Le paradis blanc

Chanson de Michel Berger

© 2001 par Seiiruika

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Poséidon a été vaincu. La pluie a finalement cessé et le soleil brille de nouveau. Maintenant il répand ses chauds rayons sur la Terre, sur les vivants, sur nous. Je reste près de mes amis, près d'Ikki et de Kiki. Mon Ototobun , Shun, n'est pas loin, juste près de son aîné. Tout comme eux, j'apprécie ce moment de paix après cette terrible bataille. Je prends plaisir à regarder le soleil prêt à s'enfoncer dans une explosion de couleurs chaudes, dans cette mer que nous venons de quitter. Le Sanctuaire sous-marin du Dieu des Océans a été détruit et l'âme de Poséidon est désormais enfermée dans l'urne sacrée d'Athéna. J'espère pour toujours.

Poséidon. Ce nom ne provoque rien en moi. Je ne sais si je dois en vouloir à ce Dieu pour toutes ces batailles inutiles que nous avons été obligés de livrer ou pas. Mais la plupart des batailles sont inutiles, n'est-ce pas? Après tout, le Dieu des Mers n'était pas vraiment responsable de cette guerre. Kanon avait tout manigancé, la bataille d'Asgard et celle-ci, et pourtant je suis incapable de le haïr ou d'éprouver un quelconque sentiment envers lui. Je reste là à regarder le ciel sans vraiment le voir. Je ne ressens rien, juste un poids énorme qui pèse sur mon cœur et qui devient étouffant au fur et à mesure que le temps s'écoule et que mes pensées vagabondent.

Je sens une main sur mon épaule et je m'aperçois qu'Ikki me fixe comme s'il pouvait lire mes pensées. Puis, d'un léger mouvement de tête, il m'invite à suivre Athéna et les autres. Je me tourne vers la direction qu'il m'a indiquée et les voit partir. Je hoche la tête à Ikki qui me répond de la même manière. La pression de la main de mon ami sur mon épaule se fait légèrement plus forte puis il s'éloigne. Ai-je imaginé ceci? Ikki dévoile rarement ses sentiments aux autres, sauf à Shun. Mais depuis qu'il m'a aidé à me relever au Palais d'Hilda, refusant de me laisser en arrière, je le sens plus proche de moi, comme lorsque nous étions enfants. Avant de les rejoindre, je tourne ma tête vers l'horizon et je m'aperçois que le ciel est désormais sombre.

Aussi sombre qu'est le ciel lorsque le soleil s'est couché, aussi sombre que lorsque le soleil de Sibérie disparaît pendant plusieurs mois en hiver. Un moment qu'Isaac et moi aimions partager, comme si nous voulions absorber tous les rayons du dernier soleil en prévision des durs entraînements que nous aurions pendant ces jours sombres mais paisibles. Aussi sombre que l'est certainement la mort. Aussi sombre que mon cœur... Sombre...


Il y a tant de vagues et de fumée


Je suis mes compagnons à une distance respectable. Je veux être seul pour penser. Mais je ne peux m'empêcher de remarquer qu'ils sont en train de parler et même de plaisanter. Le rire de Seiya brise le silence de la nuit qui tombe, suivi par celui de Shun. Mon cœur me fait mal. Je ne sais pas de quoi ils peuvent parler ou rire, et je me surprends à ne pas vouloir le savoir. Avant j'aurais participé à leur conversation, mais aujourd'hui je ne le souhaite pas. Je remarque qu'Ikki est juste derrière eux et qu'il participe de temps en temps à la conversation. Je me retourne et je regarde derrière moi la mer reflétant la couleur du ciel alors que quelques étoiles commencent à briller dans la nuit paisible de Grèce. Mon attention se porte de nouveau sur mes compagnons et j'aperçois les cheveux verts de Shun. Vert.

Vert comme était ceux d'Isaac. Vert comme était ses yeux. Je suis étonné de constater que les deux garçons avec qui j'étais vraiment ami ont des cheveux et des yeux verts. Apparemment, j'attire l'attention des garçons aux cheveux verts.

Isaac...

Il a toujours aimé la mer, mieux que je ne l'ai aimé. Qu'il soit devenu le général Kraken ne m'étonne plus outre mesure. J'aurais dû savoir, j'aurais dû comprendre à ce moment. Il parlait toujours de Kraken. Je me souviens du jour où Sensei Crystal nous a conté sa légende. Mais Isaac n'a jamais parlé de Kraken en présence de Sensei Crystal. J'étais le seul à qui il confiait son admiration pour Kraken et la façon dont il rendait la justice qui était plus impitoyable et plus impassible que celle qu'enseignait Sensei Crystal. Peut-être qu'il n'était pas fait pour être le nouveau Saint du Cygne et que la roue du destin avait décidé de rectifier cette erreur. Une erreur? C'était moi l'erreur, pas Isaac. C'est moi qui aurait dû mourir ce jour là.

Le destin est-il seulement un écran de fumée, un mot qui comme un mur cache les véritables sentiments des humains qui sont incapables de comprendre ce qui se passe dans leur vie et incapables d'accepter le fait que se soient eux qui régissent leur propre destinée? Est-ce le seul mot que les humains ont créé pour ne pas reconnaître leurs erreurs, pour ne pas comprendre qu'ils sont responsables de ce qui se passe autour d'eux? C'est la vie. C'est le destin! Une expression fataliste. Le destin, un mot qui dissimule beaucoup de choses et de comportements aussi irréels que terribles. De plus, les gens n'utilisent cette expression que lorsqu'ils traversent des épreuves terribles et douloureuses.

Le destin existe-t-il vraiment?


Qu'on arrive plus à distinguer

le blanc du noir


Je vois Kiki s'approcher de moi. Il est heureux et fier de nous avoir aidés. Je le plains soudain. Je me souviens qu'il est l'apprenti de Mu du Bélier. J'avais complètement oublié cela. Il mérite quelque chose de mieux qu'une vie où les combats, la peine et la mort sont omniprésents. Il doit vivre heureux comme tous les enfants du monde, mais je n'ai pas voix au chapitre. Pourquoi les enfants doivent-ils souffrir? Qu'est-ce qui est plus innocent qu'un enfant? Pourquoi Athéna tolère-t-elle ceci? Mais je ne peux rien faire pour lui. Il est victime de ce que l'on appelle le destin. Il met sa main sur mon bras et me sourit. Je n'ai pas le cœur à répondre à son sourire si beau et si pur. Il lève les yeux vers moi perplexe et cherche mon regard. Mais Seiya lui dit quelque chose et il se téléporte vers lui en me laissant seul avec mes pensées.

Son sourire était aussi pur que la neige si blanche...

Blanc et Noir, deux couleurs opposées et complémentaires. La première n'existe pas sans la seconde. La seconde ne peut être dissociée de la première....

Mais qu'est-ce qui blanc et qu'est-ce qui est noir? Il est dit que le blanc est pur et que le noir est maléfique.

Je ressens une douleur dans mon cœur et je sens un poids sur mes épaules. Mon armure, mon armure sacrée. Depuis que j'ai mon armure, je n'ai jamais senti son poids. De la culpabilité? Peut-être. Je roule un peu mes épaules pour atténuer la douleur et pour remettre le réceptacle de mon armure en place.

Mon armure sacrée. Milo a donné son sang pour la faire revivre après la bataille du Sanctuaire. Mu l'a réparée et l'a transformée. Elle est désormais toute blanche, aussi blanche que la neige de Sibérie que j'aime tant, aussi blanche que le cygne, aussi blanche que doit être le Cygne. Les cygnes sont blancs et représentent la pureté et la force. Sensei Crystal nous a dévoilé, à Isaac et à moi, le symbole du cygne.

'Un oiseau immaculé dont la blancheur, la force et la grâce font une vivante représentation de la lumière. Mais le cygne peut représenter à la fois la lumière solaire et mâle et la lumière lunaire et femelle. Donc, le cygne peut avoir deux personnalités mais en plus du symbole de la pureté, de la noblesse et de la grâce, il représente aussi le courage et la prudence. N'oubliez jamais cela.'

Pureté? Avec tous les morts que j'ai sur la conscience... cela fait longtemps que cette armure est souillée du sang des personnes que j'ai tuées, sans compter qu'elle n'a pu revivre que grâce au sang versé.

Force? Je ne suis pas assez fort pour être un véritable Saint.

Des paroles et des phrases résonnent dans ma tête et font écho à mes pensées.

'Il a été vaincu par sa propre faiblesse!'

'Tu ne mérites pas d'être un Saint! Tu es d'abord trop fragile et trop sensible pour y arriver!' Isaac avait raison. 'Le monde est devenu un chaos à cause de faibles comme toi!' Je suis responsable. Je suis trop faible pour être un Saint. Shun est bien meilleur que moi. Celui qui était surnommé le pleurnichard quand on était petit est bien plus fort que moi. Même Sensei Crystal m'avait prévenu.

'Pour survivre ici et dans le monde des Saints, tu dois devenir fort et t'endurcir et devenir aussi froid que les glaciers.'

Je ne peux pas. Je ne suis pas capable d'être ce que vous vouliez que je sois Sensei. C'est trop pour moi, je ne peux le supporter.

'Sache que je n'ai rien contre tous ceux qui ne peuvent oublier le passé et dont les yeux, à la moindre évocation d'un être perdu, s'emplissent de larmes. Mais ce qui est excusable chez le commun des mortels, ne l'ai pas chez un Saint. Tu es trop sensible et ta trop grande humanité a fait de toi une victime.' Camus...

La grâce? A quoi cela pourrait-il bien me servir durant un combat, au cours de ma vie.

Le courage? Un courage apparent, mais au fond de moi je ne suis qu'un lâche. J'ai toujours fui en me complaisant dans ma souffrance et ressassant encore et encore mes souvenirs, refusant de voir la réalité en face.

'Je pensais que tu étais un être faible et que tu n'avais aucun courage. Je pensais que tu passais ton temps à gémir sur tes malheurs.' Oui Isaac. Je suis impuissant et je continue à me complaire dans mes malheurs. Je suis quelqu'un dont le cœur pleure ta mort, mon ami. Mais pas seulement la tienne...

La prudence? Quelle prudence? Lâcheté plutôt! Je suis incapable de faire abstraction de mes sentiments quand je me bats, je suis incapable de rester impassible face à mon adversaire. Je suis si préoccupé et envahi par mes sentiments que j'en oublie toute prudence et je mets tout le monde en danger, mes amis et Athéna.

La Noblesse? La noblesse de mon âme? La noblesse de mes actes? Tuer ceux que j'aime et que je respecte... Même si c'est au nom de la Justice et par ce que c'était mon devoir envers Athéna, ce n'est pas une véritable excuse.

'Tu as très bien entendu Isaac. Tu m'as toi-même dit un jour qu'il fallait savoir mettre de côté sa loyauté, son honneur et ses sentiments personnels. Tu as sauvé ma vie, je le reconnais mais je dois faire mon devoir. J'ai une dette immense à ton égard, mais c'est mon problème et même si je dois perdre mon honneur et mon âme, je ne peux mettre le monde en danger en t'épargnant.' Quelle ironie, ces mots que je t'ai dits, Isaac.

Je n'ai absolument rien d'un cygne et si jamais je n'ai eu, ne serait-ce qu'une seule fois, l'apparence d'un cygne, cela fait maintenant très longtemps que je n'en suis plus un.

Je suis un cygne souillé dont le cœur saigne et ce dernier est certainement plus noir que celui de Black Swan. Dans un sens, je suis comme lui mais certainement plus lâche que lui. Je refuse de voir ce que je suis en réalité. Je refuse d'accepter que derrière la blancheur trompeuse de mon armure soit caché un cygne couvert de sang qui devient noir lorsque ce dernier sèche et colore en noir cette armure, plus noire encore que celle de Black Swan. Je suis pire. Je suis un loup déguisé en agneau, la mort déguisée en ange.

L'armure du Cygne me pèse et je veux m'en débarrasser pour toujours. Je veux cesser d'être un Saint, je veux arrêter ce massacre et ce carnage. Je ne veux plus suivre cette voix pavée d'êtres que j'ai aimés et respectés. Je veux être maître de mon destin...


Et l'énergie du désespoir


Nous arrivons au Sanctuaire et nous suivons Athéna jusqu'au temple du Kyoko où les Saints d'or sont certainement en train de nous attendre. Les gardes et ceux qui n'ont pas été assez forts pour recevoir une armure et ainsi devenir un Saint, nous saluent et nous nous dirigeons vers la montagne sacrée de cet endroit en empruntant le passage secret. Après un moment d'hésitation, je suis mes compagnons. Je n'ai pas le choix. Je m'enferme à nouveau dans mes pensées que les soldats avaient interrompues.

Après tout, la plupart des combats que j'ai gagnés l'ont été du fait que j'ai tué les personnes que je respectais, admirais et aimais. Quand Pandore a ouvert la boîte tous les maux se sont échappés et seul l'espérance est restée enfermé au fond. L'espérance est la seule chose qui reste aux humains, mais pour moi seul subsiste le désespoir. Seul ce désespoir guide mes pas. Je n'ai pas droit à l'espoir et ce, à jamais, mais jusqu'à maintenant, comme l'incorrigible idiot que je suis, je continue d'espérer une vie meilleure et un destin moins cruel. Un espoir désespéré. Espoir déçu. Je n'ai droit qu'au désespoir. C'est le seul sentiment auquel j'ai droit. Sensei Crystal, Isaac, Ikki, Camus m'ont répété sans cesse qu'être sentimental était dangereux et si je persistais à l'être, je ne connaîtrai que la mort.

'Si tu veux devenir un Saint pour cette raison, tu mouras, c'est certain. Dans le monde de Saints dans lequel tu pénètre aujourd'hui, être sentimental est dangereux.'

'De plus, comment une personne qui pleure encore la mort de sa mère pourrait espérer me battre? Hyoga, j'ai peut-être touché à tes plus chers souvenirs mais tu oublies que nous, orphelins, avons dû depuis longtemps renoncer à tout ça! C'est cet attachement qui fait ta faiblesse. Ce sont ces larmes qui subsistent en toi qui ont causé ta perte, Hyoga! En aucun cas on ne peut faillir au combat même à cause d'une personne chère à notre cœur.'

'Personne n'a le droit de dire ce que je dois faire et surtout pas un faible comme toi qui pleure encore la mort de sa mère!'

Quant à Sensei Crystal Saint, même s'il continuait à penser que j'étais trop sentimental et que c'était dangereux, il m'a encouragé à continuer sur la même voie. Mais pourquoi?

'L'élève que tu as été devra dépasser le maître que j'ai été. Et tu y réussiras car l'amour que tu portes à ta mère et à ton prochain sera ta force et ton arme...' Ce furent ces derniers mots, le dernier enseignement qu'il m'ait donné.

Je suis trop sentimental et je le sais parfaitement, mais Camus et les autres avaient tort. Mon sentimentalisme ne m'a pas apporté la mort comme ils le disaient, comme je le souhaitais, mais l'a apporté autour de moi. C'est encore plus horrible. Quelle ironie! Je lutte pour que la Terre et les humains conservent l'espoir d'une vie meilleure dans un monde de paix, un espoir qui m'est refusé. Alors à quoi cela sert-il que je vive pour me battre pour une idée que je ne peux partager? Peut-être suis-je en train d'atteindre mon but? Peut-être j'arrive au bout du chemin du désespoir, la mort..


Le téléphone pourra sonner

Il n'y aura plus d'abonné


Nous continuons à monter les marches qui mènent au palais du Kyoko. Le passage est étroit, mais c'est le chemin le plus direct. Je l'ai utilisé deux fois, la première pour voir Athéna pendant que Mu réparait nos armures et la seconde quand j'ai redescendu ces marches pour retourner dans ma retraite favorite, la Sibérie. L'armure du Cygne devient plus lourde au fur et à mesure que je monte. Mon envie de jeter à bas mon armure se rapproche d'une obsession, et je me retiens de le faire. Lentement, je grimpe derrière mes compagnons et je me réfugie dans mes pensées pour me débarrasser de cette obsession grandissante qu'est le poids de l'armure du Cygne sur mes épaules.

Je n'ai plus le cœur à vivre. J'en ai assez de voir la mort autour de moi. Tout n'est que mort, souffrances et peine. Je suis la mort. J'apporte la mort à ceux que j'ai aimé le plus et que j'aime encore, comme remerciement de leur amour, je suis un cadeau empoisonné. Mes amis, Kiki, Les Saints d'or, les Saints d'argent, les Saints de bronze, Frea, Jacob, les habitants de Kohortec, je les aime tous, mais je suis sûr qu'ils vont mourir un jour à cause de moi, de mes propres mains. Je dois arrêter ce destin fait de cruels enchaînements d'événements. Je ne veux pas les faire souffrir. Je ne veux plus souffrir. Je veux mourir. Je dois partir et mourir, seul.

Mon âme, mon corps, mon cœur sont souillés. Mon âme, mon corps et mon cœur sont couverts de sang d'êtres aimés. Le Cygne n'existe plus. Le Cygne n'est plus blanc, n'est plus pur. Je dois mourir. Je veux mourir. Athéna pourra m'appeler pour me battre à nouveau, mais je ne serai déjà plus de ce monde. Mais acceptera-t-elle de laisser partir un de ses Saints? Elle le doit si elle est la Déesse d'amour et de compassion qu'elle dit être. Elle le doit, pour son bien, pour celui des autres, pour moi. N'ai-je pas déjà payer très cher ma loyauté envers elle en sacrifiant ceux qui m'étaient chers?


