Une petite flamme sous la glace

Chapitre 3: Amitiés

© 2001 par Seiiruika

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English Version


Le temps était au beau fixe. Après près de trois jours de pluie qui avait lavé les rochers, les bâtiments ainsi que les statues du Sanctuaire et avait redonné un éclat plus vif à la végétation du lieu, le soleil brillait de nouveau dans toute sa splendeur. Les nuages avaient disparu au cours de la nuit et au petit matin une très légère brume avait envahi le Domaine Sacré et s'élevait petit à petit. Les temples les plus élevés étaient noyés dans cette masse si irréelle qu'ils semblaient être posés sur une mer de nuages. Puis, le soleil s'élevant dans un ciel pur avait déchiqueté la brume, aidé en cela par la légère brise qui laissait une sensation de fraîcheur en ce début de matinée.

Cependant la beauté de cet endroit était trop souvent brisée par les cris qui accompagnaient les entraînements matinaux et quotidiens des habitants de ces lieux. Très peu de personnes semblaient apprécier cette vison paisible, et seules les statues d'Athéna érigées de-ci de-là semblaient le contempler. Peut-être d'autres l'admiraient aussi mais ils étaient certainement peu nombreux. Tous semblaient peiner sous le soleil matinal et ils ne jetaient pas un seul regard autour d'eux.

Dans un endroit isolé, un petit groupe s'entraînait aussi. Un homme aux cheveux bleu acier, fermement campé sur ses jambes, les bras croisés sur la poitrine, suivait des yeux les deux enfants qui se battaient. Son visage n'exprimait rien du tout et était froid. Il ne bougeait pas, seuls ses cheveux dansaient dans le vent ainsi que la tunique bleue foncé, croisée sur sa poitrine. Il semblait être une statue habillée si ce n'était ses yeux de couleur ambre suivaient chaque mouvement des enfants se battant à quelques dizaines de mètres de lui. Il n'avait pas besoin de se protéger ou de bouger pour les observer. Ils étaient trop jeunes et trop inexpérimentés pour utiliser tout l'espace dont ils disposaient pour combattre. La limite consentie par les deux combattants avait été décidée d'un accord commun et muet, et se situait dans un cercle d'une dizaine de mètres de diamètre.

Les deux enfants se donnaient des coups de poings et des coups de pieds, essayant d'éviter ceux de l'autre. Tous les deux n'avaient pas plus de quatre ans et avaient la même taille. Les deux enfants avaient des cheveux bleus, mais celui de gauche les avait plus courts et ils tiraient sur le vert alors que celui de droite avait des cheveux plus longs, ondulés et d'un bleu ciel profond et pur. Ils étaient en sueur et leur souffle était court, mais ils continuaient sous le regard exigeant et impénétrable de celui qui les observait. Malgré tout, leur façon de combattre était différente. L'un avait des gestes posés et contrôlés alors que l'autre combattait instinctivement, faisant par la même occasion, trop de gestes inutiles. De plus le premier attaquait plus souvent que le second qui semblait vouloir seulement se défendre.

Celui de gauche sauta et donna un coup de l'extérieur de son pied dans le ventre de l'autre qui eut le souffle coupé et tomba à la renverse sans pouvoir crier. Le gagnant atterrit sur ses pieds et regarda son adversaire, sans qu'aucune émotion ne traversa ses yeux et n'apparut sur son visage. Il resta là immobile, le souffle court à attendre que l'autre se relevât.

Le garçon à la chevelure bleue et ondulée grimaça, et portant sa main sur son ventre, il gémit. Il ouvrit un oeil et essaya de voir son adversaire à travers sa frange. Il l'aperçut et essaya de se relever sur une seule main. Il ne réussit qu'à se mettre sur ses genoux. "T'étais pas obligé de frapper si fort, Camus" dit-il entre deux inspirations.

"C'est un combat, Tsakalatos" répondit le dénommé Camus sans se sentir le moins du monde coupable.

"Tsakalatos" dit l'homme qui le regardait. "Reprends ton souffle et vous reprendrez le combat."

"Mais il va me tuer Serge!" s'écria Tsakalatos.

"Vous êtes de forces égales. Pourquoi ne fais-tu que te défendre?" Tsakalatos appuya un peu plus sur son ventre et ferma un oeil lorsqu'il ressentit une douleur lui vriller le ventre. "Pourquoi ne combats-tu pas de toute tes forces?"

"Je ne veux pas blesser Camus."

"Camus n'est pas en sucre, Tsakalatos! Je veux que tu le combattes."

"Mais je ne peux pas!" s'écria Tsakalatos. "Je ne peux pas" murmura-t-il. "Pas lui. Pas contre lui."

"Pourtant il ne retient pas ses coups, lui" constata l'homme qui décroisa les bras et s'avança vers les enfants.

"Il est mon ami. Je ne veux pas lui faire de mal" répondit-il en regardant Camus qui observait Serge. Le Saint de la Grue s'arrêta près d'eux et Camus l'observa.

Cela faisait trois semaines qu'il s'entraînait avec le Saint et Tsakalatos. C'était difficile. Personne ne lui avait appris à 'travailler' avec quelqu'un. Il avait toujours fui les autres. Il avait été incapable de faire quelque chose avec Saul et cela avait été un très gros handicap. Ce fut sa première leçon, et Tsakalatos l'avait beaucoup aidé à surmonter son problème. Puis tous les jours, Serge les obligeait à se battre et il obéissait. Un autre problème avait alors surgi. Le problème était Tsakalatos. Il ne voulait pas se battre contre lui et à chaque fois c'était la même scène qui se jouait sur le terrain d'entraînement.

Serge se pencha vers Tsakalatos mais ne l'aida pas à se relever. Non, il n'aidait personne. Il faisait son devoir, il obéissait au Grand Pope. Il devait les entraîner jusqu'à ce qu'ils aient l'âge requis et un maître. Il l'observa mais ne fit rien d'autre.

Camus, en plus de son manque de sociabilité, avait été troublé par la nouvelle personnalité du Saint qu'il avait découverte. Ce n'était pas le Saint bon et prévenant qui les entraînait, mais quelqu'un de froid où toute émotion disparaissait le temps des exercices. Un homme dur, exigeant mais patient. Camus connaissait deux Serge et il préférait celui qu'il avait rencontré à ce maître sévère. Mais il obéissait car c'était ce qu'il devait faire. Aujourd'hui Serge était beaucoup plus dur avec eux et il se demanda pourquoi il s'acharnait à forcer Tsakalatos à se battre contre lui.

"Je ne veux pas lui faire de mal" répéta Tsakalatos en regardant dans les yeux du Saint dont l'éclat se durcit.

"Camus est peut-être ton ami, mais sache que rien n'est sûr en ce monde. Ton ami peut devenir un ennemi. Tu dois être prêt à te battre en mettant de côté tous tes sentiments. Laisse tes sentiments envahir ton coeur et ton âme, et tu mourras à coup sûr."

"Jamais Camus ne me trahira. Je le sais."

"Tsakalatos. Je ne te demande pas de le tuer mais de te battre en toute connaissance de cause et de toutes tes forces. Apprends à apprivoiser tes sentiments. Apprends à les mettre de côté. Fais comme Camus."

Tsakalatos jeta un regard vers le Français. 'Mais qui me dit qu'il éprouve quelque chose pour moi?'

"Lorsque tu as décidé de devenir un Saint tu savais que ce serait dur. Un Saint doit tuer au nom d'Athéna pour protéger le monde. Voilà la triste réalité de la vie d'un Saint."

Tsakalatos baissa la tête et entendit le Saint s'éloigner sans hâte. "Relève-toi et bats-toi!" lui ordonna-t-il. Tsakalatos grogna. Il ne comprenait pas l'acharnement du Saint à son égard. Il leva les yeux pour regarder le ciel et il vit une main tendue vers lui, l'invitant à la prendre. Il la prit et regarda dans les yeux indigo de son ami. Il ne vit rien. Ils n'exprimaient rien. 'Pourquoi es-tu si froid et si distant depuis que je suis là Camus?' s'interrogea-t-il. Il savait qu'il n'aurait aucune réponse du Français, c'était pourquoi il ne le lui avait jamais posé.

"Je veux que tu me montres ce que tu sais faire, Tsakalatos! Allez-y!"

Les deux enfants se jetèrent l'un sur l'autre agrippant leurs mains pour essayer de faire perdre l'équilibre de l'autre. Au bout d'un moment, ne pouvant plus tenir, ils lâchèrent leur prise pour en chercher une autre avant de se donner des coups. Serge reprit sa pause impassible et son regard se fit plus dur. Il devait leur enseigner les bases et il le ferait même si pour cela ils devaient souffrir. Même si lui, il devait souffrir. Il se demanda depuis quand il souffrait. Son coeur lui faisait mal alors qu'il avait déjà enseigné les bases à plusieurs recrues à plusieurs reprises mais jamais son coeur n'avait été aussi lourd. Imperceptiblement, il se raidit lorsque Tsakalatos frappa plusieurs fois Camus au visage et à l'estomac.

'Déesse. Pourquoi? Pourquoi?' Il vit Camus répondre sans ciller aux coups de Tsakalatos et ce dernier tomba de nouveau à terre. "Relève-toi!" lui cria Serge d'une voix glaciale. Le Grec se releva et sans conviction, il reprit le combat. 'Camus. Qu'as-tu fait de moi? Que suis-je devenu?' Il vit Camus tomber à terre et son coeur se serra un peu plus.

'Tu es devenu beaucoup trop indulgent ces derniers temps.'

Depuis plus de trois semaines cette phrase prononcée par Ornytos le tourmentait et ne le quittait plus. La nuit, il se réveillait parfois en sueur sans se rappeler ce qui l'avait poussé à se réveiller et seule cette phrase résonnait dans son esprit, comme une mise en garde. Alors parfois, il avait peur de s'endormir et il passait une grande partie de la nuit à lire ou tout du moins à essayer.

Il vit les deux enfants rouler sur le sol caillouteux mais il ne fit rien pour les arrêter. Tout était permis. 'Ornytos a su me lire si facilement! C'est tellement vrai. Je suis si faible face à cet enfant de quatre ans... Je n'aurais jamais dû l'amener ici. Non, je n'aurais pas dû le ramener. Camus, quand as-tu pris mon coeur? Quand l'as-tu volé, mon enfant...'

Les deux enfants se relevèrent et Serge jeta un rapide coup d'oeil au soleil. Il était temps d'arrêter l'entraînement pour ce matin. "Ca suffit! Reposez-vous un moment puis vous viendrez étudier." Il vit Camus le regarder d'une façon qui lui était unique. Ses yeux indigo semblaient ne rien exprimer selon la plupart des gens. Mais lui il y voyait de l'amour, du respect, de la reconnaissance mais aussi de la curiosité, de la tristesse et de l'interrogation sur le monde, sur lui-même. Si les gens prenaient le temps de passer cette invisible barrière qu'il avait dressée entre lui et le monde, ils verraient que Camus était tout sauf un enfant indifférent et froid. Serge ne dit rien et espéra que son regard ne laissait exprimer aucun de ses sentiments, aucune de ses pensées, surtout maintenant. Il devait garder le rôle du maître froid ou alors il n'aurait plus aucun contrôle sur Camus et sur ses propres émotions. Il leur tourna le dos et s'éloigna posément.

Camus regarda Serge s'éloigner et son coeur lui fit mal. Il n'avait rien dit, n'avait fait aucun compliment alors qu'il s'était efforcé de lui obéir et de donner son maximum. Serge était froid et indifférent et son coeur lui faisait mal. Il n'aimait pas ce Serge. Même s'il savait qu'après les entraînements et les leçons Serge redevenait celui qu'il connaissait, il avait mal, car le Saint de la Grue était presque toute la journée le Maître. Ses lèvres tremblèrent et il baissa les yeux. 'Qu'ai-je fait? Pourquoi est-il si dur avec moi?' Bien que le Saint fusse dur avec Tsakalatos aussi, Camus ne pouvait s'empêcher de penser qu'il l'était moins.

Le Français entendit le Grec pantelant se laisser tomber comme une masse. Il se tourna vers lui et le vit s'allonger sur le sol, les bras en croix, prenant de grandes bouffées d'air, les yeux clos.

"Tu n'y es pas allé de main morte, Camus" lui dit-il en ouvrant un oeil et regardant son ami reprendre lui aussi son souffle.

Camus s'assit près de Tsakalatos mais ne répondit rien. Ils restèrent silencieux pendant quelques minutes, écoutant les bruits étouffés du Sanctuaire où parfois un cri brisait cet instant de paix. Tsakalatos ouvrit les yeux et observa Camus qui regardait dans le vide. Il vit le dos tendu de son ami et surtout la courbe de ses épaules qu'il avait appris à reconnaître le sentiment qu'elle exprimait: la tristesse. La fatigue momentanément oubliée, il s'assit et se retrouva près du Français qui n'avait pas fait un mouvement. "Que se passe-t-il, Camus?" lui demanda-t-il.

"Rien, Tsakalatos. Rien du tout."

"Arrête de me donner cette réponse, Camus. Je sais que quelque chose ne va pas et je veux que tu me dises ce que c'est!"

"Pourquoi te mêles-tu de mes affaires?! Si je te dis qu'il n' y a rien c'est qu'il n'y a rien ou que ça ne te concerne pas!"

"Si ça me concerne!"

"Ne sois pas ridicule, Tsakalatos."

"Ça me concerne parce que tu es triste et que tu n'es plus toi-même."

"Je vais très bien. Laisse-moi tranquille" exigea Camus qui se leva.

"C'est Serge, n'est-ce pas?"

Camus fut interloqué et se tourna vivement vers Tsakalatos qui l'observait. Ses yeux d'un bleu turquoise pur étaient sérieux et aucune trace de malice ou de moquerie ne s'y trouvait. Il n'en revenait pas. Comment avait-il deviné? Il regarda Tsakalatos sans rien dire, trop abasourdi pour pouvoir le faire.

"Inutile de trouver une excuse, c'est ce qui te préoccupe" dit simplement Tsakalatos qui ne quitta pas le Français des yeux. "Il faudrait être aveugle pour ne pas le remarquer." Il se leva et s'approcha de Camus. "Tu trouves qu'il a changé et tu te demandes ce que tu as bien pu faire pour qu'il ait autant changé."

