Une petite flamme sous la glace

Chapitre 1

© 2001 par Seiiruika

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English Version


Un vent froid soufflait, et lorsqu'il s'engouffrait dans les rues étroites de la cité, il prenait de l'ampleur. Le ciel de fin février était bleu et le soleil brillait, essayant de réchauffer prématurément la terre et de réveiller la flore qui végétait en ces jours glacials. Il faisait froid mais bien que ce ne soit pas encore le printemps, le temps était beau et les gens sortaient. Ils marchaient dans les rues, appréciant les rayons du soleil après sa longue absence.

Une femme se frayait un chemin très rapidement dans la foule qui déambulait dans les rues. Elle avait des cheveux châtains très clairs qui semblaient blonds lorsque le soleil brillait, et tombaient sur ses épaules. Elle tenait fermement la main d'un petit garçon. Le garçon avait environ trois ans et avait de courts cheveux bleu-vert. Il essaya de suivre le rythme mais il n'y parvenait pas vraiment à cause de ses petites jambes et il trébucha. Il fut sur le point de perdre l'équilibre, mais la poigne de la femme l'empêcha de tomber sur le trottoir cimenté. Mais ce geste involontaire fit perdre le rythme de la femme. Elle s'arrêta et foudroya du regard l'enfant, qui se sentait coupable, détourna les yeux.

La femme resserra, dans un geste sans tendresse, sa poigne autour de la main de l'enfant. Quand elle fut sûre qu'il ne serait pas capable de s'enfuir, elle continua son chemin mais plus lentement. Le garçon leva les yeux vers la femme qui regardait droit devant elle. Sans regarder autour d'elle, elle évita quelques passants refusant de donner ne serait-ce qu'un coup d'oeil à l'enfant. Que la femme ne le regarde pas, il en avait l'habitude. Ce à quoi il n'était pas habitué c'était les rues, la foule. Il sortait rarement. La femme lui interdisait toujours de sortir et il n'avait jamais désobéi. Il restait toujours à la maison avec les quelques livres qu'il gardait dans un coin de l'appartement dans lequel il vivait, ainsi qu'une vieille peluche informe.

Comme il sortait rarement et comme il pouvait désormais suivre les enjambées de la femme, il regarda autour de lui, à la fois impressionné et effrayé. Il apercevait des gens, des enfants qui riaient, il voyait des magasins, des voitures et il entendait de très nombreux bruit qu'il ne connaissait pas et ne reconnaissait pas dans cette cacophonie qui agressait ces oreilles. Il continua de marcher en essayant d'analyser et de comprendre ce monde avec son esprit d'enfant de trois ans qu'il était. Mais même avec son esprit vif, il n'arrivait pas à comprendre certaines choses. Il était si peu sorti, et les quelques livres qu'il avait lus ne l'avaient pas préparé à ça. Lorsqu'il sentit la poigne de la femme se resserrer encore plus sur sa main au point de la briser, l'enfant cessa de penser et de trouver la nature des choses qui l'entouraient.

Ils marchèrent pendant un long moment. Ils tournèrent plusieurs coins de rues qui étaient plus ou moins larges et l'enfant se sentit perdu, mais il n'avait pas peur. Il était avec sa mère et il était certain que rien ne lui arriverait aussi longtemps qu'il resterait avec elle. Enfin ils entrèrent dans un parc, et cette fois encore, l'enfant s'arrêta surpris.

Il voyait un arbre en face de la fenêtre de l'appartement, mais il n'avait jamais vu de l'herbe ou des fleurs auparavant. Les seules choses qu'il pouvait voir par la fenêtre étaient le vieil arbre dans l'impasse et l'immeuble d'en face. Parfois, quand le temps était au beau fixe, agenouillé sur une chaise, il se penchait par la fenêtre et il pouvait entrevoir un bout de ciel bleu. Le soleil brillait rarement dans le petit appartement qu'il partageait avec sa mère. Les bruits de la rue parvenaient difficilement et de façon très atténuée dans ce studio et quand il les entendait, il avait l'impression qu'ils provenaient d'un autre monde. Parfois des enfants venaient dans l'impasse et jouaient en criant et en riant sous le regard de l'enfant aux cheveux bleu-vert. Il ne ressentait rien pour eux, il préférait la solitude. Mais parfois, quand un pigeon passait à tire d'aile devant la vitre ou quand un autre se posait sur le rebord de la fenêtre, il ressentait l'envie d'être libre. Il passait son temps à observer les pigeons et se sentait malheureux de ne pouvoir les suivre. De temps en temps, quand il n'avait pas aperçu d'oiseaux ou quand il ne les avait pas entendus pendant quelques jours, il devenait triste et s'enfermait dans un profond silence. Lorsqu'il ressentit ce manque la première fois, il eut l'idée de les attirer en partageant son pain avec eux. Quand il les voyait, il souriait toujours et parfois même il riait, se sentant étrangement rassuré.

Ici, il y avait de très nombreux pigeons. Certains picoraient, d'autres prenaient leur envol, d'autres se posaient sur le sol ou encore sur des bancs ou dans les arbres, alors que d'autres se dandinaient parmi les humains. A sa droite il vit un petit étang sur lequel glissaient gracieusement de gros oiseaux blancs. Il en vit d'autres bruns et blancs et plus petits qui filaient sur l'eau pendant qu'ils mangeaient dans un claquement de bec le pain que les gens leur lançaient. En outre, il aperçut des enfants jouer parmi les oiseaux alors que des femmes discutaient tout en berçant leurs enfants qui se trouvaient dans leurs landaus ou leurs poussettes. Il remarqua des jeunes gens qui se tenaient par la main ou qui s'embrassaient. Il distingua des hommes qui lisaient ou qui contemplaient le paysage, des personnes âgées qui parlaient ou essayaient de réchauffer leurs vieux os sous le pâle soleil de la fin février. Le parc était immense, empli de bruits nouveaux et inconnus pour l'enfant. C'était des sons très différents de ceux de la rue. C'était à la fois paisible et relaxant.

La femme tira vivement sur la main de l'enfant qui s'arracha de sa contemplation. Le garçon laissa la femme le guider plus avant dans le parc et il en profita pour regarder autour de lui alors qu'il cherchait des yeux les pigeons. Le parc semblait grand et il n'arrivait plus à entendre les bruits de la rue, et quand il regarda autour de lui, il ne voyait que de manière floue les immeubles qu'il avait remarqués à l'entrée du jardin. Sans lui jeter un seul regard la femme continua de marcher et elle ne se préoccupa pas de savoir si l'enfant était fatigué ou pas.

Ils s'arrêtèrent soudain et elle regarda autour d'elle comme si elle vérifiait quelque chose, et lorsqu'elle le fut, elle posa un genou à terre face au garçon qui leva les yeux vers elle. Ses yeux rencontrèrent les siens et elle mit ses mains sur ses épaules. Il cligna des yeux et attendit patiemment. "Je dois y aller. Je ne serai pas longue." Elle regarda par-dessus sa tête. "Attends-moi ici. Je dois faire quelque chose. Attends ici jusqu'à ce que je revienne." Elle regarda l'enfant et ses yeux devinrent plus durs. "As-tu compris?"

Le garçon acquiesça de la tête et la pression qu'il ressentait sur ses petites épaules devint plus légère. Il regarda la femme qui se releva. Elle s'éloigna sans jeter un regard en arrière. Il la vit disparaître au détour d'un virage du sentier, se confondant dans la masse des badauds, mais il ne bougea pas. Il resta là à fixer le point où elle venait de disparaître.