Et plus d'idée


Je m'arrête soudain. Mes épaules me font souffrir comme jamais. J'ai des difficultés pour respirer et une boule grossit dans ma gorge. Je prends conscience que ce n'est pas seulement mon armure qui est lourde, mais également mon cœur. J'ai l'impression qu'il a prit du volume et qu'il s'enfonce dans ma poitrine, essayant de s'extirper de mon enveloppe charnelle. Mes yeux picotent. Des larmes. Je ferme ma paupière valide, non pas pour les ravaler, mais pour les aider à couler. Mais aucune ne roule sur ma joue. Je n'ai plus de larmes. Même elles m'abandonnent comme s'il y avait plus d'espoir. Ou bien alors suis-je devenu indifférent et insensible? Ou bien encore est-ce la perspective de ma mort prochaine?

En me suicidant, je sais que j'irai tout droit en Enfer, mais je n'ai pas le courage de rencontrer ceux que j'aime. Je ne veux pas qu'ils me dévisagent avec un regard accusateur. Peut-être ne le feront-ils pas? D'un côté je veux les rejoindre mais d'un autre j'ai peur.

Lâcheté.

'Je préfère fuir plutôt que me battre contre vous!'

Je suis un lâche et je veux fuir. Mais personne ne peut fuir lui-même, personne. Si seulement j'étais sûr qu'avec ma mort, mes remords et mes regrets s'arrêteront. Mais je ne suis pas sûr de cette soi-disant conviction que certains déclarent. Peut-être que les souffrances, les peines, les joies, l'amour et tous les sentiments qui font qu'un Homme est un être humain nous suivent dans la mort. J'ai été près de mourir, et ce, plusieurs fois déjà, et je n'ai toujours pas de réponse à cette interrogation. Ne l'aurai-je donc jamais? Je crois que je ne l'aurai jamais. Personne n'a la réponse et je suppose que même le Dieu de la Mort ne la possède pas. Et pourtant, mon désir de mourir est immense. Je ferai n'importe quoi pour sentir les bras de la Mort m'envelopper et m'amener là où je devrai normalement être, l'Enfer. La mort est la seule chose à laquelle je pense. Je ne veux plus entendre les bruits des combats, ces mots, ces cris de souffrance, ces larmes...


Que le silence pour respirer


Lentement je continue à gravir les marches. J'ai l'impression d'être sur un interminable escalier que je dois gravir sans m'arrêter. Le Golgotha. Pourquoi? Je ne sais pas. En tout cas je monte certainement à la rencontre de mon châtiment. Je recherche désespérément quelque chose, mais je ne sais même pas quoi. L'armure du Cygne me brûle les épaules et le dos. Je veux crier mais aucun son ne sort de ma gorge paralysée, je suis incapable d'ouvrir la bouche. Je serre les dents en essayant d'oublier cette douleur lancinante. Je n'ai pas le droit de me plaindre. Je n'en ai pas le droit. C'est mon châtiment pour avoir commis tous ces crimes au nom de la Justice. Mais quelle Justice? Qu'est-ce que la Justice? Qui sommes nous pour clamer ce qui est juste ou non? Je marche plus vite pour rejoindre mes compagnons.

Le silence, la mort. Tout le monde doit mourir un jour, c'est un fait, mais alors pourquoi moi je ne le peux? Mes Sensei et mes adversaires m'ont dit et répété que ma sentimentalité me tuerait. Ils étaient prêts à le faire. Ils en avaient la force. Moi-même j'ai senti plusieurs fois que j'étais en train de mourir. Mais c'est comme si la Mort ne voulait pas de moi. Pourquoi? POURQUOI?

Pour la Justice.

Ce mot apparaît comme une lumière dans l'obscurité. Pour la Justice. Quel mot à la fois si significatif et si vide de sens! Le mot Justice est aussi creux que le mot Destin. Tous les mots exprimant un concept ne sont rien de plus que des illusions. Qu'est-ce que la Justice? Qu'est-ce qu'une chose juste? Qu'est-ce qui est juste? Quand deux idées qui semblent justes à un tiers laquelle est juste? Les Dieux ont-ils cette réponse ou même cette notion?

Je suis à croire qu'ils ne les ont pas. Sinon, pourquoi feraient-ils souffrir les humains? Faire souffrir les autres est-il un sentiment de Justice? Notre cause était-elle juste? Celle de Poséidon, d'Hilda ou même celle du Kyoko ne l'étaient-elles pas elles aussi? Avant que Saori-san ne s'avère être la réincarnation d'Athéna, avant qu'il y eut les Galaxian Wars Saga n'était-il pas le Kyoko bon, généreux, aimé et respecté? N'était-il pas celui que Seiya avait respecté quand il était au Sanctuaire? Il a changé parce qu'Athéna s'est révélée au grand jour... Si Athéna n'avait pas réapparu, alors peut-être la bataille du Sanctuaire n'aurait pas eu lieu. Sensei Crystal et wa ga shi Camus ne seraient pas morts, tout comme Hagen et Isaac. Si seulement...

Soudain, je m'arrête net. Je prends conscience de la tournure que prennent mes pensées. Je suis en train de dénigrer celle pour qui j'ai risqué maintes fois ma vie, celle pour qui j'ai tué les êtres auxquels je tenais plus que tout, celle pour qui je me suis condamné à aller en Enfer... Je suis en train de détruire la seule et unique raison qui me pousse à rester en vie et à vivre une existence toute relative. Je secoue ma tête de droite à gauche. Je veux chasser ces pensées impies, mais elles reviennent insistantes. Je mords l'intérieur de ma bouche et je sens le goût du sang l'envahir. Je lève les yeux pour voir où sont mes compagnons. Le dernier vient juste de passer un tournant et je me remets à grimper. Je me concentre sur le goût du sang qui s'écoule de ma morsure avant de couler dans ma gorge, comme un vampire en manque de nourriture, en manque de sang. Un vampire... Le Cygne est devenu un vampire qui réclame de plus en plus de sang et le meilleur et le plus goûteux n'est-il pas celui des êtres chéris? Qui sera le prochain?


Recommencer là où le monde a commencé


L'armure pèse encore plus lourd que je ne l'avais d'abord pensé. J'ai du mal à me focaliser sur mes pensées. J'ai du mal à suivre le rythme imposé par mes compagnons. J'ai beau essayer de les rattraper, je n'y parviens pas. La distance qui nous sépare reste identique. Non, pire elle semble augmenter. Est-ce réel ou est-ce mon imagination? Je veux leur crier de m'attendre. J'ai peur soudain. Peur de quoi? Je me le demande. Ne voulais tu pas rester seul? Ne voulais-tu pas mourir?

Je veux mourir et retourner là où tout à commencé. Je veux revenir en ce fameux jour où Mama est morte. Je veux retourner dans le passé à ce moment précis et mourir avec elle. Je ne sentirai rien. Plus aucune souffrance, plus aucune peine, plus aucune douleur, rien seulement le silence dans ces eaux glacées mais dans ces bras qui m'ont appris ce qu'était l'amour d'autrui, qui m'a enseigné ce qu'était la joie de vivre. Maintenant je me rends compte que cette joie de vivre a disparue avec elle. Je réalise que chaque fois que je croyais être heureux cela n'avait été que mensonge et une autre forme de joie de vivre, une autre vie. Mais j'ai comme le sentiment que je ne connaîtrai plus ce semblant de joie. Je jouerai un rôle devant mes amis pour ne pas les inquiéter. Mais pour combien temps? Combien temps pourrai-je les tromper? Je n'en sais rien et le simple fait d'y penser, le courage me manque.

Si seulement je pouvais tout recommencer et revenir en arrière. Isaac ne serait pas mort aujourd'hui, de même que Sensei Crystal, wa ga shi Camus et Hagen. Ils seraient en vie. Ce n'est pas la faute d'Athéna. C'est la mienne. Pourquoi ai-je essayé de faire porter ma propre faute à quelqu'un d'autre? Ma lâcheté encore une fois. Si, si SI... Ce mot résonne dans ma tête et mes oreilles. Je veux que cela cesse. Revenir en arrière. Retourner le jour où Mama est morte.

Seiya se retourne brusquement vers moi et murmure quelque chose à Shiryu. Il a un sourire sur les lèvres. Je n'aime pas quand il a ce sourire. Je hais cela. "Alors Hyoga? On est à la traîne? Vraiment! Tu ne veux tout de même pas qu'on te porte!"

"Seiya!" grogne Ikki alors que Shiryu exaspéré secoue la tête de droite à gauche. Je ne lui réponds pas. Je ne veux pas et je ne peux pas. Je ne le foudroie même pas du regard. Je me remets à monter les marches en retournant à mes pensées alors que le sentiment de peur de les perdre s'évanouit.

J'essaie de reprendre le fil de mes pensées là où Seiya les a interrompues, mais je n'arrive pas à me souvenir à quoi je pensais. 'Vraiment! Tu veux tout de même pas qu'on te porte!' Cette phrase est tellement vraie. Je m'étais vanté d'être le seul à pouvoir gagner l'armure d'or lors des Galaxian Wars, mais en réalité j'étais loin de pouvoir y parvenir. J'ai toujours besoin de l'aide de quelqu'un. Je suis incapable de faire quelque chose par moi-même. J'ai toujours eu besoin de l'aide de Shun, Seiya, Shiryu d'Ikki et des autres. Je suis comme un petit garçon qui a perdu sa mère, qui la recherche car il est effrayé et incapable de faire quelque chose sans elle. Je suis toujours à la recherche d'une présence rassurante. Mama avait toujours été près de moi. Elle m'avait toujours protégé, aimé et elle m'a appris ce que l'amour de mon prochain était. Mama... Je voudrais tant retourner dans le passé, ce jour où tu es morte, revenir ce fameux jour où mon cruel destin et ma douloureuse existence ont commencé. Je veux tellement changer ce moment. Je le désire tellement...

Mon pied heurte une marche et je perds mon équilibre. Mais tous les entraînements que j'ai subis me font réagir rapidement et je retrouve mon équilibre. Je regarde hébété la marche responsable de ma mésaventure et je lève les yeux pour voir si mes compagnons ont aperçu ma maladresse. Non, ils ne l'ont pas vu. Je soupire sans savoir pourquoi je suis si soulagé.

Puis nous pénétrons dans le couloir d'entrée du temple du Kyoko. Le palais est toujours en reconstruction mais il est en meilleur état que certains autres temples.


Je m'en irai dormir dans le paradis blanc


L'appel de Sibérie est de plus en plus forte. A chaque fois qu'une bataille s'achève, je m'isole à l'endroit où j'ai subi mes entraînements pour être seul et méditer. Méditer sur le sens de ma vie, méditer sur ce destin qui ne semble pas vouloir me quitter, méditer sur le concept de la mort, et comme toutes les fois, je conclurai en me disant que je suis la réincarnation de la Mort elle-même.

Je pénètre avec mes amis dans le palais du Kyoko, et j'aperçois les Saints d'or qui nous attendent avant de s'agenouiller devant Athéna. C'est étrange. Je suis habitué à cette scène. Elle a toujours lieu quand Athéna est ici et même lorsque Saori-san dit que c'est inutile d'agir de la sorte, ils ne peuvent s'en empêcher. J'ai toujours été fier de servir Athéna et de l'avoir défendue avec mes amis. Mais aujourd'hui c'est étrange. Je me sens éloigné de cette scène, comme si elle n'avait pas lieu d'être, comme si rien n'existait. C'est comme si je n'étais pas là, comme si rien ne pouvait me retenir ici bas.

La Mort... Je n'ai que ce mot en tête. Je me rappelle que lorsque j'étais petit j'avais peur d'elle, mais Mama m'a rassuré en disant que les personnes qui avaient été bonnes allaient au Paradis. Depuis que je l'ai vue mourir, je n'aspire qu'à la rejoindre. C'est mon vœu le plus cher et le plus secret qui n'a toujours pas été exhaussé. Lorsque j'ai vu le corps de Mama pour la première fois, j'avais l'impression qu'elle dormait. Elle était comme le jour où le bateau avait sombré dans la mer de Sibérie. Dormir. Peut-être que la mort n'est qu'un long et profond sommeil dont personne ne se réveille. Un profond sommeil sans rêve, sans sentiments, sans émotions. Tout ce dont j'ai besoin maintenant. Je veux retourner en Sibérie près de la tombe de Sensei Crystal et m'allonger dans la neige froide et blanche en attendant que ce sommeil profond m'enveloppe et m'emporte. La Sibérie... La Sibérie, mon pays, mon paradis. C'est là que Mama est 'enterrée'. C'est là que j'ai grandi en recevant l'enseignement du Saint Crystal. C'est en Sibérie que j'ai connu Isaac. C'est là que j'ai vu la beauté et la pureté d'un monde que j'aime. Mes origines, mon pays, mon Paradis. Je veux mourir près du Saint Crystal et près de Mama. Mon paradis blanc et pur...


Où les nuits sont si longues qu'on en oublie le temps


Aldébaran est en train de discuter avec Athéna et la rassure de son état de santé. Sa voix forte et puissante m'arrache de mes pensées et m'oblige à revenir à la réalité. Une réalité que j'essaie d'oublier. Mais au moins, je suis content d'être arrivé, et je pose mon armure sur le sol avant de m'adosser à un des soubassements des colonnes du temple, recherchant la froideur de la pierre.

Milo vient vers moi et me serre contre lui en m'accueillant. "Hyoga... Tu es en vie..."

Je veux me libérer de ses bras puissants, mais plus par ennui que par embarras. Même s'il ne m'a jamais ouvertement avoué cela, je sais qu'il veille sur moi comme l'aurait fait Camus s'il était toujours en vie, si son ami, mon maître était toujours de ce monde. Mais je ne fais rien et je lui réponds par un demi sourire pour le rassurer. Je vois de la suspicion dans ses yeux turquoises mais je ne dis rien et je le laisse m'observer. Soudain j'ai l'impression qu'il est loin de moi.

Brusquement il retourne son attention sur Athéna qui nous parle. Des bruits parviennent à mes oreilles mais je suis incapable de saisir un mot de ce qu'elle dit. Je ne comprends rien. Les mots sont juste des sons qui parviennent à mes tympans sans arriver à atteindre mon cerveau. Je ne sens même plus le socle de pierre contre laquelle je suis adossé. Tête baissée, j'essaie de diriger mon attention sur autre chose que mes pensées morbides, mais je n'y arrive pas.

Je désire mourir dans les plaines blanches de Sibérie comme Saint Crystal, mon Sensei. La première personne que j'ai réellement tuée de mes propres mains. Si je suis responsable de la mort de ma mère et de la disparition de mon ami, je ne les avais pas tués moi-même. Par contre j'ai tué mon Sensei Crystal, celui que je considérais comme un père.

'Comment te sens-tu Hyoga?'

'Comme un fils qui vient de lever la main sur son père.'

C'était vrai. Je me sentais très mal à ce moment. Je me dégoûtais. J'avais l'impression que j'avais trahi sa confiance et son amour. Il était tout pour moi. Il m'avait tout appris. Il avait fait de moi l'homme que je suis maintenant. Et malgré le dur entraînement qu'il me faisait subir, malgré son apparente froideur, il m'avait donné tout l'amour que je recherchais après la mort de Mama.

J'ai recherché sa protection. Il n'avait rien dit lorsqu' Isaac est mort, non disparu à ce moment là, dans l'eau glacée de Sibérie et cela à cause de ma faiblesse, à cause de moi. Il n'avait pas crié, il ne m'avait pas accusé ni même jugé. Il savait parfaitement que je me sentirai coupable et responsable toute ma vie. Son attitude envers moi n'avait pas changé. Non elle n'avait pas changé une seule fois. J'ai changé.

Il était froid et pur comme sont les plaines de Sibérie, mais dans son cœur la chaleur de l'amour qu'il portait aux autres faisait qu'il était respecté par tout le monde. Il avait certainement hérité de ce trait de caractère de son maître Camus. Du peu que je connais de Camus, ils se ressemblaient beaucoup. Le maître a influencé le disciple. Suis-je comme eux? J'en doute.

Les longues et interminables soirées en hiver me manquent. Le rire d'Isaac aussi, la voix de Sensei Crystal quand il nous racontait des légendes, des histoires et des anecdotes. L'entraînement était plus dur et plus éprouvant parce que la température était plus basse, mais la récompense de cette longue journée dans l'obscurité valait bien plus que tous les trésors de la Terre. Quand Sensei Crystal commençait à raconter des histoires, Isaac et moi oublions tout, même notre fatigue. On l'écoutait attentivement...

Lors de ces longues nuits, seuls les cris des ours polaires et le blizzard se faisaient entendre... Jamais plus je ne revivrai ces moments. Je les ai détruits de mes propres mains et ils sont eux aussi enterrés en Sibérie et dans la mer Arctique pour toujours.


Tout seul avec le vent


Puis une voix proche de mon oreille me fait lever les yeux. J'essaie de me rappeler à qui appartient cette voix, mais je n'y arrive pas. J'aperçois de longs cheveux lavandes et des yeux violets qui me regardent. Je cligne des yeux et je reconnais Mu du Bélier.