"Comment..."

"Camus" interrompit Tsakalatos en levant la main. "Serge est notre maître pour l'instant. Il a un devoir à accomplir, et il doit mettre ses sentiments de côté lorsqu'il nous enseigne quelque chose. N'as-tu pas écouté ce qu'il a dit tout à l'heure?" Camus baissa la tête se sentant découvert mais aussi stupide de n'y avoir pas songé. Il releva les yeux et vit Tsakalatos qui l'observait.

"Je n'y avais pas pensé" avoua-t-il.

Une lueur amusée éclaira les yeux de Tsakalatos. "Et dire que tu es au Sanctuaire depuis plus d'un an." Il croisa les bras derrière sa tête et s'éloigna. "Et dire que Serge pense que tu es un puits de science..."

"Au moins je reconnais de n'y avoir pas songé."

"Au moins tu n'es pas infaillible. Mais s'il te plaît ne me frappe pas si fort..."

"Tu n'as qu'à prendre l'entraînement au sérieux" rétorqua Camus qui le rejoignit.

"Mais c'est difficile de se battre contre toi. Je ne veux pas te blesser."

"Voilà ta plus grosse erreur, Tsakalatos. Cesse de penser à moi et bats-toi."

"Oh! Tu ne vas pas me faire un sermon, tout de même. Serge m'en fait déjà assez."

"Tu voulais devenir à tout prix un Saint. Pourquoi ne vas-tu pas jusqu'au bout?"

Tsakalatos ne répondit rien et se dirigea vers la maison où Serge devait certainement les attendre. "Dépêche-toi Camus. Nous devons nous laver avant de rejoindre Serge. Tu sais à quel point il peut être maniaque."

"Tu évites ma question?"

"N'évites-tu pas les miennes?" répondit Tsakalatos qui se retourna et lui envoya un clin d'oeil. Puis il se rua vers le point d'eau.

Camus laissa planer un petit sourire sur ses lèvres pendant quelques secondes. Tsakalatos avait le don de lui remonter le moral et de l'aider sans qu'il s'en rende compte. 'Il est peut-être conscient, qui sait?' Il rejoignit son compagnon qui s'aspergeait d'eau.

* * *

Serge laissa les enfants. Il savait qu'ils pouvaient se débrouiller tout seuls pendant quelques instants, bien qu'il ne soit pas aussi sûr de cela quand Tsakalatos était dans les parages. Il devait les laisser respirer. Ils n'étaient que des enfants de quatre ans et ils avaient besoin d'avoir du temps pour eux, de se relaxer, de ne pas oublier qu'ils n'étaient que des enfants. Le temps où ils seraient avec leur maître respectif ou commun, arriverait bien assez vite, et là, l'innocence de l'enfance serait définitivement terminée.

Qu'il était dur de les entraîner. Camus parce qu'il n'avait aucun détachement vis à vis de l'enfant et Tsakalatos qui était trop indiscipliné. Serge se rendait compte qu'il avait de plus en plus de mal à rester ferme vis à vis des deux enfants. Il savait qui en était responsable. Ce petit garçon aux cheveux bleu-vert qu'il avait rencontré un jour d'hiver loin d'ici. 'Cela n'aurait jamais dû se produire...'

"Saint de la Grue?" appela quelqu'un.

Serge releva la tête et il vit Ornytos l'observer. Il s'arrêta et attendit que le chef des soldats s'approchât de lui. Il avait l'impression que cela faisait un moment qu'Ornytos le dévisageait, cependant il garda une attitude froide.

"Tu es encore dans tes pensées..." dit-il en souriant alors qu'il s'avançait vers lui. "D'ailleurs tu l'es toujours et cela même lorsque nous étions plus jeunes. Mais ce trait de caractère s'affirme avec l'âge."

"Tu es d'humeur bien joyeuse aujourd'hui. Qu'est-ce qui se passe?"

"Oh, rien d'important. Oh si! Le Grand Pope désire te voir."

"Me voir? Est-ce pour cela que tu es si content?"

"Que vas-tu imaginer? En tout cas il désire te voir. Le plus rapidement possible. Tes élèves peuvent se passer de toi quelques instants, non?" demanda Ornytos qui regarda dans les yeux de Serge.

"C'est l'heure de la pause. Très bien j'y vais."

"Je t'accompagne. Il faut que je fasse mon rapport au Grand Pope. Et puis nous nous sommes rarement vus ces derniers temps."

Serge haussa les épaules et se dirigea vers la colline sacrée suivi d'Ornytos. Ils ne parlèrent pas pendant quelques minutes et ils croisèrent plusieurs aspirants qui s'entraînaient. Ornytos ne le gênait pas. Ils se connaissaient depuis très longtemps, mais leur amitié n'était pas des plus affirmée. Ils s'appréciaient mutuellement et se respectaient, mais il n'y avait rien au-delà de ces sentiments.

"Comment vont les enfants?" demanda soudain Ornytos sans jeter un seul regard au Saint.

"Très bien."

"L'entraînement?"

"Plus ou moins bien. Cela dépend des jours, de leur humeur et de leur volonté." Serge se tut et n'ajouta rien. En effet, les deux enfants semblaient de force égale, mais ils étaient opposés en tout. Camus était consciencieux, comprenait très vite ce qu'on attendait de lui et ne se dispersait pas. Il serait le parfait disciple que tout maître rêvait d'avoir s'il ne lui manquait pas une chose très importante: l'enthousiasme. Camus ne l'était pas et ne semblait pas croire en Athéna. Tsakalatos était le contraire. Il se battait instinctivement et il était vrai que le nombre de combats auxquels il avait participé à Rodario expliquait cet instinct. Mais il était plus dispersé, n'arrivait pas à se concentrer et se laisser facilement distraire. Mais il possédait l'enthousiasme et la foi en Athéna. Ces deux enfants étaient opposés en tout mais complémentaires. 'Trop' pensa Serge. 'Beaucoup trop' conclut-il.

"C'est toi qui les juge" déclara simplement Ornytos sachant que Serge ne lui révèlerait rien de ses pensées. "Ils sont jeunes, beaucoup trop jeunes."

"Ils sont peut-être jeunes, mais leur cosmos est là et je ferai tout pour qu'il se développe. Ils ont la capacité de devenir des Saints brillants, et je ne veux pas gâcher une telle opportunité."

"Tu n'auras peut-être pas le temps de le développer assez. Ils auront bientôt un maître qui s'en chargera."

"Je sais..." soupira Serge. Il se tut. Il savait que ce qu'il leur enseignait n'était que les bases, mais il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il serait peut-être à l'origine de leur formidable puissance. Il ne questionna pas Ornytos pour savoir si le Grand Pope avait déjà choisi le ou les maîtres. Le chef des armées ne lui répondrait pas. Il ne le serait qu'en temps utile et mieux valait ne rien savoir et se concentrer sur sa tâche. Il leva les yeux vers le soleil et il soupira silencieusement. Mais cette incertitude le rongeait. Il se força à ne pas lire dans les pensées d'Ornytos et il accéléra le pas.

* * *

Camus suivait Tsakalatos la mort dans l'âme. Il était fatigué et il aurait préféré rester assis à contempler le ciel ou une colonne ou encore à lire. Mais non. Le Grec l'avait pris par le bras et l'avait entraîné dans, il ne savait quel endroit du Sanctuaire. Tsakalatos était un enfant qui ne s'ennuyait jamais, incapable de rester immobile ou tranquille cinq minutes. Il fallait qu'il bouge et cela exaspérait Serge lors des leçons de grec, d'histoire et de philosophie qu'il prodiguait. Cela ennuyait Camus car il était incapable de se concentrer et il devait faire un réel effort pour ne pas exploser devant Tsakalatos et Serge.

Tsakalatos sauta sur un rocher puis sur un autre avant de se retourner et d'encourager Camus à le suivre. Puis il disparut derrière un énorme rocher. Camus soupira résigné, et se dit que de toute façon il serait bientôt l'heure de l'entraînement du soir, alors ils seraient bien obligés de rentrer. Il espérait que Serge ne serait pas en retard comme il l'avait été ce matin, mais le Saint de la Grue ne leur avait rien dit. La seule chose dont Camus avait remarqué, était que les traits de Serge étaient plus durs. Il ne savait pas ce qui s'était passé et connaissant le Saint, il ne lui dirait rien. Pourquoi leur dirait-il quelque chose qui ne concernait que lui?

Le Français suivit la trace de Tsakalatos. "Tsakalatos. Arrête de jouer maintenant. Nous allons être en retard!" Tsa..." Il s'arrêta net lorsqu'il vit que des enfants deux fois plus âgés que Tsakalatos entourer son compagnon. 'Que se passe-t-il?' se demanda-t-il en plissant le yeux et fronçant les sourcils. Son instinct lui disait que quelque chose allait mal, et à la distance où il se trouvait, il n'entendait rien. Mais il voyait Tsakalatos très en colère gesticuler et crier quelque chose. Avant qu'il ne puisse penser à autre chose, il vit des garçons se ruer sur le Grec qui évita la charge. Il bloqua un coup de poing, mais il ne put éviter un autre venant de sa droite.

Camus ne se fit pas prier et sans crier gare, il sauta du rocher et se précipita vers le groupe bousculant un garçon. "Laissez-le!" cria-t-il, ses yeux lançant des éclairs de haine. "Il est seul! Laissez-le!"

"De quoi tu te mêles, petit idiot!"

"Ne le touchez pas ou je..."

"Ou tu quoi, vermine?" demanda ironiquement un garçon.

"Il n'aurait pas dû venir sur notre territoire!" dit un autre qui avait des cheveux verts.

"Le Sanctuaire est à tout le monde" dit Camus en serrant ses poings. Il vit deux garçons s'approcher de Tsakalatos qui se remettait péniblement sur les jambes.

"Laissez le! Vous n'êtes que des lâches." Camus reçut un coup sur la joue droite qui l'envoya valser à quelques mètres de là.

"Camuuuuuuuus!!!!!!" s'écria Tsakalatos hors de lui. Il voulut se précipiter vers son ami lorsqu'une main agrippa le col de sa tunique et le souleva de terre.

"Ne nous oublie pas. Moi je ne t'ai pas oublié." Il frappa le Grec à la figure mais il perdit l'équilibre lorsque quelqu'un fonça dans ses jambes. Il baissa les yeux. Il vit Camus se relever péniblement et se mettre devant Tsakalatos, le protégeant. Il frappa le petit garçon une fois. Il ne cria pas. Une seconde fois. Il ne cilla pas et son regard devint plus dur.

"Camus..." murmura Tsakalatos.

"Vous ne le toucherez pas!" dit Camus en continuant à regarder son adversaire dans les yeux sans ciller, faisant fi de la douleur.

"Ce sont mes affaires Camus" s'écria Tsakalatos ne supportant pas que Camus se mette en danger.

"Pas question" répondit Camus qui fut de nouveau projeté sur le sol. Il n'eut pas le temps de se relever. Deux garçons se précipitèrent sur lui et le rouèrent de coups. Camus ne gémit pas et essaya de voir à travers le rideau de coups Tsakalatos qui subissait le même sort que lui. Camus se mordit les lèvres pour ne pas crier son impuissance et sa souffrance. Les coups cessèrent soudain et Camus entendit un des garçons parler aux autres.

"Ils ont eu leur compte. Non mais des gamins veulent faire la loi ici?" Ils s'éloignèrent en riant.

Camus sentit le monde tourner autour de lui, puis tout devint noir. Le vide. Il tombait dans un trou sans fond, sans aucun espoir de cesser cette chute dans ce trou noir et froid. Puis il perdit la notion de l'espace. Il ne savait plus où se trouvait le haut et le bas, la droite et la gauche. Il tournait sur lui-même comme une roue. Un murmure lui parvint.

".....mus."

Non il avait imaginé cela.

"Camus!"

Quelqu'un l'appelait. Quelqu'un qu'il connaissait mais il ne savait plus qui. Il n'arrivait pas à savoir qui.

"CAMUS!!" cria une voix inquiète.

Camus sentit qu'on le secouait et il ouvrit lentement les yeux. La chute stoppa mais tout dansait devant ses yeux. Il put néanmoins distinguer une chevelure bleue qui envahissait sa vision.

"Camus?! Ça va?" Il cligna des yeux et essaya de se relever. "Non!" l'empêcha la personne qui le soutenait. "Tu as perdu connaissance pendant une minute ou plus" lui dit la voix inquiète.

"Ça va" dit-il dans un souffle. "Je vais bien." répéta-t-il en essayant de se persuader que c'était effectivement le cas.

"Alors lentement, d'accord?" Camus hocha la tête et souhaita ne l'avoir pas fait. Tout recommença à danser autour de lui. Il s'assit aidé par le garçon à la chevelure bleue. "Tu es sûr que ça va?" demanda le garçon très inquiet.

"Oui ça va aller. Et toi?" s'enquit-il se souvenant de ce qui s'était passé.

"Je suis plus solide qu'on ne le pense. Mes frères me tapaient souvent parce que je n'obéissais pas. J'ai l'habitude." Le furtif sourire qu'il arbora lorsqu'il révéla ce fait disparut et il fronça les sourcils. Il passa la main sur le front de Camus, soulevant sa frange. "Idiot" murmura-t-il. "Cela ne concernait que moi. Pourquoi t'es-tu jeté tête baissée dans mes affaires?"

"Pourquoi te mêles-tu des miennes?" répondit Camus en grimaçant.

"Idiot. Triple idiot."

"Pourquoi t'en voulaient-ils?" demanda Camus qui se palpa pour voir s'il n'avait rien de casser.

"Ils ont dit que j'étais sur leur territoire. Puis ils se sont moqués de mon nom. Alors je les ai insultés." Camus secoua avec précaution sa tête. "Pourquoi es-tu intervenu Camus?"

"Ils t'auraient massacré."

"Merci" murmura Tsakalatos.

"Mais je n'ai pas pu t'aider..." lui avoua Camus.

"Ça n'a pas d'importance." Il fronça les sourcils et il prit la main droite de Camus. "Mais tu saignes!" s'écria-t-il en regardant l'index qui saignait.

Camus baissa les yeux sur sa blessure, la remarquant seulement. "Ce n'est rien de grave. C'est certainement une pierre coupante." Sans un mot, Tsakalatos prit le doigt de Camus et le porta à sa bouche. "Mais... Mais que fais-tu?" s'exclama Camus désorienté. Il sentit une chaleur se répandre dans son doigt puis dans sa main.