Le temps passa et l'enfant resta debout, immobile, sans quitter des yeux le tournant du sentier. Chaque fois qu'il apercevait une silhouette s'approcher, son coeur se mettait à battre plus fort. Le court jour d'hiver touchait à sa fin et déjà à l'Ouest le soleil commençait à disparaître sous les nuages sombres. La température tomba, et malgré son manteau le petit garçon se mit à trembler. Il essaya de se réchauffer en sautillant d'un pied sur l'autre, et bien qu'il eut mal aux jambes pour être rester si longtemps à attendre debout, il continua d'attendre. Il continuait à observer le sentier espérant toujours que la femme allait apparaître d'un instant à l'autre.

Il faisait de plus en plus sombre et le parc était pratiquement vide. Quelques personnes qui s'étaient attardées rentraient chez elles rapidement sans jeter un coup d'oeil à l'enfant qui se tenait debout près du banc seul. Puis ce fut la nuit et quelques nuages obscurcissaient encore plus le ciel lorsqu'ils cachaient la lune de temps en temps.

L'enfant soupira et s'approcha près du banc. Après avoir jeté un autre regard sur le tournant, il s'assit et ses yeux se posèrent sur l'endroit qu'il commençait à connaître par coeur. Mais la nuit l'avait transformé et l'enfant n'était pas rassuré. Il frissonna et il ne sut pas si c'était de peur, de froid ou de fatigue. Il leva les genoux à la hauteur de sa poitrine et se pelotonna avant de poser son menton sur eux. Ses yeux indigo fixaient toujours le sentier. Il ferma les yeux plusieurs fois mais à chaque fois il se réveillait en sursaut, craignant de manquer l'apparition de la femme. Pensant chasser la fatigue et le sommeil, il se frotta les yeux. Mais ses efforts furent vains et lentement mais sûrement, il s'endormit.

* * *

Adossé à un tronc, un homme regardait l'enfant depuis un très long moment. Il pouvait paraître étrange. Si quelqu'un le voyait, il serait surpris de constater qu'il portait une cape. En porter une était démodé depuis longtemps déjà. Mais l'homme ne semblait pas s'intéresser à la mode. La couleur des ses cheveux mi-longs était entre le gris acier et le bleu gris, et ses yeux ambre accentuaient son étrange apparence.

Il se tenait près de cet arbre depuis ce matin. Il aimait regarder les gens qui aimaient rester dans ce parc paisible. Il était sur le point de quitter l'endroit quand il ressentit une sensation qui lui était très familière. Quelque chose qui ressemblait à un cosmos. Il ne savait pas qui le possédait et cela l'intriguait. Il était certain de connaître et de reconnaître toutes les personnes possédant un cosmos plus ou moins développé. De plus, ce cosmos était faible et celui qui le possédait ne semblait pas vraiment le contrôler. Mais ce qui était le plus important pour lui, était que ce cosmos venait dans sa direction, alors il décida de rester et de voir. Il se cacha derrière le tronc nu du vieux chêne contre lequel il était adossé depuis ce matin.

Son attente ne fut pas longue. Il vit une femme et un enfant approcher et il sentit que le petit cosmos provenait d'une de ces deux personnes. Tout d'abord il concentra ses sens sur la femme, uniquement sur elle, mais il ne ressentit rien de particulier. Elle ressemblait à un immense trou noir, un abîme dans lequel seuls l'égoïsme et l'égocentrisme dominaient. Il fronça les sourcils et il se concentra sur l'enfant. Effectivement. Le cosmos venait de lui, un très léger cosmos. Il essaya d'en lire plus à travers lui, mais il ne le put. C'était comme si une invisible barrière l'en empêchait. 'L'esprit de l'enfant?' Il ne savait pas.

De toute façon, l'enfant l'intéressait. Il possédait un petit cosmos et il pouvait aspirer à devenir un de ses pairs et peut-être même plus. Il était venu ici seulement pour apprécier cette atmosphère de paix qui lui manquait. Son pays natal lui manquait souvent et son devoir de trouver de nouveaux candidats à travers le monde l'épuisait. Mais il le faisait car c'était son rôle, et il était parfaitement conscient de cela. C'était pourquoi il essayait de venir ici aussi souvent qu'il le pouvait pour se ressourcer. Mais il n'aurait jamais imaginé que cela était possible de trouver quelqu'un ici possédant déjà un cosmos. Qui plus était chez un si jeune garçon.

Il ne bougea pas et il observa les deux personnes. Il comprit qu'il ne pouvait rien faire dans l'immédiat puisque l'enfant n'était pas seul. Il avait une famille et il ne pensait pas que ses parents voudraient lui confier leur enfant, même si dans un de ses pays adoptifs, c'était un honneur de laisser un enfant qui servirait la Déesse. 'Peut-être plus tard. Il faudra que je garde un oeil sur lui. De toute façon, il est trop jeune.' Malgré tout, il continua à le fixer du regard, gravant dans sa mémoire les traits de l'enfant aux cheveux bleu-vert profond pour pouvoir être capable de le reconnaître dans quelques années.

Il voulut partir et retourner là où il vivait mais quelque chose comme un pressentiment l'en empêcha. 'Pourquoi celui-ci?' Il se demanda si l'enfant ne l'empêchait pas inconsciemment de s'en aller. L'idée que le garçon appelait inconsciemment quelqu'un qui le comprendrait traversa son esprit comme une étoile filante dans un ciel estival et étoilé. Il porta de nouveau son attention sur les deux personnes et vit la femme s'agenouiller devant le garçon. Il l'entendit dire qu'elle reviendrait bientôt. Ils n'étaient pas très loin de l'endroit où il se cachait et il pouvait entendre tout ce qu'ils se disaient, et il put également voir l'étrange expression se dessiner sur le visage de la femme. Se souvenant ce qu'il avait ressenti lorsqu'il avait 'sondé' la femme, il fronça imperceptiblement ses sourcils. 'Egoïsme. Pourquoi les mots qu'elle lui dit sonnent faux à mes oreilles?'

Il la vit partir laissant l'enfant seul et sans lui jeter un dernier regard. 'Est-ce l'attitude d'une mère qui quitte son enfant?' Il projeta son cosmos vers la femme et il ne ressentit que du soulagement. Il comprit tout et il observa l'enfant qui regardait sa mère partir sans savoir qu'elle ne reviendrait jamais.

Il ne put en croire ses yeux et devant l'occasion qui se présentait à lui. L'enfant était abandonné et il était en possession d'un léger cosmos. Avec le temps, il en était sûr, il pourrait le développer et pourrait devenir un futur Saint. La Guerre Sainte s'approchait et il était temps de rassembler autant de Saints que possible en prévision du moment où elle se déclarerait. Mais l'enfant était trop jeune pour être entraîné. 'Il semble avoir environ trois ans. Je dois attendre quelques années avant qu'il puisse être entraîné. Pas de chance... Mais si je le laisse là, il mourra. Je dois le ramener avec moi au Sanctuaire. Après tout, le petit frère d'Aiolos est là-bas lui aussi, et il va sur ses trois ans.'

Il resta un long moment et observa l'enfant qui attendait toujours. Il attendait sans relâche. Son pressentiment s'était révélé être juste. D'ailleurs, son sixième sens ne l'avait jamais trompé. Le Grand Pope le tenait en très grand estime en partie pour ce don mais aussi parce qu'il était un des Saints d'argent les plus puissants. Son talent pour lire les émotions des autres et parfois les pensées simples faisait de lui un Saint redoutable. Mais il utilisait rarement cette faculté, et pour cela, il était respecté et admiré par la plupart de ses pairs. Son pouvoir était aussi un moyen de détecter les cosmos encore profondément enfouis. C'était une des raisons pour laquelle le Grand Pope l'envoyait par le monde. Mais le Grand Pope l'envoyait aussi dans différents pays pour qu'il garde à un oeil sur leur situation politique. Le Grand Pope, le représentant d'Athéna sur Terre ne voulait pas que certains pays entrent en guerre. Cela pourrait réveiller les Dieux agressifs avant qu'Athéna ne se soit réincarnée. C'était le rôle et le devoir du Sanctuaire, et il savait que son rôle était tout aussi important.

