vite dans la forêt, se retournant de temps en temps effrayé de voir soudain quelqu'un apparaître de derrière un arbre. Un peu plus tôt, il avait entendu quelqu'un crier son nom. Il n'avait pas pensé qu'il aurait été découvert si rapidement. Ou bien peut-être quelqu'un l'avait dénoncé à un éducateur en disant qu'il s'était enfui. Cela ne le surprenait pas du tout. Personne ne l'aimait. Tout le monde avait essayé de l'humilier, lui l'étranger, le Gaijin. Il ne voulait pas être repris, alors il se mit à courir encore plus vite.

Après quelques minutes de course effrénée, il s'arrêta à bout de souffle et il regarda autour de lui tout en écoutant attentivement les bruits de la forêt. Les seuls sons qui lui parvenaient étaient son souffle et ses battements de coeur. Il avait peur que tout le monde puisse les entendre, donc il essaya de se calmer.

Il était fatigué, trop fatigué pour continuer à courir et à aller plus loin. Déjà, le soleil était en train de se coucher et dans les bois, la nuit était déjà là, oppressante certes, mais bien plus accueillante que l'endroit dont il venait juste de s'échapper. Son estomac grogna mais il n'y prêta pas attention. Il avait oublié de penser au problème de la nourriture, mais pour lui ce n'était pas l'essentiel. Il était libre.

'Libre!' son esprit cria avec force. Un bruissement de feuilles le fit se retourner brusquement et son coeur se mit à battre la chamade. Un renard déboula hors d'un buisson poursuivant un lapin et l'enfant aux cheveux blonds soupira rassuré. 'J'ai cru que c'était eux!' Il jeta un coup d'oeil autour de lui, silencieusement il se dirigea vers un arbre et rampa sous un buisson. Il était trop fatigué pour continuer. Il s'allongea et se mit en boule à la fois pour se protéger de la fraîcheur nocturne. Il ne sentait pas vraiment le froid. Dans son pays, avant qu'il ne vienne ici, il y était habitué. Il bailla et rentra sa tête dans les épaules jusqu'à ce qu'il prit la position foetale.

"Mama" il murmura dans une voix larmoyante. "Attends-moi. Je vais revenir près de toi." Sans retenue, des larmes roulèrent sur ses joues. Pourquoi les adultes ne le comprenaient pas? Il détestait ce pays. Ce n'était pas le sien. Il voulait retourner dans son immense pays qui était, il est vrai, dur et peu accueillant, mais c'était là qu'il avait vécu la plus grande partie de sa vie, jusqu'à cette tragédie. Ici, dans ce pays tellement étrange, il n'y avait personne pour l'aimer, personne pour le comprendre. Cela faisait maintenant près de trois mois qu'il était sujet aux humiliations, aux mauvais traitements, à la tristesse, à la solitude. Seuls quelques enfants lui avaient parlés mais c'était seulement pour lui cracher des injures ou pour l'exclure.

"Je veux retourner à la maison, Mama" murmura-t-il entre ses larmes. Il mit sa main sous son sweat-shirt. Ses doigts trouvèrent ce qu'il recherchait. Ils entourèrent l'objet et le garçon accentua sa prise quand il sentit le métal tiède. 'Mama...' Il ferma ses yeux bleus quand des souvenirs pénibles ressurgirent.

'Do Cvidanija, Hyoga. Do Cvidanija mon petit ange...'

Il frissonna et se pelotonna encore plus avant de s'endormir.

* * *

Le chant des oiseaux se faisait entendre. Des chants qui saluaient le soleil emplissaient la forêt. Les rayons d'un soleil nouveau traversèrent d'abord le feuillage des arbres puis celui des buissons. La chaleur se répandit sur la peau du garçon dont les cils battirent un peu. Il grogna et se tourna sur le côté pour faire disparaître cette sensation. Soudain, il ouvrit ses yeux et s'assit. Sa tête heurta les petites branches et il la frotta, dérangeant ses mèches blondes. Il regarda autour de lui, perdu.

L'enfant blond cligna des yeux et avec sa main gauche il frotta ses yeux pour dissiper le sommeil. Il se souvint d'avoir fui l'institution et se souvint de sa fatigue. Son ventre grogna et il le couvrit de ses mains pour l'empêcher de grogner encore. Il écouta un long moment et quand il fut rassuré qu'il n'y avait personne aux alentours, il sortit du buisson en rampant. Son estomac se manifesta encore une fois. "Désolé, je ne le peux pas" lui dit-il.

Il se leva et il observa avec attention les environs. Il ne savait pas où il était et où il devait aller. 'Le Japon est une île, donc je peux trouver un port en avançant droit devant moi!' Il plissa ses yeux bleu clair et il alla droit devant lui déterminé, sans jeter un seul regard derrière lui. 'J'espère qu'ils ne me rattraperont pas avant que j'ai atteint un port...'

Il marchait depuis un long moment, sa main appuyée sur son ventre comme si c'était une façon de le faire taire. Il avait faim, très faim. La seule chose que son estomac avait eu était l'eau d'une source qu'il avait trouvé ce matin. Il n'avait rien trouvé d'autre et il espérait trouver quelque chose rapidement, surtout un village. Au début du printemps il n'y avait rien à manger dans la forêt. Ses pas n'étaient plus aussi sûrs, tout tournait autour de lui et parfois il tombait quand un de ses pieds heurtaient une racine découverte ou une pierre ou bien encore quelque chose d'autre qui le faisait trébucher. Il s'était arrêté plusieurs fois pour se reposer, mais la sensation de vertige ne le quittait pas.

Il soupira et s'arrêta pour regarder le ciel et le soleil. Mais la canopée de la forêt les cachait. Il plissa ses yeux quand il vit les rayons de l'astre solaire traverser le feuillage des arbres devant lui. "L'ouest" murmura-t-il pour lui même sachant que cela faisait un bon moment que l'après-midi avait commencé. "Où aller?" se demanda-t-il à haute voix. Il haussa les épaules et agita son bras devant son visage.

Un bruit lui parvint. Ce n'était pas un bruit de la forêt. Depuis ce matin il avait appris à les reconnaître. Les bois étaient pleins de bruit, mais étaient en même temps si calme qu'il se sentait apaisé. Il avait aussi pensé à sa mère, se demandant si elle aussi avait une fois connue les bois pleins de vie. Peut-être dans la taïga même si la vie n'était pas aussi abondante. Il écouta attentivement. Il n'entendit rien. La forêt était calme...

Un bruit et son coeur se mit à battre plus rapidement et plus fort et qui plus est avant qu'il ait reconnu la nature de ce bruit. Avant qu'il eut conscience de ce qu'il faisait, il tait en train de courir. 'Un chien!' Il entendit encore l'aboiement d'un chien qui était plus près. Le son venait de derrière et il tourna la tête pour être sûr que ces oreilles ne lui jouaient pas des tours. Mais il ne vit rien mais ses instincts lui hurlaient de courir aussi longtemps qu'il le pouvait. Il entendit un aboiement, puis un autre. Il comprit qu'il y avait plusieurs chiens à ses trousses.

Il n'hésita pas et il fonça droit devant lui, déterminé à échapper à ses poursuivants. Il courut pendant plusieurs minutes tout en écoutant attentivement, en respirant laborieusement, alors qu'une douleur dans son flanc le fit souffrir. Il grimaça de douleur mais il ne s'arrêta pas. Au lieu de cela, il accéléra sa course. 'Non!' son esprit cria quand il réalisa que les chiens n'étaient pas très loin derrière lui et qu'il pouvait maintenant entendre des voix d'homme.

"Il est là!"

"On va rattraper ce sale môme!"

"Dépêchez-vous!"

"Il n'est pas loin!"

Le coeur du garçon s'affola et il se força à regarder devant lui tout en essayant de ne pas entendre les voix. Les chiens étaient juste derrière lui. Il n'avait pas besoin de regarder par-dessus son épaule pour en avoir la confirmation. Il pouvait les entendre. Il trébucha mais à la dernière seconde, il parvint à conserver son équilibre et continua sa course effrénée. Plusieurs fois, un de ses pieds avaient heurté ou bien une pierre ou une racine, ou bien alors l'enfant glissait sur le sol inégal. De plus, il avait de plus en plus de difficulté à respirer et son point de côté le faisait terriblement souffrir. 'Je dois continuer' son esprit cria. 'Je dois continuer! Je dois continuer je dois continuer je dois continuer je dois continuer je dois continuer je dois con...'

Son pied droit se prit dans une racine et avec son élan, il fut projeté en avant dévalant la pente sans aucun espoir de s'arrêter. Il essaya de protéger sa tête et il continua à dévaler le flanc de la butte. Soudain quelque chose stoppa sa descente. Son dos heurta quelque chose de très dur. Il essaya de s'asseoir mais il ne put réussir à la première tentative. Il essaya encore une fois et il gémit de douleur. Il ouvrit un oeil, il regarda rapidement autour de lui et il vit que c'était un arbre qui avait stoppé sa chute. S'adossant au tronc, il se leva avec difficulté et il fit deux pas avant d'entendre les chiens s'approcher.

'Non!' son esprit cria alors qu'il faisait un geste pour courir. Mais il s'arrêta net quand son corps ne lui répondit pas. Ses jambes ne le supportant plus, il tomba et il prit conscience d'une douleur dans sa cheville droite. Il lui jeta un regard et il grimaça de douleur quand il essaya de la bouger. Il se leva de nouveau mais il souffrait tellement que sa tête lui tourne et il tomba sur ses genoux. Il entendit les chiens derrière lui se leva d'un bond. Il ouvrit la bouche quand la douleur traversa son corps de part en part. Aucun son ne sortit de sa bouche et ses yeux bleu pareil à un glacier s'emplirent de larmes. Il réussit à sautiller mais il s'arrêta très vite quand il aperçut un chien en face de lui. Lentement il tourna de l'autre côté et en vit un autre. Il avala sa salive avec difficulté et de colère, il serra les poings. Il dénombra cinq chiens qui l'entouraient. Tout doucement, il recula, et l'arbre qui avait stoppé sa chute le bloqua.

Le garçon aux cheveux blonds ne bougea pas. Il lançait juste des coups d'oeil à gauche et à droite avant de recommencer, surveillant les chiens qui en grognant et menaçant montraient les crocs. L'enfant se mordit la lèvre lorsque la douleur traversa de nouveau son corps. Sa cheville le faisait souffrir et son dos était meurtri.

"Ils l'ont rattrapé!" cria quelqu'un.

"Ce n'est pas trop tôt!"

"En tout, il nous aura fait courir celui-là!"

Le garçon trembla quand il entendit les hommes se rapprocher. Il avait perdu, tout perdu. Un des dobermans se tassa et bondit sur l'enfant. Le petit garçon recula mais le tronc l'empêcha de bouger comme il le désirait et le chien planta ses crocs dans la cuisse droite de l'enfant. L'enfant ouvrit grands ses yeux et hurla. Mais le chien continua d'enfoncer ses crocs dans la chair. L'enfant hurla de plus belle et ses yeux d'un bleu très clair s'emplirent de larmes.

"Ça suffit Inuchi!" hurla un homme qui se tenait en face du garçon. "Je crois qu'il a compris!"

Le chien relâcha sa prise et toujours grognant, il retourna près de l'homme qui avait aboyé l'ordre de le relâcher. L'enfant s'effondra et se tint la cuisse quand il vit le sang s'écouler de la morsure. Il grimaça de douleur et baissa la tête. Un autre homme s'approcha de lui et sans douceur, il le força à se mettre debout avant de le gifler plusieurs fois.

"Tu nous as fais courir sale gosse!" vociféra-t-il en continuant de le frapper.

L'enfant se mordit les lèvres avec force pour ne pas pleurer. Il ne voulait pas que ces hommes pensent qu'il était faible. Il voulait leur prouver qu'il était fort. Il voulait se prouver qu'il était fort. Mais un coup de poing atterrit sur son nez et le garçon eut la tête qui tourna. Il gémit doucement et tout devint noir. 'Mama!'

* * *

Quelque chose de froid contre la peau du garçon le fit bouger. Ses paupières battirent un peu. Il grogna. 'Mama...' dit-il dans un murmure. Il ouvrit lentement ses yeux et il cligna des yeux. Il les ferma et les rouvrit de nouveau. Il regarda droit devant lui le mur gris. Il essaya de se lever et cria de douleur. Sa cuisse droite le faisait horriblement souffrir. La douleur lui fit se souvenir de sa fuite et la fin de celle-ci. Il se rappela également le chien mordant sa cuisse droite.

Il baissa les yeux et s'aperçut qu'il avait de nouveaux vêtements. La douleur traversa sa jambe et il passa doucement sa main sur le pantalon à l'endroit où se trouvait la blessure. Il pouvait sentir le bandage à travers le tissu. Il porta son regard sur sa cheville droite. Elle était enflée et il vit qu'elle était bandée. Tout en essayant d'oublier la douleur, l'enfant regarda autour de lui et sut où il était. Des murs gris l'entouraient, et seule une petite fenêtre laisser passer un peu de lumière dans cette pièce sombre. La cellule d'exclusion. Il la connaissait très bien pour y avoir passer de très nombreuses heures à l'intérieur. Il grogna de colère.

'Depuis quand suis-je ici?' se demanda-t-il en s'asseyant avec précaution sur le sol pour ne pas raviver la douleur. Il ne savait pas. Il vit un pichet rempli d'eau et il se mit sur les genoux. Il était maintenant conscient qu'il avait soif. Il essaya de se lever mais il n'y arriva qu'après une douzaine de tentatives. Il boita jusqu'à la jarre et en but le contenu. Il le posa et sa jambe droite se mit à trembler.

L'enfant réussit à aller près du lit et s'écroula dessus complètement épuisé. Il n'avait pas mangé depuis un jour ou deux se dit-il, et sa jambe droite ne pouvait plus supporter son poids pendant un long moment. Il gémit quand sa cuisse heurta le matelas. Ses paupières devinrent lourdes et lentement se fermèrent.

* * *

Un bruit ressemblant à un grincement agressa ses tympans. Le garçon essaya de sortir des brumes du sommeil sans rêves dans lequel il était plongé. Il grogna et fit un réel effort pour ouvrir les yeux. Pendant quelques secondes il ne put arrêter son regard sur quelque chose puis enfin il distingua une ombre près de lui. Il leva un peu la tête et reconnut un des éducateurs qui plaçait quelque chose près de lui.

"Voici ton repas" lui dit-il. "Trois jours sans manger t'aura certainement fait réfléchir!"

Le garçon ne répondit pas et s'assit sur le lit regardant du coin de l'oeil l'éducateur s'asseoir près de lui. Sans douceur, il prit la jambe de l'enfant et changea le bandage. "Baka! Comment as-tu eu la prétention de t'échapper de l'orphelinat, Hyoga?" Il noua la bande et fixa le garçon. "Tu es au Japon! Je ne sais pas quelle fut ton éducation en Russie, mais elle était mauvaise! Ta mère était certainement incapable de t'éduquer et de t'élever!"

De colère, les yeux de Hyoga se plissèrent. Il serra ses poings et repoussa l'homme, ne tolérant pas ses paroles et ne supportant pas qu'il le touche. "Vous n'avez pas le droit de dire ça! Mama était douce et gentille. Elle m'aime! Laissez-moi retourner dans mon pays!"

"Fu! Ici tu ne dois pas parler en russe!" L'enfant lui jeta un regard noir. "Il est inutile de monter sur tes grands chevaux, Hyoga!" L'éducateur se dirigea vers la porte et l'entrouvrit. Il se retourna pour faire face à l'enfant. "De toute façon, tu ne vas pas rester ici longtemps." Sur ces paroles, l'homme sortit et ferma violemment la porte.

Hyoga fixa la porte un long moment et lorsqu'il fut sûr que l'éducateur ne reviendrait pas, il soupira rassuré. Il baissa la tête. "Ne pas rester là longtemps?" se demanda-t-il à voix haute. "Que voulait il dire par là? Je ne vais pas rester dans la cellule d'exclusion? Ou bien dans cet orphelinat?" Le garçon soupira et il passa sa main sur son torse jusqu'à ce qu'il trouva ce qu'il recherchait. Il le serra. "Mama, je t'en prie, aide-moi... Je vous en prie mon Dieu! Aidez-moi à retourner en Russie..." Il s'allongea et se tourna vers le mur. Son front toucha le ciment froid mais il ne fit pas attention à ce détail. L'obscurité le prit par surprise.

* * *

Hyoga se raidit quand il entendit la clé tourner dans la serrure. La porte métallique s'ouvrit en grinçant et l'enfant cligna des yeux quand les rayons du soleil agressèrent ses pupilles. Il mit son bras droit devant son front pour offrir une relative protection à ses yeux.

"Sors de là, Hyoga!" beugla l'éducateur qui depuis trois jours venait pour lui apporter à manger et pour changer le bandage de la cuisse. L'enfant répondit par un grognement mais ne bougea pas tant que ses yeux ne s'étaient pas habitués à la lumière qui se répandait dans la pièce. "Es-tu sourd?" cria impatiemment l'homme en entrant dans la pièce.

L'enfant aux cheveux blonds leva la tête en direction de l'homme qui prit violemment le bras gauche de l'enfant et le fit se lever avant de le tirer derrière lui. Hyoga tenta de l'allure rapide de l'éducateur mais il avait de réelles difficultés à le faire. Ses jambes étaient trop petites et sa jambe droite le faisait toujours souffrir. Alors, ce fut en boitant et perdant son équilibre tous les trois pas que le garçon blond suivit l'homme.

Ils marchèrent un long moment et quand ils arrivèrent en vue de la grande maison où tous les orphelins des environs se trouvaient, l'éducateur changea de direction. Il n'alla pas dans la chambre que le Russe partageait avec cinq autres enfants. Ils allèrent à gauche, en direction du bureau du directeur. Le visage de Hyoga resta inexpressif. Il savait qu'il allait lui faire la morale après avoir crié. Ils s'arrêtèrent devant une porte en bois et l'éducateur frappa trois coups sur le battant.

Une réponse étouffée se fit entendre et l'homme ouvrit la porte. Il poussa rudement Hyoga à l'intérieur puis ferma la porte derrière lui. Il poussa encore une fois l'enfant et le Russe se retrouva au centre du bureau. Il voulut se retourner et lancer un regard noir à l'éducateur mais il s'immobilisa. Il vit le directeur le regarder durement et il s'aperçut qu'il n'était pas seul. Dans la pièce, se trouvaient deux hommes habillés en noirs et portant des lunettes noires.

Hyoga plissa légèrement les yeux. Il ne connaissait pas ces hommes. Leur apparence ne lui disait rien qui vaille et il se tourna vers le directeur prêt à être sermonné, décidant que ces deux hommes étranges n'étaient pas là pour lui.

Le directeur lui jeta juste un coup d'oeil puis il dirigea son regard vers les hommes en noir. "C'est le garçon dont je vous ai parlé." Un des hommes étranges, le plus grand, se tourna vers lui. "Hyoga a du sang russe dans ses veines. Il y a quelques mois, le bateau à bord duquel il voyageait coula dans la mer de Sibérie de l'Est. Sa mère est morte lors du naufrage. Il a été recueilli par un cargo japonais qui la laissé à Hokkaido."

"Et?"

"Il a été un fauteur de trouble dans l'orphelinat où il avait été placé à Hokkaido, alors les responsables l'ont envoyé à Honshu. Mais là aussi il a été un fauteur de troubles. Il a été envoyé ici. Mais sa tentative d'évasion et tous les actes qu'il a commis dans les autres orphelinats m'a décidé à faire appel à la Fondation Graude." Le directeur se leva et se dirigea vers la fenêtre. "Je sais que la Fondation Graude a une structure spéciale qui accueillent des enfants aussi difficiles que lui."

"La Fondation Graude a admis cet enfant, alors..."

"Michiyama! Amène Hyoga dans sa chambre et aide le à rassembler ses affaires!"

"Très bien." L'éducateur se tourna vers Hyoga et lui montra la porte. L'enfant dirigea son regard sur le directeur puis sur les hommes étranges et enfin sur Michiyama. "Vas-tu obéir?" cria presque l'éducateur. Il prit le bras de l'enfant et le traîna derrière lui.

"Comprend-t-il le japonais?" demanda un des hommes étrange.

"Un peu" révéla le directeur. "Sa mère et lui était en route pour le Japon quand le naufrage s'est produit. Son père est japonais. Je pense qu'ils sont venus au Japon juste pour voir le père du gamin, mais il était déjà mort. Si sa mère n'avait pas décidé de venir, elle ne serait pas morte, c'est sûr..."

Hyoga voulut se retourner et crier quelque chose au directeur mais la porte se referma et il fixa porte en bois. Michiyama le tira et Hyoga fut forcé de le suivre. 'La fondation Graude?' pensa-t-il. 'Qu'est-ce que c'est? Une institution pour enfants difficiles?'

"Rentre Hyoga et prépare tes affaires!" L'enfant obéit mais lentement et se dirigea vers le coin le plus éloigné de la chambre où ses affaires se trouvaient. "Dépêche toi! Ils t'attendent!"

Hyoga jeta un coup d'oeil à l'éducateur et mit ses affaires dans son sac. Il ne possédait pas grand chose comme tous les orphelins d'ailleurs, mais il prit son temps, juste pour ennuyer Michiyama. 'La Fondation Graude? Ce nom me dit quelque chose...' Il releva un petit peu la tête lorsqu'il trouva la réponse. 'Mama m'a parlé de cette grosse compagnie... Mais pourquoi vais-je là-bas?'

"Hayaku Hyoga! La route est longue jusqu'à Tokyo!"

Surpris, Hyoga se tourna vers l'éducateur et le regarda. "To...Tokyo?!" demanda-t-il.

"Oui tu vas à Tokyo! Là-bas tu ne seras plus aussi libre que tu étais ici! La Fondation Graude va te mater, crois-moi!" Il baissa les yeux sur le sac. "Tu as fini?" Le garçon ne répondit pas. L'éducateur prit le sac et poussa Hyoga hors de la chambre.

Alors qu'il faisait route vers le bureau, Hyoga repensa à ce qu'il avait appris. 'Tokyo! Je vais aller à Tokyo! Il y a un port là-bas! Cela sera plus facile pour moi de retourner en Russie, de rejoindre Mama! Oh oui je suis content d'aller à Tokyo!' Un sourire de contentement apparut sur ses lèvres et il leva son regard en direction de l'éducateur qui tournait la poignée de la porte du bureau. Il fit disparaître son sourire satisfait et entra dans la pièce.

"Voici son dossier. Faites de lui ce que vous voulez" le directeur dit en jetant un coup d'oeil au garçon. "Nous ne sommes plus responsables de ce qu'il pourra faire à partir de maintenant. J'espère que tu parviendras à améliorer ton caractère, Hyoga."

L'enfant aux cheveux blonds fixa le directeur et malgré lui, l'homme eut un frisson. Il n'aimait pas ces yeux si clairs dont la couleur rappelait celui d'un glacier qui le fixaient sans aucune émotion. Il avala sa salive et se tourna vers les hommes de la Fondation Graude. "Vous pouvez l'emmener maintenant. Le plus tôt sera le mieux. Les deux hommes acquiescèrent. "Michiyama raccompagne les jusqu'à la voiture. Bonne chance, Hyoga."

Hyoga ne dit rien et avant que Michiyama le poussa hors du bureau, il suivit les deux hommes. Il était soulagé de quitter cet endroit, surtout maintenant qu'il savait où il allait. Un endroit où il serait plus facile pour lui de retourner en Russie, son pays l'attendait. Son pied droit heurta le pied d'une chaise et il grimaça de douleur. Il avait complètement oublié sa blessure. Maintenant, la douleur s'était réveillé à cause du choc et il avait mal. 'Je ferais mieux d'attendre un peu avant de m'enfuir, je vais attendre jusqu'à ce que ma jambe aille mieux.'

L'éducateur s'arrêta sous le porche et il baissa les yeux sur l'enfant. Il ne dit rien et il regarda les deux hommes qui se dirigèrent vers la grosse voiture noire. Ils parlèrent quelques instant avec le chauffeur et le plus grand se tourna vers Hyoga. "Viens" commanda-t-il laconiquement.

Sans aucune hésitation le garçon obéit et ne regarda pas derrière lui. Il monta dans la voiture et s'assit sur le siège arrière, au milieu. "Désires-tu dire au revoir?" demanda le deuxième homme. Hyoga ne leur accorda pas un seul regard, ni aux hommes, ni à l'éducateur. Voyant la réaction de l'enfant, les hommes montèrent en voiture et encadrèrent le garçon. Ils firent un petit geste et la voiture démarra.

Entre les deux hommes, Hyoga resta de marbre et ne cligna pas une seule fois ses yeux quand la voiture démarra. Il ne regarda pas en arrière. Il ne regarda pas l'institution qui devenait minuscule à mesure que la voiture s'éloigna. Il y avait vécu quinze jours mais c'était quinze jours horribles. Cela avait été la même chose pour les deux autres orphelinats qu'il avait fréquenté. Il se dirigeait maintenant vers une autre prison, et en voyant les hommes avec qui il voyageait, elle semblait plus terrible que les précédentes. Il regarda droit devant lui, ses yeux rivés sur un sombre avenir, essayant de trouver un moyen d'échapper à son destin.

Le voyage dura une bonne partie de la journée et Hyoga n'avait pas prononcé un seul mot. Les hommes silencieux près de lui, le ronronnement du moteur et longueur du voyage firent qu'il somnola un peu. Après midi, ils s'arrêtèrent pour manger dans un snack avant de reprendre leur route.

Plusieurs fois Hyoga avait essayé de regarder le paysage par la fenêtre du véhicule mais les deux hommes étaient trop grands pour qu'il puisse apercevoir quelque chose. Il cessa alors de se dandiner et il ferma ses yeux tout en se demandant ce qu'il allait trouver à la Fondation Graude.

Le soleil se coucha à l'ouest dans une explosion de couleurs chaudes, dans toute la palette des rouges et des jaunes quand Hyoga remarqua un léger changement dans l'attitude des hommes qui l'entouraient. Il regarda devant lui et vit la voiture franchir un monumental portail et continuer jusqu'à ce qu'elle atteigne une grande maison semblable à un château.

L'enfant blond écarquilla ses yeux surpris de voir ça ici mais aussi complètement perdu alors qu'il s'attendait à trouver une autre misérable institution. Il avala sa salive et resta assis incapable de bouger, contemplant l'énorme résidence. Il fut à peine conscient des hommes descendant du véhicule et d'un autre s'approchant d'eux. Ils parlèrent un moment pendant que l'homme qui était assis à sa droite pendant le voyage tira le garçon hors de la voiture.

"Non, Tokumaru-san n'est pas ici pour l'instant. Il doit revenir plus tard."

"Nous avons amené le nouvel enfant."

L'homme à la chevelure grise se tourna légèrement la tête vers l'enfant et le toisa de haut en bas. "Je vais aller demander à Kurada-san de s'occuper de cela." Il rentra dans la demeure et quelques minutes après, un homme aux cheveux et aux yeux bruns sortit et fit un geste aux hommes, l'enjoignant de le suivre.

"Alors c'est le nouveau?" demanda Kurada en jetant un regard sur l'enfant. Les deux hommes en noirs ne répondirent pas. "Son nom?"

"Hyoga" répondit celui qui était à la gauche de l'enfant.

"Hyoga?" demanda surpris Kurada. "Un nom japonais pour un Gaijin?"

"Un konketsu" répondit le même homme.

Kurada vit que le garçon jetait de fréquents coups d'oeil à l'imposante maison. "Mitsumasa Kido-sama et sa petite-fille vivent dans cette maison" lui dit-il dans un ton qui se voulait intimidant. "Toi, tu vas vivre avec les autres dans une maison pas très loin. Tu dois respecter les règles de cet endroit que nous allons t'enseigner! Voici la première: Ne pénètre jamais dans cette maison sans en être autorisé. As tu compris?"

L'enfant leva juste la tête à l'interlocuteur, mais ne répondit pas. Kurada se sentit mal à l'aise lorsqu'il vit les yeux, couleur bleu clair, qui lui rendaient son regard. Il dirigea son regard vers l'un des hommes. "Parle-t-il japonais?"

"Sukoshi. Mais il le comprend, enfin, je crois."

"Bon, on verra ça plus tard avec Tokumaru-san."

L'enfant suivit les trois hommes et tout en jetant des coups d'oeil à gauche et à droite pour mémoriser les lieux, il serra les poignées de son sac. Il avait très vite appris qu'il fallait toujours prendre des repères, surtout en Sibérie, et que cela se révélait toujours très utile et cela l'avait beaucoup aidé jusqu'à maintenant. De plus, cette faculté lui permettait de développer sa mémoire. Ils longèrent un chemin et passèrent près un important bâtiment.

"C'est le gymnase" Kurada dit avec froideur. "C'est là que tu t'entraîneras avec les autres à partir de demain."

Hyoga cligna les yeux. 'Un gymnase? M'entraîner?' se demanda-t-il perplexe. Mais il ne montra ni son étonnement ni sa perplexité et continua à boiter légèrement derrière les hommes qui continuaient à avancer sans montrer une seule fois un regard de compassion pour son 'infirmité'. Ils marchèrent encore un moment et enfin s'arrêtèrent devant une maison.

"C'est là que tu vas désormais vivre." Kurada ouvrit la porte et entra. Hyoga resta dehors observant les environs mais un des hommes le poussa à l'intérieur. "Les autres sont certainement en train de manger. Tu vas bientôt les rejoindre."

Quelqu'un s'approcha de l'homme brun. "Kurada-san?"

"C'est le nouveau" répondit-il en désignant avec son pouce l'enfant. "Tokumaru-san n'est pas là actuellement, mais il va certainement revenir bientôt. Il voudra le voir. Dis lui le règlement Yamada!" Et sans attendre que l'homme lui réponde, il tourna les talons et se dirigea vers la porte, laissant le garçon avec les deux hommes en noirs et Yamada.

Hyoga ne bougea pas d'un muscle. Tout était nouveau pour lui, comme toujours depuis qu'il était envoyé d'orphelinat en orphelinat, mais ici il pouvait ressentir quelque de chose de plus, quelque chose de vraiment stressant et inquiétant. Ses paupières papillonnèrent quand Yamada parla. "Son nom?"

"Hyoga" lui répondit un homme en noir.

L'autre personne ne fit aucun commentaires sur le nom contrairement aux autres. Il étudia le garçon pendant un moment puis tira de sa poche un bout de papier. Il le lut rapidement et hocha la tête. "Oui, Hyoga. Mais je croyais qu'il ne devait arriver que dans deux jours..." commenta Yamada pendant qu'il se tourna vers l'homme qui lui avait répondu.

"L'institution ne voulait plus le garder un jour de plus. D'après ce que nous savons, il a causé pas mal d'ennuis dans cet orphelinat ainsi que dans les deux précédents."

"Une forte tête. Comme certains ici." Il se tut un instant et réfléchit. "Suis moi petit! Essaie de repérer les lieux. Tu vas poser ton sac dans la chambre que tu partageras avec trois autres enfants ensuite tu iras manger."

Hyoga ne répondit pas et ne fit aucun mouvement signifiant qu'il avait compris. Depuis qu'il était arrivé au Japon, c'était un petit jeu auquel il adorait jouer. Les adultes et les enfants ne savaient pas qu'il comprenait la langue japonaise. Sa mère le lui avait enseigné, mais il avait de véritables lacunes en ce qui concernait la lecture et l'écriture. Il resta à la même place patientant.

Yamada s'arrêta et se retourna vers Hyoga. "As-tu compris?" Un des hommes le poussa en avant et l'enfant blond perdit l'équilibre. Il le retrouva à la dernière seconde. Puis lentement, il suivit Yamada. Après quelques minutes où ils avaient parcouru plusieurs couloirs et monté plusieurs escaliers, ils s'arrêtèrent en face d'une porte et l'homme l'ouvrit.

En regardant par la fenêtre qui faisait face à la porte, Hyoga s'aperçut que la nuit était presque là et que le ciel virait lentement du gris clair au gris foncé. Yamada éclaira la pièce et Hyoga cligna des yeux face à la soudaine clarté. Lorsque ses yeux furent habitués à la lumière, il vit quatre lits, deux à sa droite et deux à sa gauche. La chambre était seulement fournie en quelques meubles, la plupart utilitaires. Il se rendit compte qu'il n'y avait personne.

"A partir de maintenant, ce sera ta chambre. Tu la partages avec trois autres enfants. Ils ne sont pas là maintenant, ils sont au réfectoire. Tu vas bientôt les rencontrer. Pose ton sac là" dit Yamada en lui montrant le lit à sa gauche, le plus proche de la porte.

Hyoga jeta un regard circulaire autour de lui et grâce à des petits détails, il s'aperçut que les autres lits étaient déjà occupés.

"Isogi!" cria Yamada en poussant Hyoga en direction du lit. Lentement, l'enfant posa son sac sur le lit et il se tourna vers le Japonais. "Maintenant viens avec moi! Nous allons au réfectoire." En soupirant, l'enfant obéit et Yamada ferma la porte derrière eux. "Après le dîner, on t'apprendra le règlement de cet endroit. Crois-moi, ici tu vas être mater tout comme on l'a fait avec d'autres fortes têtes!"

Ils parcoururent plusieurs couloirs et s'arrêtèrent en face d'une porte. Bien qu'elle soit close, le garçon blond pouvait entendre le tintement des couverts dans les assiettes et parfois il entendait quelqu'un dire quelque chose. Yamada ouvrit la porte. Tout devint silencieux.

"A partir de ce soir, vous avez un nouveau compagnon." Il entendit des voix et des murmures fuser de partout. "Silence!" cria-t-il. Tout le monde cessa de parler et de murmurer. Yamada inspecta de son regard toutes les tables et arrêta son regard sur l'une d'entre elles. Il n'était pas d'accord pour installer le nouveau avec ces fortes têtes, mais c'était le choix de Tokumaru-san. Deux fauteurs de troubles dans la même chambre promettaient des ennuis en perspective. "Ikki!" appela-t-il d'une voix forte.

Un garçon aux cheveux bleus leva la tête et regarda dans la direction de Yamada, intrigué. Pour une fois qu'il n'avait rien fait! "Tu es le plus âgé de ta chambre. C'est donc toi qui t'occuperas du nouveau." Le garçon ne répondit rien et continua de fixer le responsable direct des orphelins. Yamada tourna la tête de droite à gauche cherchant quelqu'un. "Où est-il?" demanda-t-il déjà exaspéré par l'attitude du nouveau. Il vit le garçon blond qui attendait à l'extérieur, dans le couloir et qui regardait par la fenêtre. Il fronça les sourcils. "Viens ici!" ordonna-t-il.

Il n'y eut aucune réponse.

Yamada fit un geste et un des hommes près de Hyoga prirent son bras et le tira à l'intérieur du réfectoire. Ils s'arrêtèrent sur le pas de la porte. Il lui fit signe d'entrer mais Hyoga ne bougea pas et le garde du corps le poussa brutalement à l'intérieur. Sa jambe droite le fit souffrir lorsqu'il entra maladroitement et il perdit l'équilibre. La tête basse et humilié, il tenta de retrouver son équilibre. Il s'arrêta en face de Yamada. "Amenez-le à sa table!" L'homme regarda autour de lui. "Vous autres, continuez à manger et en silence!" Après un dernier regard au garde du corps poussant le garçon devant lui, il sortit.

Les autres enfants avaient pratiquement fini leur repas. Le nouveau marcha lentement, poussé de temps en temps par l'homme en noir jusqu'à la table où il s'assit sans jeter un regard autour de lui. Il prit de la nourriture dans son assiette, conscient que tout le monde l'observait en silence. Il n'y avait aucun son dans le réfectoire, seul un silence pesant y régner. Hyoga pouvait sentir le regard des autres. Il savait qu'il semblait étrange aux regards des autres enfants. Cela avait été la même chose dans les trois autres institutions. Il se mordit l'intérieur de sa bouche pour ne pas crier aux autres de le laisser tranquille.

'Qu'est ce que vous regardez! Je ne suis pas un animal!' voulut-il leur crier mais il resta silencieux, ravalant sa colère et l'humiliation qu'il venait de subir. 'De toute façon,' il pensa, 'je ne vais pas rester ici très longtemps...' Il prit une bouchée de ce qui se trouvait dans son plat et fit la grimace. Il posa sa fourchette et attendit que les autres finissent cette horrible mixture tout en se demandant comment ils pouvaient avaler cette chose aussi infecte.

Le dîner arriva enfin à son terme et ceux qui étaient de corvée de nettoyage étaient en train de rassembler les couverts et les assiettes. Les autres se levèrent et se rassemblèrent pour sortir du réfectoire. Yamada revint et désigna Hyoga à quelqu'un. Celui-ci s'approcha de l'enfant et le poussa vers le responsable. Le garçon blond boita jusqu'à la porte sous les yeux de ceux qui étaient toujours présents. Il entendit des chuchotements mais resta de marbre et suivit Yamada hors de la pièce puis hors de la maison.

"Dépêche-toi! Tu es attendu par Tokumaru-san!"

Hyoga continua de marcher en traînant sa jambe tout en se demandant qui était ce fameux Tokumaru. Il avait l'impression que c'était quelqu'un d'important et qu'il était craint, du moins par ceux qu'il avait rencontrés jusqu'à présent. Malgré l'obscurité, il se rendit compte qu'ils se dirigeaient vers la grande demeure.

Yamada s'arrêta seulement à la porte pour attendre que l'enfant le rejoigne avant d'entrer. Il se dirigea en direction d'une pièce sans la moindre hésitation. Il frappa au battant. "L'enfant est là, Tokumaru-san" annonça-t-il.

"Entrez" ordonna une voix grave et froide.

Yamada ouvrit la porte et fit signe à Hyoga de rentrer. L'enfant obéit et jeta un regard rapide autour de lui pour reconnaître les lieux. Il vit qu'il se trouvait dans un bureau. Derrière une pile de papiers, un homme à la peau mat et chauve était en train de lire des documents.

L'homme leva les yeux des papiers quand il entendit la porte se refermer. Ses yeux noirs tombèrent sur l'enfant blond qui tout en attendant le fixait ouvertement. Il plissa les yeux et en prenant un dossier sur la pile, se leva. Il l'ouvrit et commença à le lire. "Alors c'est lui Hyoga..." dit-il en faisant halte près de l'enfant et le toisant de haut en bas. "Konketsu?" remarqua-t-il. "Il a un nom japonais..." Il poursuivit la lecture du dossier. "Russe..." Il leva les yeux et se tourna vers un homme habillé en noir.

Hyoga était surpris de le voir ici. Il ne l'avait pas vu quand il était entré dans la pièce. Il reconnut le plus grand des hommes en noir qui l'avaient amené à Tokyo. Il ne dit rien et attendit en se demandant pourquoi il était ici.

"Il a vécu en Russie jusqu'à maintenant, est-ce qu'il comprend le japonais?"

"Un petit peu, d'après ce que le directeur de l'orphelinat nous a dit..."

"On verra ça demain. S'il ne peut le comprendre, il l'apprendra en plus de ce qui est prévu dans le programme." Tokumaru continua à lire. "Une forte tête à ce que je vois! Nous allons le prendre en main!"

"Tokumaru-san" commença Yamada. L'homme fixa son regard sur le responsable des enfants et lui permit de continuer. "Je pense que vous devriez le changer de chambre. Ikki est aussi une forte tête, il y aura des problèmes..."