"Laisse-moi voir ton œil, Hyoga" dit-il doucement alors qu'il approche sa main de mon œil blessé. Je sais qu'il peut le guérir ainsi que ma paupière puisque Isaac ne l'a pas véritablement blessé. Il pensait me tuer comme je le lui avais demandé. Mais voulait-il vraiment me tuer? Je n'en sais rien. Je retourne au présent et j'aperçois la main de Mu. Je ne veux pas. De quel droit prend-t-il cette décision à ma place? De ma main gauche je donne une tape sur la main de Mu l'enjoignant de retirer sa main avant qu'elle me touche. Je vois la surprise éclairer ses yeux.

"Hyoga?" dit Shun surpris.

Je ne me tourne pas vers lui. Je regarde fixement Mu, mais c'est comme s'il n'existait pas. "Non. Ca ira très bien comme ça..."

Mu me fixe pendant un moment et comprenant que cette blessure est importante à mes yeux, il hoche imperceptiblement la tête. "Au moins, laisse-moi la panser."

Je regarde dans ses yeux violets et enfin j'acquiesce. Cette cicatrice sera certainement horrible à voir, mais moi, je la trouve belle. Je laisse Mu mettre des bandes sur mon œil.

Oui je suis seul, je veux être seul et je veux couper tous ses liens que j'ai tissés durant mon existence avant de m'allonger dans une des plaines froides et blanches de la Sibérie et d'attendre... Attendre que le vent violent et glacial de mon pays me recouvre de flocons de neige et de poussière de diamant et me fabrique ainsi une tombe. Je n'essaierai pas d'échapper à la mort. Je n'ai aucune raison de le faire. Cela fait maintenant très longtemps que je suis prêt à mourir, que je désire mourir. Je m'approche de la mort, joue et flirt avec elle mais toujours au dernier moment elle s'échappe me laissant seul et encore plus désespéré qu'auparavant.

'Hyoga, tu as décidé de mourir?'

La question de Seiya résonne dans ma tête à nouveau. Oui, quand j'ai fait face au cosmos de Poséidon, j'avais décidé de mourir. La mort d'Isaac m'avait laissé un goût amer, mais je voulais mourir au nom d'Athéna et de la Justice qui m'avait coûté encore plus qu'à quiconque, une Justice en laquelle croyaient mes maîtres. Mais même Poséidon n'a pas réussi à me tuer.

Je veux retourner en Sibérie, retourner dans l'isba battue par les vents polaires. Je ne veux plus revoir les habitants du village, pas même Jacob. Je veux rester seul avec le vent comme avant, quand je jouais avec lui, toujours sous l'œil vigilant de Mama. A ce moment, le vent était mon seul ami. J'espère que ce vieil ami ne m'aura pas oublié et qu'il me tuera lentement mais sûrement. Être seul avec le vent.


Comme dans mes rêves d'enfant


Mu me quitte sans un mot. Je n'en attendais pas moibs. Je sais qu'il n'est pas fâché à mon encontre. Il comprend que je désire être seul, que je suis passé par de rudes épreuves. Je n'ai vu aucune pitié dans ces yeux. Je me sens soulagé. Je crois que je ne l'aurais pas supporté. Ceci aurait été le dernier coup qu'on m'aurait porté et que j'aurais encaissé. Je baisse la tête pour essayer de m'isoler du regard des autres, de leur conversation, d'eux tout simplement. Une fois encore, je reprends le fil des mes sombres pensées.

M'isoler physiquement et psychologiquement, je l'ai toujours fait, même si j'ai des amis, même avec Mama. Quand j'étais seul, je m'isolais et je m'inventais un monde dans lequel Mama était la reine d'un paradis où seuls les gens que j'aimais avait le droit d'y vivre. Le palais était tout blanc et était fait de cristal et d'or, comme dans les histoires que Mama me racontait. J'allais dans ce château aussi souvent que je le pouvais. Mais depuis que Mama est morte, il a disparu. Dans mes rêves, tout le monde était bon et gentil, et le mal n'existait pas. Des rêves. Ce n'étaient que des rêves. Et je me bats pour un monde où le futur ressemblerait à ce rêve. Un monde sans guerre, qui ne connaît pas le Mal. Utopie. C'est seulement une utopie, un rêve d'enfant. Comment un tel monde pourrait-il exister si même les Dieux, les soi-disant créateurs de la race humaine se battent entre eux? Les Dieux ont créé l'Homme à leur image, donc ils ont les mêmes défauts. Une cause vaine et absurde. Alors pourquoi devons-nous continuer à nous battre pour une cause perdue d'avance? Pourquoi devrai-je continuer à me battre si je dois perdre tous ceux que j'aime et respecte? Pourquoi devrai-je continuer à me battre si je dois perdre mon âme à cause de Dieux égoïstes qui ne pensent qu'à eux?

Mes rêves d'enfants m'ont coûté mon âme et mon cœur. J'ai même oublié la foi en Dieu, celui en qui Mama croyais. Je ne crois en aucun Dieu, même pas en Athéna. J'ai tout sacrifié pour elle, et cela pour rien. Nous avons gagné des batailles, mais jamais la guerre et tout cela pourquoi? Rien et j'ai le sentiment que la paix n'a pas progressé...

Un enfant, je désire tellement redevenir un enfant pour ne plus avoir à m'inquiéter du futur, pour juste apprécier le moment présent. Redevenir un enfant....


Je m'en irai dormir dans le paradis blanc


Je frissonne. Cela ne vient pas du froid qui provient du toit en partie détruit du palais du Kyoko. Ce froid n'a pas pour origine la nuit. Cette dernière est chaude. Non. Ce frisson vient du plus profond de mon cœur et de ma conscience, et comme auparavant, mon corps tremble sans que je puisse le contrôler. Je veux quitter cet endroit trop chaud à mon goût, je veux m'enfuir, courir. Je veux courir librement et me débarrasser de ce destin qui me colle à la peau.

Courir, fuir. Je ne vois pas la différence. Cela a toujours été mon cas. Courir. Courir après un espoir qui m'est refusé. Je n'ai droit qu'au désespoir et je le fuis aussi. Qui voudrait de lui? Courir. Courir dans les plaines de Sibérie sous l'œil attentif et vigilant de mon Sensei. Courir pour me réchauffer, courir pour devenir plus fort, courir pour jouer. J'ai toujours aimé la neige, peut-être parce que la plupart de mes souvenirs y sont liés.

'Hyoga! Ne cours pas tant! Tu vas tomber malade, mon ange.'

'J'adore courir dans la neige Mama! Regarde!'

'Hyoga..'

Mama... J'ai toujours aimé courir dans la neige autour de toi. La neige était à la fois froide et douce. Tu m'avais dit que la neige était la couverture avec laquelle la Terre se couvrait, et maintenant je veux courir dans la neige et m'allonger et me pelotonner sous elle.

'Attrape ça Hyoga!'

'Isaac! Pas dans la figure!'

'Tu n'aurais pas dû bouger!'

'Attends un peu! Tu vas voir!'

'Ha ha ha ha ha...'

Même si courir était pour une bonne part notre entraînement, tu m'as toujours soutenu durant toutes ses années, Isaac. Je me souviens que nous aimions jouer pour ôter le stress que nous accumulions lors des entraînements et d'être juste des enfants que nous étions en réalité, et cela sous le regard amusé de notre Sensei. Mais deux ans après mon arrivée en Sibérie de l'Est, nous avons décidé d'un commun accord d'arrêter de jouer. Lors de notre temps libre, nous préférions désormais contempler les blanches étendues de la Sibérie et parler de notre futur ou de nous raconter nos pensées respectives. J'ai regretté ces jeux. Je pense que j'étais encore un gamin à cette époque et j'en suis toujours un.

Courir dans les plaines blanches est mon seul désir et la dernière chose que je ferai avant de m'étendre dans la neige.


Loin des regards de haine


Je lève la tête et je cherche Athéna des yeux. Mon désir de revoir la Sibérie encore une fois est comme un torrent furieux et je veux y retourner maintenant. Mais elle parle avec Shaka à propos de je ne sais quel problème. Je ne peux aller lui demander maintenant. Donc j'essaie de patienter. Avant de reprendre le fil des pensées, je jette un coup d'œil autour de moi à ceux qui sont présents. Mes yeux ne s'attardent pas sur eux et je plonge dans mes pensées.

J'ai toujours fui dans ma vie et je me suis caché derrière des masques. Quand je suis arrivé au Japon, je me souviens des regards de haine, de méfiance à mon égard car j'étais l'Etranger. Alors, j'ai fermé les yeux parce que je voyais le mal partout, parce que je refusais d'ouvrir mon cœur aux autres, parce que je refusais d'être blessé. La souffrance et la peine que j'ai eues, quand j'ai perdu Mama, étaient insidieuses et envahissantes et elles m'éloignèrent des autres. Mais j'aimais Mama, plus qu'autre chose. Elle était la seule qui m'ait donné de l'amour sans arrière pensée.

Cela avait été un très grand choc d'avoir été arraché si durement et brutalement de mon pays natal, de son amour puis de me retrouver non seulement dans un endroit que je ne connaissais pas mais où personne ne m'aimait. Pendant quelques mois, j'ai été incapable de parler à quiconque et de me faire un ami. J'étais l'Etranger. Je n'avais pas le droit d'être là. Mon incompréhension du monde, mon manque de connaissance à son sujet, la méfiance et l'extrême circonspection que je nourrissais à l'égard des autres ont fini de fermer les portes de mon cœur. Alors, cruellement déçu, j'ai fui et je me suis réfugié dans le rôle du garçon froid et indifférent qu'ils ont tous vu.

Je ne voulais pas voir ces visages. Je refusais de voir ses regards de haine. J'ai continué à fuir. Aujourd'hui je m'enfuis une fois de plus. Je n'ose pas regarder mes compagnons. Je n'ose regarder personne. J'ai peur que quelqu'un me juge d'après mes actes. Non, je ne fuis pas les autres. Je fuis moi-même. Je ne peux plus me supporter. Je ne peux plus me contrôler et j'ai peur. Je me hais et je ne peux fuir mon propre regard de haine. Pour la première fois de ma vie je suis contraint de faire face à ce combat mais seul et je ne peux m'enfuir étant donné que je n'ai aucun moyen de me cacher de moi-même. Je dois gagner ou mourir. Mais j'ai déjà choisi...


Et les combats de sang


Une fois encore, Milo est face à moi et ses yeux turquoises et perçants me fixent intensément comme s'ils tentent de sonder mon âme. Il me fixe longuement sans un mot. De mon œil valide, je lui renvoie son regard pénétrant, le soutenant sans faillir. J'ai comme le sentiment qu'il recherche quelque chose dans mon âme, qu'il le fouille, mais je ne sais pas quoi. Je ne tente même pas de lui cacher mon âme noire. L'idée ne m'est même pas venue. Mais est-ce que j'ai encore une âme? Soudain, j'aperçois du sang. Du sang coule sur mon ancienne armure qui était détruite et morte. Je dirige mon regard vers la source de cet épanchement de sang et je me rends compte qu'il provient d'un poignet. Je lève les yeux et je laisse échapper un petit cri de surprise. Camus. Je cligne des yeux. Non Milo.

"Qu'est-ce qui ne va pas, Hyoga?" me murmure-t-il dans un souffle afin que moi seul puisse l'entendre. "Tu es aussi pâle que si tu avais vu un fantôme..." Ce n'est pas la première fois que prends Milo pour Camus et cela bien qu'ils ne se ressemblent pas. Alors pourquoi? Je le vois près à poser sa main sur mon épaule mais il arrête son geste se souvenant certainement de la façon dont j'avais réagi avec Mu auparavant.

Je ne réponds pas et mon œil hagard fixe Milo qui est de plus en plus inquiet. Le sang envahit ma vision. Puis c'est le tour des morts.

Du sang, du sang partout. Le sang recouvre le visage de ceux que j'aime et respecte. Le Saint Crystal, Camus du Verseau, Hagen de Merak, Isaac de Kraken. Ils sont couverts de sang. Ils sont tous morts. Les personnes que j'ai respectées, qui m'ont aidé et m'ont appris tout ce que je sais, sont mortes par ma faute et de mes propres mains. Je n'ai jamais souhaité leur mort, mais ils sont morts pour moi. Et cela pour quoi? Pour Athéna... Ils sont morts à cause de mon devoir envers elle.

'C'était mon devoir...'

Le Devoir... J'ai échoué si souvent depuis le début. Je n'étais pas né pour être le Saint du Cygne. Je n'aurais jamais dû être le Saint du Cygne.

'Tu étais bien meilleur que moi et bien plus fort. C'était toi qui méritais de porter l'armure du Cygne, Isaac, pas moi!' Oui, Isaac, tu étais l'image même du Saint que le Saint du Verseau et que le Saint Crystal désiraient. Tu n'étais pas aussi sensible que je l'étais et que je suis toujours. Je suis devenu un Saint par défaut. Je n'ai jamais réellement souhaité devenir un Saint. Cela n'a jamais été mon rêve. Je voulais seulement être près de Mama, c'était tout. Je voulais juste être assez puissant pour pouvoir aller la voir de temps en temps. Une raison personnelle, voilà tout.

Isaac, si tu n'avais pas été entraîné par les courants par ma faute, le jour où nous aurions combattu pour l'armure du Cygne, je n'aurai pas opposé trop de résistance. J'aurai combattu juste le nécessaire pour que tu ne puisses me reprocher de t'avoir laisser gagner. De plus, tu étais bien plus puissant que moi et il aurait été logique que tu la remportes. J'avais acquis les pouvoirs d'un Saint, je vivais près de Mama, c'était tout ce que je désirais. Tu avais raison, être un saint est une profession de foi que je n'ai pas Isaac, et que désormais je ne veux pas avoir.

Non, je ne veux plus me battre. J'ai peur. J'ai peur de me battre et de tuer une personne que j'aime. Il me semble que je sois condamné à le faire et j'en ai marre. J'en ai assez de souffrir. Je ne peux plus le supporter. Je n'en peux plus....


Retrouver les baleines


Milo est toujours là. Il semble vraiment inquiet pour moi. Plus rien n'existe autour de nous. Seuls lui et moi. Je tente de l'observer pour trouver des réponses aux questions que je me pose, mais aucune ne m'est offerte.

"Hyoga?" me questionne-t-il presque dans un murmure.

Je secoue légèrement la tête. "Je vais bien, Milo." Un mensonge. C'est peut-être la réalité. Qui sait?

"Je n'ai pas l'impression que tu le sois Hyoga. Tu es aussi pâle que la mort..."

Le reste de sa phrase se perd quelque part entre lui et moi.

La Mort.

Nous sommes tous marqués à vie. Même Shun, lui qui hait toute violence, a été obligé de tuer lors de ces batailles. Mais lui il s'est endurci plus que je ne l'ai fait. Moi je m'enfonce dans mon sentimentalisme sans fond, comme le bateau sombrant dans la mer gelée de Sibérie, ce fameux jour, comme lorsque j'ai plongé pour la première fois pour la revoir et qui a coûté la vie de mon ami, comme lorsque Camus a fait couler le bateau-tombeau de Mama dans les plaines abyssales. Je n'ai plus ce réconfort qui m'a soutenu pendant toutes ces années. Je ne l'ai plus. Je sais que je peux retourner la voir, mais j'ai fait une promesse secrète à Camus et je ne veux pas devenir un parjure. Je suis déjà responsable de sa mort, alors je me dois de tenir cette promesse.

La Mort.

Chaque humain doit mourir un jour et je le sais. Mais maintenant, je partage quelque chose avec Shun, même si je ne lui ai jamais avoué, mon aversion pour les combats et la mort. A quoi bon tuer? Pour quoi et pour qui? Pour la Justice? Pour la Paix? Pour Athéna? Même ces mots n'ont aucun sens pour moi. C'est comme s'ils contredisaient mes pensées et mes convictions. Athéna. Elle est dans la pièce. Elle parle et sourit mais je ne crois pas en elle. Je crois en Dieu mais pas en elle. Je la sers juste parce que c'est mon devoir, parce que c'est ce qu'Isaac souhaitait, ce que Sensei Crystal et Camus m'ont enseigné. J'ai une dette immense envers eux et en servant celle qui m'apporte tant de malheurs et qui fait de moi la Mort, j'essaie vainement de la payer. Je voudrais tellement retourner dans le ventre de Mama, être protégé, de ne plus ressentir ce destin et cette vie insignifiante. Je ne peux plus sourire franchement. Je ne peux même plus rire. J'ai même l'impression que mes larmes se sont taries. Il n'y en a plus une seule. Je suis déjà mort, alors...


Parler aux poissons d'argent


Milo a posé sa main sur mon épaule. Je ne l'avais pas sentie et je ressens la pression des doigts de Milo sur la courbe de mon épaule. Je n'étais pas conscient que je le fixais toujours avec mon œil hagard. Je ne me libère pas de son emprise. Je n'ai aucune raison de le faire. De plus le socle de la colonne empêche tout mouvement. C'est comme si j'étais dans un piège. Mais je n'ai pas peur. Milo ne me ferait aucun mal et pourtant, je désire plus que tout qu'il m'attaque. Je veux ressentir la piqûre du Scorpion. Je veux devenir fou, je veux m'enfuir. Mais ne suis-je pas déjà fou? Je me sens attiré par les yeux turquoises du Scorpion. J'ai l'impression qu'un aiguillon invisible m'ôte toute ma sensibilité et toutes mes substances vitales. Je ne ressens aucune douleur. Je veux me plonger dans cette insensibilité qu'est la mort.