"C'est pour que tu guérisses plus vite. Tu as été blessé par ma faute."

"Mais..."

Tsakalatos ôta le doigt de sa bouche et sourit. "Maintenant nous sommes liés." Voyant le regard d'incompréhension que lui lança Camus il secoua la tête. "J'ai bu de ton sang. J'ai une partie de toi en moi."

"Je ne comprends pas."

"Camus, nous sommes maintenant liés par le sang."

"Tu veux dire que tu m'as en quelque sorte forcé à être lié à toi?"

"Oui, tu es maintenant lié à moi..."

"Mais..."

"Camus. Je désire plus que tout être ton ami. Je t'ai dit que je t'aimais comme un ami. J'ai plusieurs fois dit que tu es mon ami, mais jamais tu ne m'as dit si j'en suis un pour toi. Tu n'as pas confiance en moi et tu essaies d'être distant..."

Camus baissa la tête. Il se souvint des explications de Serge et du Grand Pope sur l'amitié et il releva la tête et croisa le regard de Tsakalatos si franc et sincère. Pourquoi avait-il essayé à tout prix de le protéger, de l'empêcher de venir au Sanctuaire?

'C'est une affection que l'on porte à quelqu'un d'autre, un sentiment irréfléchi et dénué d'arrière-pensées.' Les paroles du Grand Pope résonnèrent dans sa tête. 'Est-ce que j'éprouve de l'amitié pour Tsakalatos?' Camus regarda Tsakalatos puis il remarqua un filet de sang sur la pommette gauche du Grec. De sa main gauche il recueillit quelques gouttes de sang et les regardèrent. Les yeux turquoise de Tsakalatos suivaient le moindre de ses mouvements. Camus approcha sa main de ses lèvres et goûta le sang. Il était chaud et semblait palpiter sur sa langue. Un étrange goût qui lui rappelait de choses qu'il ne comprenait pas, des choses qu'il savait d'instinct, de lointains souvenirs enfouis.

Tsakalatos regarda Camus et sourit. "Nous sommes liés désormais." Il prit le doigt blessé de Camus et le posa sur sa blessure. Leur sang se mêlèrent. "Nous sommes des frères liés par le sang."

Camus haussa les sourcils mais ne répondit rien. Il avait le sentiment que c'était un rite et qu'il était aussi important pour Tsakalatos que pour lui.

"Camus. Je te jure de toujours te protéger et d'être là quand tu auras besoin de moi. Je te jure de ne jamais te trahir... Par Athéna, je le jure." Il regarda Camus. "Camus... Jure-moi que rien ne nous séparera. Jure-moi que quoi qu'il arrive, nous resterons amis."

Camus ne répondit pas et Tsakalatos eut peur d'avoir la même réponse qu'il avait obtenu une fois du Français. Il ne voulait pas jurer quelque chose dont il ne connaissait l'issue. Or faire une telle promesse était plus que hasardeuse. Mais il l'espéra malgré tout.

"Je jure que rien ne nous séparera, Tsakalatos. Quoi qu'il puisse arriver à l'avenir nous resterons amis. Nous sommes liés et rien ne détruira ce lien, pas même les dieux."

"À la vie à la mort, Camus" dit Tsakalatos.

"À la vie à la mort, Tsakalatos" fit écho Camus serrant la main de son ami.

Les yeux de Tsakalatos brillèrent de joie et se jeta au cou de Camus. "Merci, Camus. Merci..."

"De quoi?"

"De tout."

Camus ne comprit pas la réponse de Tsakalatos et essaya de se dégager de l'étreinte de celui-ci. "Serge doit nous attendre."

"J'avais complètement oublié" s'écria Tsakalatos qui sauta sur ses pieds. Il tendit la main à Camus qui la prit sans l'ombre d'une hésitation. "Tu sais quoi, Camus?" Le Français secoua la tête négativement. "J'ai envie de remercier ces charmants imbéciles." Il se mit à rire et Camus sourit avant de le pousser pour rejoindre Serge.

Mais Tsakalatos s'arrêta et déchira le bas de sa tunique en une fine bandelette. Puis sans un mot, il prit l'index de son ami et enroula le bout de tissu autour de la blessure. Il fit un noeud et laissa la main de Camus. "C'est ennuyeux une plaie au doigt. Ça saigne beaucoup." Il essuya sa pommette gauche et sourit. "Allez, viens!"

"Pourquoi fais-tu tout ça pour moi?" lui demanda Camus.

"Parce que je t'aime, tu es mon ami et tu es celui en qui j'ai le plus confiance."

"Pourquoi?"

"Je ne sais pas. Je suis mon coeur."

"Pourtant Serge a dit..."

"Il a dit ça lorsqu'on combattait. Mais je ne pense pas qu'on puisse toujours contrôler ses sentiments." Tsakalatos se tourna vers Camus. "Serge lui-même est incapable de toujours contrôler ses sentiments."

"Pourquoi suis-tu ton coeur?"

"Pourquoi, pourquoi, pourquoi! Arrête avec tes pourquoi! Pourquoi cherches-tu toujours une raison, une réponse?"

"Je ne sais pas... Peut-être pour savoir qui je suis et ce que l'avenir me réserve..."

Tsakalatos ne dit rien pendant un moment. Camus par cette simple phrase s'était ouvert à lui plus spontanément, qu'avant. Cependant il ne poussa pas son avantage de savoir un peu plus sur le passé de son ami. Il avait peur que son ami devienne de nouveau méfiant et renfermé. "Tu te prends trop la tête" lui dit-il. "Tu penses trop et tu ne profites de rien." Tsakalatos soupira. "Mais c'est peut-être la raison pour laquelle je t'aime, Camus."

"Hein?"

"Nous devons nous dépêcher" Tsakalatos allongea le pas et entendit Camus lui demander ce qu'il voulait dire par sa dernière remarque. Mais le petit Grec refusa de lui en dire plus, bien que Camus le pressa de le faire.

* * *

Serge s'inquiéta. Il était tard et les deux enfants n'étaient pas encore là. Avec Tsakalatos il y avait toujours des soucis à se faire. Le petit Grec avait l'art de trouver les ennuis ou de les attirer. Camus étant plus posé, il ne s'inquiétait pas trop pour lui, mais c'était pour son 'petit protégé' qu'il se faisait du souci. Il entendit des voix et il se tourna et vit les deux enfants discuter vivement. Il fut étonné de voir Camus si expansif avec Tsakalatos, mais rien ne transparut sur ses traits et dans son regard. Ce dernier se durcit et il croisa les bras. "Vous êtes en retard" dit-il d'une voix froide.

Camus et Tsakalatos cessèrent de parler et se tournèrent vers le Saint. "Désolé" s'excusa Camus.

C'est alors que Serge aperçut les traces de coups et de sang sur les vêtements. Ses yeux lancèrent des éclairs. "D'où venez-vous? Qu'avez-vous fait pour être dans cet état?"

Camus fut sur le point de répondre, mais un léger coup de coude de Tsakalatos l'en empêcha. "Nous avions commencé l'entraînement sans toi" dit le Grec en souriant. Les yeux de Camus s'élargirent légèrement mais ne fit rien pour contredire Tsakalatos.

Serge remarqua le mouvement involontaire de Camus et ses soupçons se confirmèrent. Tsakalatos avait entraîné Camus dans une bagarre. "Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à te croire?"

"C'est toi qui décide" répondit Tsakalatos en se campant sur ses jambes, défiant le Saint.

"Vous aller courir cinquante fois le parcours que j'ai tracé, ensuite nous aviserons. Allez-y! Qu'attendez-vous?"

Les deux enfants s'élancèrent sur la piste et Serge les suivit du regard. Il était rassuré de les savoir en bonne santé et surtout d'avoir aperçu cette lueur de joie dans les yeux couleur indigo de Camus. Pour la première fois, Camus souriait vraiment, même si ce n'était qu'un timide sourire. Vraiment Tsakalatos était à la fois le jour et la nuit. Il était le seul qui eut réussi à briser ce mur de glace et d'indifférence. Il s'en réjouit. Camus était désormais prêt à devenir un véritable Saint comme il l'entendait.

* * *

Le petit garçon à la chevelure bleu-vert regarda autour de lui et soupira d'aise en se retrouvant seul. Il grimpa sur un bout de colonne tombée à terre par on ne sait quelle force et s'y assit confortablement, faisant face au paysage de montagnes et surtout à la pente plus ou moins abrupte qui commençait au pied du morceau de marbre sur lequel il était assis. Il soupira une fois encore. Il était enfin seul. Ce n'était pas qu'il n'appréciait pas Tsakalatos, mais il avait parfois besoin de solitude pour pouvoir supporter l'exubérance de son ami et compagnon. Il n'avait jamais été auprès de quelqu'un d'aussi vivant et communicatif et cela le dérangeait un peu. Tsakalatos était une tornade qui emportait tout sur son passage. Camus essayait tant bien que mal à rester lui-même et à sortir du cyclone, mais la seule issue qu'il arrivait à trouver était un instant de répit dans l'oeil du tourbillon. C'est pourquoi il appréciait plus que tout autre chose ces instants de tranquillité.

Il savait qu'il en avait pour quelques instants, une heure voire plus s'il avait de la chance. Parfois il se sentait prêt à remercier Aiolia de le tenir occuper. Il ne savait pas pourquoi il n'avait pas d'atomes crochus avec Aiolia qui était moins indiscipliné et turbulent que Tsakalatos. Il avait toujours eu cette réticence à approfondir sa relation avec lui. Il avait beau se poser la question, il n'arrivait pas à trouver la réponse. Enfin, du moment que Tsakalatos et Aiolia s'entendaient bien et restaient un moment ensemble, ça ne le dérangeait pas.

Il cessa de songer au frère du Saint d'or du Sagittaire. Il ouvrit le livre que Serge lui avait prêté quelques jours auparavant et se mit à le parcourir des yeux, oubliant tout autour de lui. Serge n'arrêtait pas de lui répéter sur le ton de la plaisanterie qu'il était insatiable. Camus ne se sentait pas du tout insulté, au contraire. C'était un jeu entre eux. Si cela avait été une autre personne qu'il le lui disait cela, il ne l'aurait pas accepté. Mais de Serge, il acceptait tout. Tout simplement parce que c'était Serge. Il se voûta un peu plus sur le livre comme s'il voulait être immergé par le flot des mots inscrits sur les pages, comme si le livre l'aspirait en lui.

Un long moment après Camus fronça les sourcils et reposa le livre sur ses genoux. Ce qu'il venait de lire le troublait. Pourquoi l'être humain était-il si compliqué? Il commençait à ce demander ce qu'était un être humain en réalité? Les émotions et les sentiments caractérisaient-ils l'humanité ou bien n'étaient-ils que des illusions faites pour tromper les Autres? Pourquoi Serge lui avait-il donné à lire cet ouvrage qui ne lui apportait aucune réponse mais plutôt d'autres questions sans réponses.

'Tu es vraiment insatiable, Camus.'

L'expression favorite de Serge à son égard. Oui il voulait tout connaître, il voulait tout comprendre avoir une réponse à toutes ses questions mais plus il s'aventurait sur ce terrain, plus il semblait s'éloigner de la source des réponses universelles et personnelles. Il fronça un peu plus les sourcils et fixa le livre comme s'il était prêt à lui fournir les réponses à ses attentes avant de fermer ses yeux indigo. Il était si concentré dans sa quête qu'il n'entendit pas que quelqu'un s'était arrêté près de lui.

* * *

Un petit garçon de l'âge de Camus aux cheveux lavande tombant sur ses omoplates fixait le garçon d'un air tranquille. Ses yeux violets ne quittèrent pas le garçon. Il resta ainsi quelques minutes puis il fit deux pas en direction du garçon assis sur le bout de marbre couché et son attention fut attiré par le livre posé sur les genoux de l'autre. "Qu'est-ce qui te préoccupe?" demanda-t-il.

"Tsa..." commença Camus dans un grognement de mécontentement. Il ouvrit de grands yeux lorsqu'il se rendit compte que ce n'était pas le petit Grec à la chevelure bleue qui venait de parler. Il se tourna vers la droite et il aperçut un garçon de son âge. Ses yeux violets étaient magnifiques et semblaient contenir des connaissances dont Camus n'arrivaient pas à définir et à imaginer. Il remarqua les deux étranges points violets qui semblaient remplacer les sourcils et les cheveux lavande qui cascadaient librement sur ses omoplates.

Surpris par l'apparence de l'inconnu, Camus plissa légèrement les yeux en signe de défiance mais très vite son mouvement de repli fit place à la curiosité. Il observa l'étrange garçon et trouva qu'il avait une bonne prestance et se dégageait de cet être de l'autorité et une connaissance qui le dépassait.

Les deux garçons restèrent à s'observer mutuellement et celui à la chevelure lavande lui adressa un timide sourire. "Qu'est-ce qui te préoccupe?" demanda-t-il de nouveau ayant désormais l'attention du garçon.

"Pourquoi es-tu certain que quelque chose me préoccupe?"

"Seulement une impression" répondit sans hésiter l'inconnu.

'Si sûr de lui' pensa Camus.

"Tu semblais si perdu dans tes pensées..."

"J'étais juste en train de penser" révéla Camus étonné de s'entendre répondre au garçon sans aucune hésitation.

"À propos de ce qui est écrit dans ce livre?" questionna l'inconnu en montrant de la main le livre posé sur les genoux de Camus. Les yeux de ce dernier se durcirent. "Désolé. Je ne voulais pas te déranger." Le garçon baissa la tête se sentant coupable. "Tu sais" commença-t-il, "la philosophie est quelque chose qui nous touche personnellement. Personne ne peut avoir la même opinion sur un sujet. L'homme n'est pas unique, et donc les différentes conceptions de la vie qu'il a, diffèrent de l'Autre. C'est ce qui fait que l'être humain est si unique et particulier au regard des Dieux..." Le garçon aux cheveux lavande regarda Camus puis s'assit près de lui lorsqu'il ne vit aucun refus de sa part. "Mon nom est Mu" dit-il simplement.

Camus le regarda quelques secondes. "Camus" répondit-il.