"C'était la seule place qui restait vacante. De toute façon c'est le dernier. Qu'ils s'entredéchirent ou qu'ils s'entretuent s'ils le désirent, ce n'est pas mon problème."

Yamada voulut répliquer quelque chose mais il se tut gardant pour lui ce qu'il voulait dire à Tokumaru. Tatsumi baissa les yeux sur l'enfant qui le dévisagea en retour. "Je suis Tokumaru Tatsumi. C'est par moi que toutes les affaires externes ou internes de l'empire Kido passent. J'ai la confiance de Kido-sama. Dorénavant, tu vivras avec les autres enfants jusqu'à ce que tu sois envoyé dans un des différents camps pour devenir un Saint. Ici tu recevras une éducation dans tous les sens du terme. Demain je saurai ton niveau en japonais. Si ce n'est pas assez, alors en plus des tâches habituelles que tu auras à effectuer et ton entraînement pour devenir un Saint, tu auras des leçons intensives de japonais."

Hyoga ne répondit rien. Il continua de fixer de son regard inexpressif Tatsumi qui était en train de parler d'entraînements, de Saints. Il ne comprenait rien.

"Comme les autres, tu as été adopté par Kido-sama, mais cela ne te donne pas le droit de faire tout ce qu'il te plaît. Il t'est interdit de venir ici sans ma permission. Tu ne dois pas t'échapper. Tu ne dois pas me répondre insolemment... Yamada, continue."

Le responsable hocha la tête et se tourna vers l'enfant en se demandant s'il allait tout comprendre. "Tu dois te lever à six heures, en même temps que tes compagnons de chambre. Tu dois faire ton lit et nettoyer la chambre avec eux. Je te donnerai la liste des participations aux tâches. Elles changent toutes les semaines. Si l'un d'entre vous n'est pas présent sur le terrain de jeu à six heures et demie, tout le groupe sera puni. A cette heure-ci, l'entraînement commence. A huit heures c'est l'heure du petit déjeuner. Trente minutes plus tard, il y a classe pendant quatre heures. Ensuite c'est le déjeuner. A trois de l'après-midi de nouveau classes ou entraînements suivant le groupe où tu te trouves jusqu'à sept heures. Ensuite jusqu'à huit heures quartier libre. Puis dîner et enfin se sera l'heure d'aller se coucher. Le couvre feu est à neuf heures et demie."

Tatsumi acquiesça et il continua à expliquer tout ce que le Russe devait savoir. Hyoga étouffa un bâillement. Il était fatigué et avait de plus en plus de mal à rester éveiller et à suivre le flot de paroles du bras droit de Kido Mitsumasa. Tout s'embrouillait dans son esprit. Il voulait dormir. "Ça sera tout" Tatsumi déclara enfin après un long moment et se dirigea vers son bureau. "Je ne tolèrerai pas qu'il y ait des problèmes ici! Maintenant sors!"

Hyoga regarda l'homme chauve et Yamada le fit sortir. Ils retournèrent à l'endroit où se trouver les autres orphelins. A chaque pas qu'il faisait, Hyoga grimaçait de douleur. Il avait trop sollicité sa jambe blessée aujourd'hui et maintenant il avait du mal à suivre le responsable. Résolu à ne pas montrer sa douleur, il fit tout pour que son visage resta inexpressif. Lorsqu'il arrivèrent enfin dans le bâtiment, soulagé, l'enfant fut sur le point de soupirer. Il suivit le responsable passant longeant plusieurs couloirs avant de s'arrêter encore une fois devant une porte.

Le garçon blond se rendit compte qu'il y avait quatre noms collés près de la porte. Ils étaient écrits en kanji et il ne pouvait les déchiffrer.

"J'espère que tu as compris maintenant. C'est ta chambre. Et ça, c'est ton nom" lui dit Yamada en lui montrant le dernier nom de la liste. Il ouvrit la porte et poussa Hyoga à l'intérieur. Il éclaira la lumière et le garçon cligna des yeux.

Il se rendit compte que les trois enfants qui partageaient la chambre avec lui étaient déjà couchés, mais ils ne dormaient pas. Yamada leur lança un regard furieux. "Dépêche-toi de te changer! Quant à vous, dormez! Le couvre-feu est déjà passé!"

Le garçon blond alla jusqu'au lit et tourna le dos à ses compagnons de chambre. Il fouilla parmi ses affaires qui se trouvaient dans son sac et en particulier son pyjama. Il le prit et le posa sur le lit avant de poser son sac par terre près de du lit. Il ôta son tee-shirt puis son pantalon. Il sentit la croix qu'il portait autour de son cou bouger contre son ventre au rythme de ses mouvements et se sentit rassuré de la même façon que s'il était auprès de sa mère. Lentement, il passa ses doigts sur le bijou.

"Hayaku!" cria Yamada tirant Hyoga de sa rêverie.

Le garçon n'eut pas la force de se tourner vers lui et de lui lancer un regard noir. Il obéit et sans se retourner vers les autres enfants, se glissa dans le lit sa tête tournée vers le mur.

"Et que je ne vous entende pas!" avertit Yamada en jetant un dernier regard aux occupants de la chambre. Il éteignit la lumière et ferma la porte. Personne dans la chambre ne bougea ni ne parla. Juste une fois un des enfants tourna dans son lit mais il ne dit rien et se fut tout.

Hyoga laissa échapper un soupir silencieux. Il ferma les yeux mais il ne trouva as le sommeil qu'il désirait. Il était pourtant sur le point de s'endormir devant Tokumaru, tout à l'heure. Pourquoi n'arrivait il pas à trouver le sommeil dont il avait si besoin? C'était vrai que sa blessure à la cuisse droite le faisait souffrir mais ce n'était pas l'unique raison. Il était dans un nouvel environnement dont il ne savait rien. Depuis que sa mère était morte, il s'était toujours retrouver en présence d'étrangers qui ne le comprenaient pas, qui ne voulaient pas le comprendre, et les plus durs avec lui, étaient les enfants. L'appréhension qu'il avait d'être auprès de nouveaux enfants et apparemment auprès d'enfants difficiles si ce que le directeur du dernier orphelinat lui avait dit était vrai, était certainement la raison pour laquelle le sommeil le fuyait.

Il ouvrit les yeux et écouta les bruits de la chambre. Il pouvait entendre le souffle régulier de ses compagnons de chambres. Ils étaient endormis et ils n'avaient pas fait attention à lui. Il essaya de se remémorer ce que lui avait dit Tokumaru. 'Des Saints? Pour devenir un Saint? Un Saint comme ceux de la Bible? Mama m'a dit que les Saints étaient des créatures pures et qu'ils vivaient au ciel près de Dieu. Seuls ceux qui étaient bons et gentils dans leur vie deviennent des Saints quand ils meurent... Ils vont nous tuer?'

Hyoga frotta sa jambe droite. La perplexité le gagnait. 'Un entraînement? Quel genre d'entraînement? Mais que veux cette Fondation Graude? Pourquoi est-ce que je me soucis de ça? Je vais bientôt m'enfuir de cet endroit, une fois que ma jambe sera guérie! Je vais te rejoindre Mama! Attends moi!' Il ferma lentement ses yeux et décida de tout oublier pour accueillir le sommeil réparateur dont il avait besoin. Il eut l'impression de tomber dans un profond trou noir, mais il ne lutta pas contre cette sensation.

* * *

Un cri atteignit ses tympans. Puis un autre. Hyoga ouvrit lentement ses yeux et il entendit un autre cri.

"Niisan!" hurla un des garçons dans la chambre.

"Shun!" cria un autre qui se trouvait de l'autre côté de la chambre.

Quelqu'un alluma la lumière. Du coin de l'oeil, Hyoga vit un garçon à la chevelure brune tourner la tête dans la direction opposée où il se trouvait.

"Shun!" Il y eut un silence seulement entrecoupé de sanglots. "Shun! Réveille-toi! C'est moi! Réveille-toi frérot. C'est juste un cauchemar..."

"Niisan!" cria Shun en se jetant dans les bras de son frère. "Niisan! Niisan! Niisan..." répéta inlassablement Shun qui s'accrochait désespérément au cou de son frère.

"Tout va bien Shun. C'était juste un cauchemar. Chuuuut... Tout va bien, maintenant. Je suis là. Je ne vais te laisser seul. Chuuut. Dors maintenant...." murmura-t-il dans l'oreille de son petit frère.

"Ne me laisse pas, Niisan, ne me laisse pas, je t'en prie..." Shun implora en criant.

"Je ne te laisserai pas, Shun. Calme-toi..." Il jeta un coup d'oeil à leur compagnon de chambre. "Je vais dormir avec toi, Shun. Tout ira bien ensuite." Disant cela, le garçon à la chevelure bleu foncé se glissa dans le lit à côté de l'enfant aux cheveux verts qui pleurait, et le prit dans ses bras. Il jeta encore une fois un coup d'oeil à Kiochi et il hocha la tête.

L'enfant alla près du lit de Hyoga, puis près de la porte. Il éteignit la lumière et retourna dans son lit. Il se glissa sous les couvertures en soupirant et se retourna plusieurs fois pour trouver de nouveau le sommeil.

Hyoga ouvrit ses yeux. Il les avait fermés quand Kiochi s'était dirigé vers la porte. Il concentra son attention sur le mur sombre en face de lui. Il entendait toujours les pleurs étouffés du garçon. Sa tête s'enfonça un peu plus dans l'oreiller pour ne plus avoir à les entendre. Ils étaient trop durs à supporter. Il lui semblait que ces sanglots reflétaient les siens. Il ferma les yeux. Lentement, pour ne pas déranger les autres, et en espérant entendre le silence, il couvrit avec sa main gauche son oreille.

Mais ils étaient là, se glissant dans sa tête. En fait, il avait l'impression que les pleurs étaient dans son esprit, que c'était son propre esprit qui pleurait. 'Arrêtez!' cria le cerveau de Hyoga ne pouvant plus supporter ce son. Il roula en boule et se pelotonna sous les couvertures. Ses larmes se mirent à couler de ses paupières closes. Il eut soudain du mal à respirer et il s'aperçut qu'il retenait sa respiration inconsciemment. Il se força à ouvrir les yeux et d'expirer lentement. Il sentit et entendit le flot sanguin taper dans sa tête et il cessa de couvrir de sa main son oreille. Ce fut comme s'il y eut un bourdonnement puis sa tête devint plus légère.

Les sanglots avaient cessé et il soupira de soulagement. Il appuya sa main sur son coeur qui se serrait et il trouva la croix qui était sous la chemise de son pyjama. Il la serra dans sa main. 'Mama...'

* * *

"Hyoga..." appela une femme qui regardait l'enfant observer l'immense étendue glacée et la mer recouverte de morceaux de glaces flottant au gré des courants. Le vent était en train de souffler accentuant le froid mordant qui régnait dans ces contrées, mais la femme et l'enfant portaient des manteaux chauds, et la taïga à leur droite et derrière eux les protégeait de la violence du souffle glaciale.

"Oui Mama?" demanda-t-il en levant les yeux sur son visage. Il aimait la regarder. Elle était son monde, elle était tout ce qu'il aimait le plus au monde. Le soleil qui était en train de s'enfoncer dans la mer partiellement prise par les glaces avait foncé ses cheveux blonds et ses yeux bleus, déjà plus foncé que les siens sous la lumière du jour.

"Demain nous arriverons au port. Nous allons enfin voir ton père." Hyoga pencha la tête sur le côté. "Ton père est quelqu'un de très bon et de très gentil. Il vit au japon. C'est une île."

"Pourquoi devons nous aller là bas, Mama?" demanda-t-il.

"Parce que je veux que tu rencontres ton père, mon fils..."

"Pourquoi, ne vient-il pas ici?"

"Là bas tu seras heureux. Et puis, on formera une famille..."

Hyoga tourna de nouveau son regard vers les plaines glacées. Il aimait son pays, mais si sa mère voulait rejoindre ce père qu'il ne connaissait pas et qu'il n'avait jamais vu, alors il irait avec elle, pour seulement être avec elle. Il ne pouvait comprendre le monde des adultes mais il ferait tout ce que sa mère lui dirait de faire. Il sentit une main sur son épaule. Il se tourna légèrement et vit sa mère agenouillée près de lui. Il se tourna complètement de son côté.

La femme soupira et elle lui prit une de ses mains. Elle l'ouvrit, la paume tournée vers le ciel et elle y déposa une croix en or. La chaîne faite de perles blanches qui captaient les rayons du soleil, suivit lentement la croix en s'égrenant. Elle referma la main de l'enfant sur le joyau et elle s'assit sur un rocher gelé en priant.

Hyoga regarda sa mère pendant un moment puis il dirigea son regard à la fois étonné et perplexe sur le rosaire puis de nouveau sur sa mère.

Elle ouvrit ses yeux et lui sourit. Il examina de nouveau la croix, indécis. "Désormais c'est le tien Hyoga. Ma mère me l'a donnée quand j'avais le même âge que toi. Elle-même le tenait de sa mère qui le tenait de sa mère..."

"Mais Mama" commença l'enfant, "c'est ton rosaire."

Elle secoua gracieusement et lentement la tête. "C'est le tien, Hyoga. Je n'en ai plus besoin. Ma foi en dieu est assez forte pour que je puisse m'en passer. Je crois toujours en notre Dieu bon et créateur et je n'ai pas besoin du rosaire de la Croix du Nord pour le lui prouver. Je veux que Dieu veille sur toi. Tu es si jeune."

Hyoga regarda un long moment le rosaire sans comprendre. Sa mère reprit le bijou et le mit autour de son cou. La croix lui arrivait un peu en deçà du nombril.

"Elle est un peu longue, mais elle sera parfaitement à ta taille quand tu seras grand. Tu es chrétien et il n'y a pas beaucoup de chrétiens dans le pays de ton père... Promets-moi de toujours la garder Hyoga."

"Je te le promets Mama." La femme embrassa l'enfant sur la joue droite et Hyoga souria, heureux.

* * *

Hyoga serra encore plus fort la croix. 'Tu avais raison Mama. Ici il n'y a pas beaucoup de chrétiens... Mais tu avais tort aussi. Père était mort depuis longtemps déjà...' Il souleva doucement sa tête et écouta le silence. Le garçon qui avait pleuré dormait maintenant. Il regarda les deux silhouettes dormant ensemble. 'Ils ont de la chance! Ils sont frères. Ils peuvent supporter les difficultés ensembles. Ils peuvent se confier. Ils peuvent se dire tout ce qui les ennuie. Ils sont ensembles. Ils ne sont pas seuls. Moi je n'ai plus rien. J'ai tout perdu. Ma mère, mon pays, mon identité. La seule chose qui me reste est la dernière chose que j'ai reçu de Mama...' Des larmes roulèrent silencieusement sur ses joues et il ne fit rien pour les essuyer. 'Mama! Pourquoi m'as-tu laissé tout seul? Tu avais promis! Tu avais promis...' En pleurant, il enfonça son visage dans l'oreiller jusqu'à ce que le sommeil le prit.

* * *

Shun regarda le garçon qui dormait profondément. Curieux, il pencha la tête sur le côté et il dirigea son regard vers Kiochi qui l'observait. Son attention se porta de nouveau sur l'étranger et il remarqua les traces que les larmes avaient laissées sur les joues pâles du garçon. Son coeur se serra. Il approcha sa main droite de la joue de l'enfant mais il fit au dernier moment un léger mouvement du poignet pour que la main se dirigea vers les mèches blondes qui étaient en bataille. Mais un peu effrayé, il s'arrêta. C'était la première fois qu'il voyait de sa vie une telle couleur de cheveux. Il avait déjà vu des personnes blondes mais à la télévision. Il n'en avait jamais vu dans la réalité.

La porte s'ouvrit et Ikki, le plus âgé des trois enfants entra. Il vit que Shun était sur le point de toucher l'étranger et il fronça les sourcils. "Ne le touche pas!" l'avertit le garçon aux cheveux bleus.

Shun se tourna vers Ikki perplexe. "Mais, Niisan..." dit-il d'une voix geignarde. "Nous devons le réveiller ou il sera puni..."

"Ce n'est pas notre problème" rétorqua Ikki qui tira sur le bras de Shun pour l'éloigner du dormeur.

"Mais nous serons punis aussi" commença Kiochi.

"Kurada ou quelqu'un d'autre lui a dit le règlement!" Il baissa les yeux sur le dormeur en fronçant les sourcils puis il sortit de la chambre en traînant Shun derrière lui. Sceptique, Kiochi les suivit, mais ne voulant subir la colère d'Ikki, il ne dit rien. "Les étrangers n'apportent que des problèmes. N'essaie pas de l'approcher ou de lui parler Shun!"

Shun baissa la tête en se demandant pourquoi Ikki était si dur avec leur nouveau compagnon de chambre. Ikki était dur, rude et sévère avec tout le monde sauf avec lui. Il releva la tête et il vit les épaules de son frère. Il avait une confiance absolue en lui. Son frère savait tout, mais il ne put s'empêcher de jeter un coup d'oeil par-dessus son épaule à la porte fermée.

Ils arrivèrent dans la cour où une soixantaine d'enfants environ attendait. Certains baillaient, d'autres s'étiraient, d'autres encore discutaient. Shun se rapprocha de son frère. Il était toujours mal à l'aise avec tous ces enfants qui se moquaient toujours de lui. Son frère et lui étaient ici depuis plus d'un an, mais il n'avait toujours pas d'ami. Certains lui parlaient mais seulement quand ils étaient sûrs que personne ne les voyait. Il n'avait pas de véritable ami avec qui il pouvait parler. Seul son frère était un ami pour lui, mais c'était son frère, sa seule famille. Tous les jours il remerciait les kami d'avoir Ikki comme frère qui était toujours à ces côtés pour le protéger, l'aider et le soutenir.

Tous cessèrent de parler quand cinq éducateurs arrivèrent. Ils regardèrent le groupe et ils hochèrent la tête en direction de Yamada. Tous les enfants se séparèrent en cinq groupes et rejoignirent leurs entraîneurs respectifs. Puis quatre des cinq groupes prirent chacun une direction différente. Seul un groupe resta au milieu du terrain de jeu. L'entraîneur les observa. Ils compta le nombre d'enfants dans sa tête et il fronça les sourcils. Il les recompta et son visage devint rouge de fureur. Il inspecta le groupe encore une fois. Quelqu'un était absent. Yamada lui avait signalé tout à l'heure qu'il aurait un nouvel 'élève', mais apparemment il n'était pas là. L'éducateur jeta un coup d'oeil rapide autour de lui cherchant Ikki et lorsqu'il le vit, il lui cria. "Où est ton nouveau compagnon de chambre? Hyoga, c'est bien ça?"

"Toujours au lit."

"Nani!" aboya l'entraîneur. "Si mes informations sont exactes, il est sous ta responsabilité!"

"Il connaît le règlement!" répondit Ikki qui voulait faire comprendre à l'entraîneur qu'il ne voulait pas faire du baby sitting.

"Que tu le veuilles ou non, tu es le plus âgé" hurla Yamada. "Tu sais ce qu'il va se passer pour vous trois..."

"Je ne suis pas responsable!"

"Allez chercher le paresseux!" ordonna Yamada à des hommes en noirs. "Quant à toi Ikki, nous allons en reparler plus tard!" il se tourna vers l'entraîneur. "Commencez sans lui! Il rattrapera le retard! N'hésitez pas à être plus que sévère avec lui. C'est une véritable forte tête.

L'entraîneur acquiesça et aboya ses ordres. Les enfants commencèrent à courir sous le regard sévère de l'homme.

"Niisan..." implora Shun dans un murmure.

"Daijobu Shun. Il ne me fera rien..." il donna à son frère l'ombre d'un sourire et il se concentra sur l'entraînement.

Hyoga était en train de rêver qu'il était en train de courir dans les plaines glacées de Sibérie comme avant. Il riait et tourna la tête à droite. "Mama!" appela-t-il heureux. Mais soudain la glace craqua sous ses pieds et....

"Debout!" cria quelqu'un dans ses oreilles tout en le tirant hors du lit. Hyoga tomba sur le sol froid mais ne fit pas le moindre mouvement. Il se pelotonna juste. "Debout!" L'homme avec force hurla.

Les paupières de Hyoga bougèrent un peu puis il ouvrit finalement un oeil. Il vit une silhouette noire devant lui. Puis il fut capable de voir un homme habillé en noir. L'enfant grogna mécontent et s'assit en se frottant les yeux.

"Tu es en retard!" lui dit l'homme en le tirant pour le mettre debout. "Dépêche-toi!"

Hyoga leva vers le garde du corps des yeux innocents et puis il jeta un regard autour de lui. Il se souvenait maintenant. Il était à la Fondation Graude et d'après ce que lui avait dit Yamada hier soir, il devait se lever à six heures pour être à six heures et demie dans la cour. Il vit qu'il n'y avait personne dans la chambre. Et si l'homme en noir était là, c'était certainement parce qu'il était en retard.

Le garçon blond se leva et se frotta les yeux qui se fermaient tout seul. Il voulait tellement retrouver la douceur du sommeil. Il s'étira et il passa sa main dans les cheveux se décoiffant encore plus.

"Tu comptes traîner encore longtemps?" lui demanda l'homme dans une voix où perçait menace et impatience. Hyoga fut sur le point d'aller vers la salle de bain quand l'homme en noir l'arrêta. "Tu n'as pas le temps de prendre une douche. Habille-toi et fais ton lit! Je reviens te chercher dans cinq minutes!" L'homme sortit et Hyoga se dépêcha d'obéir mais seulement après avoir fait un petit tour dans la salle de bain.

Il finissait le lit quand l'homme revint et marchant rapidement dans les couloirs, il l'emmena de force. Puis ils traversèrent la cour où ils croisaient de temps en temps des enfants qui couraient. Ils s'arrêtèrent devant un homme. Hyoga leva les yeux et il vit un autre Japonais qui le regardait froidement.

L'homme l'étudia un moment puis il lut un papier. "Hyoga?" demanda-il en fixant l'enfant. Il était sûr que le nouveau serait japonais comme tous les autres, mais il s'était trompé ou plutôt le nom l'avait induit en erreur. "Parle-t-il Japonais?" s'enquit-il pendant qu'il jeta un oeil sur Ikki et Shun qui passaient juste près d'eux. Il vit Ikki se tourner vers eux. Il lui lança un regard furieux et son attention se porta sur Yamada.

"D'après ce que dit le directeur de l'orphelinat dans lequel il se trouvait, il comprend un peu. Mais Tokumaru-san va évaluer son niveau plus tard. De toute façon il n'a pas besoin de comprendre pour qu'il fasse ce que nous voulons de lui, alors où est le problème?"

"J'étais juste intrigué. Surtout son nom... De quel pays est-il?"

"De Russie...." Yamada regarda fixement Hyoga. "Nous aurons tous les deux une petite discussion tout à l'heure!" lui dit il d'un ton ferme. "Bien. L'entraînement peut commencer?"

L'entraîneur acquiesça de la tête. "Cours! Pour commencer tu dois faire vingt fois le tour du parcours." Hyoga resta à la même place. "Cours!!" il lui ordonna en le poussant.

A contre coeur, Hyoga commença à courir. Tout alla bien pendant le premier tour mais il commença à se sentir fatigué. A la fin du quatrième tour il eut envie de s'arrêter et de se reposer un petit moment. Sa jambe commençait à le faire souffrir et il la frottait de plus en plus souvent. Plus le temps passait, plus sa jambe lui faisait mal et le démangeait, plus il la frottait. Au sixième tour, il avait du mal à trouver son souffle et il boitait. L'entraîneur le fusilla du regard et lui cria de continuer de courir et de cesser de faire le cinéma.

Trois tours après, Hyoga avait un point de côté et il traînait de plus en plus sa jambe. Il ne courait plus c'était comme s'il marchait rapidement, mais il avait l'impression qu'il avait de plus en plus de mal à tenir le rythme qu'il s'était imposé.

Deux tours pus tard, l'enfant était épuisé mais obstiné, il continua à boiter. La tête lui tourna et il s'affala par terre. Quelques enfants passèrent près de lui et se moquèrent de lui.

"Eh! Le nouveau! Tu es une femmelette?"

"Je ne savais pas qu'un Gaijin était si fragile!"

"Pauvre petite poupée blonde!"

"Même Shun le pleurnichard est plus résistant que toi!"

Des larmes d'humiliation emplirent ses yeux bleus et il se releva lentement. Sa jambe le faisait souffrir comme jamais, mais il était maintenant déterminé à leur montrer que les Russes étaient meilleurs et plus résistants qu'eux. Une expression dure et déterminée apparut sur son visage et tout en essayant de ne pas montrer sa douleur, il s'élança en boitant.

Plus tard, Hyoga remarqua qu'il y avait moins de monde qui courait sur la piste. Lorsqu'il arriva près de l'entraîneur, il vit que plusieurs enfants étaient en train de faire soit des étirements soit des exercices d'assouplissement alors que d'autres continuaient de courir. Apparemment ceux qui avaient fini les vingt tours de pistes faisaient autres choses en attendant les autres. Il essaya de se remémorer combien tours il avait déjà effectué mais il ne se souvint plus. Il était sûr que tant que l'entraîneur ne lui dira pas de s'arrêter, il n'aura pas fait ses vingt tours.

Finalement, Hyoga se retrouva tout seul sur la piste et à chaque mouvement, à chaque pas qu'il faisait, sa jambe menaçait de ne plus supporter son poids. Il continua de courir. Puis ce fut le silence. Il avait perdu la notion du temps. Les sons extérieurs ne lui parvenaient plus et seuls ceux de son coeur battant trop vite, son sang circulant dans ses veines et artères et son souffle lui parvenaient distinctement. Les sensations que son corps ressentait étaient différentes. Il ne ressentait plus rien. Même les douleurs qu'ils avaient éprouvées jusqu'à présent avaient disparues. Il regardait les choses sans vraiment les voir. Il continua de courir machinalement.

Soudain la douleur dans sa jambe devint plus forte. Cela le fit sortir de sa torpeur, mais également toutes les sensations qu'il avait essayées d'oublier ressurgirent. Il se concentra sur une scène. Un paysage dominé par les glaces, où seuls les rennes, les ours polaires, les renards bleus et argentés, les isatis régnaient sur cette hostile contrée. Il eut l'impression de sentir le vent froid souffler sur sa peau, il eut l'impression de sentir le froid. Il eut l'impression d'entendre le craquement de la glace et des glaciers. Il eut l'impression d'entendre le martèlement des sabots des rennes galopant dans l'immensité gelée. Il eut l'impression d'entendre les cygnes trompeter au-dessus de lui en volant à tire d'ailes dans le ciel rouge alors que le soleil s'enfonçait dans la mer parsemée d'icebergs. Il eut l'impression de...

"HYOGA!!!!" quelqu'un derrière lui cria.

... voir sa mère lui sourire....

"HYOGA!!! STOP!!!!"

Il courut vers elle...

"HYOGA!!! EST-CE QUE TU ECOUTES??"

Elle coula dans la mer de glace...

"ARRETE-TOI!! HYOGA!!"

Ses jambes le trahirent et il tomba dans un trou noir. "Mama!" dit-il dans un souffle. Il avait le sentiment de tourner sur lui-même sans fin et pour chasser cette sensation qui l'oppressait, il ouvrit lentement ses yeux. "Que s'est-il passé!?" murmura-t-il quand il vit l'entraîneur le regarder.

"Il va bien" dit Yamada.

Hyoga tourna la tête de son côté et il remarqua qu'il était étendu sur le sol. Il essaya de s'asseoir lentement et puis de se lever. Sa jambe droite le trahit et il tomba à genou. Il leva les yeux et regarda autour de lui. Il vit l'entraîneur lui prendre le bras et le tira pour le mettre debout.

"La prochaine fois, écoute ce que l'on te dit quand on t'ordonne de t'arrêter! Tu as fais tes vingt tours. L'entraînement n'est pas fini, alors tu as intérêt à t'y habituer. Hyoga avala sa salive. Il avait soif. "Tu vas boire" dit l'homme qui remarqua l'état de Hyoga et il le traîna jusqu'au gymnase où les autres s'entraînaient déjà sur différents appareils. L'entraîneur lui donna une bouteille d'eau que Hyoga s'empressa de vider.

L'homme regarda autour de lui et hocha la tête à ses propres pensées. Il tira l'enfant derrière lui et il le plaça face à un sac faisant office de punching ball. "C'est l'exercice que tu dois faire aujourd'hui. Montre-moi comment tu te bats!" Hyoga regarda l'entraîneur sans comprendre. L'homme exacerbé soupira. "Taro!" cria-t-il. "Viens ici et montre lui!"

Un garçon à la chevelure noire et un peu plus âgé que Hyoga s'approcha et hocha la tête. Il donna un coup de poing dans le sac de sable et il lui donna un coup de pied.

L'entraîneur l'arrêta et congédia le garçon qui retourna à son activité, les pompes. "C'est à ton tour maintenant." Hyoga se tourna vers le sac immobile et il commença à se battre contre lui. "Plus fort!" ordonna l'homme. Hyoga se mordit ses lèvres et il frappa plus fort avec ses poings. Il frappa plus fort avec ses pieds tout en essayant de ne pas ressentir la douleur qui vrillait sa jambe et qui se répercutait ensuite dans tout son corps.

Le temps passa très lentement pour Hyoga. Il lui semblait que cela faisait des heures qu'il était en train de donner des coups de poing et des coups de pied dans ce sac. Donner des coups de poing, donner des coups de pied. Donner des coups de poing, donner des coups de pied, donner des coups de poing, donner des coups de pied. Soudain tout devint silencieux. Les autres sortaient et Hyoga essoufflé, perdu et suant resta à la même place.

Yamada s'approcha de lui. "Avant que tu n'ailles prendre ta douche, nous devons parler." Epuisé, Hyoga leva les yeux et attendit. "Qu'est-ce que Tokumaru-san et moi t'avons dit hier? Tu aurais dû être à l'heure ce matin! Aujourd'hui je vais passer l'éponge sur ton retard. Je mets cela sur le fait que tu as eu un long voyage hier et qu'il t'a fatigué! Mais que cela ne se reproduise plus! Compris?"

Hyoga le fixa juste et ne répondit rien. Il se balança sur ses pieds espérant garder l'équilibre alors que sa jambes droite tremblait violemment.

"Les douches sont de ce côté. Dépêche-toi! Je vais aller te chercher de nouveaux vêtements. Ceux que tu portes actuellement seront ceux pour l'entraînement." Yamada quitta le gymnase et Hyoga alla à l'endroit que le responsable lui avait indiqué plus tôt. Il croisa quelques enfants qui en sortaient.

Le garçon blond regarda autour de lui et il s'aperçut que les derniers étaient en train de finir de prendre leur douche. Il s'assit sur un banc et soulagé, il soupira. Il était plus qu'heureux de se reposer un peu. Il secoua la tête un peu. Il était sur le point de s'endormir. Il enleva ses vêtements et se dirigea vers les douches. Il laissa l'eau chaude couler sur son corps, le relaxant. Sa cuisse bandée se décontracta un peu et il soupira d'aise. Enfin, il se frotta le corps pour décontracter ses muscles endoloris.

"Tu n'as pas encore fini!" cria Yamada en entrant dans le vestiaire. "Tu as déjà été en retard pour le premier entraînement. Ce n'est pas le moment de l'être pour le petit déjeuner! Dépêche-toi!" Il jeta un coup d'oeil en direction de Hyoga et il plissa ses yeux quand il vit la cuisse droite bandée du Russe. "Qu'est-ce que c'est que ça?" questionna-t-il en s'approchant de l'enfant. Il toucha le tissu blanc

Hyoga grimaça de douleur et essaya de mettre sa cuisse hors de portée du responsable. Mais l'homme le fit asseoir et enleva le bandage mouillé. Hyoga le laissa faire. Il n'avait pas la force de protester. Il baissa les yeux sur sa blessure en même temps que Yamada. Il s'aperçut qu'il y avait des petits bleus autour des empreintes de dents que le chien avait laissées dans sa chair. La blessure n'était pas encore tout à fait guérie, mais elle l'était presque et sur certaines traces, quelques croûtes étaient sèches prêtes à être enlevées.

"Où t'es tu fait cette blessure?" demanda-t-il d'un ton neutre. "Tu ne veux pas répondre ou tu ne peux pas répondre?" Le responsable grogna et il alla dans un petit cabinet. Il prit des bandes et il en entoura la cuisse avec. "Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu étais blessé?" le questionna-t-il en se souvenant que Hyoga boiter hier soir et pendant l'entraînement. "On ce serait bien passé de ton évanouissement ce matin!" dit il fermement en terminant de nouer la bande. "Maintenant habille-toi et vite!"

Hyoga obéit et il boita jusqu'au réfectoire. Les autres étaient déjà en train de manger et comme hier soir, il traversa la salle sous le regard des enfants. Il entendit quelques rires moqueurs derrière lui, mais il ne se retourna pas pour voir qui se moquait de lui. Il s'assit sur sa chaise et il commença à manger. Il ne tenta pas d'engager la conversation avec ses compagnons de chambre.

Shun regarda l'étranger et lui sourit timidement, mais son frère fronça les sourcils et l'enfant aux cheveux verts baissa la tête et se contenta de manger. Mais lorsqu'il était sûr qu'Ikki ne le regardait pas, il lançant des regards furtifs en direction de l'étranger espérant avoir un signe de reconnaissance de sa part. Mais il ne vint pas et triste, Shun abandonna. Le petit déjeuner se termina en silence et tout le monde se leva. Ils sortirent après qu'ils eurent assemblé les assiettes. Hyoga resta à la même place ne sachant pas quoi faire et ce qu'il devait faire.

Yamada arriva derrière lui et il le poussa hors de la pièce. "C'est l'heure des cours, maintenant. D'après ce que Tokumaru-san a lu dans ton dossier tu as sept ans, donc tu seras dans la classe des plus grands aujourd'hui. On avisera après." Il sortit un bout de papier de sa poche et le tendit à Hyoga. "Voici le partage des tâches avec tes compagnons de chambre et les alternances."

Hyoga regarda le papier et le mit dans la poche de son pantalon noir. Boitant toujours, il marcha dans les couloirs. Il s'arrêta soudain quand Yamada frappa à une porte et l'ouvrit. Il prit le bras de l'enfant et le poussa à l'intérieur.

"Matsumoto-san, c'est votre nouvel élève, Hyoga. Il est en retard car il doit connaître certaines choses."

"Tokumaru-san m'a averti que j'allais avoir un nouvel élève." Dit-il en baissant les yeux sur le garçon.

"Donc je n'ai plus rien à ajouter" annonça Yamada qui tourna les talons et sortit de la pièce avant que le professeur ne lui demanda quelque chose.

Hyoga tourna son regard inexpressif vers les enfants qui le dévisageaient de façon bizarre. Il vit qu'il y avait environ une vingtaine d'enfants peut être un peu plus. Il soutint leur regard et il durcit le sien voulant leur montrer qu'il était fort et non une femmelette comme certains l'avaient dit ce matin.

"Hyoga" dit le professeur, "ta place est là!" continua-t-il en lui désignant la troisième place du rang contre le mur où se trouvait la porte. "Les livres et les affaires dont tu pourrais avoir besoin sont à l'intérieur du bureau. Hyoga leva les yeux comme s'il ne comprenait pas ce qu'on lui disait et Matsumoto fronça les sourcils. "As-tu compris? Dépêche-toi! Va à ta place!"

"C'est un Gaijin!" cria quelqu'un.

"Il ne comprend certainement pas!" renchérit un autre garçon, ayant un sourire en coin.

"SILENCE!" Il poussa Hyoga vers le bureau libre et il retourna vers le tableau noir. "Prenez votre livre et ouvrez le à la page trente deux. Iroshi, puisque tu sembles aimer parler ce matin, lis!" Il jeta un coup d'oeil à Hyoga qui s'était assis et le vit jeter des coups d'oeil furtifs pour voir quel livre il devait prendre. Matsumoto soupira. Cela aller être une très longue matinée.

Hyoga étudia les hiragana et les kanji. Il connaissait quelques-uns uns d'entre eux grâce aux quelques leçons il avait eu dans les précédentes institutions. Mais il savait que ce n'était pas assez pour lire quelque chose. Il en reconnut quelques-uns uns et dépité, il soupira. Il écouta donc ce que les autres lisaient tout haut. Il s'ennuyait. Il regarda discrètement autour de lui et il vit au cinquième bureau de la rangée à côté de la sienne, un de ses compagnons de chambre, Ikki, le plus âgé. 'Je suis dans la même classe que lui, alors il est juste un peu plus âgé que moi!'

La lecture se poursuivit et Hyoga avait de plus en plus de difficultés à retenir ses bâillements. Il voulait dormir. L'entraînement l'avait épuisé et sa cuisse l'irritait et lui faisait mal. Il la frotta discrètement. Lentement ses yeux se fermèrent.

"Hyoga!" tonna le professeur. "C'est ton tour!" Le garçon à la chevelure blonde cligna des yeux et leva la tête, complètement perdu. "Lis!" Hyoga prit le livre et essaya de déchiffrer les kanji et les hiragana qu'il voyait. "Mets toi debout quand tu lis!" L'enfant obtempéra. Il regarda le livre puis il tourna son regard vers le professeur avant de baisser les yeux sur le livre. "Alors?" grogna Matsumoto. Hyoga avala sa salive et ne répondit rien. "Qu'est-ce que tu attends?" il hurla dans les oreilles du garçon.

Hyoga sentit la colère bouillonner dans ses veines. Il ne pouvait pas lire. Il ne connaissait pas cette écriture. Ces hommes faisaient tout pour l'humilier. Il entendit quelques élèves glousser avant d'éclater de rire. Le garçon blond serra les dents. Ses joues devinrent rouges et Hyoga ne sut si c'était parce qu'il avait honte ou si c'était parce qu'il était en colère. C'était peut-être à cause des deux. Il ne pouvait le supporter plus longtemps. Il était prêt à crier en Russe au professeur et de lui jeter le livre à la figure de Matsumoto et quitter la salle non avoir jeter un regard haineux aux autres élèves.

"Assieds toi!" lui ordonna Matsumoto. "Nous verrons ça plus tard. Tokumaru-san m'a demandé d'évaluer ton niveau en japonais mais apparemment tu as tout à apprendre." Il se tourna vers un garçon à la chevelure noire. "Maru! C'est ton tour!"

Quinze minutes plus tard, la lecture se termina et le professeur distribua quelques feuilles d'interrogations. "Vous avez une heure pour les faire. Je ne veux pas entendre un seul bruit" dit-il en posant quelques feuilles sur le bureau de Hyoga et en le fixant. Il termina sa distribution. "Vous pouvez commencer" leur annonça-t-il.

Hyoga ne prit même pas la peine de prendre un stylo. Il ne pouvait lire et écrire cette langue, alors il était inutile d'essayer. Donc, il resta assis à regarder le dos du garçon qui se trouvait devant lui.

