Le premier

L'histoire de quelqu'un qui ne s'en est pas tiré

© 2000 par Skögul

Traduction par Milo (Romain Baudry)

This page was last modified: 2000/06/09


Back to Stayka's Saint Seiya Index | FanFics | Site Index


Deutsche Version | English Version


J'ai peur.

Encore quelques pas et j'y serais parvenu. Je trébuche derrière un amoncellement de neige et de glace et je me contente de tomber et de me blottir dans le froid. J'enfouis mon nez dans le creux de mon coude et les larmes mouillent mon visage.

Je sais qu'il me trouvera. Je ne suis jamais parvenu à me cacher. Pourtant je recommence à chaque fois, je m'enfuis pour trouver un moyen de m'échapper. Mais tôt ou tard il me rattrape et, dans ses yeux, je peux voir qu'il sait qu'il faudra que je meure.

Je suis le plus faible. Peut-être que c'est ainsi que va la vie, les forts survivront, les faibles doivent mourir... Je dois mourir. Et parfois, le matin, quand j'ouvre les yeux et que je me retrouve encore dans cet enfer blanc qui n'est d'abord qu'un pressentiment à travers la fenêtre, alors je ne sais plus exactement pourquoi je veux continuer à vivre.

L'endroit d'où je viens est toujours chaud. Je ne me souviens pas de grand-chose, mais je me rappelle de la chaleur. Même la nuit il ne faisait pas particulièrement froid. Je me rappelle aussi d'une fois où je regardais les étoiles pendant la nuit. C'était sur une grande place dans une ville. Les dalles au sol étaient tièdes. Au milieu de la nuit.

Rien n'est chaud ici à part mon lit, qui n'est qu'un amas de fourrure. Mais on me force toujours très vite à aller dans le froid avec les autres, et alors je cours de nouveau après eux, à travers ce blanc sans fin. Parfois je garde une main devant mes yeux, juste pour voir de la couleur. Mes mains sont généralement rouges ou bleues de froid. Tôt ou tard l'air glacé déchire presque mes poumons et je tombe. Alors il arrive et il me soulève par la légère chemise que je porte. Il me remet sur mes pieds et me pousse devant, pas à pas, jusqu'à ce que j'atteigne la destination à mon tour. Les autres sont déjà en train d'attendre, me regardant comme des loups, celui-ci mourra avant nous, et alors ma gorge se serre.

Mais je veux vivre ! Pourquoi suis-je ici d'ailleurs ? Je ne voulais rien de tout cela. Athéna, une déesse de la Grèce. Je suis catholique. Je ne crois pas qu'Athéna soit catholique. Puis je me souviens de la statue, comme cela m'arrive souvent. Il y a un grand arbre (un olivier, dit une voix indistincte), et sous cet arbre se tient un petit pilier avec une petite maison au sommet. Dans la petite maison il y a une femme qui porte un voile bleu. Elle sourit, et je l'appelle toujours maman. J'espère que ma mère lui ressemblait.

Je regarde les autres garçons. L'un d'entre eux est plus grand que la plupart, et ses cheveux sont comme le soleil. Ses yeux ont l'air d'avoir été taillé dans la glace qui se trouve ici. Je devais être en train de le fixer, car il lève la tête et me regarde en retour. Pour la première fois, je ne détourne pas les yeux. Quelque chose m'en empêche. Son regard est aussi froid que l'enfer dans lequel je me trouve, et je peux voir qu'il vivra. Mon estomac se tord, car je sens qu'il sera celui qui remportera l'armure du Cygne.

Il détourne les yeux de nouveau, et je suis soulagé car j'ai peur de ce garçon qui nous laissera tous derrière. Subitement je sais que son destin ne sera pas heureux. Il se battra jusqu'à sa mort. Je mourrai tout de suite. Mon coeur est très calme, et cela m'étonne. Je suis en train de pleurer, je ne le réalise que quand les larmes tombent de mon nez sur la neige. Nous avons tous perdu depuis le moment où nous avons été enlevé de chez nous, chacun d'entre nous. Même Hyoga.

Le maître nous pousse de nouveau vers le bas de la colline, vers la mer de glace. Je cours autrement qu'à l'ordinaire et je sais pourquoi. Mon temps est venu. Alors que nous arrivons sur la glace, une crevasse s'ouvre presque aussitôt sous mes pieds. Je l'entends craquer, et brusquement tout est humide et froid. Je sombre sous l'eau. Je peux voir le trou d'en-dessous, je vois les autres qui regardent vers le bas, et bien que je ne sois dans l'eau que depuis un instant, mes bras et mes jambes sont déjà engourdies, je ne peux pas les bouger, je ne peux plus me sauver moi-même. Le froid m'entoure comme un manteau, et je suis fatigué.

Brusquement un rayon de soleil apparaît devant moi. Je soulève mes paupière lourdes et je vois Hyoga. Il nage à mes côtés et tend le bras pour m'agripper. Je ne fais que le regarder. Il peut plonger ici et il ne meurt pas. Est-ce qu'il sait qu'il sera le dernier ? Ses grands yeux d'un bleu glacé savent simplement qu'il veut me sauver. Il attrape mon bras, mais je ne sens plus rien. Alors qu'il entoure mon corps pour me ramener vers le haut, mon visage vient très près du sien. J'appuie ma joue contre la sienne et je souris. Et puis c'est comme dormir...

Hyoga hissa le frêle corps du garçon sur la glace. Ses mains parcoururent les membres inertes, en quête de chaleur, d'un signe de vie. Mais le visage pâle sous les cheveux brun foncé humides et emmêlés portait le masque de la mort.


-- fin --


Disclaimer: Saint Seiya is the property of Kurumada Masami, Shueisha and Toei Animation.


This page belongs to Stayka's Saint Seiya Archive at http://www.saint-seiya.de

© by Skögul (skoegul@saint-seiya.de)