La nuit était complètement tombée et il voyait toujours l'enfant au même endroit. Il soupira doucement et se demanda s'il devait aller vers lui et lui dire que celle qu'il attendait ne reviendrait jamais, ou s'il devait attendre que l'enfant comprenne par lui-même que sa mère ne reviendrait jamais. Habituellement il ne se posait pas ce genre de question, il choisissait de passer à l'action tout de suite, mais cet enfant l'intriguait. Il voulait en savoir plus mais il n'y parvenait pas. C'était la première fois qu'il ne pouvait 'lire' quelqu'un. Il savait qu'avec certains Saints et surtout les plus puissants, il avait des difficultés car ils se protégeaient mentalement et instinctivement de ses intrusions. Mais cet enfant n'avait que trois ans et il n'était pas conscient de son pouvoir latent. 'Comment pourrait-il mettre une telle barrière mentale sans être conscient de son pouvoir? C'est complètement absurde.'

Il sentit une légère perturbation dans le cosmos du garçon. Un très léger sentiment d'inquiétude et de peur se fit ressentir avant que ces émotions ne soient brusquement balayées par la volonté du garçon. 'Il en est peut-être conscient' pensa l'inconnu. L'homme vit l'enfant se diriger vers le banc et remarqua qu'il essayait de toutes ses forces de ne pas s'endormir. Mais c'était une tentative vaine car quelques instants plus tard il était profondément endormi.

Il attendit un moment puis il s'approcha de l'enfant. Il marcha sans bruit et examina le garçon. Sa tête glissa sur le côté lentement et son poids entraîna son corps jusqu'à ce qu'il se retrouva allongé sur le banc. Il vit l'enfant frissonner, mais il ne se réveilla pas et donc il s'assit près de lui. Ouvrant un des pans de sa cape, il couvrit l'enfant et s'adossa au dossier du banc. 'Je ne te laisserai pas mourir. Tu as quelque chose en toi, petit. Quelque chose d'infiniment précieux pour le monde.' Il leva la tête vers la voûte céleste, et regarda les nuages sombres qui traversaient le ciel nocturne cachant par moments la lune et les étoiles.

* * *

L'enfant frissonna et ses membres le faisaient souffrir. Il ouvrit les yeux et vit qu'il était allongé sur un banc quelque part. Il s'assit et regarda autour de lui, désorienté. D'abord il se demanda ce qu'il faisait là puis il se souvint. Il soupira et se leva. Il marcha un petit moment pour dégourdir ses jambes et pour se réchauffer. Quelques minutes plus tard, il se tint debout à la même place que le jour précédent.

Le parc revint petit à petit à la vie. Les nuages menaçants de la nuit avaient disparu et le temps tournait au beau fixe et comme la veille une foule multicolore envahit le jardin public. Beaucoup de personnes passèrent près de l'enfant, mais aucun ne s'arrêta. L'enfant se dirigea vers le banc et s'y assit pendant un moment, avant de retourner à son poste de guet.

La matinée s'acheva et l'après-midi passa aussi monotone que le matin. L'enfant soupira et se dirigea de nouveau vers le banc. Il avait faim, mais il ne voulait pas quitter cet endroit. De plus il n'avait pas d'argent pour acheter quoi que ce soit. Il se mordit les lèvres pour ne pas céder à la détresse qui s'emparait de lui.

"Tu es tout seul?" demanda une femme qui observait l'enfant.

Il secoua la tête de droite à gauche. "J'attends maman."

"Où est-elle?"

"Pas très loin."

"Ah. J'ai pensé que tu étais seul. Désolé." Puis la femme s'éloigna et laissa l'enfant seul.

"Maman, je t'en prie, reviens vite..."

L'après-midi passa lentement et de temps en temps un adulte venait et lui demandait s'il était seul, et le garçon à la chevelure bleu-vert répondait toujours qu'il attendait sa mère et qu'elle ne serait pas absente longtemps. Même quelques enfants s'étaient approchés de lui et lui avaient demandé s'il voulait venir jouer avec eux, mais il leur répondait qu'il ne pouvait pas.

Pour la énième fois de la journée, il se dirigea vers le banc la tête basse et il s'assit. Un moment après, une ombre devant lui, lui fit lever la tête. La joie et le soulagement brillèrent dans ses yeux indigo. Mais ces émotions disparurent quand il vit qu'il y avait seulement un homme grand et bien proportionné. Il avait d'étranges cheveux gris et l'enfant ne put décider si leur couleur était gris acier ou bleu gris. Ils étaient presque gris acier quand ils étaient dans l'ombre et bleu gris lorsqu'ils étaient éclairés par le soleil. Le garçon ressentit une sensation de froideur. Ses cheveux tombaient juste au-dessus de ses omoplates et dansaient dans le vent froid, tout comme sa longue cape. Ses yeux d'un brun très clair très proche de la couleur ambre étudiaient l'enfant avec intérêt. Le garçon qui n'avait pas peur lui rendit son regard.

"Pourquoi restes-tu toujours ici?" demanda-t-il dans une voix riche et profonde.

Le garçon le regarda perplexe. L'homme était étrange. L'enfant aurait dû être effrayé mais il était attiré par ce dernier. Il ne répondit pas. Il se souvint de ce que sa mère lui avait dit une fois de ne jamais parler à des inconnus et sans savoir pourquoi, le garçon savait que cet homme était différent des autres personnes qui étaient venues lui demander s'il était seul. Il détourna le regard.

"Attends-tu quelqu'un?" demanda-t-il gentiment.

L'enfant croisa les bras sur son torse. Il aperçut du coin de l'oeil l'homme qui était toujours là. "Maman" répondit-il en espérant que l'homme partirait comme les autres.

Mais l'homme insista. "Où est-elle?" L'enfant ne répondit pas et fut sur le point de sauter en bas du banc quand il vit l'homme reculer d'un pas en arrière. "Cela fait un moment que je t'observe. Crois-tu vraiment que ta mère reviendra?"

"Oui" répondit le garçon sans aucune hésitation. L'homme secoua la tête et s'éloigna sans un autre mot. Rassuré, le garçon aux cheveux bleu-vert soupira et jeta un coup d'oeil aux alentours. L'homme n'était plus en vue. Il s'installa un peu plus confortablement sur le banc et regarda le sentier.

Un moment après, il entendit un petit son près de lui. C'était comme le bruit de vêtement qui frottait contre quelque chose. Il tourna la tête dans cette direction et il vit l'étrange homme s'asseoir près de lui. Il l'observait toujours. L'enfant bougea, mal à l'aise.

"Tu attends toujours?" demanda-t-il alors qu'il s'installait plus confortablement.

L'enfant ne répondit pas et voulut partir. Mais il ne put bouger. Il se sentait soudain paralysé quand ses yeux indigo rencontrèrent ceux de l'homme. Il se sentait à la fois en danger mais aussi protégé.

"Ta mère ne reviendra pas et tu le sais, petit" lui dit l'homme alors qu'il plongeait son regard dans celui de l'enfant.

"Elle a dit qu'elle viendrait et que je devais l'attendre. C'est ce que je fais" répliqua le garçon qui soutenait les yeux fascinants de l'homme.

"Pourquoi espères-tu? C'est inutile."

"Maman reviendra. Les mères n'abandonnent jamais leurs enfants." Il fit balancer ses jambes et il jeta un coup d'oeil aux enfants qui jouaient dans le parc.

"Si tu attends ici, pourquoi ne vas-tu pas jouer avec eux jusqu'à ce qu'elle revienne?"

"Je ne les connais pas" répondit-il. "Maman m'a dit de rester ici alors je reste ici."