Le professeur lança un regard noir à l'enfant blond. 'Il ne devrait pas être ici. Ils sont tous Japonais sauf lui. C'est un étranger qui ne sait pratiquement rien. Comment la Fondation Graude a-t-elle pu adopter un enfant tel que lui? Et pourquoi?' Il ne connaissait pas la réponse et il ne tenta pas d'en trouver une. Il était juste là pour enseigner les rudiments du savoir à ces enfants qui seraient envoyés par la suite à travers le monde. Il marcha de long en large entre les bureaux surveillant les élèves pendant un moment, puis il retourna à son bureau. "Je dois sortir quelques minutes. Je ne veux entendre aucun bruit, compris?" Après avoir parcourut une dernière fois la salle de son regard, il sortit

Les enfants ne dirent rien pendant quelques secondes et attendirent. Un des élèves assis près de la porte, l'entrebâilla et regarda dans le couloir. Il ne vit personne. Il la referma et leva son pouce en signe que tout aller bien. Ce fut comme un signal et d'un seul chef tout le monde se tourna vers le garçon blond. "Hey! Le Gaijin!" quelqu'un apostropha.

"Qu'est-ce que tu fais ici? Tu aurais dû rester dans ton pays!"

Hyoga les ignora et ne bougea pas.

"Alors comme ça tu ne sais pas courir?!"

"Tu ne sais pas boxer?!"

"Tu ne sais pas lire?! De quoi es tu capable?"

Hyoga serra les poings mais ne dit rien. Il savait qu'ici ce serait dur, comme cela avait été le cas dans les trois premiers orphelinats. Mais ici il avait tout de suite compris que seule prônait la compétition. Les sentiments tels que l'amour, l'amitié, l'entraide étaient pratiquement inexistants. Les mots de l'éducateur du dernier orphelinat résonnèrent dans sa tête encore une fois.

"Il est peut-être incapable de parler! Eh Ikki!" cria quelqu'un. "Est-ce qu'il a déjà dit quelque chose?"

"Ouais! Il partage la même chambre que toi, tu dois le savoir!"

"Je n'ai à faire d'un Gaijin!" répliqua sèchement le garçon aux cheveux bleu foncé.

"Oh allez! Tu dois le savoir!"

"Je n'ai pas envie d'avoir à faire avec lui, qu'il soit muet ou pas!"

Hyoga continua de fixer un point qui se trouvait devant lui. S'ils pensaient qu'il était muet, alors tant mieux. Enfin, son compagnon de chambre avait été clair. Il ne l'aiderait jamais. 'De toute façon, je ne vais pas rester longtemps ici!' Il sentit quelque chose frapper sa tête. Il baissa les yeux et il aperçut une gomme. Il ne se retourna pas pour savoir qui l'avait lancée.

"Hey! Gaijin! Rends moi ma gomme!"

"Hey! Kuma t'a demandé de lui redonné sa gomme" dit un élève derrière lui. Hyoga ne répondit pas à la provocation. "Hey!" continua l'enfant en le bousculant. "Ramasse la gomme!"

Les yeux de Hyoga devinrent étroit sous la colère. Si ce 'Kuma' voulait sa gomme, alors il n'avait qu'à venir la chercher. Il n'allait pas le faire parce que celui-ci avait voulu le faire réagir et s'amuser de lui. Il mordit sa langue pour ne pas répondre ou parler.

"Tu vas la ramasser?! Oui ou non femmelette?"

"Qu'est-ce qui se passe ici?" cria Matsumoto en entrant. Tout le monde baissa la tête sur les feuilles d'interrogations. Le professeur regarda les élèves tour à tour et il fixa Hyoga. "Hyoga! Viens ici!" L'enfant leva juste les yeux et il vit un homme derrière Matsumoto. "As tu entendu?"

"Hyoga. Monsieur Matsumoto te demande de le rejoindre. Tu vas venir avec moi" dit en russe le nouvel arrivant.

L'enfant ouvrit grand ses yeux quand il entendit l'homme parler sa langue et il se tourna vers Matsumoto qui lui enjoignit avec un geste de suivre cet homme. Il se leva et il rejoignit l'homme. Ils quittèrent la classe et ils marchèrent dans les couloirs pendant un moment.

'Qui est-il? Il semble être Japonais mais il parle ma langue. Pourquoi est il là? Pour me ramener en Russie? Si seulement c'était pour ça. Oh, mon Dieu, je vous en prie, faites qu'il me ramène en Russie!'

Ils virent Yamada devant la porte d'une pièce et l'homme s'arrêta. Hyoga l'imita et perplexe, regarda autour de lui. "Ici vous serez bien, Yoshida-san" dit-il à l'homme en ouvrant la porte et permettant l'accès de la salle. Il referma la porte et Hyoga put l'entendit s'éloigner.

L'enfant blond se tourna vers l'homme complètement perdu mais il ne dit rien. Il savait que cet homme était capable de parler en russe, donc il attendrait qu'il fasse le premier pas.

"Assieds-toi" dit l'étrange homme. Hyoga obéit et s'assit au seul bureau de la pièce. "Mon nom est Yoshida. A partir de maintenant je serais ton professeur."

"Mon professeur?"

"Ton professeur en japonais" déclara Yoshida sans avertissement en japonais. Il lut la déception dans les yeux de l'enfant. "Quel est le problème?" demanda-t-il toujours en japonais.

"Où avez vous appris le russe?" questionna le garçon.

"Mon père était russe. C'est tout ce que tu désire savoir?"

"Pourquoi êtes vous mon professeur?"

"Parce que d'après les dires de Matsumoto-san tu as de véritables lacunes en japonais. Tokumaru-san m'a demandé hier de venir." Mécontent, Hyoga fronça les sourcils. Cet homme parlait en japonais au lieu de parler en russe. "Tu ne semble pas être très content..." remarqua Yoshida qui se dirigea vers la fenêtre. Hyoga ne répondit rien. "Allons! Je sais très bien que ton niveau en japonais est correct" dit-il de bout en blanc au petit Russe tout en regardant l'image du garçon reflétée par la vitre.

Hyoga serra les poings et il lança un regard noir à Yoshida qui se retourna dans sa direction. L'enfant remarqua que l'homme avait des yeux bleus et il l'observait calmement.

"Tu peux jouer à ce petit jeu avec eux si tu le désires mais cela ne marchera pas avec moi. Et tu sais pourquoi?" L'enfant lui renvoya un regard fixe. "Tout simplement parce que j'y ai moi-même joué. Mais ce qu'ils ne peuvent voir ce sont les lueurs de compréhension que tu as dans les yeux quand ils te parlent. Malgré tout ce que tu fais pour garder ce petit secret cela ne va pas marcher indéfiniment, Hyoga. Il est inutile de continuer à jouer à ce jeu futile." Yoshida s'approcha de l'enfant. "Mais je reconnais que ce petit jeu peut-être parfois très amusant, tu ne trouves pas? Mettre les autres dans l'embarras, ou avoir le temps de trouver la bonne chose à dire, ou de donner la bonne réponse c'est intéressant, non?"

Hyoga ne répondit rien et mâchouilla l'intérieur de sa bouche en se demandant ce qu'il devait penser de cet homme. Il pouvait lire à travers lui si facilement.

"Mais ne compte pas sur moi pour te parler en russe. Je te parlerai dans ta langue seulement si tu as besoin d'explications." Il s'arrêta prêt près du garçon et il se pencha. "Tu as jusqu'à présent compris tout ce que je t'ai dit depuis le début, n'est ce pas?"

"Si vous pensez être si bon, alors vous le savez" répondit calmement et sans hésitation Hyoga, en regardant Yoshida droit dans ses yeux bleus.

"Le petit ourson polaire montre ses crocs? Donc, j'avais raison. Apparemment, tu comprends ce que l'on te dit ou alors quand tu n'as pas tout compris, tu as compris l'idée générale. Tu n'es pas bête, je dois le reconnaître."

"Les Russes ne sont pas stupides! Vous devriez le savoir puisque vous êtes vous-même moitié Russe et moitié Japonais comme moi!" cria le garçon en colère.

"Susceptible. Tu es vraiment impétueux. Après tout, le petit exercice que tu t'impose ne va te faire de mal. Au contraire, il pourra peut-être t'aider à apprendre la patience et à avoir un peu plus de sang froid, de maîtrise de soi. C'est un point positif Hyoga." Hyoga fit la moue et détourna la tête. Pour lui cet homme était pire que les autres. Yoshida eut un petit rire moqueur. "Je sais qu'il est difficile pour toi d'être là" dit-il en russe. "Les Japonais sont xénophobes. Tes cheveux blonds sont pour toi une étoile jaune que tu dois porter ici. J'ai plus de chance que toi. J'ai plus hérité des traits de ma mère que toi tu n'en as hérité de ton père. Ton père était Japonais, n'est-ce pas?"

Hyoga ne répondit pas et se retourna pour étudier l'homme qui se trouvait près de lui. Il avait raison quand il disait qu'il avait de la chance. Il ressemblait à un Japonais, seuls ses yeux bleus trahissaient ses origines. 'S'ils les trahissent!' pensa-t-il avec amertume en pensant aux yeux verts qu'il avaient aperçut chez le garçon aux cheveux verts. 'Mais je préfère ressembler à un Russe, comme Mama et non comme ce père que je n'ai jamais connu et que je ne veux pas connaître!'

"Donc, je suis certain que tu comprends le japonais. Qu'en est il de l'écriture et de la lecture?" Il posa devant le garçon un livre puis un cahier et un crayon. Il ouvrit le livre et il désigna de son index un paragraphe. "Lis le" dit-il en s'asseyant près de l'enfant pour voir ce qu'il lisait.

Hyoga avala sa salive et il fixa le livre. "J'attends Hyoga. Tu es peut-être têtu, mais je parie que le suis plus que toi. Donc si tu veux jouer à ce petit jeu, nous serons deux à le jouer. Maintenant lis!" Yoshida attendit et Hyoga baissa la tête. Il ne voulait pas avouer à cet homme qu'il ne connaissait pas l'écriture japonaise et donc par conséquent, il ne connaissait pas la lecture. "Tu ne le peux?" questionna le professeur qui observait Hyoga. Ce dernier acquiesça. "Je vois. Tu ne veux pas admettre tes lacunes. Tu sais, être capable d'admettre ses faiblesses est une preuve de courage."

"Je connais mes limites, mais je ne voulais pas vous les dire!"

"D'accord, comme tu veux. Dis moi juste ce que tu sais alors." Vaincu, Hyoga soupira et il commença à énumérer les katakana et les hiragana qu'il connaissait ainsi que la douzaine de kanji. Yoshida hocha la tête et il commença à enseigner à Hyoga les autres signes.

Ils étaient en train de travailler lorsque Tokumaru-san frappa à la porte et entra sans attendre la réponse. "Quel est son niveau?" demanda-t-il en lançant un regard noir à l'enfant blond.

Yoshida se leva et s'approcha de l'homme de main de Kido Mitsumasa. " Cela dépend de certaines choses" répondit-il.

"Comprend-t-il ce que nous lui disons?"

"Il est très intelligent et vif. Il comprend. Il n'a aucun problème à ce niveau." Il ignora le regard meurtrier de Hyoga. "Il est capable de parler japonais, avec bien sûr quelques erreurs grammaticales et syntaxiques, mais avec le temps il s'améliorera. Le problème est qu'il est têtu et qu'il refuse de parler en japonais.

"Et?"

"Ses lacunes se situent au niveau de l'écriture et de la lecture. Donc, je vais lui enseigner l'écriture. mais s'il n'a pas besoin d'écrire au cours des leçons, il peut être aisément suivre la classe dans laquelle il était."

"Très bien. Donc désormais, pendant que les autres auront quartier libre après le déjeuner, il étudiera notre écriture." Après avoir dit cela, Tokumaru-san sortit.

"Si tu veux avoir du temps libre, je te conseille d'apprendre très vite. Aujourd'hui nous allons travailler tous les deux jusqu'à l'heure du déjeuner et nous recommencerons ensuite. Ecris moi ce que tu as appris depuis le début de la leçon."

"Pourquoi est-ce si important d'apprendre le japonais? Je veux retourner en Russie."

"Tu as été élu pour devenir un Saint. Kido-sama est l'organisateur de ce projet et il est Japonais. Donc il est normal que tu apprennes cette langue. Et de plus, ton père était japonais. Le fait de posséder deux cultures est très gratifiant. Maintenant fais ce que je t'ai demandé."

"C'est stupide" marmonna Hyoga.

"N'oublie pas que je connais le russe. Si tes compagnons et les éducateurs ne le connaissent pas ta langue, moi je le peux. Donc, n'essaie pas de m'insulter." Il se frappa légèrement le front et il tendit un livre au garçon blond. "Tiens, c'est pur toi. C'est un dictionnaire russo-japonais. Il pourra énormément t'aider."

Hyoga fit la moue mais il prit quand même le livre et le posa à côté. Il leva les yeux vers Yoshida et il écrivit les différents hiragana sur la feuille en espérant qu'il parviendrait à s'enfuir de cette Fondation et à retourner dans les plaines gelées qu'il aimait tant. 'Je jure que j'y retournerai. Je jure que je retournerai près de Mama, même si ça prend toute la vie pour réaliser mon rêve!"

* * *

Hyoga marcha dans les bois attenants à la propriété des Kido. Il aimait aller dans ces bois. Il n'allait pas très loin parce qu'il n'avait pas beaucoup de temps devant lui, mais il avait déjà repéré un endroit qui lui plaisait beaucoup. C'était une petite clairière retirée qu'il avait découverte quatre jours auparavant, et depuis qu'il allait se réfugier là-bas, il n'y avait vu personne. Cet endroit était un lieu sur pour lui, c'est son endroit, c'est son havre de paix.

Aujourd'hui il n'avait pas prit le plus court chemin. Il voulait marcher un peu à travers les bois pour entendre les oiseaux et pour calmer sa colère. Les entraînements, les leçons interminables étaient épuisantes, surtout quand Tatsumi et les entraîneurs et éducateurs lui demandaient d'en faire plus, plus que les autres comme pour compenser sa différence, ses origines. Parfois il appréhendait l'arrivée de Tatsumi qui venait surveiller le déroulement des entraînements et Hyoga avait la désagréable impression que l'homme chauve traquait la moindre de ses erreurs ainsi que la moindre faute.

Il entendit du bruit pas très loin. Ce n'était pas un animal, il en était sûr. C'était un son régulier. Curieux, il s'approcha. Plus il se rapprochait de l'origine du bruit, plus il devenait plus clair et plus fort. Ce son était entrecoupé de cris de rage, des cris de quelqu'un qui mettait toute son énergie et sa force dans ce qu'il faisait. Surpris, il haussa les sourcils. 'Qui dans le monde serait assez fou pour continuer à s'entraîner après ce que l'on subit toute la journée?'

Il s'arrêta net quand il vit un garçon qui frappait un tronc avec toute la force de ses poings. Près de lui se trouvait un garçon qui l'observait sceptique mais aussi en l'admirant. Hyoga reconnut deux de ces compagnons de chambre, le plus âgé Ikki et le plus jeune, Shun.

Il regarda un long moment Ikki qui était toujours en train de frapper sans relâche le tronc de ses poings et la sueur coulait de son front sur ses joues pour enfin tomber sur le sol. Le bruit sourd et régulier des poings contre le tronc était monotone, et les cris du garçon aux cheveux bleus qui l'accompagnaient étaient aussi coupants qu'une lame séparant une feuille en deux.

Fasciné, Hyoga continua à regarder. Maintenant il comprenait pourquoi Ikki était si fort et il en comprenait également la raison. Son petit frère semblait fragile et il avait besoin de la protection de son aîné. 'Comment un garçon aussi fragile et faible que Shun pouvait survivre ici?' pensa-t-il. 'Peut-être pour ne pas être séparé de son frère. Il a de la chance d'avoir quelqu'un sur qui il peut compter.' Le son cessa soudain et l'attention de Hyoga retourna vers les deux frères.

Ikki s'était tourné vers Shun.

C'est à ton tour, Shun.

Le garçon hocha la tête après avoir hésité un moment. Il se plaça face au tronc et il l'observa un très long moment. Pas très sûr de lui, il avala sa salive et il jeta un coup d'oeil à son frère aîné. Les bras croisés sur son torse, Ikki lui répondit d'un mouvement de tête et par ce mouvement lui enjoignit de commencer. Shun cligna des yeux et il porta de nouveau son attention sur l'arbre. Enfin, il frappa de son poing le tronc. Il n'ôta pas son poing du point d'impact et il baissa la tête en pleurant. "Non! Je ne peux pas. Je ne peux pas Niisan. Ça fait trop mal! Je ne veux pas me battre!"

Ikki posa ses mains sur les épaules de son frère et le fit tourner pour qu'il soit face à lui. Shun pleurait et il essayait d'essuyer ses larmes. "Ecoute, Shun, nous sommes orphelins et nous n'avons ni parents ni famille. Nous sommes seuls. Si tu veux vivre ici et si tu veux devenir un homme tu dois apprendre à te battre."

"Mais à quoi ça va nous servir?" demanda Shun d'une voix étouffée.

"Pour devenir fort, très fort. Comme ça, nous pourrons vivre la vie que nous voulons."

"Mais je ne veux pas me battre, niisan... Désolé" dit Shun quand il vit de la tristesse dans les yeux de son frère.

"Tu n'as pas confiance en moi?"

"Si bien sûr, mais..."

Avec l'index de sa main droite, Ikki frôla la joue droite de son frère comme si c'était une très légère caresse. Il recueillit sur le bout de son doigt une larme qui venait juste de s'écouler de l'oeil de son frère. Il leva son doigt et il le fit bouger devant les yeux de Shun comme s'il faisait un signe négatif ou comme s'il agitait son index pour le prévenir. Ikki lui sourit franchement et il secoua légèrement la larme qui se divisa dans l'air en de minuscules gouttelettes dans lesquelles les rayons du soleil passèrent et les irisèrent.

Shun donna un sourire radieux à son frère.

"Je ferais tout pour que tu sois fier de moi, Niisan. Je te promets d'essayer d'être plus fort."

"C'est une sage décision, Shun."

Hyoga recula. Il n'aurait pas dû assister à la scène qui venait de se dérouler entre les deux frères. Il avait involontairement entendu une discussion privée qu'il n'avait le pas le droit de surprendre. Quand il fut sûr qu'ils ne pourraient l'entendre, il s'élança vers son repère secret. 'Au moins ils sont ensemble. Ils peuvent se soutenir mutuellement et ils ne seront jamais seuls Mama....'

* * *

Le petit garçon blond regarda par la fenêtre et il observa le ciel bleu traversé par quelques cirrus. Il dirigea son regard dans la cour. Personne. Ils étaient tous soit à l'entraînement soit en classe. Il laissa son livre et ses feuilles sur le bureau et il alla lentement vers la porte. Il l'entrouvrit et il jeta un coup d'oeil au couloir. Il n'y avait pas de danger, alors il se faufila hors de la salle de classe et il referma la porte doucement et sans bruit. Il se dirigea à pas de loup vers l'entrée et il s'arrêta encore une fois pour regarder à l'extérieur. Personne. Il sortit.

Hyoga observa les alentours. Il n'y avait personne en vue. Il jeta encore un coup d'oeil autour de lui pour être certain qu'il pouvait traverser le terrain sans encombre. Ses dernières tentatives d'évasion lui avaient appris de ne pas s'enfuir sans prendre de précaution et sans ses affaires, mais s'il retournait maintenant dans sa chambre, il serait peut-être vu ou pris.

Depuis qu'il était arrivé ici, il avait décidé de s'enfuir pour atteindre le port le plus proche. Il voulait monter clandestinement dans un bateau en partance pour la Russie. Aujourd'hui il avait l'occasion. Il se devait de la saisir. Depuis qu'il était arrivé, il avait un enfant obéissant et modèle pour ne pas éveiller les soupçons. Alors que les autres s'entraînaient ou étudiaient, il était seul pour faire ses exercices de japonais que le professeur lui avait donné. Il allait certainement être seul pendant une heure ou deux avant qu'il doive rejoindre les autres. C'était assez pour sortir de la propriété des Kido et pour mettre autant de distance que possible entre la Fondation et lui.

Il se cacha derrière un arbre et il regarda autour de lui. Personne. Il était seul et il n'y avait pas de garde au portail. C'était une chance! Il se rua hors de la propriété et tourna à droite. Il ne savait pas dans quelle direction se trouvait le port, mais le plus important pour lui à ce moment précis était de s'éloigner le plus possible de cette prison.

Le directeur du dernier orphelinat avait raison. Ici, la Fondation Graude pouvait mettre dans le rang les enfants les plus durs et les plus têtus. L'entraînement qu'ils recevaient et subissaient était à la limite du respect humain et du supportable. Les plus forts avaient du mal à supporter ce traitement, et les plus faibles comme Shun ne le pouvaient pas.

'Pas étonnant qu'il ait autant de cauchemars!' pensa amèrement Hyoga qui courait. 'J'ai moi-même du mal à le supporter, surtout avec ma jambe blessée!'

Il courut le long de la propriété Kido pendant un très long moment. Elle était immense. Les orphelins n'étaient pas autorisés à aller dans certaines ailes de la propriété, surtout dans la maison, surnommée le château. Il avait entendu le surnom qu'avait employé Omaru quand il en avait parlé à Kiochi. Ils n'avaient pas le droit de sortir de la résidence. Ils pouvaient aller dans les bois s'ils souhaitaient faire quelque chose ou simplement pour être seuls, mais ils ne devaient pas trop s'éloigner car ils devaient être à l'heure aux entraînements ou en classe s'ils ne voulaient pas être punis.

Hyoga continua à courir et enfin il vit des immeubles autour de lui. Il sut qu'il n'était plus aux alentours de la propriété des Kido. Il ralentit son allure pour ne pas attirer l'attention des passants qu'il croisait de temps en temps. Il décida de continuer à marcher un long moment avant de demander où se situait le port.

Libre, Hyoga regarda autour de lui surpris par le bruit, par la hauteur des constructions, par la foule. Il n'était pas habitué à ce qu'il était en train de voir. Il avait été élevé dans un petit village en Sibérie et il avait toujours été dans des orphelinats qui étaient en dehors d'une agglomération. Tokyo était la capitale du Japon, il savait cela, donc pour lui cela voulait dire que c'était une grande ville, mais il ne s'était pas attendu à une telle immensité, surtout au point de vue d'un enfant de sept ans. Quand il était arrivé ici, il n'avait pas fait attention au 'paysage' lorsqu'il avait traversé la ville en voiture.

Après un long moment il tourna à gauche et il aperçut une femme tenant la main d'une petite fille qui s'avançait dans sa direction.

"Sumimasen Madame," dit Hyoga d'une voix hésitante. La femme s'arrêta et baissa les yeux sur lui. "Savez-vous où se trouve le port?"

"Le port?" répéta la femme.

Tout en essayant de cacher la douleur qu'il avait dans son coeur quand il vit la petite fille serrer la main de sa mère, l'enfant acquiesça de la tête. 'Mama....'

"Et bien, tu n'es pas dans la bonne direction. La mer est de ce côté," dit-elle en lui montrant la direction de l'est. "Es-tu perdu?"

Hyoga hocha la tête.

"Tu devrais aller au poste de police. Là-bas quelqu'un pourra t'aider. Veux-tu que je t'accompagne au poste de police le plus proche?"

"Non non, ça ira madame," répondit-il très vite. "Merci," lui cria-t-il en s'élançant dans la direction qu'elle lui avait montré plus tôt. 'La police! Elle voudra me renvoyer dans la prison des Kido! Tout mais pas ça!'

Il marcha, marcha demandant son chemin de temps en temps. Il regardait autour de lui et au-dessus de lui. La hauteur vertigineuse des immeubles l'oppressait. Il était plus habitué à de vastes terrains ouverts. Il soupira et s'arrêta. Fatigué, il s'assit sur un banc et il frotta sa cuisse droite. Elle était douloureuse. Il ferma les yeux, appréciant la halte qu'il venait de s'accorder. Il n'avait pas songé que la mer et le port seraient si loin.

Il resta un long moment assis à regarder les gens qui vaquaient à leurs occupations. Quand il retrouva son souffle, il repartit.

Soudain quelqu'un l'attrapa par le cou et le souleva du sol. Hyoga ouvrit grand les yeux et il essaya de tourner la tête pour apercevoir qui se tenait derrière lui. Mais à cause de la puissante prise, il ne le put.

"Où pensais-tu aller?" demanda quelqu'un.

"Laissez-moi partir!" cria-t-il. "Je vous dis de me laissez tranquille! Laissez-moi! Je ne veux pas retourner là-bas!" Mais l'homme ne l'écouta pas et il tourna simplement pour se diriger vers la grosse voiture qui était garée pas très loin. Hyoga essaya de lutter pour se dégager mais la poigne était trop puissante. "Laissez-moi!" cria-t-il de plus belle.

L'homme le poussa avec rudesse à l'intérieur de la voiture et s'assit à l'intérieur. Hyoga sauta et essaya de sortir du véhicule mais la poigne de fer attrapa son bras gauche et le fit asseoir de force.

"Lâchez-moi!" hurla-t-il en essayant de se dégageait de l'étau que formait la main de l'homme.

"La petite promenade est terminée" dit l'homme.

"Maintenant, tu dois rentrer," continua le plus grand des deux hommes qui se trouvait à sa droite.

La voiture démarra et Hyoga fusilla du regard les deux chiens de gardes des Kido.

"Je ne veux pas retourner là-bas! C'est inhumain!"

"Pour ton information, chibi," dit l'homme qui était à sa gauche, "tu ferais mieux de parler en japonais et non en russe."

"Je parlerai que ma langue si je le veux et notre votre langue de barbare! Vous n'êtes que des bourreaux!"

"Tu ferais mieux de suivre mon conseil. Tokumaru-san est furieux contre toi."

Hyoga voulut hurler quelque chose mais il ferma sa bouche et regarda droit devant lui en rongeant son frein. 'Un jour je ferai ce que je voudrais. Personne ne m'imposera plus sa volonté!'

Le retour fut rapide, trop rapide au goût de Hyoga. La voiture s'arrêta au pied des quelques marches qui menaient au château. Le garçon continua à regarder droit devant lui et ne fit pas mine de bouger. Les deux hommes sortirent du véhicule et attendirent. Il croisa les bras sur son torse et lança des regards furieux bien qu'il n'y ait personne devant lui. Les deux hommes habillés de noirs se consultèrent du regard et celui qui était assis à la droite de Hyoga prit le bras du garçon et le tira violemment hors de la voiture. Hyoga essaya de résister et tenta de donner un coup de pied à l'homme qui l'évita aisément. Le chien de garde des Kido le tira plus violemment et Hyoga tomba par terre. Il se releva lentement alors que l'homme qu'il avait vu pour la première fois lorsqu'il était arrivé, sortit de la demeure. Il baissa les yeux sur le garçon.

"Vous l'avez retrouvé rapidement. Tokumaru-san est plus que furieux..."

Les deux hommes hochèrent la tête signifiant qu'ils comprenaient et ils poussèrent l'enfant réticent à l'intérieur de la demeure. C'était la seconde fois qu'il venait ici. Il fut conduit dans le bureau de Tatsumi où toutes les affaires internes et externes de la Fondation étaient traitées. Un des hommes ouvrit la porte après qu'il eut entendu un grognement en guise d'autorisation pour pénétrer à l'intérieur. L'autre homme poussa l'enfant à l'intérieur.

Tatsumi qui était en train de faire les cent pas s'arrêta soudain quand il aperçut l'objet de son actuelle fureur.

Le garçon blond leva les yeux et ne les détourna pas quand ils rencontrèrent ceux de l'homme chauve et furieux qui se tenait devant lui.

Tatsumi le fusilla du regard et sans avertissement gifla le garçon de toute la force dont il était capable.

L'enfant sentit le coup et il recula d'un pas sous l'effet du coup. Il fut tenté de mettre sa main sur sa joue meurtrie, mais en se mordant la langue il se força à ne pas le faire et donc à ne pas montrer qu'il avait mal. Furieux, il serra les poings. Il sentit sa joue rougir et le brûler, mais il n'y accorda aucune importance et continua de fixer le bras droit de Kido Mitsumasa.

Les yeux de Tatsumi plissèrent dangereusement jusqu'à ce qu'ils deviennent une fente. Il gifla le garçon encore une fois.

"Je t'ordonne de baisser les yeux!"

Hyoga n'obtempéra pas. Il reçut une autre claque, puis une autre, encore une autre.

"Baisse les yeux!"

Une gifle retentit dans la pièce. Le regard de Hyoga se durcit.

"Vous n'avez pas le droit! Laissez-moi retourner dans mon pays! Je hais le Japon! Je hais les Japonais!"

"Parle en japonais!" hurla Tatsumi en prenant le bras de l'enfant et en le secouant vigoureusement. "Kido-sama ne t'a pas adopté pour qu'après quelques jours tu t'enfuies à la première occasion! Tu dois comprendre qu'ici c'est ta maison! Tu as de la chance d'être sorti de l'orphelinat où tu étais! Ici tu reçois une éducation plus qu'honorable, le moins que tu puisses faire c'est d'avoir de la gratitude pour Kido-sama!"

"De la gratitude?! Ne me faites pas rire! Ce vieillard est un bourreau qui n'a aucun coeur comme tout le monde ici! Adopté? Nous sommes seulement des esclaves! Nous devons nous entraîner et tout cela pourquoi? Pour devenir des Saints? Les Saints n'existent pas! Ils existent seulement dans les rêves de ce vieillard sénile!"

"Tu n'es qu'un Russe stupide!"

Hyoga reçut une gifle sur sa joue droite et un coup sur son nez. Du sang jaillit de son appendice nasal mais l'enfant ne fit pas un geste pour l'essuyer.

"Je te jure que je vais te faire perdre l'habitude de parler en russe!"

"Que se passe-t-il ici?" cria une voix provenant de la porte du bureau.

Tatsumi arrêta net sa main prête à frapper le garçon encore une fois. Il dirigea son regard vers la porte et bafouilla. "Kido-sama" dit-il en se courbant devant lui.

"Que se passe-t-il ici?" demanda le vieil homme en dévisagea le garçon.

"Il a tenté de s'échapper, Kido-sama. J'étais juste en train de lui inculquer le règlement, mais les barbares sont un peu long à comprendre."

"Cela suffit Tatsumi! Son visage est couvert de sang! Trouve-lui une autre punition" dit-il en regardant l'enfant sans douceur comme s'il n'existait pas. "J'espère que cela ne se reproduira plus Tatsumi! Je veux que tu renforce la sécurité."

"Hai Kido-sama."

Le vieil homme sortit. Il y eut un silence. L'enfant ne s'était pas tourné vers le propriétaire des lieux. Il fusillait toujours du regard Tatsumi, le provoquant et le défiant. L'homme chauve baissa les yeux sur le Russe. Il était furieux. "Tu ne vas pas t'en tirer si facilement sale Russe!" Il prit l'enfant par le bras et resserra sa main autour de son bras. Il tira Hyoga puis le traîna derrière lui. "Crois-moi je vais plus te lâcher!"

Il sortit du bureau suivi par les deux hommes en noirs qui avaient retrouvé Hyoga dans la rue. "Je connais un endroit où tu pourras penser autant que tu voudras à ce que tu as fais aujourd'hui! Tu vas regretter d'avoir été si effronté et si insolent!" Il serra plus fort sa main autour du bras de Hyoga qui grimaça de douleur. Il le traîna derrière lui dans la cour, puis à l'endroit où se trouvaient tous les enfants.

Le garçon traversa le terrain de jeu tiré par Tatsumi. Son visage était couvert de bleus. Hyoga était conscient du regard des autres enfants quand ils passèrent parmi eux. Il entendait même les chuchotements. Tatsumi s'arrêta et se tourna vers les orphelins.

"Que cela vous serve de leçon!" Il prit le garçon blond par le cou et le souleva du sol pour que tout le monde puisse le voir. "Il a été assez stupide pour avoir transgressé le règlement et pour avoir tenter de s'enfuir. Vous devez faire ce que l'on vous dit de faire ou vous subirez le même traitement que lui si vous essayez de vous enfuir!"

Hyoga essaya de garder ses yeux ouverts mais il avait des difficultés à le faire. Il savait que Tatsumi n'en avait pas fini avec lui. Il leva la tête et il jeta un rapide coup d'oeil devant lui. Ses yeux s'ouvrirent un peu plus quand il aperçut son jeune compagnon de chambre le regarder les larmes aux yeux.

'Shun...' son esprit lui souffla.

Il était surpris de voir quelqu'un compatir à sa douleur et à ses malheurs. Il rencontra le regard de Shun pendant une seconde, puis résigné, il ferma les yeux. Impressionné et recherchant la protection de quelqu'un, Shun se rapprocha de son frère. Hyoga grimaça quand Tatsumi resserra son étau autour de son cou et l'emmena vers un endroit qu'il avait entendu parler. La cellule de méditation comme ils l'appelaient.

Tatsumi ouvrit la lourde porte et jeta l'enfant à l'intérieur. Hyoga tomba lourdement sur le sol et sa tête heurta le ciment froid. Il gémit. Il sentit une main qui enserra sa nuque encore une fois et se sentit soulevé du sol.

"Tu as osé m'humilier devant Kido-sama, et crois-moi, tu vas le regretter! Tenez-le!" aboya Tatsumi.

Deux mains prirent les bras du garçon et les enserrèrent. Hyoga ouvrit son oeil droit pour voir ce qui allait se passer. Tatsumi libéra la nuque du garçon et se dirigea dans un coin de la cellule. Il prit un shinai et il revint dangereusement auprès de Hyoga.

Le Russe comprit immédiatement ce qui allait se produire. Il se tordit dans tous les sens pour se libérer des mains des hommes mais il ne le put. Un premier coup atteignit son épaule droite, le second son bras gauche. Les coups se succédèrent. Hyoga sentit le goût du sang dans sa bouche puis couler sur son menton. Après cinq coups de shinai, les hommes relâchèrent Hyoga qui incapable de crier ou de demander grâce, s'écroula à terre. Il sentit encore d'autres coups sur son dos, puis plus rien. "Que cela te serve de leçon Gaijin!" dit Tatsumi avant de sortir de la cellule.

Comme dans un rêve, Hyoga entendit la porte se refermer. 'Ma.... ' Il perdit connaissance.

* * *

Hyoga gémit doucement quand il reprit conscience. Il était seul et un frisson parcourut sa colonne vertébrale avant de s'emparer de son corps. Il regarda autour de lui. Tout était sombre et seul un rayon de lune éclairait la pièce. Comparée aux autres cellules qu'il avait 'visitées', celle-ci était plus tôt large. Il s'assit sur le sol et grimaça de douleur. Il avait oublié ses blessures. Il baissa ses yeux sur ses bras et il vit qu'il y avait des bleus partout et qu'ils viraient au noir encore plus visible du fait de sa peau clair. Bien que sa peau ne soit pas aussi pâle que celle d'un véritable Russe ou d'un occidental du fait de son héritage japonais, elle était néanmoins plus claire que celle de la plupart des enfants ici.

Il essaya de se lever mais abandonna quand il s'aperçut qu'il ne pouvait y arriver. Il se demanda comment il était toujours en vie après avoir reçu ce traitement de la part de Tatsumi. Quelque chose au coin des lèvres meurtries le gêna. Il ne pouvait les bouger aussi passa-t-il sa main dessus. Il sentit du sang séché. Il inspecta la pièce de son regard et il rampa vers une jarre. Maladroitement il but le liquide et enfin il se débrouilla pour nettoyer ses plaies. Aussitôt qu'il eut fini, il perdit conscience à nouveau.

* * *

Le garçon blond gémit et essaya de se tourner de l'autre côté. Il ouvrit les yeux et les cligna quand il s'aperçut que les rayons du soleil tombaient sur son visage. Il mit lentement son bras au-dessus de son visage pour se protéger et irrité, grogna.

"Oh, tu es réveillé," dit une voix derrière lui.

Hyoga tourna brusquement la tête et il grimaça de douleur. Son geste avait été trop brusque. Il s'assit lentement et il vit Yoshida qui l'observait. Il remarqua le regard furieux de ce dernier mais il le soutint.

"Ce que tu as fais était complètement stupide! Crois-moi! A partir de maintenant je ne te laisserai plus seul lorsque tu seras sous ma responsabilité." Hyoga continua à lui rendre son regard. "Tu as récolté ce que tu as semé! Tu as cherché les ennuis et tu les as trouvés, et apparemment pire que ceux auxquels tu t'attendais. Tu as été adopté par la Fondation Graude. Tu ne peux retourner en Russie, excepté s'il elle te l'autorise. Ce n'est pas difficile à comprendre, non?"

"Mama... Je veux..."

"Ça suffit Hyoga! Ta mère est morte! Morte! Peux-tu comprendre ce que ce mot signifie? M.O.R.T.E!!! Elle ne reviendra jamais! Tu ne la reverra jamais! Elle se trouve au fond de la Mer de Sibérie de l'Est. Est-ce que tu comprends?! Alors, arrête de penser à elle. Tu as eu de la chance d'avoir été sauvée et d'avoir été adopté par la Fondation Graude!"

"Non! Mama! Je veux ma mama. Mama!"

Yoshida s'approcha de l'enfant et mit sa main sur le front du garçon. Il sentit qu'il était un peu chaud et il soupira. L'enfant avait une petite fièvre, cela pouvait expliquer pourquoi il semblait si agité et désorienté. Mais il savait aussi que le garçon pouvait le supporter, il le savait très bien.

"Mama m'a sauvé, Mama a donné sa vie pour moi. Je l'ai tuée! Je l'ai tuée! Je ne veux plus vivre! Je rejoindre Mama! Je veux être près d'elle, je veux être dans ses bras. Mama. MAMAAAAAAAAA!!!!!" L'enfant commença à pleurer hystériquement, appelant désespérément sa mère.

"Enfant stupide!" cria Yoshida en prenant l'enfant par les épaule et en le secouant fermement. Il voulait attirer l'attention de Hyoga. Il voulait que Hyoga l'écoute et sorte de cette bulle qu'il s'était créé, au moins pour un moment.

"Tu veux mourir? Très bien! C'est ton choix! Mais tu dis que ta mère a sacrifié sa vie pour toi! Une fois que tu seras mort quelle signification aura sa mort? Elle t'a sauvé parce qu'elle voulait que tu vives. Elle voulait que tu vives et que tu trouves ta voie. Elle voulait que tu sois heureux, même sans elle. Si tu meurs, elle sera morte pour rien et cela à cause son ingrat de fils!"

Hyoga continua à pleurer en secouant la tête dans tous les sens, refusant d'entendre ces mots. Il sentit l'homme prendre son rosaire et cela le fit réagir. Il essaya de l'empêcher de le lui enlever. "Nonnnnn!" hurla-t-il.

Yoshida prit le rosaire et l'enleva. Il la tendit devant les yeux de Hyoga.

"Tu es chrétien, n'est-ce pas? Sais-tu que l'Eglise condamne le suicide? Si tu te tue, tu n'iras pas au Paradis. Tu ne rejoindra pas ta mère! Tu iras en Enfer et ceci pour quoi? Pour essayer de rejoindre ta mère? Tu n'y parviendras pas. Mais si tu vis ta vie sans essayer de te suicider alors les chances de rejoindre ta mère au Paradis seront grandes! Est-ce que tu comprends?"

Hyoga continua de pleurer et rien n'indiquait qu'il avait compris ce qu'on venait de lui dire. Il était incapable de s'arrêter. Il sentit la main de Yoshida sur la sienne. Il sentit qu'il desserrait ses mains et il glissa la croix à l'intérieur. Puis il referma les mains le rosaire. Inconsciemment, Hyoga pressa la croix sur son coeur et il se mit à se balancer d'avant en arrière, la tête basse, les larmes coulant toujours sur ses joues mais silencieusement.