"Hyoga?"

Milo a brisé le charme et par-là même mes espoirs. De colère, je bouge mon épaule lui signifiant d'ôter sa main et de ne pas me toucher. Lentement, sa main glisse de mon épaule et je retrouve ma liberté.

Parler à quelqu'un. C'est le propre des êtres humains. Tout confier à quelqu'un qui est toujours prêt à vous écouter. Mama m'a toujours écouté et quand elle n'était pas près de moi, je parlais au vent, aux animaux, au ciel, à l'eau. Non seulement je leur confiais mes rêves, mes cauchemars, mes joies, mes plaisirs, mes peines, mes pensées mais je leur ouvrais aussi mon cœur. Parler à quelqu'un qui pouvait partager mes pensées et mes peurs. Mais depuis la mort de Mama je me suis rarement confier à Isaac ou même à Sensei Crystal. Avant, au Japon, c'était impossible. Seul Shun puis Ikki me parlaient, mais je ne me suis jamais vraiment confié à eux, je ne leur ai jamais dévoilé mes véritables sentiments, même si j'étais plus ouvert avec Shun.

Alors, je parlais toujours à Mama dans mes rêves et dans la journée quand je pensais être seul. Parler à quelqu'un, à n'importe qui, mais j'avais fais le choix de parler seulement à Mama de Shun, Ikki, des autres, d'Isaac, de Sensei Crystal, du Saint du Verseau que je n'avais jamais vu. Elle était ma seule confidente. Elle était vivante. Je la faisais vivre.

Mais maintenant, je refuse de parler à Mama en partie à cause de la promesse que j'ai faite à Camus. Je ne peux même pas parler de ce que je ressens avec mes compagnons. Ils ne comprendraient pas, non ils ne comprendraient pas. Et que feraient-ils? Rien. Je suis seul. Je dois faire face à mes états d'âme tout seul, mais j'ai choisi de fuir encore une fois, et la seule échappatoire que j'ai trouvée est la mort.

Parler est le propre de l'Homme. Je ne suis plus un humain depuis très longtemps. Je n'ai pas le droit de parler de mes sentiments. Pour leur salut et leur bien je me dois de rester silencieux et de devenir quelqu'un de froid.

De toute façon, ce n'est pas important maintenant. Ce n'est plus important. Je désire courir une dernière fois dans l'étendue la blanche et sauvage de Sibérie avant de m'étendre et d'attendre la mort. Donc me confier à quelqu'un n'est plus important. Alors Milo, si tu parviens à lire mon souhait le plus secret, ce que j'essaie de cacher à mes amis alors tu sais que cela n'a plus d'importance maintenant.


Comme, comme, comme avant


Milo ne se trouve plus devant moi. J'aperçois le Scorpion. Il est toujours là, près de moi. Mais il n'est pas seul. Shun est près de lui. Ils lancent fréquemment des coups d'œil dans ma direction. Apparemment ils discutent depuis un long moment et je suis le centre de la conversation. Shun secoue la tête négativement. Ma colère monte encore d'un cran. De quel droit peuvent-ils parler de moi en ma présence? Ils n'ont rien d'autre à faire que de parler de moi? Je veux être seul. J'ai envie de crier au monde entier de me laisser tranquille. J'ai besoin d'être seul. J'ai besoin d'être seul avec les personnes décédées, avec mes morts, seul avec eux afin de prendre mon courage à deux mains pour les rejoindre dans le silence de la mort.

Je veux aller dans le passé. Je veux retourner chez moi. Les Humains connaissent ce sentiment. Je veux retourner en enfance, un monde où les problèmes des adultes n'existent pas. Je veux retourner au temps de l'Âge d'or, du Paradis. Utopie. Mais tout comme la paix sur Terre, ces rêves et ses désirs ne resteront que des chimères. Alors pourquoi continuer à nous battre pour des chimères? Est-ce le destin des Humains? Est-ce leur destin de pourchasser des chimères, des utopies comme la Paix, l'Amour et le Bonheur? Pourquoi existons-nous? Pourquoi les Dieux existent-ils? Tant de questions sans réponses.

Mais mon amour pour Mama était-il une illusion? Je ne pense pas. J'aimais réellement Mama et je l'aime toujours. Quand elle est morte j'ai été incapable de diriger ma haine sur quelqu'un d'autre que sur moi-même. J'ai été incapable de comprendre ce qui se passait dans sa tête quand elle m'a mis dans les bras du marin. J'ai été incapable d'entrevoir ce qui allait se passer. Certains m'ont dit que j'étais trop jeune pour comprendre cela et trop jeune pour avoir pu l'aider. Eux-mêmes avaient été incapables de la sauver. Mais cela ne m'aide pas à me sentir moins coupable de sa mort. Cela n'explique pas la raison de sa mort.

Je lui ai promis d'être toujours près d'elle, de la protéger, et je n'ai pas tenu cette promesse. Je suis resté prostré avant de suivre mes propres chimères qui étaient en totales contradictions avec le monde dans lequel je vivais. Je veux revenir dans le passé, d'être près de Mama pour mourir dans ses bras. Mais c'est impossible. Je le sais parfaitement mais je le souhaite tellement.

Shun a sauvé mon âme. Isaac et le Saint Crystal m'ont donné tout l'amour dont ils étaient capables et ce malgré leur apparente froideur et indifférence. Mais malgré tout ce qui m'a été donné, je continue de fuir et de courir après mes rêves, après Mama.

Ce n'est qu'une chimère m'a dit une fois Sensei Crystal quand j'étais prêt à abandonner après cinq mois d'entraînements. 'Tu cours après un mirage, Hyoga, et si pour devenir un Saint tu n'as que cette raison, celle de rejoindre ta mère, tu mourras à coup sûr...' Je ne sais pas pourquoi, mais quand il m'a dit ces mots j'ai eu peur. Ce n'étaient pas la première fois qu'il me disait ces paroles. Il me les avait dites lorsque nous nous étions vus pour la première fois. Mais cette fois-ci j'étais effrayé. Plus j'y repense, plus l'explication de cette peur m'apparaît. A ce moment là, j'étais trop attaché à Isaac et à Sensei Crystal pour mourir. Je les aimais trop et je ne voulais pas qu'ils connussent la souffrance que j'ai ressentie lorsque Mama est morte. J'étais de nouveau aimé ...

Le monde n'avance que grâce à ces chimères mais ces utopies sont aussi à l'origine des conflits. Se battre pour de telles illusions et cela pour toujours, va nous apporter quoi? Pourquoi nous battons-nous, pour quelle récompense? Les souvenirs de mon passé heureux et ceux des combats se superposent, lentement au début puis de plus en plus vite à tel point que ça me donne le vertige.


Y'a tant de vagues et tant d'idées


Je reviens au présent et à la réalité avant que je me perde dans les méandres de mes pensées. Je suis adossé au socle. La pierre est froide. Je n'ai pas réalisé que j'avais créé à l'aide de mon cosmos un tourbillon d'air glacial autour de moi comme celui que j'avais formé dans le temple du Scorpion quand Milo avait utilisé Restriction contre moi. Je l'avais produit pour me protéger de son attaque mentale, de l'hypnose. Mais pourquoi l'ai-je créé maintenant? Pour me protéger de quoi et de qui? Seiya me tape sur l'épaule comme un ami le ferait, mais cela m'énerve plus qu'autre chose. Je tourne la tête et je lui lance un regard glacial. Son sourire disparaît et il s'éloigne.

Est-ce que je veux me protéger de moi-même? Je suis mon pire ennemi.

Les idéaux sont des chimères. Mais le monde va de l'avant grâce à elles. Beaucoup d'idéaux conduisent à la guerre. Le désir de contrôler la Terre est encore plus forte lorsque l'on se sent puissant parce qu'on est persuadé que la réincarnation d'Athéna est trop faible. Comment Athéna, qui déteste utiliser les armes, pourrait-elle protéger le monde, mon monde, que les entités divines convoitent dans des buts de conquêtes et de destruction? Qui nous dit que certains Dieux voulaient vraiment détruire le monde? Personne.

Elle répugne à utiliser les armes mais elle n'hésite pas à envoyer des gens comme nous dans des batailles, à une mort certaine parce que nous croyons à nos chimères, à la paix et à l'harmonie sur cette planète. Mais a-t-elle des remords? Nous allons à une mort certaine et apparemment elle n'en éprouve aucun remord. Etablir une paix précaire sur le sang d'hommes braves et courageux qui croyaient en leurs propres rêves est-il juste? Non. La Paix ne doit pas être bâtie sur les cadavres et le sang des humains. Le sang ne doit pas être les fondations d'un monde où la Paix règnerait. Ce n'est pas possible. C'est impossible. Encore une utopie.

Le rêve d'Hilda de Polaris n'était-il pas légitime? Pourquoi certaines personnes devraient souffrir alors que les autres ont une vie meilleure? Le désir de son peuple d'aller dans le Sud pour enfin connaître la chaleur du soleil et de voir le ciel d'un bleu intense était plus que légitime. J'ai été élevé dans un pays glacial et j'ai pu aisément comprendre leur envie. Leur destin est cruel.

'Ecoute! Puisque comme moi tu as été élevé dans un pays froid, tu dois savoir à quel point il est difficile de vivre sous un climat aussi rude. Tu devrais comprendre le désir de tout un peuple de vivre sous des cieux plus cléments où le soleil brille toute l'année. C'est une occasion unique pour nous de réaliser ce rêve. Nous devons la saisir.' Oui Hagen, je peux le comprendre, mais je ne me suis jamais plaint de vivre dans un pays glacial parce que je n'étais pas seul. J'étais près de celle que j'aimais le plus, Mama. Le souhait d'Hilda était légitime mais il mettait en danger le monde entier, et une fois de plus j'ai été déchiré, pas seulement à cause de Frea mais également pas le désir du peuple d'Asgard. Tu avais raison de revendiquer ce droit, tu avais ce droit.

Et Poséidon. Même s'il n'était pas l'investigateur de ce plan, reconstruire un monde aussi beau que celui qui avait été créé par les Dieux lors de l'Âge d'or était légitime lui aussi.

'Si je devais me battre pour le Bien, il me restait qu'une seule chose à faire, me mettre au service de Poséidon. Il ne reste plus qu'une chose à accomplir: détruire ce monde horrible et en reconstruire un autre encore plus beau que celui décrit dans la mythologie. C'est ce qu'a dit Poséidon et il a raison. J'étais stupide de croire que la douceur pouvait miraculeusement s'imposer d'elle-même. J'ai compris que seule la force brutale pouvait ramener l'ordre là, où ne règne que le chaos. Poséidon sait que les humains sont corrompus et insensibles aux arguments de la raison. Ils sont pires que des animaux. Il faut les dresser!'

Oui Isaac tu as raison sur un point. Certains humains ne vivent que pour faire du mal. Mais nous, Les Saints nous nous devons de protéger chaque vie, même si quelques unes ne sont pas dignes de l'être. Mais nous ne pouvons rien faire. Nous pouvons simplement espérer que les humains changent un jour. Si j'avais été à ta place Isaac aurais-je cru Poséidon ou Kanon? Je ne sais pas. J'avais détruit les espoirs que tu avais en moi et je t'avais trahi, alors il était naturel que, lorsque Poséidon t'a raconté que j'avais tué le Saint Crystal et le Saint du Verseau, tu aies décidé de le rejoindre. Si cela m'était arrivé, qu'aurais-je fait? Aurais-je cru en notre amitié ou aurais-je renoncé à celle-ci? Je ne sais pas et je ne le saurai certainement jamais.


Qu'on arrive plus à distinguer

Du faux du vrai


Du bruit. Des voix et des bruits de pas parviennent à mes tympans mais difficilement. Je regarde devant moi. La plupart des Saints présents dans le palais du Kyoko sortent à l'exception de mes compagnons et Milo qui se tient près de moi comme un gardien silencieux. Un gardien. Il veut me protéger de qui? Pourrait-il comprendre que je n'ai qu'un seul ennemi, qui se trouve être moi? Je doute qu'il puisse. Peut-être. Après tout, je ne le connais pas bien. Je ne connais pas les autres Saints à part mes amis...

Mes amis ne semblent pas connaître les mêmes problèmes dans lesquels je me débats actuellement. Ils n'ont aucun doute à propos du devoir qu'ils doivent accomplir. Ils n'hésitent pas. Même Shun peut discerner le Faux du Vrai, du Bien et du Mal. Moi, je ne peux y parvenir. Qu'est-ce qui est vrai, qu'est ce qui est faux? Qu'est-ce qui est juste, qu'est-ce qui est mal? Je ne parviens pas à mettre une barrière claire et nette entre ses deux notions. Le Bien et le Mal. Pourquoi devrai-je choisir entre ces deux notions? Parce que c'est normal pour un être humain? Le monde est Manichéen mais pour qui? Pour ceux qui ne sont pas concernés par ces conflits? Mais pour ceux qui sont au cœur des batailles, qu'est-ce que le Bien et qu'est-ce que le Mal? Le Mal c'est l'autre. Avons-nous toujours raison? Il y a tant d'idées que c'est impossible qu'il y ait seulement deux notions, le Bien et le Mal. Qu'est-ce qui est Bien et qu'est-ce qui est Mal? La frontière entre toutes les notions est très floue et vague. La limite entre l'Amour et la Haine, le Bien et le Mal sont très flous. Les sentiments qui les caractérisent sont trop présents

Peut-être que Camus avait raison. L'Homme en ayant des sentiments trop forts ne peut s'élever spirituellement et ne peut donc protéger son monde. Il est incapable de soupçonner un autre monde où les sentiments qui sont contrôlés peuvent assurer l'avènement d'un monde meilleur où les guerres seraient inutiles afin d'imposer ses idées et ses pensées. Mais est-ce que c'est vrai? Je ne sais pas et je ne connaîtrai certainement jamais la réponse. Est-ce que quelqu'un a cette réponse? S'il l'a alors j'espère qu'il me la donnera. Je suis si perdu...


Et qui aimer et condamner


Milo baisse la tête près de mon oreille gauche. Je ne l'ai pas vu s'approcher mais je ne bouge pas et j'attends comme si cela ne me concernait pas. "Je vais sur la tombe de Camus. Veux-tu venir avec moi?" me murmure-t-il.

Le nom de Camus me sort de mes pensées et je cligne des yeux. "Pourquoi?"

Ne comprenant pas ma question, la perplexité éclaire brièvement ses yeux turquoises. Il semble perdu et vulnérable à ce moment. "Pour le remercier de t'avoir aidé. Pour parler avec son âme..." répond-t-il tristement.

Je lui dis simplement non en secouant la tête et il me répond par un signe de la sienne.

"Peut-être plus tard" dit-il en se dirigeant vers la sortie. Mais après avoir fait deux pas, il s'arrête. "Hyoga. Il n'y a que le passé que l'on ne peut pas changer... Le présent et le futur sont entre nos mains" me dit-il sans se retourner. Puis il sort avant même que je tente de lui répondre. Je ne veux pas lui répondre. Je ne sais pas quoi lui répliquer.

Non. Je suis sûr que personne ne possède la réponse. Si nous devons choisir entre le Bien et le Mal, alors nous devons choisir qui nous devons aimer, qui s'écarte du droit chemin ou pas. Mais alors, avons-nous le droit de choisir? Pourquoi choisir? Choisir signifie rejeter une part de quelque chose, d'un ensemble et ce, sans aucune raison valable. Alors pourquoi choisir? Je ne veux pas choisir. J'en ai assez de choisir entre la 'Raison' et mon 'Cœur'. Dois-je vivre en totale contradiction avec mes propres idées? L'Amour et la Raison sont incompatibles, le premier est instinctif, le second est réfléchi. Avais-je le droit de condamner mes maîtres, Hagen et Isaac? Qui suis-je pour les condamner?

'Mais pourquoi? Pourquoi avez-vous fait ça? Et de quel droit? De quel droit avez-vous osez faire ça?' Les mots que j'ai criés à Camus après qu'il venait de faire sombrer le tombeau de ma mère dans la mer de Sibérie.

'Idiot!'

'Tais-toi! Ce n'est pas à toi de me juger!'

'Tu as tort et tu te trompes encore. Tu confonds le courage et la cruauté, l'amour et la crainte. Tu penses te battre pour la paix mais tu sèmes la mort et la destruction autour de toi.'

Mais qui étais-je pour vous dire cela? Avais-je seulement le droit de vous dire ce qui était bien et ce qui était mal? L'image que nous avons de ces notions diffère selon les individus et elle est certainement due à l'éducation que nous avons reçue. Alors quelle éducation est la meilleure? Des problèmes insolubles et j'ai l'impression que plus j'essaie de trouver une solution plus je m'éloigne de la réponse, s'il y en a une.


Le jour où j'aurai tout donné


"...ga?" dit quelqu'un près de moi. Une légère pression sur mon bras me fait frissonner. "Hyoga?" La voix semble inquiète.

Je dirige mon regard sur la main posée sur mon bras puis à son propriétaire. Shun. Il me fixe de ses grands yeux verts. Il est inquiet. Il m'a certainement appelé plusieurs fois avant que je ne réagisse. Même s'il est devenu un Saint, ses yeux sont toujours aussi innocents et il croit en l'humanité et au monde dans lequel nous vivons. Et moi, est-ce que j'y crois?