"Enchanté de faire ta connaissance. Je ne savais pas qu'il y aurait des gens de mon âge au Sanctuaire. Mon maître ne m'avait rien dit à ce sujet, seulement que je risquais d'être un peu perdu."

Camus écouta Mu. "Qui est ton maître?"

"Personne ne connaît son nom. Même moi, je ne le connais pas. Tout le monde l'appelle le 'Maître'."

Camus fronça les sourcils. 'Le 'Maître'?' Il ne voyait pas qui était connu sous le nom de 'Maître' au Sanctuaire. "Quand es-tu arrivé au Sanctuaire?"

"Hier. C'est si étrange..." Intrigué, Camus haussa les sourcils. "Oui il fait chaud et les montagnes ne sont pas aussi hautes que chez moi."

"Chez toi?"

"Je viens du Tibet. Et toi?"

Camus baissa les yeux et laissa échapper un petit soupir. "De France."

Mu ouvrit légèrement plus grand ses yeux mais ne dit rien. Son instinct lui disait de ne pas s'attarder sur ce sujet de conversation. Cela semblait être un sujet sensible pour Camus, même si celui-ci essayait de le cacher derrière un masque d'indifférence. Il regarda devant lui et se tut.

Camus ne dit rien lui non plus et le silence s'installa entre les deux garçons chacun perdu dans leurs pensées respectives. "Pourquoi veux-tu devenir un Saint?" demanda brusquement Camus en se tournant vers le Tibétain.

Mu lui rendit son regard et ses yeux violets s'assombrirent légèrement. "Car c'est mon destin" répondit simplement Mu sans détourner son regard de Camus.

"Le destin?" murmura Camus. "Tu crois au destin?" questionna Camus se souvenant après avoir posé cette question que c'était la raison qu'il avait donnée à Serge avant de quitter ce parc, ce fameux jour. Mais il n'y croyait pas, il n'y arrivait pas, tout comme il n'arrivait pas à croire en Athéna.

"Le destin..." murmura Mu. "On y croit beaucoup, là d'où je viens. On dit que l'on naît sur terre pour y accomplir des choses déjà prédéfinies par les Dieux. C'est la destinée..."

Camus releva légèrement la tête sentant que Mu possédait un lourd secret lié à cette notion de destinée mais il ne dit rien. "Tu parles des gens que tu connais, ton peuple. Mais et toi, qu'en penses-tu?"

Mu eut l'air surpris. Il observa plus attentivement Camus et se rendit compte que le Français était intelligent et vif. Mais ce n'était pas cela qui l'avait le plus surpris, mais les deux mots qu'il avait prononcés 'ton peuple'. Ils impliquaient tellement de possibilités et de vérités à la fois. 'Comment pourrait-il...' Il coupa court à ses pensées pour décider à la réponse qu'il allait fournir à Camus sans pour autant trahir sa véritable identité. "J'ai été élevé ainsi, et j'y crois" révéla-t-il.

Camus ne dit rien et posa ses mains sur le livre. 'L'éducation est-elle primordiale pour faire de quelqu'un un être humain? C'est si étrange...'

Un long moment passa. Les deux enfants ne se parlaient pas respectant le silence de l'autre. Ce n'était pas un silence gêné qui s'était instauré, mais plutôt un respect mutuel. Soudain le calme fut brisé par un appel. Les deux garçons se regardèrent.

"Camuuuuuuuus!!" cria quelqu'un.

Mu et Camus se retournèrent et ils virent un garçon aux cheveux bleus et ondulés s'élancer vers eux à toute allure. Camus poussa un soupir et Mu lui lança un coup d'oeil intrigué. Le Français regarda Tsakalatos qui approchait très rapidement. Il avait toujours été étonné de voir à quelle vitesse le Grec courait. Il était très rapide, bien plus que lui.

"Camus!!" cria Tsakalatos à bout de souffle. "Aide-moi!! Je t'en prie!!"

Camus se contenta de lever brièvement les yeux au ciel, à la fois résigné et exaspéré.

"Je suppose que ce n'est pas la première fois" commenta Mu.

Camus haussa simplement les épaules alors que Tsakalatos se précipita sur lui et lui entoura le cou de ses bras.

"Aide-moi! Je t'en prie!"

"Qu'as-tu encore fait?" demanda Camus d'un ton résigné, confirmant ainsi l'impression de Mu.

"C'est Aiolia!"

"Encore..." souffla Camus exaspéré.

Un petit rire sur la gauche de Camus attira l'attention de Tsakalatos. Il aperçut un garçon aux cheveux lavande qui les observait une lueur amusée brillant dans ses yeux violets. La surprise se lut sur le visage de Tsakalatos mais un sourire franc apparut sur ses lèvres. "Salut!" dit-il simplement à l'inconnu. Il se retourna brusquement, son instinct lui disant que le danger se rapprochait. Le Grec sauta sur le bout de colonne et se laissa glisser de l'autre côté. Il se retrouva assis entre les jambes de Camus et de l'inconnu et il recroquevilla encore plus pour ne pas être visible. "Je t'en prie Camus, aide-moi. Il est dangereux" souffla-t-il.

"Tu te mets toujours dans des situations impossibles, Tsakalatos" le sermonna Camus. "Je serais bien tenté de ne pas t'aider cette fois-ci..."

Tsakalatos leva les yeux vers Camus et vit qu'il était sérieux. Mais cela n'était pas une indication de ses véritables intentions, il était toujours sérieux. "Je t'en prie..." souffla le Grec.

"Camuuuus!!" quelqu'un d'autre cria.

Le Français n'eut pas besoin de se retourner pour savoir que c'était Aiolia. Il le fit cependant et vit le frère d'Aiolos s'arrêter près de lui. Camus haussa un sourcil en signe d'interrogation. Il était curieux de savoir ce que Tsakalatos avait encore inventé.

"Tu n'as pas vu cet idiot de Tsakalatos?!"

"Qu'a-t-il a encore fait?" dit dans un soupir Camus. Il sentit un bras se resserrer sur sa jambe gauche.

"À cause de lui j'ai des fourmis partout!!" Camus fronça les sourcils. "Il m'a mis des fourmis dans mon dos. Puis il m'a poussé à terre où il y en avait plein!!! Il va me le payer au centuple! Ça je te le jure! Et ne le protège pas cette fois!" Aiolia se tourna et aperçut l'étrange garçon aux cheveux lavande. "Tu es nouveau?" demanda-t-il, sa colère momentanément oubliée.

"Je m'appelle Mu. Je viens d'arriver au Sanctuaire."

"Je m'appelle Aiolia." Il se tourna de nouveau vers Camus et comme celui-ci ne répondait pas, il s'éloigna en courant dans la direction opposée à celle qu'il avait initialement prise. "Attends un peu, Tsakalatos!! Je t'aurai! Là, tu vas connaître ma colère!!"

Mu et Camus se regardèrent et échangèrent un regard complice. Ensemble ils baissèrent les yeux sur Tsakalatos qui se terrait en tenant fermement la jambe de Camus. Tsakalatos se sentant observé ouvrit les yeux et vit l'inconnu et Camus le regarder. Le regard de Camus se fit plus dur. "Il est parti?" demanda le Grec dans un chuchotis.

Camus ne lui répondit pas. "Maintenant tu vas me dire ce qui s'est passé."

"Mais rien!"

"Aiolia était vraiment en colère."

"Ce n'est pas de ma faute s'il est tombé dans une fourmilière."

"Pourquoi ai-je cet étrange sentiment de n'être convaincu par ce que tu viens de me dire?"

Tsakalatos mit ses bras derrière son dos, leva le regard au ciel et se mit à siffloter.

"Ne l'aurais-tu pas aidé par hasard?"

"Il a trébuché tout seul. Ce n'est pas de ma faute s'il est maladroit!"

"Tsakalatos...." gronda Camus. "Il nous a donné une version différente de la tienne."

"Je l'ai peut-être un tout petit peu aidé. Mais juste un tout petit peu..." fit-il en ouvrant légèrement le pouce de l'index de sa main droite.

"Tu es impossible, Tsakalatos..." soupira Camus.

"Alors tu es le fameux Tsakalatos" dit Mu en penchant légèrement la tête sur le côté.

"Et tu es?" demanda le Grec plus ou moins suspicieux.

"Je m'appelle Mu."

"Comment tu connais mon nom?"

"Camus t'a bien appelé Tsakalatos, non?"

Tsakalatos se tourna vers Camus. "Que lui as-tu dit?"

"Camus ne m'a absolument rien dit. De plus Aiolia te cherchait..." Mu lui donna un petit sourire. "Ta réputation t'a précédée..."

"Comment ça ma réputation?" Camus leva seulement les yeux au ciel.

"Tes 'exploits' hors et à l'intérieur du Sanctuaire" expliqua Mu.

"Mes exploits?" interrogea Tsakalatos en haussant les sourcils.

"Comme celui que tu viens de réaliser." Le Grec se tourna vers Camus. "En d'autres termes, tes bêtises."

"Je ne fais pas de bêtises, Camus!" s'emporta Tsakalatos qui bondit sur son ami et l'attrapa par le cou, comme pour le punir. Il resserra son étreinte et se tourna vers Mu. "Très bien! Je suis Tsakalatos! Ne t'avise pas à te moquer de mon nom!" Mu haussa juste les épaules. "Voici Camus! L'intello de service!" dit-il en resserrant son étreinte autour du cou de Camus. "Et c'est mon meilleur ami."

"Il n'est pas besoin d'être un savant pour le comprendre" dit Mu. Ses yeux brillèrent et il sourit aux deux garçons.

"Je ne suis pas l'intello de service, Tsakalatos! Lâche-moi!"

Tsakalatos se mit à rire mais ne relâcha pas son étreinte. "Au fait merci de m'avoir aidé! Au moins je peux compter sur toi!"

Camus rougit de plus belle et Mu étouffa un petit rire. "Tsakalatos! Arrête ça tout de suite ou je vais me fâcher."

"Te fâcher?! Allons Camus! Je t'ai vu une seule fois en colère et encore! Tu es incapable de l'être."

"Tu vas me faire regretter de t'avoir aidé...." grommela le Français en essayant de se dégager de l'étreinte de son ami.

"Tu ne ferais pas ça à ton frère de coeur et de sang, n'est-ce pas?" dit Tsakalatos faussement effrayé. "Tu ne m'aurais pas laissé seul avec cette bête féroce qu'est Aiolia? Tu aurais été sans coeur! Mais tu n'es pas sans coeur..."

"Qui est la bête féroce?" dit une voix derrière le Grec.

Tsakalatos ouvrit de grands yeux et serra encore plus fort le cou de Camus avant de le relâcher nerveusement. Il se retourna lentement avec un petit sourire. "Ah... Aiolia... Tu étais là..."

Aiolia lança un regard noir à Tsakalatos. Il croisa les bras et se mit à frapper inconsciemment de son pied droit le sol caillouteux, attendant la réponse à sa question.

"Tu... Tu disais quelque chose?"

Les yeux d'Aiolia lancèrent des éclairs. Il se tourna vers Camus et pointa son doigt sur le Français. "Tu l'as encore aidé!! Pourquoi as-tu fais ça?"

"Et pourquoi ne l'aurait-il pas fait?" lâcha Tsakalatos en se mettant devant Camus et en posant ses mains sur ses hanches.

"Ce n'est pas juste! Tu fais tout pour m'ennuyer et après tu t'enfuis et tu demandes l'aide de Camus!!!" rétorqua Aiolia.

"Camus est mon ami!"

"Tout le monde sait ça..." grommela Aiolia. "Mais tu te réfugies toujours derrière lui!"

"Et toi derrière ton frère! Il a d'autres choses à faire qu'à toujours t'aider à régler tes problèmes!"

"Répète un peu!!!"

"Au moins moi je choisis quelqu'un de mon âge!"

"Attends tu vas voir!"

"Ça suffit vous deux" dit Camus d'une voix ferme sans pour autant la hausser. Cela eut l'effet escompté et les deux garçons s'arrêtèrent net dans leur élan. Ils se tournèrent vers Camus qui les fixait du regard. "Si vous voulez vous battre, faites-le, mais laissez-moi en dehors de vos querelles stupides et puériles."

Les deux Grecs se regardèrent puis haussèrent les épaules avant d'éclater de rire. Résigné, Camus secoua la tête tandis que Mu pencha légèrement la sienne sur le côté. "Mais enfin, pourquoi vous battez-vous tout le temps?" demanda le petit Tibétain.

Les deux Grecs se montrèrent du doigt et dirent en même temps. "C'est de sa faute!" Mu plissa légèrement les yeux. "Non c'est de la tienne!" s'écrièrent-ils en même temps. "C'est pas vrai!!"

"Au moins, ils sont d'accord sur une chose" constata Camus en se tournant vers Mu.

"Non!" dirent les deux Grecs qui se tournèrent vers Camus de façon parfaitement synchronisée puis ils se firent de nouveau face.

Mu se mit à rire et approuva Camus. "Cela doit arriver souvent, non?"

"Tout le temps. Ils se cherchent, ils se trouvent et ça se termine ainsi...."

"Mais ils sont amis, non?"

"Oui je pense qu'ils le sont" répondit Camus un long moment après observant les deux garçons se poursuivre. "Mais une bien étrange amitié" conclut Camus dans un murmure.

Mu haussa ses arcades sourcilières mais ne fit aucun commentaire. Lui aussi observa les deux garçons qui couraient et se provoquaient. Une lueur de tristesse traversa fugitivement ses yeux violets et il se tourna vers Camus. "Je ne savais pas qu'il y aurait des enfants de mon âge ici..."

"Il semblerait qu'il y en ait pas beaucoup. Ornytos était très contrarié de me voir arrivé au Sanctuaire si jeune. Ce fut la même chose pour Tsakalatos. Mais à ce moment là, le chef des soldats avait une bonne raison d'en vouloir à Tsakalatos."

"Comment ça?" Mais Camus ne lui répondit pas. Il prit son livre et sauta à bas de la colonne couchée. "Je dois y aller. On m'attend. Content de t'avoir rencontré, Mu." Il se tourna vers Tsakalatos. "Arrête de jouer. Nous allons être en retard."

Tsakalatos s'arrêta net et Aiolia qui était juste derrière lui heurta son dos. "Déjà?"

"Oui déjà. Et tu sais comment est Serge lorsqu'on est en retard."