"Tu l'a perdue récemment. Ici, la plupart des enfants ne se souviennent pas de leurs parents. Tu es certainement le plus chanceux d'entre eux, dit Yoshida en se levant et se dirigeant vers la porte. Tu as des souvenirs d'elle."

Il s'arrêta et était sur le point de dire quelque chose, mais il décida de n'en rien faire. Il se demanda pourquoi le garçon avait soudain perdu son apparente froideur. La fièvre n'expliquait pas entièrement ce fait. A cause de lui? Parce qu'il était capable de comprendre le garçon? Parce que parler en russe lui avait rappelé sa mère?

'Cette évasion est si importante pour lui?' Il jeta un regard à l'enfant et sortit en fermant la porte. Avant de retourner dans la résidence des Kido, il mit sa main sur sa propre croix et il soupira. 'Peut-être que tu rejoindra ta mère plus tôt que tu ne le pense, Hyoga...'

* * *

Hyoga reprit conscience et il vit Yoshida qui le regardait. Il grogna et s'assit. Sans un mot, l'homme lui tendit une assiette et il remarqua que le garçon hésitait à la prendre.

"Tu devrais manger. Tu ne peux aller t'entraîner, tu es trop mal en point. Mais même si tu es blessé, cela ne t'empêche pas d'apprendre l'écriture japonaise. Alors mange et nous commencerons. Nous avons toute la journée."

L'enfant prit l'assiette et la regarda un moment. Puis il prit une bouchée puis une autre. "Quand est-ce que je vais sortir d'ici?"

"Je ne sais pas. Tu es ici que depuis deux jours. Je doute que tu veuilles sortir dans cet état" dit l'homme en examinant le garçon.

Hyoga ne baissa pas le regard. Il savait à quoi pensait son professeur particulier. Il était certainement couvert de bleus dont certains étaient noirs à n'en pas douter. Il était sûr qu'il devait être horrible à voir et il ne se sentait pas encore très bien.

"Je vois que tu as fais le bon choix" annonça Yoshida sans détourer ses yeux de Hyoga.

Le garçon leva ses sourcils, perplexe. "Choix?" demanda-t-il entre deux bouchées.

"De vivre" répondit l'homme.

Hyoga arrêta son geste et sa fourchette resta à mi-chemin entre l'assiette et sa bouche. Il se mordit les lèvres.

"Ta mère serait certainement heureuse que tu aies décidé de vivre. Hyoga, si tu continue à vivre ta mère vivra toujours dans ton coeur. Elle ne quittera pas le monde des vivants tant que toi tu vivras. Elle vit à travers toi et en toi."

Hyoga posa sa fourchette et il fixa Yoshida. "Si je dois apprendre les kanji alors pourquoi ne commençons nous pas?" demanda-t-il d'un ton glacial en poussant son assiette de côté. Le garçon ne voulait pas parler de sa mère avec Yoshida.

La surprise se lut sur le visage du professeur mais elle disparut aussi vite qu'elle était apparue. Puisque Hyoga était disposé à apprendre, il allait faire la leçon. Il s'approcha de l'enfant et la leçon débuta.

* * *

Yoshida regarda sa montre. Cela faisait maintenant six heures qu'il était avec Hyoga qui semblait vouloir apprendre aussi vite que possible. Il avait remarquait quelque chose de différent dans l'attitude du garçon, et il ne pouvait savoir ce qui l'avait fait changer d'avis. Auparavant Hyoga était hostile à l'idée d'apprendre et même pour devenir un Saint. Peut-être qu'il avait abandonné ou alors le fait d'avoir pleuré hier lui a fait prendre conscience de l'avenir.

"Qu'est-ce qu'un Saint?" demanda brusquement Hyoga.

Yoshida leva la tête surpris par la question. Il pensait à autre chose qu'à la leçon qu'il devait donner et il venait de se faire attraper par son élève. "Tokumaru-san ne t'as rien expliqué?"

Hyoga secoua avec précaution sa tête de droite à gauche pour ne pas réveiller la douleur dans sa nuque.

"Je vois..." L'homme posa le livre de côté. La leçon de japonais était terminée pour aujourd'hui. Donc s'il a changé ce n'est pas parce qu'il veut devenir un Saint. Mais alors pourquoi? Est-ce seulement un répit? Cela pourrait être l'explication. Peut être qu'en lui expliquant les choses il deviendrait moins rebelle. Il se rapprocha de l'enfant et s'assit près de lui. "Qu'est-ce que pour toi un Saint?"

"Mama m'a dit que c'était un homme ou une femme qui aimait Dieu et qui a vécu en aidant les gens autour de lui ou d'elle. Quand il ou elle mourait, il ou elle allait au Paradis près de Dieu. C'est cela, non?"

Il soupira. Hyoga parlait toujours en russe lorsqu'il était avec lui. Il parlait rarement en japonais et il lui en avait toujours fait la remarque. Mais aujourd'hui il n'avait pas le courage de le corriger. Il vit que l'enfant avait des difficultés à se concentrer et à suivre la leçon. Il s'aperçut qu'il était sur le point de s'endormir. "Ce dont tu parles sont les Saints chrétiens. Ce n'est pas ce que Kido-sama a en tête."

"Alors, qu'est-ce qu'un Saint? Pourquoi devons nous nous entraîner comme des fous?"

"Dans la mythologie grecque, il est dit qu'Athéna était la déesse de la guerre et de la sagesse. Elle n'était pas la déesse du carnage. Elle protégeait le monde du Mal. Chaque fois que le Mal apparaît, la déesse Athéna revient pour l'empêcher de détruire notre monde. Pour préserver la paix et l'ordre, Athéna a des guerriers appelés Saints. Ces Saints combattent le Mal."

"Athéna n'existe pas! Dieu existe mais pas une déesse! Ils veulent que je serve cette déesse?" L'éducateur acquiesça. "Je ne crois pas en cette déesse. Je crois en Dieu, le Dieu auquel Mama croyait de toute son âme! Je veux retourner en Russie. Je veux retourner en Sibérie! Pourquoi ne me laissez-vous pas retourner dans mon pays?"

"Hyoga. Tu oublies facilement que tu as du sang japonais dans les veines. Donc tu dois rester dans le pays de ton père."

"Je ne l'ai jamais vu, donc je ne le considère pas comme mon père. Il est mort comme Mama. Mama..." La couleur des yeux de Hyoga fonça lorsque ses yeux s'emplirent de larmes, mais il les ravala.

Le professeur soupira encore une fois. Hyoga était têtu même plus que têtu, surtout lorsque quelqu'un évoquait sa mère. Cet enfant idéalisait trop cette dernière et il ne voyait pas comment il pourrait se débarrasser de cette obsession. Il était vrai que la disparition de sa mère était récente mais plus le temps passait, plus l'attachement du Russe à l'égard d'un fantôme se renforçait. Yoshida était sûr que lorsque l'occasion se représenterait, il tenterait de s'enfuir pour retrouver sa Russie natale. C'était sa seule raison de vivre, il en avait maintenant la certitude. "Hyoga, sais-tu que les Saints ont des pouvoirs?"

"Des pouvoirs?" répéta le garçon blond qui frottait son bras droit sans regarder le professeur. Cette histoire de Saints n'était pas intéressante et il désirait que Yoshida parte. Il était fatigué, très fatigué.

"Ils ont différents pouvoirs. Je ne sais pas exactement lesquels mais ils en possèdent. Il est dit que d'un coup de poing. Rien ne résiste aux Saints. Ils sont très puissants mais pour devenir un Saint, les candidats doivent subir de terribles épreuves. Seuls quelques candidats parviennent à devenir un Saint. C'est ce que l'on raconte."

"Je ne veux pas devenir un Saint" déclara de but en blanc Hyoga avant de fermer ses yeux.

"Que comptes-tu donc faire plus tard si tu en as la possibilité?" interrogea Yoshida en insistant sur le mot 'possibilité'

Hyoga essaya de penser de quoi serait fait son avenir, puis il haussa les épaules. Il grimaça de douleur. "Je ne sais pas. Je ne veux pas devenir un Saint, c'est la seule chose dont je suis certain. Je veux rejoindre Mama." Lentement il s'endormit sans se préoccuper de la présence de Yoshida. L'homme se leva et soupira.

"Tu es vraiment têtu. Mais la nuit porte conseil..." Il alla jusqu'à la porte et l'ouvrit. Il cligna des yeux en regardant le ciel. La cellule était plus sombre qu'il ne le pensait. Il referma la porte derrière lui et se dirigea vers la demeure des Kido lorsqu'une voix grave et autoritaire l'arrêta. Il se retourna et il vit Kido-sama venir vers lui avec sa petite fille, Saori.

"Comment cela se passe-t-il avec le Russe?" questionna le vieil homme alors que la petite fille fit la moue parce que son grand-père parlait avec quelqu'un d'autre qu'elle.

"Ojiisama!" l'appela-t-elle pour attirer son attention.

"Saori. Veux-tu attendre un peu, s'il te plaît" dit-il en se tournant vers la fillette aux cheveux couleur lavande.

De colère, elle tapa du pied.

"Pourquoi ces garçons sont-ils si importants, Ojiisama? Ce ne sont que des orphelins."

"Ils sont plus importants que tu ne le penses, Saori. Tu comprendras lorsque tu seras plus grande," ajouta-t-il lorsqu'il vit l'expression dubitative qu'arborait la fillette. "Tu dois être bonne et gentille avec eux. Tu ne dois pas les humilier."

"Je ne les aime pas" déclara-t-elle en tournant la tête de façon hautaine.

Le vieil homme ne fit pas cas de la réponse de sa petite fille et se tourna vers Yoshida qui attendait patiemment. "Alors?"

"Hyoga? Il est vraiment têtu. Il ne veut pas devenir un Saint. Il veut seulement retourner en Russie. Je pense qu'il veut retourner là où sa mère est enterrée."

"Nous devons lui laisser le temps d'y réfléchir. Même le plus fragile des enfants qui sont là a accepté, alors..." commenta le propriétaire des lieux en suivant du regard un couple d'enfants se dirigeant vers le réfectoire.

"Vous parlez du garçon à la chevelure verte, Shun?"

"C'est son nom?" L'homme acquiesça. "Laissez le temps au Russe" dit-il en prenant la main de sa petite fille. Ils se dirigèrent vers le 'château'. La fillette se mit à rire, heureuse et tira sur la main du vieil homme pour qu'il aille plus vite. Yoshida les suivit en silence dans le crépuscule.

Hyoga gémit dans son sommeil. Ses blessures le faisaient souffrir, et il se tourna sur le côté avec précaution. Il ouvrit brièvement les yeux. Il aperçut par la lucarne le ciel étoilé. Il referma les yeux et le sommeil l'emporta.

* * *

"Qu'est-ce qu'un Saint?" demanda une voix.

Hyoga tourna sur lui-même pour trouver à qui elle appartenait.

"Qu'est-ce qu'un Saint?" questionna la voix encore une fois.

"Qui êtes-vous? Où êtes-vous?"

"Qu'est-ce qu'un Saint?" interrogea la voix pour la troisième fois.

"Qui êtes-vous?" demanda l'enfant qui marchait dans ce qui semblait être des nuages blancs.

"Qu'est-ce qu'un Saint?"

Hyoga comprit que s'il ne donnait pas la réponse, la voix lui poserait la même question jusqu'à ce qu'elle en obtienne une. "Quelqu'un qui vit avec Dieu dans le ciel, au paradis."

"En es-tu sûr?"

"Mama me l'a dit. J'ai confiance en Mama. Mama m'a toujours dit la vérité." L'enfant plissa les yeux pour essayer de trouver celui qui lui parlait.

"Qu'est-ce qu'un humain connaît des Dieux et choses divines?" tonna la voix.

"Je ne crois qu'en un seul Dieu!"

"Qu'est-ce qu'un Saint?" redemanda la voix après un long moment de silence.

Hyoga tourna sur lui-même toujours à la recherche de quelqu'un. Ce fut alors qu'il réalisa qu'elle ne venait pas d'une direction définie mais de partout. Elle était présente partout, emplissant l'espace. Il avala sa salive. Il se devait de donner la bonne réponse, il le savait au plus profond de lui. C'est ce qu'une voix lui disait à l'intérieur de son coeur. Mais quelle était la bonne réponse? Il ne croyait pas ce que lui avait raconté Yoshida. Il voulait croire ce que sa mère lui avait dit.

Les nuages blancs encerclèrent ses pieds, devenant de plus en plus foncés jusqu'à qu'ils devinrent gris sombre. Ils s'accrochèrent à ses pieds puis à ses jambes. Hyoga essaya de bouger mais il ne le put. L'entité exigeait sa réponse. Les nuages entourèrent sa taille puis enserrèrent sa poitrine. Il haleta, luttant pour respirer, luttant contre la peur qui l'envahissait, la peur de mourir.

"Qu... Qu'est-ce... qu'un Saint?" demanda l'enfant à l'entité.

Il y eut comme un long silence et les nuages disparurent lentement, libérant le garçon qui tomba à genoux en respirant difficilement. 'Il est dit qu'un Saint peut d'un coup de poing pourfendre le ciel et d'un coup de pied entrouvrir le sol. Rien ne leur résiste. Ils sont très puissants.' Les mots de Yoshida résonnèrent dans sa tête et il la secoua vigoureusement pour les chasser, mais ils restèrent comme s'ils étaient gravés en lettres de feu dans son esprit.

Puis la scène changea.

* * *

Le ciel était noir et la mer démontée rivalisait de puissance avec les bourrasques soufflant dans les voiles d'un bateau. C'était la panique à bord. Les gens couraient vers les canots de sauvetage, en criant, en hurlant terrorisés. Quelques-uns uns des canots étaient déjà à la mer et s'éloignaient du navire qui coulait. Une porte s'ouvrit et une femme tenant son enfant dans ses bras se rua dehors. Elle fut sur le point de tomber mais elle retrouva son équilibre et marcha très rapidement vers le plus canot le plus proche.

"Mama?" demanda le garçon effrayé par tout le bruit et sentant la terreur autour de lui.

"Tout va bien Hyoga. Je suis là."

"Qu'est-ce qui se passe?"

"Plus tard mon ange." Elle arriva près du canot et elle regarda le marin qui aidait quelques personnes à prendre place à l'intérieur.

Il la vit. "Il n'y a plus de place libre, Madame. Essayez un autre canot."

La femme blonde mit sa capuche sur sa tête pour se protéger du vent violent et fit de même pour Hyoga afin de couvrir ses cheveux blonds et afin de protéger ses oreilles. Elle regarda anxieusement autour d'elle et elle s'aperçut qu'il n'y avait plus de canot de sauvetage. Son coeur se serra. Qu'allait-il advenir d'eux? Qu'allait-il arriver à Hyoga?

L'enfant jeta ses bras autour du cou de sa mère et confiant, il mit sa tête dans le creux de son épaule. Le vent s'engouffra dans sa capuche de fourrure et la lui ôta. Cette fois-ci, elle n'y fit pas attention. Elle regardait autour d'elle, inquiète. Elle serra Hyoga contre elle. Elle soupira et ferma les yeux. Il ne restait plus qu'une solution. Elle ferait tout pour son fils. Déterminée, elle ouvrit ses yeux bleus. "Hyoga. Je serai toujours auprès de toi, mon enfant. N'oublie jamais ce que je te dis. Je t'aime et je t'aimerai toujours."

"Mama?" demanda l'enfant perplexe en levant ses yeux bleus vers ceux de sa mère.

Les yeux de la femme s'emplirent de larmes mais elle lui sourit. Elle se devait d'être forte ou il allait comprendre. "Je t'aime mon petit ange. Sois bon et Dieu t'aidera." Elle se pencha par-dessus le bastingage et tendit son fils au marin qui fut surpris de la voir toujours ici. "Je préfère qu'il aille avec vous! Je vais rejoindre un autre canot."

"Très bien Madame. Je veillerai sur lui."

"Merci" articula la femme soulagée. Elle sentit les mains de l'homme entourer la taille de Hyoga.

"MAMAAAA!!!" cria-t-il, effrayé d'être séparé de sa mère. Il resserra son étreinte autour de son cou. "Viens avec moi Mama!"

"Sois gentil, mon garçon. Je t'aime. Je serai toujours près de toi, Hyoga" lui assura sa mère en l'embrassant sur le front. "Je te rejoins."

"Non Mama! Viens avec moi! Mama" cria-t-il en s'accrochant désespérément à son cou. Elle se libéra de l'emprise de ses petits bras et elle recula. "Mamaaaa! Non je ne veux pas! Je veux rester avec toi! Je t'en prie Mama!"

L'homme tira l'enfant dans le canot qui fut mit à la mer. "Dépêchez-vous!" cria-t-il à la femme qui était toujours là à regarder son fils. "Je veillerais sur lui." Elle hocha la tête et sourit à son fils.

Le canot vogua et Hyoga regardait toujours en direction de sa mère, ne comprenant pas pourquoi elle restait sur le pont au lieu de se diriger vers un autre canot. Il la vit sourire puis des larmes roulèrent sur ses joues. Inconsciemment Hyoga comprit que quelque chose n'allait pas. Quelque chose de vraiment pas normal était en train de se produire et il ne savait pas quoi. Cela l'angoissait et il ressentit un poids dans son coeur. "Mamaaaaaaaaa!!" hurla-t-il et comme s'il pouvait l'attraper, il tendit son bras en direction de la silhouette qui se tenait immobile sur le pont. "Mamaaaaa!!"

"Fais attention, chibi!" cria le marin en l'arrêtant, l'empêchant ainsi de tomber dans l'eau glacée.

"Mama est toujours à bord!" hurla-t-il en tentant de se libérer de la poigne de l'homme.

Le marin dirigea son regard vers le bateau qui sombrait et il vit la silhouette qui regardait dans leur direction. Soudain, il comprit et il resserra son étreinte autour de la taille de l'enfant.

"MAMAAAAAAAAAAAAAA!!!!!!!!!!!!" hurla-t-il de toutes ses forces. "Nous devons retourner là-bas pour l'aider!"

"Nous ne pouvons rien faire d'autre! C'est trop tard" cria le marin dans les oreilles de l'enfant pour couvrir le hurlement du vent et le bruit des vagues qui battaient le canot.

"Do Cvidanija Hyoga. Do Cvidanija mon petit ange" murmura la femme en pleurant et tournant son dos à son fils.

"MAMAAAAAAAAAAAAAAAAAA!!!! Ne me laisse pas! MAMAAAAAAAAAA!!! MAMAAAAAAA!!!" hurla-t-il à la porte qui s'était refermée sur sa mère et il laissa ses larmes couler sur ses joues.

Les canots de sauvetage affrontèrent les vagues avant de s'échouer sur une petite île recouverte de glace. Les marins ne semblaient pas inquiets. Ils savaient qu'un cargo japonais était en train de faire route vers eux. C'était le dernier message qu'ils avaient reçu avant qu'ils quittèrent le bateau qui sombrait dans la mer démontée.

Un garçon blond était à la pointe de la petite île et il fixait la mer avec intensité. Les yeux rougis par les larmes scrutaient sans relâche la surface de la mer où des blocs de glace flottaient au milieu des icebergs. Il espérait voir sa mère venir vers lui. Il espérait la serrer contre lui, se serrer contre elle, d'entendre sa voix, de sentir ses cheveux sous ses doigts, mais personne n'apparaissait à l'horizon. Seul le vent soufflait. "Mama..." murmura-t-il dans une voix larmoyante.

"Sa mère est la seule qui n'a pu être sauvée?" demanda le capitaine du bateau.

"Oui je pense" répondit le marin qui avait promis à la femme de veiller sur Hyoga. "Il n'y avait plus de place de libre dans notre canot et j'étais persuadé qu'il y en avait encore un autre prêt à l'embarquer et à être mi à la mer." Le marin baissa la tête. "J'étais sûr. Elle savait qu'il n'y avait plus de canot. C'est pourquoi elle m'a tendu son fils. Si j'avais su..."

"Nous n'aurions pas dû accepter autant de passagers" constata seulement le capitaine.

"Ils allaient au Japon pour voir le père du petit."

"Quelle tragédie! Un naufrage à un tel endroit! Là où il a coulé, il va être emporté par les forts courants, au fond de la Mer de Sibérie de l'Est. Il ne pourra jamais être remonté à la surface et cette femme reposera pour l'éternité et en paix dans ces eaux glaciales."

"Mama ne reposera pas là!" déclara fermement le garçon qui regardait toujours dans le lointain. Il avait entendu les hommes parler, mais il n'avait pas voulu participer à cette conversation. Il avait compris que sa mère avait sacrifié sa vie pour le sauver. Il l'avait compris mais il ne voulait pas croire qu'elle était morte. Il refusait sa mort. Sa mère ne l'avait jamais laissé seul et il était sûr qu'elle reviendrait vers lui un jour. Mais alors que les hommes parlaient, la réalité des faits devint plus présente et Hyoga eut l'impression de faire un cauchemar. Il savait qu'il devait quelque chose à sa mère. Il ne voulait pas la laisser seule, non, il ne voulait pas, pas après ce qu'elle avait fait pour lui.

"C'est impossible" dit le marin à Hyoga. L'enfant se tourna vers lui.

"C'est impossible. Le courant va certainement emporter le bateau beaucoup plus loin, là où la mer est gelée en permanence. La mer est très profonde à cet endroit et les courants sont très forts. Une importante calotte de glace recouvre la surface de la mer, une calotte de plusieurs mètres. Même avec la technologie actuelle, il est impossible de faire un trou dans la glace. Il se rebouche au fur et à mesure que l'on creuse. Et si par miracle tu y arrivais, la mer est trop froide et tu ne le supporteras pas. Un homme bien entraîné et portant une combinaison de plongée ne supporterai pas plus d'un quart d'heure une telle température."

"Donc tu comprends maintenant pourquoi on dit que c'est impossible" dit le marin.

"Je réussirai à ramener ma mère à la surface."

"C'est impossible. Tu dois être fort, très fort. Et si tu réussis à réaliser ton souhait, ne dérange pas son sommeil éternel. Son corps est dans une eau glaciale couverte de glaciers. Ta mère sera identique au jour où elle est morte. Aussi longtemps qu'elle restera là dans l'eau, sa beauté ne se détériora jamais. Elle sera éternelle."

Hyoga ne répondit rien du tout et il fixa la mer alors qu'un navire apparut à l'horizon. 'Je te retrouverai et je te rejoindrai Mama, je te le promets! Tu ne resteras pas toute seule!'

* * *

Hyoga ouvrit des yeux immenses et il fixa le mur. Il cligna des yeux et frissonna. Il se pelotonna dans les couvertures et sentit ses larmes rouler sur ses joues.

'Ce cauchemar encore... Ce jour affreux... Mama.... Pourquoi? Tu m'avais promis de me rejoindre! J'ai été sage. Ils me détestent. Je veux être près de toi, Mama...'

Il essuya ses larmes mais elles continuèrent à rouler. Il chercha sa croix et il la tint pressé de toutes ses forces contre son coeur. 'Ils disent tous que c'est impossible de te revoir, de te rejoindre. Mais je suis sûr que je le peux, j'en suis sûr. Mais il ne me laisse même pas essayer! Je suis prisonnier ici, dans un pays que je déteste où tout le monde me hait. J'ai été adopté mais je suis un esclave! Je dois m'entraîner pour devenir un Saint! Les Saints n'existe pas! Ce sont des idioties! Comment peut-on être capable de pourfendre le ciel d'un coup de poing et d'un d'entrouvrir le sol d'un coup de pied? Impossible! C'est tout à fait impossible. Je...'

Hyoga s'assit brusquement en ignorant la douleur qui traversa son corps et ouvrit de grands yeux. 'Attends une minute!' Il plissa les yeux et il dit tout haut ce qu'il avait d'abord pensé. Les mots prirent soudain tout leur sens. 'Tu dois être très fort.' Les mots du capitaine résonnèrent dans un coin de sa mémoire. 'Les Saints sont puissants, rien ne peut leur résister.' Les mots de Yoshida résonnèrent eux aussi comme s'ils furent le complément des premiers. 'Tu dois être fort. Rien ne leur résiste. Tu dois être fort. Rien ne leur résiste.'

"Mais oui! C'est ça!" s'écria Hyoga qui sauta sur ses pieds oubliant complètement la douleur. Il commença à arpenter la cellule, son index entourant son menton. 'Si ce que m'a dit Yoshida est vrai, alors c'est la seule chance que j'ai de revoir Mama un jour. Devenir un Saint! C'est ma seule chance!' Ses yeux pétillèrent d'espoir.

'Mama... Ne m'as-tu pas dit un jour que dans chaque situation nous pouvons trouver le meilleur? Finalement la situation est parfaite. Je n'ai maintenant que faire de ce que les autres me détestent ou pas. Non maintenant ce qui est important c'est de devenir très fort pour toi Mama. Attends-moi Mama. Je tiendrai ma promesse.'

Hyoga tenta de se rappeler les mots que Yoshida avaient employés à propos des Saints. Il s'en voulait de n'avoir pas prêter attention aux explications de Yoshida hier parce qu'il était fatigué. 'J'espère que je n'ai rien inventé!' Tout était flou dans son esprit. 'Je dois redemander des explications à Yoshida.'

Il cessa d'arpenter la pièce et il leva les yeux vers la lucarne. Le ciel était noir. Seul une petite lueur sur le bord droit de la fenêtre pouvait être discernée.

'L'aube est là, mais il ne sera pas là avant des heures!' pensa Hyoga frustré. Il recommença à arpenter la cellule. Maintenant qu'il avait un espoir de revoir sa mère, il était impatient et il avait du mal à attendre. Il regarda encore une fois la lucarne et il eut l'impression que le temps s'écoulait lentement aujourd'hui.

Il fit un mouvement brusque et il grimaça de douleur. Il avait oublié ses blessures et elles se manifestaient à lui de façon plus prononcée dans son esprit. Il s'arrêta lorsqu'il s'aperçut que c'était inutile de marcher de long en large en espérant que le temps s'écoule plus vite. Il s'assit et regarda la petite fenêtre encore une fois Il ne pouvait rien faire d'autre que d'attendre.

* * *

La clé tourna dans la serrure et la porte s'ouvrit. Le coeur de Hyoga bondit dans sa poitrine mais il ne se retourna pas pour saluer la personne qui entrait. Il ne voulait pas montrer son soudain intérêt pour les Saints. La porte se ferma et l'enfant attendit.

"Es-tu réveillé?" demanda une voix que Hyoga connaissait trop bien.

Le garçon à la chevelure blonde plissa les yeux quand il reconnut la voix de Yamada. Il se demanda ce que le responsable faisait là.

L'homme s'approcha de lui et s'arrêta en face de lui. "Toujours aussi bavard" lui lança t-il alors qu'il s'accroupit face à lui. Il lui prit le menton dans sa main droite et le releva un peu. Il plongea ses yeux dans ceux couleurs de glace du garçon qui lui lança un regard courroucé. "Toujours aussi coopératif à ce que je vois" constata-t-il ironiquement. "Une véritable forte tête. Apparemment le traitement que tu a reçu de la part de Tokumaru-san n'étais pas suffisant. Enlève tes vêtements, Hyoga" ordonna-t-il.

Hyoga plissa les yeux et la colère se lut sur son visage. Il ne bougea pas le petit doigt pour obtempérer à l'ordre de Yamada.

"Tu devrais obéir, Hyoga" intervint Yoshida qui était près de lui. L'incompréhension se lut dans ses yeux. "Il veut juste t'examiner. C'est lui qui a soigné tes blessures lorsque tu étais inconscient."

Hyoga soupira rassuré et obéit. Il laissa l'homme examiner son corps et chaque fois qu'il passait sa main sur un bleu, Hyoga grimaçait de douleur et son corps se raidissait instinctivement.

"Certaines sont encore profondes" dit Yamada en ôtant les bandes. "Quand comprendras-tu que tu dois cesser d'être une forte tête?" Il soigna lentement les blessures de l'enfant qui ne répondit pas. 'Certainement jamais' pensa le responsable en répondant à sa propre question. 'Contrairement aux autres, rien ne peut t'empêcher d'être un insoumis. Tu n'es pas Japonais.'

Même s'il savait que l'enfant avait du sang japonais dans les veines, il était incapable de le considérer comme un de ses compatriotes lorsqu'il le voyait. Ces yeux bleus et ses cheveux blonds étaient loin d'être les signes extérieurs d'un asiatique en général. 'Tu es Russe et ton désir le plus cher est de retourner en Russie, dans ton pays. Tu n'as aucune attache ici. La Fondation Graude n'a aucune emprise sur toi. Tu es un étranger. Tous les enfants ici sont contraints de faire ce que la Fondation exige d'eux. Elle a tout mis en oeuvre pour cela. Elle a accepté Shun parce qu'il est le point faible d'Ikki. Pour ne pas faire souffrir son frère, Ikki est prêt à tout faire. Elle a promis à Seiya qu'il reverrait sa soeur s'il devenait un Saint. Même les autres orphelins subissent différentes pressions. Mais je pense que cette fois-ci la Fondation Graude et en particulier Tokumaru-san et nous allons connaître un échec à cause de toi. Tu vas être notre échec.'

"Tourne-toi" ordonna-t-il en appliquant de la pommade sur le dos meurtri de Hyoga. 'Oui tu n'as pas de point faible. Tu continueras à être une forte tête et à nous défier, et cela jusqu'à ce que tu retournes dans ton pays ou jusqu'à ta mort. Je reconnais que j'admire ton courage et ton entêtement Hyoga. Mais nous ferons tout pour te mâter. Nous n'allons pas laisser un enfant imposer sa volonté ici.....'

"Alors?" demanda Yoshida.

"Nani?" s'excusa Yamada surpris et dé concerté.

"Comment va-t-il?"

"Oh! Il va bien, surtout après le traitement de Tokumaru-san." Il termina de nouer la dernière bande et se leva. "Mais pendant deux jours il ne pourra pas suivre l'entraînement. Alors utilisez tout ce temps pour lui apprendre l'écriture japonaise et le respect si vous le pouvez, Yoshida-san." Il se tourna vers Hyoga et le fixa un moment. "Personne n'a jamais réussi à s'échapper de la Fondation Graude, alors il est inutile d'essayer encore une fois. Mais sois sûr que dès que tu seras à nouveau en mesure de t'entraîner, ton entraînement sera bien plus dur et crois-moi, je vais y veiller personnellement. Faîtes de lui ce que vous voulez Yoshida-san." Il sortit.

Yoshida regarda la porte puis dirigea son attention sur l'enfant. "Comment te sens-tu ce matin?" demanda-t-il. Hyoga ne répondit pas et baissa les yeux, ne sachant pas comment formuler sa question. "Voici ton repas. Tu ferais mieux de manger, ensuite on commencera." Hyoga se mit à manger sous le regard inquisiteur de Yoshida qui attendait patiemment que le garçon finisse. Il allait passer une très grande partie de la journée avec le Russe. Il vit que quelque chose ennuyait le garçon. Ses mouvements étaient tendus et saccadés et Hyoga le regardait à la dérobée. Mais il semblait qu'il ne voulait pas en parler. Il ne demanda rien. Si l'enfant voulait parler, il le ferait. Il n'était pas nécessaire de pousser Hyoga dans ses derniers retranchements. S'il se mettait en colère, il risquerait de s'enfermer dans son monde et il serait alors impossible de l'en sortir. Il savait pertinemment qu'il était la seule personne en qui le garçon avait le plus confiance et il ne voulait pas détruire ce lien ténu ou alors tout serait à recommencer.

Hyoga s'était aperçu que Yoshida l'observait avec intensité depuis quelques minutes et il remua un peu mal à l'aise. Il tenta de finir rapidement son repas mais il avait l'impression qu'il était lent. 'Je dois lui demander' s'encouragea-t-il. 'Je le dois!' Il avala les céréales qui se trouvaient dans sa cuillère et serra avec force le couvert. "Est-ce que c'est vrai?" demanda-t-il soudain.

"Qu'est-ce qui est vrai?" répondit Yoshida après quelques secondes d'hésitation.

"Ce que vous m'avez dit" expliqua le garçon en mettant son bol de côté.

"Ce que je t'ai dit? De quoi parles-tu?"

"Des Saints" répondit laconiquement l'enfant.

"Oh, ça!"

"Est-ce que c'est vrai?"

"Vrai? C'est ce que l'on raconte."

"Les Saints sont puissants?"

"Oui ils le sont selon certaines personnes."

"Ah..."

"Pourquoi me demandes-tu cela?" questionna l'homme curieux. Il ne s'était pas attendu à ce que l'enfant lui pose une telle question à propos des Saints, surtout après qu'il ait clamé haut et fort qu'il ne voulait pas en devenir un..

"Pouvons-nous commencer la leçon..." suggéra Hyoga en changeant de sujet et en prenant son cahier d'exercices.

Le professeur soupira et leva les yeux au ciel. Hyoga passait facilement du coq à l'âne pour éviter les questions gênantes. Il sentait que l'enfant ne lui répondrait pas alors pourquoi avait-il posé la question? Il ne savait pas mais il était sûr qu'il y avait quelque chose d'étrange dans le comportement du garçon. Il ne savait pas quoi. Il ne savait pas non plus la raison pour laquelle Hyoga avait posé la question à propos des Saints tout à l'heure. Mais cette demande lui fit espérer que Hyoga s'était enfin fait une raison et avait décidé de devenir un Saint. Mais était-ce vrai? Il n'était même pas certain qu'il avait accepté à en devenir un. Il mit ses réflexions de côté. La raison du probable changement d'attitude de Hyoga n'était pas très importante, l'essentiel était qu'il devienne plus docile. Son attention se porta sur l'enfant et la leçon débuta.

* * *

Hyoga soupira d'aise et croisa les bras derrière sa tête avant de s'adosser au tronc. Cela faisait maintenant trois jours qu'il était sorti de la cellule et il appréciait cette liberté retrouvée. Plus d'une semaine à l'intérieur de cette cellule lui avait fait oublier le regard des autres, mais la réalité le frappa encore plus durement qu'auparavant et il devait employer toute son énergie et sa volonté pour contrôler ses émotions.

Hyoga laissa son livre fermé sur ses genoux et ferma les yeux. Il laissa les rayons du soleil qui traversaient le feuillage réchauffer sa peau. Il était tranquille et en sécurité ici. Il était seul, sans personne qui le regardait comme s'il était une bête de cirque. Il pouvait se relaxer et penser.

'Mama...' appela-t-il en posant sa main sur son torse. 'Mama, si seulement tu pouvais voir ce ciel bleu. Je me souviens que tu aimais regarder le ciel. Tu m'as dit un jour qu'il avait la même couleur que mes yeux. Mais ici et aujourd'hui, le ciel a la couleur des tiens, Mama...'

Il soupira et lutta contre la soudaine émotion qui l'envahissait. Il tenta de ravaler cette boule qui l'empêchait de respirer mais également les larmes qui emplissaient ses yeux. Le simple fait de penser à sa mère le rendait triste et il avait les larmes aux yeux.

Mais aujourd'hui il ne voulait pas se lamenter sur son sort. Il voulait se rétablir. Les coups qu'il avait reçus de Tatsumi après sa tentative d'évasion près de deux semaines auparavant n'étaient pas encore complètement guéries. Il voulait aussi se ressaisir psychologiquement. Il ne voulait pas craquer devant les adultes ni même devant les autres orphelins. Il voulait être aussi froid, insensible et indifférent que les glaciers de Sibérie. Il voulait être aussi froid qu'eux pour ne plus rien ne le blesse et le fasse souffrir, et en particulier les Hommes. Il voulait être de marbre pour ne plus avoir le coeur brisé. Il voulait être de glace devant les autres. Il voulait être fort face à ce que pourrait lui réserver l'avenir. Il se l'était promis et il tiendrait sa promesse.

Il expira profondément et lentement, et il se laissa envahir par la quiétude du lieu reposant ainsi son corps et son esprit. Il bailla. Il était si fatigué. Son manque de sommeil, dû aux cauchemars répétés de son plus jeune compagnon de chambre, prenait le dessus sur la volonté d'apprécier ce moment privilégié. Il sentit qu'il était sur le point de s'assoupir.

Hyoga entendit un bruit et fronça les sourcils. Il se sentait si bien qu'il ne tolérait aucune intrusion dans son monde. Il ne tolérait pas que quelqu'un le dérangeât. Il entendit un cri puis une voix geignarde.

"Non, laissez-moi!"

"Pourquoi Pleurnichard?" demanda une voix avant d'éclater de rire.

Hyoga ouvrit ses yeux et les plissèrent de colère. La tranquillité était terminée. De plus il connaissait cette voix et le surnom ne fit que confirmer ses soupçons. Il baissa les yeux et vit à travers le feuillage le garçon à la chevelure verte qui tremblait et reculait vers l'arbre où se trouvait Hyoga. Cinq autres garçons s'avançaient menaçants vers lui. Le garçon blond bougea un peu pour avoir une meilleure vue. Il n'interviendrait pas. Ce n'était pas son problème et le frère aîné du 'Pleurnichard' était toujours près de lui. Un des garçons ricana et perplexe Hyoga regarda autour de lui. Ikki n'était pas dans les parages. 'Mais que fait-il?' se demanda-t-il inquiet pour le garçon aux cheveux verts.

Un des garçons lui donna la réponse. 'Les lâches! Ils l'attaquent alors que son frère n'est pas là!' Hyoga serra les poings de rage lorsqu'il vit Tetsuo donnait un coup de poing dans l'estomac de Shun. 'Cinq contre un! Que dois-je faire? L'aider? Pourquoi est-ce que je m'occuperai de lui?' Avant de réfléchir plus avant, le garçon sauta de la branche où il était et atterrit derrière le groupe. Il frappa violemment le garçon de ses poings. Il voulait qu'il libère Shun et qu'il le laisse tranquille.

* * *

Shun pleura et appela son frère à l'aide mais les garçons ricanèrent, heureux qu'ils puissent passer leurs nerfs sur le garçon sans qu'il y ait son grand frère autour. "Niiiiiiiiiiiisaaaaaaaaaaaaaannnnnnnnnnnn" cria-t-il désespérément alors que Tetsuo le fit taire en lui envoyant son poing dans l'estomac.

"Tu as perdu ta maman, Shun?" demanda-t-il ironiquement en prenant le menton de sa victime dans sa main et l'obligeant à lever les yeux vers lui. Il poussa le garçon qui tomba à terre. "T'es un mec ou une nana?" questionna-t-il en empoignant le dos de sa chemise. "Allez! Pour une fois que ta nounou n'est pas là, nous n'allons pas louper une si belle occasion de te donner une correction! Tu vas payer pour ce que ton frère nous a fait la dernière fois.

Il était sur le point de frapper le garçon qui pleurait encore une fois quand il entendit un bruit sourd derrière lui. Il n'eut pas le temps de voir par-dessus son épaule ce qui se passait. Un coup l'atteignit violemment. Il tomba sur le sol et grogna. "Qui a osé?" cria-t-il en ouvrant ses yeux et en essuyant le sang qui s'écoulait de la commissure de ses lèvres. Il vit des mèches blondes il plissa ses yeux de rage. "Oh! Le Gaijin!" il se releva et prit une position d'attaque. "Tu veux te battre avec moi? Les gaijin ne valent rien du tout!"

Hyoga se prépara à attaquer aussi.