L'homme chercha quelque chose sous sa cape. "Tiens, c'est pour toi" dit-il en tendant quelque chose à l'enfant. Ce dernier, perplexe, leva les yeux vers l'inconnu. "Tu n'as rien mangé depuis qu'elle t'a laissé."

L'enfant fit non de la tête. "Non. Je ne dois pas parler à des inconnus ni accepter quelque chose d'eux."

"Tu vas te laisser mourir de faim?"

"Qu'est-ce que la mort?" demanda-t-il sérieusement. Désireux d'apprendre beaucoup de choses nouvelles, il oublia qu'il était en train de parler à quelqu'un qu'il ne connaissait pas.

Ressentant la curiosité de l'enfant, l'homme sourit. "La mort est le contraire de la vie. Quand quelqu'un est en vie, il bouge, parle, rit, pleure, mange, boit. Il fait beaucoup de choses, il possède de nombreux sentiments et ressent des émotions. Quand une personne est morte, elle ne bouge plus, elle ne peut plus parler, elle ne peut rien faire. La mort est froide la vie est chaleureuse." L'homme tendit le sandwich au garçon qui leva les yeux vers lui. Ils restèrent un long moment à s'observer et l'enfant, hésitant, prit le morceau de pain. Il mordit dedans et ferma les yeux, savourant la nourriture.

"Tu sais qu'il est tard. Que vas-tu faire maintenant?"

"Attendre maman," répondit entre deux bouchées le garçon.

"Tu vas encore rester une nuit ici?"

L'enfant haussa les épaules. "Je dois l'attendre."

"Où vis-tu?"

"Je ne sais pas, mais loin. C'est pourquoi je dois l'attendre."

"Et jusqu'à quand comptes-tu l'attendre?"

"Jusqu'à ce qu'elle arrive."

L'étrange homme se leva. "Très bien. Je vais te laisser seul. Mais..." Il secoua la tête de droite à gauche et s'éloigna sans explication et sans vouloir continuer sa phrase. L'enfant le suivit des yeux dans le crépuscule naissant. Il sentit soudain le froid et il frissonna. Il regarda le sentier et l'endroit où il avait vu sa mère pour la dernière fois. "Maman..." Au milieu de la nuit, comme la veille il s'endormit sur le banc.

L'homme à la chevelure gris acier s'approcha de nouveau du banc et s'assit près de l'enfant. Il ôta sa cape et il couvrit le garçon avec précaution. Un moment après, il passa ses doigts dans les cheveux bleu-vert profond du garçon. "Je ne te laisserai pas seul" murmura-t-il. "Je ne connais même pas ton nom." Il leva son visage vers la lune et ferma les yeux. 'Je suis certain que tu es promis à un grand avenir. Tu possèdes déjà un cosmos relativement développé pour quelqu'un de ton âge. Maintenant reste à savoir si tu voudras venir avec moi. Déesse Athéna, je vous en prie, vous qu'on dit bonne et compatissante, protégez ce petit enfant.'

* * *

L'enfant se pelotonna sous le vêtement recherchant la chaleur. "Maman" murmura-t-il, "tu es venu." Il ouvrit brusquement les yeux pour apercevoir sa mère, mais il vit qu'il était allongé sur le banc dur et que le parc s'éclaircissait à l'approche de l'aube. Il s'assit et jeta un oeil aux alentours. Il était seul. Il frissonna et sentit le vêtement doux qui entourait ses jambes. Une cape. La cape de l'étrange homme. L'enfant s'emmitoufla dedans et regarda autour de lui encore une fois. Seul. L'homme n'était pas là. Il sentit son coeur se serrer et il baissa la tête. "Maman, j'espère que tu viendras et m'emmèneras."

"Tu espères toujours?" lui demanda une voix grave.

L'enfant se tourna vers la droite et il vit l'homme l'observer. Un sentiment de soulagement envahit son coeur. L'homme lui tendit juste un bout de pain et cette fois-ci l'enfant n'hésita pas. L'homme sourit. "Tu es moins sauvage et plus sociable qu'hier. Au fait, quel est ton nom?"

"Le votre?" demanda l'enfant après avoir avalé une bouchée

L'homme fixa du regard l'enfant et ses yeux pétillèrent. "Serge et je suis un Saint."

"Un Saint? Qu'est-ce que c'est?"

"Je ne te répondrai que si tu me dis ton nom. On a toute la journée devant nous, tu sais, puis que ta mère ne reviendra pas."

L'enfant voulut lui répondre qu'elle reviendrait, mais il ne dit rien. Peut-être par qu'il commençait à comprendre que l'homme avait, en un sens, raison. "Mon nom?" demanda-t-il.

"Comment est-ce que ta mère t'appelle?"

Il baissa la tête et il balança les jambes sous la cape. "Je ne sais pas" lui avoua-t-il dans un souffle. Serge ne dit rien et attendit. "Elle m'appelle toujours 'petit', ou 'petit monstre' ou 'monstre'. C'est peut-être mon nom."

L'homme ne répondit pas à sa question. "Et tes amis?"

L'enfant haussa les épaules. "Qu'est-ce qu'un ami?"

"Un ami L'amitié, c'est un sentiment que tu as pour quelqu'un d'autre que les membres de ta famille, quelqu'un que tu apprécies, quelqu'un avec qui tu aimes bien être. Dans ton cas, quelqu'un avec qui tu peux parler ou avec qui tu peux jouer. As-tu compris?"

"Oui, je pense que je le peux." Puis il secoua la tête de droite à gauche et soupira. "Donc, je n'ai pas d'ami. Maman ne voulait pas que je sorte. Je ne me souviens pas d'avoir déjà parlé à un enfant."

"Et les gens?"

"Je ne voyais que maman et son amie quand elle venait à la maison. C'est l'amie de maman qui m'a appris à lire quelques mots."

"Et comment t'appelait elle?"

"Petit."

"'Petit' n'est pas un nom. Et ton père?"

"Je ne l'ai jamais vu."

"Donc tu n'as pas de nom."

L'enfant ne répondit pas et il contempla les premiers pigeons de la journée qui se posaient sur le gravier du chemin. Il leur lança les quelques miettes de pain qu'il avait, et dans un bruissement d'ailes qui brisa le silence de l'aube dans le jardin, ils se précipitèrent vers les petits morceaux de pain. Puis ils s'envolèrent et tournèrent autour du garçon espérant qu'il allait leur en lancer d'autres.

L'homme regarda l'enfant pendant un long moment. 'Un enfant non désiré. Il a certainement été caché et n'a certainement jamais été enregistré à l'état civil. Un enfant qui vit dans un monde qui ne possède aucune trace de son existence. Un enfant à l'existence fantôme, ayant une vie de fantôme. Un enfant gênant...' Il était persuadé lorsqu'il avait vu la femme quitter son enfant qu'elle ne reviendrait jamais. Son regard, son attitude froide vis à vis de son enfant étaient les signes qui prouvaient qu'elle l'abandonnerait. Quand elle l'avait laissé seul, elle avait peut-être un petit espoir que quelqu'un le recueillerait et l'élèverait? Serge n'en était pas certain. Il avait ressenti un tel égoïsme qu'il doutait qu'elle eût pensé une seule fois à son fils. Mais il était certain que personne n'avait essayé de faire quelque chose pour cet enfant. 'Lui non plus ne le désire pas' pensa-t-il en se remémorant toutes les fois qu'il avait repoussé les gens qui souhaitaient l'aider. L'enfant était pratiquement invisible tout comme sa vie.

"Je demanderai à maman quand elle reviendra."

Serge soupira. L'enfant espérait toujours et il était furieux lorsqu'il repensa à la femme donnant de faux espoirs à son fils. Il passa sa main dans les cheveux du garçon. "Puisque tu n'as pas de nom, puis-je t'en donner un?"