Mu tourna la tête vers Camus, la surprise se lisant sur son visage. "Serge?" répéta-t-il.

"Il nous entraîne, Camus et moi" répondit avec un grand sourire Tsakalatos. "On attend d'avoir un maître."

Camus s'éloigna sans un mot et Tsakalatos s'élança derrière lui.

"Eh!! Attendez-moi! Je dois retrouver mon frère!" s'écria Aiolia qui courut derrière eux. "Au revoir, Mu!!" cria-t-il en agitant la main.

Mu lui sourit. Son sourire disparut lorsqu'il fixa le dos de Camus. Il marchait dignement entre ses deux acolytes qui se disputaient encore. Mais le petit Français faisait comme s'ils n'existaient pas. "L'élève de Serge..." Il leva les yeux au ciel puis il partit dans une autre direction.

'Tu parles des gens que tu connais, ton peuple, mais et toi?'

La phrase de Camus résonna dans son esprit. Il plissa légèrement les yeux. 'Etant l'élève de Serge, cela ne me surprendrait pas qu'il en ait connaissance...'

"Tu as fait connaissance des trois prodiges du Sanctuaire?" dit une voix à sa droite.

Mu se tourna vivement sur la droite et aperçut un homme drapé dans une immense cape et encapuchonné. Le masque que portait l'homme ne lui permettait pas de voir ses traits. "Maître, seront-ils de futurs Saints?"

"Oui, s'ils réussissent leurs épreuves.".

"Ils sont si différents les uns des autres, et pourtant..."

L'homme se mit à rire. "Oh non, pas tant que ça. Le chenapan de Rodario et le frère du Saint d'or du Sagittaire se ressemblent énormément. Quant au 'petit protégé' de Serge...c'est une énigme à lui tout seul."

"Je ne pense pas, maître..." avoua Mu qui ne développa pas plus son idée

"J'ai un peu de temps devant moi, alors profitons en pour travailler ta concentration lorsque tu emploies la télékinésie."

"Bien, maître..." Mu suivit l'homme masqué en se demandant pourquoi il l'avait fait venir au Sanctuaire alors qu'il aurait très bien pu poursuivre l'entraînement au Tibet dans la ville qui l'avait vu naître. Mais pour une raison inconnue, il avait exigé de lui de venir à ses côtés au Sanctuaire.

* * *

Serge aperçut ses deux élèves arriver et il poussa un soupir d'impatience. Camus ne le regarda pas et alla poser son livre sur une pierre.

"Serge! Il y a un nouveau!" dit Tsakalatos très excité.

"Un nouveau?"

"Oui! Un garçon de notre âge! Il s'appelle Mu et il est bizarre!"

"Certainement pas autant que toi" rétorqua Camus qui rejoignit son ami sur leur aire de combat.

"Que veux-tu dire par là?" Camus ne répondit pas et surprit Serge à froncer légèrement les sourcils, plongé dans ses pensées.

'Ainsi Mu est là... Pourquoi l'a-t-il fait venir? Etrange...' Il sentit comme un regard appuyé et il baissa les yeux sur Camus qui le scrutait intensément. Il s'arracha de ses pensées et fit un geste du bras, invitant les deux garçons à commencer l'entraînement. Les deux garçons ne dirent rien et commencèrent à courir sous le regard appuyé de leur maître.

* * *

À l'ombre d'un bosquet d'oliviers dont le feuillage protégeait les ardents rayons du soleil Mu et Camus, une conversation sur la prédestination pouvait être entendue.

"C'est complètement absurde" nia Camus.

"Je ne vois pas pourquoi?" rétorqua Mu.

"Mais enfin, tu ne comprends pas. Si les étoiles régissent notre vie, alors comment peuvent elles régir la vie de plusieurs individus en même temps?"

"Je ne vois toujours pas où est le problème..."

"Sur Terre plusieurs enfants naissent au même instant. Cela voudrait dire qu'ils ont le même destin?"

"Non à chaque fois la position des étoiles est différente...."

"Désolé, mais ça me dépasse. Comment peux-tu affirmer que la vie est prédestinée?"

"C'est la base même de notre religion, Camus."

"Celle de ton peuple?"

"Oui entre autres. Tu n'as aucune religion?" Camus haussa simplement les épaules en guise de réponse. Mu n'insista pas. "Après tout, chacun est libre de croire en ce qu'il veut" conclut Mu. Le petit Tibétain tourna la tête et vit arriver Tsakalatos. Il avait le visage grave. "Tsakalatos semble avoir des problèmes" constata Mu.

Camus tourna la tête et vit son ami s'approcher d'eux puis lever la tête en leur direction. Ses yeux turquoises rencontrèrent ceux de Camus qui fronça légèrement les sourcils. Mais il ne dit rien et il attendit que le Grec fut près de lui.

"Pourquoi tu ne m'as rien dit?" accusa Tsakalatos, pointant son index vers Camus.

"Mais de quoi parles-tu?"

"Tu aurais tout de même pu me le dire!"

"Si tu me disais à quoi tu es en train de faire allusion, alors je te le dirais."

"Serge!"

"Quoi Serge?" demanda Camus de plus en plus perdu.

"Tu savais qu'il avait des pouvoirs! Pourquoi tu ne m'en as rien dit!"

"Il a des pouvoirs comme tous les Saints, où est le problème?"

"Vraiment? Alors tout le monde peut 'lire' les gens?"

"'Lire' les gens? Mais enfin de quoi parles-tu?"

"J'ai entendu des apprentis dire que Serge était capable de lire les pensées des gens!"

"Ne sois pas ridicule! C'est impossible" dit Camus en secouant la tête.

"Camus" interrompit Mu. "Pourquoi t'obstines-tu à ne pas voir que certaines personnes sont capable de faire des choses que la plupart ne peuvent?"

"Mais comment cela serait possible?"

"La vie et l'homme recèlent d'étranges mystères que beaucoup de gens veulent ignorer."

"Tu dis ça comme si tu étais concerné..."

"Camus, réponds moi! C'est vrai?" coupa Tsakalatos. Il en avait assez de cette discussion qui ne menait à rien.

"Mais je n'en sais rien! Il ne m'en a rien dit..." Camus fronça les sourcils et il se souvint des fois où Serge avait répondu à des questions qu'il n'osait poser. 'Et si c'était vrai?! Mais alors... C'est faux!! Tout ce qu'il a fait pour moi est faux!' La voix de Mu l'arracha de ses pensées.

"Tsakalatos, Serge peut lire les gens comme tu le dis."

"Comment est-ce que tu sais ça?"

"Mon maître m'en a parlé. C'est une des raisons qui explique pourquoi il est si respecté des autres Saints."

"Vraiment?"

"Si tu ne me crois pas, va le demander à Serge directement." Mu se leva et épousseta sa tunique couleur bordeaux. "Mon maître m'attend et je suppose que le vôtre aussi." En disant cela il leur sourit et il s'éloigna.

"Viens Camus, allons demander à Serge."

"Pourquoi veux-tu vraiment le savoir?"

"Parce que j'en ai envie. Pourquoi ne nous a-t-il rien dit si c'est vrai?"

"Tu lui dis tout?"

"Non, mais à quoi ça servirait s'il lit les gens?" Il s'éloigna sans attendre Camus qui se leva et le suivit, ne sachant pas s'il désirait connaître la vérité ou non.

* * *

Serge les vit arriver ensemble et vit le visage déterminé de Tsakalatos. Il était déjà surpris de les voir arriver à l'heure, mais également de voir le petit Grec si sérieux. Cela ne lui ressemblait pas. Il ne dit rien et attendit que les enfants le rejoignissent. "Je vois que vous êtes à l'heure pour une fois. Très bien, aujourd'hui vous allez courir, sauter et soulever ces pierres" dit-il en leur montrant les deux petits rochers.

Tsakalatos se planta devant Serge et croisa les bras.

Serge baissa les yeux sur Tsakalatos et l'observa pendant quelques instants. "Quelque chose ne va pas, Tsakalatos?" Le petit Grec ne répondit rien et continua à fixer le Saint de la Grue. Serge haussa les sourcils et chercha Camus du regard. Mais ce dernier regardait ailleurs. "Bon, qu'est-ce qui se passe ici? Qu'avez-vous encore fait?"

"C'est vrai que tu lis les gens?" demanda soudain Tsakalatos.

"Lire les gens? Comment ça?" interrogea Serge surpris.

"Lire les gens" répéta impatiemment le petit Grec. "C'est vrai que tu peux lire leurs pensées?"

Serge regarda Tsakalatos puis Camus qui maintenant le regardait étrangement. Une lueur de méfiance brillait dans ses yeux indigo. Il soupira. "Dans un sens, oui" avoua-t-il.

"Comment ça dans un sens?" Cette fois c'était Camus qui avait posé la question.

"Je ne peux pas lire les pensées des gens à cent pour cent. Certains sont plus doués que moi. Pour les êtres faibles, c'est à dire les êtres humains qui n'ont pu ou su développer leur cosmos, il m'est plus facile de les sonder. Par contre, il m'est très difficile de sonder l'esprit d'un Saint d'or. Ils sont trop puissants et ils se protègent naturellement. De plus ce que je peux lire, ne sont en fait que des émotions. C'est une télépathie primaire. Parfois une image ou une émotion prédominante atteint mon cerveau et un peu plus si je me concentre. Mais de là, à lire les gens, il y a un grand pas..."

"Tu es capable de nous lire?" demanda Tsakalatos.

Serge sourit. "Parfois, mais j'évite d'utiliser ce pouvoir." Il croisa les bras sur sa poitrine. "De plus, on n'a pas besoin d'avoir des dons télépathiques ou autres pour pouvoir lire le coeur des gens, parfois."

"Comment ça?"

"Souvent les émotions que l'on ressent transparaissent sur notre visage ou dans nos gestes. Celui qui arrive à les interpréter peut lire la personne. Le coeur est le siège des émotions dans de nombreuses civilisations. Apprenez à lire le coeur de vos adversaires et vous aurez un ascendant psychologique certain. Vous saurez comment le vaincre. Mais il faut également que vous appreniez à rester impassible devant lui, à être indifférent. Car si vous lui montrez une seule once de vos pensées ou émotions, vous serez battus. Vous devez toujours contrôler vos émotions et vos pensées les plus profondes."

"Alors on est des machines à tuer?"

"En quelque sorte. Seuls ceux qui se connaissent et arrivent à maîtriser, à surpasser leurs émotions et à atteindre le septième sens, peuvent prétendre à devenir les plus puissants Saints."

"Le septième sens?" interrogea Camus très curieux.

"Citez-moi les sens de l'être humain."

"La vue, l'odorat..." commença Tsakalatos.

"Le toucher, l'ouie et le goût" finit de réciter Camus.

Serge acquiesça. "C'est cela. Nous devons concentrer nos sens pour faire appel à notre cosmos. C'est grâce à eux que l'on combat. Cependant il n'est pas nécessaire de tous les avoir." Les enfants le regardèrent très intrigués. "Vous allez comprendre. Outre les cinq sens, il en existe un sixième. Certains humains ont cet autre sens plus ou moins développé, le sixième sens, communément appelé l'intuition."

"Et le septième sens?"

"C'est celui qui englobe les six autres. C'est votre Moi. Cherchez le et trouvez le. Développez le et vous deviendrez plus puissant. Le septième sens est la source de votre cosmos... C'est pourquoi s'il vous manque un sens, le septième le remplace, mais il faut l'acquérir en développant le reste de vos sens."

"Saga m'a dit une fois qu'il fallait être en accord avec soi-même et écouter son coeur. Les réponses à toutes nos questions se trouvaient dans notre coeur. Croire en nous et suivre notre coeur. Faire en sorte qu'il soit pur et notre cosmos deviendra puissant et brillera comme une étoile.

"Il a raison."

"Et toi Serge, tu as le septième sens?"

"Oui, Tsakalatos, je possède le septième sens. Vous ne pourrez l'acquérir que si vous vous entraînez. Allez!"

Les deux enfants regardèrent le Saint et ils s'élancèrent sur la piste sans un autre mot. "Moi aussi je le découvrirai" dit dans un souffle Tsakalatos à Camus. Le petit Français ne répondit rien et se concentra sur l'entraînement, non sans jeter parfois un regard suspicieux à Serge. Il avait beau dire, il avait du mal à croire que le Saint d'argent n'utilisait ses pouvoirs que très rarement. Il continua de courir, se demandant si lui aussi désirait acquérir ce septième sens. Il ne trouva pas de réponse dans l'immédiat.

* * *

Serge regarda les enfants se combattre. Il désespérait de voir Tsakalatos donner toute la puissance dont il était capable lorsqu'il frappait Camus. Il était toujours aussi réticent à se battre contre son ami. Il était incapable de faire abstraction de ses sentiments envers lui, une chose dont Camus arrivait très bien à faire. L'éducation que le petit Français avait reçue lorsqu'il était en France l'aidait certainement. Et pourtant, il savait que Tsakalatos pouvait battre Camus s'il se donnait la peine de le vouloir. L'admiration qu'il portait à Camus l'empêcher de réagir. 'Un gâchis...' pensa le Saint d'argent.

Serge entendit un bruit près de lui et il sentit une présence familière. Il se tourna vers Ornytos qui observait les enfants. Il tourna légèrement la tête et ses yeux vairons rencontrèrent les iris ambre de Serge. Le Saint d'Argent hocha simplement la tête. "Ça suffit pour l'instant. Reposez-vous!" Gardant son attention sur les enfants pendant quelques secondes il se campa plus fermement sur ses jambes. "Le Grand Pope me demande, n'est-ce pas?" souffla-t-il surveillant Camus qui l'observait.

"Oui."

"Très bien. Dans ce cas.... Il est temps d'y aller...." Il détacha son regard des enfants et se tourna vers Ornytos. "Puis-je te demander une faveur?"

Les yeux d'Ornytos s'arrondirent avant de se rétrécir. Serge ne lui avait jamais rien demandé. Il ne demandait jamais rien. La seule personne à qui Serge demandait une faveur était le Grand Pope. Il jeta un coup d'oeil aux enfants qui discutaient et eut le sentiment de connaître le service que le Saint voulait lui demander.

Serge remarqua la réaction du chef des soldats mais ne dit rien, attendant la réponse de ce dernier. Finalement Ornytos hocha la tête, l'enjoignant à continuer. "Le Sanctuaire est dangereux pour des enfants de cet âge. Pourrais-tu garder un oeil sur eux?"