Shun qui n'avait pas senti le coup l'atteindre et qui avait entendu Tetsuo demander qui avait osé, leva les yeux. Il vit son compagnon de chambre, le dernier qui était arrivé, le taciturne et triste garçon blond qui était toujours seul. Ses yeux s'agrandirent sous la surprise. Il se demanda pourquoi ce garçon l'aidait. Son frère lui avait dit qu'il était un étranger et qu'il ne devait pas lui parler et apparemment depuis trois semaines qu'il était là, personne n'avait parler ne serait-ce qu'une seule fois à Hyoga, mais seulement pour l'insulter. Il remarqua quelques petites feuilles vertes dans les mèches blondes du garçon et il leva la tête. Il était certainement dans cet arbre quand la bande de Tetsuo l'avait intercepté.

Le garçon blond ne répondit pas à Tetsuo et fixa de ses yeux couleur de glace le Japonais. Il avança lentement et se tourna de façon à se trouver près de Shun sans quitter des yeux la bande. Le garçon aux cheveux verts laissa échapper un soupir de soulagement et il leva les yeux pleins de gratitude à l'enfant blond. Hyoga ne lui jeta pas un regard. Shun se releva lentement et resta près de son sauveur. Soudain il s'inquiéta. Il vit les amis de Tetsuo les encercler. Shun pensa que Hyoga l'avait aussi remarqué car il se rapprocha encore plus de lui comme pour le protéger, prêt à se battre.

Lentement, le garçon blond fit reculer Shun jusqu'au tronc sans quitter une seule fois des yeux ses adversaires. Quand il sentit que Shun ne pouvait aller plus loin, il dirigea son attention vers les garçons. Maintenant ils ne pouvaient les attaquer que sur trois fronts au lieu de quatre.

Les garçons semblèrent furieux. Ils étaient certains qu'ils pouvaient frapper Shun en toute liberté, mais leur plan était tombé à l'eau à cause du Gaijin. Tetsuo grinça des dents. "Que peut-on attendre d'un stupide Gaijin? Protéger quelqu'un d'aussi faible que Shun! Tu aurais mieux fait de ne pas t'en mêler!"

Hyoga ne répondit pas et rien n'indiqua qu'il ait compris ou non ce que lui avait dit Tetsuo. Il continua à fixer le groupe avec ses bleus si froids.

"Après tout cela nous fera de l'exercice! C'est lui même qui le demande!" dit un des garçons. Tetsuo hocha la tête en signe d'acquiescement. Un des garçons se rua sur Hyoga. Ce dernier s'écarta d'un mouvement fluide de sa trajectoire à la dernière seconde. Quand il aperçut la nuque vulnérable de son adversaire, il lui asséna un coup dessus. Le garçon tomba à terre et Hyoga ne s'occupa plus de lui. Il tourna sur sa droite quand il sentit un danger venir de cette direction. Il stoppa le poing avec ses deux mains et il prit le poignet droit de son assaillant. Se penchant le plus possible en avant, il fit voltiger son adversaire au loin.

Shun cria effrayé.

Hyoga sentit un coup de poing dans son ventre et il reçut un autre sur sa joue droite. Le Russe perdit l'équilibre mais il arrêta sa chute en prenant appui sur le sol avec sa main droite. Il vit Tetsuo prêt à gifler le garçon à la chevelure verte et se jeta sur lui.. Il le cloua au sol et le frappa de toutes ses forces pendant un moment. Puis il se releva et se tourna vers les deux autres prêts à venger leurs camarades, mais également prêts à se battre tout simplement. Hyoga en évita un et bloqua le second. Il l'assomma et se concentra sur le dernier.

Le combat dura quelques minutes et enfin tout fut fini. Hyoga haletait et observa les alentours pour voir s'il y avait d'autres amateurs. Il vit les garçons étendus sur le sol, inconscients. Un sourire satisfait apparut sur son visage et ôta la poussière de ses vêtements. Si au début il était vraiment ennuyé et en colère contre ceux qui l'avaient dérangé, maintenant il était prêt à les remercier. Cela l'avait calmé et défoulé. Il sentit qu'il pouvait maintenant contrôler ses émotions plus facilement parce qu'il s'était dépensé. Jetant encore une fois un oeil autour de lui, il vit son livre par terre près des racines et le prit. Puis, sans un mot, il fit un pas pour s'éloigner mais il s'arrêta. Il regarda autour de lui et il vit Shun qui l'observait puis diriger son regard sur les garçons inconscients avant de le reporter sur Hyoga. Se rendant compte qu'il n'allait pas lui adresser la parole ou le retenir, Hyoga s'éloigna.

Shun ne bougea pas et fixa le dos de l'étranger. Le garçon blond lui jeta un regard avant de partir. Shun cligna des yeux surpris et retrouva sa voix. "Attends!!" cria-t-il en appelant Hyoga. Mais le garçon était déjà loin. Shun entendit un grognement et baissa les yeux. Il recula et partit avant que ses bourreaux ne se réveillent complètement. Il était seul et cette fois personne ne viendrait l'aider. Hyoga était loin maintenant. Il marcha vers le terrain de jeu. Il était perplexe. Ikki l'avait défendu de s'approcher ou de parler avec l'étranger. Mais il l'avait sauvé alors qu'Ikki était en train de s'entraîner au gymnase. 'Pourquoi m'a-t-il aidé?'

* * *

Yamada attendit que Hyoga eût fini sa douche. L'enfant était seul. Il avait remarqué qu'il était toujours le dernier à se laver. Quand le garçon blond fut sur le point de quitter le gymnase, il l'attrapa par le bras et le tira derrière lui sans un mot d'explication.

Hyoga sentant la poigne de fer autour de son bras ouvrit de grands yeux étonnés et se demanda ce qui se passait. Ce qui l'étonnait le plus c'est qu'ils allaient dans la direction opposée du réfectoire. Il cligna des yeux et jeta un rapide coup d'oeil autour de lui. Ils se dirigeaient vers la cellule de méditation. "Pourquoi allons-nous là-bas?" demanda-t-il en s'arrêtant net.

L'homme continua à le traîner. "Pourquoi est-ce que tu le demandes? Tu en as certainement une idée non?"

"Pourquoi?" redemanda-t-il?"

"Tu le sais parfaitement pourquoi, stupide sauvage!"

Hyoga plissa les yeux. Il ne comprenait rien. Qu'avait-il fait de mal? Il avait été calme et obéissant depuis sa tentative d'évasion. Alors pourquoi l'emmenait-il dans la cellule de méditation? Se révoltant contre ce qui lui semblait être une injustice dans son coeur, il essaya de se libérer alors que Yamada essayait de déverrouiller la porte à l'aide d'une seule main.

"Reste tranquille!" lui ordonna Yamada parvenant enfin à ouvrir la grosse porte. Avec rudesse, il poussa le garçon à l'intérieur et entra en fermant violemment la porte derrière lui.

Hyoga sonné tenta de se relever. Il se posta face au responsable et son incompréhension se refléta dans ses yeux bleus. "Pourquoi?" demanda-t--il encore une fois en serrant les poings quand la première gifle retentit. Il plaça sa main sur sa joue droite et lança un regard haineux à l'homme.

"Tu veux que je te rafraîchisse la mémoire?! Tu sais parfaitement pourquoi tu es là!" Un autre coup atteignit sa joue. "J'avais cru que tu resterais calme et qu'il n'y aurait plus de problème avec toi! Mais j'avais tort!" Le responsable continua de gifler l'enfant puis il prit le shinai de Tokumaru-san et les coups s'abattirent sur le Russe.

"Je n'ai rien fait" hurla de colère Hyoga.

"Rien?" cria Yamada. "Qu'as-tu fait cet après-midi? Qu'as-tu fais à Tetsuo, Iroshi, Mito, Kunio et Hotsumo?"

Hyoga ouvrit grands ses yeux lorsqu'il comprit. Les garçons qu'il avait frappés pour aider Shun était la réponse à sa question. Mais il n'arrivait pas vraiment à comprendre pourquoi l'homme s'acharnait sur lui alors qu'il n'avait en réalité rien fait de mal. Il avait aidé quelqu'un qui était en danger! 'La justice n'existe pas ici!' Un coup s'abattit sur son bras droit et il cria. "Je n'ai rien fait! Ce sont eux qui ont commencé!" clama-t-il. Il sentit d'autres coups puis ils cessèrent. Il ne se sentait pas bien et il ferma les yeux.

"Tu n'as eu que ce que tu mérite. Je ne veux plus qu'il y ait une autre bagarre à cause de toi et ne la recherche pas non plus ou alors cette fois tu auras affaire à Tokumaru-san. Tu as de la chance qu'il ne soit pas là aujourd'hui. Tu resteras là jusqu'à après-demain!" Le responsable quitta le garçon et claqua la porte derrière lui, laissant l'enfant seul.

Un moment après, Hyoga rampa vers un coin de la cellule et s'assit, son dos contre le béton froid du mur. Il releva ses genoux contre sa poitrine et y enfouit sa tête. Yamada l'avait battu sans avoir voulu écouter ses explications. Tokumaru n'était pas là et le responsable avait puni Hyoga et après l'avoir battu, l'avait laissé dans la cellule. Le garçon aux cheveux blonds était plus que rassuré que Tatsumi ne soit pas là. Il détestait cet homme et les coups de Yamada étaient moins douloureux.

Hyoga commença à croire qu'il était un monstre, un démon. Il état désenchanté et cette punition avait un arrière goût d'amertume dans son esprit. Il avait aidé son compagnon de chambre et il avait été envoyé dans la cellule. 'Pourquoi? Qu'ai-je fait de mal? Aurais-je dû le laisser se faire battre par ces enfants? Mama m'a toujours dit qu'il fallait aider ceux qui étaient en difficulté. Dieu a donné sa vie pour sauver l'humanité...' Il toucha sa croix puis l'ôta. Il fixa le rosaire un long moment.

L'enfant était complètement perdu. Il avait perdu la notion du Bien et du Mal. Il avait été élevé dans une culture différente de celle dans laquelle il vivait actuellement, et toutes ses références morales et éthiques étaient brisées. C'était comme si une partie de lui-même qu'il ne connaissait pas avait disparu en même temps que sa mère.

Sa mère avait été son point de repère, sa lumière, son phare qui l'avait guidé jusqu'à présent, l'empêchant de sombrer dans la mer de la cruauté des autres et des horreurs du monde. La lumière avait été soufflée et maintenant il errait dans l'obscurité sans aucun espoir de retrouver la lumière, la lumière de la vie ou celle d'une quelconque affection.

Sachant qu'il était seul et que personne ne le voyait, il pleura sans retenue. 'Mama... Ai-je eu tort de l'aider? Suis-je un bon garçon? Ils disent tous que je suis un fauteur de troubles, est-ce vrai? Je veux juste retourner en Russie, en Sibérie où tu es. Je veux retourner dans notre pays. Je déteste le pays de père.... Mama, Mon Dieu, je vous en prie aidez-moi! Je vous en supplie' pria-t-il de toutes ses forces en pleurant.

Il s'endormit en serrant le rosaire contre son coeur, espérant une réponse de la part du Dieu en qui sa mère croyait tant.

* * *

Shun s'obligea à garder les yeux ouverts. Il fixait le lit qui se trouvait près de la porte. Il était vide et il était déjà très tard. Le couvre feu était passé depuis longtemps, déjà. Il entendit son frère dire quelque chose d'incompréhensible dans le lit près du sien, et il se tourna sur le côté. Il était profondément endormi et Shun soupira. Tout doucement, il se glissa hors du lit et il s'avança sur la pointe des pieds vers le lit vide de Hyoga. 'Hyoga...' pensa-t-il tristement. Ses yeux s'emplirent de larmes et il les laissa couler. Il savait ce que l'absence de Hyoga signifiait. Il était puni. Par sa propre faute. A cause de son aversion pour la violence et de sa faiblesse il avait apporté des problèmes à la seule personne qui l'avait aidé.. C'était pour cela que Tetsuo avait l'air si content, même après sa défaite. Hyoga n'était pas à table.. Personne ne l'avait vu. Personne n'était inquiet pour lui. Il n'était pas revenu de l'entraînement et Shun était sûr qu'il ne s'était pas enfui, sinon cela aurait été le branle bas de combat comme la dernière fois, et aucun des éducateurs n'avaient demandé où se trouvait Hyoga. Il était également sûr qu'il n'avait pas été renvoyé car ses affaires étaient toujours là. La seule solution qui se présenta à son esprit fut la cellule de méditation. 'Je me dois de le remercier. Je dois m'excuser....' Il retourna dans son lit et il se mit à pleurer le plus silencieusement possible dans son oreiller.

* * *

Le jour suivant Shun se réveilla un moment après que son frère l'avait secoué.

"Réveille-toi Shun! Tu es en retard..."

Shun cligna des yeux et frotta ses yeux endormis. Il leva les yeux et vit que son frère le regardait étrangement. "Ohaiyo Niisan.."

"Tu as pleuré" dit Ikki en s'asseyant près de lui. "Qu'est-ce qui ne va pas, Shun?"

Shun voulut dire ce qui s'était passé la veille mais il se ravisa et ferma la bouche. S'il savait que Hyoga l'avait aidé, Ikki serait certainement très en colère. Le garçon à la chevelure verte ne savait pas pourquoi son frère n'aimait pas l'étranger alors qu'il avait été bon avec lui.

"Shun?

"Rien Niisan. Tetsuo a essayé de m'embêter hier mais il n'y est pas arrivé."

"Tetsuo! Je vais lui en faire voir de toute les couleurs..." vociféra Ikki en se levant.

"Yamete Niisan. Ca va bien. Je n'ai rien et quelqu'un m'a aidé..." dit très vite Shun en attrapant le bras de son frère.

"Qui?" demanda très étonné Ikki.

"Ikki! Shun!" cria Yamada. "Vous êtes en retard! Voulez-vous être puni?

Shun glissa hors de son lit et adressa à son frère un sourire contrit. Ils firent son lit et ils sortirent. Bien qu'Ikki insista pour savoir qui avait aidé son frère, Shun se tut. "Je t'en prie, Niisan..." murmura-t-il.

"Très bien, je n'insisterai pas." Ikki sortit suivit de Shun. 'Peut-être que celui qui a aidé Shun ne veut pas que les autres l'apprennent...' Il mit le sujet de côté pour l'instant mais il se promit de redemander des explications à Shun plus tard. Il jeta un coup d'oeil à Shun, perplexe. Depuis deux ans, il souriait rarement de tout son coeur comme il le faisait auparavant. Il n'avait pas d'ami, tout comme lui d'ailleurs, mais Ikki était content qu'il soit avec lui. Depuis qu'ils étaient arrivés à la Fondation Graude, même si c'était dur, Shun était plus heureux. 'Quand reverrais-je un véritable sourire sur le visage de Shun?'

Lorsque le premier entraînement de la journée fut terminé, Ikki s'assit à table et tourna son regard vers Kiochi. Il les attendait et jeta un coup d'oeil à la quatrième chaise. Elle était vide. Le garçon aux cheveux bleus n'était pas attrister du sort du Gaijin. Plus les jours passaient plus il avait du mal à le supporter et ce, sans savoir pourquoi. Il ne l'avait pas vu à l'entraînement ce matin mais il ne s'en inquiétait pas.

"Tu as du mal à te réveiller ce matin, Shun?" demanda leur compagnon de chambre qui dévorait son petit déjeuner.

Shun s'assit et acquiesça après qu'il eut jeté un coup d'oeil à la chaise vide de Hyoga. Il avala difficilement sa salive et il ne mangea pratiquement rien, n'ayant pas le coeur à cela.

"Le Gaijin est toujours puni?" questionna Kiochi.

"Je ne sais pas ce qu'il a encore fait, mais apparemment oui" répondit Ikki.

"Tatsumi est dur avec lui. Il ne l'aime pas."

"Ce n'est pas notre problème..."

"Le blondinet aime le défier!"

"Je ne veux plus en parler ni en entendre parler, c'et compris?"

Shun resta silencieux et fixa son assiette pendant tout le petit déjeuner. Tout était de sa faute. Il haïssait la violence. Il détestait se battre et la Fondation le forçait à le faire. Alors il le faisait à contre coeur pour son frère. Il devait le faire pour lui. Il devait devenir fort, même s'il croyait qu'il y avait d'autres moyens que la violence pour exister et pour défendre ses idées. Par sa faute, le seul qui l'ait aidé, à l'exception de son frère, avait été injustement puni et avait été certainement battu. Leur compagnon de chambre avait raison. Tatsumi haïssait Hyoga, encore plus qu'il n'avait haï Ikki. Avant que Hyoga n'arrive, son frère avait été la bête noire de l'homme de main de Kido Mitsumasa. Maintenant c'était Hyoga. 'Et c'est de ma faute...'

"Shun?" appela Ikki un peu inquiet.

"Daijobu Niisan" lui répondit-il avec un sourire triste. Il s'éloigna de son frère pour aller en classe. Ikki le suivit du regard son frère, inquiet. Shun était dépressif et ce n'était pas à cause des cauchemars, il n'en avait pas eu la nuit dernière. 'Alors pourquoi?'

* * *

Shun eut l'occasion d'apercevoir le garçon blond s'entraîner dehors sous la direction du plus sévère entraîneur. Tatsumi, son shinai dans la main, le surveillait, et le coeur de Shun se serra. 'Tatsumi le hait. Pourquoi les Hommes ne peuvent-ils pas s'aimer?' Il reporta son attention sur la leçon, mais il ne put s'empêcher de regarder de plus en plus fréquemment par la fenêtre son compagnon de chambre sauter, courir, tomber. Il se sentait si navré pour Hyoga qu'il se mordit les lèvres. 'Ma faute, ma faute... Je dois le remercier...'

"Fais-tu attention à ce qui se dit, Shun?" dit le professeur d'une voix forte.

Shun se tourna vers lui et rougit. "Sumimasen..." s'excusa-t-il en murmurant.

"Qui y a-t-il de si intéressant dehors?" demanda le professeur qui regarda par la fenêtre. Il vit le garçon blond courir et donner des coups de poing à un adversaire imaginaire. Il se tourna de nouveau vers Shun qui avait baissé la tête en attendant la sentence. "Qui y a-t-il avec le nouveau?" questionna-t-il.

"Rien" répondit dans un souffle Shun.

"Alors arrête de l'observer. Il est puni et tu le seras aussi si tu continue à être aussi inattentif!"

"Hai" répondit Shun. Il y eut quelques ricanements mais l'homme les fit cesser en jetant à la classe un regard furieux. Shun se mordit les lèvres, les yeux emplis de larmes. 'Pourquoi sont-ils tous après Hyoga?' se demanda-t-il en jetant un coup d'oeil dehors.

* * *

Shun ne vit pas Hyoga de l'après-midi ni même de la soirée. 'Apparemment il est toujours dans la cellule.' C'était au tour de Kiochi de nettoyer les tables et Shun se leva pour suivre son frère. Il vit Tetsuo le regarder avec un petit sourire en coin. Le garçon à la chevelure verte voulut se tourner vers son frère qui était en train de discuter avec Hiro, mais il ne le fit pas. Ses yeux brillèrent soudain de colère.

'Ce n'est pas juste! Hyoga n'a rien fait de mal! C'est injuste!' Il serra les poings et se dirigea vers la porte sans attendre son frère. 'Non ce n'est pas la faute de Hyoga! Il ne doit pas endurer cela à cause de mon impuissance. Je ne peux laisser faire ça, je ne le veux pas.' Il marcha rapidement à travers les couloirs et s'arrêta devant la porte du bureau de Yamada. Il jeta un coup d'oeil aux alentours, pas très rassuré et après quelques hésitations, il frappa à la porte timidement.

"Qu'est-ce que c'est?" dit une voix grognon de l'intérieur.

Shun avala sa salive et se demanda s'il devait entrer ou pas. Yamada ne l'avait pas vraiment autorisé à le faire. Il frappa à la porte encore une fois et la porte s'ouvrit brusquement. Le garçon à la chevelure verte leva les yeux et vit Yamada qui le fixait avec surprise.

"Que veux-tu, Shun?" demanda-t-il.

"Je veux parler avec vous, Yamada-san" répondit Shun en baissant la tête.

"Parler avec moi?" répéta Yamada plus que surpris. "Et de quoi?"

Shun se dandina et regarda autour de lui mal à l'aise. "Pas ici.." dit-il finalement.

Sa curiosité piquée, Yamada le fit entrer et ferma la porte derrière lui. "Alors que veux-tu me dire?"

"Hyoga n'est pas responsable" dit soudain Shun, les larmes aux yeux. "Il n'a rien fait! Il ne devrait pas être dans la cellule!"

"Hyoga n'a que ce qu'il mérite!"

"Mais il n'a rien fait! Ce n'est pas juste!" s'écria Shun.

"Et que sais-tu de tout ceci?". Le responsable se dirigea vers son bureau et s'assit. "Il n'avait pas à frapper Tetsuo et les quatre autres enfants. C'est seulement un sauvage qui a besoin d'être dressé pour qu'il devienne tant soit peu humain."

"C'est faux!" cria Shun.

"Faux?" demanda Yamada sarcastiquement. "J'ai vu les marques et les bleus sur les victimes. Ils m'ont avoué que c'était le Russe qui était le responsable. Il le mérite!"

"Alors moi aussi, je dois aller dans la cellule!" dit Shun déterminé.

L'homme se mit à rire. "Ce que tu viens de dire est stupide. J'aurais du mal à croire que c'est toi qui les a battu!"

"C'est vrai que c'est Hyoga qui a battu Tetsuo et sas amis, mais c'était pour me protéger. Ils m'ont attaqué et Hyoga m'a aidé. Il était entrain d'étudier le japonais quand nous l'avons dérangé! Ce n'est pas de sa faute! C'était la mienne! La mienne! Hyoga n'a rien fait de mal, il n'a rien fait" dit Shun en éclatant en sanglots. "Il ne mérite pas cette punition..."

Yamada soupira. Il détestait les enfants qui avaient la larme facile, et Shun pleurait facilement. Il n'arrivait pas à comprendre pourquoi le garçon aux cheveux verts qui était pourtant si timide prenait la défense du Gaijin. Depuis que le garçon blond était arrivé ici il ne l'avait jamais vu parler à quelqu'un et Ikki le détestait ouvertement. Il était sûr qu'aucun des compagnons de chambre de Hyoga ne lui avait adressé la parole. Ikki savait se faire respecter. Alors pourquoi le plus faible des enfants prenait la défense de Hyoga et qui plus est sans être accompagné de son frère? Il se rappela de ce que Tetsuo et ses amis lui avaient dit hier et quel avait était la punition de Hyoga. Il commença à douter de ce qu'ils lui avaient dit. Il posa son regard sut Shun. "Ca suffit!"

Shun trembla lorsqu'il entendit le ton glacial de la voix de Yamada. Il ne leva pas les yeux et tenta de ravaler ses larmes.

"De toute façon, c'est trop tard. Que ta version des faits soit bonne ou pas, c'est trop tard. Sa punition se termine demain. De plus cela ne le tuera pas."

"Mais..."

"Retourne dans ta chambre" ordonna Yamada.

Shun resta sans bouger. "Mais..."

"Retourne dans ta chambre ou sa punition sera plus longue!" menaça le responsable.

Shun avala sa salive et recula jusqu'à la porte. Il ne voulait pas que Hyoga passe encore plus de temps dans la cellule de méditation par sa faute. Il ouvrit la porte et sortit. Il remarqua qu'il pleurait toujours et il essuya ses larmes, mais elles continuèrent de couler sur ses joues. Il se rua vers sa chambre, croisant quelques orphelins et lorsqu'il fut en sûreté dans sa chambre, il se jeta dans son lit en pleurant de plus belle.

Quelques minutes plus tard, la porte s'ouvrit et Ikki entra. "Ah, tu es là Shun! Je te cherchais partout depuis un moment. Où étais-tu? Il entendit des sons étouffés et il alluma la lumière. Il vit son frère pleurer, la tête dans son oreiller. "Shun!" s'écria-t-il en s'élançant vers lui. Il s'assit près de lui. "Shun? Doshita?"

Shun enfonça son visage dans son oreiller et secoua la tête.

"Shun?! Que se passe-t-il? Pourquoi pleures-tu? Quelqu'un t'a embêté?" demanda Ikki en essayant de retourner son frère pour qu'il lui fasse face. Mais le garçon aux cheveux verts serrait désespérément son coussin, refusant de voir son frère.

"Shun!" cria Ikki inquiet. "Qu'est-ce qui ne va pas? Dis-moi! N'ai-je pas toujours été près de toi?"

Un son étouffé par l'oreiller se fit entendre "... trop faible!"

"Que dis-tu, Shun? Je t'en prie, regarde moi!"

"Non!" cria-t-il en pleurant plus fort.

Ikki posa ses mains sur les épaules de son frère et l'obligea à lui faire face. Shun ne put résister à la force de son frère et Ikki vit l'expression désespérée de son frère. "Shun..." dit-il en le prenant dans ses bras et en le serrant contre lui. "Qu'est-ce qui ne va pas?"

"Je suis trop faible!" hurla Shun. Ikki regarda son frère surpris par le ton qu'il venait d'employer. "Je suis impuissant!" dit Shun. "Ce n'est pas juste! C'était ma faute! Je suis le seul fautif! Pourquoi le monde est-il si injuste Niisan? Pourquoi? Dis-moi pourquoi la justice n'existe pas ici dans ce monde? C'est ma faute, pas la sienne. Je suis trop faible! Je suis trop faible!"

"Shun... Je ne comprends rien à ce que tu essaies de me dire! Qu'est-ce qui est injuste? Pourquoi dis-tu que c'est de ta faute? De qui parles-tu?"

"Pourquoi n'y a-t-il pas de justice ici, Niisan?" demanda-t-il.

"...." Le garçon aux cheveux bleus ne répondit rien. Il ne pouvait pas répondre à l'interrogation de son frère.

"Tu ne peux pas" constata simplement Shun en baissant la tête. "Nous ne sommes que des enfants, et nous ne connaissons pas nos parents, on ne se souvient pas d'eux. Nous sommes seuls au monde et nous devons nous entraîner pour combattre. Pourquoi? Pourquoi? Je hais la violence! Je ne veux pas! Ce n'était pas de sa faute! C'était de la mienne!"

"Shun! Calme toi!" lui dit Ikki en le secouant. "Tu m'inquiètes beaucoup tu sais? Je n'ai pas beaucoup de réponses aux questions que tu me poses, Shun. C'est vrai que nous sommes seuls, c'est vrai que nous ne sommes que des enfants, c'est vrai que nous avons beaucoup souffert. Mais je suis persuadé que toutes les souffrances que nous avons endurées nous conduiront vers une vie meilleure, où la justice, qui n'existe pas ici, et où la paix et la joie régneront. En devenant plus fort, nous pouvons changer le monde, surtout si on est deux.."

"C'est pour ça que tu veux devenir fort?"

"Oui Shun" murmura Ikki en essuyant les larmes de son frère. "Te souviens-tu de ce que tu m'as dit quand nous avons été recueilli par le prêtre de cette église?" Shun plissa les yeux pour tenter de se remémorer cette scène. Ikki laissa échapper un petit soupir. "Quand tu as vu une image de la terre vu de l'espace. Tu m'avais dit ceci: 'Moi, je voudrais être capable de protéger la paix, comme ça il y aura moins d'enfants comme nous, il y aura moins d'orphelins.' C'était bien ça, n'est-ce pas?" Le garçon aux cheveux verts hocha la tête. "Donc tu veux devenir fort pour protéger la paix."

Shun adressa un petit sourire à son frère, signifiant qu'il avait raison.

"Bon, maintenant peux-tu me dire ce qui se passe?"

L'enfant se mordit les lèvres. Non, il ne pouvait pas lui dire. Il lui avait désobéi. Le garçon l'avait sauvé. Au plus profond de son coeur il savait que cet acte allait provoquer la colère d'Ikki et que ce dernier allait être humilié.Il ne voulait pas que son frère sache qu'il avait imploré la liberté de Hyoga et qu'il avait en plus échoué. Non il ne pouvait pas. C'était un sujet trop sensible pour Ikki.

"Shun?"

"Ca va Niisan" dit-il dans un souffle. "Je me sens mieux."

"Non Shun! Depuis ce matin tu agis de façon bizarre..."

Ikki plissa les yeux et fut sur le point de dire quelque chose mais quand il vit les yeux suppliants de Shun, il ne dit rien. Shun ne voulait pas lui répondre et parfois il pouvait être têtu. 'Si seulement il pouvait avoir cet entêtement et cette volonté quand il s'entraîne, je serais moins inquiet pour lui...' Il hocha lentement la tête et Shun lui sourit avant de se changer.

Shun ne jeta pas un regard à Kiochi qui venait d'entrer dans la chambre et se glissa rapidement dans le lit en évitant de regarder son frère.Il tourna son dos à Ikki et ferma les yeux. 'Onegai, Kami-sama, protégez Hyoga. Il ne mérite pas ce qu'il endure à cause de moi.' Le garçon aux cheveux verts était conscient du regard de son frère dans son dos, mais il ne se retourna pas. Il se pelotonna sous les draps en espérant que le sommeil le prenne rapidement.

* * *

Shun qui regardait par la fenêtre vit Hyoga aller vers la petite salle où il étudiait le japonais tout seul avec son professeur. Il soupira et se demanda s'il était vraiment libre comme le lui avait annoncé Yamada hier soir. Hyoga ne s'était pas entraîné ce matin et il n'avait pas mangé avec eux non plus. Soudain, un frisson le parcourut lorsqu'une phrase que Yamada avait prononcée résonna dans sa tête. 'Va dans ta chambre ou sa punition sera plus longue!' Shun avala sa salive. 'Est-ce que sa punition sera plus longue à cause de moi?'

Le garçon aux cheveux verts continua à regarder par la fenêtre. C'était l'heure où chacun faisait ce qu'il voulait. Shun avait décidé de rester dans la petite bibliothèque où il pouvait voir de la fenêtre la pièce où le Russe étudiait.

Il vit Hyoga écrire et répéter les mots. Il se surprit à ne pas se souvenir comment était la voix de l'étranger. Il eut beau essayer de s'en souvenir, il ne le put. Il réalisa alors que le garçon avait très peu parlé. 'C'est certainement plus dur pour lui de s'adapter que pour nous. Il est étranger et il ne comprend pas notre langue. Et il est tout seul... j'aurais dû le remercier et lui demander si je pouvais l'aider et peut être....' Il bloqua le cours de ses pensées et de ses souhaits, ne voulant pas être déçu après.

* * *

Hyoga entra dans la salle de classe et se dirigea vers son bureau sans un mot. Yoshida s'approcha lentement de lui et lui donna des papiers. "Pourquoi dois-je vivre dans un pays qui ne représente rien pour moi, mais qui m'apporte seulement de la souffrance?" déclara le garçon blond en colère.

"Pourquoi n'essaies-tu pas de l'apprécier et de le comprendre? Ta mère avait voulu venir ici pour avoir une vie meilleure. Mais elle a perdu la sienne en chemin?."

"Ne parlez pas de cette façon de Mama! Je déteste ce pays! Où est la justice? Quand je fais quelque chose de mal je suis battu. Quand je fais quelque chose de bien je aussi suis battu! Où est la justice?"

"Hyoga! Nous ne sommes pas là pour avoir une discussion à propos de la justice" dit Yoshida en tapant sur le bureau en bois.

L'enfant se mordit les lèvres et baissa le regard sur la liste de kanji qu'il devait écrire et apprendre. 'Il n'y a pas de justice ici! Pourquoi? Yamada m'a dit que je ne devrais pas recommencer et que Shun lui avait dit ce qui s'était passé. Alors pourquoi le responsable des orphelins ne s'est pas excusé?' Il serra de colère les poings.

"Hyoga! Concentre-toi sur ton travail!" Hyoga obéit et lutta contre les différents sentiments qui se bousculaient dans son coeur. La colère, la tristesse, l'amertume, la solitude, le regret, l'idée de revanche envahissaient son coeur et son esprit. Il espérait avoir un peu de temps libre pour essayer de se calmer ou bien il perdrait le contrôle de ses émotions, trahissant ainsi sa promesse.

* * *

Le temps était agréable et tout le monde était dehors. Espérant voir Hyoga sortir de la salle de classe et l'approcher, Shun avait quitté son poste d'observation à la bibliothèque. Il restait près de son frère qui jouait avec les autres. Il avait décliné l'offre qu'on lui avait faite et son frère l'avait regardé étrangement. Il rassura Ikki en disant qu'il allait bien. Il attendait un signe. Puis il arriva enfin. Il vit le garçon blond sortir tout seul et s'éloigner en direction des bois sans jeter un seul regard vers le terrain de jeu.

Shun vit Hyoga s'en aller sans être remarqué par les autres qui jouaient dans le parc. 'Il est libre!' pensa-t-il joyeusement. Il se tourna vers son frère aîné et il le vit se disputer avec Seiya. Apparemment c'était à propos de quelque chose de sérieux parce qu'ils criaient tous les deux près à sauter l'un sur l'autre. Geki et Shiryu essayaient de les tenir séparer avant que les coups de poing pleuvent. Du coin de l'oeil, il vit le garçon disparaître derrière un arbre. Shun se tourna légèrement vers cette direction. Il hésita. Son frère était sur le point de se battre et il se devait d'être près de lui, mais il voulait également parler avec le Gaijin. Il fit un pas en direction de l'enfant blond. 'Je ne l'ai pas remercié. Je n'ai pas eu l'occasion de le faire.' Il s'arrêta de nouveau et dirigea son regard sur Ikki. 'Niisan m'a dit de ne pas m'approcher de lui. Mais il m'a aidé, je dois le remercier, même si Niisan n'est pas d'accord.' C'était la seule occasion qu'il avait. 'Niisan est trop occupé pour remarquer ce que je fais en ce moment.'

Déterminé et après un dernier regard à son frère qui faisait de grands gestes pour se libérer de l'emprise de Shiryu, Shun prit une grande inspiration et se dirigea vers l'endroit où il avait aperçut Hyoga.

Shun marcha à travers le parc, cherchant le garçon blond, mais il ne le trouva pas. 'Où est-il passé?' se demanda-t-il. Il regarda soudain en l'air pensant à le trouver dans un arbre, comme la dernière fois. Il marcha, le nez en l'air, tentant d'apercevoir quelque chose de jaune, de blond parmi les feuilles vertes et les branches sombres. Rien. Il fut sur le point d'abandonner ses recherches, lorsqu'il entendit des sons étouffés comme quelqu'un qui murmurait et pleurait. Il s'arrêta et écouta.

Le coeur de Shun se serra et silencieusement il se rapprocha du son. Il contourna un arbre et il s'arrêta encore une fois. Il vit Hyoga agenouillé qui murmurait alors que ses larmes s'écoulaient de ses yeux d'un bleu de glace, comme si les morceaux de glaciers emprisonnés dans ses orbites fondaient sous une émotion intense et chaude. Ses mèches blondes cachaient son front et ses yeux et il se pencha un peu plus comme s'il allait tomber en avant.

"Mama" supplia-t-il d'une voix larmoyante. "Pourquoi? Où es-tu? Pourquoi m'as-tu laissé tout seul? Pourquoi est-ce que je dois rester ici? Je veux te rejoindre. Je veux aller au ciel avec toi. Je t'en prie, viens et emmène-moi loin d'ici...."

Les sourcils de Shun se haussèrent. Il ne comprenait pas ce que disait l'étranger et ne savait pas dans quelle langue il parlait. La seule chose qu'il comprenait était que le garçon pleurait la perte de quelque chose ou de quelqu'un. Le petit garçon aux cheveux verts fit un pas en direction du garçon blond qui pleurait mais s'arrêta et se cacha derrière le tronc. Il observa son compagnon de chambre.

'Il veut être seul... Il est comme Niisan... Il ressemble à Niisan' pensa-t-il en observant l'étranger. 'Il ne serait pas content de savoir que je l'ai vu pleurer' continua-t-il de penser et en se rappelant ce que Seiya avait dit deux jours après l'arrivée de Hyoga à la Fondation. 'Il est aussi froid que la couleur de ses yeux. Il ne ressent aucune émotion.' Et tout le monde avait été d'accord avec lui.

'Ne ressent pas d'émotion?' se demanda Shun. 'Est-ce que quelqu'un qui n'a pas d'émotion pleurerait comme il pleure maintenant?' Il mordit l'ongle de son index droit. Shun cessa d'observer Hyoga mais resta à la même place, son dos contre le tronc rugueux de l'arbre, écoutant la litanie et les larmes de l'étranger. 'Il est seul. Personne ne veut s'approcher de lui, lui parler. Je comprends sa peine. Il est comme nous, un orphelin et personne ne veut être son ami. Personne ne veut l'aider. Mais lui il m'a aidé!' Shun avala sa salive. 'Je suis seul moi aussi. Si Niisan n'était pas près de moi, je serais aussi seul et triste que ne l'est Hyoga. J'ai un frère qui me protège, mais lui, il n'a personne. Il est un 'Gaijin'. Mais moi, je trouve que c'est la personne la plus compréhensive que j'ai rencontré ici, encore plus compréhensive que les Japonais!'

Shun se tourna vers le garçon qui était toujours agenouillé et passa à travers un buisson pour avertir de sa présence à l'étranger.

Le dos de Hyoga se raidit lorsqu'il entendit les feuilles se froisser et bouger. Ce n'était pas un animal, il le savait. Non ces pas appartenait à un être humain. Qui osait venir dans sa clairière? Hyoga essuya ses larmes avec son bras gauche, mais ne se retourna pas pour voir qui était derrière lui. Il hésita entre se lever et partir ou de s'asseoir et d'attendre que l'intrus s'en aille et le laissa seul avec sa solitude et son désarroi. Il s'assit dans l'herbe et ramena ses genoux contre sa poitrine. Il les entoura de ses bras et posa son menton dessus. Il entendit la personne s'arrêter derrière lui, puis s'avancer de nouveau pour s'arrêter à sa droite. Il y eut un silence où seuls les oiseaux qui chantaient quelque part, mais pas très loin, le brisait.

"Puis-je m'asseoir près de toi?" demanda une voix fluette.

Hyoga ne répondit pas. Il savait qui était près de lui, le petit garçon aux yeux verts, celui qu'il avait aidé quelques jours plus tôt, celui qui partageait sa chambre. Il ne voulait pas qu'il soit là, il voulait être seul.

Shun baissa le regard sur le garçon assis. Il n'eut pas de réponse à sa requête. Il dansa, un pied sur l'autre, ne sachant que faire. Il se demanda s'il devait insister ou s'en aller comme cela semblait être le voeu de Hyoga. Sans un mot il s'assit près du garçon blond et prit la même pose que lui. Il contempla les rayons du soleil qui jouaient à travers les feuilles devant lui. Il eut conscience des chants des oiseaux. C'était un lieu tranquille et il comprit pourquoi l'étranger semblait l'aimer. Il était sûr qu'il devait souvent venir ici depuis qu'il était arrivé à la Fondation Graude.

Hyoga ne bougea pas et ne dit pas un mot. Il avait entendu le garçon s'asseoir près de lui, et il fut soulagé qu'il ne parlât pas. même s'il ne s'était pas intégré dans le groupe, il avait très vite appris que Shun était un enfant vraiment fragile et qu'il aimait parler comme s'il voulait se rassurer en permanence, comme s'il voulait chasser la peur qu'il avait de la vie.