"J'en ai déjà un. Je ne le connais pas, c'est tout."

"Ecoute, tu peux me faire confiance. Je ne te ferai aucun mal, mais tu dois comprendre que ta mère ne reviendra jamais pour toi. Cela va faire trois jours que tu l'attends. Pourquoi t'aurait-elle laissé l'attendre ici alors que tu aurais très bien pu le faire à la maison?"

L'enfant fronça les sourcils lorsqu'il se mit à réfléchir sur ce que l'homme venait de lui dire. "Je pense que tu lui as montré beaucoup trop de gratitude. Mais c'est inutile. Ta mère ne t'aime plus, alors cesse d'espérer. Tu te fais du mal en agissant ainsi." L'enfant voulut protester mais les yeux ambre de Serge se firent plus durs et le garçon à la chevelure bleu-vert ne dit rien, non pas parce qu'il avait peur mais parce qu'il sentait que l'homme n'avait pas fini. "Je veux te donner un nom, comme ça tu existeras vraiment. Le veux-tu?"

"Mais... Si elle revient?"

"Elle ne reviendra pas. Et je ne te laisserai pas tout seul. Tu viendras avec moi."

"Mais..."

Je vais te laisser l'attendre jusqu'à ce soir. Si elle ne revient pas, es-tu d'accord pour venir avec moi?"

"Tu es sûr?"

"Je le suis. Alors est-ce que je peux te nommer?" Après un long moment de réflexion, le garçon acquiesça. Serge n'avait prononcé aucune parole lorsque l'enfant s'était mis à réfléchir. Il ne voulait pas le forcer à accepter. Il devait décider par lui-même. Il hocha seulement la tête en signe de réconfort lorsque l'enfant accepta enfin. "Laisse-moi y penser. Tu dois porter un nom qui fait que tu seras différent des autres et qui t'aille bien."

L'enfant haussa les épaules et les pigeons attirèrent son attention encore une fois. Il se dégagea de la cape et en sautant du banc, il effraya les oiseaux. Il marcha un petit peu sans s'éloigner trop du banc où l'homme le regardait tranquillement mais également plongé dans ses pensées. Après un long moment, il retourna vers lui et s'assit sur le banc sans jeter un regard à Serge. "Vous ne pouvez en trouver un" remarqua-t-il sans émotion.

"J'en ai pensé à quelques uns, mais j'ai besoin de ton aide. Après tout, c'est toi qui porteras ce nom. J'ai pensé à Pierre."

"Je ne suis pas une pierre."

"Désolé. Mais comme tu es resté immobile comme une statue pendant un très long moment, j'ai pensé à celui-là. Très bien. Tu ne l'aimes donc pas. Donc je ne te donnerai pas un nom banal. Après tout, tu es unique."

"Qu'est-ce que c'est?" questionna l'enfant en pointant du doigt une statue qui se trouvait à quelques mètres de là. Elle l'avait intrigué depuis qu'il était arrivé ici, mais il n'avait pas demandé de renseignement à son propos à Serge.

"Une statue. En érigeant des statues, les humains honorent des personnes importantes pour que les personnes les connaissent et se souviennent d'elles longtemps après leur mort."

"Qui est cet homme?"

"Camus."

"Camus?"

"Un auteur. Il a beaucoup écrit."

"Il est célèbre?"

"Oui, il l'est. Pourquoi me demandes-tu ça?"

"Oh, comme ça."

Serge fixa du regard l'enfant pendant un moment. "Camus... Pourquoi pas? C'est original, non. Que penses-tu de celui-ci?"

"Je ne sais pas." Le garçon haussa les épaules. "C'est un nom comme un autre, donc je l'accepte. Je le préfère à Pierre."

"Donc à partir de maintenant tu es Camus. Ravi de te rencontrer Camus" dit Serge qui tendit sa main à l'enfant qui la fixa pendant un instant. Puis il tendit sa petite main à l'homme qui la prit fermement. Serge la secoua, et dans le même temps le corps de l'enfant fut secoué.

"Qu'est-ce qu'un Saint?"

"Quelqu'un qui protège Athéna, le monde et la paix."

"Qui est Athéna?"

"Une Déesse grecque. La Déesse de la Guerre."

"Une Déesse de la Guerre? Pourquoi dites-vous qu'elle protège la paix?"

Surpris par le raisonnement de l'enfant, Serge haussa les sourcils. Le garçon semblait n'avoir que trois ans... "Dis-moi Camus, quel âge as-tu?"

"Je ne sais pas."

"C'était une question stupide. Comme tu ne connais même pas ton nom, tu ne connais probablement pas ta date de naissance" constata Serge.

"La date de naissance? Vous voulez dire le jour où nous sommes né?" Serge hocha de la tête. "Je connais ma date de naissance. Le sept février. L'amie de maman me l'a dit quand elle est venue la dernière fois. Elle m'a dit qu'elle avait aidé maman à accoucher. Elle se souvenait de la date."

"Un garçon vraiment étrange" murmura Serge. "Tu m'as demandé pourquoi une Déesse de la Guerre pouvait protéger la paix, non?" Camus acquiesça. "Dans la mythologie grecque, il y a deux Dieux de la Guerre, Athéna et Arès. Arès est un Dieu qui ne vit que pour les combats et aime voir les humains souffrir. Il aime les massacres et les carnages. Athéna ne combat que pour la paix. Elle se bat souvent contre Arès pour instaurer la paix et le bien être des humains sur la Terre. Sur Terre, Athéna dispose de Saints qui la protège quand elle se réincarne. Il protège également le monde lorsqu'elle n'est pas là pour le faire. Les Saints existent parce qu'ils doivent sauvegarder la paix et l'harmonie dans le monde. Comprends-tu?"

Camus fronça les sourcils. "Pas tout" avoua-t-il.

Serge sourit. "J'admets que c'est un peu difficile à comprendre, surtout pour toi qui es très jeune. Ne t'inquiète pas, beaucoup de jeunes candidats qui ont été sélectionné pour devenir des Saints et qui sont plus âgés que toi ont du mal à comprendre cette notion eux aussi."

"Alors vous êtes un Saint..."

"Oui, le Saint de la Grue."

"le Saint de la Grue?"

"La Grue. C'est une constellation australe."

"La Grue? Une constellation australe?"

"Ah. Laisse-moi t'expliquer." Camus hocha de la tête. "Tout d'abord tu dois savoir qu'Athéna déteste les armes, donc ses Saints ne se battent pas avec des armes. Leur corps est leur arme."

"Pas d'armes? Comment ça?"

"Un Saint possède un cosmos. Il l'utilise en guise d'arme. Le cosmos peut devenir très puissant, si puissant qu'un Saint est capable de faire des choses incroyables, comme détruire une falaise de son seul poing ou de faire trembler le sol avec un seul coup de pied."

"Vraiment?" Serge acquiesça. "Qu'est-ce qu'un cosmos?"

"Le cosmos est une aura que possède chaque être humain. Certaines personnes ont une aura plus puissante que d'autres. Avec un très rude entraînement les humains peuvent développer leur propre aura, leur cosmos. Plus une personne la développe plus elle devient puissante. Les Saints sont protégés par leurs Cloths."

"Des Cloths?"

"Des armures si tu préfères, mais leur vrai nom est Cloth. Il y a trois rangs de Saints. Les Saints de bronze qui sont les plus nombreux et les moins puissants, les Saints d'argent moins nombreux que les précédents, mais plus puissants et enfin les Saints d'or. Ces derniers sont les plus puissants parmi tous les Saints. Le rang qu'obtient un Saint dépend de la puissance de son cosmos. Plus ton cosmos est puissant et important, plus tu es puissant."

"Et vous?" Serge eut un air interrogateur et haussa les sourcils. "Quel rang avez-vous?"