"Pourquoi le ferais-je?" répliqua Ornytos croisant les bras sur la poitrine et s'éloignant.

Serge le suivit. "N'en parlons plus. Je demanderai au Grand Pope."

"Je ne vois pas pourquoi ils seraient en danger ici. Ils sont sous ta protection. Quelle personne ici serait assez folle pour encourir ta colère et par la même occasion celle du Grand Pope?"

"Justement, il y a des fous notamment parmi les apprentis. Tsakalatos est trop indiscipliné et il pourrait froisser la sensibilité de certaines personnes. S'il n'y avait que Camus, je ne t'aurais pas demandé cela."

"Oui, comme ce fut le cas la dernière fois. Il est trop mature et adulte pour agir aussi futilement." Un sourire entendu apparut sur les lèvres de Serge et Ornytos lui répondit par un des siens. "Ne vaudrait-il pas mieux qu'il devienne le futur Saint de la Grue. Il a cet étrange pouvoir..."

"Non, il ne sera pas mon successeur, car il ne le peut pas. Il ne possède pas ce qui fera de lui le nouveau Saint de la Grue."

"Tu es le seul juge en la matière."

Serge ne répondit rien et continua son ascension vers le palais du Grand Pope par les passages secrets. Les deux hommes montaient rapidement et Serge qui connaissait ce passage par coeur, plongea dans ses pensées. Il ne comptait plus depuis longtemps les fois où il l'avait emprunté et ce, dès l'âge de raison. Il était préoccupé par la mission que le Grand Pope allait l'envoyer effectuer. Cela faisait quelques semaines qu'il s'attendait à recevoir, à tout instant l'ordre de la remplir. Le représentant d'Athéna sur Terre n'attendait que quelques renseignements complémentaires avant de lui donner l'autorisation de partir.

Mais cette fois-ci, il ne désirait pas partir. La séparation qu'il avait subie avec Camus la première fois, l'avait beaucoup plus affecté qu'il ne l'avait admis. Même s'il paraissait plus froid en apparence et en attitude lorsqu'il était en présence de Camus, il avait du mal à se contrôler. Ornytos le lui avait fait remarquer. Il était devenu beaucoup trop sensible et indulgent avec Camus. Combien de fois s'était-il retenu de ne pas arrêter l'entraînement, de ne pas se précipiter vers Camus, de le prendre dans ses bras. Plus il luttait plus il avait mal et plus il se rapprochait de l'inéluctable: sa trahison. Il se précipitait inévitablement vers sa future promesse rompue. Mais c'était plus fort que lui. Le petit garçon lui avait volé toute son affection et il était désormais son prisonnier, et le pire était qu'il ne faisait rien pour s'en libérer. Non, il ne faisait rien. Il ne voulait pas perdre ce sentiment, ni même Camus.

Non cette fois-ci il ne désirait vraiment pas à partir en mission. Il avait inconsciemment peur que le Grand Pope nomme un maître aux deux enfants et s'ils devaient partir, il ne pourrait pas leur dire au revoir. Surtout Camus, son Camus. Mais il ne pouvait désobéir à celui à qui il devait tant.

Ils débouchèrent dans la lumière aveuglante du soleil qui se trouvait au zénith et Serge se protégea les yeux. Devant lui, une immense volée de marches menait au Palais du Grand Pope. Il ne s'arrêta pas pour ajuster sa vision à la lumière du jour et grimpa rapidement les marches, devançant Ornytos. Il valait mieux en finir, le plus rapidement possible, avant que sa volonté ne s'évanouisse. Il ne s'arrêta que devant l'immense porte de bois qui se trouvait au bout d'un long couloir bordé de colonnes.

Ornytos le rejoignit et il hocha la tête aux gardes qui s'écartèrent. Au même moment, le chef des soldats ouvrit la lourde porte en bois. Il fit pénétrer Serge et y entra à son tour. Il referma la porte derrière lui et se dirigea vers la terrasse. "Serge est là..." dit-il en s'agenouillant.

"Tu peux disposer Ornytos. Si j'ai besoin de toi, je te ferai appeler."

"Très bien..." répondit-il en baissant la tête avant de s'éloigner et de sortir de la salle. Toutefois, il jeta un regard à Serge qui lui renouvela sa promesse de veiller sur les enfants.

Serge, qui s'était lui aussi agenouillé, se releva et se dirigea vers le représentant d'Athéna qui regardait le ciel parfaitement pur de la Grèce. Il ne dit rien pendant un petit instant. "Les informations que vous avez reçues sont mauvaises, je me trompe?"

"Non, tu ne te trompes pas. Je n'ai jamais pu te prendre en défaut sur ce plan là jusqu'à présent" répondit l'homme masqué sans se retourner.

"Alors, il faut que je parte le plus rapidement possible, n'est-ce pas?"

Le Grand Pope hocha la tête. "J'aurais aimé que tu partes sur-le-champ, mais cela t'est impossible... Je veux que tu partes demain matin, le plus tôt possible."

"Très bien..."

"Je te laisse le temps de mettre tes affaires en ordre."

"Les enfants, n'est-ce pas?" demanda Serge. "Saul s'occupera d'eux."

"Ornytos aussi s'en occupera." Il se tourna enfin vers Serge. "À moins que tu ne lui aies déjà demandé... De plus Saga et Aiolos seront là pour les épauler."

"Je ne sais comment vous remercier."

"C'est une mission délicate. Je veux que tu aies l'esprit clair et non inquiet."

"Quelles sont les dernières nouvelles?" demanda Serge qui avait l'impression d'être sur un terrain glissant. Il désirait changer de sujet au plus vite.

Le Grand Pope lui indiqua quelques feuillets sur un petit bureau caché par une draperie. Serge se dirigea vers le meuble et prit les feuillets. Il les parcourut des yeux et plus il avançait dans sa lecture, plus ses sourcils se fronçaient. Il relut les renseignements obtenus et se tourna vers le Grand Pope inquiet.

"Tu comprends maintenant pourquoi je désire que tu partes le plus rapidement possible et que tu mènes cette mission à bien dans les plus brefs délais." Le Grand Pope se retourna vers Serge. "Sois prudent... Quelqu'un ici ne me le pardonnerait pas s'il t'arrivait quelque chose. Moi aussi d'ailleurs."

"Je réussirai" dit Serge confiant. Il regarda un long moment le Grand Pope avant de se retourner et quitter la salle du Grand Pope. Le représentant d'Athéna regarda la porte se refermer et poussa un soupir. "Sois très prudent, Serge."

* * *

Camus aperçut Ornytos parler avec Serge. Il les observa et vit son mentor hocher la tête sèchement. Il n'aimait pas ce qui se passait. Il allait se passer quelque chose et il détestait cela. Le regard d'Ornytos semblait en lire long. Son coeur se serra et il frissonna. Non il n'aimait pas ça.

"Eh bien, Camus" lui souffla Tsakalatos, "Maintenant qu'on est libre plus tôt que prévu, que veux-tu faire?"

"Rien. Je veux juste me détendre."

"Tu veux aller voir Mu?"

Camus répondit négativement de la tête. "Il doit sûrement encore s'entraîner..."

"Ce qui veut dire que tu aimerais bien terminer cette discussion qui me prend la tête." Camus ne répondit pas. "Dans ce cas je vais voir Aiolia. À tout à l'heure." Il s'éloigna et cria. "Vous avez vraiment des conversations assommantes lui et toi."

Il les vit des hommes s'éloigner rapidement et le sentiment que Camus ressentait depuis qu'il avait aperçut Ornytos se renforça. Il épousseta sa tunique bleu foncé et se dirigea vers le puits pour se rafraîchir et se nettoyer. Il se demanda de quoi, le chef des soldats et le Saint d'argent avaient pu discuter. Serge semblait préoccupé et contrarié. Il eut beau se creuser la tête il ne trouva pas la réponse.

Après avoir tiré l'eau du puits, il posa le seau sur le sol et se lava le visage, les bras et les mains. Il contempla l'eau un instant avant de plonger la tête dans l'eau fraîche. Il resta ainsi pendant quelques instants, retenant sa respiration, les yeux fermés. Sentant qu'il ne pouvait plus retenir sa respiration, il releva la tête d'un mouvement brusque. Ses cheveux mouillés projetèrent des gerbes d'eau puis des gouttelettes autour de lui. Il s'essuya le visage avec la serviette qui se trouvait en permanence sur la margelle. Il secoua la tête et leva les yeux au ciel, le regardant.

'J'espère que ce n'est rien de grave' pensa Camus. 'Pourquoi cela devrait l'être? Serge est notre maître.' Camus laissa échapper un soupir. Il posa la serviette à la place habituelle et s'éloigna vers l'olivier et le peu d'ombrage dont il pouvait dispenser à cette heure de la journée. Il s'y installa et surveilla le chemin qui menait à la maison de Serge attendant son retour. Curieusement, il eut l'impression de retourner dans le passé, au moment précis où il attendait le retour de sa mère. Mais là tout était différent. Il faisait chaud et c'était le début de l'été alors qu'il avait attendu sa mère en hiver. Ici il n'était pas seul, en France il l'était. Il connaissait la chaleur des sentiments, en France il ne les connaissait pas si ce n'était la froideur de ceux de sa mère. Il soupira et il laissa le calme envahir son corps. Lentement mais sûrement, ses paupières se fermèrent et il s'endormit.

* * *

Une légère brise réveilla Camus qui cligna des yeux. Il ne s'était pas aperçu qu'il s'était endormi. Il regarda en direction de la maison, mais il ne vit rien d'anormal. Il leva les yeux vers le soleil et il s'aperçut qu'il y avait environ deux heures qu'il avait dû s'assoupir. Il plissa légèrement les yeux. À cette heure-ci, Serge leur donnait normalement des leçons sur la culture générale ou autre.

Cela inquiéta le petit Français qui se leva et se dirigea vers la maison. Cela signifiait qu'une seule chose, Serge n'était pas rentré et était encore avec Ornytos. Le sentiment d'oppression le reprit et il s'arrêta devant la porte, se demandant ce qu'il devait faire. Il écouta les bruits mais il n'entendit rien.

Camus ouvrit silencieusement la porte et regarda à l'intérieur. Il eut la surprise de voir que Serge s'y trouvait. Il entra et la referma aussi silencieusement qu'il l'avait ouverte. Il s'adossa à la porte et observa le Saint de la Grue qui ne s'était pas rendu compte de sa présence. L'homme était plongé dans la contemplation d'une statuette qu'il tenait respectueusement dans ses mains. Il la connaissait. Il l'avait vue plusieurs fois alors qu'ils étaient en France. Athéna. Le petit garçon se mordit les lèvres et ses yeux le piquèrent. Il était inutile de demander pourquoi Ornytos était venu interrompre l'entraînement. Il le savait maintenant. Il s'était produit exactement la même chose la dernière fois.

* * *

**

"Pourquoi as-tu la state d'Athéna?" demanda Camus alors que Serge ôtait la poussière de l'objet en question.

Serge lui sourit. "Elle m'accompagne partout."

"Même dans le Sanctuaire?"

"Non, en dehors, lorsque je suis en mission."

"En mission?" demanda Camus en ouvrant de grands yeux. "Tu pars en mission?"

"Oui. Mais je ne resterai pas longtemps loin de toi."

"C'est de ça que tu parlais avec Ornytos?"

"Oui..."

* * *

**

Il observa le Saint sans un Il regarda l'expression de piété et d'amour peinte sur le visage de Serge et avec quelle douceur et tendresse il regardait cette statuette. Il se demanda si Serge l'avait une seule fois regardé ainsi. De son point de vue non et il éprouva de la jalousie envers cette déesse. Il serra les poings et lentement et silencieusement il se dirigea près de Serge. Il s'arrêta à quelques pas du Saint.

Serge ne remarqua pas tout de suite la présence du garçon puis il tourna lentement la tête vers son 'petit protégé' qui le regardait. Il posa la statuette avec précaution et sourit à Camus. "Quelque chose ne va pas Camus?"

Camus ne répondit pas. Il regarda le Saint dans les yeux cherchant cette adoration qu'il avait aperçue quelques instants plus tôt. Il ne la trouva pas et il se mordit la langue. Ils s'observèrent pendant quelques minutes sans un mot, essayant de lire dans les yeux les pensées de l'autre. "Tu pars?" demanda Camus, mais c'était plus une constatation qu'une question.

Serge qui avait remarqué le regard dur de Camus hocha la tête. "Oui. Je dois repartir."

"Quand?"

"Demain matin."

"Combien de temps?"

"Pas très longtemps."

"C'est ce que tu avais dit la dernière fois" accusa Camus qui fronça les sourcils désapprouvant la réponse de Serge.

Le Saint fut interloqué mais n'en montra rien. "Ma mission ne sera pas longue. Je te le promets, Camus" dit-il en s'accroupissant devant l'enfant et posant sa main sur son épaule.

Camus fit un mouvement brusque de l'épaule et la main du Saint tomba sur sa cuisse. "Pourquoi? Tu es notre maître. Le Grand Pope pourrait envoyer quelqu'un d'autre, non? Josué par exemple. Tu n'as pas le droit, Serge, tu n'as pas le droit."

Serge soupira. "Je ne fais qu'obéir aux ordres du représentant d'Athéna sur Terre. Je suis un Saint et je lui dois obéissance et encore plus que quiconque ici." Une lueur de curiosité passa dans les yeux de Camus mais Serge ne le lui laissa pas le temps de poser sa question. "En devenant un Saint j'ai fait allégeance à Athéna. Toi aussi tu appartiens à Athéna. Le Grand Pope a tous les droits. De plus, je ne suis pas ton véritable maître."

"Mais ce n'est pas juste!!" s'écria Camus.

"Camus. Qu'est-ce qui te prend?" demanda Serge en essayant d'analyser le faible cosmos de l'enfant et de lire dans ses pensées. Il se heurta à un mur d'émotions. Il prit Camus par les épaules. Rien. Il ne pouvait rien lire à part la confusion qui dominait son cosmos. Mais aucune pensée ne traversait ce mur d'émotions. "Tu n'avais pas réagi ainsi la dernière fois. De plus tu n'es pas seul. Saul, Tsakalatos, Mu, Aiolia sont là sans compter Saga avec qui tu passes beaucoup de temps dernièrement. Ornytos sera aussi là pour régler les problèmes qu'il pourrait y avoir."