L'enfant blond replongea dans ses pensées, vers celle qu'il aimait le plus, sa mère. Les sentiments contradictoires qu'il ressentait en ce moment lui faisaient penser à sa mère, et il se souvenait parfaitement de ce qu'il avait ressenti lorsqu'il fut séparé d'elle. Il se souvenait de son désespoir, de sa détresse et de son impuissance face à cette tragédie. Il ressentait la même chose aujourd'hui. Il entendait toujours le bruit du vent qui se déchaînait autour d'eux, de la mer démontée couvrant les derniers mots de la jeune femme blonde qui se tenait imperturbable sur le pont et regardait son fils pour la dernière fois.

'Do Cvidanija Hyoga. Do Cvidanija mon petit ange...'

'MAMAAAAAAAA!!!!!!!" hurla son esprit. Ses épaules se raidirent et sa tête s'enfonça un peu plus au creux de ses bras croisés. Une boule se forma dans sa gorge et il sentit qu'il allait pleurer. Il ravala ses larmes. Il ne voulait pas pleurer devant le garçon aux cheveux verts.

"Arigato gozaimasu pour ce que tu as fait" dit Shun en regardant du coin de l'oeil l'étranger.

Hyoga devint plus tendu mais il ne dit rien.

Shun observa Hyoga et se demanda s'il avait entendu ce qu'il venait de dire. Peut-être pas. Il était tendu, mais il n'avait pas fait un geste. Shun regarda devant lui et soupira intérieurement. 'Peut-être a-t-il des difficultés pour parler. C'est un étranger et il ne comprend pas bien le nihongo.' Il resserra son étreinte autour de ses genoux et posa son menton dessus. "Merci beaucoup pour ce que tu as fait" répéta-t-il. Du coin de l'oeil, il vit le Russe remuer un petit peu.

Hyoga se tourna vers le garçon et l'observa pendant quelques secondes et retourna à sa position et à ses pensées. Shun interpréta ce signe comme s'il s'agissait d'un signal et il étudia ouvertement le garçon blond. Il remarqua les traces que les larmes avaient laissées sur ses joues. Mais il constata aussi les bleus sur ses joues et sur ses bras, sans compter les coupures. Il se sentit coupable car à cause de lui, il avait été battu. "Gomen nasai" dit-il dans un souffle les yeux emplis de larmes.

Cette fois-ci Hyoga se tourna franchement vers lui.

Shun s'agenouilla près de lui et tendit sa main vers le bras droit de Hyoga, et posa un doigt sur le bleu le plus proche. Hyoga suivit des yeux le geste de Shun, perplexe. "Tu as été puni par ma faute. Tatsumi et les autres sont très sévères avec les orphelins et apparemment ils l'ont été encore plus avec toi." Hyoga le regarda sans un mot. "D'habitude c'est mon frère qui me défend, mais Tetsuo et ses amis ont attendu qu'il fut loin pour m'ennuyer." Shun soupira et une larme roula sur sa joue gauche. "Tu es le premier qui m'a aidé, onto ni arigato."

Hyoga écouta le garçon à la chevelure verte et intérieurement le plaignit. 'Les orphelins sont très durs les uns envers les autres, et il semble qu'il n'y ait pas de place pour les faibles dans ce monde. Et Shun est l'un d'entre eux. Si son frère n'était pas là pour lui, comment pourrait-il survivre ici?' Hyoga secoua de droite à gauche la tête. Shun pencha la tête sur le côté ne comprenant pas ce que l'étranger voulait lui dire. "Iie" dit d'une voix hésitante Hyoga.

Le visage de Shun s'illumina et il sourit de toutes ses dents. "Tu me comprends?" demanda-t-il joyeusement.

"Je ne parle pas bien nihongo," répondit-il "mais je comprends, pas tout, mais..." expliqua-t-il en donnant à Shun un sourire embarrassé et il essuya les larmes de Shun comme un frère l'aurait fait.

Shun sourit. "Est-ce qu'elles te font mal?" questionna-t-il inquiet en désignant les blessures.

Hyoga fit non de la tête. 'Non pas celles-là, mais celles de mon coeur, oui et plus que tu ne pourrais l'imaginer.'

Shun regarda le garçon blond pour savoir s'il lui cachait la vérité, mais il ne le put. Hyoga semblait porter un masque d'impassibilité qu'il était impossible de savoir ce qu'il ressentait. "Mon nom est Shun" dit-il après un moment d'observation.

Hyoga hocha juste la tête et dévisagea Shun. Il était très franc mais aussi très naïf. Il était si innocent que tout le monde voulait le protéger ou plutôt que lui voulait le protéger. "Hyoga dit-il sachant pertinemment que tout le monde ici connaissait son prénom.

"C'est un prénom japonais" constata Shun. "Mais tu ne ressembles pas à un Japonais."

"Mama était Russe. Père était Japonais."

"Ton père?!" s'écria Shun en scrutant le garçon assis près de lui. "Tu ne fais pas du tout Japonais" conclut sans mentir Shun.

Hyoga haussa les épaules. Shun était franc mais il préférait cela aux regards suspicieux dont il était la cible tout le temps.

"C'est pourquoi tu es au Japon!" s'exclama Shun qui se leva enthousiaste. Il baissa les yeux sur Hyoga. "Tu ne peux savoir le nombre d'histoires qui circulent sur toi! Tout le mande se demande pourquoi un Russe se trouve au Japon!"

Les yeux de Hyoga devinrent durs. 'Est-ce que ma première impression concernant Shun était la bonne? Je pensais qu'il serait un ami! Quel idiot je fais! Il est comme les autres! Il veux seulement satisfaire sa curiosité!'

L'ombre du sourire qui était apparu sur ses lèvres disparut et son visage devint hostile.

Shun se rendit compte du changement d'humeur de Hyoga. Il le vit se lever et s'éloigner sans un mot. Shun s'élança derrière lui et attrapa son bras gauche. "Gomen nasai Hyoga-san! Je ne voulais pas..."

En colère, Hyoga se retourna vivement et l'interrompit. il se libéra avec brusquerie de l'emprise de Shun. "Tu es comme les autres!" cria-t-il furieux et il l'attrapa par le col. "Je..."

"Shun!!!" cria une voix qui venait de la droite.

Tous les deux se tournèrent et Shun vit son frère plissait dangereusement ses yeux jusqu'à ce qu'ils deviennent deux fentes. Il était si en colère que les yeux d'Ikki étaient noirs. Hyoga vit le danger mais il ne lâcha pas le col du sweat de Shun. "Niisan" murmura surpris Shun .

"Lâche Shun Gaijin!" ordonna le garçon à la chevelure bleue. Il se rua sur Hyoga et le frappa en pleine figure. Hyoga perdit l'équilibre et tomba lourdement sur le sol. Il se releva d'un bond et s'élança sur Ikki, et sous la colère ses yeux ressemblèrent à deux glaciers. Il voulait se venger de l'affront du frère du petit curieux.

Shun qui était tombé sur ses genoux sauta sur ses pieds, effrayé. "Non! Yamete!" cria Shun.

Hyoga envoya son poing sur la joue droite d'Ikki sans un mot, mais il sentit un coup s'enfoncer dans son ventre et un autre sur sa joue droite. Il fut sur le point de rendre coup pour coup lorsque Shun s'interposa entre eux pour les arrêter.

Shun leva sa tête et regarda son frère avec des yeux larmoyants. "Yamete kudasai Niisan! Hyoga-san ne m'a pas fait de mal! Yamete Hyoga-san!" dit-il en se tournant vers le garçon blond mais en tenant le bras de son frère pour l'empêcher de frapper Hyoga encore une fois. Il pouvait sentir les muscles tendus de son frère et il avala sa salive en priant pour avoir assez de force pour le retenir. Il espérait qu'Ikki n'allait pas attaquer le Russe et que ce dernier n'allait pas attaquer son frère.

Hyoga jeta un regard noir à Ikki et posa son regard sur Shun avant de s'enfuir au loin à la recherche d'un endroit tranquille avant que l'un des deux ne vit ses larmes.

Lentement et tristement, Shun lâcha le bras d'Ikki en murmurant le prénom de Hyoga.

"Shun!" appela Ikki en le prenant par les épaules. "Est-ce que ça va? Où t'as-t-il fait mal?"

Lentement Shun se tourna vers son frère, ses yeux verts emplis de larmes. Silencieusement elles roulèrent sur ses joues. "Il ne m'a fait aucun mal. Non, il ne m'en a fait aucun."

"Alors pourquoi pleures-tu?"

"Il est tout seul! C'est lui qui m'a sauvé quand Tetsuo m'a embêté la dernière fois...." Ikki, sous le coup de la surprise ouvrit imperceptiblement plus grand ses yeux alors que Shun se mit à pleurer. "Je voulais juste le remercier, je voulais juste être son ami...." dit-il.

Ikki fixa l'endroit où le Russe avait disparu. Il ne sentait pas très fier de lui, et il fut incapable de faire un geste. Il avait été injuste envers le nouvel orphelin. Mais son geste était à s'y méprendre, celui de frapper son frère, alors il trouvait normal qu'il avait mal interprété son geste. Shun s'éloigna de son frère et s'assit dans l'herbe, ses larmes roulant toujours. "Pourquoi ne me l'as-tu pas dit?"

"Aurais-tu accepté qu'il m'ait aidé?" demanda Shun gardant son regard fixé sur les buissons qui se trouvaient devant lui.

Ikki baissa la tête. 'L'aurais-je accepté? Non! Et maintenant que je le sais je ne peux tolérer qu'un Gaijin ait aidé Shun! Je hais ça! Je ne lui fait pas confiance! Et maintenant j'ai une dette envers lui!' Ikki regarda son frère. "Non" répondit-il.

"Et maintenant, l'acceptes-tu?" questionna Shun en se tournant vers son frère. Ikki fit non de la tête. "C'est pourquoi je ne te l'ai pas dit. Par ma faute il a été puni. A cause de ma faiblesse et de mon impuissance il a eut des ennuis!" Ikki ne dit rien et s'approcha de son frère. Il s'assit près de lui et le prit dans ses bras. "Pourquoi est-ce que tu le déteste, Niisan?"

"Je ne sais pas...." répondit-il, "mais je n'ai pas confiance en lui. Je ne peux pas le laisser te faire du mal. Il était sur le point de te frapper!"

"S'il m'avait frappé, il aurait été dans son droit" rétorqua Shun. "J'ai une dette envers lui, Niisan. J'ai une dette énorme et je ne sais pas si je peux la lui payer un jour. Je l'ai remercié mais ce n'est pas assez. Je pense que ce n'est pas assez. Il a subi une injustice par ma faute et je n'ai pas été capable de la réparer. Je n'ai pas été gentil avec lui. Je lui ai dit quelque chose que je n'aurais jamais dû dire.... Il aurait eu raison de me frapper s'il l'avait vraiment voulu, Niisan."

"Shun! Je te reconnais à peine!" s'exclama Ikki qui baissa les yeux sur son frère pour être certain que c'était bien lui.

"Niisan... Tu m'as dit que je devais être fort. Je vais devenir fort comme ça je pourrais aider les gens que j'estime beaucoup. Je veux être fort pour toi, Niisan, mais aussi pour Hyoga-san, comme ça il ne sera plus ennuyé par les autres. L'échec que j'ai subi hier doit m'aider à progresser. Je veux être son ami. Et tu sais quoi? Il ressemble à un ange. Il est comme les petits anges que j'ai vus à l'église où nous vivions avant de venir ici."

"Il te rejettera comme les autres, Shun."

"Peut-être, mais si je n'essaye pas, je le regretterai. Peut-être qu'il ne le fera pas, Niisan. Il m'a aidé alors que je ne lui avais jamais parlé. Comment pourrais-je devenir fort si je ne suis pas mes idéaux, Niisan?"

Ikki regarda son frère pendant un long moment et acquiesça. "Tu as raison. Fais ce que tu crois devoir faire. Mais s'il te fait mal ou si quelqu'un d'autre le fait, dis-le-moi tout de suite. Je serai toujours près de toi Shun."

"Arigato Niisan" lui dit Shun en se levant. Il tendit sa main à son frère et l'aida à se relever. Ils se regardèrent. "Merci d'être toujours près de moi, Niisan."

"A quoi sert un grand frère?" pouffa Ikki.

* * *

Shun attendit. Il avait terminé sa douche et il attendait à l'entrée du gymnase. Il n'avait pas eu le temps de parler à Hyoga. Ce dernier était arrivé juste à l'heure pour l'entraînement, et plusieurs fois Shun avait tenté d'attirer l'attention du garçon blond. Mais Hyoga n'avait pas regardé une seule fois dans sa direction, et le coeur de Shun s'était serré. Il avait remarqué l'expression fermée du Russe et il s'était mordu les lèvres sans savoir s'il devait lui parler aujourd'hui ou pas.

Plusieurs fois le garçon aux cheveux verts avait croisé les regards que son frère lui lançait de temps en temps. Il savait qu'il était inquiet, mais il avait décidé de suivre ses idéaux, et il n'abandonnerait pas maintenant. Alors qu'ils prenaient la douche ensemble, ils en avaient encore discuté, mais Shun avait répondu à son frère qu'il devait essayer. Pas très rassuré Ikki était resté un moment près de lui avant de le laisser seul à la demande de son frère.

Shun soupira. Adossé contre le mur près de la grande porte du gymnase, il donnait parfois et distraitement des coups de pieds dans des cailloux qui se trouvaient devant lui. Il regarda à droite. Hyoga n'était toujours pas là. Il savait que le Russe prenait toujours sa douche en dernier. Tetsuo s'était moqué de lui et avait dit qu'il faisait ça parce qu'il était trop pudique. Mais Shun avait le sentiment que c'était pour une autre raison.

Le garçon mit ses bras derrière son dos et soupira en levant les yeux au ciel. Le soleil était sur le point de se coucher et Shun admirait les couleurs du couchant. Il resta un long moment à contempler les nuages rouges et violets pendant que les cirrus dorés devenaient peu à peu gris. Un mouvement à sa droite le sortit de sa contemplation et il tourna la tête. Il vit le garçon blond sortir du gymnase. Un petit sourire apparut sur ses lèvres. Hyoga ne l'avait pas vu et il se dirigeait vers le réfectoire.

"Hyoga-san" appela-t-il doucement. Le garçon ne s'arrêta pas. "Hyoga-san" l'appela-t-il encore une fois. Il s'élança derrière lui. Hyoga s'arrêta. "Hyoga-san" répéta Shun en stoppant près de lui. "Je suis désolé pour tout à l'heure" s'excusa-t-il. "Gomen."

Hyoga qui s'était arrêté attendit. Il n'avait pas espéré que Shun l'attendrait, l'appellerait et lui présenterait des excuses. 'Mais pourquoi des excuses? J'avais les nerfs à fleur de peau. Il avait tout à fait le droit de se demander pourquoi j'étais au Japon et de me poser la question. Je n'ai pas été correct alors qu'il est le premier à m'avoir parlé gentiment.'

Shun se mordit les lèvres. Hyoga ne disait rien. "Gomen. Je n'aurais jamais dû te le demander. Je suis trop curieux. Je t'en prie pardonne à mon frère pour ce qu'il t'a fait. Il avait tort. Je suis désolé, je suis trop faible pour faire quelque chose de bien. J'attire toujours les problèmes."

"Ton frère t'aime" répondit simplement Hyoga en portant son regard sur le ciel qui s'assombrissait. "Je le méritais."

"Non! Tu ne le méritais pas, Hyoga-san!"

Le garçon blond se tourna vers Shun qui le regardait. "Pourquoi?" demanda-t-il.

Perplexe Shun le regarda. 'Qu'est-ce que c'est que cette question?' Il chercha les yeux bleus du Russe et il pencha la tête sur le côté. "Pourquoi quoi?"

"Pourquoi es-tu là?"

"Je t'attendais, Hyoga-san."

"Pourquoi?"

"Parce que je voulais m'excuser et parce que...." Shun baissa la tête et examina ses mains.

Hyoga attendit un moment. Il vit que Shun n'était pas à l'aise. La façon dont il croisait et décroisait ses doigts, la façon dont il tordait ses mains lui apprenait que Shun était très nerveux. Il soupira et attendit quelques secondes. "Et?"

Shun ouvrit grands ses yeux et les ferma. Il ne pouvait pas lui demander s'il voulait devenir son ami comme ça. Il n'était même pas sûr que Hyoga l'avait pardonné. "Pourquoi m'as-tu aidé, Hyoga-san?"

Hyoga dirigea son attention sur le dernier nuage violet qui devenait gris. "Je ne sais pas" répondit-il simplement. Du coin de l'oeil il vit Shun perplexe. Il haussa les épaules. "Tu étais seul. Ils étaient cinq..."

"Seulement pour cette raison?"

Hyoga haussa de nouveau les épaules. "Peut-être, peut-être pas. Seul Dieu le sait."

"Tu parles en russe..." lui fit remarquer Shun avec un petit sourire.

"Je ne peux pas expliquer en Japonais..." répliqua sérieusement Hyoga en se tournant vers lui.

"Ce n'est pas important Hyoga-san" dit Shun en souriant. "Je...Je me demandais si..." Il cessa de parler et Hyoga l'observa. "Si tu veux rester avec moi."

"Rester avec toi?" demanda Hyoga déconcerté.

Shun hocha la tête. "Eh bien... Je veux dire proche. Parler ensemble, jouer et faire des choses ensembles..."

"Pourquoi avec moi?"

Le garçon aux cheveux verts baissa la tête et donna un coup de pied dans un caillou. "Je me sens bien près de toi, Hyoga-san. Je n'ai jamais ressenti cette sensation de bien-être sauf auprès de mon frère. Mais je n'arrive pas vraiment à expliquer ce que je ressens quand je suis près de toi, mais j'aime cette sensation."

Surpris Hyoga dévisagea Shun. Il n'avait été qu'une seule fois près de Shun et c'était cet après-midi. Il ne comprenait toujours pas pourquoi l'enfant voulait être avec lui. Lui-même se sentait bien près de Shun, mieux qu'auprès des autres. Il se souvint qu'il était le seul à ne pas s'être moqué de lui, et le seul qui ait eu de la peine et de l'intérêt pour lui.

"Hyoga-san?" appela Shun en voyant que le Russe s'éloignait.

"Non. Pas Hyoga-san" dit soudain le garçon blond. "Juste Hyoga."

Shun plissa ses yeux pendant quelques secondes puis un sourire éclaira son visage. "Vraiment? Tu veux?" Le Russe acquiesça en lui adressant l'ombre d'un sourire. "Je suis content Hyoga-kun!"

"Hyoga-kun?" demanda Hyoga en se retournant vers Shun.

"C'est un titre honorifique qu'on utilise entre ami. Je préfère t'appeler Hyoga-kun.

"Un... un ami?" Shun fit oui de la tête et Hyoga baissa les yeux. 'Un ami? J'ai beaucoup entendu parler de l'amitié, mais comme Mama voyageait beaucoup à travers la Russie et la Sibérie, je n'en ai jamais eu. Pourquoi Shun me propose-t-il d'être son ami? Parce que je l'ai aidé? Parce qu'il est tout seul? Il n'est pas tout seul, il a son frère.' Il plissa les yeux quand il se souvint de la façon dont Shun l'avait regardé lorsque Tatsumi l'avait conduit à la cellule de méditation la première fois. 'Ami...' dit-il dans sa tête. "Comment dois-je t'appeler?" demanda Hyoga.

"Comme tu veux, Hyoga-kun."

"Alors Shun-kun c'est bien?"

"Je trouve que tu parles bien le nihongo. Nous devrions aller au réfectoire ou alors nous serons punis. Mais si nous sommes punis tous les deux, ce n'est pas grave, je serai avec toi..."

"Merci."

"De quoi Hyoga-kun?"

"De me parler, de ne pas penser que je suis un monstre. D'aller voir Yamada la dernière fois."

Shun ne fit pas remarquer à Hyoga qu'il avait fait une faute dans sa phrase, mais il se promit de l'aider à très bien parler le japonais. "Ce n'était rien, et cela n'a rien donné. Je suis trop faible, et Yamada-san a refusé de te laisser sortir. Je ne pouvais pas accepter que tu sois puni à cause de moi. Mais je vais devenir fort."

"Est-ce que ton frère acceptera que tu parles avec moi?"

"Si tu ne me fais pas de mal, Niisan ne te fera rien."

"Il me déteste."

"Daijobu, Hyoga-kun. Niisan ne te fera pas de mal, si je le lui demande. Je ne sais pas pourquoi il ne t'apprécie pas, mais je ferai tout mon possible pour te protéger de lui."

Ils arrivèrent près de la maison et ils ouvrirent la porte. Hyoga plissa les yeux. "Shun-kun, tu ne devrais pas rester avec moi."

"Pourquoi dis-tu cela, Hyoga-kun?"

"Je vais attendre jusqu'à ce que tu entres."

"Pourquoi?"

"Parce que tu seras rejeté" expliqua le garçon aux cheveux blond.

"Je suis déjà rejeté, Hyoga-kun. Je ne suis pas assez fort pour eux et ils ne veulent pas se trouver près de moi. C'est pourquoi Niisan ne les aime pas. Alors je ne crains pas d'être exclu, puisque je le suis déjà. Nous irons au réfectoire ensemble."

Hyoga capitula et se dirigea vers la salle où tout le monde prenait les repas. Tous les deux avançaient rapidement. Ils savaient qu'ils étaient en retard, mais n Shun, ni Hyoga ne s'en souciaient. Ils s'arrêtèrent devant la porte et Hyoga mit sa main sur la poignée. Il posa son regard sur Shun qui lui sourit rassuré par sa présence. Le coeur du Russe devint plus léger et il lui sourit en retour. Il ouvrit la porte et ils entrèrent.

"Shun! Hyoga!" cria Yamada surpris de les voir ensemble. "Où étiez-vous? Vous êtes en retard!"

"Gomen nasai!" s'excusa Shun. "Cela ne se reproduira plus, Yamada-san" dit-il en levant les yeux sur le responsable. Hyoga se plaça devant Shun comme s'il voulait le protéger et fixa Yamada du regard.

"Que cela ne se reproduise pas! Maintenant, allez à votre table!"

Les deux garçons se tournèrent et marchèrent tranquillement jusqu'à la table où Ikki foudroyait Hyoga du regard. Kiochi les observa, déconcerté. Ils s'assirent, Hyoga à sa place. Comme Ikki était juste en face de lui, il vit le regard meurtrier du garçon aux cheveux bleus. Il soutint le regard d'Ikki et le lui renvoya.

"Ne t'avise pas de mettre Shun en retard, Gaijin!" siffla Ikki entre ses dents.

"Niisan, je t'en prie" implora Shun dans un murmure. "Il n'a rien fait. Il n'est pas responsable."

"Il est plus âgé que toi et il connaît le règlement. Si Yamada t'avais puni, je jure que le Gaijin aurait passé un sale quart d'heure!"

"Niisan. Hyoga-kun a été très gentil avec moi. Alors arrête s'il te plaît."

" Hyoga-kun?" répéta surpris Kiochi.

"SILENCE!" cria Yamada. "Si tous les quatre vous continuez, je vais sévir!"

Les enfants cessèrent immédiatement de parler et mangèrent leur repas lentement. Shun jeta un coup d'oeil à Hyoga et lui sourit. Le garçon blond hocha imperceptiblement la tête et se remit à manger.

* * *

Ikki n'en pouvait plus. Il en avait assez de Hyoga. Il était le plus âgé et cet étranger, même s'il avait aidé Shun, ne voulait pas lui obéir. Il était le responsable de leur groupe. Il avait déjà assez de difficultés avec Seiya et Shiryu, sans compter Jabu, et tous trois faisaient partie d'un autre groupe. Mais Shun, Kiochi et le Russe étaient sous sa responsabilité et il souhaitait qu'ils lui obéissent. C'était sans compter Hyoga et c'était plus que ne pouvais supporter Ikki. Il avait une mauvaise journée et l'indifférence de Hyoga et la façon dont il le regardait fut la dernière goutte qui fit déborder le vase. "C'est ton tour Hyoga!" gronda-t-il ses yeux bleu foncé s'assombrirent.

Hyoga le regarda juste sans mot dire.

"Ne sois pas si dur avec lui Niisan" dit Shun en venant à l'aide de Hyoga et voulant calmer la tension qu'il sentait grandir entre les deux personnes qu'il aimait le plus. Cela pouvait devenir vraiment sérieux. "Je vais..."

"Non!" s'écria Ikki qui posa violemment sa fourchette et se leva d'un bond. "C'est le tour du Gaijin!" rugit-il en se penchant un peu et prenant le col du Tee-shirt de Hyoga. Il l'attira à lui.

Hyoga frappa les poings d'Ikki en vain pour se libérer de la poigne d'Ikki. Il foudroya Ikki du regard. "T'avise pas à me toucher" dit-il calmement en regardant droit dans les yeux du garçon aux cheveux bleus.

Peu à peu, le réfectoire devint silencieux et tout le monde observa ce qu'il se passait entre les deux garçons.

"Je fais ce que je veux Gaijin!" rugit Ikki en attirant Hyoga encore plus près de lui. "Je suis le plus âgé et tu dois faire ce que je te dis!"

Hyoga ne répondit pas et un sourire malveillant apparut sur ses lèvres.

Ikki devint rouge de colère et son poing droit lâcha le col de Hyoga avant de le frapper sur la joue droite. Sous la puissance du coup, la tête de Hyoga fut projetée vers la droite et le garçon recula. Il serait tombé sur le sol si le poing d'Ikki ne tenait pas le Tee-shirt.

"Nani?" s'écria quelqu'un quelque part dans le réfectoire. Il semblait mi-surpris par le combat qui s'engageait alors que des cris de surprise fusèrent un peu de partout. Shun ouvrit grands ses yeux, effrayé.

"Je te donner une leçon, Gaijinž Une leçon dont tu te souviendras toute ta vie!" cria Ikki.

Hyoga tourna la tête et ses yeux bleu très clair lui lancèrent des éclairs furieux et réclamèrent vengeance. Avec l'aide de ses deux mains, il attrapa le poignet gauche d'Ikki qui tenait toujours son Tee-shirt et tourna brusquement son corps, entraînant dans son élan le corps de l'autre garçon par-dessus la table. Les plats et les couverts furent projetés et tombèrent à terre avec fracas. Quelques assiettes et verres se brisèrent. Ikki tomba sur son dos. Il ouvrit un oeil et vit le Russe le regarder durement. Ikki grogna et ses joues devinrent rouges.

"Niisan!" cria Shun qui tentait d'aller vers lui, mais Kiochi attrapa son bras. Shun se tourna vers lui et le garçon aux cheveux sombres secoua lentement la tête. "Mais..." protesta Shun.

Mais Kiochi secoua encore une fois la tête et il serra le bras de Shun. "Laisse-les. Ils doivent se battre..."

Shun le regarda surpris. 'Pourquoi doivent-ils se battre? Pourquoi?'

Au même moment, Ikki sauta sur ses pieds et sans hésitation il envoya son poing dans l'estomac du Russe et le frappa à la joue droite.. Hyoga recula d'un pas pour retrouver son équilibre. Il se défendit et Ikki ressentit une douleur dans sa poitrine avant qu'un coup de poing atteignit son nez.. Le garçon à la chevelure bleue sentit quelque chose couler de son nez, et sans vérifier ce que c'était, il savait que son nez saignait. "Kuso!" rugit Ikki en se ruant sur Hyoga.

"Niisan!!" cria Shun qui se libéra de la poigne de Kiochi. Il courut vers son frère et vers Hyoga mais il fut stoppé par les autres enfants qui s'étaient attroupés autours des deux combattants. "Niisan! Hyoga-kun! Yamete!" supplia Shun qui tentait de crier plus fort que les cris des autres. Il tenta de se frayer un chemin. "Yamete kudasai!"

Mais aucun des deux ne l'entendit et les coups volèrent sans discontinuer touchant les joues, les pommettes, le ventre et les autres parties du corps.

"Vas-y Ikki! Montre-lui ce que les Nihonjin sont les meilleurs!"

"Donne-lui une leçon!"

"Allez! Vas-y! Fais le ramper devant nous!"

Shun parvint enfin à se faufiler entre les enfants et se précipita vers son frère et Hyoga pour les arrêter. "Yamete kudasai! Niisan! Hyoga-kun!" cria-il les larmes aux yeux.

"Que se passe-t-il ici?" cria une voix de stentor.

Tout le monde cessèrent de crier immédiatement et se tournèrent comme un seul homme vers la porte. Shun arrêta sa course et se raidit. Il connaissait trop bien cette voix et il vit le pire. Les enfants virent Tatsumi et Yamada les regarder, furieux. La plupart d'entre eux s'écartèrent du chemin de l'homme de main de Kido Mitsumasa. Il se dirigea vers les deux enfants qui continuaient à se battre, n'ayant pas entendu ni l'arrivée de Tatsumi, ni sa question. Ils étaient totalement absorbés par leur combat.

Tatsumi regarda les deux combattants. "Cessez cela immédiatement!" cria-t-il. Mais ni Hyoga, ni Ikki n'arrêtèrent. "Arrêtez cela!" ordonna Tatsumi qui prit les deux enfants par le col et les souleva. Ikki foudroya du regard Hyoga, mais il resta tranquille. Hyoga fit de même, les poings toujours serrés. "Je ne sais pas se qui se passe ici, et je ne veux pas le savoir, mais vous connaissez le règlement et ce qui arrive à ceux qui l'enfreint!"

"C'est le Gaijin!" s'écria quelqu'un. "C'est le Gaijin! C'est lui qui a commencé!"

"Je ne veux pas savoir qui a commencé ou pas! Ils étaient deux à se battre! Ils auront donc la même punition!"

"Ce n'est pas juste!" cria quelqu'un. "C'est lui qui a commencé!" dit-il en désignant du doigt Hyoga.

"Oui, c'est injuste!" reprirent plusieurs voix.

"SILENCE!" cria Tatsumi. Il se tourna vers les deux hommes qui se tenaient près de la porte et avec son menton, leur fit signe de venir. "Puisque vous aimez tant vous battre, vous allez pouvoir vous battre aussi longtemps que vous le désirez. J'en ai assez de toi, Ikki. J'en ai assez de toi, Hyoga!"

Chaque homme en noir prirent un enfant par le col et s'éloignèrent.

"Niisan!" cria Shun.

"Lâchez-moi! Mais lâchez-moi!" rugit Ikki en bougeant dans tous les sens. Mais l'homme le tenait fermement.

"Quant à vous, restez tranquille! Je ne veux plus d'autres problèmes ce soir!" Les yeux noirs de Tatsumi firent le tour du réfectoire et se posèrent sur chaque enfant. Puis il se tourna et quitta la pièce.

"C'est terrible" dit Shiryu dans un murmure. Shun se tourna vers lui, effrayé.

"Pourquoi dis-tu ça, Shiryu?" demanda Seiya surpris.

"Tatsumi est de mauvaise humeur. Tu as entendu ce qu'il a dit. Il en avait assez d'Ikki et de Hyoga. Il va passer sa colère sur eux..."

"Non..." murmura Shun en comprenant et en pleurant. "Non... Ce n'est pas vrai..."

"Shun" murmura son compagnon de chambre, "ne t'inquiètes pas, Ikki est fort!"

"Pourquoi? Pourquoi n'accepte-t-il pas Hyoga?

"Ikki avait raison quand il disait que le Russe n'apporterait que des ennuis..."

"Non, ce n'est pas vrai" répliqua Shun après un long moment. Il se souvint du moment où il avait vu Hyoga pleurer. "Il n'est pas responsable..." Surpris, Kiochi posa son regard sur Shun. Il le prit par les épaules et l'amena jusqu'à leur chambre. Il devait s'occuper de Shun qui était en état de choc ou il serait la prochaine cible d'un Ikki furieux et incontrôlable.

Ikki rouspéta quelques minutes puis se tu quand il se rendit compte que le Russe ne disait pas un mot. Il entrevit une étincelle de haine briller dans les yeux de Hyoga qui était destiné à Tatsumi.

"Inutile de te fatiguer, sale Russe! tu connais le règlement!" Les hommes les emmenèrent dans la cellules de méditation, mais ils ne les posèrent pas à terre. Tatsumi ferma la porte et toisa les deux enfants. "Les rebelles, je les mâte!" dit-il en prenant son shinai. "On va commencer par toi" dit-il en s'approchant du Russe.

Hyoga ne bougea pas et l'homme qui le tenait le mit sur ses pieds, mais il entrava ses bras en les mettant derrière son dos. Le garçon blond jeta des regards noirs à Tatsumi.

"Tu n'as que ce que tu mérite! Ikki est le plus âgé de ton groupe et tu lui doit le respect! Tu dois lui obéir!"

Un coup s'abattit sur son épaule droite. Hyoga se mordit les lèvres pour ne pas crier. 'Non! Je ne crierai pas! Je ne me soumettrai pas à vous! Je ne me soumettrai pas à lui!' Un autre coup s'abattit sur lui. Il mordit plus fort ses lèvres. Un filet de sang s'écoula de la commissure droite de ses lèvres, mais il continua à lancer des regards noirs à l'homme qui était en face de lui. Il reçut d'autres coups. "Vous êtes inhumains" dit Hyoga sans trace de ressentiment dans sa voix.. Un coup s'abattit sur son bras gauche.

"Combien de fois faudra-t-il te répéter de ne pas parler en russe?" cria Tatsumi hors de lui.

Un sourire satisfait apparut sur les lèvres de Hyoga. Il savait qu'il se sentait plus fort et qu'il avait l'ascendant sur Tatsumi par le biais du langage. Plusieurs coups plurent sur le garçon et l'homme le laissa. Têtu, le Russe resta debout bien que ses jambes tremblassent et défia Tokumaru. Ses jambes tremblèrent plus violemment et il tomba sur le sol sans un gémissement.

Tatsumi s'approcha d'Ikki et le regarda. "C'est ton tour maintenant Ikki! Tu dois donner l'exemple, mais apparemment tu n'es pas assez mûr pour cela!" Un coup s'abattit sur le dos d'Ikki puis un autre.

Le garçon aux cheveux bleus voulut crier des injures à Tatsumi mais il se tut. Il aurait honte de laisser libre cours à sa colère alors que celui qu'il détestait avait supporter le traitement sans un cri, sauf cette phrase en russe qui était plus un constat qu'une insulte ou une menace. Lui aussi, il n'abandonnerait pas et ne se soumettrait pas à Tatsumi et il se surprit d'admirer le Russe. 'Shun...' pensa-t-il pour résister à la douleur. Il sentit les coups pleuvoir sur lui et soudain ils cessèrent. Ikki leva des yeux pleins de haine vers Tatsumi.

"Que cela vous serve de leçon! Si vous voulez encore vous battre, faîtes-le dehors! Maintenant, si vous avez encore de la force, battez-vous si vous le désirez, cela ne me concerne plus!" Tatsumi sortit de la cellule, suivi par les deux hommes. Les deux garçons entendirent la porte se refermer et ils se lancèrent un regard plein de mépris. Ils se relevèrent et se firent faces, les poings serrés près à se battre encore. Mais aucun des deux ne bougea. Ils se fixaient du regard et aucun ne voulait être le premier à céder. Ils restèrent un long moment ainsi puis d'un commun accord muet, ils décidèrent d'arrêter de se défier.

Hyoga baissa ses poings sans quitter des yeux Ikki. Ce dernier fit de même et ils se dirigèrent chacun vers un mur opposé. Ils s'assirent sur le sol et s'adossèrent au mur en essayant d'ignorer la douleur qui traversait leur corps à chaque fois qu'il bougeait.

Hyoga s'adossa contre le mur à l'opposé d'Ikki. Il était désormais habitué à la cellule de méditation. Les coups de poing qu'Ikki lui avait donné, le faisait encore plus mal que les coups de shinai de Tatsumi, mais il ne bougea pas. Il jeta un coup d'oeil à la dérobée à son compagnon de chambre puis le regarda un long moment. Il eut l'impression qu'il dormait. La moitié de son visage était dans l'ombre et sa frange cachait ses yeux. Hyoga posa son regard sur ses bras et il vit les bleus qui viraient au noir. Il frotta les plus douloureux qui se trouvaient sur son avant bras et grimaça de douleur. Il réprima un gémissement. 'Je veux retourner en Sibérie' souhaita-t-il de toute son âme. Il jeta ses bras autour de ses genoux levés et y enfouit sa tête. 'Mama! Pourquoi? Pourquoi voulais-tu que je vienne au Japon? Il n'y a personne ici. Je n'ai personne...' Des larmes roulèrent silencieusement et des images de sa mère lui revint en mémoire mettant en évidence avec amertume et regret tout ce qu'il avait perdu. Il entendit un petit bruit et il se raidit. Il leva la tête mais il ne jeta pas un coup d'oeil à son compagnon de cellule. Il mit sa main droite sous son Tee-shirt, et ses doigts se refermèrent sur quelque chose qui le fit soupirer de soulagement. Il le sortit de sous son vêtement et il observa la croix en or, le Rosaire du Nord qui appartenait à sa famille. Il se remémora le moment où sa mère le lui avait donné avant qu'ils eurent atteint le port. Avec ses doigts, il traça les contours du bijou en gravant dans la chair de ses mains les différentes aspérités et les différents joyaux qui composaient le rosaire.

"Un souvenir?" demanda soudain une voix.

Hyoga releva brusquement la tête mais ne dirigea pas son attention sur Ikki il mit son trésor sous son Tee-shirt et il croisa ses bras sur son précieux souvenir comme pour le défendre. Il baissa les yeux, ne voulant pas entamer une discussion avec Ikki.

* * *

Ikki ne dit rien. Il avait vu le bijou et avait remarqué comment Hyoga le dévorait des yeux. Peine, tristesse, joie, espoir et soulagement avaient traversé son regard. Un souvenir d'un des membres de sa famille. Il ne dit rien et seul le silence lui répondit. Le garçon chercha une position plus confortable et fixa Hyoga que les rayons de la lune nimbaient, transformant ses cheveux blonds en argent.

Depuis qu'il s'était assis, Ikki n'avait pas quitté des yeux la silhouette de Hyoga qui se trouvait à l'opposé de la cellule, complètement perdus dans ses pensées. Il était en colère contre lui-même, mais aussi très inquiet pour Shun. Il n'arrivait pas à comprendre pourquoi son frère semblait aimer le Russe.

'Pourquoi est-ce que tu le déteste?' La voix de Shun résonna dans sa tête.. 'Pourquoi est-ce que je le déteste?' se demanda-t-il. 'Je ne sais pas. Je ne sais pas pourquoi. Depuis qu'il est arrivé, je ne le supporte pas, je n'arrive pas à me faire à sa présence. Parce qu'il est un étranger? Parce que je veux protéger Shun de sa présence? Quand j'ai appris qu'il avait aidé Shun, j'ai été assailli par différents sentiments tels que la gratitude, l'incompréhension, la suspicion, comme je le suis actuellement.'

Ikki vit Hyoga bouger un petit peu et lui lançait un regard comme pour s'assurer qu'il n'avait pas bougé. 'J'ai été surpris qu'il n'ait pas crié quand Tatsumi l'a battu. J'ai toujours pensé que les Gaijin étaient faibles et lâches, et que seuls les Japonais étaient courageux. Mais ce soir il m'a prouvé le contraire et je dois reconnaître que lorsqu'il a été puni à cause de Tetsuo parce qu'il avait aidé Shun. Il doit maintenant être habitué à ce genre de traitement.' Son esprit projeta quelques images de Hyoga couverts de bleus quand il l'avait vu prendre sa douche.