Non, je n'y crois pas répondis-je à moi-même. Non je ne crois plus en ce monde. Pourquoi le devrai-je? Plus je lutte pour la Paix plus j'ai le sentiment de me perdre dans les méandres de mes pensées et de mes convictions. Je ne suis pas en accord avec moi-même, je ne vis que dans la contradiction. Je me sens comme un étranger et je ne désire que la solitude et la mort.

Mais as tu cru en ce monde? As-tu seulement essayé d'y croire? me demande une petite voix dans ma tête. Ai-je cru en lui? Je retourne à mes pensées et je soupire silencieusement. Je croyais en ce monde parce que Mama croyait en lui. Elle a toujours pensé que le monde était beau et que les Humains étaient bons. Avec sa mort j'ai perdu cette confiance. Alors je n'ai jamais vraiment cru en ce monde. Donc je n'ai pas confiance en l'être humain? Je crois en mes amis. Depuis les Galaxian Wars ils sont près de moi, m'aident à surmonter les épreuves difficiles que j'aie dû faire face. Shun a toujours été près de moi. Même si nous ne nous sommes pas vus pendant six ans, la nuit qui a suivi mon combat qui m'a opposé à Ichi, nous avons retrouvé cette amitié qui nous caractérisait. Nous avons retrouvé ces liens de fraternité même si j'ai dû lui paraître froid au premier abord.

Mais celui qui m'a surpris le plus était Ikki qui par ses mots m'a aidé à ne pas m'apitoyer sur le sort de mon Sensei Crystal et sur mon propre sort. Comme mon Sensei, il m'a dit que sa mort devait m'aider à devenir plus fort ou alors toutes ces souffrances que j'ai endurées, toute cette peine et tristesse mais aussi les bons moments que j'ai partagés avec lui disparaîtraient. Oui, mes amis sont toujours près de moi et j'ai confiance en eux même si parfois j'ai le sentiment de ne pas leur rendre tout ce qu'ils m'ont donné.

Mais maintenant même ces mots qu'Ikki m'a dits ne pourraient m'aider aujourd'hui. Mon cœur et mon âme sont trop meurtris pour les entendre. La plupart des combats que j'ai gagnés au nom de la Justice et de l'Humanité ont un goût amer. Et pourtant, je respectais ces hommes, je les respecte toujours. Isaac m'a donné un aperçu d'une amitié basée sur la rivalité mais aussi sur l'entraide. Sensei Crystal m'a fait croire en l'Humanité. Camus que je considérais comme un demi-dieu m'a tout appris... J'étais prêt à mourir lors de la bataille du Sanctuaire car je savais parfaitement que je n'aurai aucune chance face à Camus du Verseau. Malgré cela je croyais en ma cause et j'espérais qu'il m'écouterait et comprendrait ma cause. Je l'ai même supplié mais il ne voulait pas m'écouter et son attitude froide à mon égard a brisé mes derniers rêves et anéanti tous mes espoirs. A ce moment, en le voyant, j'ai eu l'impression d'être face à un Dieu qui punissait ses créatures car elles avaient osé se rebeller contre lui. Ce n'était pas complètement faux. Nous étions aux yeux du Sanctuaire des rebelles et mon assurance a été ébranlée par la personne que je révérais le plus au monde.


Que mes claviers seront usés

D'avoir osé


"Hyoga? Tu comptes rester toute la nuit ici?" me demande mon ototobun. Je cligne des yeux déconcertés. Il semble que Shun m'observe depuis un moment, et mon long silence l'inquiète. "On nous a préparé des chambres. Nous pouvons nous reposer un petit peu." Il soupire déçu que je ne lui réponde pas. "Es-tu sûr de te sentir bien, Hyoga? Tu es pâle, ailleurs et silencieux, trop silencieux..."

Je respire profondément je tente de lui sourire. "Je vais bien. Juste un peu fatigué."

"Vraiment?"

Shun est celui qui me connaît le mieux. Je ne peux rien lui cacher et surtout mes problèmes et mes états d'âme, mais je veux pas qu'il soit inquiet à cause de moi. "Oui Shun, je suis vraiment fatigué." Après tout ce n'est pas un mensonge. Je suis fatigué de vivre ou plutôt de survivre. Shun se tourne vers Ikki qui n'est pas loin et ses yeux semblent lui poser une question. Je n'essaie même pas de connaître la réponse.

Fatigué. Oui je suis fatigué. Maintenant je sens que mes muscles me font mal. Tout mon corps me dit avec force à quel point il est épuisé. Il veut du repos. Même si je suis un Saint, je suis toujours un être humain. J'ai un corps humain. Le traitement que j'ai reçu de Thor dans le cachot d'Asgard, les combats que j'ai menés, les recherches que j'ai effectuées avec mes amis pour retrouver Athéna, la bataille de Poséidon ont vaincu ma résistance. Je ne sens plus mes muscles, ils sont trop engourdis et je suis sûr que si je bouge, ils me feront mal. C'était la même chose après la bataille du Sanctuaire, mais aussi après mes entraînements. Seule ma volonté me permettait de bouger et de continuer.

Je suis fatigué, très fatigué. J'en ai assez de voir la Mort rôder autour de moi. Je suis fatigué de lutter, de tuer. Soudain j'ai envie de vomir mais mes nausées cessent aussi soudainement qu'elles étaient apparues. J'ai l'impression que seul mon cerveau fonctionne en ce moment, comme s'il n'était pas fatigué. Non, lui aussi est fatigué. Je le sais. Je le sens. Mes pensées sont de plus en plus confuses mais je ne veux pas y mettre un terme. C'est comme si je voulais me rappeler ma vie, de trier mes pensées et ces moments, de revoir et parcourir ma vie une dernière fois et d'être, pour une fois, dans ma vie être sincère avec moi-même avant de partir pour la Sibérie, avant de tout oublier et d'attendre la mort étendu dans le manteau blanc de la Sibérie.


Toujours vouloir tout essayer


Je cligne des yeux et m'arrache du socle. Calmement mais déterminé, je m'avance vers Saori qui est au centre de l'immense salle et qui parle à des soldats. Silencieusement je m'arrête près d'elle et attends qu'elle ait conscience de ma présence.

Elle en a conscience et se tourne vers moi avec un sourire. "Hyoga" dit-elle, "tu as enfin décidé de sortir de tes pensées."

"Athéna" dis-je posément. Elle fronce légèrement les sourcils lorsqu'elle remarque que je l'ai appelée Athéna et non Saori-san comme je le fais habituellement. "Je voudrais avoir votre autorisation de partir pour la Sibérie. Je voudrais me retirer pour quelque temps..." lui explique-je en plongeant mon regard dans ses yeux Pers. Elle ne dit rien et m'observe un long moment. Je fais de même....

J'ai tout essayé pour échapper à ce cruel destin. Je n'ai jamais réellement voulu devenir un Saint, je voulais juste acquérir les pouvoirs d'un Saint. Je n'ai jamais voulu la mort de Mama. Je n'ai jamais souhaité la disparition de mon ami Isaac, la mort de mon Sensei, celle de Camus, d'Hagen, d'Isaac, je n'ai jamais désiré la souffrance et la peine de Frea. Mais à chaque fois mon destin me rattrape et s'amuse à me faire souffrir. Le Destin. Même si je n'y crois pas c'est le seul mon qui me vient à l'esprit. Est-ce que les Dieux me punissent pour avoir essayer d'acquérir ces pouvoirs pour des raisons personnelles? Peut-être.... Alors c'est seulement ma faute, la mienne.

Je ne peux plus supporter ma vie et c'est la seule solution que j'ai trouvée. C'est la seule qui sera la meilleure pour moi. Je ne mérite pas le Paradis. Mama m'en a chassé non pas parce que je devais encore me battre et parce que je devais accomplir mon devoir, mais parce que je n'étais pas digne d'y pénétrer. J'ai laissé Camus me tuer et c'est comme si je m'étais laisser mourir, comme si je m'étais tué.

Je n'ai pas le droit au paradis. J'ai trop de sang sur mes mains pour pouvoir y entrer, même si c'était au nom d'une cause juste. 'Tu ne tueras point.' Un des dix commandements que dieu a laissés aux Humains. Je l'ai enfreint et ce, plusieurs fois déjà. Alors le fait que je me suicide n'y changera rien désormais. Je ne sais pas à quel endroit des Enfers je vais finir, mais j'en ai cure. Je ne veux plus ressentir ces souffrances et ces peines qui transpercent mon cœur à chaque seconde qui passe. Je ne veux plus voir les fantômes de mon passé. Peut-être les rencontrerai-je en Enfer, mais cela n'a aucune importance. Peut-être que je recherche toujours leur compagnie après tout.

J'ai tout tenté pour fuir, mais on ne peut fuir indéfiniment et je ne peux se cacher de moi-même. Alors, pour une fois, je dois trouver le courage d'accepter la mort et ainsi essayer d'expier mes fautes. Athéna, je t'en prie...


Et recommencer là où le monde a commencé


Je vois le conflit qui la déchire dans ses yeux. Je ne détourne pas mon regard et je continue à la fixer. Elle me considère mon œil valide et cherche à entrevoir mon âme pour savoir à quoi je pense réellement. Il est dit que les yeux sont le miroir de l'âme. Si c'est vrai alors elle peut aisément voir à quel point je suis désespéré. Elle peut aisément voir mes pensées noires, mon âme sombre et mon envie de quitter ce monde. Elle laisse échapper un petit soupir.

"Hyoga, tu ne me l'as jamais demandé auparavant..." me fait-elle remarquer. "Tu partais simplement sans demander l'autorisation."

"Je la demande aujourd'hui" lui dis-je sans hausser le ton. Elle hésite. J'insisterai encore et si elle n'accepte pas alors j'irai à l'encontre de sa volonté. Elle semble soudain vulnérable lorsqu'elle comprend mon véritable désir et but. Elle veut me protéger, nous protéger. Elle nous considère comme des amis et elle sait les sacrifices que nous avons faits pour elle par le passé. Elle ferait n'importe quoi pour nous. Je peux lire cela dans ses yeux, mais ce que je désire au plus profond de moi, elle ne peut me le donner. Elle se tourne d'abord vers Seiya puis vers les autres cherchant à obtenir une réponse d'eux mais aussi leur soutien. Je ne me tourne pas vers eux.

Athéna, je crois que tu devrais me laisser agir comme je l'entends. Tu mouras un jour par ma faute. Mes amis mouront. Nous devons tout arrêter et cela à cause de ma sentimentalité, à cause de ma lâcheté, à cause de mon incapacité à rester impassible face à un ennemi, à cause de mon destin. Nous devons cesser cet insupportable et inutile massacre. Je ne supporterai plus de voir quelqu'un que je respecte mourir sous mes yeux. La fuite encore une fois.

'Sen... Sensei... Sensei, Isaac est...'

'Je sais Hyoga.'

'Il est mort à cause de moi! Il est mort parce que j'ai désobéi. Il est mort parce qu'il m'a sauvé! Il ne devait pas mourir! Il n'aurait pas dû mourir. Je devais. C'est moi qui aurait dû mourir!'

'Hyoga. La volonté des Dieux est impénétrable. Isaac est mort pour toi, donc tu dois vivre pour lui.'

'Sensei...'

J'ai essayé de ne pas porter la responsabilité de cet accident, mais la patience calme et silencieuse de Sensei Crystal a vaincu ma lâcheté. Mais cette fois je ne désire pas qu'on m'aide. J'en ai assez de vivre et je ne crois plus en Athéna. De plus en plus souvent il m'arrive de penser qu'elle n'est pas une déesse. Un Dieu d'Amour ne me ferait pas souffrir comme je souffre maintenant, mais il semble qu'elle ne peut y parvenir, qu'elle n'a pas le pouvoir ou la puissance de soulager mon cœur et mon âme. Peut-être que je compte trop sur les autres. C'est peut-être une faiblesse, mais alors quelle serait la différence entre la confiance et le fait de dépendre des autres? Comme pour la plupart des sentiments, les limites sont-elles ténues? Je ne sais pas et ce n'est pas le moment de penser au pourquoi et comment qui régissent ce monde. Il ne me reste plus beaucoup de temps pour y penser. Je dois apprendre à m'accepter avant de partir et de décéder.


Je m'en irai dormir dans le paradis blanc


Saori-san se retourne vers moi. "Très bien, Hyoga" dit-elle doucement. "Tu as besoin de te reposer. Tu as subi de terribles épreuves."

Soulagé, mon cœur saute dans ma poitrine. Malgré ce que j'affirmais pour moi-même, je désirais son accord. Je crois que je me considèrerais comme un traître si je ne l'avais pas eu, et je suis certain de ne pas vouloir apprécier ce sentiment. Je m'incline devant elle et je retourne à l'endroit où j'ai laissé mon armure. Je dois la prendre avec moi. Je dois la remettre dans à l'intérieur d'un glacier éternel jusqu'à ce qu'un nouveau Saint la libère. Peut-être qu'alors elle aura absorbé la blancheur et la pureté des plaines de Sibérie. Peut-être sera-t-elle devenue pure à nouveau.

"Hyoga" m'appelle-t-elle. "J'espère te revoir bientôt. J'aurai encore besoin de toi."

Je m'arrête lorsqu'elle m'appelle mais je ne réponds rien. Je ne me retourne pas vers elle.

'J'aurai encore besoin de toi.' Non, pas encore Athéna. Je ne peux plus supporter cette vie et tu le sais parfaitement Athéna. Je suis sûr que tu l'as lu dans mon âme. L'as-tu fais? Ou suis-je capable de cacher et d'enfouir mon plus cher désir? Non, il me semble que c'est flagrant et je ne peux le supporter. Shun l'a deviné et c'est pourquoi il est si inquiet pour moi. Ne me demande pas ça Athéna, je t'en prie. Depuis la mort de Mama je vis dans la contradiction la plus totale qui puisse exister et je m'y suis perdu. J'ai trahi ceux que je considérais comme des membres de ma famille.

Tu seras peut-être la prochaine victime de mon cruel destin, toi ou les autres. Apparemment la Mort ne veut pas de moi mais elle se plaît à prendre ce qui m'est le plus cher en faisant de moi son instrument. Je t'ai prouvé ma loyauté, Athéna. Je pense que je peux décider de ce que je veux faire de ma vie. Elle m'appartient, non?

'Être un Saint est une profession de foi.' Les mots d'Isaac résonnent encore une fois dans ma tête.

'Tu dois te dévouer à Athéna, Hyoga. Crois-tu que tu y arriveras?'

'En mémoire d'Isaac, j'y arriverai, Sensei.'

'Si tu le pense..'

Pourquoi ai-je décidé de devenir un Saint? Pour payer ma dette envers Isaac qui s'était sacrifié pour moi? Enfin, c'est ce que je pense. C'est la raison que j'ai invoquée à Sensei Crystal. Croire en Athéna comme Isaac l'aurait fait s'il avait toujours été en vie. Alors j'ai cru en Athéna tout comme mes amis, où l'ai-je imaginé? Etait-ce vrai que j'ai cru en cette Déesse? Et après la mort de Crystal j'ai décidé de ne pas révéler mes pensées les plus profondes et de vivre pour celle en qui il croyait et pour qui il avait voué sa vie, Athéna.

'Je n'ai d'ordre à recevoir que d'Athéna. J'ai juré fidélité à la déesse Athéna et je suis prêt à risquer ma vie pour elle et pour mes compagnons qui continuent le combat. C'est maintenant qu'Athéna a besoin de moi! Ma seule raison de vivre est de servir celle dont l'honneur a été bafoué par le Grand Pope, et tout comme mes compagnons d'armes je ne reculerai devant rien pour mériter sa confiance!' C'était vrai à ce moment. C'était ma seule raison de vivre, la seule qui me restait. C'était la seule raison qui justifiait la mort de mes maîtres et d'Isaac.

Mais maintenant, je n'ai plus cette confiance. Je ne sais pas pourquoi je vis toujours. Et je ne veux pas trouver une raison. Pour quoi? Je suis prêt à mourir et je ne veux pas trouver d'échappatoire à cette fin. Pas cette fois-ci.


Où les manchots s'amusent dès le soleil levant


Je mis l'urne de mon armure sur mon dos. Elle est aussi lourde qu'avant. Je lui ai fait mes adieux. Mes adieux silencieux à elle et à mes amis, des adieux que je ne veux pas exprimer ouvertement sont évidents pour tout le monde. Je ne bouge pas durant un moment. Je reste là, mon dos tourné, ne les regardant pas. Mon cerveau est soudain vide et mon œil s'emplit de larmes. Je me mords la langue encore une fois.

Encore une fois je suis lâche. J'essaie de trouver une autre solution tout en sachant qu'il ne m'en reste aucune. Ma volonté de vouloir vivre encore tuera mes amis. Je dois être damné, mais je dois prendre cette décision comme Saga l'a fait à la dernière seconde. Je suis un lâche car je ne veux pas leur dire adieu. J'ai peur qu'ils ne veuillent m'empêcher de faire ce que j'ai décidé de faire. Ils le feront parce qu'ils sont mes amis. Ils ne comprendraient pas, sauf Ikki. Je ne veux pas me battre contre eux. Je n'ai pas la force de trouver des arguments à opposer aux leurs s'ils découvrent ce que je m'apprête à faire.