"Je ne veux pas que tu partes! Pourquoi?!" L'enfant se dégagea de l'emprise du Saint et lui lança un regard noir. Puis il s'enfuit sans un mot aussi vite que ses jambes le lui permettaient, laissant le Saint abasourdi. Ses yeux le piquaient. Serge allait repartir et il ne voulait pas. Il allait souffrir encore une fois. Il souffrait déjà. Il se dirigea vers son endroit favori, mais ce faisant, il était obligé d'apercevoir la statue d'Athéna. À travers ses larmes, il aperçut la sculpture de marbre altière qui surveillait son domaine et il la foudroya du regard. "Je te hais" cracha-t-il entre les dents. "Je te hais! Tu me prends tout!"

Il arriva parmi les colonnes et se cacha derrière l'une d'entre elles pour ne pas avoir à voir la cruelle statue. Il se mordit les lèvres en refoulant ses larmes. Un filet de sang coula sur son menton. "Cruelle Déesse! Pourquoi me voles-tu ma joie?" Son dos glissa lentement contre la colonne et il se laissa tomber à terre. Il enfouit sa tête dans ses genoux. "Maman était plus gentille que toi" murmura-t-il amèrement. 'J'en ai assez de souffrir... Je veux rentrer en France...' Il serra plus fort ses genoux.

* * *

La nuit était tombée et Camus regarda les étoiles. Il allait se faire réprimander par Serge car il n'était pas allé à l'entraînement du soir, mais il considéra que ce n'était pas important. Il avait voulu être seul et même maintenant il ne voulait pas rentrer. Il ne voulait pas faire face au Saint, mais il n'avait pas le choix. Lentement, le garçon se leva et se dirigea vers la maison de Serge. La tête basse il marcha sur le sentier qu'il connaissait bien et par moments, il soupirait. Il s'arrêta et vit la porte de la maisonnette ouverte et quelqu'un l'attendre. Comme la source de lumière provenait de derrière, il ne vit qu'une ombre mais la reconnut tout de suite.

L'ombre se rua vers lui en criant son nom. "Camus!!" Quelques secondes plus tard son cou fut pris dans un étau mais Camus ne réagit pas. "Où étais-tu? Tu as manqué l'entraînement. Je me faisais du souci..." Camus ne se justifia pas et se dégagea de l'étreinte. "Camus! Serge doit nous dire quelque chose ce soir..."

Camus savait très bien ce qu'allait annoncer Serge. Son imminent départ. Mais pourquoi semblait-il vouloir attendre sa présence alors qu'il était déjà au courant. Le petit Français ne le savait pas et ne le voulait pas. Il était épuisé. De plus le seul fait de penser que Serge partait, l'irritait et l'attristait à la fois, et il désirait que personne ne sache à quel point il était attaché au Saint de la Grue.

Tsakalatos resta interdit pendant quelques secondes. Camus se comportait bizarrement ce soir et ce, depuis qu'il l'avait laissé en début d'après midi. Il avait été sûr de retrouver Camus avec Mu mais ce dernier lui avait dit qu'il ne l'avait pas aperçu de la journée. Cela l'avait d'autant surpris qu'il n'était pas venu a l'entraînement et qu'il avait senti Serge très ennuyé et très déçu. Et maintenant Camus ne lui parlait pas et l'évitait visiblement. 'Qu'est-ce qui se passe?' Il rejoignit cependant son ami et ils entrèrent ensemble dans la maison.

Serge leva la tête lorsqu'il vit Camus entrer et essaya de plonger son regard dans celui de l'enfant. Mais ce dernier l'évita et ne dit rien. Serge ne dit rien. Il aurait dû le réprimander mais il n'en eut pas la volonté. Il ne voulait pas que Camus ait une mauvaise image de lui avant qu'il ne parte.

Saul silencieux comme s'il comprenait son maître, ne dit rien et se leva pour servir le repas. Camus s'installa à sa place habituelle, c'est à dire entre Saul et Serge et face à Tsakalatos. Il mangea du bout des lèvres mais la boule qu'il avait dans la gorge l'empêchait d'avaler sa soupe. Il posa la cuillère et regarda un point droit devant lui au-dessus de la tête de Tsakalatos.

Le Grec lui lança un coup d'oeil interrogateur avant de regarder Serge puis Saul. Il reporta son attention sur Camus et ses sourcils se froncèrent. Quelque chose n'allait pas. Quelque chose ennuyait son ami. Il remarqua le visage fermé de Serge, mais rien ne lui disait quelle était la raison du si étrange comportement de Camus. Il termina son assiette et il observa Serge qui semblait se comporter comme d'habitude. 'Qui semble...'

Serge termina son assiette sans regarder les personnes qui se trouvaient autour de la table. Il sentit le regard appuyé et interrogateur de Tsakalatos. La dernière bouchée avalée, il repoussa son assiette et se cala sur sa chaise. Du regard il fit le tour de la table observant les expressions de ceux qui se trouvaient là. Il aperçut de la compréhension dans le regard de Saul, de l'interrogation dans celui de Tsakalatos et enfin il posa ses yeux sur Camus qui regardait obstinément un point fixe sur le mur d'en face. Il avait pensé que le garçon se serait calmé ou du moins qu'il accepterait son départ, mais ce n'était visiblement pas le cas.

Tsakalatos bougea un peu attirant le regard de Serge. "À partir de demain matin, Camus et toi vous vous entraînerez seuls." Tsakalatos haussa les sourcils surpris et l'incompréhension se lut sur son visage. Serge poursuivit sans s'arrêter sur la question muette du garçon. "Ornytos supervisera votre entraînement de temps en temps. Saul sera également là. De plus Saga et Aiolos m'ont promis de veiller sur vous si besoin est. Vous allez faire tous les gestes que nous avons vus depuis le début. Je laisserai le soin à Ornytos de vous en donner d'autres si mon voyage durait plus longtemps que prévu. Je vous rappelle que vous êtes au Sanctuaire et que je veux que vous vous comportiez comme des enfants responsables. Surtout toi, Tsakalatos."

"Pourquoi moi?" demanda innocemment le Grec.

"Tu connais déjà la réponse. Saul t'aidera à apprendre à lire." Serge se leva signifiant que la conversation était close. "C'est tout. Allez au lit maintenant."

Saul rassembla les couverts et d'un mouvement rageur Camus se leva et passa son mentor et son ami sans un mot.

"Camus?" appela Serge. Le garçon s'arrêta mais ne se retourna pas. "Je compte sur toi et sur ta maturité" lui dit-il simplement avant d'entrer dans sa chambre. La porte se referma et Camus lança un regard furieux au bout de bois avant de se diriger d'un pas lourd vers son lit et de s'y allonger.

"Tsakalatos. Que fais-tu planté là?"

Le Grec leva le visage vers Saul et s'éloigna vers son lit. Il sentait bien que quelque chose n'allait pas. Camus n'était pas dans son état normal et cela l'inquiétait. Il avait une partie de la réponse mais cela n'expliquait pas tout. Il se mordit la lèvre inférieure tout en observant à la dérobée Camus qui s'était pelotonné dans les draps.

* * *

Camus écouta les bruits de la maisonnée. Il entendit Saul finir de débarrasser la table et faire la vaisselle. Il entendait les chouettes hululer quelque part dans le Sanctuaire ainsi que les cigales qui chantaient. Cela aurait dû être une nuit, une soirée comme les autres, mais Athéna avait tout gâché.

Le petit Français s'aperçut que Saul avait soufflé les lampes et les bougies, et tout était plongé dans le noir. Seule, la faible lueur des étoiles permettait de distinguer les contours, et un peu plus si les yeux s'habituaient à l'obscurité. 'Pourquoi? Pourquoi dois-tu faire les quatre volontés du Grand Pope? Ta loyauté envers le Sanctuaire n'explique pas tout. Comment peux-tu aimer un être égoïste et qui n'existe pas. Athéna n'existe pas! Comment toi tu peux y croire?'

Il avala avec difficulté sa salive. 'Je ne veux pas que tu partes! Et si jamais il t'arrivait quelque chose!?' Il eut envie de pleurer mais il ne le fit pas. Il ferma les yeux mais il s'interdit de s'endormir. Il avait peur que Serge parte au milieu de la nuit. Il avait tout simplement peur. Soudain il sentit que quelqu'un s'était silencieusement glissé dans son lit, le surprenant. Il n'y avait qu'une personne qui le faisait, Tsakalatos. Camus se raidit mais ne se retourna pas.

* * *

Tsakalatos regarda dans la direction du lit de Camus et plissant les yeux, il aperçut la forme de son ami noyée dans l'ombre. Il bougea en essayant de faire le moins de bruit possible et garda ses yeux posés sur la silhouette immobile. Après avoir réfléchi, il comprenait maintenant l'attitude froide de son ami. Serge allait partir et cela attristait Camus. Il se souvenait d'avoir éprouvé ce sentiment d'abandon et de solitude quand son père partait quelques jours pour ses affaires. Et bien qu'il fut un petit garçon, il savait que Camus était malheureux. Il ne connaissait pas le passé de son ami mais Camus n'arrivait pas à accepter le départ du Saint de la Grue. Ils étaient très proches, et Tsakalatos enviait parfois cette complicité entre les deux Français.

Le petit Grec écouta les bruits et ne perçut aucun son provenant de la chambre de Serge. Seul un léger ronflement venant de la couche de Saul brisait le crissement des premières cigales. Tsakalatos soupira silencieusement puis se glissa hors du lit. Il s'approcha de celui de Camus et resta quelques minutes à regarder la forme recroquevillée, la tête tournée contre le mur. Il s'aperçut que la respiration de son ami était saccadée mais il n'entendait aucun autre son.

Tsakalatos se glissa dans les draps et se coula vers Camus qui ne bougea pas. Il se souleva sur le coude gauche et essaya de voir le visage de son ami. Il était dans l'ombre mais son instinct l'avait averti que son ami s'était raidi. "Camus" dit-il dans un soupir près de son oreille.

Camus ne répondit pas et ne fit aucun geste.

"Je sais que tu ne dors pas" continua de murmurer Tsakalatos. Toujours le silence. Tsakalatos soupira et entoura de ses bras le corps de son ami. "Je ne vais pas te laisser..." murmura-t-il en posant sa tête dans le creux de l'épaule de son ami. "Jamais..." dit-il dans un souffle.

Camus sentant les bras se nouer autour de sa taille ouvrit les yeux qu'il gardait obstinément fermés mais ne se retourna pas vers Tsakalatos. Il ne dit rien mais se détendit.

"Tu es triste..." constata Tsakalatos. Camus resta silencieux. "Tu es triste parce que Serge va partir...." Il soupira. "Je ne sais pas ce qui vous lie tous les deux, mais tu ne dois pas l'être. Serge nous a dit qu'il n'en aurait pas pour longtemps...."

"Il ment...." dit Camus dans un souffle se révoltant contre le sentiment de tristesse qui s'emparait de lui.

"Pourquoi es-tu si inquiet pour lui? Il ne lui arrivera rien. Que pourrait-il lui arriver?! C'est un Saint d'argent, l'un des plus puissants. Il est pratiquement aussi puissant que les Saints d'or. Qui pourrait le battre? Même les Saints d'or ne s'y risqueraient pas!"

"Je sais, mais j'ai peur..."

"Tu as peur pour Serge? Tu ne dois pas..." Camus ne dit rien et Tsakalatos respecta son silence. Il resserra simplement son étreinte autour de la taille de son ami. "Tu t'inquièterais pour moi, si un jour je devais partir?" demanda soudain le Grec.

Camus, surpris par cette question, ouvrit de grands yeux étonnés et se retourna vers Tsakalatos. Il rencontra les yeux turquoise assombris par les ombres nocturnes. Tsakalatos était vraiment sérieux. Ses yeux plaidaient pour avoir une réponse. "Bien sûr..." murmura Camus. "Et tu le sais..."

"Non justement. J'ai parfois du mal à te comprendre et à savoir ce que tu penses réellement..."

"Idiot..." murmura Camus qui posa sa tête sur l'épaule de son ami. 'Il n'y a qu'à toi et à Serge que je montre une telle faiblesse.... J'ai confiance en toi, et encore plus lorsque tu es sérieux...' Camus sentit une main glisser dans ses cheveux. Il fut surpris mais il n'essaya pas de chasser cette main. Seul Serge avait le droit de caresser ses cheveux, mais ce soir, il laissa Tsakalatos le faire.

"Je sais que j'en suis un" dit Tsakalatos un moment après. "J'ai l'impression que nous n'avons jamais été aussi proches..."

"Comment cela?"

"D'habitude tu es plus renfermé et tu refuses qu'on te touche... C'est peut être parce que tu es triste... Maman me caressait toujours les cheveux et me serrait contre elle quand j'étais triste ou quand je pleurais... J'aimais ça..."

"Ta mère..." murmura Camus dont les yeux se remplirent de larmes. La vision fugitive de sa propre mère lui était apparue. Jamais elle n'avait eu le moindre geste d'amour envers lui, jamais. Et l'image disparut aussi rapidement qu'elle était apparue.

"Ta mère ne le faisait pas?"

Camus ne dit rien et imperceptiblement se rapprocha de son ami.

Tsakalatos attendit un long moment. Encore une fois, Camus ne lui révèlerait rien de son passé. Il l'éludait toujours en posant une autre question ou bien en ne répondant rien. Sans savoir pourquoi le Grec avait compris que si Camus taisait son passé c'était parce qu'il avait vécu une expérience traumatisante ou encore parce qu'il ne se rappelait plus de celui-ci. Il serra Camus contre lui et continua à lui caresser les cheveux. Peut-être qu'un jour Camus lui en parlerait de lui même. "Ça n'a pas d'importance..." dit-il plus pour lui-même que pour Camus.

"Ta famille ne te manque pas?" demanda soudain Camus.

Tsakalatos eut un haussement d'épaules qui dérangea le confort que Camus avait enfin trouvé. "Parfois. Mais je préfère être ici qu'auprès d'eux. Ici je me sens chez moi. Et puis dès que je me sens triste, tu es là pour m'aider..."

"T'aider? Je ne t'ai jamais vu triste..."