'Pourquoi est-ce que tu le déteste?' Encore cette question. Ikki soupira. 'Peut-être parce que je suis jaloux de lui. Parce que tu t'inquiètes et tu t'occupes beaucoup trop de lui, Shun. J'ai vu comment tu l'avais regardé lorsqu'il est apparut la première fois dans le réfectoire. Tu as tout de suite étais attiré par lui. Oui je suis jaloux qu'il t'éloigne de moi un jour. Tu es très souvent avec lui, tu lis avec lui, tu joue avec lui, tu parles avec lui. Je suis jaloux de lui parce qu'il te rend heureux, parce que tu te sens mieux en sa présence. Je suis jaloux de lui parce que tu veux devenir fort pour lui, pour le protéger. J'ai l'impression que tu n'a plus besoin de moi,. Je suis jaloux de lui Shun, je suis jaloux.'

Pendant un long moment, Ikki regarda fixement Hyoga et en profita pour l'étudier. Il le vit prendre quelque chose son Tee-shirt bleu pâle. Quelque chose accrocha les rayons du clair de lune et Ikki vit une croix en or et des perles qui constituaient un collier. Il remarqua la façon dont Hyoga le serrait dans ses mains et les différentes émotions qui brillèrent dans ses yeux: peine, tristesse, joie, espoir et soulagement.

"Un souvenir?" s'entendit-il dire au garçon blond. Hyoga releva brusquement la tête et cacha rapidement sa croix sous son Tee-shirt. 'Un chrétien?' se demanda Ikki. 'Il est vraiment différent de nous en tout point. Shun a raison. Il est et doit se sentir seul. Je devrai faire un effort, après tout, j'ai une dette envers lui...' Ikki avala sa salive avant de murmurer "Merci..."

Surpris, Hyoga porta son regard sur Ikki, mais il ne répondit rien. Hyoga pensa un moment. 'La guerre entre Ikki, un de mes compagnons de chambre et moi doit-elle continuer? C'est vraiment la première fois qu'il ne me crie pas après..." Hyoga fixa longuement Ikki qui le regardait. "Pour quoi?" demanda-t-il sans qu'il y ait d'émotion dans sa voix.

"Shun" répondit laconiquement Ikki en s'installant plus confortablement. Hyoga lui lança un regard perplexe. Ikki soupira. "Pourquoi l'as-tu aidé, alors que personne ne l'avais fait avant?"

Hyoga haussa les épaules et baissa la tête. Plusieurs fois il s'était demandé pourquoi il avait aidé le garçon aux cheveux verts. Il n'avait pas trouvé la réponse, alors il avait son geste sur le compte de son éducation chrétienne. "Je ne sais pas" dit-il en posant ses yeux d'un bleu très clair sur Ikki. "Parce qu'il était en danger" continua-t-il.

Ikki ne dit rien de plus et il ferma les yeux. Il se sentait soulagé. Il avait remercié l'étranger et il avait le sentiment qu'il avait payé sa dette envers lui. Il ne faisait toujours pas entièrement confiance au gaijin, mais en ce qui concernait Shun, il savait au plus profond de lui-même que c'était certainement le seul en qui il pouvait faire confiance. Il n'était pas aveugle. Il avait vu comment Shun était plus vivant lorsqu'il était près de Hyoga et qu'il lui faisait une confiance aveugle. Après avoir essayé deux fois de maintenir Shun éloigné de Hyoga, il avait abandonné à cause de son frère. Il voulait de tout son coeur être près du Russe qui ne l'avait jamais vraiment rejeté comme les autres l'avaient fait. Et c'était suffisant pour lui. Il pouvait faire confiance au garçon blond.

Hyoga, voyant Ikki fermer ses yeux, ferma les siens et tenta d'oublier la douleur. Il garda son rosaire dans sa main, et le serra terrifié à l'idée de le perdre et de perdre le dernier présent que sa mère lui avait fait.

* * *

Assis près du 'château', Shun était allongé sur le ventre dans l'herbe et regardait calmement un livre imagé. Il battait l'air avec ses jambes de temps à autre, fredonnant une chanson qu'il avait entendue à la télévision. Il se sentait heureux. Cela faisait plus d'une semaine qu'il se sentait heureux. Depuis que son frère était sorti de la cellule de méditation avec Hyoga, Ikki n'était plus aussi dur avec le Russe. Même s'il continuait à ignorer le gaijin, il ne lui criait plus après comme il l'avait toujours fait auparavant. La tension entre les deux enfants avait diminué et Shun s'était demandé ce qu'il avait bien pu se passer à l'intérieur de la cellule.

Le garçon à la chevelure verte tourna son regard vers la droite et il vit à environs vingt-cinq mètres plus loin l'enfant blond qui faisait docilement ses exercices. Quelques mètres plus loin, Ikki parlait avec Shiryu. Shun soupira de contentement. 'Niisan semble avoir accepté la présence de Hyoga-kun. Il n'essaie plus de nous séparer comme il le faisait avant que tous les deux soient punis.' Il posa son regard sur le livre et il tourna une page. 'Que s'est-il passé entre eux quand ils étaient dans la cellule? J'ai essayé de savoir, mais ni Hyoga-kun ni Niisan ne veulent me le dire.' Il soupira encore une fois. 'Le plus important est qu'ils ne se jettent plus l'un sur l'autre comme des chiens enragés. C'est un bon début.'

Soudain, une ombre recouvrit son livre et Shun leva les yeux surpris. Il vit un garçon brun qui se tenait devant lui, les mains sur les hanches et qui le fixait intensément. Shun s'agenouilla et prit son livre après l'avoir refermé. Il le mit contre sa poitrine. Il connaissait cet enfant. Le garçon à la chevelure verte avait tenté de devenir son ami et en particulier lorsqu'il avait appris que Seiya était plus jeune que lui, mais le garçon brun n'avait pas voulu. Il lui avait dit qu'il était trop petit. Même si Shun était de trois mois plus âgé que Seiya, physiquement il semblait être le plus jeune des enfants de la Fondation Graude.

"Qu'est-ce que tu es en train de faire, chibi?" demanda Seiya en lorgnant sur le livre.

Shun ne répondit pas et jeta un coup d'oeil en direction de son frère qui parlait à Shiryu. Il se souvint que Shiryu était le chef d'un groupe et qu'il y avait des problèmes entre celui de Shiryu et celui d'Ikki. Ce dernier voulait régler le problème avec Shiryu avant que cela ne s'envenime. Son regard se posa ensuite sur Hyoga qui traçait ses kanji sur son cahier d'exercices. Peu rassuré, il avala sa salive. Il n'était pas à l'aise avec Seiya qui était un véritable casse-cou voulant toujours prouver qu'il était le meilleur et le plus fort. Le fait de rester près de lui apportait souvent des ennuis et Shun se demanda comment Shiryu pouvait le supporter. 'Peut-être parce qu'il est responsable de Seiya' pensa-t-il en dirigeant son regard vers le garçon.

"Tu lis?" demanda Seiya en tendant le bras pour prendre le livre. Shun, toujours à genoux, recula un peu et tenta de mettre le livre hors de portée de Seiya. Les yeux du garçon brun froncèrent. "Hé! Je veux le regarder!" dit-il en se rapprochant de l'autre.

"Non! C'est le mien! Niisan me l'a donné, il y a des années. C'est le mien!" dit-il fermement en reculant. Mais dans sa position, il ne put reculer plus et Seiya attrapa le livre et le tira à lui. "Non! C'est le mien!"

"Je veux le regarder, pleurnichard!" cria-t-il en tirant plus fort.

"Non! Laisse le! C'est le mien!" cria Shun en le tirant vers lui. "C'est à moi! Tu n'as pas le droit!" dit-il. "Niisan!" appela-t-il lorsqu'il sentit qu'il allait lâcher.

Seiya réussit à arracher le livre des mains de Shun. Il le leva comme s'il s'agissait d'un trophée. "Je l'ai, petit!" jubila-t-il. Alors que Shun se mit à pleurer, il sauta et se mit à courir dans la direction opposée. L'enfant brun ne put aller bien loin. Quelqu'un le poussa et Seiya tomba à terre.

"C'est à Shun! Pas à toi!" rugit quelqu'un de colère.

Seiya se releva et se tourna vers celui qui l'avait fait tomber. Il vit des yeux de couleur bleu glacier couverts en partie par des mèches blondes le fixer.

* * *

Hyoga était en train d'écrire quelque chose sur son cahier d'exercice lorsqu'il entendit Shun crier que ça lui appartenait. Le Russe avait levé les yeux pour voir qui embêter son seul et unique ami. Il le vit en train de lutter contre un garçon brun pour garder son livre. Il se mordit les lèvres de colère. 'Pourquoi les autres ne veulent pas laisser Shun tranquille!' Puis Shun cria à l'aide. Il ne pensa plus à rien et il sauta sur ses pieds pour aider son camarade.

"Le Gaijin?" dit Seiya surpris. Le garçon retrouva très vite son assurance et lança un regard noir à Hyoga. "Je voulais juste le regarder!"

"Tu n'as pas à prendre son livre" commenta Hyoga en tendant la main pour reprendre le livre.

"Non! Je l'ai gagné!" dit Seiya qui s'éloigna en courant avec le livre.

"Il n'est pas à toi!" cria Hyoga en se lançant à la poursuite du garçon brun. "Rends le lui!"

"Viens le reprendre si tu es si malin, gaijin!" défia Seiya en tirant la langue.

Hyoga eut un sourire un coin et il accéléra. Il tendit son bras et il réussit à attraper le livre. Il le tira à lui et tomba au sol. Seiya s'arrêta net et se retourna pour le reprendre. Mais Hyoga se baissait déjà pour le saisir.

Seiya sauta sur Hyoga et lui fit perdre son équilibre. Ils roulèrent tous les deux dans l'herbe. Lorsqu'ils s'arrêtèrent, Seiya était sous le Russe et le Japonais fit un mouvement brusque. Il échappa à l'emprise du garçon blond. Hyoga lui courut après. Les deux enfants avaient complètement oublié l'objet de leur dispute et ils couraient en se criant dessus.

Shun se pencha et prit son livre. Il lança un regard autour de lui et il vit que la poursuite continuait toujours. Il aperçut son frère qui s'approchait de lui et il baissa les yeux. "Gomen Niisan" murmura-t-il.

"Daijobu Shun" répliqua Ikki en ébouriffant les cheveux verts de son frère. Il regarda Hyoga poursuivre Seiya qui appelait Shiryu à l'aide quand il pressentit que le Russe était sur le point de le rattraper. Le garçon aux cheveux bleus avait été surpris que Hyoga réagisse aussi rapidement. Il s'était élancé au secours de Shun plus rapidement que lui. Il mit ses poings sur les hanches et un sourire satisfait apparut sur ses lèvres. Il suivit avec intérêt la poursuite.

"Toi tu as ennuyé Shun" cria le Russe qui courait toujours après Seiya.

"Je lui ai demandé!" s'écria Seiya. "Shiryu! A l'aide!"

"Il n'était pas d'accord" rétorqua Hyoga.

"Je ne peux pas t'aider Seiya" répondit Shiryu qui se dirigeait vers les frères.

"Pourquoi?"

"Il a raison. Tu n'aurais pas dû ennuyer Shun. Il n'avait pas accepté de te prêter son livre, alors pourquoi le lui as- tu volé?"

"Je ne l'ai pas volé Shiryu!"

"Pas volé?" s'écria Hyoga qui était sur le point d'attraper sa proie.

"Aide-moi Shiryu! Il va me tuer!"

"Hyoga-kun" appela Shun qui se cacha derrière son frère lorsque les deux enfants passèrent devant eux. Hyoga ne répondit pas à Shun. Un sourire plus que satisfait éclaira le visage d'Ikki lorsque Seiya s'affala sur le sol pas très loin d'eux.

Amusé, Shiryu laissa échapper un petit rire. "Tu aurais dû y penser avant Seiya" lui dit le garçon aux cheveux noirs.

Seiya ouvrit de grands yeux quand il sentit un poids sur son dos. Il jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule et aperçut des cheveux blonds.

"Fais des excuses à Shun" exigea le Russe qui croisa les bras et accentua son poids sur les reins de Seiya.

"Non! Je n'ai rien fais de mal!" s'écria Seiya. "Lâche-moi!"

"Pas avant! Tu fais des excuses à Shun!" répondit Hyoga qui avait un petit sourire sur les lèvres.

Toujours souriant, Shiryu s'agenouilla près de Seiya. "Fais ce qu'il te demande, Seiya."

"Non! Je ne le ferais pas! Ittaiiii!" hurla-t-il quand Hyoga sauta sur ses reins. "Il est fou! Il va me tuer! Je t'en prie Shiryu! Aide-moi! Dis lui d'arrêter!"

"Dis que tu es désolé!"

"Seiya. Je te conseille de t'excuser auprès de Shun. Tu n'es pas en position pour imposer ton point de vue. Tu avais tort. Tu dois faire des excuses et tout s'arrêtera."

"Je t'en prie Shiryu...." se lamenta Seiya qui tendait sa main à Shiryu.

"Pas avant que tu n'aies fait tes excuses."

Seiya ferma les yeux quand il sentit le poids sur son dos. 'Il ne plaisante pas!' pensa Seiya qui réprima un cri de douleur. Un petit sourire apparut sur ses lèvres. "D'accord! D'accord! D'accord!" cria le garçon qui frappa en signe de défaite le sol avec sa main. "Je m'excuserai. Alors laisse-moi maintenant!"

"Non! Pas avant tu donnes des excuses!"

"Pourquoi?"

"J'ai pas confiance en toi" répondit simplement Hyoga qui posa son regard sur le garçon brun.

"Hyoga-kun..." implora Shun. Hyoga ne se tourna pas vers son ami et il attendit.

"Désolé! Je suis désolé Shun! Je ne recommencerai plus!"

Shun donna à Seiya un petit sourire signifiant qu'il acceptait ses excuses. "Gomen, mais ce livre est très important pour moi. Mais j'aurais dû te le prêter..."

"Comme tu peux le constater Seiya, ce n'est pas si difficile que cela de s'excuser."

"Oh! Le gaijin! Enlève-toi maintenant!"

"Comme tu veux, Japonais" répondit calmement Hyoga en se levant et en enlevant la poussière de ses vêtements.

"Shiryu. Peux-tu m'aider à me relever? Il m'a brisé le dos! Je n'aurais jamais imaginé qu'il était si lourd!"

* * *

"Shun" interpella dans un murmure Ikki. Le garçon à la chevelure verte se tourna vers son frère qui regardait Hyoga assis sur le dos de Seiya et refusant de se lever, tant qu'il n'aurait pas fais d'excuses à Shun. "Tu apprécies Hyoga, n'est-ce pas?" demanda-t-il en se tournant vers son frère.

"Oui Niisan, je l'aime bien. Il est le seul, à part toi, qui est gentil avec moi. Il m'a sauvé de la bande de Tetsuo et il est prend toujours soin de moi..." Le garçon regarda avec surprise son frère. "Pourquoi me demandes-tu ça?"

Ikki ne répondit pas et fixa du regard Hyoga qui s'était levait et Seiya qui tendait la main à Shiryu pour qu'il l'aide à se relever. Shun pencha légèrement la tête sur le côté et remercia Hyoga en lui souriant. "Que penses-tu d'avoir un autre grand frère, Shun?"

Le garçon à la chevelure verte se tourna vers son frère les yeux grands ouverts. "Ani?" demanda-t-il complètement perdu.

Ikki posa son regard sur son frère et sourit. "Hyoga t'a déjà défendu plusieurs fois. Il mérite mon respect. J'admets que je n'ai pas été très correct avec lui." Il cessa de parler et Shun ne répondit rien. Il savait ce que ces mots avaient dû coûter à son frère. Il était si fier et si sûr de lui qu'il reconnaissait rarement qu'il avait parfois tort. "Anibun..." murmura dans un souffle Ikki. "Considères-tu Hyoga comme un Anibun?"

Shun jeta un coup d'oeil à Hyoga qui s'élançait hors d'atteinte de Seiya qui était en colère. Apparemment, le garçon brun voulait prendre sa revanche sur le garçon blond. "Oui" répondit-il.

"C'est ce que j'avais remarqué. Alors, serais-tu d'accord pour qu'il devienne ton nouveau grand frère?"

"Je serais très heureux, Niisan. Hyoga-kun est tout seul ici... Mais le veux-tu?" demanda-t-il en fuyant le regard de son frère.

"Il est le seul en qui je peux placer ma confiance, enfin en ce qui te concerne Shun."

"Tu sais quoi, Niisan? Hyoga-kun est comme toi. Vous vous ressemblez tellement! J'ai vraiment l'impression d'avoir un nouveau frère. Oui, vous êtes vraiment semblables!"

"Non, je ne pense pas. Nous sommes très différents."

"Non. Je suis sûr de ce que je dis" insista Shun en se tournant vers son frère. "Est-ce que Hyoga-kun le sait?"

"Je le lui demanderai..." Ikki cessa de parler quand il vit Hyoga courir dans leur direction. "Tu as besoin d'un coup de main, Hyoga?"

"Non. Je m'occupe de ça!" répondit-il en évitant Seiya qui plongea pour l'attraper. Ce dernier s'affala sur le sol le nez dans l'herbe. "L'herbe est bonne? Je ne pensais pas que tu avais encore faim?!"

"Tu ne peux pas parler en japonais? Je ne comprends rien à ce que tu racontes! J'ai même l'impression que tu m'insultes!"

"Hyoga haussa les épaules. "Tu dois changer tes attaques" dit-il en cherchant ses mots.

"Changer mes attaques?" s'écria-t-il en se relevant et s'élançant vers le Russe. "Qu'est-ce que entends par là? Je peux t'attraper quand je le veux!"

"Non" dit Hyoga sûr de lui. Il évitant une autre attaque et s'arrêta. Il mit ses mains sur ses hanches.

"Il a raison Seiya. Si tu continues comme ça tout le monde sait d'avance ce que tu vas faire. On peut lire ce que tu penses comme si on avait affaire à un livre ouvert."

"Dans quel camp es-tu Shiryu?"

"Je suis neutre..." répondit Shiryu. "De plus, tu étais en tort. Tu as ennuyé Shun." Seiya grogna mécontent. "Considère-toi heureux que ce soit lui qui ait pris la défense de Shun et non Ikki. Si cela avait été le cas, tu aurais passé un mauvais quart d'heure..."

"Oh, ça va!" rugit Seiya qui se tourna vers Hyoga qui n'était plus à l'endroit où il l'avait aperçu pour la dernière fois. Il jeta un coup d'oeil autour de lui et il le vit près de Shun qui lui parlait et riait, apparemment heureux. "Eh! Ne me tourne pas le dos!"

Surpris, Hyoga se retourna vers Seiya. Shun regarda Seiya puis Hyoga. Il posa sa main sur le bras du garçon blond et secoua négativement la tête. "Non, Hyoga-kun. C'est assez..." Le Russe hocha simplement la tête.

"Hé! Seiya! Shiryu!" cria un garçon qui se précipitait vers eux. "Vous voulez jouer au foot?" demanda-t-il en s'arrêtant. il les regarda en attendant leur réponse. "Oh! Ikki! Shun! Vous êtes là aussi? Vous voulez aussi?"

Seiya eut un sourire lumineux et oublia sa revanche sur Hyoga. Il se tourna vers Shiryu. Le garçon aux cheveux noirs acquiesça en souriant et ils se précipitèrent vers Geki. Shun se tourna vers son frère qui hocha en signe d'acquiescement la tête lorsqu'il vit l'étincelle d'envie dans les yeux verts de son frère. C'était très rare que quelqu'un leur proposât de venir jouer. Les yeux de Shun sourirent. "Vraiment? Je peux?" demanda-t-il sachant qu'il était souvent sur la touche par qu'il n'était pas assez fort. "Bien sûr!" répondit Geki en levant son pouce. Des lames de joie emplirent les yeux de Shun et il se dirigea vers Geki avant que ce dernier ne changea d'avis. Il s'arrêta seulement pour poser son précieux livre près des affaires de Hyoga, puis il continua vers le terrain de jeu.

Ikki le suivit mais il s'arrêta soudain. Il se retourna et aperçut Hyoga, la tête et les épaules baissées, qui s'éloignait. Malgré lui, le coeur d'Ikki se serra. Dans chaque mouvement du Russe se dégageait la solitude et la tristesse. Le garçon venait de partager un moment avec des gens comme s'ils étaient presque amis, et maintenant il était de nouveau seul. Hyoga venait de ressentir la chaleur de l'amitié mais il était maintenant rejeté parce qu'il était différent. "Hyoga!" l'appela-t-il.

Hyoga s'arrêta mais ne se tourna pas. Il attendit.

"Tu veux nous rejoindre?" lui demanda-t-il?

Hyoga ne dit rien pendant quelques secondes puis il secoua négativement la tête, incapable de parler. Il n'avait pas été sollicité par Geki et il était certain que le garçon l'avait vu puisqu'il était à côté de Shun et d'Ikki. Non sa présence n'était pas exigée, comme d'habitude. On ne le voulait pas. Il était trop différent. Son coeur se serra et il mordit l'intérieur de sa bouche.

Ikki fit quelques pas en direction de Hyoga. "Pourquoi?"

Hyoga prit une grande inspiration mais ne se retourna pas. "Parce qu'il ne m'a pas demandé" murmura-t-il. Il n'attendit plus et s'éloigna d'Ikki avant que celui ci ne lui demande quelque chose d'autre. C'était déjà très dur de devoir endurer cette indifférence de la part des autres. Il ne voulait pas la pitié de celui qui le haïssait aussi ouvertement quelques jours auparavant.

"Mais je veux que tu joues avec nous!" cria Ikki en s'élançant derrière lui. "Je veux que tu sois dans mon équipe!"

"Toi peut-être, mais les autres?" demanda Hyoga en se tournant vers Ikki qui s'était arrêté.

"Pourquoi t'en préoccuper? C'est bien la première fois que tu te préoccupe du regard des autres!" Il fronça les sourcils quand il vit Hyoga plisser ses yeux et sur le point de s'en aller.

"Niisan!" appela Shun au loin.

Ikki agita sa main signifiant qu'il arrivait dans une minute. "Allez Hyoga!" dit-il en se tournant de nouveau vers le Russe qui regardait Shun. "De plus, ça fera plaisir à Shun."

"Non Ikki" articula dans un souffle Hyoga. "Vas-y. Merci." Il prit la direction des bois. La discussion était finie et il n'allait pas revenir sur sa décision.

Ikki pouvait comprendre en un sens Hyoga. Lui-même, il s'était mis à l'écart des autres et le faisait toujours, mais de sa propre volonté pour protéger Shun. Mais Hyoga était mis à l'écart purement et simplement parce qu'il était différent. Personne ne lui avait donné la moindre petite chance pour qu'il puisse intégrer le groupe. Il ferma les yeux et se dirigea vers les autres. Il les rouvrit et s'aperçut que son frère courait vers lui.

"Hyoga-kun?" demanda-t-il en s'arrêtant près de son frère mais en gardant ses yeux sur le garçon blond. Les yeux bleus d'Ikki croisèrent les yeux verts de Shun. "Il ne vient pas?" questionna-t-il avec une pointe de tristesse dans sa voix.

Ikki répondit négativement en secouant la tête. "Non" confirma-t-il et il aperçut dans les yeux de son frère de la peine. Shun s'élança vers Hyoga avant que son frère ne puisse l'arrêter. L'enfant aux cheveux bleus vit son frère courir vers Hyoga en criant son nom. Il arriva près du Russe et lui prit le bras, l'obligeant à s'arrêter.

Ils étaient trop loin pour qu'il puisse entendre ce qu'ils se disaient, mais Ikki vit Hyoga secouer plusieurs fois la tête avant de la baisser. Il vit Shun secoua vigoureusement sa tête ainsi que le bras de Hyoga, tentant de le tirer derrière lui. Il vit Hyoga refuser encore une fois et essayer de dégager son bras, mais il ne le put. Ikki savait que Shun pouvait parfois être très persuasif et en regardant Hyoga, il tait certain que le Russe allait céder. Un sourire apparut sur ses lèvres. 'Personne ne peut résister à Shun, surtout quand il est sur le point de pleurer. Hyoga aime trop Shun pour le blesser...'

Entendant son nom, Hyoga se raidit mais il continua son chemin. Il ne voulait pas que Shun voit à quel point il était triste et déçu. Il ne voulait pas qu'il s'inquiète pour lui. Mais il fut forcé de s'arrêter quand deux mains attrapèrent son bras et l'obligea à faire halte.

"Hyoga-kun" supplia Shun. Le garçon ne se retourna pas. Shun serra sa prise sur le bras du Russe et il se tourna pour faire face au garçon blond. "Hyoga-kun" dit-il doucement cherchant ses yeux bleus et froids. Mais Hyoga détourna le regard. "Hyoga-kun. Viens avec moi! Joue avec moi!"

Hyoga secoua la tête sans jeter un regard au garçon qui se tenait face à lui.

"Je t'en prie Hyoga-kun..."

Il secoua la tête une nouvelle fois. "Non, Shun-kun"

"Pourquoi?"

"..." Hyoga tourna la tête vers la gauche et avala difficilement sa salive. Il sentait qu'une boule dans sa gorge grossissait. Ses yeux picotaient et il savait qu'il allait bientôt fondre en larmes. Il les ravala.

"Tu n'aimes pas jouer au foot?"

"C'est pas ça Shun..." répondit dans un murmure Hyoga.

"Alors pourquoi tu ne veux pas venir et jouer avec moi?"

"Ikki m'a déjà demandé."

"Je t'en prie Hyoga-kun!"

Hyoga secoua la tête. "Non Shun-kun. Va avec ton frère."

"Iie. Pas sans toi. Je veux jouer avec toi!"

Hyoga secoua sa tête puis son bras pour se libérer. Mais il avait sous-estimé la force de Shun et il ne réussit pas. "Shun-kun, laisse mon bras..."

Shun secoua avec force la tête. Il eut enfin l'occasion de croiser le regard de Hyoga. "Non Hyoga-kun! Viens et joue avec moi! On me demande rarement de jouer avec les autres. Tu es mon ami! Et je veux jouer avec toi et Niisan! Je t'en prie Hyoga-kun..."

Hyoga vit les yeux de Shun se remplir de larmes. Il ne put le supporter davantage. Il baissa la tête mais ne bougea pas alors que Shun le tirait par le bras. "Shun-kun... Je t'en prie... Je..." Shun cessa de tirer sur le bras de Hyoga mais il ne le lâcha pas. "Shun-kun... Ils ne m'aiment pas. Ils ne veulent pas de moi. Je suis indésirable. Tu dis qu'ils te demandent rarement de jouer avec eux, alors vas-y et profites-en. Si je viens avec toi ou ton frère, vous serez rejetés de nouveau et par ma faute. Merci de me considérer comme un ami, mais je n'en serais pas réellement un si Ikki et toi subissaient la disgrâce, par ma faute. Est-ce que tu comprends?"

Perplexe, Shun pencha la tête sur le côté. "Désolé Hyoga-kun, mais je ne comprends pas le russe..."

Hyoga regarda avec surprise Shun. Il ne s'était pas rendu compte qu'il parlait sa langue maternelle. "Désolé, Shun-kun. Je ne parle pas bien nihongo. Je ne peux expliquer ce que je ressens..."

"Hyoga-kun" dit doucement Shun."Ii desu yo. N'ai pas honte de parler en Russe. J'aime entendre ta langue." Hyoga sourit. "Hyoga-kun, onegai, viens jouer avec moi."

"Shun-kun, je t'en prie..."

"Hyoga-kun... Tu es le premier qui me considère comme un garçon normal. Tu es le premier qui ne s'est pas moqué de moi. Tu es le premier qui m'a protégé quand Niisan n'était pas près de moi et je sais que tu continue à le faire." L'enfant à la chevelure verte sourit lorsqu'il vit son ami blond rougir un peu. "Ce que pense les autres, je m'en moque. Ils m'ont demandé de jouer avec eux, mais si tu ne viens pas avec moi, alors je n'irai pas jouer avec eux. Je ne veux pas te laisser seul. Tu as fais beaucoup pour moi..." Des larmes roulèrent sur les joues de Shun.

Les yeux bleu glacier de Hyoga s'adoucirent. "Shun-kun...." Murmura-t-il en passant sa main droite sur la joue de l'enfant aux cheveux verts, essuyant ses larmes. "Ne pleure pas... Je t'en prie, ne pleure pas." Il soupira et ferma les yeux. "Es-tu sûr?"

"A propos de quoi?"

"Je peux venir?"

Shun hocha la tête. "Bien sûr! Tu viens réellement?" s'écria Shun en souriant de toutes ses dents et en tirant sur le bras de Hyoga.

"Est-ce que j'ai le choix?" remarqua Hyoga qui regardait Ikki s'éloignait. Il suivit Shun qui riait et appelait son frère en lui demandant de les attendre. 'Pourquoi est-ce que je suis si faible avec Shun?'

Ikki s'arrêta et les attendit. "Alors tu as changé d'avis?"

"Oui, il a changé d'avis!" s'écria Shun heureux et il libéra le bras de Hyoga. Il s'élança en direction du terrain où les autres attendaient en se séparant pour former les équipes.

"C'est dur de résister à Shun" fit remarquer Ikki. Hyoga ne répondit pas mais Ikki était certain d'avoir entrevu un sourire sur les lèvres du Russe. Comme lui, il montrait rarement ses émotions, du moins devant les autres. Il avait vu ses véritables sentiments quand le Russe était persuadé qu'il était seul et il était très surpris de constater que ses émotions dominantes étaient la tristesse, une profonde tristesse et la solitude. C'était peut-être pourquoi Shun était si attiré par le garçon blond. Le caractère de Shun lui dictait toujours d'aider ceux qui étaient en difficulté. 'C'est peut-être une des raisons pour laquelle j'ai accepté qu'il devienne l'Anibun de Shun.'

Les deux garçons arrivèrent sur le terrain et ils regardèrent autour d'eux. Shun les attendait. "Dans quelle équipe manque-t-il des joueurs?" demanda Ikki.

Certains se tournèrent vers le garçon aux cheveux bleus et furent surpris de le voir ici. "Eh bien dans l'équipe de Furo" répondit Jabu.

"Hé!" s'écria Tetsuo. "Qu'est-ce que le gaijin fais ici?"

"Nous lui avons pas dit de venir" renchérit Furo. "On veux pas de lui ici!"

"Ouais! Va-t-en!" crièrent plusieurs garçons.

Shun regarda autour de lui, surpris par la réaction des autres. Il était rejeté par les autres. Il était pourtant certain qu'il serait accepté comme un équipier, comme Shiryu et Seiya l'avaient fait quelques minutes auparavant lorsqu'ils avaient 'joué' ensemble. Mais il croisa plusieurs regards haineux et il se tourna vers Hyoga. Le Russe n'était pas surpris. 'Il s'en doutait!' pensa Shun qui comprenait maintenant les réticences de son ami.

"Il est avec moi!" s'écria Ikki en fronçant les sourcils. "Il sera dans mon équipe!"

"On ne veut pas jouer avec lui!"

"Il jouera avec moi!" répondit Ikki en foudroyant du regard le garçon à la chevelure noire qui se trouvait à sa droite.

"Pourquoi es-tu de son côté?" questionna Tetsuo. "Tu nous avais dis de ne pas nous approcher de lui, ni de lui parler."

"Ce sont pas tes oignons..."

"Hyoga-kun jouera avec nous!" s'écria Shun qui s'approcha du garçon blond. "Il a autant le droit que nous de jouer!"

"Le pleurnichard protège le Gaijin?" dit avec un sourire en coin Furo.

"Après tout ce n'est pas surprenant! Qui se ressemble s'assemble. Ce Gaijin est aussi faible qu'un bébé!"

Les yeux bleus d'Ikki s'assombrirent et brillèrent de colère, mais Hyoga s'était déjà rué sur Tetsuo et l'avait frappé. "N'insulte plus Shun, espèce de lâche" rugit-il.

"Salaud!" cria Tetsuo en mettant sa main sur sa joue.

"Insulte-moi tant que tu veux, je n'entrerai pas dans ton jeu! De plus, je ne jouerai pas avec des garçons comme vous!!"

"Quand tu parles, parle en japonais et non dan dans ta langue barbare.!"

"Donne des excuses à Shun!"

"Hyoga-kun!" appela Shun. "Ca suffit. J'ai l'habitude..."

"Mais Shun-kun..."

"Testuo!" dit fermement Shun en regardant le garçon droit dans les yeux. "Hyoga-kun est comme toi, comme nous, c'est un orphelin! Pourquoi n'acceptes-tu d'être son ami?"

"Parce qu'il n'est pas Nihonjin!"

"La nationalité peut-elle être une véritable barrière?" demanda Shiryu en s'approchant du garçon blond. Tetsuo cligna des yeux surpris de voir l'enfant le plus calme recueilli par la Fondation Graude s'arrêter près de Hyoga. "Il y a des orphelins comme nous, à cause des guerres. La plupart des guerres ont pour origines la haine, l'incompréhension et la peur de l'autre..."

"Tu veux protéger le blondinet, Pugilat?"

"Je ne le protège pas. Il est assez fort pour se protéger tout seul. Mais je déteste l'injustice."

"On ne jouera pas avec lui!"

"Pourquoi?" demanda Shiryu.

"J'ai déjà dit mes raisons. Ici, tout le monde pense comme moi! Le Gaijin n'a pas le droit d'être là! Il n'a rien à faire ici!"

"Ce ne sont pas des raisons valables" fit remarquer Shiryu.

"Pour moi c'est une excellente raison..."

"Vraiment? As-tu peur de perdre?" dit Ikki en se rapprochant de Hyoga, un sourire entendu sur les lèvres.

"Peur? Peur de quoi?"

"Qu'il soit plus fort que toi! Oh, mais il est plus fort que toi, non? Ne t'as-t-il pas déjà donné une leçon?"

Tetsuo serra les poings. "Qu'entends-tu par là? De quoi parles-tu?"

"Tu sais très bien de quoi je parle! De plus ta vengeance était d'une bassesse à vomir!"

"La ferme! Je n'ai peur de personne et certainement pas d'un Russe!"

"Alors?" demanda innocemment Ikki.

"Il ne jouera pas!"

"Je suggère de vous mettre d'accord" les coupa Shiryu et il se tourna vers Hyoga. "Shun a raison. Il a autant le droit que nous de jouer. Il est comme nous, et il subit les mêmes tourments que nous."

"Et que proposes-tu Shiryu?" demanda Ichi curieux.

"Nous allons faire deux équipes. Une avec Hyoga et l'autre avec Tetsuo. Nous verrons laquelle des deux équipes gagnera. Si c'est celle de Hyoga qui gagne, alors nous ne pourrons plus le mettre à l'écart. Si c'est celle de Tetsuo qui gagne, alors nous resterons sur nos positions." Il y eut un long silence.

Hyoga n'en croyait pas ses oreilles. Ils allaient jouer son intégration au sein du groupe. Il avait autant de chances de gagner que de perdre. En y réfléchissant un peu plus, il avait plus de chances de perdre. Qui, à l'exception d'Ikki et de Shun, voudrait faire partie de son équipe? Pas beaucoup, et il en était conscient. Mais c'était peut-être la seule solution.

Tetsuo parlait avec ses quatre amis et puis il hocha la tête. "Très bien, je suis d'accord."

"Et toi?" demanda Shiryu en se tournant vers Hyoga. Il acquiesça. "Très bien. Alors qui désire faire partie de l'équipe de Hyoga?" Tout le monde se regardèrent, ne sachant pas quoi faire. Il n'y avait pas foule. Ikki et Shun entourèrent Hyoga. Shiryu s'approcha de lui. "Il manque sept joueurs" constata Shiryu. Il se tourna vers Seiya. "Tu veux venir relever le défi, Seiya?"

"Pourquoi le relèverai-je? Si je dois le relever ce sera contre lui, mais pas avec lui! Je dois prendre ma revanche moi aussi!"

"Tu étais en tort Seiya" répliqua Shiryu avec un petit sourire.

"Ce n'est pas vrai!"

"Je pensais que tu étais mon ami..."

"Je dois prendre ma revanche..." Seiya cessa de parler et vit le compagnon de chambre de Hyoga se diriger dans le groupe formé par Ikki. Il vit Nachi les rejoindre. Il jeta un coup d'oeil à l'autre groupe où beaucoup d'enfants s'étaient attroupés autour de Tetsuo. Le garçon à la chevelure noire choisissait avec soin ses équipiers en fonction de leur force. Le garçon mettait tout en oeuvre pour gagner. Seiya remarqua qu'il avait choisi Geki, Ichi et Jabu. Les yeux marrons de Seiya se plissèrent. Il devait prendre sa revanche sur Hyoga, certes, mais il voulait aussi humilier Jabu. Il se tourna vers Shiryu et se dirigea vers lui.

"Tu as changé d'avis?"

"C'est juste un sursis..." répondit-il.

Shiryu haussa légèrement son sourcil droit, curieux de connaître la raison mais il ne demanda pas. Il se retourna vers Hyoga qui parlait avec Ikki. Il était surpris que le garçon aux cheveux bleus discutât avec lui. Il avait clamé, il ne sait combien de fois, qu'il haïssait le Gaijin. il ne comprenait pas. 'Est-ce parce qu'il a pris la défense de Shun? Et que voulait dire cette remarque? 'Ne t'a-t-il pas déjà donné une leçon? De plus ta vengeance était d'une bassesse à faire vomir.' Shiryu soupira. 'Enfin, c'est mieux qu'une autre bagarre' pensa Shiryu en se rappelant le combat qui avait eu lieu au réfectoire.

Puis enfin, après un long moment, ils réussirent à former une équipe complète. Shiryu chercha des yeux quelqu'un et lorsqu'il l'aperçut, il s'approcha de lui. "Gyuma" dit-il, "tu es le plus équitable et le plus impartial d'entre nous, alors je te demande si tu peux arbitrer la partie." Le garçon brun hocha la tête et se dirigea vers le centre du terrain. Il prit alors le sifflet et siffla le début de la partie après que Shun eût distribué à Hyoga et aux autres des bandeaux bleu ciel, expliquant que ce serait plus pratique pour reconnaître leurs équipiers.

Les garçons s'élancèrent sur le ballon, se rentrant dedans de temps en temps. Ils semblaient être de même force et Hyoga essayait de toutes ses forces de jouer en harmonie avec les autres. Il n'était pas habitué à jouer avec d'autres enfants. Il avait le plus souvent joué tout seul. Même lorsque sa mère était encore vivante, et depuis qu'il était arrivé à la Fondation Graude, il n'avait jamais joué avec les autres, parce qu'il voulait être seul mais aussi parce qu'il était rejeté. Alors, il tentait de se donner à fond pour l'équipe et de jouer collectivement, mais il échoua. Il ne pouvait jouer. Tetsuo et ses équipiers le marquaient en permanence, l'empêchant d'avoir la balle.

Le jeu continua et aucune des deux équipes ne se départagea.

Soudain, Kiochi qui avait récupéré le ballon le passa à Ikki qui s'élança vers les buts adverses sans regarder s'il pouvait la passer à quelqu'un. Il dribbla un joueur, puis un autre et se dirigea vers les cages.

"Ikki!" cria Seiya. "Ne sois pas personnel!"