Ils peuvent continuer à vivre sans remords, mais moi je ne le peux. Ils ont foi en l'avenir, je n'ai aucun futur. Ils croient en Athéna, je n'y crois pas. Ils ont tous une raison de rester en vie, je n'en ai plus aucune. Shun et Ikki vivent l'un et pour l'autre, Shiryu vit pour son maître et pour Shunrei, Seiya pour Athéna et Saori-san, sans compter qu'il désire toujours retrouver sa sœur. Pour qui vivrai-je? Je n'ai personne. Mama est morte et je ne peux plus aller la voir. Sensei Crystal, Camus et Isaac sont morts aussi. Je préfère ne pas retourner à Asgard. J'ai peur qu'en me voyant Frea repense à Hagen et devienne triste. Non, personne ne m'attend. J'ai tenu le rôle du grand frère de Shun, mais désormais il n'a plus besoin de moi. Il est plus fort que je ne le suis. Je ne suis qu'un boulet pour eux, et c'est la seule solution.

Je suis fatigué, fatigué de vivre. C'est un fardeau que je ne veux plus porter. En restant près de mes amis et près d'Athéna, je me suis mis à croire en la réincarnation. J'espère que ceux que j'ai tués et que mes amis connaîtront une meilleure existence lors de leur prochaine réincarnation. D'après ce que Shun m'a dit, les suicides pour des raisons personnelles sont eux aussi condamnés par le Bouddhisme. Donc, ma prochaine réincarnation sera certainement pire que ma vie actuelle, s'il peut exister pire existence. J'ai essayé et je n'ai pas réussi à trouver ma voie. Mais ce n'est plus important maintenant. Bientôt je trouverai la paix dans les plaines de Sibérie.


Et jouent en nous montrant

Ce que c'est d'être vivant


Enfin je me tourne vers eux, peut-être pour graver leur visage dans ma mémoire. C'est la dernière fois que je les vois, alors...

Je vois Ikki qui me fixe un long moment, mais il ne dit rien. Il a compris et il me comprend. Seiya et Shiryu me regardent juste. Seiya froncent ses épais sourcils et veut dire quelque chose mais Shiryu l'en empêche en posant sa main sur son épaule droite. Je leur adresse un petit sourire pour les rassurer.

Un dernier mensonge. Je ne veux pas leur dire adieu ouvertement. Je veux qu'ils se souviennent de moi comme je suis. Mais que suis-je en réalité? Qui suis-je? Je suis un de ces morts-vivants dont le désir est de connaître une mort définitive et ainsi ne plus rien ressentir. Qu'est-ce que la Vie? C'est faire des choses différentes qui nous maintient en vie comme rire, pleurer, parler, marcher, courir, marcher, boire, ressentir des émotions. C'est la Vie. Je suis toujours en vie actuellement mais je ne ressens que des sensations déplaisantes. Tout autour, les animaux, les plantes nous montre ce qu'est la vie. Même dans l'immense étendue sibérienne la vie est présente, ainsi que dans la mer glaciale, sur les icebergs, dans le ciel. Nous devons jouir de la vie. Un Dieu ou plusieurs Dieux ont créé toutes ces créatures, mais pourquoi et dans quel but? Quel est notre but? Pourquoi vivons-nous? Pourquoi les humains possèdent-ils la parole et la pensée? Être des êtres intelligents apporte les doutes et la philosophie de la vie que nous désirons changer. Ce n'est plus une vie instinctive, c'est une vie raisonnée.

Dieux cruels. Vous aimez jouer avec les malheurs et les tragédies de vos créatures et en particulier avec nous, les humains puisque nous sommes les seuls à pouvoir vous vénérer. Pour vous nous ne sommes rien d'autre que des jouets dont vous vous lassez parfois et sur lesquels vous avez tous les droits. Vous donnez et reprenez par la suite! Faîtes la guerre entre vous mais laissez-nous tranquille et en paix! Laissez les humains en dehors de vos colères et guerres divines! Pourquoi est-ce toujours les humains qui doivent payer le prix de vos guerres stupides? Parce que nous sommes mortels? Il y a certainement certaines choses que vous ne connaissez pas, Dieux. Est-ce parce que vous êtes immortels que vous ne savez pas ce qu'est réellement la vie, ce qu'est l'Amour? Êtes-vous jaloux de nous? Est-ce que vous nous enviez? Savez-vous ce qu'est l'Amour? Les humains savent qu'ils vont mourir un jour. Ils ne savent pas s'ils sont toujours en vie le lendemain ou même dans une heure, alors ils font tout pour apprécier la vie. Ils vivent intensément le peu de temps qui leur est accordé en ce monde.

Mais moi je suis maintenant devenu insensible. Je ne peux plus supporter la vie que j'ai reçue. Je n'en peux plus et la perspective de ma mort prochaine m'enlève un poids énorme de mon cœur. C'est bien mieux ainsi. Je me rends compte que mes pensées tournent en rond désormais, qu'elles reviennent insistantes.


Je m'en irai dormir dans le paradis blanc


Il en reste un. Il est près de moi mais je ne désire pas me tourner vers lui. Je ne veux pas voir Shun ou alors mon envie de mourir fondra comme neige au soleil. Mais je dois le faire. Il m'a toujours aidé, alors pour moi, il mérite plus que quiconque mon respect et ma gratitude. Mais encore une fois, je ne peux m'en empêcher. Ma lâcheté reprend le dessus. Je me bats contre ce sentiment et je me tourne vers Shun. J'aperçois ses yeux si grands, si verts et si tristes. Il est celui qui me connaît le mieux. Je vois les reproches qu'il se fait et la tristesse qui illumine ses yeux.

Non Shun, ce n'est pas de ta faute. J'en ai assez de vivre cette vie où je dois perdre tous ceux que j'aime. La mort rode autour de moi. Je suis la Mort. Ce n'est pas de ta faute.

Shun a toujours été près de moi. Il a été le premier à me parler quand j'étais à la Fondation Graude. Il m'a aidé. Il est celui dont je suis le proche. Mon ototobun, mon ami, comment pourrais-tu être responsable de ce qui arrive. Non personne n'est responsable de mon destin. Les Dieux sont-ils responsables de ce dernier? Sensei Crystal n'avait-il pas dit à Isaac et à moi que même les Dieux devaient suivre leur destin? Est-ce vrai? Je ne sais pas et je ne veux pas le savoir. J'aurais pu le demander à Athéna, mais je ne le ferai pas. Alors Shun tu n'es pas responsable de mes états d'âme.

Je me rappelle quand tu m'as parlé pour la première fois. Tu avais le don de m'apaiser et tu l'as toujours. Tu délivres les autres de leur tristesse et de leurs peines. Je sais que ta patience et ta gentillesse m'aideraient, même si cela prend beaucoup de temps. J'en ai assez de vivre, Shun. Tu as été mon sauveur quand j'étais à la Fondation Graude. Tu m'as aidé à m'ouvrir aux autres et tu m'as montré le chemin. Tu as toujours été là près de moi-même lors des combats, tu m'as sauvé très souvent. Quelle ironie! J'avais juré à Ikki que je t'aiderai et que je te protégerai, mais c'est le contraire, tu m'as aidé et tu m'as protégé. Tu m'as montré ce qu'était l'amitié, un sentiment qui n'a aucunes arrière-pensées. Qu'est-ce qui m'a poussé à t'aider ce fameux jour? Parce que tu étais seul et qu'ils étaient cinq, ou parce que je ne pouvais supporter leur lâcheté de s'attaquer à toi? Ou bien parce que je ne voulais plus être seul? Qu'est-ce qui m'a vraiment poussé à t'aider ce jour là? Je ne sais pas et je ne le sais toujours pas. Je ne compte plus les fois où tu m'as aidé et protégé, mon ami. Je te respecte et je t'aime et surtout je ne veux pas que tu meures. Je ne veux pas te voir mourir. Je ne veux pas te tuer. Parce que je le ferai si tu restes près de moi et je ne veux pas que ça arrive. Je veux que tu vives. Je veux que tu gardes intactes cette gentillesse et cette confiance que tu donne à tout le monde. J'ai eu besoin de ta gentillesse et j'ai toujours besoin d'elle, mais je dois couper tous les liens. Je t'en prie Shun, comprends-moi et pardonne-moi. L'instrument de la Mort doit mourir. C'est à mon tour de mourir et je suis heureux d'avoir pris cette décision. Ce n'est pas de ta faute. Ce n'est la faute de personne. C'est ma destinée, Shun.


Où l'air reste si pur


Mon ami, mon ototobun me touche le bras comme pour m'encourager à changer d'avis. Je frissonne à ce contact. Je recule d'un pas et la main de Shun glisse. Il est blessé et mon cœur me fait mal aussi. Je ne peux lui expliquer mais à l'aide de mon œil valide, je veux lui faire parvenir ce message. Ce n'est pas ta faute. Tu n'es pas responsable. Lentement je me tourne et je me dirige vers la sortie sans jeter un dernier regard derrière moi. Je vais retourner à l'endroit que j'ai choisi, mais maintenant je sais que je ne vais pas mourir. Il y a toujours quelque chose qui me retient dans ce monde de souffrance. Ma religion, mon devoir, mes amis, mes souvenirs des êtres que j'ai aimés et qui ont disparus.... Seul et loin des yeux indiscrets, des larmes roulent silencieusement sur ma joue, honteux de ma propre lâcheté. J'avais cru que j'avais pleuré les dernières larmes de mon corps lors de la bataille de Poséidon, mais j'avais tort.

Des larmes. Combien d'entre elles ont-elle déjà coulées? Combien de larmes ai-je fait coulé? Je ne sais pas, mais certainement beaucoup. Mon enfance a été heureuse et je ne me souviens pas si j'ai pleuré ou pas. Je n'ai pas de tels souvenirs. Je rappelle que je riais toujours quand j'étais près de Mama, ou quand je ne riais pas je restais pensif. Ai-je pleuré? Peut-être, mais j'ai dû effacer ces souvenirs pour ne garder que les moments heureux que j'avais partagés avec ma mère. La première fois où je me rappelle avoir pleuré était quand le marin m'avait pris et m'emmenait loin du bateau, quand je criais à ma mère de ne pas me laisser seul. J'ai pleuré car je savais au plus profond de mon cœur que je ne la reverrai plus jamais. Mon cœur m'a fait souffrir comme jamais auparavant et j'étais effrayé.

Les larmes sont-elles intarissables? J'ai tellement pleuré et pendant si longtemps. J'ai pleuré de tristesse, de joie. J'ai énormément pleuré et j'ai toujours des larmes. Pleurer est une expression qui exprime des sentiments contraires, la tristesse et la joie. Mais je n'aime pas pleurer, du moins devant quelqu'un d'autre. Sous le coup de l'émotion je ne peux me retenir et je pleure devant mes amis et mes ennemis. C'est comme si un barrage s'ouvrait soudain et laissait couler mes sentiments que j'essayais d'étouffer. Ils sont comme des rivières jaillissant de mes yeux bleus de glace comme s'ils fondaient soudain à cause d'un souvenir qui m'est cher et réchauffe mon cœur et mon âme. J'ai toujours voulu passer pour quelqu'un de froid aux yeux des autres, pour quelqu'un d'insensible, mais Shun à entrevu mon véritable Moi. J'ai tenté de mentir aux autres mais aussi à moi, mais mes sentiments et ma véritable personnalité ne se dévoilent à tout le monde que plus clairement.

Pour moi les larmes me rappellent la mer. Les petites gouttes salées qui roulent sur mes joues ont le même goût que l'eau de mer de Sibérie. Peut-être que le goût est le même pour toutes les mers et les océans mais mes larmes me rappelle la Sibérie où j'ai tout perdu, ceux que j'aime, où ma cruelle destinée a commencé. Pour moi les larmes signifient mort. Elles l'annoncent et l'accompagnent. La Mort. La Mort. C'est la seule chose à laquelle je pense. Tout est lié à cette Mort à la fois si invisible et si présente. La vie est liée à la mort. Il n'y a pas de vie sans mort. La Mort n'existe pas sans la Vie. Lorsque nous vivons nous sommes conscients de la mort, mais nous sommes morts avons nous conscience de la vie? Encore une question sans réponse. Je vais la découvrir très vite. La mort est impure pour certains peuples. Alors la vie est pure? Les larmes ne peuvent être pures puisqu'elles ont un lien très étroit avec la Mort. Mais les larmes sont belles. Je les trouve belles. La Vie n'est pas pure, du moins la mienne. Alors qu'est-ce qui est pur? Le ciel? L'eau? La Terre? Pourquoi toutes ces questions sans réponses? Quelqu'un en possède-t-il seulement les réponses? Non, je suppose que personne ne les a.


Qu'on se baigne dedans


Lentement, j'essuie mes larmes. Puis, je sors du temple du Kyoko et le silence de la nuit me frappe de plein fouet. Je comprends que j'étouffais à l'intérieur et cette sensation disparaît comme si le vent s'était levé et l'avait emporté au loin. Je m'arrête et je lève les yeux au ciel. Je savais pertinemment qu'il ne fallait pas que je regarde Shun. Mon désir de mourir a fondu comme neige au soleil. Cela a toujours été le cas avec Shun, je suis trop faible avec lui. Je me sens encore plus perdu qu'avant. Le ciel est magnifique. Les nuages ont disparu. J'ai l'impression que le ciel m'enveloppe, me prend dans ses bras invisibles et m'entraîne dans ses profondeurs comme lorsque je plonge dans la mer de Sibérie.

La Sibérie. Mon chez-moi. Je l'aime et en même temps je hais cet endroit. Mama m'a élevé en Sibérie. Nous avons beaucoup voyagé dans ses étendues immenses et sauvages. Cette contrée sauvage est à la fois si fascinante, si froide et si chaleureuse. Ma maison. Sensei Crystal m'a appris à aimer ce pays: les aurores boréales qui de leurs lueurs fantomatiques et colorées illuminent le ciel sombre, le grand silence qui envahit les plaines et les plaintes des puissants vents qui emportent la neige et de minuscules morceaux de glace, la vie sauvage qui se trouve dans cette partie du monde et qui résiste obstinément à l'hostilité des éléments. Il m'a montré la beauté des glaciers et la beauté glaciale sculptée par les vents et la mer. Sensei Crystal m'a appris tellement de choses tout comme Isaac. Et je me suis mis à aimer ce pays parce que c'est mon chez-moi, parce que c'est le pays dans lequel j'ai été élevé, un pays qui m'a accepté, un pays où j'ai connu l'amour et la joie.

Mais je hais aussi la Sibérie. La Sibérie m'a pris ceux que j'aimais. Mama, Isaac, Sensei Crystal. Mama s'est sacrifiée pour me sauver la vie. Isaac en m'aidant a disparu avant que je ne le tue réellement. Sensei Crystal avait été hypnotisé par le Kyoko et j'ai été forcé de le tuer. Il est maintenant enterré dans les glaces éternelles de Sibérie. J'étais obligé de le tuer au nom du Devoir? Quel Devoir? Mon véritable devoir n'était-il pas le respect que j'aurais dû avoir envers mon maître? Il m'a tout appris et s'il voulait me tuer, il en avait le droit parce qu'il était mon Sensei. Il était celui qui avait le droit de vie et de mort sur moi. Alors pourquoi l'ai-je combattu? Pour sauver Kohortec? Je ne sais pas. Et si Seiya n'avait pas été là, qu'aurais-je fait? L'aurais-je laissé me tuer? Je ne sais pas. Mon Sensei est mort et je veux le rejoindre maintenant.

La Sibérie que j'aime et que je hais. Sa mer que j'aime et hais en même temps. Je la hais car Mama et Isaac ont été ses victimes, à cause de moi. Mais je l'aime car c'est la tombe de Mama. Grâce à ses eaux glaciales, Mama a conservé sa beauté. Le temps s'est arrêté pour elle non seulement à cause de la mort mais aussi à cause de l'eau. Grâce aux eaux glaciales, j'ai pu retourner la voir quand je pouvais. Je l'aime et je la hais. Les humains sont-ils comme cela? Peuvent-ils aimer et haïr en même temps? C'est si étrange...


A jouer avec le vent


Je cherche le Cygne. Il me faut beaucoup de temps pour reconnaître ma constellation cachée en partie par la Voie Lactée. Je ne sens plus les bras du ciel nocturne se refermer sur moi. Quelque chose de plus léger et de plus familier m'entoure. Les ailes du Cygne. L'armure n'est plus aussi lourde qu'auparavant. C'est une sensation que j'aime, elle évoque le souvenir de Mama quand elle me prenait dans ses bras et me serrait contre son cœur. Le vent se lève et la sensation devient d'abord irréelle avant de disparaître complètement..

Une sensation familière m'enveloppe. Les ailes du Cygne. Je me souviens de la première fois où j'ai revêtu mon armure. J'avais aimé cette sensation et les sentiments qu'elle m'apportait et j'aime toujours cette sensation, même si mon armure représente la mort. Je ne comprends pas pourquoi je peux toujours la porter. Sensei Crystal nous a dit qu'une armure n'était pas seulement une protection mais une entité vivante qui pouvait agir d'elle-même. Elle peut juger si son propriétaire est digne d'elle ou pas. Alors, suis-je toujours digne de l'armure du Cygne? Elle ne me rejette pas. Pourquoi? Ou alors pense-t-elle que je n'en suis plus digne désormais? Son poids qui pèse sur mes épaules alors que je ne l'avais jamais ressenti auparavant est-il un indice? Dois-je essayer de la revêtir pour en avoir le cœur net? Je ne veux pas le savoir. Ce n'est pas important.