"Je suis un Saint d'argent."

Camus baissa les yeux puis reporta son attention sur le Saint d'argent. "Alors vous êtes puissant?"

"Je pense que je le suis" répondit l'homme.

"Pouvez-vous me montrer?"

"Ici? Maintenant?" demanda le Saint surpris. L'enfant hocha simplement la tête. "Très bien" dit-il alors qu'il regardait autour de lui cherchant une cible et pour voir si des gens pouvaient les voir. Le parc était vide et à environ deux cents mètres il vit un gros rocher. Il jeta un coup d'oeil à l'enfant qui le regardait avec l'air d'attendre quelque chose. Avec son index, il désigna la cible et se dirigea vers elle. Il se tourna vers l'enfant et d'un geste de la main, l'invita à le suivre.

Camus hocha la tête et rejoignit le Saint. A environ cinquante mètres de la cible, Serge le fit s'arrêter et il fit trois pas en avant. Il prit une position d'attaque et Camus sentit un changement dans l'air environnant l'homme. Puis le Saint d'argent projeta son coup vers le rocher et l'enfant remarqua un mouvement d'air, comme si l'endroit où se tenait Serge était devenu flou. Puis tout redevint net et Camus entendit et vit le rocher se fissurer puis exploser en petits cailloux. Camus resta bouche bée devant le rocher détruit et ses yeux indigo allèrent de Serge au rocher pour revenir sur le Saint.

Serge sourit lorsqu'il vit l'expression de surprise se dessiner sur le visage de l'enfant. "Cette démonstration est-elle suffisante ou veux-tu que je recommence?"

Camus incapable de se détacher de la vision des bouts de pierre fit non de la tête. Il avala sa salive et se tourna vers l'homme. "Vous êtes vraiment puissant" déclara-t-il abasourdi.

"Si tu le dis... Pouvons-nous retourner à ta place favorite?" L'enfant hocha la tête et ils retournèrent vers le banc et s'y assirent. Serge leva les yeux au ciel et continua ses explications. "Chaque Saint est protégé par une constellation."

"Qu'est-ce qu'une constellation?"

"Une constellation est un groupement d'étoiles que les humains ont répertorié pour qu'ils puissent se repérer la nuit ou lorsqu'ils naviguent sur les océans. Il y a quatre vingt huit constellations dans le ciel."

"Quatre vingt huit... Donc il y a quatre vingt huit Saints. C'est beaucoup!" s'exclama le garçon qui ouvrit de grands yeux.

"Malheureusement non. Le nombre te semble important car tu ne sais peut-être pas encore compter. Mais même s'il y a quatre vingt huit Saints en théorie, ils n'ont jamais été réunis tout ensemble au même moment. Lors de la dernière Guerre Sainte, soixante dix-neuf Saints ont combattu les forces du mal." Serge cessa de parler lorsqu'il vit le garçon plongé dans ses pensées. "Il y a quelque chose qui ne va pas?" s'enquit le Saint en remarquent l'enfant qui fronça les sourcils.

"Je ne comprends pas tout. Pourquoi êtes-vous un Saint?"

"Parce que j'aime les humains. Parce que je veux protéger notre monde. Parce que je crois en un meilleur avenir."

"Ah." Le garçon fronça un peu plus les sourcils. "Pourquoi me dites-vous cela?" demanda l'enfant en levant les yeux vers le Saint. "Vous voulez que j'ailles avec vous, et vous voulez que je devienne comme vous, n'est-ce pas?"

"Ton raisonnement m'impressionne vraiment, Camus. J'ai beaucoup de mal à croire que tu n'as que trois ans, tu as peut-être quatre ans. Non, tu as trois ans, je suis certain de cela." Il soupira et il leva les yeux au ciel. Les nuages devenaient plus nombreux et gris. Il fronça les sourcils. 'Il va bientôt pleuvoir...' Il reporta son attention sur le garçon qui attendait toujours la confirmation de son raisonnement. "Tu as raison. Je ne veux pas te mentir. Tu possèdes déjà un faible cosmos. Ce serait un gâchis de ne pas le développer. Mais tu as ton mot à dire. Je ne vais pas te forcer. Ta mère t'a abandonné. Tu es tout seul et si personne ne t'aide, tu mourras. Je te propose un but et un destin. C'est à toi de décider Camus."

Camus se leva et se dirigea vers l'endroit où sa mère l'avait abandonné. "Elle a peut-être eu un accident..." dit-il à l'homme sans se retourner.

"Non Camus, elle n'en a pas eu. Jusqu'à ce soir Camus. Jusqu'à ce soir."

Camus ne répondit rien et fixa le tournant du sentier. Il espérait que grâce à sa détermination, sa mère allait apparaître soudain et l'emmènerait. Ce n'était pas qu'il se sentait mal avec l'homme, mais quelque chose l'empêchait de lui faire entièrement confiance. L'avenir sans sa mère le terrorisait, surtout un avenir seulement fait de combats. Il était trop jeune pour prendre une telle décision, surtout quand il ne savait pas ce qu'il voulait faire de sa vie.

Le temps passa. Le parc était pratiquement vide et les quelques personnes qui le traversaient, étaient pressées de rentrer chez eux, ne désirant pas rester dehors. Camus soupira et se força à rester immobile et à fixer le tournant. Il ne voulait pas se tourner vers Serge. Il savait que le Saint était toujours là. Il savait qu'il était toujours assis sur le banc et qui le regardait sûrement. Mais l'homme respectait son silence et son désir d'être seul.

Une goutte froide s'écrasa sur son front. Tout en levant la tête au ciel, Camus, avec la manche droite de son manteau, essuya la goutte d'eau. Il remarqua que le ciel était gris et que des gouttes commençaient à tomber. Ce fut d'abord quelques unes puis il se mit à pleuvoir. Camus baissa la tête mais ne bougea pas pour se protéger de l'eau froide. Il sentit les gouttes de pluie s'écraser sur sa tête. Ses cheveux étaient trempés et les gouttes coulaient sur son visage puis sur son manteau. Il frissonna mais il resta au même endroit.

Soudain, il ne sentit plus aucune goutte tomber sur sa tête et sur ses épaules. Il cligna des yeux et leva lentement les yeux. Quelque chose obstruait sa vue. Il entendit les gouttes d'eau tomber sur cette chose dans un son étouffé mais toujours audible. Il regarda autour de lui et à sa gauche il vit un pantalon gris. Levant les yeux, il remarqua un pull d'un bleu très foncé puis un bras qui tenait la cape d'un gris clair au-dessus de sa tête.

"Tu vas attraper un rhume, Camus" dit Serge d'une voix douce.

Camus regarda plus haut mais il ne pouvait voir le visage de l'homme. Il sortit la tête de l'abri précaire. Des gouttes tombèrent sur sa tête, mais il leva les yeux et aperçut le visage de Serge. L'homme regardait droit devant lui, imperturbable. Le garçon cligna des yeux, admirant le stoïcisme et la noblesse du Saint.

"Mets-toi à l'abri sous ma cape, Camus."

"Mais.."

"Pas de mais, Camus. Obéis."

"Mais.. et vous?"

Un sourire éclaira les traits de Serge. "Ne t'inquiète pas. La pluie n'est rien pour moi. Je ne tomberai pas malade. Mais toi oui, si tu ne fais pas ce que je t'ai dit de faire. Alors obéis."

"Mais..." dit le garçon têtu.

Serge soupira lorsqu'il comprit que Camus ne cèderait pas. Il regarda autour de lui et il vit un grand sapin. Il reporta son attention sur le sentier et en particulier sur le tournant que l'enfant s'entêtait à fixer des yeux depuis le départ de sa mère. Il savait par intuition qu'il ne se mettrait pas à l'abri s'il ne pouvait voir le sentier. Il estima la distance et s'il pouvait voir 'l'endroit' de l'arbre. Lorsqu'il eut la solution à son problème, il prit avec douceur la main de l'enfant et couvrit la tête du garçon. "Viens avec moi."