"Parce que je ne veux pas que tu t'inquiètes et que tu me donnes ce regard 'Je te l'avais bien dit' ou 'je t'avais prévenu'."

Camus ne répondit rien et le silence s'installa. Tsakalatos continuait de lui caresser les cheveux, et il se sentait apaisé. Il était étonné de constater à quel point Tsakalatos pouvait parfois être mature. Ce dont Camus était sûr, c'était que Tsakalatos avait le don de chasser ses idées noires. Il avait une grande maturité en ce qui concernait les sentiments. Il était le seul qui les exprimait librement. Serge cachait une partie de ses émotions, Saul n'exprimait que son admiration pour Serge, Saga était complexe et même s'il arrivait à exprimer ses sentiments, il y avait une certaine retenue, une peur invisible tapie dans son coeur. Quant à Mu, il avait des difficultés à être en société ou tout du moins ce genre là, préférant comme lui la solitude. Tout le monde, tous ceux qu'il avait croisés étaient distants ou froids. Seul Tsakalatos était l'exception à part Serge mais pour une toute autre raison. La chaleur du coeur du petit Grec était réel et réchauffait tout autour de lui, même le coeur le plus froid.

Sentant ses paupières lourdes, il cligna des yeux pour essayer de rester éveillé et sentir la main de son ami qui inlassablement continuait à caresser ses cheveux. "Tu n'es pas stupide, Tsakalatos" révéla dans un souffle Camus en fermant les yeux.

"Hein?" Le mouvement rythmique de sa main cessa et il baissa son regard sur Camus qui avait clos ses yeux. Lentement il se remit à caresser les cheveux de Camus, un sourire flottant sur ses lèvres. 'Jamais Camus n'a été aussi ouvert que cette nuit' remarqua Tsakalatos. Il ne profita pas de la situation en demandant à son ami de raconter son passé. Il avait trop peur d'effrayer Camus. Il pourrait se replier de nouveau.

Il sentit Camus se blottir contre lui et la vision d'un animal blessé cherchant le réconfort auprès d'un autre traversa l'esprit de Tsakalatos. 'C'est vraiment un être blessé et perdu' pensa-t-il en se remémorant certaines scènes et le manque de confiance et de spontanéité que son ami avait envers les autres. Cela lui rappela la fois où son père avait ramené un petit chien qui n'avait jamais vécu avec ses pairs et qui en avait peur. Ce chiot ne faisait rien car il ne savait comment agir en leur présence. Camus lui rappelait ce chiot. Pourquoi n'avait-il pas été capable de le remarquer auparavant? Peut-être parce que Camus était assez fort pour ne pas le montrer. 'Jamais je ne te laisserai. Jamais.' Il écouta les bruits de la maisonnée mais il ne perçut aucun bruit différent des autres nuits. Seule la respiration de Camus près de lui était plus forte.

Camus inconsciemment se blottit un peu plus contre Tsakalatos avant de murmurer quelque chose en une langue qu'il ne connaissait pas. 'En français peut-être' pensa le Grec. Il serra un peu plus contre lui son ami. Ses yeux se fermèrent mais il s'obligea à rester éveillé. Il voulait veiller sur le sommeil de son ami.

Un long moment après, il prit conscience de la respiration plus régulière de Camus. La tête de son ami devint plus lourde et Tsakalatos se risqua à se soulever un peu pour vérifier que Camus était bel et bien endormi. Il aperçut les traits apaisés de son ami et il soupira d'aise. Au moins, le temps d'une nuit, Camus serait apaisé, libéré de ses étranges démons intérieurs. Il se laissa retomber sur le matelas et posa sa tête sur celle de son ami. "Rien ne nous séparera Camus. Non rien et ni personne..." dit-il dans un murmure avant de fermer ses yeux et de laisser le sommeil l'emporter.

* * *

Serge se leva et regarda les dernières étoiles pâlir à l'Est. Le soleil ne se lèverait que dans une heure ou plus mais déjà le voile sombre et épais de la nuit s'était déchiré pour laisser la place à un voile plus léger et plus chatoyant. Le bleu sombre devenait gris perle et très bientôt les nuages qui paressaient dans le ciel seraient enveloppés d'or de vert et de mauve. Il espéra que les nuages ne vireraient pas au rouge, ce qui serait incontestablement signe de pluie dans la journée.

Le Saint d'argent se détacha du spectacle et termina les préparatifs de son voyage. Tout était prêt mais il préféra vérifier encore une fois et il se dirigea vers la petite niche creusée dans le mur où trônait la statuette d'Athéna. Respectueusement, il la prit et la contempla. C'était Athéna Parthénos, celle qui dominait le Sanctuaire et dont la statue surplombait le domaine sacré, derrière le Palais du Grand Pope.

"Je t'en prie Athéna, veille sur Camus et Tsakalatos." Il soupira et l'enveloppa dans un bout de soie et la mit dans son sac de voyage. Il releva la tête et de son regard, il fit le tour de sa chambre. Sur la table de chevet, il y avait une dizaine de livres que Saul prêterait à Camus durant son absence. Il espérait que cela suffirait. Tout était en ordre. Il ne lui restait qu'une chose à faire et c'était certainement la plus difficile. Camus. Il espérait que le petit garçon s'était calmé et accepterait de le voir partir. Il devait comprendre qu'il devait obéissance à Athéna et à son représentant sur Terre.

Il sortit de la chambre et referma la porte silencieusement. Son regard tomba sur le lit de Tsakalatos. Il était certain de le trouver les bras en croix, la tête au pied du lit, profondément endormi, comme toujours. Il cligna des yeux. Le petit Grec n'était pas dans son lit. Cela le surpris énormément car le connaissant c'était surtout un lève-tard. Il avait toujours du mal à réveiller Tsakalatos. Seul Camus semblait y parvenir sans difficulté. Depuis, le réveil de Tsakalatos était la tâche qui était réservée à Camus. 'Ces deux là...' soupira Serge.

Il regarda en direction du lit de Camus et là ce fut la surprise complète. Les deux garçons étaient endormis dans les bras de l'un et de l'autre. En y regardant de plus près, Serge vit qu'en fait c'était Camus qui dormait dans les bras de Tsakalatos et que ce dernier semblait le protéger même dans son sommeil. Camus recherchait instinctivement la chaleur de Tsakalatos. Avant il n'avait eu que des soupçons, mais maintenant il en avait la certitude, si le bras qu'il avait passé autour de la taille de Tsakalatos était un indice. Il savait que le petit Grec tenait énormément à Camus, même beaucoup trop, mais il était loin d'imaginer qu'il était capable d'être l'ange gardien du Français. Mais il ne s'était pas rendu compte à quel point Camus tenait vraiment à Tsakalatos. 'Au moins, Camus est moins sauvage et plus ouvert...' pensa-t-il.

Serge les contempla un long moment se rendant compte à quel point les deux garçons étaient devenus dépendants l'un de l'autre. Cela risquait de poser des problèmes plus tard. Il le savait mais il ne voulait pas les désunir, faire souffrir Camus. Mais son 'protégé' souffrirait un jour de la séparation, s'il y avait une séparation. Mais lui aussi souffrirait, car leur séparation était prévue. Il était lui-même devenu très dépendant de Camus. 'Beaucoup trop...' Il s'arracha à la contemplation des deux enfants dormant paisiblement et sortit contempler la fin de la nuit.

* * *

Camus ressentit une douleur à l'épaule et sans se réveiller la bougea pour faire disparaître ce malaise. Dans le même temps il se rapprocha de Tsakalatos et resserra son étreinte autour de la taille de son ami en enfouissant sa tête dans le cou du Grec. Camus sentit une réponse. Quelqu'un serrait son épaule plus fortement et il sourit inconsciemment.

Quelques minutes passèrent et le garçon à la chevelure bleue tirant sur le vert ouvrit soudain ses yeux. Il essaya de savoir où il se trouvait, puis les évènement de la veille lui revinrent en mémoire. Il tourna la tête et vit Tsakalatos profondément endormi qui le tenait fermement. Camus soupira. "Merci" dit-il dans un souffle sachant parfaitement que son ami ne l'entendrait pas.

Lentement et avec précaution, il se tourna et regarda par la fenêtre. La nuit s'achevait et il cligna des yeux. Serge allait partir, si ce n'était pas déjà le cas. Serait-il parti sans lui dire au revoir? Peut-être, il n'était plus sûr de rien, sauf de l'amitié de Tsakalatos pour lui. Il se leva en faisant très attention de ne pas réveiller Tsakalatos et s'habilla. Il jeta un regard à son ami et le couvrit, sachant que les dernières heures de la nuit et les premières heures du jour étaient les plus fraîches.

Le petit Français se dirigea vers la porte et l'ouvrit sans bruit. Il voulait prendre l'air et retrouver ses esprits après la faiblesse qu'il avait montrée à Tsakalatos cette nuit. Il se sentait mal à l'aise et il était content que Serge ne l'eût pas vu dans cette situation assez embarrassante.

Il respira profondément l'air frais et écouta le silence apaisant du Sanctuaire. Ce fut alors qu'il aperçut la silhouette familière de Serge qui contemplait les dernières étoiles encore présentes dans le ciel. Son coeur se serra. Il ne sentait pas près à rencontrer le Saint de la Grue. Il se rendit compte que Serge l'avait vu dans les bras de Tsakalatos et il se mordit les lèvres.

Il resta un petit moment à observer le Saint puis il se décida enfin à le rejoindre. Il s'arrêta près de lui et au même moment les premiers rayons du soleil embrasèrent le ciel.

"C'est magnifique, n'est-ce pas Camus?" dit-il. Le garçon hocha seulement la tête. "Je pensais que tu dormirais plus longtemps."

"Je n'avais plus sommeil."

"Tu as enfin fini de bouder?"

"Je ne boudais pas. Je ne suis pas un petit garçon" se récria Camus vexé.

Serge sourit. "C'est l'impression que tu m'as donnée hier. De plus, tu es toujours un petit garçon de quatre ans."

Camus préféra ne pas répondre et le silence s'installa entre eux. Plusieurs minutes passèrent et Camus jeta des coups d'oeil à la dérobée au Saint de la Grue. "Cette mission consiste en quoi?"

"Je ne peux rien te dire à ce sujet."

"Tu vas rester longtemps sans pouvoir nous entraîner?"

"Non, Camus. Ma mission doit être la plus courte possible. C'est pourquoi, je dis que je ne resterai longtemps hors du Sanctuaire. Je pense que ce sera l'affaire de deux ou trois semaines. Un mois, tout au plus. Et puis si jamais il y avait des complications Ornytos supervisera vos entraînements."

Camus ne répondit rien. Que pouvait il faire? Il était trop jeune, trop faible pour pouvoir obtenir ce qu'il souhaitait. "Tu devrais partir" lui conseilla Camus. "Plus vite tu auras fait ce que le Grand Pope t'a ordonné, plus vite tu reviendras."

"J'y compte bien" dit-il en passant sa main dans ses cheveux. "Mais je vais d'abord réveiller Tsakalatos pour que vous puissez vous entraîner." Camus haussa les sourcils devant ce changement d'habitude. Mais il ne dit rien. Il laissa sa main sur la nuque de Camus pendant quelques secondes puis il l'enleva et se dirigea vers la maisonnette. Camus resta dehors. Son coeur saignait.

De longues minutes passèrent et Serge sortit enfin de la maison, un petit sac sur l'épaule droite. Tsakalatos le suivait et il se frottait les yeux encore ensommeillés. "Tu m'as bien compris Tsakalatos?" Le petit Grec bailla et hocha la tête en signe d'acquiescement. Ils rejoignirent Camus qui n'avait pas bougé de place.

"Salut Camus!" Camus hocha seulement la tête rendant son salut à Tsakalatos.

"Très bien. Allez vous entraîner maintenant. Je reviendrai bientôt. Et pas de bêtises, compris?" Il passa sa main dans la chevelure ondulée de Tsakalatos. Le petit garçon grimaça de douleur lorsque les doigts du Saint rencontra des noeuds. "Tu devrais les attacher lorsque tu t'entraînes, garnement. Cela te ferait moins mal..."

"Ils ne tiennent pas en place, Serge. À chaque fois le lien qui les retient tombe" se plaignit Tsakalatos.

"Tu fais trop de gestes inutiles. Apprends à les contrôler et à ne faire que l'essentiel, et tu verras." Serge se tourna vers Camus et fit le même geste qu'à Tsakalatos. "Je compte sur toi, Camus." Il remit son léger paquetage sur l'épaule et il s'éloigna sans un autre mot ni même un dernier regard. Il savait que s'il se retournait maintenant, il ne pourrait plus partir. Le regard que Camus venait de lui jeter le suppliait de rester.

'Tu es devenu beaucoup trop indulgent ces derniers temps.'

La phrase d'Ornytos le hanta de nouveau. Mentalement il secoua la tête. 'Non pas trop indulgent' corrigea t-il, 'trop faible' s'avoua-t-il. 'Beaucoup trop' conclut-il.

* * *

Camus, quant à lui, resta un long moment à regarder le Saint paraître et disparaître aux détours du chemin qui le menait vers l'entrée principale de la du Domaine Sacré. Ses yeux ne quittaient pas la silhouette de Serge. Et même lorsqu'elle disparut complètement, il resta un long moment à regarder le lieu où il l'avait vu pour la dernière fois.

"Il reviendra" murmura Tsakalatos à Camus.

"Je sais" dit-il d'une voix à peine audible. La vision fugitive de sa mère disparaissant parmi les passants du parc apparut dans son esprit. Sa gorge se noua et il ravala ses larmes. Il leva les yeux au ciel et il aperçut une des statues d'Athéna. Ses yeux se durcirent. 'Tu es contente? Il est parti pour toi en me laissant! Déesse cruelle!' Il détourna son regard de rage et se dirigea vers le lieu d'entraînement suivi de Tsakalatos qui se grattait la tête en baillant, maugréant qu'il aimerait plutôt retourner se coucher.


Fin du chapitre 3: Amitiés


Chapitre 4: Coeurs perdus


Seii dit:

Ce chapitre est dédié à la plus grande fan de Camus que je connaisse, Stayka. Mais il est aussi dédié à ma petite soeur Toffee. Sans elles, certaines scènes n'auraient jamais vues le jour. Encore une fois merci à toutes les deux ^___^


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