"Passe le ballon!" renchérit Nachi à sa droite, courant libre de tout marquage.

Mais Ikki continua à jouer tout seul. Le ballon passa entre les jambes de Tetsuo et Ikki la récupéra très vite. Il accéléra le rythme et dribbla deux défenseurs. Il tira au but et Geki plongea pour l'arrêter. Mais il avait un temps de retard et le garçon à la chevelure bleue marqua le premier but de la rencontre.

"Génial Ikki!" cria Seiya qui leva deux doigts en l'air formant le V de victoire.

"T'es génial!" dit Kiochi.

"Tu es le meilleur, Niisan!" dit Shun en courant vers lui. Ikki ébouriffa les cheveux de son frère et lui sourit. "La partie est loin d'être finie. Nous devons marquer d'autres buts" dit-il simplement. Shun hocha la tête et se tourna vers Hyoga. Il lui sourit et reprit sa place sur le terrain.

Ikki se rapprocha du Russe. "Tu dois marquer au moins un but" lui dit-il dans un souffle pour que personne d'autre n'entende. "Sinon, même si nous gagnons, Tetsuo n'acceptera pas ta victoire. Bats-toi pour toi-même!" Il s'éloigna sans jeter un regard en arrière.

Hyoga suivit des yeux son compagnon de chambre. 'Ikki...' pensa-t-il surpris par la voix du frère de Shun. 'Il fait tout pour que je gagne, pour que je sois accepter parmi eux. Il a raison. Je dois me battre.' Une expression résolue apparut sur son visage.

"Tu peux y arriver" dit quelqu'un près de lui.

Le Russe se tourna vers le garçon qui venait de parler et vit Shiryu. La surprise se lut dans ses yeux. Le garçon à la chevelure noire lui sourit simplement. Hyoga hocha la tête et reprit sa place sur le terrain. 'Oui, ils ont raison. Ils ont confiance en moi... Je ne dois pas les décevoir, je ne le dois pas!'

Le jeu continua et Hyoga mit tout son coeur à attraper le ballon pour qu'il puisse marquer un but. Mais il voulait tellement prouver aux autres qu'il pouvait inscrire lui aussi un but qu'il fît de nombreuses fautes.

"Je me demande si tu sais jouer..." lui dit Seiya exaspéré. Hyoga lui lança un regard noir. "Tu fais toujours des fautes! Nous perdons le ballon à cause de toi!"

"Ca suffit Seiya!" cria Ikki. "Ce n'est pas le moment!"

"Je dis juste la vérité!" répliqua Seiya piqué au vif.

"Tais-toi!" grogna Ikki. "Regarde le ballon!"

"Lâche-moi un peu!"

"Lâche-le un peu toi aussi!" gronda Ikki. Seiya tira la langue au garçon à la chevelure bleue et courut de l'autre côté du terrain. Ikki fronça les sourcils et il soupira un peu énervé. Il aperçut le signe de remerciement dans le regard de Hyoga et il haussa les épaules. Il courut pour bloquer Ban.

Le jeu continua. Quelques minutes plus tard, Seiya qui était sur le point d'être bloqué, lança le ballon haut dans le ciel sans voir qui allait le rattraper. Trois personnes se ruèrent sur lui. Ils sautèrent. Hyoga, Shiryu et Shun, les yeux rivés sur le ballon ne se virent pas et lorsqu'il arriva à la hauteur de leur front, ils donnèrent un coup de tête en même temps.

Le ballon fut pris entre les trois têtes et pendant deux secondes, il fut bloqué. La force combinée des trois garçons le renvoya dans les airs. Le ballon tourna sur lui-même avant de retomber sur le sol. Comme il n'y avait plus de ballon au niveau de leur front, les trois garçons, à cause de leur élan se heurtèrent la tête. Ils perdirent l'équilibre et ils tombèrent lourdement sur le sol.

"Ittai..." dirent les deux Japonais en se frottant la tête.

"Aie" grogna Hyoga en ouvrant un oeil et il regarda les deux enfants près de lui. Il vit Shun et Shiryu et tous les deux faisaient partie de son équipe. "Qu'est-ce qui s'est passé?" demanda-t-il.

"Hyoga-kun? Tu vas bien?" questionna Shun en ouvrant ses yeux verts.

"Je vais bien Shun-kun."

Le garçon hocha la tête. "Je ne savais pas que tu avais une tête aussi dure, Hyoga-kun" continua-t-il en se frottant le front. Il vit Hyoga lui tendre la main. Il la prit et le Russe l'aida à se relever.

"Toi aussi tu as une tête dure" rétorqua Hyoga en souriant. "Hé!" dit-il à Shiryu en l'aidant à se relever. "Toi aussi."

"Merci" dit Shiryu.

Les trois enfants entendirent des cris de joie et ils regardèrent autour d'eux pour connaître la raison de cette soudaine euphorie. Ils comprirent immédiatement. Jabu avait marqué un but.

"Je pense que l'on a un problème" remarqua Shiryu en voyant Seiya leur lancer des regards furieux. "Nous avons fait une grosse erreurs tous les trois."

"Je ne pensais pas que quelqu'un d'autre aller essayer de reprendre la balle" dit dans un murmure Shun qui était désolé. "C'est encore une fois ma faute."

"Ce n'est pas la faute de Shun-kun." Hyoga ébouriffa gentiment les cheveux de Shun. "La mienne. J'aurais dû faire plus attention et c'est mon combat, pas le tien."

"Ce n'est pas seulement ton combat" dit Shiryu en plissant ses yeux gris. "C'est le nôtre aussi. Nous devons apprendre à faire confiance aux autres, à penser à eux en premier, et non pas à nous. Shun a déjà gagné cette bataille, toi aussi. Maintenant c'est notre tour. Ce n'était pas ta faute, ni celle de Shun. Nous sommes tous responsables." Shiryu jeta un coup d'oeil à ses équipiers. "Nous ferions mieux de jouer avant que Seiya nous mange."

Les deux autres acquiescèrent et Shun donna un petit sourire à Shiryu. "Arigato Shiryu-san." Il se tourna vers Hyoga, mais le Russe était déjà loin et Seiya lui criait quelque chose, apparemment très en colère. Le garçon blond ne répondit rien et passa le Japonais comme s'il n'existait pas.

"Ca va Shun?"

"Oui, ça va, Niisan" répondit Shun en souriant à son frère.

"Alors reprends ta place. La partie n'est pas finie. Nous devons gagner!" Shun hocha la tête et courut à sa place. 'Nous devons gagner! Pour Hyoga!'

La partie continua et Hyoga était en nage. Il regarda en l'air, en direction du soleil avant de reporter son attention sur le ballon. Ils étaient à égalité. Iroshi, quelques minutes après le but de Jabu, en avait marqué un autre. Puis ils étaient revenus au score grâce à Seiya qui avait pris le ballon des pieds de Jabu et avait traversé près de la moitié du terrain tout seul. Il entendait les autres enfants qui sur la touche, encourageaient l'équipe de Tetsuo. Cela ne le surprenait pas du tout puisqu'il était l'étranger. Mais ce qui l'énervait le plus c'est qu'il avait rarement le ballon. Seiya refusait de le lui passer, ou quand c'était quelqu'un d'autre qui le possédait, il ne pouvait l'avoir car Tetsuo le marquait de près.

Hyoga jeta un coup d'oeil à sa droite et vit le garçon aux cheveux noirs lui lancer un sourire mauvais. Ils s'étaient rentrés dedans de plusieurs fois et le Russe était sûr que Tetsuo le faisait délibérément pour le mettre en colère et le faire sortir du terrain. Mais Hyoga restait calme. Il avait décidé de ne pas répondre à ses provocations. 'Je dois marquer une fois. Ikki et Shiryu ont raison. Si je ne le fais pas, même si nous gagnons, ils ne vont pas m'accepter. Mon duel avec Tetsuo sera nul. Non, il aura tout gagné, j'aurai tout perdu!'

"Tu ne gagnera pas Gaijin!" lui dit Tetsuo dans un souffle.

"Nous verrons cela!" répondit Hyoga qui vit Kiochi passer le ballon à Shun. "Toi non plus, tu n'as pas encore gagné." Un sourire mauvais apparut sur les lèvres de Hyoga. Il avait délibérément parlé en russe pour ennuyer le Japonais. Les yeux de Tetsuo se plissèrent dangereusement. Il était maintenant vraiment en colère.

* * *

Près du terrain, les enfants continuaient de crier. "Ne le laissez pas gagner!"

"Les Gaijin sont nuls!"

"Remettez-le à sa place!"

Aucun des enfants ne vit le vieil homme et sa petite-fille arriver derrière eux. Ils continuèrent à crier et le vieil homme s'arrêta intrigué. Les enfants ne remarquèrent pas sa présence tout occupés qu'ils étaient à suivre le match.

La petite fille aux cheveux couleur lavande voulut leur ordonner quelque chose, mais le vieil homme l'arrêta en posant sa main sur son épaule. Elle leva les yeux, surprise et il secoua légèrement la tête.

Kido Mitsumasa reporta son attention à ce qui se passait sur le terrain. Il vit des enfants courir après un ballon et il entendit les cris. Peu à peu, il commença à comprendre ce qui se passait. Il surveillait toujours de loin les enfants qu'il avait adoptés. Il ne les connaissait pas personnellement et ne voulait pas les connaître. La plupart d'entre eux ne reviendraient certainement jamais pour protéger Saori. Et il n'encourageait pas les enfants à avoir des liens entre eux ou alors la séparation ne serait que plus dure lorsqu'ils seraient envoyés dans les différents camps d'entraînement.

Mais il avait remarqué quelque chose. Le Russe n'avait jamais été accepté. Tout d'abord, le garçon blond avait toujours refusé d'obéir ou de rester ici. Sa tentative d'évasion était la preuve de son insubordination. Il s'était demandé ce qui l'obligerait à obéir et à accepter l'idée de devenir un Saint, mais il n'avait rien trouvé, absolument rien. Il ne pouvait l'obliger à faire se qu'il désirait. Il prenait cet échec comme une défaite personnelle. Il ne savait pas ce qui avait décidé à changer d'avis et il était soulagé qu'il l'eût fait.

Le konketsu essayait de s'intégrer au groupe et Kido Mitsumasa savait qu'il devait l'aider, parce qu'il ne le faisait pas et si le garçon blond parvenait à devenir un Saint, il ne reviendrait jamais ici et il aurait perdu un protecteur et gardien pour Saori.

"Hé. Que se passera-t-il si les deux équipes sont à égalité?" questionna un garçon.

"Je ne sais pas. Shiryu n'a rien dit à ce sujet" répondit un autre.

"S'ils le sont, qu'est-ce qu'on fera avec le Gaijin? Devrons nous l'accepter ou pas?" demanda un autre.

"Que veux-tu faire?" rétorqua le premier.

"Je ne l'aime pas..."

"Il est trop froid!" ajouta le second.

"Le match n'est pas fini" dit un quatrième. "Il faut juste attendre."

Le vieil homme reporta son attention sur les enfants qui jouaient sur le terrain, puis il prit la main de sa petite-fille. Ils s'éloignèrent, laissant les garçons seuls. Ensembles, ils marchèrent vers la maison et ils croisèrent Yamada qui courait très apparemment très en colère vers le terrain de jeu. "Yamada-san?" appela le vieil homme en s'arrêtant.

L'homme interpellé s'arrêta aussi et se tourna vers Kido Mitsumasa. "Kido-sama" dit-il en se courbant devant lui. "Je suis désolé. Je vais dire aux autres enfants d'aller s'entraîner tout de suite. Je suis vraiment désolé. Cela ne se reproduira plus Kido-sama."

"Laissez-les jouer un moment. Jusqu'à ce que la partie soit terminée."

"Mais Kido-sama..."

"Ce ne sont que des enfants. Ils ont besoin de se défouler un peu de temps en temps. Et jouer au football peut les aider à canaliser leur colère. De plus, cette partie peut être considérée comme un entraînement. Les enfants ont besoin de jouer un peu. Ces enfants vivront des moments difficiles dans quelques mois. Nous devons les laisser jouer pour qu'ils aient quelques souvenirs agréables. S'ils n'en ont pas, ils ne seront pas capable de devenir des Saints et de protéger Athéna."

"Comme vous le désirez Kido-sama."

"Jusqu'à ce que la partie soit finie" dit Kido Mitsumasa en s'éloignant. "Oh! Dites au Gaijin de récupérer ses affaires après" lui fit-il remarquer lorsqu'il aperçut le cahier d'exercices et les livres. Yamada acquiesça. "Saori-chan? Viens avec moi, c'est l'heure de ta leçon de piano."

"Pourquoi devrai-je apprendre le piano alors qu' 'eux', ils jouent!" s'indigna la fille en se tournant vers le terrain de jeu.

"Saori" appela l'homme qui attendait. Elle soupira et rejoignit lentement son grand-père déclarant que le monde était injuste.

Yamada les regarda. Il fut surpris par la requête de l'homme. Il savait qu'en ce qui concernait les enfants, c'était habituellement Tokumaru-san qui donnait les ordres, et tout le monde savait que ce dernier était beaucoup plus sévère que Kido-sama. Quand ils eurent disparu de sa vue, il se dirigea vers les enfants qui étaient toujours en train de crier alors que certains d'entre eux jouaient sur le terrain. Il s'arrêta près d'un groupe et les regardèrent.

"Yamada-san" dirent-ils en s'étranglant surpris et effrayé. Puis ils comprirent qu'ils étaient en retard et furent sur le point de s'en aller.

"Vous ne voulez pas voir la fin du match?" questionna l'homme d'une voix atone.

"Nous pouvons?" demanda un garçon plus téméraire que les autres.

"Vous avez la permission de Kido-sama" dit-il en apercevant le garçon blond courir sur le terrain et essayer de bloquer le ballon. 'Il joue!' remarqua-t-il sans en croire ses yeux. Il savait que tout le monde le rejetait sauf Shun. Et depuis qu'il avait passé une nuit dans la cellule de méditation avec Ikki, ce dernier était semblait-il plus tolérant envers Hyoga. Mais jouer avec les autres était quelque chose qu'il ne s'attendait pas à voir.

Hyoga passa le ballon à Ikki qui continua vers le but adverse. Avant que Jabu ne parvienne à le bloquer, il le passa à Shiryu qui le donna à Seiya. Ce dernier l'envoya à Shun qui le redonna à son frère. Ikki contrôla le ballon avec sa poitrine et regarda très rapidement autour de lui, cherchant quelqu'un démarqué. Il vit Hyoga qui courait en essayant de se démarquer, mais Tetsuo le suivait comme son ombre. Il courut vers le but surveillant le Russe du coin de l'oeil. Il le vit s'élancer en prenant à contre pied Tetsuo et se ruer vers les buts enfin libéré de cette ombre pesante et encombrante. Juste derrière lui Tetsuo tentait de le rattraper en jurant, et Shun le suivait de près. "Hyoga!!" cria-t-il en donnant un coup e pied dans le ballon.

Hyoga entendit le cri d'Ikki et regarda derrière lui. Il vit le garçon à la chevelure bleue lui envoyer le ballon et il courut plus vite vers les buts avant que quelqu'un ne l'arrête. Mais Ban sauta et dévia le ballon. Il fut envoyé de l'autre côté du but. Hyoga changea de direction et se rua vers le ballon avant que Geki ne puisse l'attraper.

L'imposant enfant à la chevelure violette s'élança vers le ballon et le repoussa avec ses poings. Il tomba sur le sol et il vit le garçon blond plonger en direction du ballon. Sa tête poussa le ballon mais il sentit une résistance.

"Tu ne marqueras pas gaijin!" s'écria Tetsuo qui bloquait le ballon avec son pied droit.

Hyoga sentit que la pression sur le ballon était moins forte que quelques secondes auparavant parce qu'il tombait sur le sol. Le Russe se mordit l'intérieur de sa bouche. Il posa sa main sur le sol et en prenant appui sur celle-ci, il porta tout son poids en avant. Tetsuo sentit que le gaijin poussait le ballon et il ne pouvait rien faire. Il était étendu sur le sol et il ne pouvait pas déployer toutes ses forces dans cette position. La force de Hyoga repoussa son pied et le ballon se dirigea vers le but.

Le garçon blond tomba à terre et son front heurta le pied de Tetsuo. Il grimaça d'abord de douleur puis il gémit quand il prit conscience que son poignet droit le faisait souffrir. Il s'assit lentement et il secoua la tête, les yeux fermés. Il bougea son poignet droit et il soupira rassuré qu'il n'y ait pas d'entorse et qu'il ne soit pas cassé.

Deux mains se posèrent sur ses épaules. "Tu as réussi, Hyoga-kun!" cria Shun heureux. "Tu as réussi!"

Hyoga leva les yeux et vit que Shun lui souriait de toutes ses dents. Il tourna ensuite la tête vers les buts adverses et il vit que le ballon était derrière les poteaux. "Je l'ai fait?" demanda-t-il n'en croyant pas ses yeux.

"Oui c'est toi qui a marqué Hyoga-kun! C'était un but splendide! Tetsuo n'a rien pu faire!"

"J'ai marqué! J'ai vraiment marqué!"

Shun hocha la tête même s'il ne comprenait pas ce que disait le Russe. Il savait qu'il était en proie à des émotions violentes. Lorsqu'il ressentait quelque chose de très fort Hyoga parlait toujours en russe. Il parlait également sa langue maternelle quand il n'arrivait pas à expliquer en japonais ce qu'il ressentait. "Est-ce que ça va?" demanda-t-il un peu inquiet. Il aida son ami à se relever. Perplexe, le Russe posa son regard sur Shun. "Ta tête ?" précisa le garçon aux cheveux verts.

Hyoga posa sa main sur son front et sourit. "Ne t'en fais pas Shun! Avec tous les coups que j'ai reçu sur la tête aujourd'hui, on peut conclure qu'elle est solide. Je me sens bien."

"Je pense que je vais apprendre le russe" plaisanta Shun.

Hyoga ouvrit grands ses yeux bleus et ébouriffa ses cheveux gênés. "Désolé."

Shun secoua la tête. "Alors?" redemanda-t-il en allant de l'autre côté du terrain.

"Ma tête va bien Shun-kun" le rassura-t-il.

"Alors tu as réussi" dit Shiryu près de lui.

"Dis donc! Tu en as mis du temps!" remarqua Seiya en croisant les bras sur son torse. "Je suis meilleur que toi!"

Hyoga haussa les épaules et il vit Ikki hocher la tête. Le garçon blond lui répondit aussi par un hochement.

"Désolé" les interrompit Gyuma, "mais la partie n'est pas finie. Il ne reste plus beaucoup de temps alors retournez à vos postes" leur conseilla-t-il. Ils acquiescèrent tous et Hyoga remarqua que Tetsuo le foudroyait du regard., mais il ne s'en préoccupa pas. Le jeu continua jusqu'à ce que l'arbitre siffla la fin de celui-ci.

Il y eut un long moment de silence durant lequel Shiryu se dirigea au centre du terrain. Sans hésiter, il s'adressa à tout le monde. "Comme vous l'avez constaté, c'est l'équipe de Hyoga qui a gagné. Donc comme Shun et moi l'avons dit au début, Hyoga a le droit d'être parmi nous."

"Cela aurait été mieux si ça avait été un duel!" s'écria un garçon. "Cela ne prouve rien!"

"Hyoga a gagné son duel avec Tetsuo. Il a marqué alors que Tetsuo n'en a pas marqué. Et le dernier but était le résultat de leur duel et Hyoga a gagné."

"Mais..." commença quelqu'un.

"Il n'y a pas de mais qui tiennent. Hyoga fait désormais partie de notre groupe. Mais chacun est libre de lui parler ou non. Personne ne vous forcera à lui parler et personne ne vous empêchera de le faire. Hyoga sera certainement le dernier à vous forcer la main. Mais il a gagné le droit d'être parmi nous et ça vous ne devez pas l'oublier. As-tu compris Tetsuo?"

Le garçon le fusilla du regard et s'éloigna en colère avec ses amis. "Fuiiiii. Il est en colère" dit Seiya content. Il se tourna vers le Russe. "Ne pense pas que j'ai oublié que je dois prendre ma revanche sur toi!"

Hyoga haussa seulement les épaules en guise de réponse et il croisa les yeux gris de Shiryu. Il avait l'impression qu'ils lui souriaient. Il hocha imperceptiblement la tête en guise de remerciement et le garçon à la chevelure noir secoua la sienne. Il se tourna et rejoignit Seiya qui était en train d'ennuyer Jabu. Le garçon blond sentit quelqu'un tirer sur son Tee-shirt et il vit Shun lui sourire.

"La récréation est terminée" cria Yamada. "C'est l'heure de l'entraînement! Aller au gymnase tout de suite, et au pas de course. Hyoga! Va prendre tes affaires que tu as oubliées près de la demeure des Kido. Et vite!" Il lança ensuite des regards furieux aux enfants qui ne se dépêchaient pas et ils se séparèrent pendant que le Russe prit une direction différente sous le regard de Yamada. 'Apparemment il a réussi à s'intégrer dans le groupe.... Intéressant... Shun peut-être son point faible. Il nous aidera à le mâter définitivement' pensa-t-il en portant son attention sur le garçon aux cheveux verts qui s'éloignait avec son frère et qui parlait avec animation. Il jeta encore une fois un coup d'oeil au garçon blond et il suivit les enfants. 'Kido-sama a raison...'

* * *

Shun courut à l'endroit où se trouvait Hyoga en train de lire et d'écrire les kanji qu'il devait apprendre pour le lendemain. "Hyoga-kun!" cria-t-il en agitant sa main. Entendant son nom, le Russe leva les yeux de son livre et l'ombre d'un sourire apparut sur ses lèvres. Il referma le livre et le posa près de lui sur l'herbe.

Shun s'assit près de lui et posa un livre sur ses genoux. "J'étais sûr de trouver là" lui dit-il en jetant un coup d'oeil aux autres qui jouaient. Hyoga jouaient rarement avec eux, même après qu'ils furent 'd'accord' pour l'accepter parmi eux. Seuls quelques-uns uns d'entre eux l'acceptaient qu'il jouât avec lui, mais cela ne semblait pas déranger le Russe. Il aimait rester juste près des enfants sans prendre part aux activités.

Hyoga pencha la tête vers Shun qui se tourna vers lui en souriant. "Tu faisais tes exercices de japonais?" Le Russe acquiesça. Le garçon à la chevelure verte prit le livre et l'ouvrit. "Tu y arrives?" L'autre hocha la tête en signe d'acquiescement. Shun feuilleta le livre. "Veux-tu que je t'aides?"

"Non, Shun-kun, ça va comme ça." Il aperçut le livre posé sur les genoux de Shun.

Shun regarda où le Russe avait posé son regard et il sourit. Il posa le livre de Hyoga et ouvrit celui qu'il venait d'apporter. Il le feuilleta rapidement. La page qu'il recherchait fut dépassée et if stoppa son geste. Il tourna quelques feuilles. Ses yeux sourirent et il tendit le livre à Hyoga. "Regarde ce que j'ai trouvé!" dit-il en montrant les deux pages.

Hyoga baissa les yeux. Il vit une carte et des photos. "Russie..." murmura-t-il. Ses yeux s'emplirent de larmes mais il les ravala en fermant ses paupières de toutes ses forces.

Les traits de Shun s'assombrirent et devinrent tristes. "Désolé Hyoga-kun. Je... J'avais pensé que tu... que tu serais content. Je ne pensais pas que tu serais triste" murmura-t-il les yeux embrumés par les larmes.

"Shun-kun" dit Hyoga dans un murmure en se tournant vers lui. "Ne pleure pas. Merci. J'apprécie ton geste." Il caressa la joue de l'enfant avec son doigt. "Tu es inquiet pour moi..."

Shun acquiesça. "Tu souris rarement. Je ne t'ai jamais entendu rire. Même quand tu souris, tes yeux sont tristes. J'ai pensé que ton pays te manquait..."

Hyoga lui sourit tristement. "Merci pour ta gentillesse, Shun-kun."

"Vraiment?"

Hyoga hocha la tête et son attention se porta de nouveau sur le livre et regarda les images. Il ferma lentement les yeux et se souvint de son pays. L'immense forêt, les plaines gelées et couvertes de glaces pendant une grande partie de l'année qui s'étendent à perte de vue, la couleur du ciel si particulier en Russie et surtout dans le Nord où les saisons sont très prononcées lui revinrent en mémoire. Ses souvenirs des temps heureux étaient tout ce qui lui restaient à présent.

Le Russe sentit une légère pression sur son avant bras et il ouvrit lentement ses yeux. Il tourna légèrement la tête et vit Shun qui le regardait étrangement.

"Quelque chose ne va pas?" demanda-t-il.

Hyoga fit non de la tête et il ébouriffa les cheveux verts et lui sourit espérant que cette fois il fut plus joyeux. "Merci" lui dit-il même s'il ne savait pas vraiment s'il devait remercier son ami pour ce geste. Ces images lui rappelaient tellement de souvenirs, des souvenirs heureux qui contrastaient avec la perte du bonheur et avec cette dure réalité dans laquelle il vivait.

"Hyoga-kun? Peux-tu me parler de ton pays? Je voudrais le connaître..."

Hyoga posa le livre de manière à ce qu'il soit entre eux deux. Il pointa ensuite son doigt sur la carte. "Je suis né là" dit-il, "près de Nadym, dans les plaines de la Sibérie Occidentale, près du Golfe de l'Ob." Puis il traça avec son index une ligne sur la carte. "J'ai beaucoup voyagé. Avant de venir au Japon, je vivais ici, à Khatanga, dans les plaines Centrales de Sibérie." Il cessa de parler se demandant comment il pouvait exprimer ses sentiments à son ami Japonais. Il avait des lacunes en ce qui concernait le vocabulaire.

"Comment est ton pays?" demanda Shun comprenant l'hésitation de Hyoga.

"Immense, sauvage, magnifique. Les humains ne sont rien. L'été est court. L'hiver est long, très long. Pendant quelques jours ou semaines, en hiver, le soleil n'est pas dans le ciel."

"C'est la nui! Tout le jour!?" s'écria Shun surpris.

Hyoga hocha la tête. "Et en été, pendant quelques jours ou quelques semaines, la nuit n'existe pas."

"Pas de nuit!!!!" Shun secoua la tête. "Je ne le crois pas! Tu plaisantes n'est-ce pas?"

Hyoga fit non de la tête. "Non, c'est la vérité."

"Dis-m'en plus, Hyoga-kun."

Le garçon à la chevelure d'or acquiesça et il se mit à parler lentement, cherchant ses mots, et lorsqu'il ne les trouva pas, il les dit en russe, sachant que Shun ne lui en voudrait pas. Il se sentait soulagé. Au début, il pensait qu'il allait pleurer, mais ce ne fut pas le cas. Ce fut le contraire. C'était comme s'il revivait ce qu'il avait vécu, comme s'il vivait ce qu'il disait. Il avait le sentiment d'être retourné chez lui et qu'il allait revoir sa mère. Il parla de la couleur du ciel lors des différentes saisons. Il lui avoua qu'il préférait l'hiver. Il lui parla des voyages qu'il avait faits, des gens, des différents peuples, de la faune.

Shun l'écouta attentivement. Il aimait entendre la voix du Russe et il aimait son accent. Il se rendit compte que de plus en plus souvent Hyoga parlait en Russe. Il remarqua aussi que le ton de sa voix avait changé. Il était plus joyeux et ses yeux brillaient de bonheur. Il ne l'avait jamais vu ainsi. "Hyoga-kun" il dit d'une voix douce, "tu aimes beaucoup ton pays. Je comprends maintenant pourquoi tu voulais et tu veux toujours retourner là-bas. Je comprends en un sens ta solitude."

"Je ne suis pas seul. Tu es là."

"Hyoga-kun? C'est vrai que tu as vu des ours blancs?" lui demanda-t-il.

Le garçon blond hocha la tête en se demandant pourquoi Shun avait changé si brusquement le cours de la conversation.

"Tu as dormi avec l'un d'entre eux?"

"Non! Ils sont trop gros et trop dangereux aussi...." Hyoga le fixa de ses yeux bleus quand son ami se mit à rire sous cape. Puis il éclata franchement de rire. Il rit de tout son coeur qu'il en pleura. "Shun-kun?" Le garçon à la chevelure verte ne répondit rien et continua de rire, incapable de s'arrêter.

"Qu'est-ce qui est si marrant?" demanda soudain Ikki qui se trouvait derrière les deux garçons.

Shun se tourna vers son frère et joyeux, sourit. "Hyoga-kun est en train de me parler de son pays. C'est si différent du Japon!"

Ikki regarda Hyoga qui évita de croiser le regard du chef de son groupe. "Vraiment?" dit-il.

Vraiment Niisan! C'est si étrange et si intéressant! Quand je serais plus grand j'irai visiter son pays! Sais-tu que parfois dans l'année la nuit dure tout le jour et que le jour dure toute la nuit? Hyoga-kun est allé dans des endroits étranges où la glace recouvre la mer et le sol et le et dans le ciel il y des choses étranges, oh, quel est leur nom déjà?"

"Des aurores boréales" répondit Hyoga. Ikki haussa les sourcils ne comprenant pas la langue. "Désolé. Je ne connais pas le mot japonais. Je le demanderai à Yoshida-san."

"Il m'a dit qu'il avait vu des ours blancs et je lui aie demandé s'il avait dormi avec eux. Il m'a répondu que non, parce qu'ils étaient trop gros et trop dangereux. Alors j'ai voulu lui expliquer l'histoire de l'ours de Yuri, mais je n'ai pas pu. C'était si marrant! Tu te souviens d'elle? Elle ne pouvait pas dormir sans son ours. Je me rappelle qu'un jour, elle avait versé tomber dans la farine dessus parce qu'il était trop sale. Elle est devenue toute blanche après!" Shun se remit à rire en se souvenant de cet épisode et Ikki, content de voir son frère si joyeux, sourit. Il jeta un coup d'oeil à Hyoga qui regardait Shun de façon perplexe, ne comprenant pas la soudaine hilarité du garçon aux cheveux verts, mais un sourire apparut sur ses lèvres. Hyoga leva les yeux et lorsqu'il croisa le regard d'Ikki il tourna la tête.

Ikki secoua légèrement la tête. Il avait accepté la présence du Russe et parfois il se surprenait à écouter ce que Hyoga et Shun se racontaient. But mais le garçon blond ne se sentait pas à l'aise près de lui, alors souvent, lorsqu'il était près d'eux, il ne se montrait pas. Il sortit de ses pensées et se pencha vers Shun. "L'entraînement va bientôt commencer, Shun. Va replacer le livre où tu l'as trouvé."

"Hai Niisan." Le garçon se leva et ferma le live. "Nee Hyoga-kun, pourras-tu m'en dire plus sur ton pays? Je voudrai en apprendre davantage!"

Hyoga hocha simplement la tête et Shun lui répondit n souriant. Il courut vers la petite bibliothèque. Hyoga se leva et il rassembla ses affaires. Il jeta un coup d'oeil à Ikki qui n'avait pas bougé. Il restait là à le fixer et à attendre. Puis il posa son regard sur le garçon aux cheveux verts qui s'élognait.

Ikki regarda Shun s'éloigner en courant vers la petite bibliothèque pour aller rejoindre les autres après. "Cela faisait longtemps que je ne l'avais pas vu être si joyeux et rire de tout son coeur."

Hyoga se tourna vers Ikki étonné. Le garçon lui parlait rarement et il ne s'était jamais confié à lui. Il regarda un long moment le garçon à la chevelure bleu foncé dont le regard était perdu, certainement dans ses souvenirs.

Après quelques secondes de silence, Ikki continua sans remarquer le regard étonné du Russe. "Shun a toujours été un garçon joyeux et affectueux, mais depuis quelques années il a changé. Il ne s'est probablement pas rendu compte." Il laissa échapper un soupir. "J'ai tout fait pour lui rendre sa joie de vivre qui lui est si caractéristique, mais je n'ai jamais vraiment réussi."

Ikki se tourna vers Hyoga et le regarda dans les yeux. "Mais toi tu as réussi là où j'avais échoué. Tu l'as fais rire. Il riait vraiment et il sourit de plus en plus souvent. Ce ne sont plus des sourires forcés, mais de véritables sourires que je vois sur le visage de Shun."

Hyoga ne ressentit aucun ressentiment derrière ces mots. Il aurait été normal qu'Ikki lui en veuille, mais à sa grande surprise, ce n'était pas le cas. Non, au lieu de cela, l'enfant aux cheveux bleus semblait soulagé, presque content. "Pourquoi Shun ne voulait-il plus vivre?" demanda le Russe.

Ikki ne répondit rien pendant quelques minutes, puis il se mit à parler lentement, acceptant de satisfaire la curiosité de Hyoga. "Shun ne se souvient pas de sa mère. Il ne l'a jamais vraiment connu. Elle est morte quelques mois après sa naissance. J'ai moi-même oublié le visage de notre mère. Nous fûmes placés dans un orphelinat. Je n'ai pas accepté cet état de fait et je me suis enfui avec Shun. Je ne voulais pas qu'on soit séparé. Il était et il est toujours la seule famille qui me reste, je ne vis que pour lui."

Hyoga jeta un coup d'oeil dans la direction qu'avait prise Shun avant de tourner au coin. Il avait le sentiment qu'Ikki n'aimait pas parler de son passé et celui de son frère devant ce dernier. Mais Shun n'était pas là et il porta de nouveau son attention à l'histoire de son compagnon de chambre.

"Nous fûmes repris et placés dans un autre orphelinat. Dans celui-ci, je me suis tenu tranquille. Shun a grandi en riant et jouant avec les autres orphelins. Il est mon seul réconfort et à cette époque je voulais qu'il soit heureux. Nous n'avions plus de famille et pourtant je voulais lui offrir une vie aussi normale que celle que connaissaient les autres enfants. Mais un jour, des gens de la Fondation Graude ont tout brisé. Ils sont venus pour m'emmener. Ils ne voulaient pas de Shun car ils disaient qu'il était trop faible, qu'il n'était pas du tout intéressant pour leur projet de Saints! Je ne voulais pas être séparé de Shun alors je me suis enfui encore une fois avec lui."

Hyoga ne dit pas un mot. 'La Fondation Graude! Elle détruit tout autour d'elle!' pensa-t-il amèrement.

"Nous avons erré pendant cinq mois à travers le Japon en nous débrouillant comme nous pouvions pour survivre. Shun avait complètement perdu espoir et la volonté de vivre. Il tomba malade j'ai cru qu'il allait mourir. On se réfugiâmes dans une petite église. Le prêtre nous donna asile. Il n'a rien demandé et a soigné Shun. Shun a recommencé à prendre goût à la vie, mais il était plus taciturne et parfois en proie à des cauchemars."

Ikki soupira lorsqu'il se souvint cette période de son enfance, d'ailleurs pas si éloigné. "Un jour la Fondation nous retrouva et les hommes m'emmenèrent. Mais cette fois-ci ils emmenèrent Shun avec eux. Ils avaient compris quand sans lui ils leur seraient impossible de faire pression sur moi, de faire de moi ce qu'ils voulaient. Shun est leur garantie de mon obéissance et de ma loyauté envers eux. Shun a changé un peu et s'est remis à rire un peu. Cela peut-être parce qu'il n'avait plus peur que l'on nous sépare. Il était au milieu d'enfants. Shun est quelqu'un qui déteste la solitude. Il a été terriblement déçu. Ils l'ont rejeté. Ils l'ont insulté. Shun n'a pas d'amis et il s'était renfermé sur lui-même, et ce jusqu'à ce que tu sois arrivé et tu aies accepté son amitié."

"Ici c'est un calva ire" dit Hyoga sachant parfaitement de quoi il parlait. "Mais il a de la chance. Il a un frère. Il n'est pas seul."

Ikki donna un sourire au Russe. "Tu es le seul qui sois parvenu à le faire rire, je veux dire vraiment rire." Ikki se dirigea lentement vers le gymnase. "Hyoga? Aimes-tu Shun?"

L'enfant blond hocha la tête. "Il est le seul qui m'ait aidé." Ikki sourit. Shun lui avait dit les même mots. "Shun est mon ami" dit Hyoga en jetant à Ikki un coup d'oeil à la dérobée, redoutant sa réaction. Comme rien ne se passa, il continua. "Je le considère comme mon petit frère. Un frère que je n'ai pas mais si j'en avais eu un, j'aurais voulu qu'il ressemble à Shun" révéla avec hésitation Hyoga en cherchant ses mots.

Ikki s'arrêta et se tourna vers Hyoga en éclatant de rire.

Hyoga s'arrêta aussi et regarda Ikki droit dans les yeux. "Qu'est-ce qui te fais rire?"

"J'y crois pas!" répondit Ikki entre deux éclats de rire. Le Japonais voyant le regard perplexe de Hyoga tenta de se calmer. "Tu sais? Tu es plus q'un ami au regard de Shun."

"Hein?"

"Il te considère comme un 'Anibun', Hyoga."

"Anibun?" demanda Hyoga ne comprenant pas ce mot. "Qu'est-ce que c'est?"

"Il te considère comme un frère. Anibun signifie que quelqu'un ou un ami considère quelqu'un d'autre comme un frère aîné..."

"Anibun?" Ikki se dirigea lentement vers le gymnase et Hyoga le suivit. "Je ne savais qu'il me considérait comme son frère..."

"C'est comme ça. Le plus amusant c'est que toi aussi tu le considère comme un petit frère." Hyoga passa la main dans ses cheveux et frotta sa tête, gêné. "Hyoga?"

"Oui Ikki?"

"Veux-tu vraiment être l'Anibun de Shun?"

"Quoi?"

"Protègeras-tu Shun si je ne suis pas près de lui?"

"Tu es toujours près de lui."

"Pas tout le temps. Le feras-tu?"

Hyoga hocha la tête. "Oui je le protégerai."

"Merci Hyoga" dit-il sincèrement.

"Ikki?" demanda Hyoga. Ce dernier se tourna vers lui. "Si je suis l'Anibun de Shun, il est quoi?"

"Ton Ototobun" répondit simplement Ikki.

"Alors, tu me considères comme ton Ototobun?" Le garçon à la chevelure bleu foncé regarda dans les yeux bleu glacier du Russe pendant un moment, mais il ne dit rien. Hyoga attendit. Mais aucune réponse ne fut donnée. "Comme un ami? Je voudrais bien être ami avec toi."

"Hyoga-kun! Niisan! Qu'est-ce que vous faîtes?" appela Shun en apparaissant u coin du gymnase.

"Nous arrivons Shun!" lui répondit Ikki en criant et en se dirigeant vers lui. Hyoga soupira et le suivit. "Pour répondre à ta question Hyoga, fais toi-même le choix. Je n'ai aucune réponse à te donner" dit Ikki sans jeter un coup d'oeil au Russe.

'Comme je veux, hein Ikki?' pensa Hyoga. 'Bien, je préfère te considérer pour le moment comme un frère. Peut-être qu'un jour je te considérerai comme un Anibun, mais en attendant ce jour, tu seras mon ami!' Le garçon blond suivit les deux frères puis les rejoignit. 'Mama. Mon Dieu. Merci. Je ne suis plus seul, mais tu me manque toujours Mama.' Il sourit à Shun puis à Ikki. 'J'espère que notre amitié va se développer et que nous nous reverrons lorsque notre entraînement pour devenir un Saint sera terminé...'


Fin.


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