"Où?" demanda Camus, mais il suivit l'homme.

"Puisque tu ne veux pas te mettre à l'abri si je ne le suis pas, alors nous allons sous ce sapin."

"Mais si maman vient?"

Serge ne répondit pas et s'arrêta sous le conifère. Il se tourna alors et lorsqu'il souleva un pan de sa cape sous laquelle l'enfant était, il lui montra où il était. "Nous pouvons voir le sentier d'où nous sommes, et nous avons un abri relatif."

Camus leva les yeux et il remarqua les branches du sapin mais aussi les quelques gouttes qui tombaient sur le sol ici et là. Il vit le Saint mettre sa main droite sur sa hanche, et un des pans de sa cape fut levé et le protégeait. Camus frissonna. Ses cheveux étaient mouillés et parfois une goutte roulait de son front sur son nez. Il se rapprocha du Saint mais ne le toucha pas. Il sentit une chaleur émaner de l'homme.

Un long moment passa et Camus eut la tête qui tournait. Il était trop fatigué pour rester éveillé. Le bruit monotone de la pluie ne faisait rien pour aider et il envahissait son esprit comme une berceuse monotone. Il essaya de garder les yeux ouverts, mais c'était trop pour lui. Il les ferma et sa tête tomba sur sa poitrine. Il ouvrit brusquement ses yeux embrumés par le sommeil et pour retrouver son équilibre il tendit la main vers la jambe de l'homme. Il s'accrocha au pantalon gris.

L'homme ne fit aucun mouvement. Avec hésitation, Camus entoura de son bras le genou du Saint et resserra son étreinte. Il mit sa tête contre la cuisse de Serge. Il sentit de nouveau la chaleur de l'homme et il laissa échapper un petit soupir de soulagement. Il regarda le paysage qui se trouvait devant lui.

Il pleuvait très fort et il avait des difficultés à voir le tournant à travers le rideau de pluie. Camus sentit une main sur sa tête puis des doigts caressèrent avec douceur et de façon rassurante ses mèches bleu-vert. Camus, content et rassuré, serra encore plus fort son étreinte et ferma les yeux. Il laissa la fatigue l'envahir. Il sentit qu'il allait tomber, alors il s'accrocha au pantalon de toutes ses forces.

Serge sentit la secousse et se pencha. "Tu es fatigué" dit-il en prenant l'enfant dans ses bras. Camus lutta contre la légère étreinte pendant quelques secondes puis se tint tranquille. Toujours sous la cape de l'homme, il regarda le sentier. "Endors-toi un peu" conseilla Serge qui le serra contre son torse. "Tu es vraiment fatigué."

"Je ne peux pas. Je dois..."

"J'attendrai ta mère à ta place. Repose-toi un petit peu."

"Vraiment?"

"Si elle vient, je te réveillerai. Ne t'inquiète pas, tu peux me faire confiance."

"Vous allez vraiment le faire?" demanda le petit garçon endormi.

"Je n'ai qu'une parole. Dors."

Camus regarda le sentier et posa sa tête sur le torse de l'homme. C'était la première fois qu'il ressentait cette chaleur. C'était à la fois étrange et plaisant. D'aussi loin qu'il pût se souvenir, sa mère ne l'avait jamais pris dans ses bras et serré contre sa poitrine. Il avait été effrayé quand Serge l'avait fait. Mais maintenant il se sentait bien. C'était la première fois qu'il ressentait la chaleur humaine, l'amour d'une personne pour une autre. Il n'avait jamais ressenti cela auparavant et il avait peur de ne plus le ressentir. Ce sentiment l'envahissait et le calmait.

Camus regarda le sentier et se demanda s'il désirait vraiment que sa mère revienne. Il avait peur de retrouver la froideur de sa mère. Il ne connaissait cet homme que depuis un jour, mais il lui avait déjà beaucoup donné. Il avait beaucoup appris, même de ses silences. Le son monotone de la pluie, la respiration régulière ainsi que les battements lents et réguliers du coeur du Saint près de son oreille gauche, et la chaleur enveloppant son corps le firent s'endormir.

* * *

Serge sentit que le garçon était devenu plus lourd et que son souffle était devenu régulier. Il sut que Camus s'était endormi. Il continua à surveiller le chemin, plus pour tenir la promesse qu'il avait faite au garçon que par conviction. La femme avait définitivement abandonné l'enfant et ne reviendrait jamais le chercher. Maintenant Camus devait se faire une raison et comprendre qu'il avait été abandonné et qu'il était désormais tout seul. Il était certain que cela ne serait pas facile. L'enfant semblait aimer sa mère. Ne pas donner un nom à son enfant ou l'appeler 'petit monstre' ou 'monstre' était une preuve qu'elle ne l'aimait pas vraiment. Mais les enfants ont cet instinct de toujours aimer leurs parents même s'ils étaient sujets aux coups et aux mauvais traitements.

Au moins Camus ne semblait pas avoir subi de mauvais traitements, il n'avait aucune trace de coups. Non, l'enfant n'avait pas été battu. L'homme comprit que si l'enfant semblait si adulte c'était parce que sa mère l'avait simplement ignoré. Ces trois derniers jours, il avait vécu dans un monde d'indifférence et l'enfant ne savait pas comment réagir quand quelqu'un l'abordait. Il baissa les yeux sur l'enfant lorsqu'il sentit que Camus agrippait son pull inconsciemment et qui soupirait soulagé. Serge repris son observation même s'il savait pertinemment que personne ne viendrait par un temps pareil. Mais il le faisait pour Camus, pour cet enfant qui l'intriguait plus qu'aucune autre personne auparavant. Un petit garçon qui pensait comme un adulte. 'Mais ai-je le droit de l'emmener au Sanctuaire, de le priver d'une jeunesse et d'une vie normales?' Il n'en revenait pas qu'il puisse penser ainsi. Jusqu'à présent il n'avait jamais eu autant d'hésitations, alors pourquoi maintenant. 'A cause de Camus et de sa candide innocence?' Il soupira et secoua la tête. Il décida d'attendre que l'enfant se réveille.

* * *

Camus se réveilla un long moment après mais il resta sans bouger à écouter le battement de coeur de Serge et à ressentir sa chaleur. Il ferma les yeux de contentement.

"Tu es réveillé?" demanda Serge.

Camus leva les yeux et ils rencontrèrent ceux du Saint couleur ambre. Il détourna le regard et ce dernier tomba sur le sentier. "Elle n'est pas venue" demanda-t-il d'une petite voix.

"Non. Mais le temps est mauvais, tu sais."

"Hmm," répliqua l'enfant pas tout à fait convaincu. Il soupira et bougea un peu. Serge ouvrit ses bras et le garçon glissa jusqu'à terre. Il resta sous la cape et près de l'homme. Alors qu'il mordillait ses lèvres, il s'accrocha au pantalon du Saint.

"La nuit n'est pas encore là" lui dit Serge alors qu'il regardait la pluie tomber. "Camus, je ne vais pas te forcer à venir avec moi. Si ta mère ne revient pas et si tu ne veux pas venir avec moi, alors je t'emmènerai dans un orphelinat. Là-bas, quelqu'un t'adoptera peut-être.

Camus ne dit rien pendant un moment. "Peut-être?" articula-t-il doucement. "Rien de sûre, comme la vie..." Il soupira et ferma ses yeux bleu indigo. "Je ne sais pas" dit-il un moment après.

"Qu'est-ce que tu ne sais pas?"

"Rien" répliqua Camus. "Rien d'important. J'étais juste en train de penser..."

"A propos de quoi?"