Les ailes larges du Cygne. Je veux les sentir encore une fois et ce malgré ce que je peux me dire. Quand je l'ai porté pour la première fois j'ai été émerveillé par la douceur de l'armure. J'avais l'impression que c'était des plumes. Elle était aussi légère qu'une plume. J'ai eu le sentiment que ses grandes ailes essayaient de me protéger. Je me sentais rassuré comme si Mama était près de moi. Je pouvais aussi ressentir son pouvoir. Je me sentais puissant mais aussi apaisé comme si rien ne pouvait plus m'atteindre et me faire du mal.

Je n'avais pas seulement senti les ailes du Cygne, mais également les étoiles qui m'ont enveloppé et envahi mon corps, des étoiles qui me donnaient leur force. Je ne les ai plus ressenties. Chaque fois que je revêts l'armure je perçois les ailes mais pas les étoiles. Cette sensation me manque. Pourquoi ne suis-je plus capable de les ressentir? Parce que je n'ai plus confiance en moi? Mais la seconde fois où je l'ai mise sur le dos, je ne les plus senties autour de moi. Alors pourquoi?

Les ailes du Cygne sont comme le vent, irréelle et chaleureuse. Je la mettrai dans un glacier éternel et elle redeviendra pure. Tu dois avoir un autre propriétaire. Je veux voler une fois encore avant de mourir, voler et jouer avec le vent, mais je ne le ferai pas. Mon dernier geste sera de courir dans les plaines sauvages et enneigées avant de m'étendre sur ce manteau blanc.

Je n'aurais pas dû regarder Shun. Ma volonté et ma détermination fondent comme neige au soleil. Je dois m'en aller et vite avant que ce ne soit trop tard.


Comme dans mes rêves d'enfant


Lorsque la sensation disparaît, je reviens à la réalité et je descends les marches rapidement. Quelque chose me pousse à dévaler l'escalier, mais je ne peux en déterminer l'origine. Peut-être la peur de revoir mes amis encore une fois. L'appel de la Sibérie devient de plus en plus insistant. Ou bien est-ce quelque chose d'autre? Je n'en sais rien mais je crois en mon instinct. La descente est plus rapide que la montée. Effrayé, je dévale presque les marches. L'armure du Cygne pèse sur mes épaules. Je veux sortir du Sanctuaire et je marche rapidement au milieu des colonnes brisées. Mais je m'arrête net. Je ne peux plus bouger?! Pourquoi?

La peur. J'ai peur. Pourquoi ai-je peur? De quoi ai-je peur? De qui ai-je peur? Pourquoi mon cœur bat-il si vite et de façon si désordonné? Pourquoi est-ce que je tremble? La PEUR. J'ai peur. Ma vie n'est faite que de peur. Je comprends maintenant. J'ai été tout ce temps aveugle! La perspective de ma mort me fait ouvrir les yeux.

J'ai toujours eu peur. C'est pourquoi j'ai imaginé un monde dans lequel je me réfugiais quand j'avais peur. Des chimères. Je me suis toujours réfugié dans mes rêves. Le palais d'or et de cristal existe toujours mais il a changé de forme. Mon château s'est transformé en Mama. Ses longs cheveux d'or et son rire aussi pur que du cristal. Mamaaaaa. Je tiendrai ma promesse et je vais te rejoindre dans la mort. Attends-moi, je t'en prie.

Elle était la seule que je tolérais dans mes rêves chimériques. Elle était celle qui m'aimait et que j'aimais. Je ne connaissais personne à part Mama parce que nous voyagions beaucoup et je n'avais pas le temps de me faire un ami. Mais cela n'avait pas d'importance à ce moment là, j'étais heureux d'être avec Mama. Je ne savais pas ce qu'était le Mal mais je savais que certains actes étaient mauvais. Comme je n'avais pas une idée définitive de la notion du Mal, je n'étais pas effrayé près d'elle, sauf de la mort. Mais je pense que je n'avais pas peur parce que Mama éloignait cette crainte de moi. Cela explique pourquoi mon château s'est transformé en Mama quand elle est morte. Depuis sa mort j'ai peur de tout, j'ai peur de ma vie.

J'avais besoin plus que tout au monde de sa présence quand je suis arrivé au Japon. J'étais angoissé de l'inconnu, je craignais les autres. Je me souviens encore de ces regards de haines dont j'étais l'objet. Je ne les oublierai jamais. Si je le fais alors j'oublierai mes amis et surtout Shun qui était si différent des autres à ce moment. Je ne veux pas oublier mon ototobun.

Mais plus je pense à cette époque plus je me rends compte que j'avais peur de moi-même. J'ai toujours peur de moi-même. Ne suis-je pas mon pire ennemi? Pourquoi est-ce que je veux fuir? Pourquoi est-ce que je veux mourir? Parce que je mets tout le monde en danger. Je suis la Mort et il semble que je parviens à la contenir. Mais que se passera-t-il si un jour je ne serais plus capable de me contrôler? Beaucoup de personnes mouront. J'ai toujours fui moi-même, mes peurs. Mes peurs qui m'entourent, qui m'enveloppent et je peux à peine entrapercevoir une sortie. Quand j'en vois une, elle se referme aussitôt, ou si j'essaye de sortir de cette prison invisible, mes frayeurs deviennent réalité. Alors je reste à l'intérieur et je me laisse tuer lentement par mes propres peurs. Je le dois et personne ne peut comprendre ce que je ressens. Je voudrais tellement être libéré de ces craintes. Je le désire tellement....


Comme, comme, comme avant


Comme dans un rêve, mes pieds m'emmènent au cimetière. Pourquoi à cet endroit? Je connais la réponse qui se trouve dans mon cœur. Je dois remercier Camus et lui expliquer les raisons de ma décision. Bien qu'il soit mort, je le lui dois car son esprit m'a aidé et parce qu'il est mon maître, mais encore plus parce que je l'ai tué. Le cimetière est couvert de pierres sur lesquelles sont gravés les noms des Saints qui sont morts. Le cimetière est composé de plusieurs parties et je me dirige vers celle où les Saints d'or sont enterrés. Autour des stèles d'autres pierres plus ou moins grosses se trouvent ci et là, comme s'il n'y avait pas assez de tombes. Je ne peux m'en empêcher mais chaque fois que mon regard se pose sur l'une d'entre elles, je pense à ma propre mort. Je n'aurai certainement pas de stèle, je n'en mérite aucune. Je marche sans bruit et lentement à travers le cimetière et m'arrête lorsque j'aperçois une silhouette assise sur une pierre, un genou levé touchant son torse, son avant bras négligemment posé dessus. Même sans lumière je reconnais cette silhouette qui a de longs cheveux ondulés. Milo...

Je ne devrai pas être surpris de le voir là. Il m'avait pourtant dit qu'il viendrait se recueillir sur la tombe de Camus. Il semble être plongé dans ses pensées ou ses souvenirs. Je suis venu pour remercier Camus pour tout ce qu'il avait fait pour moi, alors je m'approche de la tombe. Milo ne me gêne pas. C'est étrange. C'est le seul dont je tolère la présence dernièrement. Je m'arrête près de lui mais le Saint du Scorpion ne réagit pas. Il n'est pas conscient de ma présence. Je ne la lui fais pas remarquer non plus en projetant mon cosmos. Je lui jette un rapide coup d'œil. Grâce à la lueur très diffuse des étoiles je vois son visage empreint de tristesse. Une très profonde tristesse qui contraste avec le Saint joyeux et bon vivant que je connais. Mais est-ce que je le connais vraiment?

Je pose mon armure sur le sol. Elle trop lourde. Quand je me relève, mon pied droit heurte une pierre qui roule. Milo relève la tête d'un mouvement brusque et il lève les yeux.

"Hyoga?" demande-t-il. "Tu es enfin venu."

J'ai l'impression qu'il m'attendait. "Je ne savais pas que tu étais encore là" lui réplique-je en portant mon regard sur la pierre sur laquelle le nom de Camus est inscrit. Il ne répondit tout d'abord pas.

Camus. Camus du Verseau. Je ne le connaissais pas personnellement, mais j'ai beaucoup entendu parlé de lui. Sensei Crystal le tenait en très grand estime. Il était fier d'avoir été entraîné par ce Saint d'or. Il l'admirait et il le considérait comme un demi-Dieu. Il a entraîné Isaac et moi avec cette idée, disant que Camus du Verseau était le plus respecté et le plus juste parmi ses pairs.

'Sais-tu qui est Camus du Verseau?'

'C'est votre maître.'

'Et pas seulement le mien. Il est le seul qui soit capable de tous nous terroriser s'il le désire.'

En honorant et admirant Camus du Verseau de cette façon, Sensei Crystal m'a appris à respecter cet homme que je n'avais jamais vu avant de venir au Sanctuaire. Isaac m'a dit qu'il avait vu Camus du Verseau une fois, lorsqu'il était au Sanctuaire. Il m'a avoué en riant qu'il s'était senti plus que tout petit face à ce Saint. En fait, il avait l'impression qu'il n'était rien. Il était si froid si calme et si responsable qu'il avait décidé de devenir comme lui. Un saint qui sert Athéna et qui risquerait sa vie pour elle au nom de la Justice. Isaac l'admirait encore plus qu'il n'admirait Sensei Crystal.

Donc je me suis mis à considérer ce Saint d'or comme un demi-dieu. Il était mon modèle et j'ai essayé d'être comme lui. Je n'ai jamais pensé que je le verrai un jour même si j'ai caressé cette espérance. Je n'avais jamais imaginé que je devrais me battre contre lui un jour, que je devrais le tuer. Un demi-Dieu. Oui, pour moi il ressemblait à un demi-Dieu. Je me souviens à quel point j'étais intimidé et honoré de le voir la première fois, dans le temple de la Balance. J'avais devant un demi-Dieu, le maître de mon Sensei, celui dont j'ai tout appris. J'étais devant mon maître. Isaac avait raison. Camus était quelqu'un de très intimidant et j'ai frissonné quand j'eus conscience que c'était lui que j'allais combattre. Sensei Crystal avait raison aussi. Il pouvait terroriser ses pairs. J'étais effrayé, c'était normal. Mais alors pourquoi Milo ne m'avait pas tué? Craignait-il les reproches de Camus ou m'a-t-il épargné au nom de l'amitié qu'ils avaient l'un pour l'autre?

J'ai essayé d'être comme Sensei Crystal. Mais j'ai échoué. J'étais trop sentimental. J'ai essayé d'être comme Camus mais j'ai échoué aussi. Je savais qu'il était froid. Isaac me l'avait dit, mais je n'avais jamais imaginé qu'il était si froid. En écoutant Sensei Crystal quand il parlait de son maître, j'avais pensé que Camus était quelqu'un de chaleureux et de bon comme l'était mon maître. Mais j'avais tort. Tellement tort.... Comment Camus a-t-il accepté que Crystal devienne un Saint? Mon maître n'a jamais était indifférent comme l'était Camus, comme ce dernier voulait que je sois, alors pourquoi? Parce qu'il y avait toujours une petite part d'humanité dans le cœur de Camus? Peut-être qu'il n'était pas conscient de cela... Sensei Crystal, wa ga shi Camus... Montrez-moi la voie que je dois prendre, je vous en prie...

La voix de Milo me tire de mes souvenirs et pensées. "Quand je viens ici, je perds la notion du temps qui passe. Je reste là à parler à mes amis ou à ressasser mes souvenirs." Milo soupire. "Saga était un ami sur qui je pouvais compter. Il était toujours près de moi quand j'étais au Sanctuaire. Mais Camus était mon meilleur ami. On se connaissait depuis qu'on était petit et on avait beaucoup de souvenirs en commun."

"Désolé, mais je ne connaissais pas bien Camus. J'ai juste entendu parler de lui."

"Camus ne se connaissait pas lui-même. Peut-on seulement dire que quelqu'un se connaît?'

'Peut-on seulement dire que quelqu'un se connaît?' Milo a raison. Qui peut dire qu'il se connaît? Personne. C'est impossible. Les humains sont toujours à la recherche d'eux-mêmes, de leur Moi. Comment peut-on comprendre les autres si nous ne nous connaissons pas nous-mêmes? En ne nous connaissant pas, nous ne sommes pas sûrs de la façon dont on réagit face à une situation et on peut le regretter un jour. Mais la vie est pleine d'incertitudes. Qu'est-ce qu'un être humain? Un être doué de la parole, de la pensée et possédant des sentiments.

Je sais que je ne me connais pas, mais ce que je sais de moi m'effraie. J'ai peur de moi-même. Je ne vois que le mauvais côté, que mon côté obscur, mais ai-je un côté lumineux? Ai-je un bon côté? Je ne veux pas le découvrir. Et si celui que je pense être obscur est en fait mon côté lumineux, alors l'autre serait encore pire. Je suis effrayé de le savoir. Je ne veux pas savoir la vérité. Je fuis encore une fois.

Si nous nous connaissons pas nous-mêmes, alors quand nous disons à quelqu'un que nous le comprenons alors c'est un mensonge, n'est-ce pas? Comment pouvons nous être capable de comprendre autrui alors que nous sommes incapable de nous connaître? Mensonge, rien que des mensonges! La vie n'est faite que d'une succession de mensonges, c'est tout. Tout est faux, rien n'est vrai. Nos pensées, nos sentiments, nos idées ne sont que des mystifications. Alors pourquoi vivons-nous? Alors pourquoi devons-nous nous battre pour une fausse idée? POURQUOI?


Parler aux poissons


Je reviens au moment présent, mais Milo a cessé de parler et il lui-même plongé dans ses souvenirs. Je retourne mon attention sur la tombe de Camus en me demandant ce que je dois faire. Dois-je lui demander de me montrer la voie à suivre? J'étais venu ici dans le seul but de lui expliquer mes raisons, mais je n'y parviens pas. J'ai peur et je suis perdu.

Milo bouge légèrement et se penche sur la pierre où le nom de Camus est inscrit. Lentement il caresse de ses doigts la pierre. "Il me manque."

"Il me manque aussi..."

"Je sais. Camus était quelqu'un qui paraissait très froid mais également très agréable et attachant et ce quoiqu'il fasse pour fuir les sentiments que lui portaient les autres. Il inspirait à chacun le respect et ce même lorsqu'il n'était qu'un petit garçon. Il était un homme où toutes les contradictions se concentraient. Oui il l'était et même si j'étais son meilleur ami et celui qui le connaissait le mieux, je ne l'ai jamais réellement compris. Un homme plein de contradictions..."

Chaque homme est en contradiction avec lui-même, Milo. Tout le monde. Mais chez certaines personnes ces contradictions sont encore plus prononcées que chez d'autres. Je suis plein de contradictions moi aussi, Milo. Je suis un Chrétien qui sert et qui crois en Athéna, une déesse païenne. Je voulais vivre pour aimer mais je vis pour tuer. Je suis un Saint des glaces et la chaleur de mes sentiments me réchauffe trop. J'aime les gens mais je les tue.

Il est dit que l'homme possède plusieurs Moi ou cœurs, ou encore kokoro comme les Japonais disent. Shun m'a révélé qu'il y avait au moins trois cœurs, mais il peut y en avoir plus. Il m'a dit que le premier kokoro est celui que tout le monde voit, le second est celui que les amis proches et la famille saisissent et enfin le dernier n'est connu que par celui qui le possède c'est-à-dire soi-même. Donc un homme a au moins trois personnalités. Cela ne me surprend pas que nous n'arrivons pas à nous connaître nous-mêmes et qu'il y a des conflits entre ces trois cœurs. Au moins trois personnalités. Combien de cœur est-ce que je possède? Et le fait que je soit moitié Japonais et moitié Russe affecte-t-il mes personnalités? Affecte-t-il les contradictions que je possède en moi?

J'interromps mes pensées quand Milo lève la tête vers le ciel, ses longs cheveux bleus et ondulés cascadant dans son dos. "C'est en partie grâce à lui que je suis devenu un Saint. J'avais toujours souhaité en être un, mais quand j'ai vu Camus la première fois, cela est devenu une obsession. Je ne sais pas ce qui m'a poussé à le devenir, mais j'ai fais confiance à mon instinct et je l'ai suivi. Je ne sais toujours pas pourquoi je l'ai suivi, pourquoi je voulais être avec lui. Peut-être son charisme, ou quelque chose d'autre, notre amitié..."

"Il est vrai que Camus était et est toujours une personne charismatique. Mon Sensei, Le Saint Crystal le considérait comme un demi-Dieu et il m'a entraîné avec cette idée de..."

"Hyoga, renonce" dit Milo soudain en me coupant la parole.

Je me tourne vers lui surpris et ne comprenant tout d'abord pas le sens de ses paroles. Puis, je comprends enfin la portée de ses mots, il parle de mon désir de mourir. Je reporte mon attention sur le ciel étoilé. C'est le moment parfait pour se confier à quelqu'un, ce soir. Milo m'a appris beaucoup de choses qui le concernait alors que rien ne le poussait à le faire. De plus, j'ai l'impression d'être obligé de le lui dire mais aussi un besoin de me confier à lui. "Je suis un meurtrier. Je ne peux plus le supporter, Milo. Je suis la Mort..."