"Rien d'important."

Serge n'insista pas et vit qu'il bruinait. Lorsqu'il porta son regard plus loin vers l'horizon, il vit quelques rayons de soleil percer la couche nuageuse. Un arc-en-ciel apparut et sans un mot, il le montra à Camus. "La pluie ne va pas tarder à cesser" lui révéla-t-il.

Camus ne répondit rien et observa l'arche colorée qui s'estompait et la pluie cessa. Les nuages se déchirèrent et soleil d'hiver apparut dans sa toute sa splendeur. Quelques gouttes de pluie tombaient des branches. L'enfant resta un moment près de l'homme, puis sans prévenir, il se dirigea vers l'endroit où il attendait sa mère depuis qu'elle l'avait laissé.

Serge ne le suivit pas et resta sous le conifère. Il s'adossa au tronc et surveilla de loin l'enfant. Il savait qu'il devait le laisser seul, et comme il lui avait dit avant, il ne voulait pas le forcer à le suivre. Il vit l'enfant se diriger vers la courbe du sentier et revenir à l'endroit même où il attendait. Il le vit faire ce petit manège cinq fois puis rester debout comme une statue.

Camus attendit. Il attendait mais son esprit était ailleurs. Les mots de Serge résonnaient toujours dans sa tête. 'Je ne te forcerai pas à me suivre.' A ce moment il s'était senti soulagé mais aussi triste. Sans savoir pourquoi, maintenant il faisait confiance à cet homme, et certainement plus qu'il n'avait confiance en sa mère. Cet homme lui avait montré ce qu'était un être humain, sa mère jamais. Le Saint lui avait parlé et le considérait comme quelqu'un. Sa mère lui disait à peine trois mots dans la journée. Il avait prit soin de lui, sa mère parfois l'abandonnait seul pendant un jour ou deux. Le Saint était chaleureux, sa mère était froide. 'Donc Serge est la vie et maman la mort?' pensa-t-il lorsqu'il se souvint des explications du Saint.

Que ferait-il si sa mère ne revenait pas? La réponse lui apparut clair comme de l'eau de roche. Il suivrait le Saint. Il apprendrait ce qu'il savait. Il apprendrait à aimer et à aider les autres comme Serge l'avait fait pour lui. Il comprendrait les raisons qui avaient poussé Serge à devenir un Saint. Soudain le futur ne l'effrayait plus. C'était la pensée de revoir sa mère qui l'effrayait le plus. S'il allait avec elle, il perdrait les nouvelles émotions et sensations qu'il ressentait. Mais les enfants devaient rester avec leur mère, il le savait, son instinct le lui disait. Et si elle revenait? Comment allait-elle réagir? Comment allait-il réagir? Pourquoi irait-il avec un étranger alors que sa mère s'était occupée de lui jusqu'à maintenant? 'Pourquoi est-ce que j'hésite? Si maman vient, j'irai avec elle. C'est simple.' Camus cligna des yeux et porta son attention sur le sentier encore une fois. Il sentit le vent froid qui soufflait et qui gelait son nez, mais il n'y fit pas attention. Ses yeux s'emplirent de larmes à cause du froid, et il les ferma un moment pour les protéger. Soudain il sentit la présence de Serge pas très loin. Il n'était pas près de lui, mais pas loin non plus. Il ne se tourna pas vers lui et il sentit que l'homme n'approchait pas. Il fut content qu'il le laissât seul.

Le temps passa et avec lui le jour toucha à sa fin. Seules quelques personnes avaient traversé le parc, mais aucune n'avait jeté ne serait-ce qu'un coup d'oeil à l'étrange homme et à l'enfant. Camus se dandina inquiet puis il se calma. Il avait soudain peur d'être seul avec l'homme. Pourquoi avait-il si peur d'un seul coup alors qu'il lui faisait confiance il n'y avait pas si longtemps? Il ne savait pas. Il ne regarda pas l'homme, mais il vit l'ombre du Saint à ses pieds. Il baissa rapidement les yeux avant de reporter son attention au tournant.

"Camus..." appela l'homme.

"Le ciel n'est pas encore noir" dit l'enfant sans se retourner. Il continua de fixer le tournant avec intensité.

"Elle ne viendra pas, Camus," lui dit Serge qui attendait.

"Jusqu'à ce que les premières étoiles apparaissent" demanda Camus. Serge ne répondit rien et continua à attendre. Quelques minutes passèrent, et la lumière du couchant céda la place à celle de la nuit. Camus avala sa salive et son souffle se précipita. Il se mordit les lèvres. Regardant le ciel, il espérait pouvoir stopper le temps, mais il était encore plus conscient du ciel devenant de plus en plus sombre au fur et à mesure que les secondes passaient. Il regarda le tournant. Il n'y avait toujours personne.

Puis la première étoile apparut. Résigné, Camus baissa la tête et une larme roula sur sa joue gauche. Il l'essuya avec son avant bras gauche et il s'approcha du Saint qui attendait toujours quelques mètres plus loin. Sans hésitation, Camus prit sa main. "Nous pouvons partir," dit-il dans un souffle.

"Où?" demanda Serge surpris par la résolution de Camus. Il avait pensé que ce serait plus difficile de lui demander de venir et de quitter cet endroit, mais apparemment il avait cessé de fermer les yeux et avait admis l'attitude de sa mère à son égard.

"Loin d'ici." Il leva les yeux vers Serge. "Emmène-moi, Saint d'argent. C'est mon destin..."

"Tu ne le regretteras pas?"

"Qu'est-ce que je regretterais?" demanda Camus amer alors qu'il regardait droit devant lui.

"Alors partons. Nous avons une longue route à faire." Il referma sa main sur celle de Camus il s'éloigna en direction de la sortie du parc.

Camus le suivit mais il jeta un dernier regard en arrière, gravant cet endroit dans sa mémoire et ayant toujours cet espoir de voir surgir sa mère. Mais elle ne le fit pas, elle n'était pas là et ses lèvres tremblèrent. Des larmes silencieuses roulèrent sur ses joues et il les essuya. 'Non. Je ne dois pas.'

'Pourquoi? Pourquoi?' cria son esprit.

Pour la première fois, Serge entendit clairement l'appel mental du garçon et il baissa les yeux sur Camus. Il remarqua la détresse de l'enfant. "Je ne sais pas pourquoi elle t'a abandonné, Camus" dit le Saint sérieusement.

" J'ai été sage et gentil. Je lui ai toujours obéi, alors pourquoi?"

"Je ne sais pas, mais tu as la réponse dans ton coeur."

"Non, je ne l'ai pas!"

"Tu l'as. Plus tard, tu sauras pourquoi. Tu es pour l'instant choqué et offensé mais la vérité se trouve cachée dans ton coeur. Tu ne veux pas la voir pour l'instant. Mais dans quelques mois ou dans quelques années tu comprendras les raisons des actes de ta mère."

"Pour quelle raison repenserais-je à ça?"

"Parce ce que c'est dans la nature humaine. Les humains veulent tout savoir, et tu es un être humain Camus."

Camus n'était pas convaincu et son coeur le faisait souffrir et il ne savait pas pourquoi. Il sentit qu'il était sur le point de pleurer mais il se força à ne pas le faire. Ses traits devinrent plus durs et il regarda devant lui sans un autre regard en arrière et sur son passé. "Où allons-nous ?"

"Nous allons en Grèce. Au Sanctuaire, Camus. Tu auras une famille, une famille dont tu pourras choisir les membres." Camus hocha la tête et serra la main de Serge. Par ce geste, il lui montrait qu'il le suivrait et qu'il avait confiance en lui. Il jeta juste un coup d'oeil aux étoiles puis il reporta son attention sur le chemin qu'il suivait.


Fin du chapitre 1

Chapitre 2: Tsakalatos


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