Milo secoue la tête négativement et désespérément. "Tu n'es pas un meurtrier. Je le suis. C'est mon rôle et mon devoir, et je peux, en un sens, te comprendre. Tu dois détruire tes sentiments, tes émotions et ton cœur pour faire ce que je fais. Ce n'est qu'ainsi que l'on peut survivre. Camus m'a été d'une aide très précieuse, et son amitié a toujours répondu aux doutes que je pouvais nourrir, sans un mot, seule sa présence suffisait à apaiser mes angoisses et mes malaises. Lorsque j'étais près de lui, j'avais le sentiment d'être dans un havre de paix et tout semblait plus facile. Mais toi Hyoga tu n'es pas un meurtrier, ni un assassin et tu n'en deviendras jamais un."

"Pour moi, tuer quelqu'un que j'aime et que je respecte est ce que j'appelle un meurtrier. Quand tu dis que tu me comprends, tu mens! Tu ne comprendras jamais ce que je ressens réellement, alors ne sois pas si paternaliste, Milo. J'ai déjà pris ma décision."

"En es-tu sûr?" Le ton de Milo me fait réfléchir et penser qu'il a peut-être vécu ce que j'ai vécu ou qu'il sait que je ne suis plus très sûr de ma décision. Mais je ne pose pas la question. "Camus a donné sa vie pour toi, pour que tu apprennes la dernière leçon qu'il devait t'enseigner. Ne fais pas en sorte que son sacrifice soit vain, ne fais pas en sorte que la mort de ton ami Isaac soit vaine. Tu m'as dit durant notre combat que ta vie t'appartenait et tu clamais qu'elle appartenait aussi à tes amis. Elle appartient également à ceux qui sont morts, Camus, Isaac, Crystal, Hagen de Mérak et ta mère..."

Je baisse la tête soudain perdu. Milo a raison. Les personnes qui ont partagé ma vie sont dans mes souvenirs et elles sont toujours en moi. Mais penser à elles fait que mon cœur est plus lourd. Je suis coupable et je ne peux supporter d'avoir ce poids sur la conscience. Mais l'Homme n'existe que parce que l'Autre le voit. On n'existe que dans le regard de l'Autre. Si l'Autre n'existe pas alors l'Homme n'existe pas. Les hommes sont incapables de vivre seuls car ils ont besoin d'être dans un groupe pour se reconnaître et pour être reconnu. Nous vivons pour les autres. Shun me voit d'une façon. Ikki me voit d'une autre façon. Shiryu aussi. Seiya aussi. Athéna aussi. Milo aussi. Mon Sensei me voyait d'une autre façon. Camus aussi. Isaak aussi. Mais c'est toujours moi. Toutes ces visions sont moi. Et tant que quelqu'un se souviendra de moi, j'existerai même si je suis mort.

Les Héros ne meurent pas. Il y a toujours quelqu'un qui se rappelle d'eux, même s'il ne les a jamais connus. Certains humains sont immortels alors. J'ai des images et des souvenirs différents des personnes qui sont mortes. Ils sont différents des autres souvenirs qu'ont d'autres personnes et en les ajoutant les morts peuvent vraiment vivre à nouveau. Mon cœur est plus lourd quand je pense à eux, mais je n'ai pas le droit de les tuer une seconde fois. J'ai peur de les perdre, comme lorsque j'ai combattu Camus qui me demandait d'arrêter de me lamenter sur la mort de ma mère. Je ne voulais pas car je ne voulais pas perdre Mama une seconde fois.

Non, je ne veux pas les tuer à nouveau. Qui penserait à Mama, à Sensei Crystal, Camus, Isaac, Hagen? Qui? Mais j'en ai assez de vivre aussi. Que dois-je faire? Milo, qu'attends-tu de moi? Qu'espères-tu en me disant tout ça?


Et jouer avec le vent


Milo est resté près de moi. "L'armure du Cygne est difficile à porter."

Je me tourne vers lui, surpris. "Que veux-tu dire Milo?

"Certaines armures sont difficiles à porter. Comme celle d'Andromède. Comme celle du Phénix, celle du Cancer, comme la tienne, comme la mienne. Prenons l'exemple d'Andromède. Celui qui la détient doit avoir un esprit de sacrifice et il doit agir sans penser à lui, être entièrement dévoué aux autres.

"Tu veux dire que l'armure du Cygne est aussi difficile à porter que celle du Phénix?"

"Non pas aussi difficile. Porter l'armure du Phénix peut te rendre fou. Celui qui la porte doit avoir un esprit et une volonté à toute épreuve pou pouvoir la supporter. C'est pourquoi Ikki est le seul à pouvoir le faire. Le Saint du Cygne a rarement participé à une Guerre Sainte. Sais-tu pourquoi, Hyoga?" Je fais non de la tête. "L'armure du Cygne n'apporte que la peine et la souffrance à son possesseur. Connais-tu sa légende?"

"Celle de Léda?"

"Non. Tout le monde pense que sa légende correspond à celle de Léda. C'est peut-être vrai, qui sait. Certains au Sanctuaire pensent que sa véritable légende est celle de Cygnos, l'ami de Phaéton qui pleura la mort de son ami foudroyé par Zeus. Sa peine ne connaissait pas de limite de même que ses larmes. Les larmes et la peine ne sont que l'héritage et qui ont été laissé à ton armure. D'autres comme Camus pensaient que sa légende provenait d'un autre héros lui aussi appelé Cygnos qui a tué ceux qu'il aimait." Milo soupire. La peine et les larmes. Des sentiments, des sensations et des émotions difficiles à supporter et à résister, surtout pour quelqu'un comme toi Hyoga."

"La peine, les larmes..."

"Et la mort" murmura Milo terminant ma phrase. Je me tourne brusquement vers lui. "Camus m'a dit un jour que dans les légendes celtiques les cygnes ont des liens très étroits avec le monde des morts. Ils sont les messagers de la Mort et ils accompagnent l'âme des hommes défunts dans le monde des Morts. Celui qui la porte doit être fort psychologiquement pour supporter la destinée du Cygne.. Il doit être froid et impassible. Camus était très inquiet pour toi...."

'Le saint Crystal a failli à son devoir. C'est la plus grande faute qu'il ait pu commettre et pour moi c'est comme s'il n'avait jamais existé'

Camus ne tolérait pas les Saints faibles et ayant des sentiments, même si Sensei Crystal était son disciple favori, il ne lui pardonnait pas d'avoir été faible. C'était ce que je pensais à cet instant.

'Ton cœur est trop lourd d'émotion. L'amour, la haine, tous ces sentiments humains t'étouffent. Et tant que tu ne te débarrasseras de ses émotions, tu ne parviendras pas à atteindre le septième sens.'

'Tu prétendais vouloir te mesurer aux Saints d'or mais pour cela il faut posséder le septième sens. Camus a voulu te tester, te pousser dans les derniers retranchements de ton âme pour voir si tu pouvais t'éveiller au septième sens! Mais tu as échoué! L'image de ta mère paralysait ton esprit et tes sentiments. Et à cause de ce blocage tu ne pouvais pas t'éveiller au septième sens. Alors Camus a préféré t'enfermer de ses propres mains dans un cercueil de glace plutôt que de te voir continuer ton combat désespéré contre les Saints d'or qui t'aurait mis à mort sans pitié en bafouant ton honneur de Saint. Il a fait cela pour ton bien, pour que tu ne sacrifie pas ta vie en vain sans aucun espoir de victoire.'

'L'armure du Cygne te va à ravir, Hyoga, je n'ai rien à redire sur ce point, mais j'ai des doutes en ce qui concerne ton esprit.'

Toutes ces phrases, tous ces mots trouvent enfin une signification dans ma tête et dans mon cœur et je comprends.

"Cela explique pourquoi l'armure du Cygne m'a été accordée si tardivement. Cela explique les mots d'Isaac et les agissements de Camus" J'ai un petit rire amer. "C'est ce que je pensais. Je n'ai jamais été destiné à devenir le nouveau Saint du Cygne. Alors pourquoi? Pourquoi Camus a-t-il accepter que je devienne le nouveau Saint du Cygne? La permission de me donner l'armure ne vient pas de Sensei Crystal, non cette autorisation ne venait pas de mon Sensei! Alors pourquoi?"

"Parce que tu étais le dernier."

"Un Saint par défaut. Un Saint par défaut..."

"Tu as tort. Il est vrai que Camus pensait ainsi. Il m'a toujours dit que tu ne serais jamais capable de servir Athéna et cela à cause de tes sentiments et de ton caractère, mais d'après ce que je savais de mon ami, son disciple Crystal était persuadé que tu serais le meilleur Saint du Cygne qui n'ait jamais existé."

"Quel réconfort de savoir ça après tout ce que j'ai enduré" réplique-je.

Milo se lève et s'éloigne. Mais après quelque pas il s'arrête. "Hyoga. Toi et tes amis sont les meilleurs Saints qu'Athéna pouvait espérer avoir. Vous êtes des Saints de Bronze mais vous n'avez pas perdu, ce que nous autres Saints avons perdu. Vous aimez toujours de toute votre âme l'Humanité et le monde, même si vous avez eu des expériences traumatisantes. Notre tâche est de protéger Athéna qui protège le Monde et l'Humanité. Comment pourrions nous protéger les humains si ne pouvons les aimer et les respecter?"

Abandonner tout sentiment. A quoi cela peut-il ressembler? Comme la Mort? Quand nous mourons, nous n'avons plus de sensations et d'émotions n'est-ce pas? Je ne sais pas.

'Tu dois rompre avec le passé. Tu dois t'en libérer!'

'Comme vous, hein?'

'Exactement comme moi. Tu devras atteindre l'indifférence.'

'Alors votre cœur est vide!'

Pouvons-nous vraiment exister sans éprouver de sensations? Camus m'a dit que parce que mes sentiments étaient trop humains je ne pouvais atteindre le septième sens. Alors je suis trop humain. Du point de vue de Camus les sentiments n'appartiennent qu'aux êtres humains. Les Saints ne peuvent être humain? Ce sont d'abord des êtres humains. Pourquoi devons-nous oublier nos sentiments? Ils peuvent nous aider à nous surpasser. Nous pouvons comprendre les autres et savoir ce qui est bien et ce qui est mal, alors pourquoi? Serais-je capable de devenir comme Camus? Non je ne peux pas. Comment pourrai-je être aussi indifférent quand mes adversaires sont ceux que je connais? C'est impossible. Être indifférent...

"Camus avait décidé de nier ses sentiments qui le liaient aux autres. Il a préféré fuir, s'ignorer, comme tu es en train de faire maintenant. Il a toujours voulu passer pour quelqu'un de froid et indifférent qui n'avait aucun sentiment, mais il n'était pas ainsi. Il s'en voulait et tu en étais le responsable. Oui toi Hyoga, toi qui étais capable d'éprouver de l'amour pour ta mère et pour les humains, toi qui étais plus responsable qu'il ne l'était. Il a essayé de te montré sa propre vision du monde, un monde où les émotions et les sentiments ne devaient pas exister. Mais il a compris que c'était tes sentiments, les vrais et non les personnels comme il semblait le croire au début qui te donnaient la force d'être un Saint et de continuer. Il s'est rallié à ta vision du monde, mais c'était trop tard. Tu as réussi à lui ouvrir les yeux là où j'ai échoué. Camus est fier de toi. Tu lui as enseigné une leçon. S'il ne te considérait pas digne d'être un Saint, son esprit ne t'aurait jamais envoyé son armure." Milo s'éloigne et la brise qui vient juste de se lever emporte ses derniers mots. "Réfléchis bien."

Je me demande pourquoi Milo m'a dit ça. Peut-être parce que Camus l'aurait fait. Parce qu'il me comprends mieux que je ne l'imagine, ou désire-t-il seulement que je me réveille d'un cauchemar dont je ne veux pas sortir? Qui sait? Je ne connais pas très bien Milo, mais je pensais que c'était quelqu'un de joyeux et un bon vivant, tout le contraire de Camus. Mais ce soir, j'ai entrevu un autre Milo. Un Scorpion responsable et compréhensif. Pourquoi veux-tu me protéger Milo, pourquoi? A cause de Camus? Jusqu'où serait-il allé pour m'aider?

Alors pour toi, Milo, les sentiments sont importants et les Saints devraient les conserver. Une opinion si différente de celle de Camus. Mais mon Sensei n'avait-il pas une opinion différente? Sinon pourquoi m'aurait-il encouragé à suivre mon cœur? Je suis perdu et je n'ai plus le cœur à me suicider. Entre Shun et Milo ma résolution a disparu. Est-ce le dessein de Dieu?


Comme dans mes rêves d'enfant


Je reste un long moment devant la tombe et je tombe à genou dans l'herbe, mon œil plein de larmes. Elles roulent silencieusement sur ma joue. 'Wa ga shi Camus. Que dois-je faire? Aidez-moi! Ce que Milo vient de me dire embrouille mon esprit encore plus qu'il ne l'était.'

Aucun signe n'apparaît. Mes bras enveloppent mes épaules pour me protéger.

'Hyoga, tu dois suivre tes rêves.'

Je relève brutalement la tête. Mama. Les mots qu'avaient prononcés Mama avant d'embarquer sur le bateau. Ils résonnent encore. Je n'ai aucun rêve Mama, je n'en ai aucun. Un Saint ne doit pas chérir un rêve. C'est ce que Camus m'a enseigné.

'J'aurais aimé pouvoir te sauver la vie pour que tu puisses continuer à te battre pour ta cause, Hyoga...'

Camus! Ce furent ses derniers mots. Une cause n'est-elle pas un idéal? Un idéal n'est-il pas un rêve? Alors, tu n'étais pas celui dont tu voulais nous faire croire, Camus. Tu m'as dit que tu n'avais plus aucun sentiment, mais ce n'était pas vrai. Alors j'ai le droit d'avoir mon rêve, mais un rêve que je voudrai partager avec les autres, avec l'Humanité.

Comme dans mes rêves d'enfant. J'espère qu'il n'y aura plus le Mal sur Terre. Sensei Crystal, Wa ga shi Camus vous avez lutté pour un idéal. Je suis votre héritier et je me dois de vivre pour perpétuer votre rêve.


Comme avant


Je me lève et je regarde le ciel. Je comprends maintenant le point de vue de Camus. Même Milo n'a pas compris le véritable rêve de son ami. Se battre contre le Mal en gardant nos sentiments profondément enfouis dans nos cœurs.

La vie ne peut être seulement basée sur des combinaisons de choix et des hasards illimitées. Et si l'humanité ne peut prouver cela, elle doit croire en elle. Elle doit croire qu'elle peut changer ou prendre le contrôle de son destin. Je crois en une volonté libre et à la toute puissante force qui fait que les humains se comportant ainsi sont les enfants d'un Dieu bon et tout puissant même si cette entité suprême n'existe pas. Et par leur propre volonté, même si les humains doivent mourir un jour sans savoir où et quand ils le doivent, même sans savoir si la Justice et toutes les explications de ce monde les attendent à leur mort, les hommes peuvent choisir de faire le bien sur Terre.

Je pense que si tous les humains se regroupent ensemble ils pourraient créer le Paradis sur Terre. Ils le font quand ils aiment, et à chaque fois qu'ils essaient de construire au lieu de détruire, ils placent leur vie au-dessus de la Mort elle-même.

Et je suppose que finalement ils peuvent parvenir à une certaine paix de l'esprit devant les pires horreurs et pertes. Pour accomplir cela, ils doivent avoir une totale confiance dans les changements, la toute puissance et le hasard. Grâce à la force et de la gloire qui leur appartiennent, ils sont capables d'idées et d'opinions qui sont finalement plus puissantes et plus persistantes qu'eux. Le monde appartient aux humains.

C'est la dernière leçon qu'il m'a donnée, mais je n'en comprends le sens que maintenant. Je soupire et je penche la tête remerciant la tombe de Camus. Retourner dans le passé et tout changer...

Comme avant. Mais je sais que rien ne sera plus comme avant. Nous ne pouvons retourner dans le passé, même avec toute ma volonté, je sais parfaitement que je ne retournerai plus auprès des êtres que j'aime, les personnes que j'ai tuées. Le temps de l'innocence a disparu le jour où Mama est morte.

Je veux tellement retourner en Sibérie dans ses blanches et sauvages étendues. Je jette un dernier coup d'œil à la tombe et je quitte le cimetière. Je serre mes poings et agrippe les brides de l'urne contenant mon armure. Je n'ai pas le droit de fuir. Milo a raison. Je ne dois pas. Je dois faire face à mes peines, mes souffrances et mes sentiments. Ma vie ne m'appartient pas. Elle appartient à mes amis, à Athéna, à ceux qui ont donné leur vie pour que je sorte de ses épreuves plus grand et plus sage qu'auparavant. Dans chaque expérience nous devons en sortir grandi à tout jamais. Ils ne sont pas morts. Aussi longtemps que je vivrai, leurs souvenirs et leur mémoire vivront en moi. Ils mouront en même temps que moi, pas avant. Pour perpétuer leur mémoire, je dois vivre, même si ma vie n'est que peine et tristesse. Ces gens vivront à travers moi. Je suis moi mais aussi eux. J'ai hérité leur âme, leur savoir et leurs techniques ainsi qu'une part d'eux. Comme dans le Temple de la Balance, une vérité m'est apparue et fait que je me détourne de mes pensées et idées morbides que j'ai eu. Ma vie ne m'appartient pas. Comme avant je dois surmonter cette épreuve et trouver un semblant d'équilibre mental. Je dois la surmonter pour lutter au nom d'Athéna avec mes amis, mes frères d'armes. C'est mon destin et je dois l'accepter, comme je l'avais accepté autrefois.


Fin.


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